Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
samedi 3 juillet 2021
Jacques Halbronn La fabrication du "Nostradamus bis" au prisme des "Présages de Nostradamus" dans l'édition de B. Chevignard. Paris, Seuil, 1999
La fabrication du Nostradamus bis au prisme des 'Présages de Nostradamus' dans l' édition de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999
Par Jacques Halbronn
L'édition de Bernard Chevignard autour du Recueil des Présages Prosaïques nous inspire un certain nombre de réflexions quant à la fabrication du corpus centurique telle qu'elle a existé à partir de la fin des années 1580 à partir de pièces « non centuriques »- ce que nous appelons le Nostradamus premier- produites à partir des années 1550. Ce travail vient compléter notre récente étude autour de « Nostradamus et l'Antéchrist » (cf notre site NOFIM unblog.fr) et du rôle d'Antoine Crespin dans le processus d'élaboration du « Nostradamus bis ».
I Les épitres à Henri II
Chevignard commente ainsi un texte du Reccueil (p. 283) ainsi intitulé « D'un autre présage sur la mesme année (1557) qui ne se trouve point, dédié à Sa Magesté du Roy Tres Chrestien. Passages sigillez: et calomniez par un de des haineux de l'auteur pour ne les avoir point entendus et retirez d'un sien livre imprimé à Paris 1558. » Chevignard identifie correctement l'ouvrage de Nostradamus dont il s'agit, à savoir les Présages Merveilleux pour 1557, dont Ruzo avait fourni des reproductions dans son Testament de Nostradamus (Ed du Rocher, 1982) que nous avons reproduit intégralement en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Prophetica Judaica Aleph, Ed Ramkat) Chevignard explique que Chavigny s'est servi d'une attaque contre Nostradamus , le Monstre d'Abus (noter l'anagramme approximatif par rapport à Nostradamus) de Jean de La Daguenière (cf Benazra, RCN , pp. 33 et seq) qui reprend des termes de la dite Epitre à Henri II de 1556. On peut penser que la dite Epitre aura servi à fabriquer une nouvelle Epitre à Henri II cette fois datée de 1558. (cf notre étude sur la fabrication de la nouvelle Préface à César , dans le cadre de l'entreprise « Nostradamus bis », à partir des Prophéties d'Antoine Couillard, 1556)
II Les quatrains présages
Certaines éditions du « premier » volet des Centuries utilisent des quatrains des almanachs.(cf Benazra, RCN, pp. 118 et seq) : Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n'ont encores esté imprimées lesquelles sont en ceste présente édition..Reveues & additionnées pour l'Autheur pour l'an mil cinq cens soixante & un de 39 articles à la dernière centurie »
« Prophéties de M. Nostradamus adioustées nouvellement . Centurie septiesme : 12 quatrains n° 72 à 83. Benazra note « Dans cette centurie, on a inséré 12 quatrains qui n'en ont jamais fait partie (qui) devaient être publiés comme présages pour l'almanach pour 1561. Nous ignorons pourquoi ils furent supprimés de l'almanach imprimé par Barbe Regnault et intégrés dans l'édition 1561 des Centuries »
Cette formule « dernière centurie » montre bien que le projet devait s'arrêter à six centuries, complétée par une annexe greffée sur la dite « dernière centurie ». et qui deviendra une « septième centurie »
Or,n'est ce pas dans le Recueil de Présages Prosaiques édité par Jean Aimé de Chavigny, que l'on aura puisé pour constituer ce supplément si ce n'est que cette solution sera par la suite repoussée et que l'on aura préféré fabriquer une série de faux nouveaux quatrains au lieu et place des dits « présages » authentiques.
III Les Significations de l'Eclipse pour 1559
Chevignard reproduit en annexe de son édition du Recueil les Significations de l'Eclipse qui sera le 16. Septembre 1559 etc, Paris, Guillaume Le Noir.(cf dans le Recueil, Chevignard, pp. 376 et seq).
Ces Significations constituent une pièce majeure en faveur d'une édition des Centuries ayant eu lieu dans la décennie 1550. Elle appartient à une série de rééditions ayant eu lieu dans les années 1905- 1906.Voilà le passage « centurique » contenu dans ces Significations s'ouvrant par une Epitre à Jacobo Marasalla, Evêque de Viviers et vice légat d'Avignon, en date du Ier mai 1557, de Salon.
'Comme plus amplement est déclaré à l' interprétation de la seconde centurie de mes Prophéties » (Ed Chevignard, p ; 455)
Or, le test de la vignette de couverture nous enseigne que la vignette ornant les dites Significations était réservée aux seules Pronostications et d'ailleurs Chevignard reproduit la Pronostication pour 1558 avec cette même vignette.(p ; 419), . Cette errreur de vignette concerne notamment les fausses éditions de 1555 et 1557 lesquels se servent d'une vignette propre aux éditions « pirates » des almanachs de Nostradamus (cf RCN pp ; 58-59. On la trouve en page de titre du RCN) alors que seules les Pronostications de Nostradamus bénéficient d'une telle vignette agrémentée d'un bandeau zodiacal avec le nom « M. De Nostradame » en écusson.D'ailleurs, les deux ouvrages reproduits par Chevignard -Pronostication 1558 et Significations 1559) sont tous deux indiqués comme parus chez le même libraire parisien, Guillaume Le Noir et l'on peut penser que la fausse édition des Significations aura été réalisée à partir de la dite Pronostication de 1558, conservée à La Haye à moins que cela ne l'ait été à partir de la Grande Pronostication pour 1557 chez un autre libraire parisien J. Kerver également sis rue Saint Jacques. Or, nos reproductions ( in Documents Inexploités, 2002, pp 189 et seq) montrent que le dit Kerver réservait la dite vignette à la seule Pronostication, celle ci ne servant ni pour l'almanach ni pour les Présages Merveilleux pour l557
En fait, ces Significations visent l'année 1605, date qui figure juste avant la référence centurique. Or, cette année 1605 est celle des Prédictions admirables, recueilles des Mémoires de feu M. Michel Nostradamus (..) par Vincent Séve de Beaucaire en Languedoc dès le 19 mars 1605 au Chateau de Chantilly (cf RCN, pp. 160 et seq,) ce qui introduit un lot de 58 sixains, œuvre de Morgard (cf nos Documents Inexploités), laquelle œuvre aura été intégrée dans le corpus centurique à l'instar de celle d'un Antoine Crespin.
JHB
03 07 21
Ci-dessous une étude de notre plume datant de 2003, donc juste après nos » Documents Inexploités « de 2002 sur Espace Nostradamus
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38
La fortune des emprunts à Leovitius
dans les deux épîtres nostradamiques datées de 1558
par Jacques Halbronn
Deux épîtres sont supposées avoir été rédigées en 1558, celle dédiée à Henri II, en date du 26 juin et figurant en tête des Centuries VIII - X de la plupart des éditions des Centuries et celle adressée à Jacob Marrasala, évêque de Viviers, vice légat d’Avignon, en date du 14 Août, qui parut sous le titre de Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559 etc, Paris, Guillaume le Noir.1 Torné Chavigny a signalé, en son temps, dans une lettre manuscrite, parue ultérieurement dans une précédente édition en fac-similé des Signfications - et qu’utilise d’ailleurs B. Chevignard qui reproduit la dite lettre par la même occasion - l’emprunt à l’Eclipsium de Leovitius. Nous reprendrons pour ce faire un passage de notre TPF2, en y ajoutant d’autres éléments signalés par Théo Van Berkel.
I - L’Eclipsium et les Significations de l’éclipse
Après avoir lu notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Théo Van Berkel3 nous manifestait ainsi sa surprise voire son embarras (nous avons parfois amendé son français) à propos de notre renvoi à l’Eclipsium omnium ab anno Domini 1554 usque in annum Domini 1606 accurata descriptio & pictura ad meridianum Augustanum ita supputata.4
“J’ai lu dans votre livre ce qui concerne les Significations de l’Eclipse 1559. A la page 29, il y a un renvoi à Mars à 7.32 Sagittaire. Si je comprends bien, c’est un renvoi a l’Eclipsium de Leovitius. Parce que dans les Significations, je ne peux pas trouver un tel renvoi.
J’ai fait le calcul du thème de l’Eclipse, c’est-à-dire le 16 septembre 1559, 17:01:08 GMT à Salon-de-Provence. Voici les longitudes zodiacales (système Regiomontanus) :
* Soleil : 2:42:03 Libra
* Lune : 2:42:03 Aries
* Mercure : 24:40:39 Libra
* Vénus : 18:30:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturne : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 25:25:46 Sagittarius
* XI : 12:18:45 Capricornus
* XII : 6:22:09 Aquarius
* Ascendant : 20:45:18 Pisces
* II : 10:07:14 Taurus
* III: 7:43:07 Gemini
Selon la publication du texte repris dans les Présages de Nostradamus par Chevignard, on trouve :
* Mars se trouve au milieu du ciel (p. 448) : cf. MC 25:25:46 Sagittarius, Mars 5:25:48 Capricornus
* Le carré avec la queue du Dragon (p. 448) : cf. Mars 5:25:48 Capricornus, Queue du Dragon (Cauda Draconis) 0:15:43 Libra
En conséquence, que Mars soit dominateur de l’Eclipse, dans la VIIIe maison, non loin d’Antarès (p. 451) n’est pas possible, c’est Vénus en Scorpio qui est dans la VIIIe maison, Antarès se trouve au 2:47:57 Sagittarius. Le Soleil se trouve en Libra, gouverné par Venus.
* Une opposition de Saturne (p. 452) : Saturne opposé à Antarès, cf. Saturne 6:36:16 Gemini rétrograde, Antarès 2:47:57 Sagittarius
*Un aspect de trigone de Jupiter à Vénus (p. 455) : cf. Jupiter 10:31:00 Pisces rétrograde, Vénus 18:30:38 Scorpio.
Je ne comprends donc pas qu’il puisse être question d’une longitude zodiacale de Mars en Sagittarius, ni le renvoi au 7:32 Sagittarius (sauf : environ 1840 la longitude zodiacale d’Antarès était environ 7:30 Sagittarius). Ensuite, je ne vois pas un Ascendant en Aries / Bélier (cf. votre livre, p. 29). Selon mes calculs, l’Ascendant de l’Eclipse se trouve en Pisces. Mais peut-être le moment de l’Eclipse était-il plus tard, vers 17:20 GMT.
Je suis bien curieux de connaître l’explication des mentions de Mars en Sagittaire et de l’Ascendant en Aries. Selon mes calculs, Mars se trouvait en Sagittarius entre le 12 février 1559 et le 9 septembre 1559 environ, sa longitude zodiacale à 7:32 Sagittarius autour du 4 mars 1559. En 1560, Mars ne se trouvait pas en Sagittarius.”
Nous signalâmes à M. Van Berkel que l’Eclipsium était calculé selon le méridien d’Augsbourg, en Bavière (Allemagne) et non celui de Salon de Provence. Théo Van Berkel poursuivait alors, cette fois en anglais, dans une autre correspondance :
“Since I did not have any knowledge about Leoviticus, I made a horoscope of this Eclipse for the Greenwich Mean Time of the Full Moon for Salon-de-Provence. Taking your remarks at heart, I made a new horoscope, this time for Augsburg, using the AstroScoop Plus software. In order to intercept a wrong date (Julian calendar vs. Gregorian calender).
I calculated a second horoscope, with the Tuckerman Ephemeris 2-1649 AD and the Regiomontanus tables of houses, compiled by André Barbault.
Here are the results :
* Sun : 2:42:03 Libra
* Moon : 2:42:03 Aries
* Mercury : 24:40:39 Libra
* Venus : 18:13:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturn : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 0:45:01 Capricornus
* 11 : 15:57:27 Capricornus
* 12 : 10:12:50 Aquarius
* Asc : 1:44:45 Aries
* 2 : 22:04:39 Taurus
* 3 : 15:40:44 Gemini
Mars is in Capricorn in 10, conjunct the MC, and not in 8 in Sagittarius conjunct Antares. In fact, there is not one planet in the 8th house ! Both Mercury and Venus are located in the 7th house. But if in the Eclipsium this chart was calculated with equal houses, then Venus would be in the 8th house, no matter counting from the Asc or from the MC. The matter seems a little bit more complicated when one wants to draw conclusions. In the publication by Chevignard, it reads on p. 448 : Mars se trouve au milieu du ciel. According to me, this means that Mars is in the midst of heaven, which can be translated as in the 10th house. This is according to present-day software. Next, on the same page, a square aspect between Mars and the Dragon’s tail is mentioned. This is also according to present-day software, since according to this software Mars is located on the 6th degree of Capricornus and the Dragon’s tail on the 1st degree of Libra. When Mars would be located on the 8th degree of Sagittarius (7:32), a square would simply be impossible !”
Grâce à M. Van Berkel, nous allons mieux comprendre la façon dont on a compilé - c’est le mot - les Significations de l’Eclipse attendue pour le 16 septembre 1559, selon le calendrier julien. Manifestement, l’Eclipsium de Leovitius comporte une erreur en ce qui concerne la position de Mars au début du Sagittaire et celui-ci ne sera donc pas conjoint avec l’étoile fixe Antarès. Dès lors, la prédiction de Leovitius ne se justifie plus, le maître de l’ascendant Bélier n’étant plus en VIII et plus à proximité d’Antarès.
