vendredi 8 mai 2026

jacques halbronn Réflexions astrologiques autour du tétragramme.

jacques halbronn Réflexions astrologiques autour du tétragramme. La valeur guématrique du tétragramme est 26 si l'on totalise le Iod, le Hé, le Vav et un second Hé. Ce nombre est assez proche des 28 jours du cycle lunaire et des 28 ans du cycle sidéral de Saturne. Dans nos travaux autour du tétragramme, nous avions à un certain stade opté pour un trigramme, Yahou.http://nofim.unblog.fr › 2026/02/07 › jacques-halbronn... En effet, on retrouvait cette forme dans le nom de plusieurs prophétes (Jérémie, Isaie, Elie) alors que d'autres prophétes comportait la forme "El" désignant dieu: Ezékiel, Daniel, sans oublier Israel (Jacob) Récemment, en revenant sur la question du Vav conversif, nous avions proposé de faire précéder les noms commençant par un Yod d'un Vav qui selon nous était sous entendu, transformant un futur en un passé, puisque ce Vav permet un tel basculement. Dès lors, nous proposerons d'en revenir au tétragramme avec Vav, Yod, Hé, Vav dont la valeur guématrique est 27 (6 10 5 6) et non plus 26 dans la lecture classique. Or, ce nombre 27 est fort proche de ceux qui caractérisent la Lune et Saturne en astronomie, ce qui permettrait de confirmer l'importance du jour de Saturne, à savoir le Shabbat, pour la liturgie juda¨ique. sur le web " La Lune met en moyenne 27 jours 7 heures 43 minutes 12 secondes pour accomplir une orbite autour de la Terre; c'est sa révolution sidérale." sur le web La planète Saturne prend environ entre 27 et 29,5 années à compléter son orbite. Lorsque cela arrive dans votre vie, vous verrez de gros changements se produire. Ceci peut vouloir dire des ruptures, changements de carrière ou autre. L'usage du tétragramme est attesté à partir du verset 4 du Chapitre V alors que les premiers versets se référaient à Elohim. Cette mention est donc en usage bien avant le chapitre III du Livre de l'Exode mais associé à Elohim. On note qu' Elohim est traduit par Dieu alors que Yahwé Elohim est traduit par l'Eternel Dieu Genése V ב וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה. 2 Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu'il avait faite. ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ: כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת. {פ} 3 Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu'il avait produite et organisée. ד אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים--אֶרֶץ וְשָׁמָיִם. 4 Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés; à l'époque où l'Éternel-Dieu fit une terre et un ciel. JHB 08 05 26

Jacques halbronn Master Class Nouvelle Epistémologie de la science historique

jacques halbronn Master Class Nouvelle Epistémologie de la science historique La qualité première de l'historien de haut niveau est son aptitude à corriger les chronologies adoptées qu'il s'agisse de la genése du Zodiaque, de celle des Centuries nostradamiques, de la formation de l'Ancien Testament, des relations entre les langues, dans notre cas. Il faut chaque fois jouir d'un certain instinct permettant de détecter le vrai du faux. On l'a ou on ne l'a pas. Celui qui ne dispose pas d'un tel fil d'Ariane doit se résigner à une certaine médiocrité, ce qui tient à un certain manque de confiance en son propre jugement, ne lui permettant pas de prendre le contre pied des représentations en place. Force est de constater le manque de courage chez la plupart des chercheurs, toujours dans l'attente d'une preuve supplémentaire, du document retrouvé qui viendrait suppléer providentiellement le défaut de raisonnement. L'historien "mineur" devra donc se contenter de commenter des documents existants sans avoir à se risquer à formuler des théories aventureuses, casse-cou. Le pire, c'est quand ce petit historien se verra dans l'obligation de résister aux propositions du plus grand que lui en lui préférant des travaux de moindre envergure. Le champ d'action de l'historien d'élite sera l'exploration de périodes antérieures aux corpus connus, à leur pré ou proto histoire. Or, c'est en allant le plus en amont que les textes peuvent vraiment s'éclairer en évacuant et dénonçant les contre façons, les suppressions et les additions. Autrement dit, sans ces "guides" inspirés, l'on risque fort de s"égarer, de piétiner, de stagner en se contentant d'un matériau que l'on ne sera pas parvenu à décanter, à élaguer et qui s'il a le mérite d'être répertorié n'en est pas moins douteux voire inconsistant. Il ne s'agit pas seulement de tenir un raisonnement mais aussi pour d'autres de le suivre, ce qui constitue donc un double obstacle. C'est ainsi que nos travaux n'ont toujours pas été reconnus, à commencer par ceux concernant l'historique des éditions centuriques (cf notre étude en 2011 dans la Revue Française d'Histoire du Livre). Des résistances persistantes face à nos travaux en linguistique, axés désormais sur la suprématie de la langue française alors que ceux-ci sont largement accessibles sur les réseaux sociaux. De même, pour le milieu astrologique qui poursuit sa route comme si de rien n'était. Quant à nos récents travaux en critique biblique, en théologie,ils n'auront pas suscité la moindre invitation à des Congrès , à des jurys de thèse, à des parutions dans des revues; Même black out depuis une dizaine d'années. Un autre domaine nous aura occupé, celui de la psychanalyse avec une relecture des topiques freudiennes et de la dialectique du Moi et du Surmoi, en distinguant nettement hommes et femmes selon de nouveaux critères de type sensoriel. (cf notre notice Wikipedia pour notre bibliographie) L'approche cyclique - l'oeuf et la poule - que nous qualifierons de triangulaire- semble préférable à une vision trop linéaire du cours des choses. Ce qui est ancien peut avoir formaté ce qui précédait mais à son tour générer des dérivés, des avatars lesquels seront voués à un reformatage et ainsi de suite. La recherche des sources s'avère donc problématique car tout a un passé et tout une postérité! JHB 07 05 26

Le Masculin et le Féminin chez Freud, Winnicott et les autres par Litza Guttieres-Green

Le Masculin et le Féminin chez Freud, Winnicott et les autres par Litza Guttieres-Green :2003 « …l’observation de la différence des sexes […] est au fondement de toute pensée, aussi bien traditionnelle que scientifique. […] Il s’agit du butoir ultime de la pensée sur lequel se fonde une opposition conceptuelle essentielle : celle qui oppose l’identique au différent, un de ces themata archaïques que l’on retrouve dans toute pensée scientifique, ancienne comme moderne, et dans tous les systèmes de représentation. » Françoise Héritier, Masculin/féminin. Éd. Odile Jacob, 1996, pp.19-20. Sigmund Freud a posé en termes clairs le problème de la différence des sexes et de l’identité sexuée, mais sa théorisation, pourtant revue et remaniée à plusieurs reprises, en dépit de sa remarquable cohérence, a soulevé dès le début de nombreuses contestations et continue de diviser les psychanalystes. La sexualité humaine est une psychosexualité où le féminin et le masculin se succèdent, s’opposent, s’intriquent, constituant la bisexualité psychique, qui atteint son apogée avec l’organisation œdipienne. La conflictualité générale et, plus encore, celle inhérente au thème de la différence des sexes se répète, dans le débat entre psychanalystes sur les similitudes, les oppositions et la complémentarité des hommes et des femmes. Débat qui n’a pas fini de nous occuper et auquel participent biologistes, sociologues, ethnologues, historiens, politiques et médias. Ce champ est tellement infiltré de préjugés, de passion et d’intérêts divers qu’il devient difficile d’en parler avec sérénité. Nous allons cependant tenter d’en faire l’expérience. Au cours de l’histoire de la psychanalyse, deux tendances se sont rapidement dessinées au sein des théories sur la sexualité féminine : d’un côté ceux qui soutiennent la méconnaissance du vagin jusqu’à une époque tardive (aux côtés de Freud, Ruth Mack Brunswick, Jeanne Lampl de Groot, Hélène Deutsch, Marie Bonaparte), de l’autre ceux qui en croient en sa connaissance précoce et pour lesquels l’enfant de sexe féminin est fille dès le début (Josine Muller, Karen Horney, Karl Abraham, Mélanie Klein, Ernest Jones). Par la suite le sexuel, peut-être sous l’influence des kleiniens mais aussi sous le prétexte de l’évolution des mœurs, en est venu à perdre de son intérêt, comme s’il fallait lui réserver un refuge qui en préserve l’interdit et le mystère, au profit de l’accent mis sur les relations d’objet avec les rivalités et l’envie que suscite la différence des sexes et qui amènent hommes et femmes à imaginer « sur le corps de l’autre » (M. et J. Cournut1) des avantages dont ils sont privés. L’importance de plus en plus grande donnée à la relation d’objet me paraît marquer la prédominance accordée au féminin et surtout au maternel, en raison de la précocité de ce lien primaire, au détriment du masculin – phallique, secondaire. Nous verrons par ailleurs que les théories sur le féminin souffrent du double destin de ce dernier, féminin érotique et féminin maternel, qui en augmente la complexité. Les difficultés sont aggravées par la confusion entre les conceptualisations qui s’appuient sur des facteurs occasionnels, sociologiques ou historiques par exemple, et celles dont les références sont somatiques, pulsionnelles, dérivées de l’organisation psychique d’origine infantile, elle-même soumise à des références culturelles. Comme on le sait, Freud est parti d’une vision uniquement masculine/phallique de la sexualité, ce qu’on n’a cessé de lui reprocher. Il a décrit l’avènement du féminin à la suite des stades prégénitaux, oral, anal et phallique : « Au stade de l’organisation prégénitale sadique‑anale – écrit-il – il n’est pas encore question de masculin et de féminin, l’opposition entre actif et passif est celle qui domine. Au stade suivant, celui de l’organisation génitale infantile, il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l’opposition s’énonce ici : organe génital masculin ou châtré. C’est seulement quand le développement, à l’époque de la puberté, s’achève, que la polarité sexuelle coïncide avec masculin et féminin. Le masculin rassemble le sujet, l’activité et la possession du pénis ; le féminin perpétue l’objet et la passivité. Le vagin prend maintenant valeur comme logis du pénis, il recueille l’héritage du sein maternel (1923)2. Il fait allusion à une psychosexualité toujours d’essence mâle, qu’elle soit « active » ou « à buts passifs », à distinguer des différences sexuelles d’ordre anatomique ou hormonal, liées au corps et aux organes génitaux masculins ou féminins. Il va asseoir sa théorie sexuelle sur trois hypothèses majeures : 1) L’existence, dans les deux sexes, d’un stade phallique caractérisé par la présence ou l’absence de pénis : masculin-phallique par opposition à féminin-châtré. Le clitoris, assimilé à un pénis « rabougri » 3 et dévalorisé, serait le seul organe sexuel connu des fillettes. Le vagin en revanche et, à plus forte raison l’utérus, « restent longtemps ignorés » 4. Le vagin ne prendra sa réalité que comme « logis du pénis » au cours du coït ; quant à l’utérus il sera révélé par les menstrues et l’accouchement. Au stade sadique-anal, « ….les impulsions agressives des petites filles ne laissent rien à désirer en richesse et en violence. Avec l’entrée dans la phase phallique, les différences des sexes s’effacent complètement derrière leurs concordances. […] Nous pouvons poser que dans la phase phallique de la petite fille, c’est le clitoris qui est la zone érogène directrice. » (1933)5 Dès 1924 pourtant, Karl Abraham a mis en doute l’hypothèse freudienne : « …je me suis pris à me demander récemment s’il n’y aurait pas déjà, au moment de la prime enfance, une première éclosion vaginale de la libido féminine, qui serait destinée au refoulement, et à laquelle succèderait ensuite la prédominance du clitoris comme expression de la phase phallique. »6 De cette vision découle tout naturellement l’existence, chez la fillette, d’une réaction vaginale précoce au pénis du père qui devient ainsi le premier objet, en contradiction avec la primauté de l’objet-mère. Freud, tout en avouant que le problème du féminin lui paraît « obscur » et la féminité un « continent noir », maintient fermement son point de vue et théorise, malgré les difficultés, la nécessité du changement d’objet et du changement de zone érogène. À la suite de Lou Andreas-Salomé, il assimile les sensations vaginales à des sensations anales. Celle-ci en effet, dès 1916, dans Anal und sexual, faisait dériver le vagin du cloaque et rapprochait les sensations génitales des femmes (adultes) des sensations anales, évoquant à ce propos la passivité devant la pulsion à laquelle les femmes, faute d’une agressivité suffisamment tournée vers l’extérieur, seraient livrées plus violemment que les hommes. Prétendre que « seuls les organes génitaux mâles (le phallus) jouent alors [à la phase phallique] un rôle, [et que] les organes génitaux féminins […] restent longtemps ignorés »7 paraît en contradiction avec l’ancrage de la sexualité dans le somatique et l’infantile, et l’on n’a pas manqué de se poser des questions sur le silence de ces organes : est-il de l’ordre du refoulement ce qui supposerait obligatoirement une connaissance antérieure qui serait levé par la suite ? Est-il possible que la connaissance, sans intuition de ce qui existe même s’il est caché, soit sous l’unique dépendance de la perception ? Depuis, presque tous les auteurs ont contesté la radicalité des affirmations de Freud qui, jusqu’à la fin de sa vie, n’a pourtant cessé de soutenir ce qui lui paraissait faire la cohérence de sa théorie. Il confirmait ainsi une vision phallique de la sexualité et de la libido : « Il n’y a qu’une seule libido, écrivait-il, qui est mise aussi bien au service de la fonction sexuelle masculine que féminine. Nous ne pouvons pas lui donner, à elle‑même, de sexe ; si, suivant l’assimilation conventionnelle de l’activité à la masculinité, nous voulons l’appeler masculine, nous ne devons pas oublier qu’elle représente aussi des aspirations aux buts passifs. » (1933)8. Remarquons que l’introduction d’une aspiration à la passivité nuance la notion d’ « activité » masculine. 