Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
samedi 17 juillet 2021
Jacques Halbronn Nicolas Bourdin et l'historique de la réception de Ptolémée au XVIIe siècle (1972-1996)
Nicolas Bourdin et l’historique de la réception de Ptolémée au XVIIe siècle (1972-1996).
Par Jacques Halbronn
En 1974, René Alleau publie dans la Collection » Bibliotheca Hermetica » La Tétrabible ou les Quatre Livres des Ju-gements des Astres suivi de Le Centiloque ou les Cent Sentences dont il rédige les notes (avec Sylvain Mat-ton). Il s’agissait de la traduction effectuée par Nico-las Bourdin corrigée en recourant aux travaux de F.E. Robbins (cf l’ Avertissement) En réalité, Alleau reprenait l’édition de 1972, revue par André Barbault, éditée par Philippe Lebaud.
Ptolémée, Claude
Les Quatre livres des jugements des astres ou le Tétrabiblos / de Ptolémée ; traduction de Nicolas Bourdin de Villennes revue et accompagnée de deux études par André Barbault ; lithographies originales de Jean Picart Le Doux
le Club du livre Philippe Lebaud
On y trouve les mêmes maladresses, laissées telles quelles, dues à Barbault ou à un collaborateur de l’éditeur, avec tantôt le mot « regard » utilisé par Bourdin pour désigner l’aspect en astrologie- laissé tel quel- et tantôt rendu par « aspect » (à partir de l’édition anglaise Robbins)
Edition : Bibliotheca Hermetica (1974):
p. 49 « Des aspects des signes (..) en aspect diamétral, (..) en aspect trigone(…) en aspect quadrat etc «
p. 55 : « à cause du regard qu’ils ont en carré’
La Préface de Barbault est assez étonnante : il ne signale pas la polémique entre Jean-Baptiste Morin et Nicolas Bourdin, alors que celle-ci avait été traitée en 1975 par nos soins. Mais cela tient peut être au fait que la première édition de son travail date de 1972, date qui correspond d’ailleurs à celle de notre découverte, signalée à Barbault. De toute façon, Barbault n’aurait pas fait le lien entre le Bourdin traducteur de Ptolémée et l’auteur contesté par Morin. Pourtant en 1975, dans Connaissance de l’astrologie, Paris, Seuil, Barbault signalera les Remarques Astrologique de Morin.
En 1975, dans la Bibliotheca Hermetica de René Alleau, nous fimes paraitre- de Jean-Baptiste Morin les Remarques astrologiques sur le commentaire du centiloque de ptolemée par nicolas de bourdin ou le fa-nal de l'Astrologie (éd. de 1657). Paris, Ed Retz. Fort peu de temps donc après que la Tétrabible, à partir de la traduction de Bourdin, fut parue dans la même collection en 1974.
Mais nous avions déjà fait paraître en anglais sous le titre de « The Astrologer Marquis » une étude sur Bourdin (in The Astrological Review, -Hiver 1973-74, vol. 45 n°3)
.Yves Lenoble dans « Du nouveau à propos du Centiloque de Ptolémée » écrit :
« Nicolas Bourdin a traduit du latin la Tétrabible (publication en 1640), ainsi que le Centilogue de Ptolémée ou la seconde partie de l’Uranie, publié chez Cardin Besongne à Paris, en 1651, et réédité par les Editions Tredaniel en 1993. Nicolas Bourdin « est le traducteur incontournable de Ptolémée en français » (Jacques Halbronn), mais il n’est pas le premier. Dans la postface de l’édition de 1993, J. Halbronn écrit qu’il existe à la Bibliothèque Nationale des manuscrits de l’ouvrage datant du règne de Charles V (1348, 1349).
Note 4 : La traduction du latin (texte de Pontanus) par Ju-levno (Jules Evenot) a été publiée en 1938 par Paul Cha-cornac sous le titre Le Centiloque ou les cent sentences. Elle a été reprise par les Editions Traditionnelles sous la dénomination Les cent sentences astrologiques, Paris, 1984. »
Dans les années 1985-86 paraitront deux éditions de la traduction de Bourdin
1985 Denis Labouré publie à la Loge Astrologique de France un reprint de la traduction Bourdin de 1640 sans mentionner notre édition de 1975 sur les rapports Morin-Bourdin au prisme des Remarques Astrologiques dont Morin fut l’éditeur en 1651, l’ouvrage ayant été en 1657 commercialisé avec une étiquette simplement collée sur la mention d’origine (cf l’exemplaire de la Bibliothèque de l’Arsenal. Paris) avec cette fois le nom de Pierre Ménard.
En 1993, complétant ainsi notre travail de 1975, nous produirons de Bourdin son Centilogue de Ptolémée. Paris Ed Grande Conjonction- Trédaniel. En cette même année 1993, Elisabeth Teissier fait paraitre aux Belles Lettres Manuel d'astrologie
la Tétrabible de Claude Ptolémée en indiquant à tort que la traduction française s’est faite à partir du grec.
L’année suivante, Hervé Drévillon soutient une thèse qui aborde (pp. 171 et seq) le cas de Bourdin et de Morin (Thèse de doctorat de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, « Lire et écrire l'avenir. Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle (1610-1715) » sous la direction de Roger Chartier, l’article de Wikipedia précise que la thèse obtint « . Mention Très Honorable avec félicitations du jury ». Cette thèse paraitra en 1996 chez Champvallon. (cf le compte tendu qu’en donne Alain Guéry dans les Annales,en 1999
Nous avons déjà signalé l’insuffisance criante de référence nous concernant dans la thèse d’Hervé Drévillon de 1994 et dans la publication de 1996 où il ne signale pas notre édition de 1975 et se contente de mentionner – sans aucune note en bas de page - notre édition de 1993 dans sa bibliographie sans autre précision sur ce qu’il doit à nos travaux, et pas seulement sur le cas Bourdin-Morin - ce qui pose le probléme de cette mention » très honorable avec félicitations du jury » dès lors qu’un auteur ne signale pas correctement au jury ce qu’il doit à d’autres chercheurs
JHB
17 07 21
Jacques Halbronn L'éditions centurique génante pour 1561 et l'epitre au pape Pie IV
L'édition centurique génante pour l'an 1561 et l’épitre au pape Pie IV
par Jacques Halbronn
Nous avions «évoqué dans un précédent article le carac-tère « génant » de l'' édition 1555 (Lyon Macé Bonhomme), un autre cas bien embarrassant est celui concernant 1561, pour la chronologie des éditions centuriques.
En effet, le scénario classique d'une édition à 7 centuries en 1557 ne tient pas dans la mesure où l'édition 1561 signale une addition de 39 'articles » à la « dernière » centurie, c'est à dire à la sixiéme, la dite addition devenant par la suite la VIIe Centurie tout comme l'édition 1555 témoigne d'un état à 4 centuries dont une « centurie » à seulement 53 quatrains mais l'on sait qu'il a d'abord existé une addition à seulement 49 quatrains (Raphael du Petit Val, Rouen, 1588) comme le signalent Chomarat et Benazra -RCN, pp. 122-123) dans leurs bibliographie respectives.. Par la suite, l'on aura com-plété pour produire une Ive centurie à 100 quatrains.
Tout se passe comme s'il y avait eu un stade à six centuries, se terminant par un quatrain latin. « Legis cautio ».
La référence à l'an 1561 est la suivante ; (RCN, p. 114) :
« Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n'ont encores jamais esté imprimées lesquels sont en cette présente édition. Reveues & additionnées par l'Autheur pour l'an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière centurie »
Autrement dit les éditions à 7 centuries datées de 1557 sont antidatées puisqu'elles comportent l'addition de 39 article pour l'an 1561. En outre, ces éditions 1557 comportent une centurie IV compléte alors que l'édition 1555 atteste un état intermédiaire à la dite Ive Centurie, ce qui la rend « gé-nante » car l'on aurait voulu nous faire croire à une pre-mière édition datée de 1557 à 7 centuries, introduite par une « Préface à César ». On se serait bien passé d'une édition 1555 tout comme d'une édition 1561, qui viennent tout com-promettre !
Bien entendu, on l'aura compris, il s'agit là du « plan » des faussaires que l'on s'efforce de restituer , de respecter, de comprendre et décrire en tous ses méandres.