Ci-dessous les positions fautives de la Constitutio syderum pour l’Eclipse du 16 sep-tembre 1559, reprise de l’Eclipsium:
MC : 1.16 Capricorne
XI : 16.38 Capricorne
XII :11.16 Verseau
Asc : 2.59 Bélier
II : 22.38 Taureau
III : 16.8 Gémeaux
IV : 1.16 Cancer etc
Soleil : 1.36 Balance
Lune : 2.37 Bélier
Mercure : 21.4 Balance
Venus : 17.47 Scorpion
Mars : 7. 32 Sagittaire
Jupiter : 10.54 Poissons
Saturne : 9.15 Gémeaux
Tête du dragon (Caput Draconis) : 0.14 bélier
Le décalage avec les positions indiquées par Théo Van Berkel coïncident toutes, à peu de chose près, sauf en ce qui concerne Mars. Or, c’est justement sur la position de Mars que repose toute l’interprétation relative à la mort d’un roi. Les Grandes Ephémérides, (tome 1, Paris, Trédaniel, s. d.) de Gabriel donnent également Mars au début du Capricorne pour le 16 septembre 1559.
Mais de cela, ceux qui composèrent les Significations de l’Eclipse de 1559 ne s’en rendirent pas compte ! Il n’allèrent pas étudier la page fournissant les positions plané-taires mais se contentèrent d’en recopier, à un autre endroit de l’Eclipsium, son interprétation qui ne précise pas la position de Mars dans le zodiaque et crurent que cette interprétation correspondait - ce que l’on pouvait, en effet, raisonnablement supposer, au thème de l’éclipse qu’ils dressèrent par ailleurs.
Ils citèrent donc, sans état d’âme, le passage concerné, que nous avons reproduit en fac-similé dans nos Documents Inexploités (p. 29) : “Mars principal dominateur de l’éclipse occupant la 8. Maison non esloignée d’Antare etc”, mais par ailleurs, ils calculèrent bel et bien les positions correspondant à l’éclipse et cette fois sans passer par l’Eclipsium de Leovitius, sans se rendre compte que ces différentes données n’étaient pas compatibles entre elles, ce qui nous conduit à penser que leurs connaissances astrologiques sinon astronomiques étaient assez médiocres et l’on peut se demander si Michel de Nostredame aurait pu commettre une pareille bévue, à savoir ne pas constater que le pronostic de Leovitius s’appuyait sur des données fausses. Le plus grave reste d’avoir écrit que Mars était maître de l’ascendant et de placer, ailleurs, celui-ci en Poissons alors que cela n’était possible que si l’ascendant était en Bélier. Or, pour Salon de Provence, al’scendant était en Poissons et pour Augsbourg, il était en Bélier, le signe suivant.
Folios A2v et A4r des Significations de l'éclipse
Dans un cas, Mars est Maison VIII
et dans le second cas, il est au Milieu du Ciel, donc en Maison X !
Van Berkel conclut - à la suite de notre mise au point - au sujet du rapport avec l’annonce de la mort du roi :
“As far as I have insight in this matter, I think that the horoscope was presented correctly on p. 448 of the reprint by Chevignard, and the remark about Mars and Antares is simply wrong. This does not change the impact it had in those days regarding astrological correspondences with the death of Henry II, but the fundaments don’t sustain such a prediction. On the contrary, they weaken it.”
En vérité, l’important était que le lecteur pensât que Michel de Nostredame avait pu annoncer en 1558 la mort du roi. Il se trouvait que, par hasard, l’Eclipsium, paru avant le décès, comportait bel et bien un tel pronostic, encore que fondé sur une erreur de lecture des éphémérides. Il était tentant d’en attribuer le mérite à Michel de Nostredame mais la confrontation même des différentes parties des Significations aurait pu conduire le lecteur attentif à une certaine perplexité. On notera que B. Chevignard ne signale pas cette incongruité astronomico-astrologique dans ses notes relatives aux Significations.
Nous ajouterons qu’il nous semble intéressant de souligner le rôle des étoiles fixes et notamment d’Antarès dans l’interprétation astrologique dans la seconde moitié du XVIe siècle.5
L'Eclipsium de Leovitius
On notera dans l'horoscope la position de Mars
à 7° 32 Sagittaire en Maison VIII
II - L’Ephemeridum et l’Epître à Henri II
Tant l’Eclipsium que l’Ephemeridum de Leovitius, tous deux parus dans les années 1550, s’arrêtent à 1606.6 Si l’on en croit sa correspondance latine, Michel de Nostredame se servit de l’Ephemeridum : “Je me réjouis que vous ayez pris connaissance des éphémérides de Cyprian Leowitz”.7
Pourtant, Tubbe, correspondant régulier de Nostradamus, dans sa lettre précédente du 20 septembre 1560 (Lettre XVI) qu’il avait adressée à ce dernier, n’avait point fait pas allusion à ces Ephémérides, à moins que ne manque une de ses lettres qui aurait été écrite en octobre ou novembre 1560.8 Or, c’est précisément cette année 1606 qui sera en ligne de mire de l’Epître à Henri II, dans la version “Cahors” parue au début des années 1590 et l’on conçoit que le début du siècle suivant ait été alors en ligne de mire.
En revanche, il ne semble pas que l’année où s’arrête l’ouvrage ait revêtu a priori une importance particulière pour Leovitius, dans les années 1560. Tout se passe comme si ce qui initialement était aléatoire - des calculs d’astrologue à des fins essentiellement techniques - avait revêtu une signification beaucoup plus concrète, quelques décennies plus tard.
Le ton de Leovitius peut induire en erreur car il réutilise grosso modo de vingt ans en vingt ans les mêmes formules. A propos d’une éclipse annoncée pour 1605 : “C’est chose toute certaine que plusieurs siècles auparavant n’en a esté une plus grande & n’en sera possible une telle pour l’advenir.“9
En fait, Leovitius reste extrêmement vague, après une échéance apparemment jugée grave, on passe à l’attente de la suivante comme si la vie allait se poursuivre normalement. La conclusion du recueil est révélatrice : “J’ay discouru cette présente prognostication jusqu’à l’an 1607 (…) Ce faisant attendront le second advenement du Fils de Dieu qui semble estre fort prochain”10 et d’entrer dans des considérations extra-astrologiques : fin du règne de Mahomet qui pourrait avoir lieu au bout de 1000 ans, donc dans le cours du XVIIe siècle, fin du monde au bout de 6000 ans mais qui peut être abrégée. Au fond à la façon d’un astronome conseillant d’observer telle éclipse puis telle autre, Leovitius signale des moments importants et si ce n’est pas l’un, ce sera le suivant de la série.11
La mention de l’an 1606 dans l’Epître à Henri II datée de 1558, doit être rapprochée des éphémérides de Stadius et de Leovitius qui toutes deux - sans parler de l’Eclipsium de ce dernier - aboutissent à l’an 1606. Il ne semble pas en effet qu’il s’agisse là de coïncidences : Leovitius, Eclipsium omnium ab anno domini 1554 usque in annum Domini 1606, et Ephemeridum novum.... ab anno Domini 1556 usque in 1606, Lauingen, 1557, BNF ; Stade, Ephemerides... .ab anno 1583 usque ad annum 1606, Lyon, S. Béraud et S. Michel, BNF, Res V 1138.
Dans le “Brief discours sur la vie de M. Michel de Nostre Dame” (in recueil Janus Gallicus), il est fait mention de l’ouvrage de Stadius comme livre de chevet :
“Me souvenant très bien, écrit le biographe, que sur la fin de Iuin ladite année (1566), il avoit escrit de sa main aux Ephémérides de Iean Stadius, ces mots latins, Hic prope mors est. C’est-à-dire, icy proche est ma mort.”
On connaît par ailleurs, en français, des Prognostications et Advertissemens laissés par défunt Jean Stadius (...) déclarant les admirables significations de la grande Conjonction des planètes, laquelle s’est faite l’année 1583 continuant ses effets d’an en an jusques en l’an 1606, Lyon, Jacques Pons, Bib. Méjanes, Aix, Res D 56. Mais l’on s’aperçoit que les dates abordées correspondent à celles des Ephémérides : 1583 - 1606.
L’on trouve dans l’Epître à Henri II une description complète de positions des diverses planètes dans le zodiaque, cette disposition s’avère justement être celle de 1606, absente de l’Epître de 1556.
Il est question de Saturne en Capricorne qui s’y trouvera du 7 avril au 25 août, ce qui signifie qu’il passera du signe du Sagittaire dans celui du Capricorne puis “rétrogradera” dans le Sagittaire. Quant à Jupiter, il passera du Capricorne au Verseau, signe dans lequel il restera du 14 juin au 7 octobre. Voilà pour les planètes “hautes”. Il convient probablement d’étudier Leovitius et ses tables pour comprendre les allusions de ce texte. La position des planètes ne correspond en tout cas pas à l’an 1585 selon les éphémérides actuelles.12
“Seront trois régions (...) c’est à savoir la Romanie, la Germanie, l’Espagne qui seront diverses sectes par main militaire délaissant le 50 et 52 degrés de hauteur et seront tous hommages des religions (sic) lointaines aux régions de l’Europe et de Septentrion de 48 degrés de hauteur (...) Et sera au mois d’Octobre que quelque grande translation sera faite (...) Saturne qui tournera entrer à 7 du mois d’Avril jusques au 25 d’Août, Jupiter à 14 de Juin jusques au 7 Octobre, Mars depuis le 17 Avril jusques au 22 de Juin. Saturne en Capricorne, Jupiter en Aquarius (Verseau), Mars en Scorpio, Vénus en Pisces (Poissons), Mercure dans un mois en Capricorne, Aquarius et Pisces, la Lune en Aquarius, la tête du Dragon en Libra (Balance), la queue à son signe opposite. Suivant13 une conjonction de Jupiter à Mercure, avec un quadrin aspect (carré) de Mars à Mercure et la tête du Dragon sera avec une conjonction du Soleil à Jupiter l’année (sic) sera pacifique sans éclipse et non du tout et sera le commencement comprenant se de ce que durera et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chré-tienne.”
Avec quelle exactitude le pseudo-Nostradamus14 a-t-il recopié les données fournies dans les tables de Leovitius ? En fait, avec une minutie qui nous semble de peu d’intérêt a priori mais qui soulignerait l’attention extrême qu’il accordait à l’an 1606.15 Mais est-ce même certain ? Ne pourrait-il s’agir d’une précision factice, d’un remplissage astronomique ?
Toujours est-il que ce faisant, le pseudo-Nostradamus nous donne la clef de sa mé-thode, assez vainement semble-t-il, puisqu’il n’a pas été entendu. Screech, dans son édition critique16 de la Pantagruéline Pronostication de Rabelais a raison de souligner ce que ces textes annuels doivent à des recueils d’éphémérides comme celui de Johannes Stoeffler17 qui sont purement et simplement recopiés par les faiseurs d’almanachs.
Lorsque l’on considère l’Ephemeridum de Leovitius pour le mois de janvier 1606, le texte du pseudo-Nostradamus prend son sens. Celui-ci signale d’abord les signes dans lesquels se trouvent les planètes au 1er janvier 1606, puis les rétrogradations de ces planètes durant l’année 160618, puis les aspects qu’auront ces planètes dans les premières semaines de l’année 1606, ceux-ci étant indiqués sur des tableaux de Leowitz et n’exigeant aucun calcul. Les 3 - 4 janvier, la Lune rejoint la Queue du Dragon à 22 h 19, Mercure est conjoint à Jupiter à 21 h 40 et Mercure en carré avec Mars à 5 h 16. Les 7 - 8 janvier, Mars est carré à Jupiter à 16h 00. Les 17 - 18 janvier, la Lune rejoint la Tête du Dragon à 10 h 01 tandis que le Soleil est conjoint à Jupiter à 3 h 35.19
Par ailleurs, l’Eclipsium comporte un tableau de correspondances : De regionibus ac civitatibus duodecim Zodiaci subjectis20 et qui permettait au lecteur de déterminer dans quels pays une influence planétaire s’exercerait selon le signe zodiacalJ où l’astre se trouverait, à telle date.
Enfin, le ton de l’Epître à Henri II prend une tournure de pronostication annuelle juste à la suite de cet “horoscope” pour 1606 : “L’année sera pacifique sans éclipse et non du tout, et sera le commencement comprenant se(sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que na esté faicte en Affrique et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation de siecle.”
L’annonce de l’an 1792 est précisément liée à cette description astronomique de 1606 qui apparaît comme le commencement d’une période amenée à durer, selon le rédacteur de cette addition, 186 ans, retrouvant, du moins sur le plan chronologique, le schéma alliacien, transmis par Turrel et Roussat. En réalité, 1792 n’apparaît plus ici que comme la fin d’une période qui commence dès le début du dix-septième siècle. Il semble que les commentateurs n’aient guère remarqué ce point.
Nous étudierons plus loin le climat de ce début du XVIIe siècle : dès 1607, Michel Losta rendait compte, dans un texte adressé au Roi, de la rumeur de la naissance de l’Antéchrist qui serait survenue en 1606, sur la base d’informations en provenance de Malte in L’Harmonie des accords du soldat françois & de ses contredisans.21 Notons par ailleurs, l’insistance sur l’Antéchrist dans l’Epître à Henri II. Quelques lignes en dessous de la mention de 1792, nous lisons : “Et dans iceluy temps (...) la puissance infernalle mettra à l’encontre de l’Eglise de Iesus la puissance des adversaires de sa loy, qui sera le second Antechrist lequel persecutera icelle Eglise et son vray Vicaire (...) Le susdict regne de l’Antechrist ne durera que iusques au definement de ce nay pres de l’aage etc.”
L’Epître centurique à Henri II, telle qu’elle nous est parvenue, nous semble donc nettement marquée par un climat assez caractéristique du début du XVIIe siècle. La mention de 1792 pourrait ne pas avoir figuré dans l’épître au roi, signalée par Crespin.
En fait, si Nostradamus avait mentionné à l’époque de la parution des Contredits de Couillard (1560) cette date de 1792 telle qu’elle figure dans l’Epître à Henri II, le sieur du Pavillon, qui lui avait déjà consacré un ouvrage parodique en 1556, n’aurait pas manqué, selon nous, de le signaler.22 On a vu en effet que Couillard avait mentionné les prophéties pour l’an 1789, qui circulaient à l’époque.