2) La confrontation avec la différence des sexes et l’absence de pénis chez la mère déclenchent chez le garçon, avec la surestimation du pénis qui pourrait venir à manquer, l’angoisse de castration que Freud compare à « la chute du trône et de l’autel », avec son cortège de mépris du féminin et de peur de la dévirilisation. La fille, en revanche, comprend qu’elle n’aura jamais ce sexe qu’elle admire et désire, « elle se sent gravement lésée, déclare qu’elle voudrait « aussi avoir quelque chose comme ça » et succombe à l’envie du pénis qui laisse des traces indélébiles dans son développement et la formation de son caractère et qui, même dans le cas le plus favorable, n’est pas surmontée sans une lourde dépense psychique »9. Le complexe de castration va la détourner donc de sa mère, elle se réfugiera auprès de son père, beatus possidens [heureux propriétaire], dont elle espère un enfant. Pour Freud, dans les deux sexes, le premier objet est donc la mère. C’est l’angoisse de castration qui oblige le garçon à se détacher d’elle, le faisant ainsi sortir du complexe d’Œdipe, tandis que sous l’emprise de l’envie du pénis, la fille se détache également de celle à laquelle elle reproche son « incomplétude », pour se rapprocher de son père, entrant ainsi dans le complexe d’Œdipe. Ici s’inscrivent les sentiments ambivalents réciproques entre la mère et sa fille, chaîne d’hostilité se perpétuant de mère en fille, le père représentant à la fois le séparateur et le refuge. Il faut attendre 1933 pour que Freud, reprenant les travaux de ses élèves féminines, relie les aspects positifs de la relation mère-fille précisément à l’importance des couches préœdipiennes de la sexualité féminine : « L’identification à la mère, chez la femme, permet de reconnaître deux couches : la couche préœdipienne qui repose sur le tendre attachement à la mère et la prend comme modèle, et celle, plus tardive, issue du complexe d’Œdipe, qui veut éliminer la mère et la remplacer auprès du père ». Mais c’est la phase du tendre attachement préœdipien qui est décisive pour l’avenir de la femme ; c’est en elle que se prépare l’acquisition des qualités avec lesquelles elle satisfera plus tard à son rôle dans la fonction sexuelle et accomplira ses inestimables réalisations sociales. »10 N’oublions pas cependant que ce lien préœdipien à la mère recèle aussi, à côté d’aspects positifs, le germe de la paranoïa11. 3) La vision phallocentrique de la sexualité dans le cadre de la bisexualité psychique « d’origine corporelle » mais aussi consécutive à une identification aux deux parents : « [la science] attire votre attention sur le fait que des parties de l’appareil génital masculin se trouvent dans le corps de la femme, bien qu’à l’état atrophié, et vice versa. Elle voit dans cette occurrence l’indice d’une double sexualité, d’une bisexualité […] Vous êtes enfin invités à vous familiariser avec l’idée que les proportions dans lesquelles masculin et féminin se mêlent dans un individu sont soumises à des variations considérables. […] Vous ne pouvez donner aucun nouveau contenu aux notions de masculin et de féminin. Cette distinction n’est pas psychologique ; quand vous dites masculin, vous pensez en général “actif”, et quand vous dites féminin, vous pensez “passif” » 12. Bien que l’envie des hommes à l’égard des femmes et de leurs capacités créatrices idéalisées, soit généralement admise, le roc inanalysable de la théorie freudienne repose sur la répudiation du féminin dans les deux sexes (1937)13. Dans les deux cas, les rôles de l’imaginaire et de la représentation sont au premier plan. À ce propos, soulignons les différences entre le féminin de l’homme et le masculin de la femme. Le premier est une réaction d’opposition au masculin par envie du féminin, tandis que le masculin chez la femme coïncide avec l’envie du pénis et le refus de renoncer au phallicisme du passé. Notons également que Freud a mis en relation d’un côté une intrication des pulsions de vie et de mort, de l’autre une intrication du féminin et du masculin dans la bisexualité. Toute idée de pureté est donc exclue. Quelles sont les conséquences du complexe de castration pour le caractère de la femme ? – Faute d’organe phallique visible à investir, le narcissisme de la fillette se reporte sur son corps tout entier : « Nous attribuons à la féminité un degré plus élevé de narcissisme, qui influence encore son choix d’objet, si bien qu’être aimée est pour la femme un besoin plus fort que d’aimer […] [le choix d’objet de la femme] se produit souvent conformément à l’idéal narcissique de l’homme que la petite fille aurait souhaité devenir. »14 – L’équivalence masculin-actif, féminin-passif expliquerait que la sexualité féminine, exigeant la passivité, soit un terrain favorable au masochisme par retournement de l’agressivité vers l’intérieur. Le masochisme féminin érogène reposerait sur le masochisme primaire, le plaisir de la douleur, pur pour ainsi dire. Freud veut-il dire, sans composante sadique ou sans culpabilité ? Il s’agirait d’un masochisme « originaire », précédant la formation du surmoi, lié au narcissisme primaire absolu et formant le noyau de la pulsion de mort originaire. Le masochisme originaire offrirait une solution susceptible d’expliquer le détournement du principe de plaisir. Il serait à l’origine de la formation du moi. Freud a incriminé d’une part la répression de l’agressivité « socialement imposée à la femme », ce qui nous choque à une époque où ce n’est plus le cas. D’autre part le rôle joué par les motions masochistes qui lient les tendances destructrices davantage tournées vers le dedans, faute de pénis visible qui pourrait la rassurer sur son intégrité. Si l’homme est également concerné ici, son agressivité tournée vers l’extérieur, lui permettrait de mieux lutter pour élaborer la poussée de passivité qui le met en danger. Freud conclut que : « toute l’énergie disponible de l’Éros, que nous appelons désormais libido, se trouve dans le moi-ça encore indifférencié et sert à neutraliser les tendances destructrices qui y sont également présentes […] Une fraction d’autodestruction demeure en tous cas à l’intérieur de l’individu jusqu’au moment où elle réussit enfin à le tuer… »15. Le masochisme « gardien de vie » est nécessaire à l’homme comme à la femme pour intriquer sa destructivité interne, mais s’il est plus important chez la femme, comment expliquer que sa longévité soit supérieure à celle de l’homme ? Bien sûr nous voyons chez nos patientes, nos collègues et amies, une gestion de l’agressivité différente de celle des hommes et il est clair que la dépendance des femmes par rapport à leurs objets prend souvent des accents masochistes. Pour A. Green l’agressivité tournée vers l’intérieur chez les femmes rend son intégration plus problématique puisqu’elle risque de mettre leur psychisme en danger. Le lien à la mère est un tel mélange inextricable de haine et d’amour, qu’il peut aboutir à un refus d’identification ou à une identification aliénante.16 – L’angoisse de castration étant à l’origine de la formation du surmoi, son absence expliquerait la faiblesse du surmoi chez les femmes : « On hésite à le dire, mais on ne peut se défendre de l’idée que le niveau de ce qui est moralement normal chez la femme est autre. Son surmoi ne sera jamais si inexorable, si impersonnel, si indépendant de ses origines affectives que ce que nous exigeons de l’homme. Ces traits de caractère que l’on a de tout temps critiqués et reprochés à la femme : le fait qu’elle fait preuve d’un moindre sentiment de la justice que l’homme, d’un penchant moindre à se soumettre aux grandes nécessités de l’existence, qu’elle se laisse plus souvent que lui guider dans ses décisions par ses sentiments de tendresse et d’hostilité, la modification de la formation du surmoi, dont nous venons de montrer d’où elle dérive, en est une raison suffisante. Nous ne nous laisserons pas détourner de telles conclusions par les arguments des féministes qui veulent nous imposer une parfaite égalité de position et d’appréciation des deux sexes ; mais nous accorderons volontiers que la plupart des hommes demeurent bien en deçà de l’idéal masculin et que tous les individus humains, par suite de leur hérédité croisée, possèdent à la fois des traits masculins et des traits féminins, si bien que le contenu des constructions théoriques de la masculinité pure et de la féminité pure reste incertain »17. Nous verrons que Melanie Klein adopte la position diamétralement opposée. Mais les femmes sont-elles vraiment à l’abri de l’angoisse de castration ? Bien sûr leurs organes génitaux cachés peuvent leurs donner l’impression d’échapper à ce risque. L’association vagin-anus leur procure plus souvent un dégoût qu’une fierté : ils sentent mauvais, ils suintent, etc. En revanche elles ont peur de perdre leur beauté, leurs cheveux, de grossir, de vieillir. L’atteinte des seins, lors d’un cancer par exemple ou par suite de l’allaitement, est vécue comme une castration ; ainsi que la ménopause et l’hystérectomie qui peuvent provoquer dépression et frigidité. Tandis que les garçons « roulent des mécaniques », les fillettes jouent à la poupée. L’identification à la mère, qui ne va pas sans un certain masochisme, les sauve en leur procurant un plaisir qu’elles investissent comme le but principal de leur vie. On a critiqué l’association du masochisme érogène avec le féminin. Bien sûr Freud parlait du masochisme féminin chez l’homme. Mais qu’en est-il du masochisme érogène de la femme pour laquelle le coït et l’accouchement, loin d’être « subis », sont source de jouissance et de gratifications narcissiques ? André Green répond que, chez la femme existe « …un masochisme de base qui ne serait pas le produit d’un retournement, mais la conséquence d’un traumatisme imaginaire. » Soit, mais ce masochisme, en particulier celui qui en fait une mère, nécessite un puissant investissement d’objet. L’enfant, il est vrai, est à la fois son œuvre vivante et une partie d’elle-même. La différence avec l’œuvre sublimée est justement l’investissement objectal plus que narcissique qu’elle implique. Il est vrai que le glissement vers un masochisme moral qui ferait préférer la souffrance à l’objet est fréquent sinon obligatoire comme nous le montrent toutes les « mater dolorosa ». Ce qu’André Green décrit comme une « déqualification objectale qui accompagne le masochisme féminin-masochisme moral [et] donne une prévalence au but, la souffrance, plutôt qu’à la recherche de l’objet nécessaire à l’accomplissement de ce but [ce qui] semble aller dans le sens d’une narcissisation de la souffrance »18. Désobjectalisation donc et repli narcissique qui accompagnent le masochisme « mortifère ». Les différences psychiques entre les hommes et les femmes dépendraient, selon Freud et là-dessus je ne peux que le suivre, des différences anatomiques qui orientent différemment leur évolution, « L’anatomie, c’est le destin » disait-il parodiant Napoléon. Ce que certains auteurs, Laplanche en particulier, donnant priorité au fantasme, ont contesté comme un « fourvoiement » biologique. Tel est le bilan forcément schématique de la sexualité féminine, selon Freud. Depuis, de nombreux psychanalystes, dont des femmes, se sont attelés à la question, la faisant évoluer sans la clore. H. Deutsch19, par exemple, associe : féminin – oralité, vagin – bouche, sein – pénis. Le vagin n’a aucun rôle érogène. Le clitoris ne joue un rôle qu’à la phase phallique. C’est l’enfant qui est l’instigateur de la sublimation chez la mère. La triade masochiste, par « soumission masochique au pénis », comprend : castration – viol – accouchement. Le vagin devient le réceptacle de l’enfant, le souhait de retour au sein maternel étant réalisé par identification à ce dernier. L’acmé du plaisir sexuel est atteinte lors de l’accouchement. On peut lui reprocher de ne pas faire la part des désirs érotiques féminins. Tout est sous la dépendance au pénis. Reste à préciser ce qu’est la « femme féminine ». Pour H. Deutsch, c’est celle qui « a réussi à établir la fonction maternelle du vagin et à abandonner les revendications du clitoris ». Pour d’autres c’est la femme érotique et séductrice, mais notons que la féminité prend souvent dans ce cas une connotation phallique. Freud corrige ce point de vue lorsqu’il affirme que le féminin pur et le masculin pur sont des mythes du fait de la bisexualité. Lacan va plus loin que Freud et élabore une thèse structurale partant du primat du phallus, pour aboutir à des considérations inattendues. Le père de la structure soutient l’existence du système signifiant dont la fonction est symbolique. Le vagin serait un morceau de réel, non marqué par le signifiant. « C’est ce que le discours analytique démontre, en ceci que, pour un de ces êtres comme sexués, pour l’homme en tant qu’il est pourvu de l’organe dit phallique – j’ai dit –, le sexe corporel, le sexe de la femme – j’ai dit de la femme, alors que, justement, il n’y a pas la femme, la femme n’est pas-toute, le sexe de la femme ne lui dit rien, si ce n’est par l’intermédiaire de la jouissance du corps »20. Dans la mouvance lacanienne, pour V.Granoff, une partie du sexuel féminin, tout le courant de l’instinct