Mais quid de l'Epitre à Henri II datée de 1558 et censée in-troduite les Centuries VIII à X, parachvant la miliade. Dans l'esprit des faussaires, cette édition aurait fait suite à l'édi-tion 1557 à 7 centuries, ce qui n'est évidemment pas compa-tible avec l'édition 1561 ajoutant 39 quatrains à la sixiéme centurie.
Il faut comprendre qu'il s'agit là d'une entreprise paralléle, visant à ajouter 3 centuries aux 7 existantes, sur la base des éditions 1557 dans l'ignorance de l'addition pour 1561 puisque cette édition aura été en quelque sorte éclipsée par les éditions 1557. L'entreprise paralléle visant à créer un en-semble à 10 centuries n'avait pas une connaissance exhaus-tive de la genése du premier volet sinon elle n'aurait pas proposé une édition datée de 1558 adressée à Henri II mais aurait pu intégrer une épitre au pape Pie IV datée de 1561 ayant bel et bien existé. (cf notre étude in Réforme Huma-nisme Renaissance, 1991 et RCN p. 68), d'ailleurs, le conte-nu de l'Epitre à HenrI II en tête du second volet est en phase avec l'epitre au pape plus que celle de 1556 en tête des présages merveilleux pour 1557 (cf notre reprint de 2002.. Ed Ramkat) le ton de l'epitre à henri II 1558 est bien mieux compatible avec celle à Pie iv en ce qui concerne les menaces qui planent sur l' Eglise au point que l'on soit en droit de se demander si ce n'est pas à Pie iv qu'elle aurait été d'abord été placée en tête du second volet avant que l'on opte pour une epitre à henri ii 1558.
En fait, l’épitre centurique à Henri II 1558 est un mélange de l’epitre à Henri II 1556, de l’Epitre à Pie IV 1561, et du Livre de l’Estat et Mutation de Richard Roussat, ( cf CORPUS NOSTRADAMUS 50 -- par Patrice Guinard Antoine Couillard et la fin des temps annoncée par les astrologues) à propos de l’échéance de la fin du XVIIIe siècle. Il est clair qu’en 1558, Nostradamus n’avait pas encore développé les positions exposées en 1561. Il apparait nettement que l’importance de l’Epitre au pape aura été dramatiquement sous- estimée. On ne signale même pas le contenu de l’épitre dans les éditions italiennes conservées à la BNF. Quant au fait que Chomarat signale dans sa Bibliographie la Contrepronostication de 1561, il ressort qu’il n’indique pas qu’elle comporte une épitre au pape. C’est ainsi que l’empreinte de la dite Epitre sur celle censée adressée à Henri II n’est nullement indiquée alors que déjà sur la page de titre italienne les événements annoncés figurent en phase avec ceux se trouvant repris dans l’Epitre à Henri II dès 1558. Mais le catalogue de la BNF ne restitue pas la page de titre italienne en son intégralité même si Chomarat fournit la photo de la dite page de titre. On notera que l’authenticité de l’Epitre au Pape aura été mise en cause (par un point d’interrogation par exemple) alors que selon nous Nostradamus figure comme éditeur de certaines éditions italiennes et pas seulement comme auteur.
Nous conclurons en insistant sur la nécessité de dégager les divers scénarios en lice au lieu de croire à une unité tant diachronique que synchronique factice et syncrétique.
JHB
17 07 21
vendredi 16 juillet 2021
jacques Halbronn La restauration du projet de départ en linguistique, en théologie et dans le champ ésotérique
La restauration du projet de départ en linguistique, en théologie et dans le champ « ésotérique ».
Par Jacques Halbronn
L’idée d’un plan initial qui aurait été corrompu par la suite semble déplaire à nombre de chercheurs lesquels considé-rent que ce « plan initial » ne peut que nous échapper et qu’il vaut mieux tabler sur le résultat final », avec les fruits qui en résultent. » Comme les hommes de son époque, explique Gilles Marmasse, Hegel pense qu’il y a un sens à l’Histoire, mais en plus, un sens progressif. Quelqu’un comme Rousseau pense qu’il y a un sens à l’Histoire, mais ce sens est une décadence ».
Nous nous rapprocherions donc plus de Rousseau que de Hegel Mais si l’Histoire est vouée à la corruption, comment prétendre remonter à la source ?
Dans les divers domaines cités en notre titre, nous pensons avoir pu parvenir à restituer le plan de départ selon une méthodologie permettant de repérer les éléments rajoutés ou au contraire supprimés, soit les deux causes de décadence. Une anecdote nous vient à l’esprit, celle de cet homme cherchant un objet non point là où il sait qu’il l’a perdu mais là où c’est éclairé. On ferait ainsi de nécessité vertu en optant pour l’approche préconisée par Hegel car il est bien commode, nous semble-t-il, de se persuader du « progrès », comme on le ferait d’un arbre qui aurait « poussé » et dont il s’agirait de recueillir la production au final.
D’où l’importance que nous accordons aux faux, aux imita-tions, aux contrefaçons qui viennent défigurer le « plan ini-tial », étant entendu que pour les hégéliens tout ce qui ad-vient fait partie intégrante du dit plan. On trouve une telle attitude de façon caricaturale chez un Patrice Guinard, for-mé à la philosophie, traitant de la chronologie des éditions centuriques lorsqu’il tente de nous démontrer que tous les aléas observables étaient dument prévus par Nostradamus, que ces aléas seraient ainsi partie intégrante du projet et non pas une déviance par rapport à celui-ci !
Dans le domaine religieux, l’on rencontre un même état d’esprit à savoir que ce que telle doctrine est devenue cor-respondrait à son « aboutissement », à sa « finalité » et qu’il n’est donc pas utile de vouloir restituer un quelconque « plan » dans toutes sa « pureté » première.
Dans le domaine linguistique, on trouvera le même propos quant à la vanité de tout retour en arrière et toute quéte d’un état « originel ». Pourtant, comme nous l’avons mon-tré dans divers « mémoires », il nous semble tout à fait pos-sible de noter des aberrations et de les corriger tant une lo-gique semble à l’œuvre dans l’élaboration des langues même si la dite logique peut avoir été mise à mal. C’est bien là tout le probléme : on nous affirme qu’il n’y a rien à comprendre d’un point de vue structurelle, à preuve justement les inco-hérences que l’on peut y déceler ! Dialogue de sourds entre rousseauistes et hégéliens ! Probléme de la poule et de l’œuf, de la cause et de l’effet. Il est tellement plus simple de prendre l’effet pour la cause, ce qui dispense d’aller recher-cher quelque essence. On préférera s’en tenir à l’existence, au devenir qui serait l’expression même du projet à déter-miner !
Cela renvoie au structuralisme : selon nous, chaque fois qu’une dissymétrie, une invraisemblance peuvent s’observer, cela nous permet de retrouver une certaine dia-chronie derrière la synchronie.
Dans le champ théologique, la notion de création nous ap-parait capitale : le « créateur », à tous les niveaux, pose un projet qui offre un équilibre, une symétrie. Toute création impliquerait un tel point de départ sans lequel elle ne ferait guère sens.
Le génie serait celui qui serait capable de restaurer cette im-pulsion première, de régénérer le projet premier du Créa-teur. Inversement, croire que la création ne ferait sens qu’in finé, qu’elle échapperait au créateur nous apparait comme un contre sens caractérisé et subversif et disons- le un blas-phéme visant à dévaloriser le créateur, à en relativiser l’ im-pact en conférant au récepteur l’ascendant sur l’émetteur, au peuple sur le souverain. On serait ainsi en pleine lutte des classes et l’on sait que Marx était le disciple de Hegel.
JHB
16 07 21
Jacques Halbronn La représentation tronquée du Nostradamus des années 1560
La représentation tronquée du Nostradamus des années 1560
Par Jacques Halbronn
Le traitement des publications italiennes de Nostradamus par les bibliographies de Chomarat et de Benaza (1989-1990) se révèle des plus critiquables en ce qu’il ne restitue pas la démarche de Michel de Nostradamus à la fin de sa vie, ce qui laisse la place à un image faussée d’un Nostradamus auteur de centaines de quatrains, de « carmes » obscurs alors que sa prose, dans les textes qu’il adresse au pape Pie IV, est extrémement précise. Il est vrai que le contenu des dits textes est peut être un peu trop explicite alors que les quatrains restent toujours plus elliptiques, s’exposant moins à la critique.