Une substitution de date
Nous ne connaissons, rappelons-le, que la première et la dernière version de l’Epître à Henri II. Nous ignorons ce que fut l’Epître à Henri II, signalée par Crespin et probablement placée en tête des centuries posthumes.
Epître à Henri II :
“depuis le temps que Saturne qui tournera entrer à sept du mois d’avril iusques au 25 d’aoust, Iupiter à 14 de juin iusques au 7 octobre, Mars depuis le 17 d’avril iusques au 22 de may, Mercure depuis le 3 de février iusques au 24 dudit etc.”
On peut raisonnablement penser que dans l’épître de 1568 - si l’on veut ainsi dater la première version de l’épître remaniée - il devait exister une telle description de positions planétaires mais pour une autre année, peut être 1570. Or, une telle pratique est attestée dans la Pronostication de Seraphino Calbarsy pour 1542, étudiée par Screech :
“Mil CCCCXLII en laquelle sera Saturne depuis le Ier de mars usques au XX de juillet parfera sa rétrogradation. Jupiter dès le VII mars iusques au VI juillet sera moleste de rétrogradation. Mars dès le XXII may iusques au XXVI juillet rétrogradera. Vénus, dès le commencement de l’année iusques au XIII de janvier sera rétrograde. Mercure du XXVI de mars iusques au XVII d’apvril & dès le XX juillet jusques au XII d’Aoust & oultre ce que depuis le XIIII novembre jusques au IIII décembre rétrocédera.”
Laissons à nouveau la parole à Théo Van Berkel :
“Selon mes calculs et ceux de Christian Wöllner (op. cit.), il s’agit de l’an 1606, les longitudes zodiacales du 1 janvier 1606. Je suis curieux parce que cette date est selon le calendrier Julien, comme les dates de commencement et finir des rétrogradations. Si je ne me trompe pas, le calendrier grégorien fut introduit en France le 10 décembre 1582, devenu le 20 décembre 1582. Donc, le 1 janvier 1606 (Julien) est le 11 janvier 1606 (grégorien). Dans l’Epître centurique, par exemple : le 7 avril (date de commencement de la rétrogradation de Saturne) est une date selon le calendrier julien. Selon le calendrier grégorien, il s’agit de 17 avril (en réalité : de 16 avril). Je crois que la source des longitudes zodiacales, rétrogradations et aspects dans l’Epître centurique doit être situé avant 1582, l’an d’introduction du calendrier grégorien. Selon M. Hofstede (un chercheur hollandais) la source est Leovitius, “parce que dans son oeuvre on peut trouver les dates des périodes de rétrogradation, les longitudes du soleil (sic !!!), de la lune et les planètes comme l’absence des Eclipses ; il renvoie au 28 janvier 1606, la date de la première Nouvelle Lune.” Malheureusement, Hofstede ne donne pas son texte de sa source ; il est probable qu’il a lu tous ça dans Nostradamus Astrophile de P. Brind’amour. Trois remarques :
- 1. Dans l’Epître centurique, la longitude zodiacale du soleil n’est pas mentionnée.
- 2. La date de la Nouvelle Lune est une date en calendrier julien ; selon le calendrier grégorien, il s’agit du 7 février 1606 (donc : la seconde (!) Nouvelle Lune selon le calendrier grégorien).
- 3. Chaque année, il y a des éclipses : deux éclipses solaires et deux ou trois éclipses lunaires. En 1606, la Tête du Dragon (Caput Draconis) se trouvait en Aries et Pisces (la Queue du Dragon (Cauda Draconis) est située en Libra et Virgo), donc il n’y a pas des Eclipses en Leo (laquelle signe gouverne la France), donc une année de paix pour la France.”
En effet, l’Ephemeridum qui paraît dans les années 1550 ne pouvait avoir prévu la réforme grégorienne et par conséquent ceux qui s’en servirent, après 1582, se devaient d’effectuer les corrections.
Une Epître datant du début du règne
Parmi les variantes que l’on peut observer entre les diverses éditions des Vrayes Centuries et Prophéties et ce depuis 1649, date à laquelle ce titre apparaît, la plus remarquable ne semble pas avoir été signalée, à savoir la mention, au sein de l’Epistre à Henri II, de l’année 1547 au lieu de 1557 dans un nombre important d’éditions des Centuries au point qu’au XIXe siècle, plusieurs éditions des Prophéties comportent l’Epistre à Henri II avec la mention de l’an 1547.23
Il pourrait certes s’agir de quelque coquille mais la date du 14 Mars 1547 n’est pas indifférente, c’est à quelques jours près celle à la quelle Henri II succède à son père François Ier (mort le 31 mars 1546, soit avant Pâques, ancien style). C’est en ce dernier jour de mars 1547 où son père est à l’agonie, à Rambouillet, et qu’il lui transmet ses derniers conseils, que pour la première fois le Dauphin portera ce nom d’Henri Second.
La formule employée, rappelons le, est la suivante : “accommençant depuis le temps présent qui est le 14 de Mars 1547”. Pourquoi au demeurant, si l’on conserve la date du 14 Mars 1557 ce décalage entre le “temps présent” et la date du 27 juin 1558 ?
Nous pensons que cette référence est propre à la première édition remaniée de l’Epître à Henri II. Elle se réfère au début du règne pour indiquer peut être que Nostradamus avait rédigé celle-ci dès 1547, ce qui ne pouvait que rendre rétrospectivement ses prophéties encore plus remarquables.
Toujours est-il que les éditions du milieu du XVIIe siècle que nous avons privilégiées, celles des Vrayes Centuries et Prophéties portent cette date de 1547, ce qui devient ainsi un trait distinctif.
Il convient en outre de prendre en compte cette double date de 1547 / 1557 et de 1558 car nous retrouvons cette présentation chez Richard Roussat, en 1550, au Livre de l’Estat et mutation des temps, prouvant par authoritez de l’Escripture Saincte & par raisons astrologales la fin du Monde estre prochaine, Lyon, G. Rouillé, ouvrage dont Nostradamus paraît s’être servi, notamment à propos du cycle de 354, ans mais aussi en ce qui concerne “aulcuns quatrains” (pp. 120 et seq).
Roussat :
“Maintenant donc je dis que nous sommes en l’instant & approchons de la future renovation du Monde, ou de grandes alterations ou d’iceluy l’anichilation, environ deux cens quarante troys ans selon la commune supputation des hystoriographes, en prenant la date de la compilation de ce présent traicté, laquelle date est posée & escrite à la fin d’iceluy.” (p. 86)
In fine :
“terminé & fini le quinzième jour de Febvrier, l’an de grâce mil cinq cens quarante huict” (p.180)
Il convient donc d’ajouter 1548 à 243, ce qui donne 1791.
Comparons avec le texte de la deuxième Epître à Henri II :
“toutefois, esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, regions où la plupart adviendra mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606, accomençant depuis le temps présent qui est le 14 Mars 1547 / 57”
Mais Nostradamus ou tout autre rédacteur ne précise pas le nombre d’années à ajouter au “temps présent”, en revanche, il fournit un peu plus loin le total, sans que l’on comprenne très bien la coupure entre deux passages qui auraient normalement été consécutifs :
“et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle”.
Le chiffre qui manque ici est 1792 - 1547 = 245 ans alors que celui qui manquait chez Roussat était 1548 + 243 = 1791.
Chiffres extrêmement proches, on en conviendra. On peut évidemment prendre 1557 et le soustraire de 1792, ce qui donnera 235 ans. Le parallèle est d’autant plus net que la date de départ, dans les deux cas, est fournie dans tous ses détails, à la différence des autres données : 14 mars 1547 et 15 février 1548.24
A la façon du Période de Turrel qui fournit la date finale, 1789, l’Epistre annonce également, à peu de choses près, une telle date, 1792, mais néanmoins en introduisant des calculs qui évoquent ceux de Roussat, sans pour autant indiquer le nombre d’années à ajouter à la date de départ.
Un commentaire sous la Fronde
Vers 1651, François Davenne enrichit la galerie des nostradamistes les plus échevelés, il lui fait annoncer le départ de Louis XIV remplacé par lui- même. Il imagine Nostradamus commentant son Epître à Henri II, qu’il rend par Henri III à la lumière des événements du XVIIe siècle : “Lisez mon Epistre escrite à Henry troisiesme (sic), lui adressant mes centuries, vous verrez que j’ay prophétisé la rénovation, la descente du Saint Esprit & son combat contre le Royal, l’antéchrist & le mauvais chef de l’Eglise, laquelle avec le tremblement de terre & l’éclypse du Soleil va s’accomplir maintenant par la réforme de toutes classes” et le pseudo-Nostradamus d’affirmer avoir annoncé la fin du roi d’Angleterre (1649) sans nous fournir le passage concerné.25
Le rôle de la chronologie et l’influence de Pierre d’Ailly
Quelle est la raison des deux développements consacrés à la chronologie du monde depuis sa Création, que l’on trouve dans l’Epître à Henri II26 ? Il nous semble qu’il s’agit d’une référence assez nette à Pierre d’Ailly, l’auteur de deux Concordances, l’une de l’Astronomie et de la Théologie, et l’autre de l’Astronomie et de l’Histoire qui comporte la date de 1789. On a l’impression que le pseudo-Nostradamus veut parvenir à un heureux dosage entre computations astronomiques et datations historiques à la façon du Cardinal de Cambrai.27
Ailly justifie historiquement les dates astronomiques qu’il met en avant à moins que parfois il ne soit tenté de faire le contraire.
Il est d’autres auteurs qui ne s’occupent pas de rétrospectives historiques et spéculent uniquement sur la fréquence de certaines situations cosmiques dont ils supposent que cela doit entraîner des effets en conséquence.
Il en est enfin qui ne recourent pas aux astres mais disposent d’une argumentation chronologique. C’est ainsi que l’an 1656 serait important parce que 1656 ans après la Création du Monde, il y eut le Déluge. L’on compare deux époques situées sur des paramètres différents.28 Il va de soi que tout repose ici sur une chronologie biblique. Dès lors que celle-ci sera mise en cause - on le verra avec le Zodiaque de Dendérah, au début du XIXe siècle29, ce type de démonstration perdra de sa crédibilité.
Revenons sur la question de l’agencement du texte de l’Epître à Henri II. Un premier passage traite de l’année 1585 et de l’année 1606. puis l’on se réfère au 14 Mars 1547 ou 1557 sans que l’on comprenne pourquoi :
“Et pour ce, ô très humanissime Roy, la plupart des quatrains prophétiques sont tellement scabreux que l’on n’y scauroit donner voye ny moins aucuns interpréter, toutesfois esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, régions où la plupart adviendra (...) depuis le temps présent qui est le 14 de mars 1557 et passant outre loing jusques à l’advenement qui sera après au commencement du 7. millénaire profondément supputé, tant que mon calcul astronomique et autre scavoir s’a peu estendre, où les adversaires de Jésus Christ et de son Eglise, commenceront plus fort de pulluler, le tout a esté composé et calculé en jours et heures d’ election et bien disposees et le plus justement qu’il m’a esté possible. Et le tout Minerva libera et non invita, supputant presque autant des adventures du temps advenir que des cages (sic, lire âges) passés etc.”
Nous avons supprimé ce qui semble être une interpolation propre au troisième état posthume : “mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606”.
Passons à présent à un autre passage de la même Epître :
“Or de Iesus Christ en ça, par la diversité des sectes, je le laisse et ayant supputé et calculé les présentes Prophéties, le tout selon l’ordre de la chaisne qui contient sa revolution, le tout par doctrine Astronomique et selon mon naturel instinct et (...) sera le commencement comprenant se (sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persecution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique et durera ceste ici (sic) iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siecle: après commencera le peuple Romain de se redresser etc.“
Nous avons à nouveau supprimé un passage qui concerne une fois de plus l’année 1606 puisque les données qui s’y trouvent lui correspondent, si l’on ouvre les éphémérides, bien que l’année n’y figure pas nommément.
On a ainsi l’impression que le discours alliacien, relayé par Turrel et Roussat, se trouve ici interpolé par des préoccupations liées à l’an 1606 et ce à deux reprises au sein d’un bref texte.
La récupération protestante
Bien plus, nous pensons que les deux passages susmentionnés devraient logiquement être joints et se faire suite. Certes, on a du mal à admettre que l’auteur de l’Epître à Henri II imagine que la persécution de l’Eglise durera plus d’un siècle et demi, de 1606 à 1789 :
“l’année (1606) sera pacifique sans eclipse (...) et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne (…) et durera ceste ici (sic, lire ceste-ci) jusques à l’an mil sept cens nonante deux”
Tout se passe comme si l’on avait interpolé quelques passages de l’Eclipsium ou de l’Ephemeridum de Leovitius, avec les commentaires, au sein d’un texte à vocation antéchristique - un passage est consacré à l’Antéchrist - et de portée beaucoup plus générale.
Qu’écrit le chanoine Roussat à ce propos ? Il n’est nullement question d’une date intermédiaire :
“Maintenant donc je dy que nous sommes en l’instant & approchons de la future rénovation du Monde ou de grandes altèrations ou d’icelui l’anichilation environ deux cens quarante troys ans” (p.86)
Volonté de brouiller le discours alliacien en interpolant, par une sorte de collage, des éléments astronomiques ou hémérologiques qui ne peuvent qu’égarer le lecteur, telle cette liste de jours et de mois sans précision d’année qui coupe le second passage tout comme les éléments toponymiques intégrés en masse, puisés chez Estienne, viennent-ils “noyer” des développements proprement historiques.
En fait, nous assistons à un syncrétisme entre le discours alliacien axé sur 1789 et un autre discours qui nous semble devoir caractériser l’approche réformée.