maternel, tomberait hors de la médiation phallique et de l’analyse : « Enceinte, elle [la femme] a ses évidences. Elle a « dedans » un corps étranger. C’est du « dehors », et qui sera dehors. Un dehors qui est dedans ».21 De nouveau ces points de vue choquent par leur théorisation abstraite qui élimine le féminin de l’organisation psychique pour en faire un domaine à part. Les femmes cependant ont souvent le sentiment d’être trop accrochées au réel, « au ras de pâquerettes » disait l’une de mes patientes, leur ventre dominant leur esprit. Pour mieux situer l’apport spécifique de Winnicott il est important de le cadrer en revenant sur les conceptions d’un certain nombre d’auteurs qui ont exprimé leurs opinions soit du vivant de Freud soit après sa mort. Le changement, amorcé par K. Abraham, a été repris par Karen Horney (1922-1955)22. L’enfant de sexe féminin est d’emblée femme ; c’est la crainte de l’effraction et des atteintes dont serait l’objet à l’intérieur du corps qui pousseraient la fillette à refouler la connaissance du vagin et à transférer ses pulsions vaginales sur le clitoris, organe externe et accessible. Quant à M. Klein (1928-32), elle va avancer des conceptions bien à elle centrées sur la prééminence du sein maternel. Elle ouvre ainsi une controverse entre Vienne et Londres sur la précocité de ce qui fait la spécificité de la femme. Pour elle, la fillette désire le pénis, sous l’action de désirs instinctuels féminins, sous l’empire de l’oralité, et non de l’analité. C’est la frustration orale engendrée par le mauvais sein qui lui fait désirer le pénis contenu par la mère. L’envie du pénis est à la fois secondaire à une frustration orale, et liée au désir d’un organe visible dont elle pourra constater l’intégrité lors des angoisses de castration qui n’épargnent pas les femmes. Le désir oral du pénis paternel devient le prototype du désir génital, vaginal. L’introjection du pénis paternel, objet œdipien, constituera le noyau du surmoi féminin. La fille sera plus soumise au père que le garçon et son surmoi, contrairement à l’opinion de Freud, sera plus sévère. Le masochisme féminin dérive du retournement du sadisme contre les mauvais objets intérieurs. M. Klein oppose le bon au mauvais, en lieu et place de l’opposition phallique – châtré ou « avoir » – « manque ». Son mérite est d’avoir renversé l’ordre phallique pour ériger un ordre maternel féminin23. À Melanie Klein se joindra Ernest Jones (1932)24, pour lequel la fillette est d’emblée féminine, « par nature », le clitoris est un organe féminin et non un pénis atrophié, le désir d’enfant est un désir féminin et non une compensation pour le manque de pénis. Bref, la femme n’est pas un homme manqué mais être différent. Plus près de nous, Janine Chasseguet-Smirgel 25continue dans la ligne de Freud. Pour elle, la mère et son sein sont investis entièrement négativement tandis que le père et son pénis sont idéalisés. Pour maintenir cette désintrication la fillette doit refouler ses pulsions agressives dans la relation au père. D’où « une culpabilité spécifiquement féminine dans la composante sadique-anale de la sexualité ». La sublimation dont parlait H. Deutsch serait plutôt une formation réactionnelle expliquant l’inhibition : « en ce qui concerne toute une série d’activités intellectuelles, professionnelles, créatrices, la culpabilité œdipienne de la femme, liée au dépassement de la mère, se double […] d’une culpabilité à l’égard du père […], le bon fonctionnement intellectuel est équivalent, dans l’inconscient, à la possession du pénis. Or cette possession signifie pour la femme qu’elle détient le pénis du père dont elle a ainsi dépossédé la mère – ce qui est conforme au schéma œdipien – mais dont elle a, de surcroît, châtré le père. De plus, l’utilisation adéquate de ce pénis signifie, pour l’inconscient, sa fécalisation et finalement la détention d’un pénis anal ». Joyce Mac Dougall26 exprime des vues personnelles qui font le lien entre Freud et Klein. Elle remarque que les garçons souffrent autant que les filles de l’envie du pénis du père. La pensée que son pénis est trop petit provoque chez l’homme les mêmes angoisses que celle de la fille « lorsqu’elle s’accroche inconsciemment au fantasme redoutable qu’elle est un garçon castré […] l’envie et l’admiration qu’éprouve le garçon pour le corps et la sexualité de la mère sont semblables à celle de la fille pour le pénis et les prouesses sexuelles de son père. » S’opposant à Lacan, elle distingue le symbole (phallus) de l’objet partiel (pénis) : « Le phallus n’est pas le symbole de l’organe sexuel masculin, mais celui de la fertilité, de la complémentarité et du désir érotique ». C’est que « …la monosexualité masculine ou féminine reste une blessure narcissique majeure. Atteindre la représentation symbolique de la complémentarité entre les deux sexes demande … de renoncer au plaisir enfantin d’être et d’avoir les deux sexes. » Peu à peu sous l’influence des vues contrastées de différents auteurs, une approche développementale a remplacé les oppositions d’ordre sexuel mises en place par Freud. Une tendance vers le féminin maternel se dessine : envie de la puissance de procréation des femmes, tandis que l’ « orgueil phallique » dissimule mal, dans son mépris des femmes, l’envie que suscite la jouissance féminine. Si l’on s’appuie sur une théorie mettant en avant le relation mère – enfant, la tentation de l’observation directe impose sa séduction. Mais on néglige alors le rôle des fantasmes inconscients et la présence, dans la pensée de la mère, du père amant et géniteur. Signalons qu’un concept de complémentarité entre pénis et vagin, hommes et femmes, se retrouve chez Mac Dougall et chez Bion. Nous avons tenu à faire le point de la question pour préciser d’où Winnicott est parti. Il est temps d’arriver à sa contribution. La contribution de Winnicott prend un chemin tout à fait original. Winnicott a imaginé une transmission, de la mère à l’enfant, de la « vitalité » dont il aura besoin pour vivre. Cette transmission, de nature quasi existentielle, a lieu avant la séparation, avant la constitution du moi, et donc d’un objet étranger. Ce qui est transmis est la faculté d’ « être ». Le « féminin pur »27, sans trace de masculin, ignore l’autre et, à plus forte raison la différence des sexes, il est féminin parce que la mère est femme. C’est de la transmission de l’essence de mère et de son omnipotence, non d’une mère réelle qu’il s’agit. On peut le rapprocher du narcissisme primaire, décrit par Freud en ces termes : « …le moi où s’accumule, dès le début, toute la part disponible de libido. C’est à cet état que nous donnons le nom de narcissisme primaire absolu. Il persiste jusqu’au moment où le moi commence à investir libidinalement ses représentations objectales » (28 Le féminin pur précède la libido dont Freud dit qu’elle est d’essence masculine. Pour Winnicott, il n’y a pas de pulsion avant la constitution du moi et, par féminin pur, il n’entend pas une entité d’ordre sexuel enracinée dans le pulsionnel. C’est la fusion avec le sein de la mère qui fonde le « féminin pur ». L’enfant, garçon ou fille, « est » le sein, avant de pouvoir le prendre. Il faudra qu’il le reconnaisse comme « autre », pour pouvoir le désirer et accéder au masculin dans les deux sexes. Le virage vers le masculin dépendrait, chez le bébé garçon, d’une rêverie de la mère qui reconnaîtrait le sexe de son fils alors que lui-même n’en a pas encore conscience. Ce lien primaire, primordial, à la mère permettrait l’acquisition d’une matrice psychique grâce à laquelle l’enfant serait ensuite en mesure de se séparer d’elle et de supporter la perte d’objet consécutive. On peut dire, pour suivre Winnicott, que le féminin pur survient à un moment où le narcissisme primaire est roi (un concept qu’il ignore) et où les pulsions ne sont pas encore dirigées vers un objet différencié extérieur. A ce stade d’omnipotence, sujet et objet ne font qu’un, d’où la notion d’objet subjectif. Pourvu que l’environnement soit « suffisamment bon », l’enfant peut créer une zone d’illusion qui le rendra capable de supporter la désillusion lorsqu’il sortira de l’omnipotence et comprendra que l’objet ne lui appartient pas (objet objectivement perçu). C’est alors qu’il devra acquérir le « masculin pur » afin de s’approprier ce qu’il n’a pas, par une action. Il sera contraint de « faire ». Ce masculin de Winnicott, est donc actif (« faire ») et susceptible de se renverser en passivité (« être fait »), pour les filles comme pour les garçons. Tandis que le féminin pur n’a rien à faire, il n’a qu’à être, pourvu que la mère réussisse à entretenir l’illusion de la fusion. Cet état d’omnipotence illusoire est ce que l’enfant masculin, qu’il soit fille ou garçon, enviera à sa mère censée le posséder. Si le féminin pur, par défaillance de la mère ou de son substitut, ne réussit pas à s’installer, l’enfant ne pourra pas acquérir cette base de sécurité qui lui permettra d’affronter la séparation. C’est seulement après la coupure de ce qu’André Green appelle « un cordon ombilical psychique », que l’élément masculin pourra se constituer. Le « masculin pur » serait donc secondaire. On peut imaginer que le garçon aura plus de difficultés à se constituer une identité sexuée séparée et qu’il gardera la cicatrice prête à se rouvrir de cet arrachement, tandis que la fille dont l’identité sexuelle, la même que celle de la mère, serait plus anciennement constituée, pourra toujours conserver la trace du premier lien. En revanche, elle devra changer d’objet de désir lors de l’Œdipe, alors que le garçon pourra revenir à un objet du même sexe que son premier amour. Pour Freud, la masculinité étant première, c’est la fille qui aurait du mal à y renoncer et aura plus de facilités pour la bisexualité. La discussion n’est pas close de savoir si le détachement est plus facile pour la fille ou pour le garçon. Qu’est-ce qui pousse l’enfant vers le sein, la bouche vers le mamelon ? Cette quête vient du dedans, elle est ancrée dans le corps. Pour Freud, les pulsions sont des forces qui « agissent à l’arrière-plan des besoins impérieux du ça et qui représentent dans le psychisme les exigences d’ordre somatique »29, pour Winnicott les pulsions sont secondaires à cette pression. Dans la Nature humaine, ouvrage posthume, écrit de 1954 à sa mort en 1971, et dont, malheureusement les articles n’ont pas été datés, Winnicott a fait une place importante aux pulsions : Freud « mit en relation […] l’importance de la pulsion et la signification de la sexualité infantile. Une théorie qui court-circuite ces questions est une théorie qui ne sert à rien. » Il assimile la pulsion à l’instinct animal : « l’exigence pulsionnelle est […] la même que chez l’animal »30, alors que Freud la définit comme un concept limite entre le psychisme et le somatique, liée à la notion de représentant. Décrivant l’évolution du prégénital au phallique puis au génital, il montre que l’enfant dispose de toutes les voies de l’excitation, y compris peut-être la génitale, « mais encore dépourvue de fantasmes génitaux ». Il n’y a pas encore de différence entre les sexes. Puis vient la phase phallique, dans les deux sexes avec la référence à l’organe génital masculin, son érection, sa sensibilisation périodique. L’état féminin est alors une affaire négative. Les chemins vont alors diverger. Ce fantasme est enrichi jusqu’à réapparaître à l’adolescence sous forme masculine ou féminine : pénétrer, être pénétré etc.31 Reprenant la théorisation de Lou Andreas Salomé, Winnicott conclut que « le côté féminin de la nature humaine sonne à la porte du prégénital ». Dans la phase phallique, la performance de l’enfant est fantasmatique c’est pourquoi elle concerne également le garçon dans la fille, alors que dans la phase génitale, l’enfant doit attendre « la possibilité de mettre le rêve en acte ». Pour cela il faut que son moi puisse se débrouiller avec une « impressionnante quantité de frustration »32. La peur de la castration par le père rival vient à point pour montrer au garçon un autre chemin que celui de l’agonie impuissante. Leur vulnérabilité phallique les protège donc d’angoisses de non existence plus graves. La divergence entre l’évolution de la fille et celle du garçon a donc deux racines : – Avant l’individuation, la fusion-identification avec la mère permet la constitution d’un féminin pur, sorte de paradis primitif où il suffit d’être mais qui fondera les bases d’une capacité ultérieure de mieux supporter la frustration et la perte. Si la mère a su laisser à l’enfant la possibilité de s’illusionner il pourra ensuite supporter la désillusion pour acquérir le masculin pur, sous tendu par la volonté de s’approprier l’objet du désir (le sein). L’accès à un masculin secondaire sur une base mal consolidée de « féminin pur » va donner un faux-semblant d’équilibre. – Les filles ne peuvent s’organiser que par rapport à ce qui leur manque (par rapport au négatif). Elles doivent donc se procurer à tout prix l’équivalent du pénis, investissement du corps entier, d’un amant ou d’un enfant. Leur intégrité en dépend. Ceci rend leur position plus précaire et leur narcissisme plus fragile. Elles sont plus dépendantes de leurs objets, alors que les garçons, rassurés par la présence de leur pénis, se sentent plus entiers. On voit qu’ici, les vues de Winnicott sont proches de celles de Freud. Winnicott fait remarquer qu’il n’y a pas de mot pour vagin dans la nurserie. Si les mères modernes en ont inventé plusieurs, ils n’ont pas encore de sens universel. Il reste un fait indépassable, le vagin et l’utérus ne se voient pas ; la place est à la représentation. Tant et si bien que certaines femmes, mères de famille, n’ont aucune représentation de leur « matrice », tandis que des femmes, après une hystérectomie, peuvent imaginer la posséder encore. Les garçons, soutient Winnicott, auraient une représentation du vagin, basée sur des désirs et des sensations orales et anales, mais aussi vaginales alors que l’organe leur fait défaut ! Cela me semble pour le moins énigmatique. Les filles seraient-elles gênées par l’existence du clitoris et des sensations qu’il leur procure, pour se représenter les sensations phalliques ? Rappelons que c’est ce que soutenait H. Deutsch, lorsqu’elle décrivait le clitoris « faisant barrage » à l’avènement du vagin à la phase phallique. Le clitoris, sans fonction reproductrice, donc inutile, serait un pénis pour rire (à la manière des seins des hommes pourrait-on dire). Il ne ferait que blesser leur narcissisme et ajouter à leur déception. Il est évident que Winnicott comme Freud et les autres psychanalystes ont du mal à trouver leur chemin entre d’une part la réalité de la bisexualité psychique, les identifications aux parents des deux sexes et, d’autre part, la nécessité d’assumer une identité sexuelle conforme à l’anatomie. Jusqu’où peut-on aller pour que le fantasme ne devienne pas inadapté et conduise à un déni de la réalité ? Il faut cependant remarquer que chez les êtres humains, les rôles sexuels ne sont pas toujours liés au sexe anatomique. Dans son livre Masculin/féminin, l’ethnologue Françoise Héritier montre comment chez les Inuit (une société d’Esquimaux au Canada), l’identité et le genre sont fonction du genre de l’âme-nom réincarnée33. Le débat reste ouvert s’il est plus facile pour les filles de réussir le féminin que pour les garçons, le masculin. On l’a dit, les hommes le croient. Les exemples cliniques ne semblent pas toujours le confirmer. Les femmes, comme les hommes, ont parfois tendance à « faire » plutôt qu’à « être ». Elles ont eu, comme eux, mais plus difficilement comme le montre la clinique, à se dégager de l’identification primaire à la mère. Est-il plus laborieux ensuite de se constituer une identité féminine secondaire ? Ce qui est certain c’est qu’il y a conflit entre le féminin – érotique et le maternel comme D. Braunschweig et M. Fain l’ont joliment résumé en appelant la « censure de l’amante » le désir qui pousse la mère à s’éloigner de l’enfant pour rejoindre l’amant34. Les femmes ont des échanges érotiques avec leur partenaire et leur enfant. Il n’est pas étonnant qu’elles soient tiraillées entre les deux. Le féminin doit intégrer cette conflictualité, tandis que pour les hommes, il n’y a pas de conflit entre le masculin et la paternité. Winnicott cependant a soutenu que l’expérience féminine n’exige qu’une structure mentale « minime », puisqu’elle s’appuie sur l’identification première à la mère. L’identité féminine serait plus économique et demanderait moins d’effort psychique que l’acquisition du masculin qui exige d’abord un dégagement. Pourtant, dans La nature humaine, Winnicott est obligé de constater que nombreux sont les écueils que les filles rencontrent pour l’acquisition de leur identité de femme adulte. Au stade du féminin pur, il n’y aurait pas de différence entre les sexes, sauf dans le regard de la mère, trahissant les fantasmes qui voient la fille comme semblable à elle (et loin d’être toute puissante), et le garçon comme possédant le sexe qu’elle envie et idéalise mais dont elle doit accepter l’altérité. Stoller (1975)35 discute l’affirmation de Freud que le garçon commence sa vie comme hétérosexuel. D’accord avec Winnicott, il insiste sur la fusion première avec la mère, « femme avec une identité sexuelle féminine », qu’il lui faudra surmonter. Il souligne l’importance du désir maternel pour le passage de son fils à une identité sexuée masculine : « Je ne pense pas, écrit-il, que le sentiment de ne faire qu’un avec la mère encourage un sentiment même primordial de masculinité au cours des premiers mois de la vie ; au contraire il doit être neutralisé. Il ne sera pour l’essentiel surmonté, à mesure que le moi se développe, que si la mère encourage le développement de la masculinité. Elle le fera en premier lieu parce qu’elle désire un fils masculin. Stoller, comme Winnicott, accorde toute son importance à l’influence de l’environnement. Un bébé seul n’existe pas, en tous cas il ne se développe pas, à la limite il ne survit pas. Pour aller plus loin, les cas des enfants de sexe ambigu et des transsexuels confirment que l’enfant, s’il naît avec un sexe anatomique défini, ne va acquérir son identité de genre qu’à la suite d’une longue élaboration. Le biologiste Jean-Didier Vincent confirme l’influence de la mère, dès les premiers instants, sur l’orientation sexuelle de l’enfant. Après Winnicott. Nous allons maintenant examiner les conceptions des auteurs modernes qui ont abordé le thème de la différence des sexes en tenant compte des apports de Winnicott. Pour A. Green36, le féminin pur occulterait une destructivité primordiale, née de la relation négative mère – enfant, que la mère essaye de faire taire et qui est liée par le masochisme érogène. Chez l’enfant-fille cette destructivité serait moins violente, peut-être par identification plus profonde à la mère. Green se démarque de l’hypothèse qu’il n’y a pas de différence avant le stade phallique entre les filles et les garçons. La répudiation du féminin serait, selon lui, plutôt un rejet du maternel découlant de la nécessité de se désengager de la mère vécue comme dangereuse pour la virilité du garçon et pour la féminité de la fille37. Pour Jean Laplanche, l’angoisse naîtrait lorsque le moi de l’enfant est débordé par l’attaque interne de son objet source (la mère) qui ne trouve plus à symboliser.38 Le traumatisme vient de la réactualisation après-coup de l’irruption de sexualité adulte dans une scène à laquelle l’enfant n’est pas préparé du fait de son immaturité (théorie de la séduction généralisée). J. André, à la suite de Laplanche, reprend l’idée d’Abraham d’une féminité primitive, qui serait refoulée par la suite. Le rapprochement de la féminité avec la situation de l’enfant « effracté » et passif, expliquerait le refus du féminin dans les deux sexes. L’angoisse féminine serait en rapport avec la destructivité plus qu’avec la perte d’objet. Pour Benno Rosenberg, l’angoisse signale la menace de déliaison qui risque de déchaîner la pulsion de destruction39. C’est à tort parfois, remarque Winnicott, que certains hommes envient les femmes croyant que chez elles l’élément féminin va de soi. Dans La nature humaine, il souligne le caractère secret de la sexualité féminine : « Le fonctionnement génital féminin véritable est caché, quand il n’est pas secret […] d’habitude le fantasme joue avec le recueillement en soi, le caché et le secret […] les représentations génitales trouvent leur expression la plus complète dans l’identification avec la mère [les rendant capables d’agir et de concevoir un enfant ».40 Nombre d’hommes se plaignent qu’elles sont énigmatiques, imprévisibles et qu’elles ont un « esprit tortueux ». Je suppose que l’envie des femmes, se portant sur le pénis « visible », est plus facile à concrétiser que celle des hommes, plus floue, plus anxiogène, reposant sur quelque chose d’irreprésentable et d’inquiétant qui sous-tend les fantasmes de sorcières : « …la nature de l’orgasme vaginal garde sa ténèbre inviolée », écrit Lacan41. Il associe la jouissance féminine à un rapport avec Dieu : « Cette jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien, n’est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l’ex-sistence ? Et pourquoi pas interpréter une face de l’Autre, la face de Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? »42. Freud, en revanche, liait le mystère féminin à l’importance de la bisexualité des femmes. L’acquisition du féminin étant postérieure à une phase phallique, celui-ci en garderait la trace et la nostalgie : « Partant de la préhistoire, je veux seulement souligner ici que l’épanouissement de la féminité reste exposé à la perturbation résultant des séquelles de la période masculine antérieure. Des régressions aux fixations de ces phases préœdipiennes ont lieu très fréquemment ; dans bon nombre d’existences il se produit une alternance répétée de périodes dans lesquelles la masculinité ou la féminité a pris le dessus. Une part de ce que nous, hommes, appelons « l’énigme de la femme » dérive peut‑être de cette expression de la bisexualité dans la vie féminine ».43. Lacan a radicalisé la théorie du primat du phallus énoncée par Freud. Il s’agit de phallus et non de pénis, c’est à dire d’une représentation symbolique de la puissance phallique. Cependant pour lui, au contraire de ce que souligne Mac Dougall, le phallus est lié au masculin, à la présence du pénis. La femme est incomplète, « pas toute », mais dotée d’un mystère qu’elle protège. Dans Encore, il harangue avec hargne les analystes femmes : « Nos collègues les dames analystes, sur la sexualité féminine elles ne nous disent […] pas tout ! Elles n’ont pas fait avancer d’un bout la question de la sexualité féminine. Il doit y avoir à ça une raison interne liée à la structure de l’appareil de la jouissance […] Il y a une jouissance à elles à cette elle qui n’existe pas et ne signifie rien. Il y a une jouissance à elle dont peut-être elle-même ne sait rien, sinon qu’elle l’éprouve – ça, elle le sait. Elle le sait, bien sûr, quand ça arrive […] depuis le temps qu’on les supplie, qu’on les supplie à genoux – je parlais la dernière fois des psychanalystes femmes – d’essayer de nous le dire, eh bien, motus ! On n’a jamais rien pu en tirer. Alors on l’appelle comme on peut, cette jouissance, vaginale… »44. Le moins qu’on puisse répondre est que devant un désir d’emprise si agressif, une telle rage d’avoir le dernier mot, les femmes ne peuvent rien faire d’autre que de se tenir à l’abri à l’écart de la compétition phallique. « Che mi fa ! » disait l’héroïne de la nouvelle de Maupassant, Les sours Rondoli. Les plaintes des hommes et des femmes sont donc à la fois semblables et différentes. Ils se plaignent tous deux d’un manque, la plus grande blessure narcissique étant le renoncement à l’un ou l’autre sexe. Mais l’angoisse de castration (la peur de la castration par le père rival), en indiquant un autre chemin que celui de l’agonie impuissante, structure les névroses masculines et concentre les inquiétudes masculines sur un organe visible et très investi, elle leur donne ainsi aux hommes un aspect de moindre vulnérabilité narcissique, alors que chez les femmes elle devient angoisse de perdre l’objet. On pourrait ajouter que l’angoisse de castration féminine anticipe un dommage touchant à la fois sa féminité, son amant et son enfant. Si bien qu’elle paraît plus dépendante des objets extérieurs, l’inquiétude naissant à chaque séparation. Est-elle moins narcissique que l’homme puisque l’amour est vital pour elle alors qu’il valorise surtout ses performances phalliques ? Ou, comme le pense Freud, plus narcissique puisque ses objets d’amour ne visent qu’à combler un déficit, que l’amant est « l’homme qu’elle aurait voulu être » et l’enfant mâle, celui qu’elle a créé ? Le masochisme féminin découle de cette situation où, les objets qui complètent la femme étant indépendants d’elle, elle doit prendre le risque de les perdre ou accepter une incomplétude sans espoir. Ce sont ses capacités d’identification au partenaire sexuel ou à l’enfant qui vont lui permettre de récupérer ce qui, sinon, est perdu pour elle définitivement, l’amour maternel. Il y a bien sûr des femmes « masculines » qui tentent la solution masculine, plus narcissique, censée les protéger des chagrins et malheurs féminins. Inutile de dire qu’elles risquent de rencontrer d’autres difficultés et de venir alors sur nos divans pleurer sur la vanité des succès obtenus, si elles les ont obtenus. Pour Catherine Parat, « le phallique n’est pas mâle, le phallique est narcissique »45. La satisfaction d’ordre phallique se trouverait dans le domaine des sublimations. Les sublimations, originaires d’identifications féminines mais aussi d’identifications viriles de la période anale et de la période de latence, constituent ce qu’elle désigne comme phallique féminin. Celles que les hommes désignent négativement comme « femmes phalliques » sont les femmes qui, « en imposant leur analité possessive, s’opposent à leur besoin de maintenir une valeur phallique (narcissique) à leur pénis » Florence Guignard46, dont la réflexion s’appuie à la fois sur Freud et sur Mélanie Klein, postule deux temps du féminin : le « maternel primaire », premier espace qui se dessine chez l’infans, à partir de la représentation de sa relation première au monde. Elle y introduit « la capacité de rêverie maternelle » dont Bion fait la condition de l’apparition de la vie psychique. le « féminin primaire » au cours duquel s’organisent les premières identifications féminines chez les enfants des deux sexes et qui se développe en relation avec la première triangulation. Le deuxième temps serait la combinatoire de la position dépressive et de l’Œdipe précoce (théorisés par M. Klein). Winnicott a également fait l’hypothèse que le fantasme de la mère qui reconnaît l’enfant dans son sexe, joue un rôle primordial pour la capacité future de l’enfant, en s’identifiant à cette rêverie maternelle, à prendre conscience de son identité sexuée. Nous avons vu que Stoller a une opinion approchante. M. Cournut-Janin47 fait aboutir le lien entre la mère et la mort d’une part, la fille/femme d’autre part, à la formation d’un noyau mélancolique que l’on voit apparaître au cours de certaines analyses. Le défi féminin pourrait, je crois, montrer là son revers de culpabilité. J. Schaeffer48 souligné la proximité de l’expérience de la jouissance féminine avec