Quand on parcourt ce qui est présenté dans les deux biblio-graphies sus nommées, l’on note deux lacunes. La première tient à une étude insuffisante de la production latine dont les pages de titre, à elles seules, comportent, des dates : il est ainsi question d’une prévision couvrant la période 1565-1570.
Li Presagi et pronostici di M. Michele Nostradamo, quale principiando l'anno M.D.LXV. diligentemente discorrendo di anno in anno fino al 1570... Diligentemente estratti dalli originali francesi, nella nostra italica lingua...Gênes 1564
Benazra (mais non Chomarat) signale cependant des « Praedictions » pour cette période mais sans se référer à une quelconque traduction italienne. Il semble tout ignorer de la réimpression de 1905, Mariebourg. Rappelons que nous abordames la question de Pie IV dans notre étude parue en 1991 dans la revue Réforme, Humanisme Renaissance., donc après la parution de ces deux bibliographies.
En revanche, Patrice Guinard a consacré une étude à ces publications mais il y voit e une contrefa-çon parisienne », avis que nous ne saurions partager.
CORPUS NOSTRADAMUS 181 -- par Patrice Guinard
Les publications de l'année 1561 pour l'an 1562
LES PREDICTIONS DE L'ALMANACH DE L'ANNEE 1562
Contenant les declarations d'un chascun moys de l'an.
Consacrez à nostre sainct pere, le pape Pie quatriesme de ce nom,
composez & calculez par M. Michel Nostradamus,
docteur en Medecine, de Salon de Craux en Provence.
PIO IIII PONTIFICI MAX(IMO) [Au très grand pape Pie IV]
Tressainct Pere, vostre Saincteté ne prendra en mauvaise part, si à present j'ay voulu
prendre la hardiesse de vouloir consacrer à V. S. [Votre Sainteté] ce mien Ephemeris, auquel est contenu la universelle declaration de l'annee 1562 selon le vray & parfait jugement des astres. Et pource que la presente annee depend totallement pour le fait de la Religion Chres-tienne, & que la vostre saincteté est comme pere deffenseur & vray protecteur, joint icelle con-jonction de Saturne & Mars que est, comme plus à plain est declairé par le contenu de la pre-face, consacree à vostre sainteté Iupiter estant inferieur qui presage
[B3r] pour le fait de la spiritualité, plusieurs tristes & incroyables adventures non gueres dis-semblables aux grandes conjonctions que se font de Saturne & Iupiter au commencement d'Aries qui se font de 960 ans, & par la seconde qui se fait au commencement d'une chascune triplicité comme sont celles que s'ensuyvent & qui s'aprochent de 240 ans, pource que telles malignes conjonctions se font communément à une chascune triplicité douze fois plus ou moins, & quelquefois treze. Toutefois entrant d'une triplicité en autre : mais veritablement cel-lesconjonctions que s'ensuyvent, presagent de choses grandes advenir pour le fait principale-ment des substances de l'eglise, & aussi que plusieurs des citez du pays Italique, se rebelle-royent envers leurs monarques & dominateurs, combien que pour le faict de la foy & religion le pays d'Italie en sera peu molesté, & aussi joint que souz vostre sainteté toute la chrestienté depend que plus à plain pourra veoir tant par le contenu d'un chascun moys, comme par le sommaire que j'ay calculé dans la presente preface manifestant jusques à l'an 1570 là environ que au commencement de ma calculation j'ay communiqué à la sereniss(ime) majesté de la Royne mere regente de France, monarque de incomparable debonnaireté. Doncques pere tres-saint vous plaira prendre en gré, ce mien exigue labeur annuel, esperant en brief
[B3v] faire entendre à V. S. oeuvres de plus longue duree, priant au seigneur Dieu eternel, que par long temps puissiez estre veu regner en terre, à la universelle pacification de la Chrestienré [sic : Chrestienté] dependante de vostre tressainte & infinie misericorde, que puisse reduire l'univers en paix, amour,union, concorde & perpetuelle tranquillité. De Salon de Craux en Pro-vence ce xvij [17] de Mars 1561. Par vostre treshumble tresobeissant serviteur observateur de vostre sainteté. M. Nostradamus.
[B4r]
Guinard cite même la réédition de 1905 mais il ne sembla pas l’avoir étudiée sérieusement :
181D Reproduction très fidèle d'un manuscrit inédit de M. de Nostredame dé-dié à S. S. le Pape Pie IV
"Mariebourg" [Méricourt-l'Abbé], "Sub St Michaelis Invoc(ationem)" (à l'invocation de Saint-Michel) [Henri Douchet], 1906, vi + 113 pp.
→ CAT Waller, 1955, n.20052
→ Brind'Amour, 1996, p.555-556 (d'après un exemplaire d'Éric Calendrier de Montarlot)
° BU Uppsala ; BP Éric Calendrier ; BM Lyon: fds Chomarat 8252 (copie) ; Bib. CURA (co-pie présages)
Quant à la production italienne de ce qui touche à Pie IV, elle est fort bien représentée à la Réserve de la Bibliothèque Nationale et nos auteurs auraient pu prendre la peine d’en prendre connaissance pour se faire une idée plus compléte du personnage de Nostradamus.
Et d’ailleurs, on y trouve la source de certains quatrains des Centuriques comme celui fort connu comportant le nom de « Macelin » suivi d’un autre comportant le mot « Antéchrist », dans les deux cas, au sein du second volet des Centuries. On peut d’ailleurs regretter que la BNF n’ait pas pratiqué une politique de rassemblement de tout ce qui touchait à l’œuvre de Nostradamus ou qui lui était attribuée nommément
Pour nous, le dossier Pie IV (déjà constitué par nos soins dès 1991), témoigne bel et bien de l’orientation prophétique de Nostradamus à la fin de sa vie. On note que Nostradamus entend bien faire entendre sa voix au-delà du ton habituel de sa production annuelle et d’ailleurs, cela entraine des critiques dont nous traitions dans notre étude. » Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)", dans Bulletin de l'Association d'études sur l'humanisme, la réforme et la Renaissance. Nostradamus semble bien alors avoir endossé l’habit de prophéte-astrologue et cela expliquerait l’usage du mot « Prophéties » dans les pseudo- rééditions des années 1588-89 qui sont carrément une production inédite en dépit des imprimés lyonnais antidatés. Dès 1971, vingt ans avant notre étude, M. Chomarat dans Nostradamus entre Rhone et Saone, Ger éditeur, Lyon, (, pp ; 38-41) signalait une série d’oppositions à Nostradamus mais sans avoir connaissance de la dite « contre-pronostication »
Nous notions en 1991 (cf notre article en ligne sur Persée) à propos de notre découverte à la Biblio-thèque Nationale de « La Déclination des Papes. Contrepronostication à celle de Nostradamus de Pie Quatriesme » L’ouvrage avait d’ailleurs d’autant moins de chance d’être signalé par les chercheurs qu’il faisait partie d’un ensemble intitulé
« Cantique Spirituel consolatif à Mgr le Prince de Condé » et ajouté au titre « plus la Déclination etc »
Nous résumions ainsi notre étude :
« Les relations entre Nostradamus et Pie IV (1559-1565) n’ont pas fait l’objet d’une mono-graphie, si bien que l’on a généralement privilégié ses Epîtres au pouvoir temporel. C’est ainsi qu’en 1556, Nostradamus s’adressa coup sur coup à Catherine de Médicis, à Henri II, et à Antoine de Navarre ».
