mercredi 17 juin 2026

Jacques Halbronn Les points zéro et les points 45 constituent une division octuple. Le 15° degré des signes fixes et les étoiles fixes

Jacques Halbronn Les points zéro et les points 45 constituent une division octuple. Le 15° degré des 4 signes fixes et les étoiles fixes Il existe dans notre astrologie 8 points sensibles, répartis de 45 degrés en 45 degrés. 4 points "zéro" et 4 points " 45'. Les points zéro correspondent à la conjonction de Saturne avec les axes "tropiques", équinoxiaux et solsticiaux, ils mettent fin à l'indécision des points 45, lesquels se situent à égale distances d'un axe équinoxial et d'un axe solsticial, ce qui n'est pas sans produire quelque indétermination.. Chacun de ces 8 points a une orbe de 45 degrés, avec 22°30 en amont et 22°30 en aval, ce qui est en amont correspond à une esquisse et ce qui est en aval à une confirmation; ce qui prépare à la zone suivante du fait d'une réaction à certains excés. C'est ainsi que la conjonction "zéro" de Saturne avec un des deux axes passera le relais à une phase "45" au bout de 22°30 et ainsi de suite. Quelque part, la phase zéro est masculine, diurne et la phase 45 féminine, nocturne. On peut penser que les phases zéro seront qualifiées d'extremes, au sens politique du terme et qu'en alternance les phases 45 correspondront à des sensibilités de "centre", de "marais" comme on disait sous la Convention. les étoiles fixes royales correspondnet aux points 45 et se trouvent en signes fixes. Les points 45 correspondent à 15° de l'un des 4 signes fixes. La question des étoiles fixes « royales » en astrologie. Précession des équinoxes et ères précessionnelles.* par Jacques Halbronn L'astrologie stellaire telle que nous la concevons implique que les étoiles servent à situer notamment les axes équinoxiaux et solsticiaux et ce serait d'ailleurs ainsi que l'on aurait pu mettre en évidence le phénoméne de la précession des équinoxes. Les quatre étoiles fixes royales auraient pu servir à une certaine époque à marquer ces axes équinoxiaux et solsticiaux. Le calcul de l'Ayanamsa généralement admis, à savoir le décalage précessionnel, comme étant de l'ordre de 24°, ce qui correspond à la moyenne de l'écart séparant ces 4 étoiles des positions axiales définies plus haut. Si l'on prend le cas de l'axe Aldébaran-Antarés, placé à 8° Gémeaux-8° Sagittaire, actuellement, cela donne 22° environ par rapport à 0° Cancer-0° Capricore soit l'axe solsticial et en ce qui concerne l'autre axe Régulus-Fomalhaut, situé à 0° vierge et 0° poissons, un écart de 30° par rapport à l'axe équinoxial à 0° balance-0° Bélier . La question qui se pose est la suivante est-ce que du fait de la précession, il n'aurait pas fallu choisir de nouvelles étoiles fixes pour correspondre aux axes en question ? Ou bien, est ce que les sociétés traditionnelles ne se seraient pas accoutumées à considérer ces étoiles fixes royales, de sorte que le décalage précessionnel n'aurait pas eu d'impact sur la suite des événements ? Mais dans ce cas, convient-il d'étudier Saturne en son passage sur les dits axes équinoxiaux et solsticiaux ou bien plutôt en son passage successivement sur les 4 étoiles fixes royales susnommées? Est-ce que les travaux en astrologie mondiale concernant le cycle de Saturne peuvent nous aider à trancher une telle question ? Pour trancher sur ce sujet, encore faudrait-il bien définir le dit cycle de Saturne quant à sa durée d'action ? En1994, nous avons publié L'Astrologie selon Saturne (en ligne sur SCRIBD) en précisant les zones impliquées à savoir une fourchette allant de 342° à 353° soit 12° -23° du signe des poissons. Si l'on prend 342°, on est à 18° du 0° bélier.Or, Saturne reste 7 ans dans chacune des phases délimitées par les dits axes. Il reste que le fait d'avoir observé un décalage de 18° entre le début de la fourchette évenementielle et le 0° bélier, comme point de départ de la phase est assez significatif. C'est pourquoi, nous avions opté par la suite pour la prise en compte des étoiles fixes royales (cf le MUC (modèle unicyclique) exposé dans notre Livre Blanc de l'astologie, en ligne sur SCRIBD) On peut conclure qu'il est conseillé de situer le changement de phase de Saturne avant son passage sur les axes équinoxiaux et solsticiaux à environ une vingtaine de degrés en amont, ce qui décale tout le dispositif d'autant. Rappelons que la théorie des ères précessionnelles (cf Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, Ed Albatros, 1979, accessible sur SCRIBD) s'articule -d'où son nom – sur la ditre précession des équinoxes, du fait que l'étoile correspondant au point vernal (0° bélier) n'est plus la même qu'autrefois. Cette théorie va à l'encontre de la thèse de la pérennité de la référence stellaire ancienne axée sur les étoiles fixes royales et d'ailleurs dans Aquarius, il semble qu'aucun des co-auteurs ne se soit référe aux dites étoiles fixes royales, si ce n'est que nous avions choisi comme vignette de l'ouvrage un Sphinx (notre introduction avait pour titre « le sphinx des astrologues »). Or, le sphinx est lié aux 4 signes fixes, lesquels sont liés aux 4 étoiles royales, liées aux constellations en rapport avec les dits signes fixes.(taureau, lion, scorpion, verseau). Iconographiquement, on parle du tétramorphe, être à 4 formes que l'on retrouve dans le Livre d'Ezékiel (sous le nom de Hayoth, êtres vivants) et associé aux 4 Evangélistes, entre autres (cf aussi l'arcane Le Monde du Tarot) Autrement dit, si l'on accorde de l'importance aux étoiles fixes royales qui furent, à un certain moment, les marqueurs des axes équinoxiaus et solsticiaux, l'on ne peut accepter la théorie des ères précessionnelles mais est-ce que cette théorie est si déterminante que cela ? Il y a un certain flou quant au passage d'une ère à une autre et notamment la référence aux constellations nous semble bien moins claire que celle aux étoiles royales, vu que le contour des constellations semble fort artificiel. Dans ce cas, l'attente d'une ère du Verseau ne pourrait être retenue dans la mesure où les étoiles fixes royales auraient laissé une trace indélébile dans l'Inconscient Collectif de l'Humanité. JHB 17 06 26