l’angoisse et donc avec le masochisme : « La défaite, dans tous les sens du mot, est la condition de la jouissance féminine. » Encore la référence au masochisme érogène qu’il faut bien intégrer pour blessant qu’il soit. J. Kristeva 49 insiste sur l’universalité de la référence phallique pour l’avènement du sujet, dans les deux sexes. Le pénis à la phase phallique est le bienvenu, le « point de rencontre entre le désir et le sens ». Le phallicisme succombera à la découverte de l’autre sexe pour donner naissance à la sexualité adulte. Le monisme phallique ne serait donc qu’une illusion infantile de la phase phallique. L’envie du pénis une fixation « phallacieuse ». Elle se réfère à Winnicott pour théoriser l’oedipe biface de la fille, biface parce que négatif ( désir pour la mère), puis positif, lorsqu’elle se tourne vers le père. Mais dès la phase phallique, des différences la séparent du garçon . Invisible ou presque, le clitoris dissocie le sujet femme du phallus. La déception de ne le percevoir qu’à peine et de sa dévaluation, installe, avec la dissociation sensible/signifiant, la croyance que l’ordre phallique est illusoire, indice de bisexualité, non d’un faux self. Au phallique illusoire, succède la passivation puis l’investissement maternel de l’enfant qui apparaît comme la seule « chose sérieuse » à côté d’un ordre phallique dérisoire. Bisexualité et maternité donc, au centre du devenir de la femme. Raquel Zak Goldstein50 aborde le passage de l’enfance à la maturité sexuelle et à la maternité qui fonde chez la femme son identité comme être humain sexué. La présence du père ne suffit pas à inhiber complètement les aspects persécutoires dérivés des images œdipiennes de la mère sorcière. Il s ‘ensuit une « tempête psychique » avec des fantasmes de viol qui découlent des fantasmes infantiles d’attaques contre le sein/corps maternel. Ces processus constituent le « carnal body », corps somatique, érogène, habité par le désir. La réalité psychique féminine, habitant son corps charnel, est proche de l’expérience de la temporalité et de la finitude. De nos jours, parité oblige, les femmes veulent un homme, des enfants, des gratifications phalliques faisant jouer à plein leur bisexualité. Elles en paient le prix avec la culpabilité, fières et épuisées, elle en arrivent quand même à des renoncements plus ou moins douloureux, mais au moins ce sont elles qui choisissent. Conclusion Winnicott a apporté des vues nouvelles sur l’avènement du féminin et du masculin. On lui a reproché d’avoir négligé le rôle des pulsions de vie et des pulsions de mort et leur ancrage dans le corps. Mais dans La nature humaine, il insiste sur le rôle prédominant des pulsions. À la fin de sa vie, Freud s’est trouvé devant une énigme non résolue : « un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence des deux sexes »51 et de la bisexualité biologique. Pour Winnicott, le fantasme d’activité orale n’est pas forcément « érotique » au début. L’ambivalence serait due aux changements du moi plutôt qu’au développement du ça, lorsque l’enfant passe de « l’amour impitoyable » (ruthless love) au « souci » ( concern) de l’autre. Après le stade anal et uréthral qui dépendent des caractères bon ou mauvais des matières excrétées, vient le stade phallique qui intéresse le garçon et « le garçon » dans la fille. Le stade génital se développe ensuite sur le pré génital dont il gardera les traces. D’abord lié à l’érection chez le garçon et suscitant l’angoisse de castration en relation avec la mère aimée et le père rival, il tend vers des désirs de pénétration et de fécondation avec la représentation d’un « objet d’amour réel ». Nous avons vu que pour le garçon, l’angoisse de castration est un havre par rapport à des angoisses plus impensables, « disséquantes ». Les filles, en l’absence d’organe « castrable » et d’angoisse de castration, auraient un chemin précaire à parcourir qui « offre des chances d’un développement homosexuel ». Winnicott reconnaît là que, contrairement à ce qu’il soutient dans Jeux et réalité, « la place ne manque pas pour du malheur et de la détresse chez la fillette ». Il insiste sur l’aspect positif de l’envie du pénis et sur l’importance de sa complète reconnaissance dans les analyses de femmes pour le renforcement de leur relation avec l’homme de leur choix. Beaucoup de femmes de nos jours peinent à y arriver. Cependant écrit Winnicott et nous conclurons avec cette citation : « Il serait faux de penser qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une névrose culturelle. Une culture dans laquelle la petite fille est autorisée à connaître très tôt la fonction féminine n’est pas de ce fait nécessairement la meilleure amie de cette petite fille ». Nous ne sommes donc pas arrivés au port et les problèmes soulevés par la différence des sexes et « l’énigme » de la bisexualité continuent de nous faire penser, heureusement ! Mais la voie tracée par Freud continue d’éclairer notre chemin : c’est l’intégration de la bisexualité psychique qui, si difficile qu’elle soit, offre aux hommes comme aux femmes une issue pour des relations possibles. Conférences d’introduction à la psychanalyse de l’adulte février 2003 Notes [1] Cournut-Janin M. et Cournut J., « La castration et le féminin dans les deux sexes » in : Rev. Franç. Psychanal., tome 57, numéro spécial congrès, 1993, pp. 1335-1557. [2] « L’organisation sexuelle infantile », in La vie sexuelle, Puf, 1970, p. 116. [3] Freud S. (1938), Abrégé de psychanalyse, Puf, 1949, p. 65. [4] « Développement de la fonction sexuelle », in Abrégé de psychanalyse (1938), Puf, 1970. [5] Freud S. (1933), La Féminité, in : Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse (1933), pp. 150-181. Gallimard, 1984. [6] Lettre à Freud du 3/12/1924, in : Œuvres complètes, tome II, Payot, 1966. [7] Abrégé de psychanalyse, p. 15. [8] La Féminité, op. cit., p. 176. [9] La Féminité, op. cit., p. 166. [10] La Féminité, op. cit., p.179. [11] Sur la sexualité féminine, op. cit., p. 141. [12] La Féminité, op. cit., p. 152-153. [13] « Analyse avec fin et analyse sans fin », in Résultats, idées, problèmes, tome II, Puf, 1985. [14] op.cit., pp. 177-178. [15] Abrégé de psychanalyse (1938). Puf, 1970, p. 9. [16] Green, A. (1972). Aggression, Femininity, Paranoia and Reality. Int. J. Psycho-Anal., 53 : 205-211. [17] Freud S. (1925), Différence anatomique entre les sexes, in : La vie sexuelle, pp. 131-132. [18] Op.cit., p. 147. [19] Deutsch H. (1945), La psychologie des femmes, Puf, 1959. [20] Lacan J., Séminaire 1972‑73, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 13. [21] Granoff V., La pensée au féminin, Minuit, 1976. [22] Horney K. (1967), La psychologie de la femme, Paris, Payot, 1969. [23] Klein M., Le retentissement des premières situations anxiogènes sur le développement sexuel de la fille, in : La Psychanalyse des enfants, 1932, Puf. [24] Jones E., Le stade phallique, in : Théorie et pratique de la psychanalyse, Payot, 1969. [25] Chasseguet-Smirgel J., « La culpabilité féminine » in : Recherches psychanalytiques nouvelles sur la sexualité féminine, Payot, 1964, p. 132. [26] Mac Dougall J., Éros aux mille visages, Paris, Gallimard, 1996, p. 28. [27] Winiccott, D. W., La Créativité et ses origines. Clivage des éléments masculins et féminins chez l’homme et chez la femme, in : Jeu et Réalité, Gallimard 1975, pp. 91-119. [28] Abrégé (1938), op. cit., p. 10. [29] Abrégé (1938), op.cit., p. 7. [30] Winnicott D. W. (1988), La Nature humaine, Gallimard, 1990, pp. 54, 58. [31] Op.cit., p. 59. [32] Op. cit., p. 62, 63. [33] Héritier Fr. (1996), Masculin/féminin, Odile Jacob. [34] Braunschweig D., Fain M. (1971), Éros et Antéros. Réflexions psychanalytiques sur la sexualité, Paris, Payot. [35] Stoller R. (1975), Angoisse de symbiose et développement érotique de la masculinité, in : La perversion, forme érotique de la haine, pp.140-165. Paris, Payot, 1978. [36] Green A. (1986), Féminité et masculinité, in Bulletin de la SPP, 9. [37] Green A. (1997), Les chaînes d’Éros, Paris, Odile Jacob, p. 54. [38] Laplanche J. (1987), Nouveaux fondements de la psychanalyse, Paris, Puf. [39] Rosenberg B. (1997), Le moi et son angoisse, Monographie de la Revue Française de Psychanalyse, Puf. [40] Op. cit. p. 65. [41] Lacan J. (1960), Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine, in Psychanalyse 7, Paris, Puf, 1964, p. 5. [42] Encore, op. cit, p. 71. [43] La féminité, op. cit, p. 175. [44] Encore, op. cit., p.66-69. [45] Parat C. (1995), Le phallique féminin, Rev. franç. Psychanal. (59 (4) : 1239-1257. [46] Guignard Fl. (1997), Épître à l’objet, Puf. [47] Cournut-Janin M. (1998), Féminin et féminité, Puf (Épîtres). [48] Schaeffer J. (1997), Le refus du féminin, Puf (Épîtres). [49] Kristeva J. (1995), De l’étrangeté du phallus ou le féminin entre illusion et désillusion. In : Sens et non-sens de la révolte, Pouvoirs et limites de la psychanalyse, pp. 198-223, Paris, Fayard, 1996. [50] Goldstein R. Z. « Women’s Destinies », 39th IPAC, San Francisco, 1995. [51] « Un exemple de travail psychanalytique », Abrégé, op. cit.

jacques halbronn Réflexions astrologiques autour du tétragramme.

jacques halbronn Réflexions astrologiques autour du tétragramme. La valeur guématrique du tétragramme est 26 si l'on totalise le Iod, le Hé, le Vav et un second Hé. Ce nombre est assez proche des 28 jours du cycle lunaire et des 28 ans du cycle sidéral de Saturne. Dans nos travaux autour du tétragramme, nous avions à un certain stade opté pour un trigramme, Yahou.http://nofim.unblog.fr › 2026/02/07 › jacques-halbronn... En effet, on retrouvait cette forme dans le nom de plusieurs prophétes (Jérémie, Isaie, Elie) alors que d'autres prophétes comportait la forme "El" désignant dieu: Ezékiel, Daniel, sans oublier Israel (Jacob) Récemment, en revenant sur la question du Vav conversif, nous avions proposé de faire précéder les noms commençant par un Yod d'un Vav qui selon nous était sous entendu, transformant un futur en un passé, puisque ce Vav permet un tel basculement. Dès lors, nous proposerons d'en revenir au tétragramme avec Vav, Yod, Hé, Vav dont la valeur guématrique est 27 (6 10 5 6) et non plus 26 dans la lecture classique. Or, ce nombre 27 est fort proche de ceux qui caractérisent la Lune et Saturne en astronomie, ce qui permettrait de confirmer l'importance du jour de Saturne, à savoir le Shabbat, pour la liturgie juda¨ique. sur le web " La Lune met en moyenne 27 jours 7 heures 43 minutes 12 secondes pour accomplir une orbite autour de la Terre; c'est sa révolution sidérale." sur le web La planète Saturne prend environ entre 27 et 29,5 années à compléter son orbite. Lorsque cela arrive dans votre vie, vous verrez de gros changements se produire. Ceci peut vouloir dire des ruptures, changements de carrière ou autre. JHB 08 05 26

Danièle Iancu-Agou Astronomie et astronomes juifs dans le midi de la France au Moyen Âge

Astronomie et astronomes juifs dans le midi de la France au Moyen Âge Danièle Iancu-Agou Texte intégral Les principales contributions des juiveries médiévales à l’astronomie furent l’établissement rigoureux du calendrier hébraïque, la traduction des travaux arabes et leur diffusion, la création de tables astronomiques et d’oeuvres originales. I. LES ORIGINES Comme ce fut le cas pour les mathématiques, pour les sciences naturelles ou médicales, l’astronomie a joui de tout temps d’un statut privilégié chez les Juifs. Aux raisons scientifiques propres, il faut d’emblée ajouter le paramètre religieux : pour établir le cycle exact des fêtes juives qui scandent l’année, l’appréhension exacte du calendrier hébraïque (qui est lunaire) s’avérait indispensable. Il n’est qu’à citer à cet égard la célébration de la néoménie (premier jour de chaque mois qui correspond au renouvellement de la lune)1. Nous ne devons donc pas être étonnés de trouver aussi bien dans la Bible hébraïque que dans l’oeuvre gigantesque des Talmuds de Jérusalem et de Babylone une grande variété de textes ayant trait aux planètes et à l’astronomie ; une recension fine et complète reste à faire. Contentons nous ici de rappeler que les savants de l’époque talmudique utilisaient des instruments astronomiques spécifiques (le « shéfoféreth » par exemple, pour l’observation de la lune), qu’ils connaissaient le calcul des solstices, le déplacement des planètes (le rabbin Yohanan ben Zaqaï) et les « chemins du ciel » (le médecin Mar Samuel de Néhardéa, en Mésopotamie)2, qu’ils affirmaient la rotation des planètes autour du soleil, prénommant la voie lactée « Nehar Dinour » (courant de feu). La connaissance des comètes (notamment celle de Halley) ne semble pas leur avoir échappé. Durant les siècles qui ont suivi la clôture du Talmud de Babylone et avant l’an Mil, nous avons des échos sur l’activité astronomique des savants juifs. Citons ici deux cas représentatifs : Rabban Sahl al-Tabari qui a traduit en arabe au ixe siècle l’Almageste de Ptolémée, et Shabbetai Donnolo, médecin qui au xe siècle a rédigé le premier traité astronomique en hébreu : Sefer Tahkemoni. II. LA TRADUCTION DES TRAVAUX ARABES ET LEUR DIFFUSION La transmission de la science arabe à l’Occident chrétien est sans doute un des facteurs de l’épanouissement scientifique de la Renaissance et peut-être aussi du retour des humanistes aux sources helléniques. Le plus clair du savoir scientifique du Moyen-Age occidental (mathématiques, astronomie, physique, médecine) repose soit sur des innovations apparues dans la culture arabe, soit sur un héritage grec enrichi et transmis par celle-ci. A. L’ESPAGNE La condition historique et géographique des Juifs d’Espagne les a mis au contact immédiat de ce bagage scientifique. L’arabe était la langue de production des savants juifs vivant au sein de la civilisation