« La découverte de la Contrepronostication nous a amené à examiner la nature des rela-tions entre Nostradamus et le Pape. Pourquoi y reprochait-on notamment à l’auteur des Prophéties d’être en quelque sorte à la solde du souverain pontife ? De fait, en cette année 1561, Nostradamus rédigea deux Epîtres au Pape et l’année précédente, il lui ac-corde un passage significatif de son Almanach pour ladite année 1561. »
JHB
16 07 21
jeudi 15 juillet 2021
Jacques Halbronn L'édition génante que l'on aurait bien voulu ignorer: Macé Bonhomme 1555
L’édition génante que l’on aurait bien voulu ignorer : Macé Bonhomme 1555
Par Jacques Halbronn
Dans Nostradamus, le mythe et la réalité. Un historien au temps des astrologue, 1999, Roger Prévost ne met pas en question la chronologie des éditions centuriques, ce qui fait qu’il attribue à Nostradamus des intentions qui n’étaient pas les siennes, dès lors que Nostradamus ne serait pas l’auteur des textes en question. Prévost ne fait en réalité que nous raconter les méthodes des faussaires car nous nous refusons à croire que Michel de Nostredame ait pu recourir à de tels expédients. On sait que son travail consistait à « commenter « les données astronomiques de l’année à venir, quitte à ce que celles-ci soient transcrites sous forme de quatrains, tâche dévolue à ses collaborateurs ou à ceux de ses éditeurs.
Michel Chomarat Nostradamus entre Rhone et Saone Ed GER 1971. Chantal Liaroutzos dès 1987 ne faisait pas autre chose.(Suivez la Guide, RHR). Pierre Brind’amour se sera également prêté (cf son Nostradamus astrophile, 1993) à ce type de corrélation entre versets et chroniques du temps.
Par ailleurs, les éditions successives des Centuries témoi-gnent d’une sorte de surenchère au gré de l’actualité poli-tique. On est passé de l’étude des données astronomiques à celle des données de l’Histoire en train de se faire, notam-ment sous la Ligue et son adversaire, Henri de Navarre, prétendant à la Couronne de France. D’où une succession d’ajouts, d’appendices qui explique une édition à 353 qua-trains ou une autre à 640 quatrains avec cette dimension aléatoire du nombre de quatrains qui tient à une forme d’improvisation que l’on cherche ensuite à masquer, no-tamment quand on a complété la Ive Centurie passant de 53 à 100 quatrains. En fait, l’édition Macé Bonhomme fait en cela probléme, en ce qu’elle atteste de l’existence d’un tel procédé. On essaie de nous faire croire que l’on serait passé tout à fait normalement d’une éditions à 4 centuries à une édition à 7 centuries mais tout cela se révéle bien bancal au final car ce qui s’était produit lors d’une première édition disparue à trois centuries que l’on ne connait qu’accompagnée de sa suite augmentée, va à nouveau se re-présenter dans le cas d’une édition également disparue à six centuries, que l’on ne connait qu’au travers d’éditions aug-mentées à 42 quatrains à la VIIe Centurie. Quid des 58 « ar-ticles » qui auraient complété la VIIe Centurie ? On peut les retrouver avec les 58 sixains introduits par une épitre datée de 1605. (cf à ce propos nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Prophetica Judaica 2002) Etrangement, ces 58 sixains seront parus alors que l’on avait déjà vu se présenter les centuries VIII, Ix et X. (cf les obser-vations de l’ »Eclaircissement des véritables quatrains » de 1656 de Giffré de Réchac)
Les bibliographes se débrouillent avec ce dont ils dispo-sent : d’un coté des éditions manquantes à trois et six centu-ries, de l’autre une édition bien génante à 353 quatrains censée être parue à Lyon chez Macé Bonhomme.(cf l’édition de P. Brind’amour, 1996 qui ne signale pas ce probléme et prend cette édition comme la « première » ce qu’elle n’aura certainement pas été dans le projet de fabrication de centu-ries posthumes des années 1580.
La présentation qui nous est généralement proposée du plan éditorial des éditions centuriques est donc sujet à caution du fait même que l’on ne nous signale pas les « trous » ma-nifestes dans chronologie « officielle », « factuelle », selon une stratégie à ajuster avec les moyens du bord, assez labo-rieusement, le discours biographique sur l’état des lieux bi-bliographique. D’ailleurs, le cas du second volet ne té-moigne -t-il pas avec son ensemble de 3 centuries « pleines » et sans ajout d’aucune sorte d’une première édi-tion à 3 centuries (cf notre précédente étude « Le second volet des Centuries comme imitation du premier » sur No-fim.unblog.fr).puis d’une édition à six centuries avec chaque fois des additions qui remettent en question le bel agence-ment recherché? C’est en fait le second volet qui nous éclaire sur la fabrication du premier. Selon nous, il n’a jamais été question au départ d’une édition à 353 quatrains ou à 642 quatrains. D’ailleurs, les titres des éditions mentionnent « 300 quatrains », c’est-à-dire 3 centuries comme c’est le cas de l’édition Benoist Rigaud antidatée à 1568, à dix centuries.
JHB
15 07 21
mardi 13 juillet 2021
Jacques Halbronn Déclin de l'astrologie et évolution de l'astronomie
Déclin de l’astrologie et évolution de l’astronomie
Par Jacques Halbronn
Nous partirons d’un propos catégorique d’une certaine Marie Dormoy :
« Les progrès de l’astronomie vont faire perdre à l’astrologie tout crédit dans les milieux scientifiques qui l’associent aux arts occultes » ( in L’Esotérisme. Kabbale, franc maçon-nerie, astrologie, soufisme,Les textes fondamentaux com-mentés, ouvrage dirigé par Catherine Golliau Ed. Tallan-dier, 2007, cf notre compte-rendu : » Astrologie et prophé-tisme et leur présence au sein de l’ésotérisme » (NOFIM. Unblog.fr)
Cela nous incite à revenir sur la lancinante question des re-lations entre Astrologie et Astronomie tout au long de son Histoire. On lit souvent que ces deux domaines étaient liés autrefois voire ne faisaient qu’un. Le raisonnement semble avoir été le suivant : puisque l’astrologie se sert forcément peu ou prou de l’astronomie, le risque existe que l’on s’aperçoive qu’elle se sera appuyée sur un état dépassé de la dite astronomie. On pense notamment à l’argument dit de la précession des équinoxes selon lequel le Zodiaque aurait été « décalé » au cours des siècles, des millénaires. A cela nous répondrons que la découverte même du phénoméne précessionnel témoigne de l’importance que l’on accordait à l’identification des étoiles correspondant à l’équinoxe de printemps, dans l’hémisphère nord. Or, selon nous, c’est l’astrologie antique et non l’astronomie qui accordait quelque importance à un tel repérage.
Une autre question est celle des planètes nouvellement dé-couvertes, processus qui se prolongea durant un siècle et demi de 1781 à 1930, depuis le « baptéme « d’Uranus à celui de Pluton , le dit baptéme ayant été le fait non des astrologues mais des astronomes, soucieux de perpétuer un certain tissu mythologique au niveau de leur métalangage traditionnel. Or, de fait, les astrologues empruntèrent toutes sortes de données au savoir astronomique, les unes corres-pondant réellement aux fondements du dit savoir alors que les autres relevaient du dit métalangage, nécessaire pour dé-signer ou/et situer les astres les uns par rapport aux autres. Il était commode pour les astronomes de baliser l’écliptique en recourant à une symbolique saisonnière à base 12 telle qu’on la trouve dans les Livres d’Heures genre Kalendrier et Compost des Bergers (fin XVe siècle) et autres almanachs.
Le tort des astrologues aura probablement été d’accorder trop d’importance à de tels procédés comme si les astro-nomes étaient des sortes de « prophétes » dont les paroles devaient être religieusement commentés, ce qui fait que de nos jours, la très grande majorité des astrologues ne jure que par Uranus, Neptune et Pluton, bien que ce dernier ait été « déclassé » en 2006 en tant que planète à part entière du système solaire.
Mais que dire des « aspects » que les astrologues utilisent pour connecter les planétes entre elles à commencer par les « conjonctions » ? Parler d’une conjonction Saturne- Nep-tune est une fiction commode mais pas plus aux yeux d’un astronome , d’une analogie avec le rapport planète-soleil. Les aspects sont certes pu servir pour les besoins du repé-rage céleste mais peut-on sérieusement bâtir une astrologie sur une telle présentation des choses ? Ne parlons pas de la division de l’écliptique en 12 secteurs qui n’a évidemment aucun fondement astronomique même si l’on peut les calcu-ler pour les besoins de la cause, tout comme il existe des éphémérides permettant de savoir dans quel signe se trouve telle planète à tel moment. Tout ce qui est « astronomique » n’a pas la même valeur scientifique, n’est pas or.