Jacques halbronn Saturne et les Quatre Elements. Le point aveugle de Saturne chez les historiens de la question

Jacques halbronn Saturne et les Quatre Elements. Le point aveugle de Saturne chez les historiens de la question En 2006, il y a 20 ans, Alain Petit, historien de la philosophie, a publié dans le collectif Philsopphie, ville et architecture. La renaissance des quatre élément Sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès (Ed de la Découverte) un texte intitulé "Le cinquième élément Pensée antique de la quintessence chez Platon et Aristote" Vingt ans plus tard, les lacunes de l'auteur en matière d' Histoire de l'Astrologie hypothèquent singulièrement son louable travail. Entre temps, en effet, nous avons mis en évidence, notamment par l'étude critique de la Tétrabible de Ptolémée; la différenciation entre Saturne et les 4 planétes situées entre le Soleil et le dit Saturne. (Mercure, Vénus, Mars et Jupiter), celles -ci devant être distinguées des luminaires. Nous signalions les perturbations survenues dans l'exposé du Tétrabiblos du fait de l'introduction de Saturne, ce qui conduisit à placer la Lune avec le Soleil (autour du solstice d'Eté) pour faire de la place à la dite planéte, celle-ci perdant, ipso facto, son statut à part.. Il est probable qu'Alain Petit n'aurait pas rédigé son texte comme il l'a fait en 2006, s'il avait été averti de notre genése de la Tétrabible. Pourtant l'accent que nous avons mis sur Saturne remonte à 1993 (Clefs pour l'Astrologie. Ed Seghers) suivi d'un texte intitulé L'Astrologie selon Saturne où nous insistions sur le caractère central de cet astre au point de traiter, par la suite, d'un saturnocentrisme de notre "systéme solaire, mais, cette fois, bien après la parution du texte d'Alain Petit. Sur un autre plan, le rapport du 4 au 5 était bien connu en Astrologie Chinoise dont Petit ne semble pas avoir tenu compte, cette école traitant d'un cinquième élement, associé à l'idée de quintessence et ce point là; en revanche, aurait pu et dû interpeller ce historiens depuis longtemps! En 1976, dans notre étude du Sefer Yetsira ( Livre de la Formation) nous avions signalé un glissement du sénaire vers le septénaire, dû au changement de statut de Saturne. Petit note "Les éléments sont des dieux pour Empédocle, comme le feu l’était pour Héraclite. Ce qu’il y a de plus véritablement divin, en dehors de l’amour et de la haine, sur lesquelles je vais revenir, qui en quelque sorte préside à leur assemblage ou à leur dissociation, les premiers dieux ce sont les éléments. Ils portent d’ailleurs éventuellement des noms de dieux (le feu c’est Zeus). Vous avez une équivalence entre les noms des dieux et les noms que nous donnons classiquement aux éléments. Il arrive à Empédocle de les nommer par les noms de dieux plutôt que par leurs noms d’éléments." Mais ne pourrait-il s'agir des planétes affublées de noms de dieux? Petit signale enfin qu'Aristote serait l'auteur d'un "Traité du Ciel", ce qui n'est pas sans évoquer , évidemment, les astres, une piste qu'il n'aura pas suivi suffisamment. Il écrit :' S’il y a transformation d’un élément dans un autre, c’est précisément ce qui va permettre à Aristote de subordonner les quatre éléments au cinquième. C’est un point décisif que si je veux garder les quatre éléments dans leur souveraineté aristocratique, de pair, il faut que je refuse qu’ils se transforment les uns dans les autres. Si je concède qu’ils se transforment les uns dans les autres, je vais arriver à une position comme celle d’Aristote, qui consiste très exactement à dire que les quatre éléments, dans leur jeu de circulation et de transformation mutuelle, ne sont pas ce qu’il y a de plus haut. En quelque sorte, c’est la raison du titre et de la doctrine du cinquième élément, le cinquième élément d’Aristote c’est l’élément qui se subordonne les quatre et qui, lui, ne se transforme en aucun autre, et qui ne provient d’aucun autre. Il est en ce sens là l’élément absolu" jacques halbronn Vers une nouvelle révolution copernicienne:de l’héliocentrisme au saturnocentrisme. La description du système solaire constitue un enjeu majeur de la recherche astronomique, d’où l’importance accordée au passage à l’héliocentrisme, la Renaissance; Sur le web « La révolution copernicienne, appelée aussi copernicianisme, est le renversement de la représentation du monde et de l’Univers du XVI e au XVIII e siècle, provoqué par la parution de l’œuvre De revolutionibus orbium cœlestium de Nicolas Copernic en 1543. » Or, il apparait qu’une nouvelle crise de la représentation de notre ciel se profile, il s’agit du passage à un saturnocentrisme, selon de nouveaux critères prenant en compte l’impact du ciel sur notre humanité terrestre, Saturne tendant à détroner le Soleil en raison de données cycliques jusque là négligées en raison de la défaveur de l’Astrologie rencontrée dans le milieu astronomique. Parmi les obstacles épistémologiques rencontrés, il convient de signaler l’émergence d’une astronomie trans-saturnienne, à partir de la fin du XVIIIe siècle.