Il importe de situer, avec davantage de rigueur, le propos eschatologique de l’Epître à Henri II, telle qu’elle est apparue dans les années 1590, et notamment les événements attendus pour 1792. Si pour Pierre d’Ailly, la fin du XVIIIe correspondait à l’avènement de l’Antéchrist, pour l’Epître centurique à Henri II, il convient de rappeler d’une part qu’elle ne nous est connue que dans le cadre d’une édition “réformée”, parue sous la Ligue et d’autre part qu’un tel pronostic ne saurait être attribuée à Michel de Nostredame, plus marqué par le début du XVIIIe siècle que par sa fin et par l’An 1999 - dates qui recoupent peu ou prou celles qu’adoptera au début du XVIIe siècle, dans son Accomplissement des Prophéties, un Pierre Du Moulin.
Or, de quelle “Eglise chrestienne” s’agit-il dans le passage suivant ?
“Et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle.”
A notre connaissance, les catholiques n’ont pas spéculé - on ne parle pas ici de la situation avant la Réforme ni de la question de la fin de l’Islam - sur la durée de la persécution de la papauté, cela est surtout réservé aux protestants, aux XVIe - XVIIe siècles, qui se demandent précisément combien de temps ils seront persécutés par le pape antéchrist ou par le roi. Tout au plus, les catholiques envisagent-ils une brève période de 3 ans et demi durant laquelle l’Antéchrist sévira - on l’a vu pour la prophétie pseudo-malachienne qui s’achève sur une “persecutio extrema Sacrae Romanae Ecclesiae” - mais cela est sans commune mesure - la transposition joachimite 1260 jours / 1260 ans n’est plus ici de mise - avec une période de plusieurs siècle comme il ressort de ce texte, à savoir depuis “icelle année”, celle à laquelle l’Epître est censée avoir été rédigée (c1558) jusqu’en 1792, soit encore 200 ans après la parution de l’Epître autour précisément de 1592.
Quoi de plus normal, au vrai, qu’une épître placée en tête de centuries annonçant une victoire réformée, du moins aux yeux de ceux qui prirent l’initiative de leur publication, use de représentations qui sont celles de leur Eglise ? On pourrait certes objecter que les délais ainsi introduits perpétuent une situation d’attente bien au delà des enjeux des affrontements qui ont lieu sous la Ligue. Mais il ne s’agit plus ici seulement de la situation du parti d’Henri de Navarre mais de la lutte à plus long terme contre la papauté. Que sous la Révolution, alors que l’Eglise catholique est en difficulté, l’épître ait paru s’appliquer à elle, ne nous intéresse guère en la circonstance.
C’est en comparant avec le discours d’un Pierre Du Moulin, vers 1612, soit une vingtaine d’années après la parution de l’Epître à Henri II, que nous voyons notre lecture confirmée : un adversaire de Du Moulin ne résume-t-il pas sa position en indiquant que 1689 mettrait fin à la “persécution” de son Eglise30 ? Mais pourquoi 1689 dans un cas et 1792 dans l’autre ? Il semble qu’il y ait là quelque syncrétisme : tout se passe comme si la date alliacienne de 1789 avait été ramenée à 1689, constituant ainsi une échéance plus accessible.
Le lien entre l’Epître à Henri II et certains quatrains des trois dernières centuries est assez patent. ainsi pour IX, 44 :
“Migrez, migrez de Genève trestous
Saturne d’or en fer se changera”
qui fait écho, selon nous, au passage suivant de la fin du texte :
“Et après que tel temps aura duré longuement sera presque renouvelé un autre regne de Saturne et siècle d’or (...) et (Satan) demeurera lié environ l’espace de mille ans et tournera en sa plus grande force, la puissance Ecclesiastique et puis tourne deslié.”
Ce quatrain n’annonce pas des malheurs immédiats pour les réformés dont il prédit la prochaine victoire mais ne peut éviter, pour autant, de prophétiser un dernier avènement de l’Antéchrist qui verra à nouveau la persécution de l’Eglise Chrétienne. Antagonisme, en quelque sorte, entre une logique politique qui n’est pas censée laisser entendre que l’adversaire pourrait triompher et une logique eschatologique qui doit faire la part du diable.
Dès lors, les mentions de dates intermédiaires - qui ne correspondent en effet pas au texte alliacien - s’expliqueraient par une récupération réformée, ce qui finalement va de soi puisque la version connue de l’épître centurique à Henri II apparaît en milieu protestant, en tête de centuries anti Guise.
Le fait de délimiter un espace de temps allant de 1606 à 1792 s’apparente au discours d’un Pierre du Moulin, qui lui, rapprochera l’échéance alliacienne d’un siècle.
On notera d’ailleurs au début du XVIIe siècle une certaine effervescence dont Du Moulin est précisément une des expressions les plus frappantes. L’Eglise en question est bien ici celle des évangélistes et non celle de Rome. Inutile de préciser que de tels calculs diffèrent sensiblement de ceux établis par Michel de Nostredame.
Conclusion
Dans le cas des deux passages issus l’un d’un Eclipsium, l’autre d’un Ephemeridum, l’on peut raisonnablement supposer qu’il ait pu effectivement existé des Significations sur l’éclipse du 16 septembre 1559, parus à cette époque mais nous pensons que les exemplaires qui nous sont parvenus ont subi des modifications, notamment par l’interpolation maladroite d’un passage de l’Eclipsium de Leovitius relatif à une supposée conjonction Mars-Antarès en Sagittaire et en Maison VIII annonçant la mort violente d’un prince. On aura voulu créditer Michel de Nostredame d’un tel succès prévisionnel. En ce qui concerne le passage concernant 1606 au sein de l’Epître à Henri II, il s’agit, bien évidemment, aussi d’une interpolation, également assez maladroite. En effet, il est étonnant qu’une telle série de positions planétaires ne soit pas signalée en rapport avec l’année correspondante, à savoir 1606. Tout se passe comme si l’on avait récupéré une telle série en un lieu où l’année 1606 était nettement indiquée et que par inadvertance on ait oublié de le signaler. Il semble en effet exclu qu’une telle bévue ait pu se produire si l’Epître avait été d’un seul tenant. La présence de l’année 1606, rajoutée à l’année 1585, ne suffit guère à éclairer le lecteur sur la raison d’être des dites positions planétaires et on peut d’ailleurs supposer que cette addition date de l’époque où précisément 1606 a été juxtaposé à 1585, soit vraisemblablement au début des années 1590, après que l’excitation liée aux années 158031 soit retombée. Mais rappelons que le véritable enjeu concernant la thèse de la contrefaçon des Significations de l’Eclipse de septembre 1559 est d’un autre ordre : il s’agissait de disqualifier la seule et unique pièce, n’appartenant pas au corpus centurique proprement dit, pouvant témoigner de l’existence de centuries du vivant de Michel de Nostredame et qui plus est d’un texte qui aurait été rédigé par ce dernier ! Rappelons que MDN ne mentionne les Centuries ni dans sa correspondance, ni dans ses publications annuelles. Il est fort probable qu’outre l’interpolation-Antarès, il faille aussi prendre en compte l’interpolation-seconde centurie.
Jacques Halbronn
Paris, le 2 juillet 2003
Notes
1 Reproduite en fac-similé dans les Présages de Nostradamus, de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999. Voir nos observations in Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ram-kat, 2002, pp. 29 et seq. Retour
2 Diffusé par les Presses Universitaires du Septentrion, 2002, dont le IIIe volet, qui comprend l’essentiel de nos études consacrées au corpus nostradamique, dans notre thèse d’Etat, sera bientôt en ligne, sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour
3 Voir ses études sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour
4 Cf. BNF Reserve V 1820 Resaq. Retour
5 Cf. nos travaux sur Antarès, étoile fixe constituant avec Aldébaran un axe majeur, à la rubrique Astrologica in Encyclopaedia Hermetica et notamment “Epistémologie des aspects astrolo-giques”. Retour
6 Voir Lettre XVIII de Lorenz Tubbe à Nostradamus, J. Dupèbe, Intr. Et trad. Lettres Inédites de Nostradamus, Genève, Droz, 1983. Retour
7 Lettre de Bourges datée du 1er décembre 1560" (Trad. Bernadette Lecureux, p. 91 in R. Amadou, dir. L’astrologie de Nostradamus, dossier, Poissy, ARRC, 1992. Retour
8 Voir sur 1606 dans les Ephémérides de Leovitius, Christian Wöllner Das Mysterium des Nostra-damus, 1926, p. 29. Retour
9 Cf. Prédictions des choses mémorables, op. cit. Retour
10 Cf. Prédictions mémorables, op. cit. p. 70. Retour
11 Or, Nostradamus aurait avancé à plusieurs reprises la date de 1607 mais sur quelles bases ? Voir Chomarat, “De quelques dates dans les prophéties de Nostradamus”, in Prophètes et prophéties au XVIIe siècle, Paris, Cahiers V-L. Saulnier, 15, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, 1998. Retour
12 En fait l’année 1547 conviendrait mieux à cette description, mais Nostradamus ne parle-t-il pas du futur ? Retour
13 Voir Prunier, “Nostradamus et l’année 1606”, Cahiers astrologiques, n° 202, Paris, 1980, p. 15, concernant la ponctuation de cette phrase et le statut de “suivant” qui devient pour lui “suivent” ; P. Brind’amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1992, aboutit aux mêmes conclusions. Retour
14 P. Brind’amour (op. cit.) attribue le mode de lecture des éphémérides à Michel de Nostredame en personne. Retour
15 Il semble en fait, comme l’a montré P. Brind’amour (op.cit.), que l’auteur n’a pas accompli toutes les interpolations nécessaires et se serait contenté de recopier telles quelles les données figurant dans les tables astronomiques, pour une heure arbitrairement choisie. Retour
16 Cf. M. Screech, Ed. de Rabelais, La Pantagruéline Pronostication, Genéve, Droz, 1980. Retour
17 “Ephemeridum a capite anni (...) DXXXII in alios XX proxime subsequentes” (sur vingt ans, à partir de 1532, Screech cite notamment une édition parisienne, chez Galiot Du Pré de 1533, Bodleian Library (Oxford), l’Ephemeridum de Leovitius fait en quelque sorte suite à celui de Stoef-fler. Retour
18 Le fait de ne pas citer les luminaires qui, eux, n’ont pas de rétrogradation aurait pu mettre sur la voie. Retour
19 Voir Prunier, op. cit. pp. 14 - 15, qui signale quelques anomalies. Retour
20 Repris par E. Tabourot, en 1588. Voir sa notice dans notre CATAF, sur le Site Cura.free.fr. Retour
21 A Paris, F. Bourriquant, pp. 46 et seq, BNF, 8° Lb35 846. Retour
22 NDE : Les Contredits de Couillard, bien que publiées en 1560 avaient déjà été composés en 1555 (fol. 100r). Voir notre article dans cette même rubrique, “Les premiers garants de la pu-blication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée”. Retour
23 Cette différence de date - 1547 au lieu de 1557 - est considérée par Ruzo, Testament de Nostra-damus, Monaco, Le Rocher, 1982, pp. 84 - 85, comme une marque des éditions d’Avignon. Il est possible que celles-ci aient en effet servi pour la confection d’éditions des années Quatre-Vingt et que l’Epître à Henri II ait été conservée telle quelle, tandis que les quatrains, quant à eux, étaient largement remplacés. Voir aussi J. Halbronn, “Récentes bibliographies autour de Nostrada-mus”, Politica Hermetica, 5, 1991. Retour
24 Il y a là un problème de calendrier pour des dates situées dans les mois de janvier, février et une partie de mars, en raison de la fixation du Ier de l’an en janvier dans la seconde partie du siècle, ce qui pourrait aboutir à l’ajout d’un an. Retour
25 Cf. La Hierusalem céleste, s. l. n. d., BNF. Retour
26 Cf. Théo Van Berkel “The second biblical chronology in the Epistle to Henry II”, Site Nostre-dame.chez.tiscali.free.fr. Retour
27 Voir Halbronn, “Pierre d’Ailly: des conjonctions planétaires à l’Antéchrist”, Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993, et “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Politica Hermetica, 1994. Retour
28 Voir E. Labrousse, L’entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse du 16 août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974. Retour
29 Cf. “Newton et l’école précessionnelle française”, Site Cura.free.fr. Retour
30 Voir Halbronn, “Pierre du Moulin et le thème du pape Antéchrist”, Formes du millénarisme, à l’aube des temps modernes, Paris, Champion, 2001. P. Jurieu usera également de la formule dans le titre de l’Accomplissement des prophéties (…) ouvrage dans lequel il est prouvé (…) que la persé-cution présente peut finir dans trois ans & demi, Rotterdam, 1686, BNF, D2 3822 (1,1). Retour
31 Cf. “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Colloque Prophétisme et politique, Politica Hermetica, 1994. Retour
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vendredi 2 juillet 2021
Jacques Halbronn Nostradamus et l'Antéchrist
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Nostradamus et l'Antéchrist
par Jacques Halbronn
Nous avons eu l'occasion de traiter du thème de l'Antéchrist, notamment à propos de Pierre d'Ailly et de Pierre du Moulin :
Pierre d'Ailly et l'Antéchrist. Colloque Européen 16-17 mai 1992 De Pierre d'Ailly à Christophe Colomb, Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993.Tome 33/ et Pierre du Moulin et le thème du pape Antéchrist, in Formes du millénarisme en Europe à l'aube des temps modernes. Actes du Colloque International de l'Association Renaissance, Humanisme, Réforme, Marseille 10-12 septembre 1998 édités par Jean Raymond Fanlo et André Tournon, Paris, H. Champion, 2001./ Entre ces deux personnages des Xve et XVIIe siècles, se situe Nostradamus, homme du XVIe siècle dont nous traiterons ici de son intérêt pour une telle thématique, ce qui nous conduira à éclairer la source de certains quatrains des Centuries
Notre corpus comportera deux documents édités en 1905 et 1906 à Mariebourg Sub st Michaelis Invoc :
Reproduction très lisible d'un manuscrit de M. de Nostredame dédicacé à S. S. le Pape Pie IV. Les praedictions de l'almanach de l'an 1562, 1563, et 1564, , daté de 1561.
et
Michel de Nostredame Almanach pour l'an de grâce 1563.