Ce n’est pas parce que l’astrologie peut avoir besoin d’une certaine information astronomique qu’elle doit obligatoire-ment adopter, intégrer la première donnée astronomique venue. Certes, nombreux sont les astrologues qui se sont mis en tête de se servir, par principe, de la totalité de notre sys-tème solaire comme étant la garantie de ce qu’on appelait il y a encore un siècle « astrologie scientifique » en faisant la part belle aux planètes les plus lointaines, inconnues de l’astrologie antique car invisibles à l’œil nu du fait même de leur éloignement. Mais l’astrologie avait-elle vraiment be-soin de tous ces astres pour fonctionner, ne risquait-elle pas l’inflation, la saturation ? Est- ce que tout ne se réduisait pas finalement à des variations autour d’une seule et même dialectique/dualité ?
Par ailleurs, que dire de la fin d’une représentation « géo-centrique » de l’univers ? Pour notre part, nous pensons qu’un certain géocentrisme n’a pas dit son dernier mot d’un point de vue théologique. De fait, l’argument anti-astrologique ne vaudrait – il pas contre la théologie ? Com-ment comprendre le premier chapitre du Livre de la Genése, qui ouvre l’Ancien Testament, la « Bible » ? Ce dieu dont on nous parle est-il à l’origine de l’univers ou bien plutôt, plus modestement, de « notre » monde « terrestre » comme il est dit : Dieu créa le Ciel ET la Terre. Ajoutons que l’astrologie n’a pas besoin d’admettre une influence « physique » de telle ou telle planéte pour exister. Est-ce que le bloc de marbre a vocation à servir à sculpter une statue ou à bâtir un palais ? Les représentations peuvent évoluer . L’on pourrait se rendre compte de ce que ce n’est pas la Nature qui nous dirige mais que nous instrumentalisons celle-ci comme nous l’entendons. Autrement dit, une certaine forme d’anti-astrologie ne serait-elle pas déterminée par des considérations idéologiques et l’astrologie ne serait-elle pas le bouc émissaire d’un tel ressentiment à l’encontre d’une Humanité qui se croirait le centre du monde ? Il est vrai que les astrologues actuels veulent absolument tout miser sur l’astronomie, sur le pouvoir des astres et ce faisant ils don-nent des verges pour se faire fouetter.
Le monothéisme, selon nous, doit être repensé : son véri-table enseignement est celui d’un déterminisme « cos-mique » dépendant d’une seule et unique planète. (cf L’Astrologie selon Saturne, Ed La Grande Conjonction, 1994-95) véritablement agissante. Ce n’est pas ici le lieu de développer davantage cette question. L’astrologie n’a nul-lement besoin de tout le bagage astronomique pour fonc-tionner et par voie de conséquence, sa dépendance par rap-port à l’astronomie est très relative. Aucun progrès de l’astronomie n’aura changé en quoi que ce soit la situation objective de l’astrologie car elle n’a nullement besoin des « nouvelles » planétes pour exister. Dès lors que l’on admet qu’il y ait eu un ‘Dieu » venu s’occuper de l’organisation de notre planète, le Ciel n’apparait plus comme une ‘réalité » immuable mais comme un matériau pouvant être remodelé, restructuré et dont il importe de décrypter le mode d’emploi. La place de l’astronomie est en fait intimement liée à une problématique théologique, ce qui nous renvoie à la question du véritable sens des premiers mots de la Bible.
JHB
13 07 21
Jacques Halbronn Le second volet comme imitation du premier
Le second volet des Centuries comme imitation du premier.
Par Jacques Halbronn
La comparaison entre les deux volets des éditions « centu-riques » fait apparaitre des différences de fond et de forme qui mettent en évidence l’hétérogénéité de l’ensemble censé avoir été présenté dès 1568.(Lyon, Benoist Rigaud) sinon encore plus tôt dès avant la mort accidentelle du roi (en 1559) auquel le dit second volet est adressé.
Sur la forme, d’abord, le second volet ne nous est connu que selon un seul et unique état, en trois centuries « pleines » alors que le premier volet nous est connu au tra-vers de divers états dont les bibliographies relatent la suc-cession (cf le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra, Paris, La Grande Conjonction, Trédaniel, 1990 pp. 118-125)
En ce qui concerne la genése du premier volet, la doxa éta-blit qu’il y aurait d’abord existé une édition à 4 centuries en 1555, suivi en 1557 d’une édition à 7 centuries, cette dernière comportant des variantes, à la VIIe centurie, entre les exemplaires de la Bibliothèque de Budapeste et celle d’Utrecht.Ensuite, tout devient beaucoup plus compliqué puisque l’on ne trouve plus pour les années 1588-1589 que des états successifs avec des mentions d’ajouts :
Prophéties de M. Nostradamus adioustées outre les précé-dentes impressions
Prophéties de M. Nostradamus Adioustés nouvellement . Centurie septiesme
Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont esté encores imprimées
Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition. Reveues & additionnées par l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière Centurie.
Cette dernière mention est à retenir car elles semble bien indiquer que les éditions successives ne procédaient point nécessairement par additions de centuries « complètes » mais au moyen d’annexes d’un certain nombre de quatrains qui ont pu servir comme ajouts à des éditions à trois ou à six centuries puisque l’on sait que la centurie IV aura connu un premier état (Macé Bonhomme 1555) à 53 quatrains avant d’atteindre les 100 quatrains (Antoine du Rosne 1557). Mais cette édition avec une centurie iV à 100 quatrains allait elle-même comporter par la suite une addition à la « dernière centurie », c’est-à-dire à la sixième, ce qui deviendra la sep-tième centurie, restée incomplète/incomplétée.
Selon nous, il a du exister une édition, non localisée, à six centuries avant l’édition augmentée en question. Elle devait porter ce titre déjà mentionné :
Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont esté encores imprimées en passant sous silence l’existence d’un état intermédiaire avec une centurie IV à 53 quatrains. Cela donnait ainsi un ensemble des six centuries « pleines » dont nous avons dit qu’il serait suivi d’une nouvelle addition « à la dernière centurie ». Certains comprennent la formule « dernière centurie » comme ren-voyant à la centurie VII alors que la formule désignait la sixiéme et dernière centurie de l’ensemble à six centuries, ensemble auquel on aura adjoint une nouvelle série de qua-trains (39 si l’on s’en tient au titre)
Reveues & additionnées par l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière Centurie.
Encore convient-il de préciser que le titre des ouvrages ne correspond pas ou plus nécessairement à leur contenu.
Pour en revenir au second volet, le fait d’annoncer « Centuries VIII. (lire huitième du fait du point), IX (neuvième), X (dixième) qui n’ont encores iamais esté imprimées » se calque sur une formule déjà utilisée pour le premier volet (cf supra):
« Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition. »
Tout cela tend à entériner – d’où l’affirmation d’une « mi-liade » de quatrains dans l’Epitre au Roi - l’existence d’une Centurie VII alors même que les éléments que nous connais-sons n’atteignent pas la cinquantaine de quatrains. En fait, une structure à base 3 et 6 nous semble plus cohérent qu’une structure à base 10.
Selon nous, le second volet aura été pensée à l’imitation du premier volet en vue d’instrumentaliser Nostradamus au service non plus de la Ligue mais du parti d’Henri de Na-varre comme le montre l’étude de certains quatrains – celui relatif à Tours dans le premier volet et celui relatif à Chartres dans le second. C’est dire que l’on ne situe correc-tement les deux volets que dans le contexte la guerre dynas-tique des années 1588-1594. Autrement dit, soutenir que l’édition de 1568 à « dix centuries » est authentique serait tout à fait chimérique et nous avons montré par ailleurs que le libraire Benoist Rigaud fut probablement un des instiga-teurs du phénoméne centurique de la période en question, récupérant des textes d’Antoine Crespin eux-mêmes repris de certains textes de Nostradamus comme son Epitre à Pie IV et qui se retrouvent dans le second volet tout comme les extraits de la Guide des Chemins de France.
Centurie
8:76
Plus Macelin que roy en Angleterre,
Lieu obscure nay par force aura l'empire:
Lasche sans foy sans loy saignera terre,
Son temps s'approche si presque je soupire.