(Herschell 1781). Or, cette ‘avancée » astronomique, due au perfectionnement de l’optique, aura décentré notre perception du systéme solaire et cela aura notamment impacté l’astrologie du XIXe siècle en la conduisant à réviser le dispositif de la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle),fervent défendeur du géocentrisme combattu par Copernic au milieu du XVIe siècle. Si l’héliocentrisme a impacté nos représentations, il en est certainement de même pour ce « saturnocentrisme » à venir. sur le web « Les articles consacrés à l’héliocentrisme notent très souvent cette conséquence évidente que la Terre devient une planète comme toutes les autres, » De même, Saturne serait « une planéte comme les autres ». Or, selon le saturno-centrisme, il n’en est rien. Cela tient à la synchronie instaurée entre la planéte Saturne- et elle seule – et notre Humanité dans le cadre de la Création de notre monde. Saturne, présentée comme la séptième planète doit en fait être mise à part, et ne pas être inclue dans un « septénaire »! De même,dans le Livre de la Genése, le septiéme jour est il traité dans un autre chapitre, le nom de Shabtay, attribué à cette planéte, dans la littérature hébraîque se retrouvant d’ailleurs dans le nom du Shabbat, considéré par le judaisme comme un jour tout à fait à part. X Commandemens: Souviens-toi de faire du jour du repos un jour saint. Pendant 6 jours, tu travailleras et tu feras tout ce que tu dois faire. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu. Tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton esclave, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui habite chez toi. En effet, en 6 jours l’Eternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour. Voilà pourquoi l’Eternel a béni le jour du repos et en a fait un jour saint. Il ne sera pas utile, dans cet aticle d’exposer les grandes lignes de notre Astrologie Septéanale (en raison de ses périodes successives de 7 ans) Nous avons montré comment la Tétrabible donne une version erronée du « systéme », en ajoutant Saturne au dispositif 2 plus 4, soit les luminaires plus Mercure,Vénus, Mars et Jupiter, en occultant la centralité de Saturne, erreur que l’on retrouve dans le Sefer Yetsira, où l’on est passé d’une distribution des lettres 4 plus six plus douze (soit 22) à 3 plus 7 plus 12, ajoutant la lettre resh aux six lettres doubles(bagadkaphat), en tant qu’ayant une double prononciation (présence ou absence du Dagesh) tout comme les 4/6/ 7 planétes ont deux « domiciles » (diurne et nocturne) dans la Tétrabible, d’où l’importance que nous accordons à une juste description des langues en raison du paralléle entre alphabet et cosmos/ (cf L’Abrégé de grammaire hébraïque de Baruch Spinoza (le Compendium grammatices linguae hebraeae) paru en 1677 à Amsterdam dans l’édition latine de ses oeuvres posthumes ». ) Selon nous, le passage de l’héliocentrisme au saturnocentrisme signifiera pour l’Humanité un passage majeur de la Conscience, un aboutissement. JH B 17 06 26

Le cinquième élément Pensée antique de la quintessence chez Platon et Aristote par Alain Petit

Le cinquième élément Pensée antique de la quintessence chez Platon et Aristote par Alain Petit Le « cinquième élément » n’est pas un clin d’oeil à Luc Besson (qui n’est pas l’un de mes cinéastes préférés), c’est l’une des doctrines fondamentales d’Aristote, et l’excuse pour l’évoquer est que j’ai voulu traiter de la question de l’élément au travers de ce qui, chez Aristote et peut-être déjà un peu avant, semble en quelque sorte en contester la conception fondamentale. Ce qui est classique pour les Anciens, et peut-être ce que l’on en a retenu — d’ailleurs, on le voit encore précisément chez Bachelard—, c’est qu’il y ait quatre éléments. Ce qui contribue à la notion fondamentale de l’élément, c’est que l’on soit parvenu à un état que longtemps on a considéré comme indépassable, à savoir que l’eau, la terre, le feu et l’air entretiennent une sorte de jeu, qu’on peut appeler à certains égards un jeu d’articulation, de circulation. On voit Aristote d’une certaine façon intégrer ces quatre éléments à partir de leur fondateur, Empédocle, et en même temps les subvertir par la notion du cinquième élément. Il nous permet de comprendre l’élément en le prenant à l’envers. C’est cette stratégie que j’ai voulu utiliser pour comprendre l’élément : retournons ce qui est en jeu dans les quatre éléments pour comprendre la genèse et la nécessité de l’introduction philosophique du cinquième. Donc je vais mettre en place les deux personnages principaux, dramatis personae, comme disaient les Anciens, Empédocle et Aristote—qui ont beaucoup en commun. Empédocle est pour nous l’un des grands poètes-philosophes de l’Antiquité, le grand précurseur de Lucrèce précisément sur 81 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) la question de l’élément. Empédocle est celui qui pense les éléments selon le quadriparti (comme dira bien plus tard Heidegger en référence directe à Empédocle). Le monde est quadriparti ; il y a quatre éléments ni plus ni moins. Or ce n’était pas chez les Anciens une position unanime, ce n’était peut-être même pas une position évidente. Essayons de resituer Empédocle par rapport à l’un de ses grands prédécesseurs, Héraclite (certainement du même calibre philosophique que les deux autres). Héraclite considère, si je puis dire, qu’il vaut mieux penser une monarchie de l’élément, qui est en l’espèce celle du feu. Il n’y a pas quatre éléments, il ne peut pas y avoir quatre éléments, il ne peut y en avoir qu’un. Si je pose la question : « Qu’y a-t-il d’élémentaire dans le monde ? » je me pose la question, je traduis directement le concept d’élément dans un autre. Quand on se pose la question de l’élément, pour un Grec, un Grec présocratique si vous voulez — mais ça restera le sens fondamental, même pour Aristote —, on se pose la question de l’origine de ce qui est dans le monde. Autrement dit, l’élémentaire, c’est ce dont tout le reste provient. Ce n’est pas le rudimentaire, c’est l’originaire. Il faut de fait polémiquer philosophiquement contre l’idée que l’élément soit le matériau, idée reçue à certains égards dans la pensée philosophique depuis