On peut penser que ces « praedictions », de par leur caractère pluri-annuel, complétent un autre manuscrit à savoir le Recueil des présages prosaïques (cf l'édition de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999) et nous montrent une autre facette de Nostradamus, justement plus intéressé par la question de l'Antéchrist qu'on ne le dit généralemen au vu de ses almanachs et prognostications.
C'est ainsi, comme on le verra, que le quatrain VIII, 76, dans le second volet, doit être appréhendé au prisme du recueil des « praedictions »
« Plus Macelin que Roy en Angleterre » et VIII, 77 « L'antechrist trois bien tost annichilez ».
puisque le mot « macelin » trouve son explication dans les dites « praedictions ».
On note que dans l'almanach pour 1563, il est fait mention explicitement -p. 29 de l'édition 1905 des dites « praedictions de l'almanach de l'an 1562, 1563, et 1564 », : dans la « prédiction de février » : « en l'année 1562, 1563, 1564 & inclusivement iusques en l'année 1567 »
D'ailleurs, le pape Pie IV est mentionné dans le dit Almanach pour 1563 au sein de l'épitre datée du 20 juillet 1562 adressée à Fabrice de Serbelloni ; général pour Nostre Saint Père aux choses de la guerre en la Comté du Venaissin (cf R. Benazra, RCN, op. Cit. Pp ; 55 et seq Dans l'almanach pour 1563, Nostradamus reconnaît qu'il ne peut tout annoncer : (p. 20) dans les prédictions de janvier « combien (=bien que) qu'il me soit à demy défendu de ne manifester ce que les astres démonstrent »
Nous reprendrons ici un texte mis en ligne en 2012 sur le site propheties.it de Mario Gregorio ;
121 - Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre
Par Jacques Halbronn
On sait que l’une des questions lancinantes concernant la genèse des quatrains centuriques tient au fait qu’Antoine Crespin, dans les deux éditions de ses Prophéties dédiées à la nation française et à la puissance divine, y a inscrit un grand nombre d’éléments qui recoupent des quatrains centuriques. Est-ce le signe que Crespin avait, au début des années 1570, eu sous les yeux une édition à 10 centuries, puisque les quatrains ainsi concernés se répartissent entre les deux premiers volets de l’ensemble centurique ou bien est ce l’indication que l’on aurait récupéré des textes de Crespin pour confectionner une partie des quatrains répartis entre les dix centuries ?
Il apparait au réexamen d’un manuscrit insuffisamment exploité, dont le collectionneur de nostradamica Daniel Ruzo avait une copie, à savoir Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 (sic), daté du 20 avril 1561 repris dans une Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit (sic) de M. de Nostredame, dédié à S. S. le Pape Pie IV, Marienbourg, 1906. Robert Amadou s’est fortement intéressé au document dont il s’agit ici[10] dans une annexe de son « dossier » L’astrologie de Nostradamus’, Poissy, ARRC, 1992 (pp. 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte (1561) »
Pour Robert Amadou, cette épitre-préface au Pape, en italien, est apocryphe : « Nous tenons pour apocryphe le texte, différent des deux précédents, d’une prétendue lettre de Nostradamus à Pie IV qui n’existe plus qu’en traduction italienne » . Amadou n’a pas vu qu’il ne s’agissait pas de l’épitre mais de la Préface, tronquée, qui lui fait suite...
Quant à Robert Benazra il passe à côté de la « Préface », coincée entre l’épitre au pape et les prédictions pour 1562 (Les pronostications et almanachs de Michel Nostradamus, site CURA) :
« Le XVIe siècle nous a transmis un manuscrit en français comportant plusieurs passages autographes de Nostradamus Les Praedictions de l'almanach de l'an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de Nostre dame Docteur en medicine. Faciebat M. Nostradamus. Salonae petreae provinciae. XX Aprilis 1561. Cette copie manuscrite de 222 pages est restée inédite. Les Prédictions sont dédiées au Pape Pie IV dans une épître, datée de "Salon de Craux en Prouence, ce XX avril 1561". Malgré son titre, l'ouvrage porte essentiellement sur l'année 1562, avec quelques anticipations pour les années suivantes. Il ne semble pas que ce manuscrit destiné au pape lui fut envoyé, car on remarque dans le texte de nombreux espaces blancs, prouvant que Nostradamus n'avait pas entièrement revu son texte. On sait effectivement que le secrétaire de Nostradamus laissait des espaces blancs, à remplir plus tard, quand il n'arrivait pas à lire le texte original. Les troubles du printemps 1561 à Salon et la fuite de Nostradamus à Avignon expliquent sans doute ces particularités. » Or, la fortune de l’ouvrage en Italie précisément pour des années ultérieures prouve qu’il n’en est rien.
L’éditeur du manuscrit qui, lui, a compris, le lien entre le texte français et le texte italien, écrit en marge « Macelin Boucher, v . Barozzi 1566, fol.. 9 verso », ce qui est pertinent puisque le manuscrit en question a été traduit, du moins partiellement, en italien, en ce qui concerne la fin de la « Préface », et que Francesco Barozzi en a fait un commentaire dans ses Annotationi au chapitre V de son Pronostico Universale, Bologne, 1566.(BNF V 1193) « Delli horibili specttacoli & avenimenti dell’anno 1567.
On prendra pour exemple le cas du quatrain VIII 76 dont certains éléments se trouvent dans les Prophéties du dit Crespin. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre ce quatrain et un passage, situé à la fin de la « Préface » que Nostradamus consacre à la période allant jusqu’à l’an 1570, et qui fait suite à son épitre à Pie IV. En fait, l’ensemble ne va guère au-delà de 1567, comme d’ailleurs son almanach. Il faudrait vérifier si le dit almanach fait écho à de telles prédictions apocalyptiques.
« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »
Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.
« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »
Ce quatrain est souvent utilisé pour qualifier Cromwell (Garencières, 1672) et plus tard Napoléon..
On trouve le premier vers chez Crespin :
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement »
On trouve le mot « boucherie » dans l’almanach de Nostradamus pour 1565 :
« L’oracle qui est en apres présage de merveilleux ?????as par la mort de plusieurs par la inenarrable cruauté d’un qui sera cause d’une grande boucherie »
Nous pensons que Nostradamus a fait un jeu de mot, il est passé de boucher, macelin, à Marcellinus.
Dans les années 1560, un ouvrage joue un rôle important, sous le nom de
Livre merveilleux contenant en brief la fleur et substance de plusieurs traictiez tant des Propheties et revelations qu’anciennes Chroniques, ouvrage lié au nom de Telesphore de Cosenze.[11]. et qui porte un nom très proche de celui qui sera associé au Mirabilis Liber, alors qu’il ne faut pas confondre les deux recueils de « prophéties et révélations »
On y parle de Satan « mis hors de prison ». et qui va régner un temps mais « en l’an 1569, la terre changera de seigneur » (In Prophétie de l’abbé de Cambrézy, trouvée en un vieil exeplaire,laquelle commence au regne du Roy François, à la fin du recueil, Fol 52 verso). Certaines éditions portent l’année 1566 en page de titre. Par la suite, l’ouvrage sera doté d’une annexe lui permettant d’être en prise sur les années 1580.
- Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause.
Epilogue
On nous dit que l’almanach de Nostradamus pour 1567 est introuvable bien qu’il ait été réédité – on en connait actuellement la seule page de titre, au début du XXe siècle. Heureusement, nous disposons de sa traduction imprimée en italien
Almanach per l’anno DMLXVII composto per M. Michele Nostradamo Monte Regale; conservé à Cracovie (Pologne), daté du 15 juin 1566.
C’est la continuation du programme de 1563 qui devait couvrir jusqu’en 1570- en fait il n’était pas allé plus loin que 1567. Cette fois, Nostradamus a en vue les années 1567, 1568 & 1569/1570/.
On aura compris que selon nous, un certain nombre de quatrains des centuries sont composés à partir de prédictions en prose de Nostradamus et que cela ne se limite pas aux seuls quatrains des almanachs. En ce sens, Nostradamus serait bien l’auteur de quatrains centuriques mais de façon indirecte, c’est à dire que sa terminologie se serait maintenue mais non l’agencement de son discours.
En ce qui concerne les épitres en prose figurant en tête des deux premiers « livrets », nous relèverons deux points.
En ce qui concerne la Préface à César, le mot Préface pourrait se référer à l’almanach pour 1562, où ce mot figure à deux reprises. Que penser, par ailleurs, de ce passage (p. 138) « J’ai réservé à cette calculation et autres présages pour un petit opuscule apart où plus amplement j’ay mis par escrit ses significations « ? Ailleurs : « comme plus à plein je déclareray à la préface du présent présage »
On rapprochera ces extraits de la fin de la Préface à César qui pourrait en dériver : « comme plus à plein i’ay rédigé par escrit aux miennes autres prophéties » et « espérant toy déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis ». Il est peu probable que les explications annoncées de Nostradamus se limitaient à des séries de quatrains. A l’évidence, Nostradamus, comme le montre l’almanach, dans sa version complète, pour 1562, nous montre au contraire un homme qui entend se faire comprendre sans détour.
En ce qui concerne l’Epitre à Henri II, nous noterons que dans l’épitre au Pape, ce n’est pas au roi (mort en 1559) mais à la reine mère que Nostradamus déclare transmettre ses recherches : « laquelle préface au commencement de ma calculation je communiquay à la Sérénissime Maiesté de la Royne, Régente du Royaume, monarque d’incomparable débonnairité «
Entendez par « préface » non pas l’épitre qui justement la précède et l’annonce mais une présentation d’ensemble. Nous découvrons un autre visage de Nostradamus, qui n’est celui du poéte qui se cache derrière un certain hermétisme se prétant à toutes les lectures, ni celui de l’astrologue ne considérant que l’année qui vient. A partir des années 1560, c’est un Nostradamus qui n’hésite pas à embrasser plusieurs années à la fois- ce qu’il faisait d’ailleurs dans ses consultations (cf Lettres Inédites, intr. J. Dupébe,Droz, 1983) - et à dire les choses de façon assez forte pour que tout le monde comprenne et se prépare. La connaissance des textes en prose est d’autant plus importante qu’elle sous-tend littéralement les quatrains qui en sont issus/
Quant à Crespin, peut-être a-t-il eu accès aux traductions italiennes du manuscrit, lui qui semble assez fortement marqué par l’Italie. Ainsi sa Pronostication générale est située en la cité de Messsine, Sicile , au 17 juin 1572. Mais quand il emprunte aux Prédictions pour 1562, cela ne peut se faire qu’en ayant eu accés au dit manuscrit, ce qui suppose bel et bien une proximité avec le cercle restreint familial et les documents dont le testament de 1566 leur a confié la garde »
On notera que même si certains n’ont pas eu accés à l’édition « Mariebourg » du début du siècle dernier, comme Benazra, il leur restait la possibilité d’en prendre connaissance par le biais des traductions italiennes. Reprenons ce passage de notre étude de 2012 :
-« Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause »Il ne connait la forme « macelin » ni par VIII 76 mais bien du fait de l’Epitre de Nostradamus au Pape.
Reste la question du premier vers qui se retrouve chez Crespin (cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat, 2002):
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement » à rapprocher du quatrain centurique en ce qui concerne les deux premiers versets.
« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »
On admettra que le quatrain du moins en sa première moitié aura été repris de Crespin et non point directement de l’Epitre à Pie IV. Quant à Crespin, il a bien fallu qu’il se serve de la dite Epitre de Nostradamus à Pie IV que ce soit en français ou en italien, ce qui montre la complexité de la relation entre Crespin et Nostradamus. Certes, on aura repris des éléments de Crespin pour fabriquer certains quatrains mais Crespin lui-même avait déjà emprunté à Nostradamus, non pas en ce qui concerne ses centuries mais pour ce qui est de son épitre au Pape. Nous avions rassemblé tous les éléments du puzzle mais n’étions pas encore parvenu à l’assembler correctement et une fois de plus, il nous est revenu de le faire puisque d’autres chercheurs n’ont pas su profiter en temps utile des pièces du dossier qui leur avait été fourni, il y aura 20 ans dans quelques mois.
Revenons à ce propos sur le premier élément fourni il y a 30 ans dans le Bulletin Réforme Humanisme Renaissance (n°33) : « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus(1561) » que ni Chomarat ni Benazra n’avaient répertoriées dans leurs bibliographies de 1989 et 1990, où nous reproduisons en fac simile des pages des traductions italiennes (tous conservés à la BNF) et pas moins de trois pages de titre en cette langue :
Li Presagi et Pronostici di M. Michele Nostradamo quale principiando l’anno MLXV etc (..) diligentemente estratti dall Originali francesi, dont Nostradamus fut lui-même l’éditeur et pas seulement l’auteur -comme l’indique la page de titre » Michele Nostradamo Medico di Salon de Craux in provensa Alla Santita di Papa Pio IIII(..)Con privilegio del Re & di S.S.
Ce document est probablement le plus remarquable puisqu’il atteste de l’initiative même de Nostradamus, peu avant sa mort, pour rayonner hors de France avec un privilége du pape.