8:77
L'antechrist trois bien tost annichilez,
Vingt et sept ans sang durera sa guerre:
Les heretiques mortz, captifs, exilez,
Sang corps humain eau rogi gresler terre
Or, le terme « macelin » est une occurrence qui n’existe que dans l’Epitre de Nostradamus à Pie IV, tant en français qu’en langue italienne et correspond à une prédiction « antéchristique » en prose de Nostradamus, ce qui se retrouve au premier verset du quatrain suivant. (cf
Researches 121-130 - Mario Freedom's Space
http://www.propheties.it › Researches121-130
1.
121 - Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre Par Jacques Halbronn ... 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV.
Researches 191-200 - Mario Freedom's Space
http://www.propheties.it › Researches191-200
1.
191 - Rabelais et Nostradamus faiseurs d'almanachs ... dédié au pape Pie IV, lequel almanach semble avoir été censuré en France mais pas en Italie, ... de celui qu'il nomme « Marcelin » en jouant sur le mot « macelin », boucher (macelino)
On rappellera que la Première Face du Janus François com-porte des quatrains du second volet, qui permet de fixer une fourchette entre 1590 et 1593 pour l’émergence du second volet. (cf RCN pp 126 et seq), une édition de Cahors datée de 1590 comportant les deux volets, le contenu de la dite éditions ayant servi pour fabriquer l’édition de 1568 laquelle constituerait donc doublement un faux.
JHB
13 07 21
lundi 12 juillet 2021
samedi 10 juillet 2021
vendredi 9 juillet 2021
Jacques Halbronn Astrologie et prophétisme et leur présence au sein des études sur l'ésotérisme
Astrologie et prophétisme et leur présence au sein des études sur l'Esotérisme
Par Jacques Halbronn, docteur es lettres, auteur de l’article Astrologie dans l’Encyclopaedia Universalis (depuis 1993) et commissaire de l’exposition Astrologie et Prophé-tie, Merveilles sans images, à la Bibliothèque Nationale, 1994.
A partir de deux récents volumes collectifs-tous deux parus en 2007, consacrés à l’ésotérisme, l’on s’interrogera sur la place réservée à l’astrologie et au prophétisme dans le champ des « études ésotériques ».
L’Esotérisme. Kabbale, franc maçonnerie, astrologie, sou-fisme,Les textes fondamentaux commentés, ouvrage dirigé par Catherine Golliau Ed. Tallandier, 2007
Etudes d’histoire de l’ ésotérisme, sous la direction de Jean Pierre Brach, Jérome Rousse-Lacordaire, Mélanes offerts à Jean Pierre Laurant pour son soixante dixiéme anniversaire, Paris, Ed. Cerf, 2007
Force est de constater que les références à l’astrologie dans ces deux ensembles est des plus minimes sinon des plus mi-nimisés en comparaison de la place dévolue à d’autres domaines englobés dans la nébuleuse Esotérisme.
On commencera par le volume (de 130 pages) paru chez Tallandier et qui, en son titre même, mentionne l’Astrologie. Nous y trouvons en effet deux pages (pp. 12 et 13) dont la moitié est mangée par une image du ciel et par un tableau chronologique de ‘ensemble de ce chapitre consacré à l’ésotérisme antique par Walter Burkert (Professeue à l’Université de Zurich(Suisse)
Mais le développement sur l’astrologie est signé Marie Dor-moy, totalement inconnue (à ne pas confondre avec son homonyme morte en 1974) dont la page de titre du volume nous explique qu’elle est chargée des « Repéres ».
Le texte très court mérite qu’on s’y attarde quelque peu en son début et en sa conclusion :
« Pratiquée depuis l’Antiquité, l’astrologie est un des fleu-rons majeurs de l’ésotérisme » et le texte se termine ain-si : »Le progrès de l’astronomie vont faire perdre à l’astrologie tout crédit dans les milieux scientifiques qui l’associent aux arts occultes. Au XVIIIe siècle, elle devient l’apanage des sociétés secrétes comme les Rose Croix et les Franc Maçons où elle est associée à la magie, à la Kabbale et aux arts divinatoires. Condamnée par l’Eglise, elle est fi-nalement interdite en 1666 par Colbert et restera au purga-toire jusqu’au XXe siècle » Et l’article se termine sur l’Ere du Verseau et les horoscopes de presse. En fait, le texte ne se limite nullement à l’antiquité et couvre cavalièrement l’histoire de l’astrologie jusqu’à nos jours, ce qui permet de faire figurer néanmoins le mot Astrologie au titre du vo-lume ! L’astrologie a droit à un strapontin dans le « Lexique’ final en 4 lignes. Ce qui est étrange, c’est que ce texte est complétement décalé par rapport au reste du volume en ce qu’il signale les rapports entre l’astrologie et les sociétés se-crétes, lesquelles ont droit à un traitement autrement plus ample dans le dit volume sans pour autant que l’astrologie y soit signalée par ailleurs ! L’astrologie est vraiment le « pa-rent pauvre »du champ ésotérique et cela vaut aussi pour le prophétisme et Nostradamus. La bibliographie finale ne ré-tablit nullement la situation.
Passons au second volume qui dépasse les 450 pages . Exa-minons sa table des matières assez copieuse : le mot astro-logie ne figure dans aucune des contributions rassemblées par Jean Pierre Brach et Jérome Rousse Lacordaire. Il est vrai que Jean Pierre Laurant n’aura pas accordé un intérêt évident pour ce domaine. Le terme « Etudes d’histoire de l’ésotérisme » est au vrai assez prudent et ne prétend viser à aucune approche globale de la question à la différence du titre de Tallandier. « L’Esotérisme »
Il faudrait s’interroger sur une telle situation en ce début de XXIe siècle. Qu’est ce qui justifie un tel « mépris » de fait ? Est-ce parce que l’astrologie n’est pas une langue « morte », que les études qui lui sont consacrées peuvent être suspec-tées d’une volonté de la réhabiliter ? Nous y voyons l’expression d’un certain ostracisme au sein même d’un do-maine qui serait normalement censé lui accorder la place qu’elle mérite comme le notait imprudemment .Marie Dor-moy : « Pratiquée depuis l’Antiquité, l’astrologie est un des fleurons majeurs de l’ésotérisme »
JHB
08 07 21
jeudi 8 juillet 2021
Jacques Halbronn L'épanouissement du monde juif. Un parcours, une quête (1966 2021)
Jacques Halbronn
L'épanouissement du monde juif, Un parcours, une quête, (1966 2021)
Avant la création du Cercle d'Etudes et de Recherche sur l'Identité juive (CERIJ (cf les Cahiers du CERIJ, en ligne sur la plateforme SCRIBD https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn), en 1978, il y avait eu la création 12 ans plus tôt du Mouvement International pour l'Epanouissement du Peuple Juif (MIPEPJ) et l'expérience isralienne de Juin 1967 à Juin 1969. En 1989, le CERIJ aura connu un nouvel élan en rejoignant la mouvance juive laique, initiant notamment pendant une dizaine d'années, une série de rencontres dont la dernière, interdisciplinaire, traitait de la dualité des femmes, des Juifs et des Astrologues au début de l'année 2000. En 1995, Jacques Halbronn avait donné deux communications dans un Colloque tenu à la Sorbonne. (Colloque Hier Juifs progressistes, aujourd’hui Juifs ?; Ed Les Amis de la CCE(Commission Centrale de l’Enfance, 11-12 février 1995) La problématique identitaire des Juifs français et Les Juifs immigrés de la deuxième ou de la troisième génération et la France.
Les pièces du dossier que nous présentons devraient per-mettre de mettre en perspective les thèses qui sont actuellement les nôtres en 2021 lesquelles correspondent encore à un autre stade où le « génie » est associé à la fonction « jupitérienne ».
Première Partie Le MIPEPJ (1966-67)
L’année de nos 20 ans aura été mémorable débouchant sur la Guerre des Six Jours et un premier séjour en Israel. Ce fut d’abord, avant la dite Guerre, le lancement du MIPEPJ, le « Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif » avec notamment pour partenaire Pierre Regenwetter.