lors, et qu’Aristote lui-même ne ratifie pas. L’élémentaire, ce n’est pas le matériau. Cette confusion s’est opérée dans l’un des premiers réseaux d’architecture et philosophie, j’ai nommé Vitruve, dans la tradition romaine. Ça c’est le premier réseau. Vitruve, dans son Traité d’architecture, fait précisément référence à la pensée présocratique des éléments (il me semble que c’est en ouverture au Livre III), quand il traite de la question du matériau de l’architecte. C’est très remarquable, il fait un exorde philosophique — il a une connaissance très réelle en la matière — et, au moment de traiter de la question du matériau pour l’architecte, il fait référence aux grands présocratiques, Thalès, les Ioniens et Empédocle. Pour Vitruve, l’intérêt que l’architecte peut prendre à la pensée de l’élément, et nous sommes précisément dans notre élément d’aujourd’hui, c’est d’y voir en quelque sorte le matériau primitif, ce qu’on pourrait appeler le Concepts croisés 82 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) « constituant irréductible ». Or, tel n’est pas le point. Il me semble qu’on commence à prendre le change à partir de là. On peut déjà attester de cette confusion au moins chez Vitruve, mais elle doit être plus ancienne, je présume. Il s’agissait en fait pour Héraclite, qui est l’un de nos grands témoins à cet égard, de penser une origine à partir de laquelle ce qu’il convenait d’appeler élément pourrait être tenu pour irréel. Il n’y a pas quatre éléments, il n’y en a qu’un, les autres ne sont que des transformations du feu. Le feu se transforme en autant de facettes qu’Empédocle précisément va appeler éléments, c’est un tenant de la monarchie du feu. Comment Empédocle, à partir d’une référence aussi écrasante, en vient-il à penser sa tétrarchie des éléments, ce qui veut dire qu’il y a une stricte égalité entre les quatre ? La doctrine classique des éléments, celle dont nous avons hérité et qui vient en droite ligne d’Empédocle, c’est celle de l’égalité entre l’air, le feu, l’eau et l’air. « Ils se partagent, dit Empédocle, la souveraineté dans le monde. » On peut les considérer maintenant sous deux aspects. Tout d’abord, l’univers tel qu’il est comporte une égale représentation des quatre, donc l’univers est quadriparti au sens où Heidegger le dira, et c’est exactement ce que veut dire Empédocle, le monde n’est rien de plus que cette quadripartition. L’un des enjeux serait de s’interroger sur le rapport entre les éléments et le monde. De fait, ce sera décisif pour la pensée d’Aristote. Est-ce que le monde est plus que les quatre éléments, est-ce que le fait qu’il enveloppe les éléments signifie qu’il est lui-même quelque chose de plus ? C’est ce qui est décisif pour les Grecs. J’espère ne pas être trop hétérodoxe en insistant sur le fait que la pensée des éléments, pour les Grecs, loin justement de la réduction de Vitruve, est une pensée théologique. C’est peut-être une physique. Il est convenu de dire que c’est une physique et à certains égards c’est en effet la grande physique des Grecs, mais cette physique c’est une théologie. C’est un point dont il faut prendre acte. Les éléments sont des dieux pour Empédocle, comme le feu l’était pour Héraclite. Ce qu’il y a de plus véritablement divin, en dehors de l’amour et de la haine, sur lesquelles je vais revenir, qui en quelque sorte préside à leur assemblage ou à leur dissociation, les premiers Le cinquième élément 83 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) dieux ce sont les éléments. Ils portent d’ailleurs éventuellement des noms de dieux (le feu c’est Zeus). Vous avez une équivalence entre les noms des dieux et les noms que nous donnons classiquement aux éléments. Il arrive à Empédocle de les nommer par les noms de dieux plutôt que par leurs noms d’éléments. Donc en ce sens-là ils sont vivants. Ils sont vivants comme le sont des dieux, c’est-à-dire des vivants immortels. Le monde est un dieu—c’est la grande pensée des Grecs—, le monde est un dieu et contient en quelque sorte ces dieux, au nombre de quatre, qui se partagent, comme dans le monde d’Homère, la souveraineté. Simplement, d’Homère à Empédocle, on est passé de la souveraineté de Zeus et de celle d’Hadès à celle du feu ou celle de la terre. Entre ces dieux, pas de prépondérance, pas de souveraineté de l’un sur l’autre, c’est leur égalité fondamentale. D’autre part, chez Empédocle, il y a un point qui va effectivement susciter une grande difficulté, c’est que les éléments ne se transforment pas les uns dans les autres. Il n’y a pas circulation, il y a en quelque sorte lutte, mais on ne dit pas que le feu devient autre chose. Je pense que c’est pour bloquer toute possibilité de penser à la manière d’Héraclite qu’Empédocle refuse la transformation, qui nous paraît liée à la doctrine classique des éléments, mais qui en fait a été introduite et plutôt pérennisée par Aristote. S’il y a transformation d’un élément dans un autre, c’est précisément ce qui va permettre à Aristote de subordonner les quatre éléments au cinquième. C’est un point décisif que si je veux garder les quatre éléments dans leur souveraineté aristocratique, de pair, il faut que je refuse qu’ils se transforment les uns dans les autres. Si je concède qu’ils se transforment les uns dans les autres, je vais arriver à une position comme celle d’Aristote, qui consiste très exactement à dire que les quatre éléments, dans leur jeu de circulation et de transformation mutuelle, ne sont pas ce qu’il y a de plus haut. En quelque sorte, c’est la raison du titre et de la doctrine du cinquième élément, le cinquième élément d’Aristote c’est l’élément qui se subordonne les quatre et qui, lui, ne se transforme en aucun autre, et qui ne provient d’aucun autre. Il est en ce sens là l’élément absolu. Vous avez un paradoxe, dans cette