Pronostico universale( …) raccolto dalli Presagi, del Divino Michel Nostradamo, Bologne 1566 de Francesco Barozzi,
Vero Pronostico calcolato dall Eccelentissimo astrologo (…) M. Michel Nostradamo Francese Il qual narra diligentemente le perverse calamita che deve incorrerera l’anno 1566, Bologne, Alessandro Benatio, 1566
Nous reproduisons à titre de curiosité quatre notices de la BNF puisque la BNF a mieux conservé les éditions italiennes que françaises de la production de Nostradamus de son vivant. Force est de constater que la recherche aura subi les conséquences de l’obstacle linguistique et que ces textes n’auront pas été sérieusement traités avant notre étude de 1991.
Auteur(s) : Nostradamus (1503-1566) Voir les notices liées en tant qu'auteur
Titre(s) : Il Vero Pronostico calcolato dall' eccellmo astrologo et filosofo M. Michel Nostradamo Francese, il qual narra diligentemente tutte le perverse calamità, che deve incorrere l'anno 1566... [Texte imprimé]
Publication : In Bologna : per Alessandro Benatio, 1566
Description matérielle : In-4° , 4 ff., fig. au titre, notes mss.
Notice n° : FRBNF31025934
Barozzi, Francesco (1537-1604)
Pronostico universale di tutto il mondo, il qual comincia dal principio dell' anno 1565 e finisce al principio dell'anno 1570, raccolto dalli "Presagi" del divino Michiele Nostradamo et dalli pronostici di molti altri eccellentissimi autori... per M. Francesco Barozzi,...
libraria del "Mercurio"
Livres
Consultable sur Gallica
2 1564
Nostradamus (1503-1566)
Li Presagi et pronostici di M. Michele Nostradamo, quale principiando l'anno M.D.LXV. diligentemente discorrendo di anno in anno fino al 1570... Diligentemente estratti dalli ori-ginali francesi, nella nostra italica lingua...
Livres
3 1565
Nostradamus (1503-1566)
Li presagi et pronostici di M. Michele Nostradamo Francese , quale principiano l'anno M.D.LXV diligentemente discorendo di anno in anno fino al 1570... diligentemente estratti dalli originali francesi nella nostra italiana lingua...
Livres
Consultable sur Gallica
Notre article de 1991 est accessible sur :
https://www.persee.fr/doc/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808
et résumé sur
https://cour-de-france.fr/histoire-et-fonction/histoire-et-fonctionnement/politique-et-religion/etudes-modernes/article/une-attaque-reformee-oubliee-contre-nostradamus-1561
JHB
02. 07 21
Amalgames autour des idées de dieux et d’hommes
Par Jacques Halbronn
Une grande confusion régne présentement dès qu’il est question de dieux et/ou d’hommes comme s’il n’y avait qu’une seule catégorie de dieux et/ou d’hommes. Dans le Livre de la Genése, notamment, de quoi s’agit-il ? Et même , il nous faut nous demander s’il est question du même dieu dans les premiers chapitres de ce Livre ?
Pour nous, le dieu du premier chapitre de la Genése est un dieu qui a structuré notre humanité terrestre ainsi que le systéme solaire, ce qui est somme toute fort peu de choses en comparaison de l’immensité de l’Univers. Ce dieu n’est ni le dieu de Spinoza –Deus sive Natura- ni l’homme-dieu en tant que créateur au niveau
mercredi 30 juin 2021
jacques Halbronn Amalgames autour des idées de dieux et d'hommes
Amalgames autour des idées de dieux et d’hommes
Par Jacques Halbronn
Une grande confusion régne présentement dès qu’il est question de dieux et/ou d’hommes comme s’il n’y avait qu’une seule catégorie de dieux et/ou d’hommes. Dans le Livre de la Genése, notamment, de quoi s’agit-il ? Et même , il nous faut nous demander s’il est question du même dieu dans les premiers chapitres de ce Livre ?
Pour nous, le dieu du premier chapitre de la Genése est un dieu qui a structuré notre humanité terrestre ainsi que le systéme solaire, ce qui est somme toute fort peu de choses en comparaison de l’immensité de l’Univers. Ce dieu n’est ni le dieu de Spinoza –Deus sive Natura- ni l’homme-dieu en tant que créateur au niveau artistique, technique, politique. Pour nous Möïse –s’il a existé ou en tout cas ce qu’il représente- tout comme Jésus, appartiennent à ce troisiéme stade qui est celui du « génie », et au prisme de notre anthropocosmologie, du Jupitérien ; D’ailleurs le terme même d’anthropocosmologie met l’accent sur la dualité entre Terre et Ciel
Dans l’Evangile selon Mathieu, on connait ce célébre passage « Que ton régne arrive sur la Ciel comme sur la terre » qui fait écho à Genése I « Dieu créa le Ciel ET la Terre » Toujours cette dualité qui figure dans la Table d’Emeraude.
Selon nous, il y a trois niveaux de divinités, la première qui serait à l’origine de l’Univers dans sa totalité et qui serait à comparer à une plante qui ne cesse de croitre –ce que nous désignerons en hébreu par « Tsémah » pour l’opposer à « Tsélem », que l’on trouve dans Genése I : « à l’image de Dieu », ce qui est fait à sa ressemblance, donc qui reléve d’une toute autre dynamique, mimétique/ Ce deuxième niveau est le moins bien appréhendé , coincé qu’il est entre le « Deus sive natura » de Spinoza et le troisiéme niveau qui est celui de « messies » comme Moise ou Jésus, qui sont des Jupitériens capables de subvertir les anciennes coutumes que ce soit sur le plan des pratiques, des savoirs.
On évitera de commettre des confusions, par ailleurs, à propos de la notion d’Homme à commencer par l’homme jupitérien (qui s’inscrit dans le troisiéme niveau de divinité) et l’homme saturnien. Ce dernier est à considérer en tant que couple, à l’instar des Chapitres II et III du Livre de la Genése qui voit se créer la femme, la ‘Isha ». Au sein de cette humanité duelle, hommes-femmes-il y a un équilibre à trouver certes mais on ne saurait confondre un tel enjeu avec la dualité Jupiter-Saturne ! si la femme peut se mesurer avec l’homme saturnien, il serait vain qu’elle le tentât avec l’homme jupitérien. Or, l’on ne cesse de confondre ces deux plans. Si l’égalité au sein du couple saturnien fait sens, elle est irrecevable pour le Jupitérien du premier chapitre de la Genése, à la fois masculin et féminin – zakhar /neqéva.
En conclusion, il importe de corriger deux erreurs : celle de confondre Jupiter et Saturne, d’une part et de l’autre l’homme jupitérien et le dieu « jardinier » qui aménagea notre binome Ciel et Terre. Pour nous Jésus appartient au troisiéme type. Ni plus ni moins/. Et en ce sens, il est le prototype du Jupitérien, c’est-à-dire du « Juste » (Tsadiq) au sens du dialogue entre Dieu et Abraham au sujet du sort de Sodome (Genése xV) Et Jésus aura bel et bien été victime du « peuple » saturnien en précisant que les Jupitériens n’appartiennent pas au « peuple ». dont ils ont la charge de le libérer de ses chaines.
JHB
30 06 21
JHB
30 06 21
mardi 29 juin 2021
Jacques Halbronn Trente ans après . Sur son étude "Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus"(1991)
Trente ans après « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus »
Par jacques Halbronn
Il y a 30 ans paraissait une étude consacrée à un texte non recensé dans les bibliographies de Chomarat et de Benazra qui venaient de paraitre. La contrepronostication, ouvrage que nous avions découvert dans les fichiers non encore informatisés du site Richelieu de la BNF. Notre étude « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) «
Réforme, Humanisme, Renaissance Année 1991 33 pp. 43-72 accordait la plus grande importance aux épitres que Michel de Nostredame adressa au début des années 1560 au pape Pie IV.
Or, dans une étude parue sur son site du CUA
CORPUS NOSTRADAMUS 181 « Les publications de l'année 1561 pour l'an 1562 »,Patrice Guinard ne mentionne (en 2014 ni en 2020, dans sa mise à jour) ni notre article ni le texte auquel il lui est consacré tout en reproduisant un ensemble de textes et de pages de titre qui figuraient déjà dans le dit article de 1991 pourtant tout à fait accessibme et signalé sur les moteurs de recherche et l’on découvre que notre étude bien signalée sur « Persée » ; https://www.persee.fr/doc/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808) aura été largement recensée
Bibliographie internationale de lH̀umanisme et de la Renaissance
https://books.google.fr › books
1996
2655 HALBRONN ( Jacques ) , Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ( 1561 ) , in R.H.R. , XVII ( 1991 ) , n ° 33 , p.43-72 , fac - sim . , bibliogr .
Bibliographie Internationale de l''Humanisme et de la ...
https://books.google.fr › books
1995
1448 HALBRONN ( Jacques ) , Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ( 1561 ) , in RHR , 33 ( 1991 ) , p.43-72 . 1449 MANOLESCO ( Ionela ) ...
Storie di libri e tradizioni manoscritte dall’Antichità ...
https://books.google.fr › books
Cecilia Mussini, Stefano Rocchi, Giovanni Cascio • 2018 • Books
114–132 Halbronn, Jacques (1991): “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)”, in: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, ...
Bibliographie Nostradamus – Valorisation du patrimoine et ...
https://blogs.univ-jfc.fr › vphn › bibliographie-nostrada...
1.
GERSON, S., Nostradamus, le prophète de nos malheurs XVI-XXI, Paris, Tallandier, 2012; HALBRONN, J., Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ...
Jacques Halbronn Les modes de validation des faussaires, Les faux ...
https://www.youtube.com › watch
jacques halbronn Sur les derniers avis de Patrice Guinard quant au ...
http://nofim.unblog.fr › 2021/02/24 › jacques-halbronn-s...
jacques halbronn Sur les derniers avis de Patrice Guinard quant au corpus ... 1991 Une attaque ré-formée oubliée contre Nostradamus (1561 … in revue ...
Analyse nostradamienne : Avatars du centurocentrisme et du ...
http://nostredame.chez-alice.fr › nhalb74
1.
“Mr. Halbronn pense que le quatrain X, 18 des Prophéties, qui commence par ce vers ... L'année suivante, une attaque contre Ronsard, devenu fervent partisan des ... 6 Cf. “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)”, Réforme, ...
Analyse nostradamienne : Les épîtres nostradamiques, leur ...
http://nostredame.chez-alice.fr › nhalb100
1.
par Jacques Halbronn ... En 1991, quand nous avons publié notre article, “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)” dans Réforme ...
Thèse de Jacques Halbronn : Bibliographie des études sur le ...
http://ramkat.free.fr › thalbb
1.
2.
-Benazra, R. (1993), Intr. à la réédition des Prophéties de Nostradamus de 1557, ... -Halbronn, J. (1991.3), “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ...
Analyse nostradamienne : Réponse aux observations parues dans ...
http://ramkat.free.fr › nhalb27
1.
1 - Un faux almanach de Nostradamus paru sous la Ligue ... Notre recherche nostradamologique - collaboration Halbronn - Van Berkel - a conduit ... période, notre étude “Une attaque réformée ou-bliée contre Nostradamus (1561)”, Réforme, ...
Researches 51-60 - Mario Freedom's ...
http://www.propheties.it › Researches51-60
1.
par Jacques Halbronn. A examiner le corpus centurique, on a parfois l'impression que Nostradamus n'est jamais mort. ... (cf. notre article dans la revue RHR, °33 « Une attaque réfor-mée oubliée contre Nostradamus », datant de 1561.). A la fin ...
RI OPAC - Regesta Imperii
http://opac.regesta-imperii.de › lang_de › suche › ts=At...
1.
L'attaque des cháteaux de Thuin el de Mirwart par l'éveque de Liege Adolphe de ... Une attaque réforme oublie contre Nostradamus • Halbronn, Jacques E..
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Plus étonnant, nous trouvons sur le site du CURA une étude de Robert Benazra qui mentionne notre étude sans que Guinard en ait pour autant pris connaissance !
Les Pronostications et Almanachs de Michel Nos-tradamus avec une note de Patrice Guinard :
Note P.G.: Ce texte de l'auteur du "Répertoire Chronologique Nostradamique" (Paris, Trédaniel et La Grande Conjonction, 1990) pourra être complété et au besoin corrigé par les études de la section "Almanachs & Pronostications" du Corpus Nostradamus, et comme la recherche avance, voir mon bilan d'octobre 2014..
On ne peut que s’interroger-au bout de trente ans sur l’absence de mention d’un texte que l’on peut juger important, publié par une revue estimée, Réforme Humanisme et Renaissance qui avait publié en 1986 l’étude de Chantal Liaroutzos sur l’emprunt des Centuries à la Guide des Chemins de France et largement signalé dans les travaux de Patrice Guinard d’autant que sa propre publication recoupe largement notre étude évidemment signalée dans notre thèse d’Etat de 1999. On comparera notre étude de 1991 (sur Persée) avec celle de P. Guinard que nous avons signalée pour déterminer sur la dite étude aura été utilisée- malgré son silence- par Guinard ou bien si le fait de ne pas y recourir a pu hypothéqué sa publication.
Trente ans après, il est clair que nous pourrions apporter des éclairages supplémentaires notamment sur l’usage de certains passages des épitres au Pape que l’on retrouve dans tel ou tel quatrain des éditions centuriques (cf notre post doctorat soutenu en 2007, il y aura donc bientôt 15 ans ; « Le dominicain Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au xVIIe siècle » on le trouve sur SCRIBD_ autour de l’ Eclaircissement des veritables Quatrains de Maistre Michel Nostradamus, Amsterdam(?), 1656, édition dont Guinard ne dit mot dans sa série d’articles du Corpus Nostradamus • Ce post doctorat est signalé dans Wikipedia dans l’article qui nous est consacré.