islamique. D’autre part, les activités intellectuelles et économiques des communautés juives, leurs positions politiques et parfois leurs expatriements obligés dotèrent certains de leurs membres d’une multiple compétence linguistique. Aussi lorsque l’archevêque Raymond de Tolède, le roi Alphonse X de Castille ou l’empereur Frédéric Hohenstaufen en Sicile voulurent faire traduire en latin ou en langue vulgaire des oeuvres scientifiques arabes, se trouva-t-il parmi les traducteurs une forte proportion de Juifs, éventuellement assistés de Chrétiens. Et il s’en trouva aussi, en particulier dans le MIDI DE LA FRANCE pour traduire, résumer ou produire des oeuvres scientifiques originales en hébreu, répondant ainsi à des besoins intra-communautaires. D’autres oeuvres furent par leurs soins traduites ou rédigées directement en latin. L’activité des Juifs d’Espagne est la plus importante et l’on connaît sa double direction : vers des cercles juifs et non juifs. Pour ces derniers, ils s’occupent de traduire, à deux époques successives : au xiie siècle et au premier tiers du xiiie siècle, en plusieurs endroits de la péninsule ibérique, ils collaborent à des traductions à quatre mains, c’est-à-dire-faites par des couples de traducteurs, un juif et un chrétien, suivant une technique qui de l’arabe en passant par la langue vulgaire, aboutit au latin ; plus tard, après 1250, à la cour tolédane d’Alphonse de Castille, les Juifs traduisent généralement seuls et directement en castillan. Pour les Juifs qui ne connaissaient pas l’arabe, c’est-à-dire ceux installés en Espagne chrétienne et hors d’Espagne, les Juifs espagnols arabisants du xiie siècle s’efforcèrent de mettre à leur portée les sciences arabes en écrivant des résumés ou des synthèses3. Les exemples les plus significatifs sont ceux d’ABRAHAM BAR HIYYA et d’ABRAHAM IBN EZRA. En effet, le plus grand des astronomes juifs qui écrivit en hébreu au début de la période espagnole fut Abraham bar Hiyya (xiie siècle) dont les travaux marquèrent des générations d’écrivains juifs ; ses préfaces sont significatives : « Si j’avais trouvé en France un ouvrage en hébreu contenant des règles sur le calendrier, je n’aurais pas pris la peine de composer ce livre... » (Sefer ha-Ibbur) ; « Ayant longtemps cherché un traité en notre langue... et ne l’ayant pas trouvé, je me sentis obligé de l’écrire. » (Tzurat ha-Aretz)4. Ceux de ses travaux qui furent traduits en latin eurent une grande influence sur le développement de la science européenne. A partir de ses calendriers astronomiques et de son essai astronomique arabe qu’il traduisit en latin, il écrivit les oeuvres suivantes : un précis de cosmographie intitulé Tzurat ha-Aretz ve tavnit kaddurey ha-rakia (« La forme de la terre et la figure des sphères célestes), son Sefer ha-Ibbur qui comprenait des séries de calcul d’années et des déterminations de nouvelles lunes et de nouveaux cycles, et son Heshbon Ma-Halakhot ha-Kokhavim auquel des commentaires furent ajoutés par Abraham ibn Ezra qui vécut un peu plus tard au xiie siècle. L’introduction de ses premières tables astronomiques écrites en hébreu est largement basée sur les travaux d’al-Battani (Syrie, ixe siècle). Il y a aussi, écrites en marge, beaucoup de notes explicatives d’un caractère relativement banal qui sont attribuées à A. ibn Ezra. Ce dernier composa par ailleurs une introduction à l’astronomie, un traité de l’astrolabe et des tables astronomiques5. B. LE MIDI DE LA FRANCE Plus tard « ce travail de traduction d’arabe en hébreu, qui est le principal, service que les Juifs aient rendu au Moyen-Age, s’accomplit tout entier dans le Midi de la France par des familles juives venues d’Espagne qui conservèrent, durant quelques générations, dans leur nouveau milieu, la connaissance de leur ancien idiome »6. En effet, la Provence médiévale (incluant, selon l’acception hébraïque de l’époque, aussi bien le Languedoc que la Provence actuelle)7 fut le centre majeur de traductions arabes en hébreu aux xiiie et xive siècles, et la plupart des textes qui étaient d’un commun usage en Espagne devenaient accessibles en hébreu en Languedoc et en Provence. 1. Le Languedoc La transmission en Languedoc est surtout l’oeuvre de deux familles, toutes deux originaires de l’Espagne musulmane ; la première, celle des Kimhi, active à Narbonne au xiie siècle, s’attela surtout à des travaux de philologie et d’exégèse biblique. C’est à la deuxième famille, celle des ibn Tibbon, tous médecins, que l’on doit directement ou indirectement la plus grande partie (plus de 90% ?) de l’activité scientifique d’origine arabe en Languedoc. Judah ibn Tibbon, chassé de son Andalousie natale par les persécutions des Almohades, s’établit à Lunel où florissait une communauté juive d’implantation ancienne, et sous l’impulsion du groupe local des savants, il traduisit au xiie siècle en hébreu plusieurs ouvrages déjà classiques de la philosophie juive rédigée en arabe. Son fils Samuel (qu’il admoneste dans son testament, car il lui reproche de ne pas s’appliquer en calligrahies arabe et hébraïque) qui traduira pourtant le fameux Guide des Egarés de Maïmonide, traduira aussi le traité des Météores d’Aristote d’après la traduction arabe de Yahya b. Batriq : il s’agit des Otot ha-Shamayim qu’il acheva de traduire en 1210 ou 1213 (pendant un voyage par mer entre Lampedusa et Pantelleria et auquel il ajouta un certain nombre de notes personnelles). Le rythme des traductions s’accéléra vite, et le fils de Samuel, Moise ibn Tibbon, va traduire entre 1240 et 1280 plus d’une trentaine d’ouvrages en hébreu. MOISE IBN TIBBON, l’un des plus grands traducteurs du Moyen-Age : parmi les 37 traductions qui lui sont attribuées, à peu près la moitié sont des ouvrages de philosophie ; le reste doit être partagé en deux groupes : la médecine et les sciences exactes. Il semble qu’il ait eu une première période d’activité à Naples jusqu’en 1246, et une seconde à Montpellier à partir de 12548. Quatre traductions appartiennent nettement à l’astronomie : il s’agit de deux traités dus à des auteurs grecs (l’Introduction à l’astronomie hipparquienne de Geminus, traduit à Naples en 1246, et les Sphériques de Théodose de Bithynie) qui furent transposées à partir des versions arabes : le choix de Moïse fut judicieux car Théodose avait fait auparavant l’objet de deux traductions latines (par Platon de Tivoli et plus tard Gérard de Crémone). Ses deux autres travaux furent : un commentaire de l’Almageste de Ptolémée par Ibn Aflah ha-Ishbili (connu aussi sous le nom de Abu-Muhammad Jabir ibn Aflah) ; cet ouvrage d’ibn Aflah (Ki-tab al-Hayd ou « Le livre de l’astronomie ») est important par son approche critique du système ptolémaïque de l’univers, sa version hébraïque était très attendue, et Moïse - comme on le verra plus loin - ne fut pas le seul à l’entreprendre9. D’une façon générale l’oeuvre elle-même de Ptolémée d’Alexandrie (iie siècle), l’Almageste - treize livres systématisant la structure de l’univers et l’astronomie grecque - domina la pensée astronomique et astrologique pendant 14 siècles, devenant l’autorité en la matière et la source principale pour les traductions et commentaires astronomiques de toute la période médiévale. Il est à noter d’ailleurs que l’une des premières traductions hébraïques de l’Almageste fut accomplie par Jacob Anatoli (allié aux Tibbonides : gendre de Samuel ?) entre les années 1231 et 1235 : Hibbur ha-Gadol ha-Nikra al-Magesti. Ce même Jacob Anatoli traduisit encore le résumé de l’Almageste d’Averroës sous le titre de Kizzur al-Magesti, et également l’ouvrage de l’astronome arabe du ixe siècle al-Farghani sous le titre ïesodot ha-Tekhunah (en arabe, Kitab fial-Harakat al-Samawiyya ou « Le livre sur les mouvements célestes »). Quant à Moïse ibn Tibbon, sa quatrième traduction fut celle du « Livre sur l’astronomie » de l’astronome arabe al-Bitruji de Séville et elle sera transposée en latin au xvie siècle par Calo Calonymos ; cette retraduction latine - même tardive et destinée aux milieux chrétiens - témoigne de l’influence de la version hébraïque de Moïse10. JACOB BEN MAKHIR IBN TIBBON (12367-1304 ?) Il faut remarquer d’emblée qu’à l’inverse de son oncle Moïse ibn Tibbon dont on a souligné le labeur fort diversifié (médecine, philosophie, etc.) dans l’entreprise de traduction réalisée, Jacob ben Makhir se consacra essentiellement à l’astronomie, livrant ainsi autant des traductions que des ouvrages originaux. Parmi ses traductions, notons la « Correction » de l’Almageste de Jabir ibn Aflah qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une version en hébreu par son oncle Moïse, et le livre « Sur l’astronomie de l’Univers » en 1271 d’ibn al-Haytham (xie siècle). A relever enfin qu’il s’est occupé de retraduire en latin, en collaboration avec Jean de Brescia et par le biais d’une langue romane (l’occitan ?) la Sahifa d’al-Zarqali qu’il avait déjà lui-même traduite en hébreu. Cette retraduction latine bénéficia d’un grand succès. Ce travail de traduction (qui fut réalisé, à l’inverse de ses devanciers, avec une certaine liberté, n’excluant pas des observations personnelles) paraît s’achever, selon les indications des manuscrits conservés, en 1275 ; il est vraisemblable comme le fait observer David Romano, que cette période de traduction fut une étape de préparation et de maturation d’oeuvres originales qui écloront par la suite, avec le succès que nous verrons plus loin. 2. La Provence KALONYMOS BEN KALONYMOS d’Arles (né en 1287) De son nom provençal Maestro Calo, ce traducteur - le plus actif en Provence - fit ses études à Salon où vivaient ses deux maîtres Moïse de Beaucaire et Sen Astruc de Noves. Immanuel de Rome ou Manoello, que l’on suppose avoir été l’ami de Dante, ne tarit pas d’éloges sur lui comme traducteur et poète : « Il connaît - dit-il - Ptolémée par coeur, ainsi que les livres des Chaldéens (ouvrages astrologiques ?), et il est le plus habile pour traduire de l’arabe en hébreu »11. Le fait le plus important de la carrière extérieure de Kalonymos fut ses relations avec le roi Robert de Naples. Les travaux que le roi lui demandait se rapportaient non à des traductions hébraïques, mais à des traductions latines. Kalonymos se servait rarement des traductions de ses prédécesseurs. Hormis ses nombreuses traductions d’ouvrages médicaux (dont Galien, Horsin ibn Ishaq, etc.), mathématiques (Euclide) et philosophiques (Aristote, Averroës), on doit relever en astronomie : sa traduction du traité d’al-Kindi (Abou Yousouf Yacoub Ishaq al-Kindi) relatif à l’influence des corps célestes sur la pluie achevée le 21 eloul 5074 selon le calendrier hébraïque (2 septembre 1314). Dans le manuscrit du Vatican où il n’y a pas de titre hébreu, on a le titre latin De intelligentiis sphoeras moventibus. Sa traduction du commentaire moyen d’Averroës sur Les Météores d’Aristote, terminée à Arles (en 19 jours !) le 15 novembre 1316. Sa traduction du traité de Ptolémée intitulé Sur tout ce qui est relatif aux planètes, en deux livres (vers 1317). Kalonymos regrette d’avoir entrepris sa traduction sur un texte défectueux (mais à la demande de ses amis), et il prie ses lecteurs de l’en excuser. Sa traduction du traité d’al-Kindi Sur les humidités et la pluie. On peut relever enfin dans son ouvrage satirique Even Bohan (« Pierre de Touche ») qui est un traité de morale composé en 132212 cette appréciation qu’il fait « sur ceux qui se croient de grands savants » ou « ceux qui croient connaître l’astrologie, science aussi vaine que la sorcellerie ». Un autre traducteur important en Provence fut SAMUEL DE MARSEILLE (né en 1294), fils de Juda, fils de Meschullam13. Il fit un commentaire sur l’Almageste dont il acheva la première partie en octobre-novembre 1330 et la troisième partie en mai 1331 à Tarascon. Et il corrigea la traduction hébraïque faite par Jacob ben Makhir de l’abrégé de l’Almageste d’ibn Aflah. Le long épilogue qui termine cette seconde traduction est édifiant sur la véritable chasse aux manuscrits rares qui se pratiquait à l’époque dans les milieux lettrés provençaux ; en voici la substance, résumée par Renan (qui la livre aussi in extenso en hébreu) : « Samuel dit qu’à l’âge de 18 ans, il a commencé à s’adonner à la philosophie ; il a étudié l’astronomie à Salon avec le grand maître R. Abba Mari surnommé Sen Astruc de Noves14... Là il s’est rendu familier avec l’ouvrage d’ibn Aflah ; quant au livre qu’Averroës a composé sur le même sujet, il n’a pu en avoir connaissance que par la traduction de Jacob Anatolio, laquelle, à ce qu’on dit, n’est pas correcte, et en outre, difficile à trouver... A l’âge de 30 ans, il est revenu à l’étude de l’Almageste de Ptolémée... il le lit maintenant avec son frère, En Bondavi de Marseille, très versé dans ces recherches, quoique plus jeune que lui. Ils ont étudié tout l’ouvrage, excepté la dernière partie, car les temps rendent impossibles les travaux approfondis. Ainsi il n’a fait de commentaire que sur les trois premières parties, n’étant pas en force de s’occuper d’un commentaire sur le livre entier, vu les calamités présentes. C’est à Tarascon que les deux frères s’occupent de cette lecture, leur domicile étant dans cette ville. Samuel avait alors 35 ans. Il trouve qu’Averroës n’a fait qu’extraire de l’ouvrage de Ptolémée, et que tout ce qu’il dit de bon lui vient de son auteur. Les deux frères se rendent à Trinquetaille (faubourg d’Arles) où ils ont pu se procurer un texte arabe très correct ; ils en ont pris copie à la hâte, s’étant retirés dans une des écoles pendant deux jours, vivant de pain et d’eau, car, disent-ils, nous avons hâte de rendre l’ouvrage à son propriétaire et de retourner chez nous pour certaines affaires. La copie a été faite sans ordre, car ils ne savaient pas toujours