idée de cinquième élément, sur lequel je voudrais insister. En quel sens, le Concepts croisés 84 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) cinquième, puisque c’est ainsi qu’il a été qualifié par Aristote lui-même (je renvoie sur ce point au livre décisif qu’est son Traité du ciel, en particulier au premier chapitre du premier Livre), cinquième élément pourquoi ? Il semblerait bien qu’avec Empédocle on ait en quelque sorte épuisé les éléments, quatre ni plus ni moins. Pourquoi un cinquième ? À proprement parler, il n’y a pas de raison qu’il y en ait un, puisqu’ils se partagent l’univers exactement. Si un cinquième élément intervient, et c’est tout l’intérêt me semble-t-il de cette notion, c’est parce que Aristote va assumer ce qu’il y a de fondamental dans l’élément en transposant dans un élément supérieur ce qui pouvait valoir pour les quatre autres. Il opère ce que la philosophie a appelé bien plus tard une sursomption de ce qu’il y a d’élémentaire dans le cinquième élément (je renvoie ici à Hegel). Je commencerai par m’interroger sur le sens de la version classique dans la théorie des éléments, qui est celle d’Empédocle. Je vais revenir brièvement sur certains points. Je voudrais resituer, puisque je parlais de théologie, la discussion en partant d’un propos d’Aristote qu’on appelle doxographique, c’est-à-dire un propos où Aristote renvoie à certains de ses prédécesseurs et fait allusion à une doctrine à la fois relative au monde et relative aux dieux, c’est-à-dire à la fois cosmologique et théologique (vous la trouverez dans le Traité du ciel, premier Livre, dixième chapitre). C’est à propos d’une question fondamentale pour lui qui est celle de l’éternité du monde. Il y a une pensée qui d’une certaine façon à la fois le fascine et l’embarrasse, qui consiste à dire — et c’est une pensée présocratique tout à fait cruciale — que le monde à proprement parler est éternel, mais sur un mode très intéressant qui est typiquement empédoclien, qu’il est rythmique. Vous avez un rythme cosmique fondamental aussi bien chez Héraclite que chez Empédocle. Ils sont d’ailleurs rassemblés par Aristote dans la même citation : « D’autres disent que le monde qui est soumis à un rythme alternatif [le terme grec est enallax] se trouve tantôt dans un état tantôt dans un autre, et que ce processus se poursuit sans cesse. » Autrement dit, le monde ne naît pas, il ne périt pas, mais il ne reste jamais dans la même situation, dans la même condition, dans le même état. Il Le cinquième élément 85 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) se transforme toujours et il ne périt jamais. Donc, vous avez une éternité mais une éternité très embarrassante pour quelqu’un comme Aristote qui, lui, veut une éternité où le monde soit toujours le même et dure. Ce que j’appelle une éternité durative. Alors que là vous avez ce que j’appellerais une éternité rythmique. Chez Héraclite, cela veut dire que l’on va de l’un au multiple et du multiple à l’un. Et chez Empédocle c’est la même chose, à la doctrine des éléments près. Chez Héraclite, le monde vient du feu, et la nature du monde c’est d’être l’ensemble des transformations du feu. Héraclite dit même littéralement « le feu, ce monde-ci ». Pour Empédocle, la situation est nettement plus complexe, c’est d’ailleurs un des points d’achoppement dans l’interprétation de cet auteur : le monde où les quatre éléments se trouvent différenciés, où effectivement l’eau, le feu, l’air et la terre apparaissent dans leur souveraineté et dans leur région respectives. Ce monde n’est pas toujours dans l’état où nous le connaissons, sinon il n’y aurait pas ce rythme dont je parle. Les éléments mènent une double vie : tantôt ils sont fondus les uns dans les autres, c’est ce qu’Héraclite appelle le sphairos, et pour lui c’est le dieu, le dieu lui-même. Le dieu suprême, ce sont les quatre éléments qui ne font qu’un. Le sphairos qui mène une vie joyeuse dans sa solitude… Les quatre éléments vont apparaître lorsque ce sphairos, sphère parfaite où il n’y a plus qu’une seule chose, va se démembrer. Le monde naît du démembrement du dieu sphère, comme Dionysos a pu être démembré. Le sphairos se démembre et les quatre éléments vont apparaître. Ils étaient déjà là. Aristote dira, d’un concept qui n’était pas celui des présocratiques : ils étaient déjà là en puissance. En fait ils étaient déjà là mais rassemblés complètement en ne faisant plus qu’un. Ce n’est pas un monde, c’est plus qu’un monde. C’est une sphère purement divine. Les quatre éléments sont des dieux issus du démembrement du dieu sphère. Lorsqu’ils se sont dissociés pour se former, apparaître phénoménalement comme ces éléments que nous connaissons, le feu, l’air, l’eau, la terre, les quatre éléments doivent se rassembler, ils ne sont pas donnés comme cela d’emblée, il faut que j’arrive à les penser Concepts croisés 86 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) dans leur genèse. Et leur genèse, c’est ce qui est issu de l’unité parfaite qu’ils forment dans un état divin. Le problème qui apparaît avec Empédocle sera celui d’Aristote mais il ne sera pas résolu de la même façon par les deux. Avec Empédocle, les quatre éléments ont vocation de temps en temps à ne plus faire qu’un, alors il ne s’agit plus d’élément, on est dans le sur-élémentaire. On n’est même plus dans le monde… Empédocle dit : le monde, les quatre éléments qui forment le monde se souviennent de leur condition lorsqu’ils ne faisaient plus qu’un dans le sphairos. En quelque sorte, ils aspirent à une harmonie perdue. Lorsqu’ils se constituent en monde, les quatre éléments sont le substitut d’une harmonie perdue. Ils sont quatre mais ils voudraient ne faire qu’un. C’est pourquoi ils recherchent l’harmonie. Les éléments tendent, nous disent les Grecs, à quelque chose. Les