Signalons notamment notre étude de 2012 sur le site propheties.it
Researches 121-130
121 - Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre
Par Jacques Halbronn
On sait que l’une des questions lancinantes concernant la genèse des quatrains centuriques tient au fait qu’Antoine Crespin, dans les deux éditions de ses Prophéties dédiées à la nation française et à la puissance divine, y a inscrit un grand nombre d’éléments qui recoupent des quatrains centuriques. Est-ce le signe que Crespin avait, au début des années 1570, eu sous les yeux une édition à 10 cen-turies, puisque les quatrains ainsi concernés se répartissent entre les deux premiers volets de l’ensemble centurique ou bien est ce l’indication que l’on aurait récupéré des textes de Crespin pour confectionner une partie des quatrains répartis entre les dix centuries ?
Il apparait au réexamen d’un manuscrit insuffisamment exploité, dont le collectionneur de nostra-damica Daniel Ruzo avait une copie, à savoir Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 (sic), daté du 20 avril 1561 repris dans une Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit (sic) de M. de Nostredame, dédié à S. S. le Pape Pie IV, Marienbourg, 1906. Robert Amadou s’est for-tement intéressé au document dont il s’agit ici[10] dans une annexe de son « dossier » L’astrologie de Nostradamus’, Poissy, ARRC, 1992 (pp. 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte (1561) »
Pour Robert Amadou, cette épitre-préface au Pape, en italien, est apocryphe : « Nous tenons pour apocryphe le texte, différent des deux précédents, d’une prétendue lettre de Nostradamus à Pie IV qui n’existe plus qu’en traduction italienne » . Amadou n’a pas vu qu’il ne s’agissait pas de l’épitre mais de la Préface, tronquée, qui lui fait suite...
Quant à Robert Benazra il passe à côté de la « Préface », coincée entre l’épitre au pape et les prédic-tions pour 1562 (Les pronostications et almanachs de Michel Nostradamus, site CURA) :
« Le XVIe siècle nous a transmis un manuscrit en français comportant plusieurs passages auto-graphes de Nostradamus Les Praedictions de l'almanach de l'an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de Nostre dame Docteur en medicine. Faciebat M. Nostradamus. Salonae petreae provinciae. XX Aprilis 1561. Cette copie manuscrite de 222 pages est restée inédite. Les Prédictions sont dédiées au Pape Pie IV dans une épître, datée de "Salon de Craux en Prouence, ce XX avril 1561". Malgré son titre, l'ouvrage porte essentiellement sur l'année 1562, avec quelques anticipations pour les années suivantes. Il ne semble pas que ce manuscrit destiné au pape lui fut envoyé, car on remarque dans le texte de nombreux espaces blancs, prouvant que Nostradamus n'avait pas entièrement revu son texte. On sait effectivement que le secrétaire de Nostradamus laissait des espaces blancs, à remplir plus tard, quand il n'arrivait pas à lire le texte original. Les troubles du printemps 1561 à Salon et la fuite de Nostradamus à Avignon expliquent sans doute ces particularités. » Or, la fortune de l’ouvrage en Italie précisément pour des années ultérieures prouve qu’il n’en est rien.
L’éditeur du manuscrit qui, lui, a compris, le lien entre le texte français et le texte italien, écrit en marge « Macelin Boucher, v . Barozzi 1566, fol.. 9 verso », ce qui est pertinent puisque le manuscrit en question a été traduit, du moins partiellement, en italien, en ce qui concerne la fin de la « Préface », et que Francesco Barozzi en a fait un commentaire dans ses Annotationi au chapitre V de son Pronostico Universale, Bologne, 1566.(BNF V 1193) « Delli horibili specttacoli & avenimenti dell’anno 1567.
On prendra pour exemple le cas du quatrain VIII 76 dont certains éléments se trouvent dans les Prophéties du dit Crespin. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre ce quatrain et un passage, situé à la fin de la « Préface » que Nostradamus consacre à la période allant jusqu’à l’an 1570, et qui fait suite à son épitre à Pie IV. En fait, l’ensemble ne va guère au-delà de 1567, comme d’ailleurs son almanach. Il faudrait vérifier si le dit almanach fait écho à de telles prédictions apoca-lyptiques.
« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »
Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.
« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »
Ce quatrain est souvent utilisé pour qualifier Cromwell (Garencières, 1672) et plus tard Napoléon..
On trouve le premier vers chez Crespin :
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement »
On trouve le mot « boucherie » dans l’almanach de Nostradamus pour 1565 :
« L’oracle qui est en apres présage de merveilleux ?????as par la mort de plusieurs par la inenarrable cruauté d’un qui sera cause d’une grande boucherie »
Nous pensons que Nostradamus a fait un jeu de mot, il est passé de boucher, macelin, à Marcellinus.
Dans les années 1560, un ouvrage joue un rôle important, sous le nom de
Livre merveilleux contenant en brief la fleur et substance de plusieurs traictiez tant des Propheties et revelations qu’anciennes Chroniques, ouvrage lié au nom de Telesphore de Cosenze.[11]. et qui porte un nom très proche de celui qui sera associé au Mirabilis Liber, alors qu’il ne faut pas con-fondre les deux recueils de « prophéties et révélations »
On y parle de Satan « mis hors de prison ». et qui va régner un temps mais « en l’an 1569, la terre changera de seigneur » (In Prophétie de l’abbé de Cambrézy, trouvée en un vieil exeplaire,laquelle commence au regne du Roy François, à la fin du recueil, Fol 52 verso). Certaines éditions portent l’année 1566 en page de titre. Par la suite, l’ouvrage sera doté d’une annexe lui permettant d’être en prise sur les années 1580.
- Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Mar-cellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Cen-turies et pour cause.
Epilogue
On nous dit que l’almanach de Nostradamus pour 1567 est introuvable bien qu’il ait été réédité – on en connait actuellement la seule page de titre, au début du XXe siècle. Heureusement, nous dispo-sons de sa traduction imprimée en italien
Almanach per l’anno DMLXVII composto per M. Michele Nostradamo Monte Regale; conservé à Cracovie (Pologne), daté du 15 juin 1566.
C’est la continuation du programme de 1563 qui devait couvrir jusqu’en 1570- en fait il n’était pas allé plus loin que 1567. Cette fois, Nostradamus a en vue les années 1567, 1568 & 1569/1570/.
On aura compris que selon nous, un certain nombre de quatrains des centuries sont composés à partir de prédictions en prose de Nostradamus et que cela ne se limite pas aux seuls quatrains des al-manachs. En ce sens, Nostradamus serait bien l’auteur de quatrains centuriques mais de façon indi-recte, c’est à dire que sa terminologie se serait maintenue mais non l’agencement de son discours.
En ce qui concerne les épitres en prose figurant en tête des deux premiers « livrets », nous relèverons deux points.
En ce qui concerne la Préface à César, le mot Préface pourrait se référer à l’almanach pour 1562, où ce mot figure à deux reprises. Que penser, par ailleurs, de ce passage (p. 138) « J’ai réservé à cette calculation et autres présages pour un petit opuscule apart où plus amplement j’ay mis par escrit ses significations « ? Ailleurs : « comme plus à plein je déclareray à la préface du présent présage »
On rapprochera ces extraits de la fin de la Préface à César qui pourrait en dériver : « comme plus à plein i’ay rédigé par escrit aux miennes autres prophéties » et « espérant toy déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis ». Il est peu probable que les explications annoncées de Nostradamus se limitaient à des séries de quatrains. A l’évidence, Nostradamus, comme le montre l’almanach, dans sa version complète, pour 1562, nous montre au contraire un homme qui entend se faire com-prendre sans détour.
En ce qui concerne l’Epitre à Henri II, nous noterons que dans l’épitre au Pape, ce n’est pas au roi (mort en 1559) mais à la reine mère que Nostradamus déclare transmettre ses recherches : « laquelle préface au commencement de ma calculation je communiquay à la Sérénissime Maiesté de la Royne, Régente du Royaume, monarque d’incomparable débonnairité «
Entendez par « préface » non pas l’épitre qui justement la précède et l’annonce mais une présenta-tion d’ensemble. Nous découvrons un autre visage de Nostradamus, qui n’est celui du poéte qui se cache derrière un certain hermétisme se prétant à toutes les lectures, ni celui de l’astrologue ne con-sidérant que l’année qui vient. A partir des années 1560, c’est un Nostradamus qui n’hésite pas à embrasser plusieurs années à la fois- ce qu’il faisait d’ailleurs dans ses consultations (cf Lettres Iné-dites, intr. J. Dupébe,Droz, 1983) - et à dire les choses de façon assez forte pour que tout le monde comprenne et se prépare. La connaissance des textes en prose est d’autant plus importante qu’elle sous-tend littéralement les quatrains qui en sont issus/
Quant à Crespin, peut-être a-t-il eu accès aux traductions italiennes du manuscrit, lui qui semble assez fortement marqué par l’Italie. Ainsi sa Pronostication générale est située en la cité de Messsine, Sicile , au 17 juin 1572. Mais quand il emprunte aux Prédictions pour 1562, cela ne peut se faire qu’en ayant eu accés au dit manuscrit, ce qui suppose bel et bien une proximité avec le cercle restreint familial et les documents dont le testament de 1566 leur a confié la garde.
JHB
29. 06 21
dimanche 27 juin 2021
jacques Halbronn Dix ans après.'Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique
Dix ans après « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique »
Par Jacques Halbronn
En 2011, Gérard Morisse avait fait paraitre, à Bordeaux, dans la Revue Française d’Histoire du Livre un ensemble d’études consacrées au corpus Nostradamus (n° 132) sur environ 150 pages. C’était 4 ans après notre soutenance de postdoctorat à l’Ecole Pratiques des Hautes Etudes intitulé « Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle ». Trois ans plus tôt, le même Gérard Morisse avait publié un travail de Patrice Guinard sur le même corpus dont nous prenions le contre- pied à moins que cela n’ait été le contraire puisque Guinard défendait le dit corpus contre nos critiques.
C’est l’occasion, avec dix années de recul, de faire le point sur l’avancée de nos travaux sur le sujet. Cela dit, en 2013, nous avons mis en ligne toute une série d’études sur le site de Mario Gregorio, Propheties.it. ce qui venait déjà prolonger le dossier de 2011.
Notre principale contribution concerne la notion de « Nostradamus Bis », où nous montrons dans une série de trois articles, mis en ligne notamment sur Nofim.unblog Halbronn, que les contrefaçons sont essentiellement des recyclages de textes parus dans un autre contexte que celui des éditions centuriques. Le cas le plus intéressant est probablement celui de la Préface à César et de la parodie qu’en fit en 1556 Antoine Couillard Du Pavillon. Le probléme du Recueil des Présages Prosaiques, édité en 1999 par Bernard Chevignard (ed Seuil) tient au fait qu’il ne comporte ni les Préfaces, ni les développements techniques. Or, nous pensons que l’une des publications annuelles de 1555 devait comporter une Préface de Nostradamus à son fils, César, qui venait de naitre. La même équivoque pour l’Epitre à Henri II mais cette fois nous disposons de l’exemplaire concerné que nous avons reproduit en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus » (Ed Ramkat). Il s’agit des Présages Merveilleux pour 1557 dont le titre même mentionne une Epitre au Roi mais celle-ci est datée de 1556 et non de 1558 Déjà en 1982, Daniel Ruzo, dans le Testament de Nostradamus, avait fourni la reproduction de certaines donnnées et d’ailleurs c’est de lui (ou de sa veuve), envoyés depuis le Mexique, que nous avions obtenu les documents.reproduits en 2002. Mais apparemment, les chercheurs n’avaient pas daigné en tenir comote.
Un autre paramétre qui aura contribué à brouiller les pistes est le recyclage de quatrains imités de ceux des almanachs de Nostradamus et notamment ceux que l’on trouve chez un autre Antoine, Antoine Crespin. En 2002, nous en étions encore à penser que Crespin avait pillé les Centuries pour sa
propre production. Mais, désormais, il est clair que c’est l’inverse qui s’est produit à savoir que les faussaires auront récupéré les textes de Crespin pour fabriquer des Centuries de quatrains.
Enfin, il apparait que ce n’est qu’au début des années 1590 que va émerger le second volet des Centuries,. Alors que pour le premier volet, nous disposons d’éditions successives entre 1588 et 1590, en ce qui concerne le second volet, on ne dispose que d’une seule et unique mouture de 300 quatrains. La thèse selon laquelle le second volet serait déjà paru en 1568 est absolument indéfendable malgré le zéle d’un Patrice Guinard..
Une pièce manque à notre documentation, bien que décrite par Ruzo, c’est une édition de 1588 dont on ignore ce qu’elle a pu devenir ; Or, la question qui se pose à son sujet est celle de la numérotation des quatrains de ce qui est probablement la toute première édition centurique authentique. Cela permettrait notamment de montrer que le texte de 1570 sur l’Androgyn qui a la particularité insigne de désigner le numéro du quatrain signalé et bien entendu la Centurie, est un un faux antidaté tout à fait anachronique.
Insistons enfin , une fois de plus, sur les preuves iconographiques, à savoir que les vignettes utilisées pour fabriquer les éditions lyonnaises 1555 (à 4 centuries) et 1557 (à 7 centuries) sont prises d’almanachs pirates parus du vivant de Nostradamus, au début des années 1560 (notamment chez Barbe Regnault) dont les vignettes différaient sensiblement de celles des almanachs officiels de Michel de Nostredame. Enfin, il importe d’accorder la plus grande attention à tout ce que Nostradamus a envoyé au pape Pie IV, à partir de 1562 et dont on a notamment des traductions italiennes. Nous disposons d’une réédition du début du XXe siècle d’un tel corpus, conservé à la Réserve Bibliothèque de Lyon La Part Dieu et que nous mettrons prochainement en ligne. Dans ce dossier, Nostradamus fait des prévisions pour 1566-67 autour d’un personnage qu’il appelle Marcelin et qui a une dimension antéchristique. Ce Marcelin se retrouve dans un quatrain des Cenruries en « Macelin ».