comment les pages se suivaient, et ils ne possédaient que la huitième partie de l’ouvrage. Après de grands voyages, Samuel a pu se procurer une traduction de Jacob ben Makhir dont on lui a permis de prendre copie. C’était l’autographe du traducteur. Cependant Samuel croit y avoir découvert des fautes. Enfin il a pu consulter une seconde fois le texte arabe où il a trouvé beaucoup d’endroits peu d’accord avec Jacob ben Makhir. En outre, dans l’oeuvre de ce dernier, il manque le chapitre sur la voie lactée et d’autres constellations. Samuel a pu corriger les fautes de Jacob et compléter l’ouvrage. Il a appris également que Moïse ibn Tibbon en avait fait une traduction qu’il n’a pu se procurer. Samuel finit sa tâche à 42 ans, le 17 décembre 1335 à Aix ». SALOMON DAVIN DE RODEZ traduisit vers la fin du xive siècle des ouvrages d’astronomie et d’astrologie. Plaçons en premier lieu le traité astronomico-astrologique d’Abou-l-Hassan Ali ibn Abi-Ridjal, composé en arabe, traduit en espagnol sur le désir d’Alphonse X par le médecin Juda, fils de Moïse Cohen, en 1256, et sur cette version, en latin par Gilles de Thébaldis de Parme et Pierre de Regio, imprimé à Venise en 1485 et 1525. C’est sur cette dernière traduction que notre auteur fit la sienne en hébreu. Il dit dans sa préface que l’ouvrage d’Ali étant excellent et en même temps rare, il se décidait à le traduire pour l’avantage de ceux qui étudient ces matières. N’ayant eu qu’un exemplaire incomplet et incorrect, il complètera sa traduction et expliquera les passages douteux dans des notes marginales. La seconde traduction due à la diligence de Salomon Davin est celle des Tables de Paris accompagnée de ses notes15. Salomon se dit ici l’élève d’Immanuel de Tarascon dont on parlera dans les pages suivantes. Les tables de Paris, basées sur les Tables alphonsines, sont très amples et font usage de doubles arguments pour trouver les longitudes et latitudes planétaires. Quelques textes latins y font relation : le premier ensemble de tables de ce caractère est celui de Jean de Lignières qui travaillait à Paris autour de 1320. MOSHE BEN ABRAHAM DE NIMES a traduit du latin les Tables astronomiques d’Alphonse, roi de Castille ; ces Tables dites alphonsines étaient probablement les plus largement utilisées dans l’Europe du Bas Moyen-Age et de la Renaissance. La forme originale, basée sur des modèles islamiques, fut écrite en espagnol au xiiie siècle, mais la version latine apparue au début du xive siècle, fut davantage connue La forme espagnole ne semble pas avoir survécu. Un texte hébreu par Isaac Israeli, Yesod olam, fournit quelque information d’arrière plan : Isaac ben Sid, astronome juif qui travaillait pour le roi Alphonse, avait observé une éclipse solaire à Tolède le 5 août 1263, et à la requête du roi, trois éclipses lunaires : les 24 décembre 1265, 19 juin 1266 et 13 décembre 1266. Les écarts entre l’observation et le calcul furent sans doute présentés comme une part de justification pour construire l’ensemble en question de Tables16. Moïse fils d’Abraham de Nîmes traduit donc des Tables en hébreu avec le commentaire de Jean de Nicora composé à Paris, et les Tables de Jean de Saint-Archange d’après le désir de Maestro Crescas Nathan « fils du grand et puissant prince, la lumière de notre captivité, ‘Don Isaac Nathan’» en 1420. Dans sa préface, Moïse dit qu’il a fait cette traduction pour trois raisons : parce qu’elle est l’oeuvre d’un roi, qu’elle est complète, et que les Chrétiens l’ont en grande estime. Ces tables, poursuit-il, sont beaucoup plus exactes que celles de Paris. Telle est, résumée et schématisée, la somme des traductions réalisées dans ce Midi de la France où des esprits éclairés, à l’affût de la nouveauté intellectuelle s’exerçaient, soucieux de transmettre leur bagage culturel, passionnés de recherche et de vérité scientifique. Tel Samuel de Marseille dont nous avons présenté le vagabondage intellectuel : de Salon où il étudie (à 18 ans) à Aix où il achève sa traduction (à 42 ans) en passant par Tarascon et Trinquetaille où il parvient à se procurer des textes arabes corrects, n’hésitant pas à reprendre, corriger ou abréger des versions précédentes qu’il juge fautives ou insuffisantes. Par ailleurs, il n’est pas indifférent de noter que des Chrétiens traduiront au xvie siècle toutes ces versions hébraïques : l’Almageste et al-Farghani traduits par J. Anatoli le seront par Jacob Christmann (Francfort, 1590) ; Abraham de Balmes (mort en 1524) traduira en latin la version hébraïque de Moïse ibn Tibbon sur le travail de Geminus, aussi bien que celle de Jacob ben Makhir d’ibn-al-Haytham. III. LES OEUVRES ORIGINALES PRODUITES DANS LE MIDI DE LA FRANCE JACOB BEN MAKHIR IBN TIBBON Après les traductions dont on a dit qu’elles avaient pu constituer pour lui une phase de préparation, des ouvrages originaux vont assurer sa renommée : Ecrit en hébreu, le premier est le Beur ha-keli ha-niqra rova Israel dont lui-même a fait deux rédactions : l’une en 1288 et l’autre, révision de celle-ci, en 1301, et conservée dans sa seule traduction latine. La première rédaction avait été également traduite en latin, avec sa propre collaboration. Il s’agit d’un ouvrage sur un nouvel instrument astronomique appelé quadrans judaicus et souvent aussi quadrans novus par opposition au quadrans vetus de Robert l’Anglais (1276). Le quadrant de J. xvie siècle. Il est sans doute supérieur au vetus et sert aux mêmes usages que l’as trolabe ; plus exact, il est en même temps plus difficile à uti liser que celui-ci. L’autre oeuvre originale de Jacob est celle des Luhot (Tables) compilées pour la longitude de Montpellier17. Jacob n’a pas composé de tables astronomiques (en suivant celles de al-Zarqali ou d’Alphonse X) mais un almanach (l’almanach étant une oeuvre tabulaire ou bien des tableaux d’éphémérides, mais non de vraies tables astronomiques), dans lequel il suivit et rectifia les données de l’almanach d’al-Zarqali. Le fait que les Luhot aient été traduites plusieurs fois en latin (Almanach perpetuum), le nombre de manuscrits conservés (soit en hébreu, soit en latin), les citations élogieuses des grands astronomes du xvie siècle, témoignent bien qu’il ne s’agissait pas d’une simple adaptation et que Jacob ben Makhir -de la brillante et féconde dynastie des Tibbonides- est l’un des grands astronomes juifs des temps médiévaux. L’autre est RALBAG (nom formé par les initiales de Rabbi Lévi ben Gerson). LEVI BEN GERSON (ou GERSONIDE) est sans doute originaire de Bagnols-sur-Cèze (Gard) d’où il tire son nom provençal de Maestre Leon de Bagnols. Il a vécu surtout à Orange, et fait quelques séjours à Avignon. De sa biographie, on connaît peu, outre le fait qu’il vécut entre 1288 et 1344 dans le Sud de la France. De son activité intellectuelle extrêmement diversifiée (théologie, philosophie, mathématiques...), de nombreux écrits témoignent. Parmi ceux-ci il semble que ses textes astronomiques écrits comme tous les au tres en hébreu, mais traduits à quelques reprises en latin, per mettent de saisir les diverses dimensions de son personnage scientifique. Il se situe comme tout astronome de l’époque dans une perspective ptolémaïque et se réfère à des travaux d’auteurs plus récents (al-Battani, A. ibn Ezra, A. bar Hiyya...) pour l’élaboration de ses théories. Ses ouvrages d’astronomie : Explications du Résumé du traité du ciel achevé en septembre 1321, du traité des Météores clos en décembre 1321, et surtout ses Luhot composées à la demande de personnages importants chré tiens et juifs, vers 1320 à Orange. L’ouvrage est divisé en cinq parties : sur le caractère des Tables et des Cycles ; sur la conjonction moyenne et l’opposition (du soleil et de la lune) ; sur la vraie moyenne ; sur la position du soleil pendant la conjonction et l’opposition ; sur les éclipses18. Dans ses « Guerres du Seigneur » (Milhamot ’Adonây), ouvrage de philosophie et de théologie, une partie astronomique fut accueillie avec beaucoup de faveur par les savants chrétiens. Appelée Livre d’astronomie ou Partie astronomique19, elle répondait si bien aux besoins du temps qu’on en fit une traduction latine dont le début a été publié par le prince B. Boncompagni. C’est peut-être aussi cette traduction que Kepler et ses correspondants connurent par ouï-dire et désiraient tant voir. Dans son propos sur l’utilité et les difficultés de l’astronomie, Lévi parle d’un nouvel instrument qu’il a inventé et qu’il appelle Megallé Amoukhot (« Le Révélateur des profondeurs »). Il est probable que cet instrument est celui-là même qui est cité par Johanan Alemanno, écrivain juif italien du xvie siècle, sous le titre de « Bâton de Lévi ». Cette partie du traité astronomique a été donnée séparément par l’auteur lui-même ou par un anonyme sous le titre « Circonférence des cieux » et l’opuscule ainsi détaché20, comprenant tout ce qui concernait l’instrument inventé par Lévi, fut traduit en latin dans le courant de l’année 1342, par conséquent du vivant de Lévi, sur l’ordre du pape Clément VI. C’est l’exemplaire même qui se conservait en 1369 dans la bibliothèque du palais pontifical d’Avignon. La traduction se termine ainsi : « Explicit tractatus instrumenti astronomie magistri Leonis judei de Balneolis, habitatoris Aurayce, ad summum pontificem dominum Clementum VI, translatus de hebreo in latinum, anno Incarnationis Chr. 1342 et pontificatus dicti Clementi anno primo. » Le manuscrit latin de Munich renferme une traduction latine du même traité sous le titre de Baculus Jacob ; plus heureux que Képler qui attachait de l’intérêt à ce manuscrit, les Jésuites d’Ingolstadt réussirent à se le procurer, et en firent une copie. On a continué récemment encore à considérer Regiomontanus comme le premier qui se soit servi du baculus pour mesurer la distance des étoiles ; il est prouvé à présent qu’il connaissait une traduction latine du traité de Lévi. Dans l’ensemble de ce livre V, Lévi expose les inconvénients du système de Ptolémée ainsi que de celui qu’avait inventé « le maître de la nouvelle astronomie » Al-Bitrôdji (Alpetragius), auteur de la fin du xiie siècle. Pic de la Mirandole le mentionne plusieurs fois dans ses Disputationes in Astrologiam en s’exprimant ainsi : « Leo Hebraeus, ut insignis et celeber mathematicus, quasi veteribus parum fidens, excogitavit novum instrumentum cujus vidimus canones mathematica subtilitate praecellentes ». Jusqu’à Philippe de Vitri enfin, auteur dans sa jeunesse de traités de musique, qui eut des relations scientifiques avec Léon de Bagnols en 1343. Léon l’Hébreu prit ainsi place parmi les classiques de l’astronomie, comme l’a écrit E. Renan : « Voilà donc un ouvrage de science parfaitement rationnelle, quelles qu’en furent les erreurs de détail, qui éclôt dans la première moitié du xvie siècle, au sein des Juiveries du Midi. La Cour d’Avignon, si éclairée pour le temps, en reconnaît la supériorité et se le fait traduire. Personne, à cette époque, ne paraît avoir porté dans la cosmographie mathématique autant de science spéciale et de sagacité », Bernard R. Goldstein, auteur de nombreux travaux sur l’astronomie ancienne et médiévale, a pu ainsi décrire sa démarche : « Nous avons ici l’exemple d’un astronome médiéval qui recourt à une méthode scientifique très élaborée : il critique avec soin les travaux de ses prédécesseurs ; construit de nouveaux instruments d’observation et en perfectionne d’anciens ; prend en considération tout un ensemble de modèles planétaires possibles ; détermine les paramètres de ses modèles sur base de ses observations propres ; compare les positions prédites à partir de son modèle avec celles qu’il a observées aussi bien qu’avec celles obtenues à partir du modèle de Ptolémée ; modifie enfin ses paramètres à la lumière d’observations ultérieures... »21. Contemporain de Lévi ben Gerson, mais un peu plus jeune, IMMANUEL BONFILS DE TARASCON fit des observations à Tarascon sa ville natale, à Avignon, et à une certaine époque il tint école à Orange, enseignant les mathématiques et probablement aussi la médecine (en 1377). Ses ouvrages d’astronomie sont : Un Traité sur le cours moyen des planètes, composé à Tarascon autour de 1340. La 29e pièce du manuscrit de Munich contient une Table pour calculer la déclinaison du soleil, basée sur l’ouvrage « Pierre du Secours » qui ne semble pas - quoiqu’on en ait dit - être d’Abraham bar Hiyya. Le calcul sur la hauteur du soleil est fait pour Tarascon et Avignon. Le même manuscrit de Munich contient un chapitre intitulé « Table du bon cadeau » sur la Détermination de la planète Vénus de 1300 à 1357. De la manière de construire l’astrolabe : les latitudes d’Arles, de Tarascon et d’Avignon y sont données (manuscrits de Paris, de. Munich et de Londres au Jewish College). Une note Sur les cycles (manuscrit d’Oxford). Enfin le célèbre ouvrage d’Immanuel, « Ailes des Aigles » ou Six Ailes, traité astronomique en six chapitres sur les conjonctions, les oppositions, les éclipses solaires et lunaires, etc., fait à Tarascon. Ce traité a été très répandu et a dû avoir un grand succès à en juger d’après le nombre de manuscrits trouvés dans toutes les bibliothèques (en particulier à Oxford). Le manuscrit de Munich indique que ce traité a été achevé à Tarascon en août 1365. Il s’en fit une traduction latine en 1406, sur laquelle Chrysocca composa son commentaire. Pic de la Mirandole les a probablement connues, à l’aide d’une traduction latine. Traité sur la valeur de l’inégalité : opuscule qui traite des Inégalités du cours du soleil et de la lune, et de la nécessité de mettre ces inégalités en ligne de compte pour fixer exactement la date des conjonctions, des oppositions, des éclipses, etc., « attendu que les tables astronomiques renferment à cet égard des erreurs considérables ». Le manuscrit d’Oxford porte la date hébraïque de 5126 (1366) et indique que l’ouvrage a été composé à Tarascon. Immanuel y cite - outre les tables de Lévi ben Gerson, al-Battani, Abraham ibn Ezra - un almanach rédigé par un grand savant et annoté par un contemporain. Il renvoie aussi à son traité des Six Ailes22. JACOB BONET Jacob, surnommé Bonet, fils de David, fils de Yom-Tob Bonjorn, est l’auteur de Tables astronomiques, faites à Perpignan en 1361. Dans un manuscrit, il est nommé Jacob Poël. Ces tables paraissent avoir été très répandues, car les différentes bibliothèques en possèdent un grand nombre de manuscrits qui ont fait l’objet de nombreux commentaires. Dans quelques manuscrits, on en trouve une traduction hébraïque faite sur le latin. Ainsi, dans le manuscrit d’Oxford, on lit : « Vois, j’ai trouvé ceci entre les mains d’un chrétien ; c’est un livre attribué à Jacob, fils de David, fils de Jorn, composé de Tables servant à connaître les conjonctions et les oppositions, etc., que nous avons traduit en notre langue. » Il n’est pas probable que Jacob ait composé ces Tables en latin en même temps qu’en hébreu. D’après un manuscrit de Parme, notre auteur aurait fait des additions aux tables de Jacob ben Makhir23. MOISE FERRUSSOL BOTAREL est également l’auteur de Tables astronomiques : Tables sur les conjonctions et les oppositions, avec des canons en six chapitres. Moïse parle d’une éclipse de soleil observée en 1478, calculée par erreur comme une éclipse totale et corrigée dans les Tables d’Alphonse et celles de Maestro Léon (Lévi ben Gerson). Le point de départ est la nouvelle lune du mois d’iyyar (mars) 1481 à Avignon. Art fixe, traité sur le calendrier, composé en l’année 1464-1465, sur le désir de Jacob Léon de Cavaillon. Ici, Moïse se dit l’élève de Moïse de Nîmes. Le Commentaire sur les Tables d’Immanuel de Tarascon composé en 1465 est probablement de lui24. *** En conclusion, il est permis de dire que l’ample travail de traduction auquel se sont livrés les Juifs languedociens et provençaux a été l’un des points de liaison entre les sciences gréco-arabe et les sciences de l’Occident chrétien. Les exigences pratiques du calcul du calendrier hébraïque désormais satisfaites, il y eut un labeur considérable opéré presque en deux tranches : l’une de prépondérance des traductions, l’autre durant laquelle les traductions ont été de pair avec des oeuvres plus ou moins originales. On ne peut par ailleurs omettre d’insister sur cette ambition de totalité qui caractérisait le savant juif, héritier là aussi de la tradition arabe et versé dans plusieurs sciences : l’exemple des Tibbonides et de Lévi ben Gerson est à cet égard édifiant. Cette tendance à l’universalisme dérivait nécessairement de la recherche de la vérité scientifique, indifférente par nature aux affiliations religieuses : Jacob Anatoli qui collabore à Naples avec le savant Michaël Scot, astrologue et traducteur de la Cour de Frédéric II déclarait : « Le fait qu’il n’appartient pas à notre peuple n’est pas une raison pour réfuter ses vues, dont il faut apprécier la valeur d’après leur vérité intrinsèque et non d’après l’origine de leur défenseur ». Lévi ben Gerson n’établissait-il pas ses Tables astronomiques « à la requête des grands et nobles personnages chrétiens » ? Le pape Clément VI n’avait-il pas donné en 1342 l’ordre de traduire son ouvrage de trigonométrie et la description d’un instrument astronomique ? Gersonide n’entretenait-il pas des relations avec l’évêque de Meaux, Philippe de Vitry destinataire de son traité sur les Nombres harmoniques, et il dut connaître par son intermédiaire Jean des Murs, l’un des maîtres de l’astronomie parisienne. Il témoigne lui-même qu’une nuit de la fête des Cabanes (Soukkot) où il ne pouvait rédiger ses observations astronomiques, il les dicta à un moine qui étudiait sous sa direction la science des astres et qui n’est peut-être autre que ce Pierre d’Alexandrie, traducteur du pronostic qu’il établit en 1345(pronostic qui présageait la conjonction de Saturne et de Jupiter le 28 mars 1345) ; il est vraisemblable que c’est ce religieux augustin qui l’introduisit à la Cour pontificale à Avignon. Au demeurant, le climat environnant rappelle constamment à l’intellectuel juif qu’il appartient à une minorité menacée : pas un savant qui ne déplore des conditions de travail troublées : Samuel de Marseille n’évoquait-il pas « les calamités présentes » ? L’écho des troubles de 1320 qui « rendent impossibles les travaux approfondis » se perçoit aussi chez Lévi ben Gerson qui regrette en 1329 « les tracas de l’époque qui empêchent toute spéculation » Cette culture enfin ne s’est-elle transmise que dans un cercle étroit d’héritiers ? Certes ses premiers hérauts vivent dans la prospérité : Judah ibn Tibbon était engagé dans le commerce maritime, ainsi que son fils. Il est au surplus clair qu’il faut des moyens pour se consacrer à plein temps à la recherche pure : Jacob ben Makhir, l’arrière petit-fils de Judah, le sait bien qui déclare que l’astronomie « n’est accordée qu’à celui auquel le pain sera donné et l’eau assurée »25. Au xve siècle, il apparaît bien - au travers des registres de notaires - que cette culture fleurit au sein d’un groupe actif et bien distinct à l’intérieur des communautés : celui des médecins, lesquels par le fait même de leurs autres activités cumulées (commerce, prêt), étaient des porteurs et agents de diffusion privilégiés de la culture scientifique et philosophique. Hormis cette strate mince et influente des médecins, c’est parmi l’élite des notables (dirigeants communautaires ou baylons, gros prêteurs) que les livres circulent, qu’ils soient achetés, vendus, légués ou collectionnés. N’est-il pas caractéristique que la juive la plus riche de la cité arlésienne, Venguessone Natane, lègue ses ouvrages en latin à son petit-fils à la condition expressément formulée qu’il continue à apprendre le latin ?26. La taille et la composition de leurs bibliothèques témoignent de la solidité de leur formation ; on donnera pour conclure, l’exemple significatif de la pénétration des sciences dans les couches intellectuelles juives : c’est celui du médecin juif aixois Astruc des Sestiers dont j’ai analysé l’inventaire des biens après décès enregistré chez notaire en 143927. Sa collection se chiffrait à rien moins que 179 ouvrages dont 36 de médecine, 22 de philosophie, et autant (une quarantaine) d’exégèses biblique et talmudique. Parmi ses ouvrages scientifiques, au nombre de huit dont deux de mathématiques (Euclide), on doit retenir les volumes ayant trait à l’astronomie : Astruc possédait Abraham bar Hiyya de Barcelone (Forme de la Terre et figures des sphères célestes), Samuel ibn Tibbon qui traduisit les Météores d’Aristote, Abu Yusuf al-Kindi (ouvrage astrologique sur la nouvelle lune) traduit par K. ben Kalonymos, Abraham ibn Ezra (Goralot, sorte de divinations incluant l’astrologie), ibn abi’l-Rijal (Mishpatim ha-Kohavim, astrologie judiciaire), et enfin Rabbi Bonet Bonjorn avec ses Luhot ou Tables astronomiques. En regard, la bibliothèque du médecin juif Léon Mosconi de Majorque, pour imposante qu’elle fut en 1370 (147 ouvrages), n’est guère mieux pourvue en ouvrages d’astronomie : trois volumes (de Ptolémée, l’Almageste et une dissertation logique ; outre ce grand classique traduit de l’arabe, deux manuels d’astronomie en arabe : ibn Haītham ?, et la célèbre Astronomie de Jacob ben Makhir). Léon Mosconi fut pourtant un érudit qui a composé un supercommentaire du commentaire d’Abraham ibn Ezra sur le Pentateuque et sa bibliothèque a d’autant plus de relief28. En revanche, Astruc de Sestiers d’Aix fut un médecin quelconque, que rien ne situa hors du commun : on peut ainsi sans risque le juger représentatif des lettrés juifs de la Provence médiévale. Notes de bas de page 1Depuis des temps immémoriaux, la néoménie a été célébrée comme demi-fête (elle était proclamée avec solennité et annoncée à toute la Palestine ainsi qu’à la Babylonie). Elle est encore proclamée à l’office du Shabbat qui précède le commencement du nouveau mois. En outre, dans la première quinzaine de chaque mois, dans une prière récitée au plein air, au clair de lune, est rendu hommage à Dieu qui manifeste sa Puissance et sa Sagesse dans la marche régulière des astres. 2Néhardéa et Pompedita furent les deux plus célèbres académies juives de Mésopotamie. Pour appréhender plus largement la part de l’Astronomie dans la Bible et le Talmud, cf. l’Encyclopaedia Judaica, Jerusalem, 1971, vol. 3, colonnes 795 à 799 (pour l’Astrologie, cf. col. 788 à 795). 3Cf. D. Romano, "La transmission des sciences arabes par les Juifs en Languedoc", Juifs et Judaïsme de Languedoc, Toulouse, 1977, pp. 363-386, et B. -R. Goldstein, "The Survival of Arabic Astronomy in Hebrew", Journal for the History of Arabic Science, 3 (1979), pp. 31-39. 4D. Romano, op. cit., p. 382, note 7. 5On peut citer un autre juif arabisant actif aussi bien en Languedoc qu’en Provence, Lévi ben Abraham ben Hayim qui écrivit (on ignore où) un long Sefer ha-Tekuna consacré à l’astronomie (et à l’astrologie judiciaire) étroitement dépendant des idées du voyageur ibn Ezra. 6E. Renan (et A. Neubauer), "Les Rabbins français du xive siècle", Histoire littéraire de la France (HLF), 27, Paris, 1877, p. 572. 7Ce que la littérature hébraïque appelle la "Provence", c’est l’aire où le provençal sert aux Juifs de langue vernaculaire. 8D. Romano, op. cit., p. 372. 9David Romano écrit : "on doute que le traité de Yabir ibn Aflah ait été effectivement traduit" et "Rien ne dit que l’hébreu soit celui de Moïse ibn Tibbon, mais il n’y a pas d’autre traduction connue" (op. cit., p. 373 et p. 384, note 29). 10Cf. l’édition récente faite par B. -R. Goldstein du traité de al-Bitruji : Al-Bitruji : On the Principles of Astronomy, New Haven-London, 1971, 2 vol. 11E. Renan (et A. Neubauer), "Les Ecrivains juifs français du xive siècle", HLF, 31, Paris, 1893, p. 419. 12Son but fut de montrer les folies et les perversités du temps où il vécut ; pour être impartial, il ne se ménagea pas lui-même. Dans les paragraphes 42 à 56, il parcourt les différentes positions sociales et montre la vanité de toutes les choses dont l’homme se glorifie. Cf. Renan-Neubauer, op. cit., pp. 447-452. 13Son grand-père Meschullam était l’arrière petit-fils de David Prophègue que Benjamin de Tudèle mentionne comme l’un des plus riches habitants de Marseille. Cf. Renan et Neubauer, op. cit., pp. 553 et suiv. 14Comme Kalonymos ben Kalonymos. 15Dans cette traduction, il y a trois colonnes pour les Tables d’Avignon, de Paris et de Liège, et le manuscrit de Munich contient des notes additionnelles sur cinq planètes. Cf. Renan et Neubauer, op. cit., pp. 765-766. 16Cf. Renan et Neubauer, op. cit., pp. 779-780. Cf. aussi B. -R Goldstein, "The Survival... ", op. cit., pp. 35-36. 17Elles ont comme annus radix le 1er mars 1301 ; elles firent l’objet d’une étude de Steinschneider dont s’inspirèrent probablement Renan et Neubauer ("Les Rabbins... "), pp. 616-621. Cf. aussi D. Romano, op. cit., pp. 377 et 385. 18Ce traité existe dans le manuscrit de Munich, au British Museum. Le manuscrit de la Laurentienne (d’après les Tables d’Immanuel de Tarascon) renferme une note astronomique d’après Ptolémée qui dénote plutôt un caractère astrologique. Cf. Renan et Neubauer, "Les Ecrivains...", pp. 586 et suiv. 19Elle est contenue dans le premier chapitre du Ve livre qui forme un traité séparé. Cet ouvrage est intitulé Milhamot ’Adonây d’après Nombres XXI, 14, parce que Gersonide estime, en effet, que mener le combat contre les idées fausses, c’est livrer les guerres du Seigneur. Cf. l’ouvrage de Ch. Touati sur le penseur juif de Bagnols : Lévi ben Gershom (Gersonide), Les guerres du Seigneur, Livres III et IV, Introduction, traduction et notes par Ch. Touati, Mouton, 1968. (Les Livres III et IV sont consacrés respectivemnt à la Science divine et à la Providence). 20Cet opuscule se trouve dans le manuscrit n°10 à la bibliothèque de la communauté juive à Mantoue ; sa traduction se trouve dans le manuscrit latin (n°7293) de la Bibliothèque Nationale. 21Pour ces deux citations, cf. respectivement Renan et Neubauer, "Les Ecrivains... ", op. cit., p. 642, et B. -R. Goldstein, "Médieval observations of Solar and Lunar Eclipses", Archives Internationales d’Histoire des Sciences, 29 (1979), pp. 104-105. Cf. aussi de ce dernier auteur, "Levi ben Gershon’s Lunar Model", Centaurus, 16 (1972), pp. 257-284. 22Immanuel fut également l’auteur d’écrits astrologiques : Petit traité astrologique sur les 7 constellations qui existe dans un manuscrit de Paris ; le manuscrit de Leide contient un Fragment d’astrologie ; commentaire sur un passage d’A. ibn Ezra relatif au tétragramme, avec 26 conjonctions des cinq planètes ; note sur les neuf comètes, attribuée à Ptolémée, mais probablement de notre auteur. Cf. Renan et Neubauer, "Ecrivains... " op. cit., pp. 692-698. 23Renan et Neubauer, op. cit., p. 701. 24Ibid, pp. 780-781. 25Renan et Neubauer, "Les Rabbins... ", op. cit., pp. 616-617. 26Cf. mon article à paraître dans la Revue des Etudes Juives (REJ), "Une vente de livres hébreux à Arles au début du xve siècle. Tableau de l’élite juive arlésienne". 27D. Iancu-Agou, "L’inventaire de la bibliothèque et du mobilier d’un médecin juif d’Aix-en-Provence au milieu du xve siècle", REJ, CXXXIV (1-2), 1975, pp. 47-80. 28D. Iancu-Agou, "Préoccupations intellectuelles des médecins juifs au Moyen-Age : inventaires de bibliothèques", Provence Historique, fasc. 103, 1976, pp. 21-24. Dans cet article, sont cités p. 24, notes 6 et 7 les travaux d’I. Lévi et M. Stein-schneider sur la bibliothèque de Léon Mosconi. Auteur Danièle Iancu-Agou Chargée de recherche au c.n.r.s. c.e.s.m.-aix-en-provence