éléments tendent à quelque chose qui les surpasse. C’est ce qui est contenu dans la philosophie d’Empédocle, qui n’est pas simplement une physique, contrairement à l’idée qu’on s’en fait souvent. Il s’agirait plutôt de ne pas réduire la nature des Grecs, physis, à ce qui pour nous serait purement physique, à un matériau, la réduction de l’élémentaire au matériau. Dans la physis des Grecs, l’élément n’est pas un matériau. Il est beaucoup plus, il peut être un dieu, il peut être une région du monde, il se trouve être les deux. On peut lire l’élément selon les deux registres, à la fois celui d’une région du monde, éventuellement d’un constituant des corps, et celui d’un dieu. La notion de matériau est beaucoup trop pauvre pour rendre compte de ce que pense Empédocle en parlant d’élément. Passons maintenant à la transformation profonde qu’Aristote introduira dans cette doctrine, sur un mode d’ailleurs assez ambigu. D’un côté, il est celui qui rend les quatre éléments canoniques. D’une certaine façon, l’apport d’Empédocle, il l’intègre. Avec Aristote, il est convenu qu’il y a quatre éléments dans le monde, enveloppés dans le monde, qui se transforment dorénavant les uns dans les autres, qui naissent les uns des autres. C’est tout leur désavantage, ils ne sont plus des dieux. Les quatre éléments perdent leur qualité de dieu, au profit d’un cinquième. Pour qu’il y ait quatre éléments, il faut qu’il y en ait un cinquième. C’est entièrement lié à la transformation, que je Le cinquième élément 87 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) voudrais introduire maintenant comme condition de possibilité de la doctrine du cinquième élément, et elle tient au refus par Aristote de cette éternité rythmique, qu’il décrit lui-même à propos d’Empédocle. Il n’est pas possible d’avoir un monde éternel, par stop and go, par cyclicité, par passage d’un état à un autre, comme si le monde se corrompait mais ne périssait pas. Autrement dit, le monde doit être éternel au sens que nous accordons encore maintenant à ce concept, le monde doit être éternel, c’est-à-dire qu’il doit toujours être ce qu’il est maintenant. Il a toujours dû être ce qu’il est maintenant, il ne s’est pas transformé, c’est le point sur lequel Aristote insiste. Quel est l’élément qui va permettre de penser cela, que le monde soit toujours ce qu’il est maintenant ? Qu’il n’ait pas à passer à l’état où il est maintenant, contrairement à ce que dit Empédocle, qui a l’immense mérite—c’est d’ailleurs pourquoi certains contemporains, dans la poétique de l’élément en particulier, y attachent de l’importance —, d’introduire une histoire dans l’éternité, un devenir. L’éternité comporte une histoire, on n’est pas toujours dans la même position, on ne se contente pas de prolonger une certaine condition, il faut changer pour rester le même. Et les quatre éléments contribuent à ce changement interne. C’est leur propre vie qui est l’éternité. Avec Aristote, on a modifié le concept d’éternité, et tout s’ensuit. On a décidé que l’éternité ce devait être, dorénavant, un monde qui a toujours été ce qu’il est et qui sera toujours ce qu’il est. Le « devenir » a été retiré de l’éternité. On n’a plus ce retour à l’origine, ce démembrement, ce qui revient toujours pour donner naissance au monde, une cosmogenèse multipliée, comme diraient certains modernes… Il n’y a pas de cosmogenèse du tout : il y a un monde qui est parfait et qui n’a pas d’histoire. Il faut un élément pour cela, dit Aristote. Pourquoi ? On ne peut pas dématérialiser complètement le monde, mais il faut dématérialiser son cinquième élément, suffisamment pour pouvoir penser son éternité physique. Le cinquième élément est un concept qui tend vers la dématérialisation mais qui n’y parvient pas complètement. C’est une quintessenciation, c’est le cas de le dire, des quatre éléments, dont parlait Empédocle, qui avaient un statut physique par ailleurs reconnaissable. La quintessence, c’est en effet la forme que Concepts croisés 88 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) prendra plus tard la doctrine du cinquième élément, qui s’appellera dans la tradition latine et médiévale quinta essentia, cinquième essence ou cinquième élément. Essayons de voir en quoi l’élément qui est le cinquième nous permet de penser les autres par la sursomption, et en même temps ce qu’il a d’exceptionnel, en quoi il est un élément d’exception par rapport aux éléments dans leur version classique. Aristote prolonge ce qu’Empédocle nous laissait déjà entrevoir, mais il va apporter quelque chose de tout à fait essentiel, c’est la notion de lieu. Ce qui aux yeux d’Aristote faisait défaut à Empédocle, c’était le rapport entre l’élément et le lieu. L’autre grande innovation d’Aristote, et elle sera en effet tout à fait cruciale pour une bonne partie de l’histoire de la science et pour la philosophie contemporaine, surtout en phénoménologie puisque c’est là que la notion de lieu refait surface, va dire qu’à un élément doit correspondre un lieu, qu’Aristote appelle son lieu propre. Le feu tend vers son lieu comme la terre tend vers son lieu, il se trouve qu’ils tendent vers des lieux opposés. En d’autres termes, l’élément feu ou l’élément terre a une tendance interne à une direction naturelle en tant qu’il est soumis à son lieu. Vous avez un texte très remarquable, qui est aux confins exacts de la physique et de la métaphysique, très exactement là où se situe à mon avis la pensée du cinquième élément. Ce texte se trouve dans le Traité du ciel, au quatrième Livre, chapitre 3 : « Lorsque l’air naît de l’eau » (puisque dorénavant les éléments se transforment) « et le léger du lourd, il se porte vers le haut » (ce sera son lieu propre), « c’est au même moment qu’il est léger, qu’il cesse de venir et se trouve là-haut ». Que faut-il tirer de