JHB
26 06 21
samedi 26 juin 2021
Jacques Halbronn La dimension anthropocosmologique de l'Astrologie Mondiale des Grandes Conjonctions
La dimension anthropocosmologique de l’Astrologie Mondiale des Grandes Conjonctions
Par Jacques Halbronn
Dans notre thèse de 3e cycle en Etudes Orientales (1979 Paris III EPHE Ve section, parue en 1985 sous le titre « Le Monde Juif et l’Astrologie » (Ed Arché, Milan), nous avons consacré un de nos trois volets, à Abraham Bar Hiyya et à Abraham Ibn Ezra et si le second est bien connu, il semble que le premier ait été négligé par certains historiens de l’astrologie des Conjonctions Jupiter Saturne . On pense notamment à Denis Labouré dans son récent ouvrage « Astrologie et Religion au Moyen Age ». qui ne mentionne d’ailleurs pas notre thèse dont le titre initial était La problématique astrologique chez les principaux penseurs juifs du Moyen Age espagnol (cf Le Monde Juif, pp. 139 et seq). En fait, Labouré semble vouloir ignorer la contribution juive à l’Histoire de l’Astrologie Mondiale en se focalisant sur l’apport des astrologues musulmans, suivant en cela Richard Lemay (Abu Mashar, Beyrouth, 1962)
On retiendra qu’un certain consensus existait pour fixer une échéance importante pour la fin du XVe siècle (LE RECOURS AU LANGAGE ASTROLOGIQUE DANS. LA FORMULATION DE LA PENSEE JUIVE AU MOYEN AGE. par JACQUES HALBRONN Commmunication congrès SIEPM ; Bonn, 1980), et force est de constater que des changements majeurs eurent lieu à cette époque (Réforme, Grandes Découvertes, intégration des Juifs dans la culture occidentale etc)
Nous pensons utile de mettre en perspective cette théorie des Grandes Conjonctions par rapport à l’Histoire de l’Astrologie Mondiale au XXe siècle. D’aucuns nous reprocheront de nous intéresser à la modernité de l’astrologie mais celle-ci éclaire rétrospectivement les siècles antérieurs.
C’est ainsi que l’on ne met pas suffisamment l’accent sur l’importance accordée par la dite théorie au zodiaque en se focalisant sur les planètes. Il est vrai qu’au prisme de l’astronomie, les configurations astrales offrent une réalité « scientifique » plus évidente que le cycle des saisons et notamment les équinoxes et les solstices dont on serait tenté de penser que cette référence reléve du métalangage astronomique. Albumasar, en tout cas, n’aurait pas songé à déconnecter les dites conjonctions des signes qui les accueillaient ou en tout cas des Eléments auxquels les dits signes appartenaient : Feu, Terre, Air, Eau – ce qu’on nomme Triplicités puisque chaque Elément regroupe 3 signes formant un triangle. On peut certes avoir des doutes sur la pertinence d’un tel classement et d’une telle répartition mais ce que nous retiendrons, c’est la dialectique structurelle entre cycle planétaire et cycle saisonnier (tropique). C’est cette dialectique qu’André Barbault dans ses travaux en astrologie « mondiale ». Il n’aura retenu que l’idée de conjonction entre deux planétes en évacuant le référentiel saisonnier, à savoir à quel endroit de l’écliptique la rencontre avait lieu, ce qui lui permettait d’espèrer d’être mieux vu par les astronomes, comme on l’a expliqué plus haut.
C’est bien là une question majeure pour la pensée astrologique que d’intégrer ou non une telle dialectique que nous qualifierons d’anthropo-cosmologique, c’est-à-dire connectant phénoménes terrestres et célestes, ce qui nous renvoie évidemment à une forme de géocentrisme, d’anthropocentrisme.
Pour notre part – car notre démarche d’historien n’exclue pas, en ce qui nous concerne, notre propre recherche dans le domaine en question- nous pensons que la recherche doit commencer par noter si certains événements ou séries d’événements n’ont pas lieu dans les mêmes régions de l’écliptique (cf notre Astrologie selon Saturne, ed La grande conjonction, 1994) et ce n’est que dans un deuxiéme temps qu’il conviendrait de déterminer quels sont les facteurs qui ont pu impacter les zones en question, ce qui est d’ailleurs assez secondaire, à un premier niveau. Que nous importe, en effet, si telle ou telle configuration astrale avait lieu dans les- dites zones, ce qui compte n’’est-il pas que ces zones soient bel et bien circonscrites. On pourrait certes qualifier d’empirique une telle méthodologie mais cela évite d’inverser la démarche en partant du cosmos pour aller vers l’anthropos au lieu du contraire. En effet, le cosmos englobe toutes sortes de facteurs et de combinatoires, d’aspects entre planétes sans oublier les étoiles fixes, les constellations - alors que l’anthropos se contente de noter que certaines zones de l’écliptique sont particulièrement sensibles. Avec Barbault, on est en présence d’une astrologie « hors sol » qu’il s’agisse de la conjonction Saturne-Neptune ou de l’indice cyclique (cf Le Pronostic Expérimental en astrologie, Paris, Payot, 1973).
Rappelons que chez Albumasar, tout son systéme repose sur le passage périodique d’une triplicité élémentaire à une autre. Pour notre part, nous observons plutôt le passage sur les axes équinoxiaux et solsticiaux, ce qui reléve des quadruplicités – les signes dits cardinaux- et non des triplicités. Notons que les triplicités s’articulent sur les trigones et les quadruplicités sur les carrés et les opositions.
Cela dit, nous comprenons qu’une astrologie liée au cycle des saisons puissent faire probléme car les dits axes ne sont pas matérialisés par astres repérables. Que peut signifier en effet le passage d’une planéte sur l’ axe équinoxial ? On peut à la rigueur préférer une configuration entre une planéte et une étoile fixe. Or,qu’est ce qui a permis de découvrir la précession des équinoxes, n’est ce pas le fait de noter l’étoile fixe correspondant aux dites équinoxes et notamment à celui de printemps dans l’hémisphère nord ? Cela prouve bien que la pratique de connecter les équinoxes avec des étoiles fixes a été établie de longue date. (cf les textes de l’astrologue britannique William J. Tucker). On voit qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre zodiaque saisonnier et étoiles fixes, contrairement à ce que pensent les astrologues dits « sidéralistes ».
En refusant d’ancrer l’astrologie planétaire sur le cycle saisonnier – sous une forme ou sous une autre- André Barbault- et ceux qu’il entraina derrière lui allait se priver ipso facto d’une méthodologie valable comme celle décrite plus haut, commençant par relever les zones de l’écliptique impactées par telle série d’événements du même ordre, au regard de l’anthropologie.
Si l’on prend le cas des Deux Guerres Mondiales, note Barbault (cf Les astres et l’Histoire, Paris, Pauvert, 1967), on remarque des « amas » planétaires (planetarium), du fait d’une non « répartition » (cf Dictionnaire de Gouchon) égale des planétes, lors de ces moments historiques. Mais Barbault tombe alors dans l’excés inverse, à savoir que cette notion de « concentration » planétaire (de Jupiter jusqu’à Pluton en un seul et même graphique ) ne comporte aucune cyclicité régulière, ce qui est le propre de l’analyse astronomique du systéme solaire et par ailleurs, les régions zodiacales impactées dans les deux cas ne relévent pas davantage d’une quelconque cyclicité saisonnière.
JHB
26. 06 21
vendredi 25 juin 2021
jacques Halbronn Benoist Rigaud et le second volet des Centuries, dans le camp d'Henri de Navarre
Benoist Rigaud et le second volet des Centuries, dans le camp d’Henri de Navarre.
Par Jacques Halbronn
En 1997, nous avions montré (les prophétie et la Ligue, Colloque Prophétes et Prophéties, Ed de l’ENS) que le premier volet des Centuries nostradamiques, était marqué par une hostilité à l’encontre du camp d’Henri de Navarre, autour du quatrain IV, 46 , qui avait été rajouté en 1589,
« Garde-toi Tours de ta proche ruine », Tours étant la capitale du camp en question qu’avait rejointe Henri III, peu avant son assassinat à Saint Cloud.
Le présent texte entend apporter cette fois un éclairage en ce qui concerne le second volet. On s’intéressera notamment à la récupération de certaines formules d’Antoine Crespin, qui paraissent dans ses textes des années 1570 puis aux emprunts à la Guide des Chemins de France de Charles Estienne qui sous tendront des quatrains du même second volet (introduit par l’Epitre à Henry Second)
Dés 1992, nous avions signalé l’intérêt que nous portions à l’œuvre d’Antoine Crespin , avant donc la parution l’année suivante de l’édition critique par Pierre Brind’amour des 453 premiers quatrains centuriques (Lyon, Macé Bonhomme, 1555) qui en fera un usage important notamment à partir de l’ouvrage du dit Crespin , » Prophéties dédiées à la puissance divine (1572) » que nous citons-« que nous reproduirons en 2002 dans nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus ed Ramkat) Dans notre thèse d’Etat de 1999, nous lui avions déjà consacré une certaine place (Le texte prophétique en France, Presses Universitaires du Septentrion). L’étude dont il s’agit s’intitule « Pierre d’Ailly ; des conjonctions planétaires à l’Antéchrist » Colloque européen 16-17 mai 1992 De Pierre d’Ailly à Christophe Colomb, Bulletin de la Société Historique de Compiégne (1992, pp. 68-70)
On y trouve quelques pages relatives à ce Crespin : « sous le titre « Crespin, un « Nostradamus » hostile aux Juifs.
Nous débutons ainsi : » Sans vouloir ici donner la totalité du dossier,nous nous intéresserons à un certain Antoine Crespin Marseillais qui fait partie de ceux qui se servirent du nom de Nostradamus pour faire carrière » Et nous nous référions à la Centurie VIII (dans le second volet des éditions à 10 centuries) avec la mention « Roy de Bloys dans Avignon régner » que l’on trouve au quatrain 38 et au quatrain 52. Nous concluions « Il ne semble pas que Crespin soit ici un imitateur de Michel de Nostredame : le contexte nous semble au contraire indiquer que c’est une idée qui lui est chère et pour laquelle il milite » On trouve un échantillon remarquable de la judéophobie de Crespin dans son Epitre à la Reyne mère du Roy. Nous signalions aussi – il y aura près de 30 ans – le quatrain 66 de la Centurie IX ; avec son verset « La Synagogue stérile sans nul fruit ». En 2005, nous ferons une communication au Congrès Mondial des Etudes Juives, Jérusalem sur l’antijudaisme de Crespin : » Crespin and the French Avignon problem An important source of antisemitism » « French Antijudaism and the Avignon problem on the Eve of Saint Barthelemy » … (cf aussi sur le site Hommes et faits, Pour une approche ésotérique de la question juive, 1997)
Le second volet des Centuries semble avoir largement emprunté comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987, Suivez la guide, in RHR)/ Cela vaut notamment pour la Centurie IX. Or, selon nous, le second volet était une construction des partisans du futur Henri IV alors que le premier volet servait les intérêts du camp ligueur.(cf aussi Pseudo-Nostradamus: Quatrain IX,87 sur le Duc d’Etampes http://www.corpusetampois.com/
… A l’évidence, le quatrain « Chartres » n’aura pu être rédigé qu’à l’approche du couronnement d’Henri de Navarre en la cathédrale de Chartres, en janvier 1594, à la veille de la parution de l’éditions Benoist Rigaud qui paraitra alors (et qui donnera lieu à une édition antidatée pour 1568 chez les même libraire, un quart de siècle plus tôt..
Signalons que Benoist Rigaud faisait imprimer certains textes à Chartres (cf propheties.it), ce qui montre qu’il oeuvrait dans le camp d’Henri de Navarre comme c’est le cas pour cet ouvrage politique ;
Proposition des Princes, Prelats Officiers de la Couronne et principaux Seigneurs Catholiques, tant du Conseil du Roy, qu’autres estants pres sa Majesté, tendant afin de paruenir au repos tant necessaire à ce Royaume, pour la conseruation de la Religion Catholique et de l’Estat, faicte à Monsieur le Duc de Mayenne et autres Princes de sa maison, Prelats, Seigneurs et autres personnes enuoyees par aucunes villes et communautez, se trouuans à present assemblez dans la ville de Paris. (27 janvier.) [Texte imprimé], Lyon : B. Rigaud, iouxte la copie imprimee à Chartres, 1594 (cote BNF 8-LB35-444 (A)
C’est à cette même époque que parait le Janus François de Jean Aimé de Chavigny lequel comporte des extraits commentés des centuries VIII –X. Or, le libraire qui publie le Janus est dans la descendance (« héritiers ») de Pierre Roussin, un proche de Benoist Rigaud.
On aura compris qu’il s’agit là d’une série de « terminus » situant la confection des deux volets dans une fourchette embrassant les années 1588 et 1594. D’aucuns ont soutenu que Nostradamus avait « prévu » de tels événements mais la mention de Tours (premier volet) et de Chartres (second volet) est nettement liée au contexte politique de l’époque. Par ailleurs, les textes de Crespin repris dans certains quatrains du second volet sont révélateurs des méthodes des faussaires, n’hésitant pas à recycler des textes d’imitateurs de Nostradamus. Faut-il conclure, pour autant, à l’antijudaisme du camp d’Henri de Navarre, sur la base de textes allant dans ce sens ? Il semble bien que le doute ne soit guère permis encore que l’on puisse penser que les faussaires aient récuperé en vrac toutes sortes de sources, sans y accorder trop d’importance comme c’est souvent le cas dans le domaine des contrefaçons.
JHB
25 06 21
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