Manifeste du Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif
Document de base à approuver exposant les conceptions mipepjistes/
Nous soutenons trois thèses :
le génie et le non génie constituent deux espèces différentes
Le peuple juif est un peuple de génies
Le génie, le juif doivent refuser d'être exploités et s'unir
Ces thèses admises, l'épanouissement du peuple juif est possible
Israel n’est pas encore né. Israel vivra lorsque l’être juif apparaitra sans écran. Israel n’a été jusqu’alors qu’un embryon traversant les stades inférieurs de l’évolution juive. Je propose un combat à ceux qui se savent Juifs et pour qui Israel n’est pas autre qu’eux-mêmes, à ceux qui connaissent l’art de la guerre. Laissons nos frères sommeiller jusqu’après la bataille. Ne croyez pas, compagnons d’armes, ceux qui clament ; Israel est petit, les Juifs ne croient plus en eux-mêmes, Israel n’existe pas. Car si Israel est petit, le monde l’est encore plus car Israel encore naissant a construit l’homme et sa puissance. Car si les juifs ne croient plus en eux-même, c’est parce qu’ils se sont égarés, que le guide avait disparu. Mais irions-nous croire ces Juifs qui n’ont pas de voix, qui anonnent ce qu’on leur a appris dans des écoles, dans des pays qui ne sont pas les écoles, les pays des Juifs ?
Car si Israel n’existe pas, si Israel n’est pas Peuple en face de toutes les peuplades interchangeables, qui nous dira pourquoi Israel ne s’est pas évanoui comme ceux qui lui contestent la vie- après avoir plongé dans le creuser où tout devient boue ?
Le peuple juif est un peuple de génies car les Juifs n’ont pu se stabiliser, s’assimiler dans la dispersion, ils sont restés dans une situation provisoire (…)La constitution d’un peuple de génies par le rassemblement des génies dispersés dans le monde est impossible, utopique car seule l’histoire permet à des individus de pouvoir vivre paisiblement, constructivement, en communauté, pour un but collectif.
(..) D’où est issue la religion juivr, a-t-elle été imposée à des individus ne constituant rien auparavant qui fût cohérent ? On a coutume, parfois de voir dans l’acceptation de la religion juive la naissance des juifs. Ce qui signifie qu’avant cette époque, celle de Moïse et des tables de la Loi, les Juifs ne se distinguaient en rien des autres peuple.
La religion n’a pas fait le Juif, c’est le Juif qui a peu à peu forgé sa religion La religion n’a pas été conservée pour des raisons culturelles mais c’est parce qu’elle a été conservée par nécessité intérieure du Juif que la culture juive s’est maintenue. (…)Si le peuple juif n’était qu’une création artificielle et éphémère, interchangeable et élastique, un siècle après la dispersion romaine, le peuple juif aurait rejoint les souvenirs des civilisations perdues
Le peuple de l’astrologie = peuple juif.
Démonstration non scientifique, non astrologique (l’astrologie est très limitée en Astrologie des peuples)
On s’efforcera d’abord de justifier le choix du peuple jui f en tant que peuple qui mérite d’être mis à part et dont les membres possédent des facultés de création qui permettent à l’humanité de progresser/. Ensuite, l’on montrera que le peuple Juif est en face, aujourd’hui, d’une reconsidération de ses traditions, qu’il doit prendre conscience de sa nature profonde. Le Peuple juif est né non point de son histoire mais avant son Histoire.
La situation aujourd'hui
L'observateur qui revient d'un voyage en Israël se croit le droit d'utiliser l'expression Juif israélien. Cela est condamnable non en tant qu'objet d'étude mais parce qu'il ne sait rien du Juif, de l'être juif pas plus ,semble-t-il d'ailleurs que de l'être non juif ou d'autres séries d'êtres. Il y a simple manque de cohérence dans sa pensée.
Que voit l'observateur superficiel ? Des existants présentant des caractères originaux mais ni plus ni moins originaux que les caractères nationaux de chaque Etat, des structures agricoles, industrielles, propres à la région. Bref cela semble comparable à celle de toute étude politico-sociale. Ainsi, l'observateur conclut que dans les cadres actuels, le Juif israélien est ceci ou cela. Aucun doute ne traverse son esprit ; il a décrit ce qu'il a vu, ce qui était. Voilà l'existant juif ou mieux un des existants juifs Il ne saurait être contesté coutumièrement l'exactitude de la description même sous les angles les plus délicats. Toutefois, l'erreur est évidente dans le principe même du travail entrepris ; il est inadmissible de ne pas situer l'existant juif 1967 dans son évolution de même qu'il est inadmissible de ne pas déterminer -ou chercher à déterminer -et en cas d'échec le reconnaître – la source de cette « évolution » même. Sinon à quoi rime cet effort de définition que l'observateur considère comme bien innocent ? (…) Ainsi, l'observateur qui revient d'Israel revient avec une série d'énigmes, de questions à résoudre.(...) Ces questions sont : quel est l'être juif, que peut-il devenir, quelle est la politique préférable pour accentuer l'évolution de l'être puisque toute politique doit avoir cet objectif ? Le grand tort des dirigeants juifs et cela concerne donc l'ensemble de la population israélienne (..) c'est d'essayer de faire progresser des êtres qu'ils ne connaissent pas,
Une politique juive
Le Peuple juif est formé d'individus juifs alors que les autres peuples forment des individus par l'emprise de leur cadre sans que ces individus aient conservé une nature indépendante. Le Juif conserve des capacités créatrices disparues sous l'emprise du Social. (…) Le Juif est un génie en puissance . Il est doué de la faculté de dépassement (par opposition à celle d'assimilation passive) qui évite la dégénérescence -(...) mais la question se pose de déterminer les capacités des individus non à l'ombre de critères dégénérés et manquant l'essence de l'individu mais à l'aide de critères neufs et indépendants de la culture non juive. L'astrologie est ce moyen parfaitement objectif. L'Astrologie plonge au fond de l'être et en dégage sa vocation unique (..) L'Astrologie, loin de détruire la liberté et l'indépendance humaine les rend effectives alors qu'elles ne l'étaient pas en n'obligeant pas l'individu à suivre une voie qui ne le concerne pas en profondeur (..) Une véritable démocratie est enfin possible où ceux qui sont les plus capables d'épanouir les autres soient connus et suivis en sachant que le cours de l'histoire est un perpétuel renouvellement (..) L'astrologie si elle est répandue et pratiquée par tous les citoyens d'Israel mettra obligatoirement les meilleurs à sa tête (pour une période donnée) et puisera dans les ressources juives enfin mises à jour les moyens de remplir son destin biblique »
DEUXIEME PARTIE Le CERIJ (Cercle d’Etude et de Recherche sur l’Identité Juive)
En 1978, nous fondions le CERIJ avec Claude Raphael Samama (http://plus.wikimonde.com › wiki › Claude-Raphaël_Samama, voir ses Réflexions nouvelles sur des questions juives. (Maison-neuve et Larose, 2007,
La première période ne dura que 2 ans et nous relançames le CERIJ dix ans plus tard lors de la dynamique propre au judaisme laic, représentée notamment par Albert Memmi. Les Cahiers du CERIJ connurent également ces deux temps (.https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn)
Revenons sur les textes fondateurs du CERIJ, que l’on comparera avec ceux du MIPEPJ, 12 ans plus tôt, donc après la Guerre du Kippour (1973) ainsi qu’une nouvelle expérience israélienne en 1976.
Genése du CERIJ, par Jacques Halbronn
En Juin 78, le projet de constituer une association juive axée sur les problémes d’une diaspora moderne, avait été lancé. Un texte signalait qu’il fallait « trouver un moyen terme entre le repli sur la famille des Juifs religieux et le nationalisme en un lieu étroit, véritable lit de Procuste- qui fait passer l’essence juive par un moule singulièrement apauvrissant » (…) Lors d’un entretien avec Claude Samama, en novembre 78, l’idée de retenir le principe d’un refus de cette alternative comme point de départ d’une association était reprise et aboutissait à l’idée de « modéles dominants ». Le CERIJ s’est constitué autour de cette problématique.
Les premières réunions du CERIH firent bientôt apparaitre la nécessité d’un autre type de clivage, celle du vécu et celle des idéologies. L’une puiserait dans la mémoire et la sensibilité de chacun, l’autre cernerait les grands mythes qui pésent sur le judaisme moderne. En d’autres termes, à la notion de « modèle dominant » comme axe dominant (..) allait se substituer , au cours des réunions, un autre axe, celui d’un judaisme viscéral, naturel, vivant et celui d’une confrontation avec un certain terrorisme idéologique qui serait aussi bien celui du Sioniste que celui de l’Antisémite (au sens sartrien)
Comment le principe des « modéles dominants » se fond –il dans celui que l’on a appelé des « orientations méthodologiques » ? En ce que la dialectique religieux/sioniste se ventile précisément entre le Vécu- le religieux- et l’idéologique –le Sionisme. On ajoutera que le religieux est en dialectique, lui-même, avec l’assimilation tout comme le sionisme l’est avec l’antisémitisme.