cette phrase au demeurant sibylline ? C’est la très grande proximité, voire la quasi-identité entre la tendance de l’élément, ce qu’il veut être—ou ce qu’il doit être, c’est-à-dire la conformité à son essence —, et le lieu. Pour que l’air soit l’air, parvienne à être l’élément qu’il doit être, il faut qu’il atteigne son lieu. C’est donc le lieu qui est pré-donné dans le monde, qui n’est donc pas quelque chose d’arbitraire ni de relatif. Il y a des lieux dans le monde, ce n’est pas nous qui instituons ces lieux, ils ne sont pas relatifs à nos déplacements, ils ne sont pas inscrits par nous dans le vide. Il n’y a pas de vide. Le cinquième élément 89 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) D’ailleurs, la pensée de l’élément n’est pas compatible, elle évacue un vide propre aux mathématiciens, un vide de la physique mathématique, et on en a souvent fait grief à Aristote du point de vue de l’histoire de la science, mais il faudrait peutêtre se demander ce qui pour sa métaphysique est crucial. Le lieu, c’est en quelque sorte une qualité intrinsèque du monde, une direction déterminée, qui permet aux éléments de s’identifier les uns par rapport aux autres. Tant que l’air n’a pas gagné son lieu, il n’est pas ce qu’il a à être. Cela ne se trouve pas dans la doctrine d’Empédocle. La doctrine la plus sophistiquée, la plus complète des quatre éléments se trouve là : c’est l’association de chaque élément fondamental, de chacun des quatre, à son lieu dans le monde. Seulement, il y en a un qui fait exception, c’est le cinquième, qui n’est donc pas un élément de plus mais qui est un élément en dehors (cinquième, cela veut dire excepté, cela ne veut pas dire quatre plus un). Il est en dehors d’eux, il les enveloppe. Alors, que lui arrive-t-il à lui ? Il est l’élément qui a un mouvement purement circulaire. Quelle est la caractéristique d’un mouvement circulaire ? Interrogez-vous sur son lieu. L’air gagne son lieu, la terre gagne son lieu, qui se trouvent être inverses, de direction opposée. Mais quel est le lieu de ce corps qui va s’appeler éther, c’est-à-dire qui est toujours en train de courir, selon l’étymologie fantaisiste que propose Aristote à la suite de Platon (aithêr, ai-thêr) ? L’élément qui est toujours en train de courir parce qu’il n’a pas de cessation de son mouvement, ni d’origine, c’est un élément qui court toujours car il a comme propriété de tendre, de tendre au même. Le lieu d’un élément qui tourne en rond, c’est le même. Un des beaux paradoxes d’Aristote est le suivant : l’élément que nous avons ici, qui est un élément privilégié et même excepté, le cinquième, c’est l’élément du tout. C’est en cela qu’on a quitté la doctrine classique des quatre éléments, c’est l’élément du tout, pas un des éléments. Vous avez le paradoxe, presque un oxymore, d’avoir l’élément de la totalité, l’élément de la sphéricité, c’est-à-dire de l’univers en tant qu’il est complet. Quelle est l’élément de la complétude ? C’est le cinquième élément. Concepts croisés 90 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) J’insisterai sur deux ou trois propriétés qui permettent de vérifier ce caractère d’exception de notre cinquième élément aristotélicien. Je voudrais voir en même temps en quoi, pour nous, c’est un enjeu décisif. Le rapport au lieu est évidemment crucial, et le cinquième élément déjoue ce rapport que nous tenons, qu’Aristote lui-même tient pour classique, entre le lieu et l’élément. Je précise ce point. Aristote nous disait tout à l’heure : le feu a besoin de devenir feu, de s’accomplir comme feu. Pour cela il faut qu’il atteigne son lieu. En même temps qu’il atteint son lieu, il devient ce qu’il est — c’est la doctrine de l’essence —, et sa matière à ce moment-là est à peu près conforme à son essence. Il est de sa matière et dominé par son essence. Même ces éléments-là ne se réduisent pas au matériau. On distingue la matière première et l’élément, chez Aristote. C’est précisément cette distinction, au demeurant abstraite, qui nous permet de comprendre que l’élément est plus qu’un matériau, puisqu’il tend à son lieu. Il n’a peut-être pas une vie, mais il a en tout cas une tendance fondamentale, il a une direction. Il n’est donc pas disponible pour des artefacts ou des opérations de pure manipulation. Il y a une donnée naturelle de l’élément, qui lui prête des qualités intrinsèques et même tendancielles. Il ne se prêtera donc pas à toute opération. L’art devra donc compter avec cette tendance propre à la nature, qui ici se caractérise par la tendance vers le lieu. Il y a donc une norme propre à la nature des éléments : leur essence, qui se confond avec le fait qu’ils atteignent leur lieu. Ils ne sont pas d’abord rassemblés tant qu’ils n’ont pas atteint leur lieu. L’élément, en tendant vers son lieu, se totalise lui-même. Une exception, justement, le cinquième. Du fait du mouvement qui lui est d’emblée prêté, qui est le mouvement de pure circularité ou de pure circulation plus exactement, cet élément n’a pas à devenir ce qu’il est, il est toujours déjà. C’est pourquoi il est l’élément du monde, parce qu’il est l’élément de l’éternité. Curieux paradoxe d’ailleurs que de rechercher pour l’éternité un élément. On n’est pas passé à la dématérialisation absolue. Aristote ne raisonne pas comme si le monde, tout éternel qu’il est, tout en étant éternel, ne devait pas avoir de corps. Ce qui Le cinquième élément 91 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) l’intéresse, c’est une éternité physique. Il est donc en quête, de façon parfaitement cohérente, de l’élément qui lui permettrait de rendre compte de cette éternité physique du monde, le fait qu’il soit déjà toujours ce qu’il est. D’où ce mouvement qui est un mouvement sur lui-même, un mouvement dans lequel il n’y a pas de transformation. L’élément est toujours déjà ce qu’il est et il se contente de revenir toujours au même point. Le mouvement du cinquième élément, c’est un mouvement qui s’annule. Ce qui n’est pas le cas des autres, puisqu’ils ont un lieu propre. Il est en quelque sorte, si je puis dire, subtilement délocalisé en étant affecté d’un mouvement circulaire. C’est la première négation qui affecte cet élément et en fait une exception par rapport aux autres. Mais cela nous permet en même temps de comprendre ce que sont les autres. Cela nous permet a contrario de comprendre qu’elle est la nécessité du lieu pour un élément de premier ordre, pour l’un des quatre, pour un élément on pourrait presque dire proprement dit, c’est-à-dire à l’intérieur du monde, intramondain. Prenons d’autres caractères qui vont accentuer encore cette transformation subtile du cinquième élément, qui n’est plus un élément absolument parlant comme les autres. J’ai insisté sur ce paradoxe du lieu, je crois qu’il faudrait insister aussi sur le fait que cet élément ne provient pas d’une transformation d’autres éléments. Cet élément est le seul à ne pas être le fruit d’un autre qui serait transformé. Tous les autres se transforment les uns dans les autres, sauf lui : il est donc excepté du cycle élémental — ou élémentaire, mais élémental serait certainement ici plus juste —, il est seul de son espèce. En quelque sorte, il est hors de son espèce, on est en train de tendre à le faire sortir de l’espèce. Enfin, et surtout, il n’a pas besoin de se rassembler ni de se disperser. L’éternité a besoin de cet élément qui est l’élément parfaitement durable, inaltérable, ce qui se confond étonnamment d’ailleurs avec l’idée que la cosmologie la plus abstraite peut se faire de la matière. Je pense à Démocrite, qui se fait de la matière une idée d’inaltérabilité. Pour Aristote, qui ne se fait pas du tout de la matière cette idée-là, ce qui est inaltérable c’est ce qui tend à se dématérialiser. C’est un élément qui tend vers le divin, en quelque sorte, c’est un élément quintessentiel. Concepts croisés 92 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) Je m’interrogerai sur l’intérêt que présente ce cinquième élément par rapport aux quatre autres. Il permet de voir, en tant qu’il sort du jeu même des quatre éléments, ce qui est fondamental pour eux. Aristote ne fait nullement disparaître la doctrine classique des quatre éléments, on peut même dire que, d’une certaine façon, avec les modifications qu’il lui apporte, et avec l’introduction, tentée par Cicéron par exemple, de ce cinquième élément, il permet de comprendre pourquoi les quatre éléments ne font pas un monde mais sont dans un monde. Cette différence est tout à fait cruciale. Pour Empédocle, le monde, ce sont les quatre éléments ; le monde est épuisé par leur tétrarchie. Avec Aristote, il faut pouvoir penser le fait que les quatre éléments sont dans un monde, qu’ils ne suffisent pas à faire un monde, il faut un élément du monde qui puisse envelopper les quatre éléments. Qui pose quatre éléments en pose un cinquième. Je crois qu’on pourrait presque formuler la structure foncière de la pensée, plus que de l’argumentaire, d’Aristote de cette façon : qui pose quatre éléments en pose nécessairement un cinquième, pour pouvoir les envelopper, pour pouvoir les penser à l’intérieur d’un kosmos, c’est-à-dire d’un ordre et non pas d’une totalité spatiale. Aristote n’est pas en quête d’un espace qui enveloppe les quatre éléments, il est en quête d’une totalité organique qui permette d’envelopper ces quatre éléments. S’ils se transforment les uns dans les autres, il faut que j’aie déjà un monde pour pouvoir les inscrire. Ce n’est pas d’un espace que j’ai besoin, ce n’est pas d’une matière que j’ai besoin, ce n’est pas d’une forme que j’ai besoin. On pourrait presque dire : c’est d’une vie du cinquième élément que j’ai besoin, dans son caractère quasi divin. Aristote a légué à la philosophie un étrange élément, un très curieux élément, qui aura une fortune très réelle mais parfois très étrange, sous la forme de la quintessence. Cette doctrine que j’ai essayé d’analyser, je l’ai surtout puisée dans le Traité du ciel. Il se trouve, et ce n’est pas un des moindres paradoxes de cet auteur, qu’il se pourrait fort bien qu’il ait eu du cinquième élément une idée encore plus forte, sur laquelle je conclurai de façon un peu plus conjecturale : il se trouve qu’elle appartenait aux oeuvres de jeunesse, pour nous perdues mais Le cinquième élément 93 La Découverte | Téléchargé le 17/06/2026 sur https://shs.cairn.info via Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IP: 193.55.98.4) dont nous avons des traces chez des auteurs bien postérieurs, comme Jamblique (vers 250). Or, Aristote a écrit un ouvrage célèbre dans l’Antiquité qui s’appelle le Protreptique, qui est l’invitation à la philosophie, à l’époque même où il appartenait encore à l’Académie de Platon. D’après les traces que nous avons pu reconstituer, il semble qu’Aristote, très tôt, dans sa période académique même, ait eu l’idée de ce cinquième élément, mais il ne l’aurait pas placé là où, un peu plus tard, peut-être dans le Traité du ciel, il l’a placé. Le cinquième élément, c’est l’élément du dieu et de l’âme, dit la tradition qui nous a conservé cette idée qui vient probablement du Protreptique, de l’invitation à la philosophie. Le cinquième élément, c’était l’élément de la communication au corps de cette fonction que l’on appelle la fonction organisatrice. Que ce soit l’élément de l’âme, comme il l’a probablement pensé d’abord, ou que ce soit l’élément du tout, du monde, il a toujours gardé, quels que soient ses usages, la même acception fondamentale, la même fonction qui est celle d’élément organisateur d’une vie, une vie qui peut s’avérer alors pour le monde être une vie éternelle.