Le Juif se trouve donc bien pris entre deux déterminismes : celui qui l’accroche à son passé et où il puise partie de son identité et celui qui lui propose des représentations du futur – l’aboutissement sioniste. On dira donc que leVécu est lié (..) à un héritage et l’idéologique à une interprétation à usage collectif de l’Histoire du Peuple Juif, à la fin du XIXe siècle.
Il va de soi que le sionisme – tout comme l’antisémitisme – se nourrissent du vécu juif pour le lire d’une certaine manière. On ne saurait nier, en particulier, que les facteurs religieux inspirent certaines formulations sionistes (retour à Jérusalem) ou antisémites (peuple déicide) mais il n’y a pas, au sens strict, au XXe siècle, d’idéologie religieuse en tant que telle, à part entière, puisqu’il s’agit d’une donnée culturelle extrémement riche (…) Cela dit, il est certain que l’identité juive-sujet central de la réflexion du CERIJ- se forme à partir d’un certain nombre de représentations mais aussi – pourquoi pas – de qualités intrinséques qui n’ont que peu de rapport avec les modéles politiques du sionisme et de l’antisémitisme car on s’accordera pour reconnaitre que ni l’assimilation, ni la croyance religieuse ne donnent actuellement prise à un mouvement politique qui les incarnerait en tant que telles. Assimilation et pratique ou foi religieuse restent même pour les idéologies sioniste et antisémite des questions individuelles sur lesquelles on ne cherche pas à avoir vraiment prise »
Problématique : que signfie être juif en 1979 ?
La question nous viendrait déjà d’un héritage depuis toujours reprise : douter, réfléchir sur soi, entreprendre la quéte de son identité., contester l’idéologie régnante et les définitions figées , se remettre en question sans cesse semble bien être une des constantes d’une inquiétude spirituelle juive qui traverse le temps.
La question n’est donc pas nouvelle. Elle se pose néanmoins aujourd’hui avec une acuité nouvelle. Un nombre de plus en plus grand de juifs ne se satisfont plus des réponses apportées par les institutions officielles du judaisme et se reconnaissent moins encore dans ce qu’on pourrait appeler les « modéles dominants » , en tout cas dans les discours qui nous environnent. (…) Ce long passé religieux nous a pourtant transmis une tradition, une culture, une histoire qui nous marquent profondément et dont il ne s’agit pas de minimiser l’importance . La question est justement de savoir comment intégrer cet héritage dans une culture juive actuelle et plus vivante. Le sionisme, l’autre pôle du discours moderne de l’identité juive peut-il jouer ce rôle ? Il ne constitue pas une idéologie monolithique et ses dimensions, les courants dont il est traversé, sont multiples. (..) Mais ce qui reste incontesté, ce qui fait l’unité des sionistes et qui constitue le sionisme en modèle dominant dans lequel un certain nombre de juifs ne se reconnaissent pas, c’est qu’il pose l’Etat d’Israel comme le seul destin historique possible.
Les Juifs qui n’adhèrent pas à ce principe fondamental de centralité et qui ne sont plus intégrés à la comunauté religieuse se trouvent ainsi , de fait, relégués à la périphèrie fautive et honteuse du judaisme. Si ces femmes et ces hommes juifs qui ne s’y retrouvent plus s’engagent alors sur la voie d’une assimilation plus ou moins radicale,forcée ou factice, c’est bien souvent au prix du refoulement de cette dimension constitutive de leur être, ce processus entrainant des conséquences néfastes pour leur personnalité et leur existence »
Le CERIJ se propose justement –tel fut son premier texte- de « favoriser une réflexion de groupe sur les modéles historiques et psychosociologiques qui servent de référence à la conscience et à l’identité juive : promouvoir des recherches concernant l’évolution des modéles . (…) Pour mener à bien ces travaux (…) il a été envisagé de constituer dans un avenir proche des groupes d’échange sur des thèmes liés à l’existence juive en tous ses aspects culturel, éducatif, sociologique, psychanalytique. Deux grandes méthodologies y seront mises en œuvre : l’une ‘exitstentielle » permettant à chacun de faire le point avec lui-même ; de mettre en jeu un discours qui n’est plus, le plus souvent, conscient, de confronter son identité avec celle d’autres Juifs sans partir nécessairement du principe que tous sont d’accord sur l’essentiel, bref de faire exprimer au réel les conditions cachées d’un certain imaginaire mais aussi de son univers symbolique où se jouent destin et histoire collective. L’autre « épistémologique » en quête d’une information aussi lucide et complète que possible sur les modéles prédéterminés, préétablis, qui se sont accumulés et combinés sans fin. Par delà toute dérobade dans le dialogue indispensable avec le non Juif, sans refuser de préter l’oreille au discours antisémite, quelles que soient les formes dans lesquelles il se love ou peur de réveiller les problémes pour peu qu’on s’y arrête.
Texte élaboré par Denise Bartfeld, Claude Raphael Samama, Jacques Halbronn
Le CERIJ est né d’un constat et d’une volonté . Il se voudrait ce lieu où s’expriment les individus qui ont jusqu’ici leur judaisme dans le silence d’une solitude où ; non reconnus par les leurs, ils ne sont pas forcément acceptés par les autres. » (à compléter)
TROISIEME PARTIE Réflexions sur notre parcours
En 1999, nous avons soutenu notre thèse d’Etat « Le texte prophétique en France. Formation et fortune » et en 2002 publié un diptyque prophetica judaica aleph et beith, l’un consacré à Nostradamus et l’autre aux Protocoles des Sages de Sion et à l’Etat Juif de Herzl. En 2001, nous avions mis en ligne sur le site Hommes et faits
Pour une approche ésotérique
de la question juive » »
En 2013, nous avons commencé à fréquenter régulièrement les synagogues « libérales » et avons amorcé une « critique biblique ».(cf sur SCRIBD notre mémoire sur la notion d’Alliance qui nous aura conduit à une remise en cause de la pratique religieuse en vigueur. En effet, l’on ne peut s’en prendre à un modèle sans l’avoir étudié en profondeur car sans cela, le dit modèle risque fort de se perpétuer indéfiniment. De même, avons-nous revisité les conditions d’émergence du christianisme, notamment autour du clivage entre les deux royaumes qui se firent face à la mort de Salomon, la maison d’Israel et celle de Juda, ce qui nous a conduit à nous interroger sur la pertinence du nom d’Israel pour nommer l’Etat « juif ».
En 1966, on l’a vu, nous avions rapproché le Juif de notre description du génie et certains traits nous étaient apparus communs à ces deux phénoménes. De fait, il nous semble heureux, méthodologiquement, de procéder par rapprochement voire par analogie plutôt que de rester polarisé sur un seul et même domaine. Traiter du génie, quelque part, était plus facile à gérer que de traiter du Juif. De même nous avons récemment proposé de rapprocher le Juif du type « jupitérien », ce qui constitue une approche ternaire ayant valeur heuristique , selon une démarche inter/trans-disciplinaire. En montrant la conflictualité entre le monde jupitérien et le monde saturnien, nous apportions un nouvel éclairage à la problématique de l’antisémitisme. La fonction du Jupitérien – dont le personnage de Jésus nous semblait une illustration édifiante- a vocation à libérer une société des « modéles » dont elle est tributaire et bien entendu, cela ne va pas sans résistance de la part des membres du groupe concerné. Bien entendu, le Jupitérien –le génie-le Juif ne peuvent être que minoritaires et dispersés pour mener à bien leur mission « salvatrice ». S’ils ne disparaissent pas, c’est qu’il y a là un systéme qui maintient et perpértue cette dialectique Jupiter-Saturne, et l’on pourrait dire qu’il s’agit là d’un plan « divin « si l’on entend par divin non pas la Nature (Deus sive Natura) mais une Création dans la Création, le Jupitérien introduisant un troisiéme niveau de création. Or, c’est le deuxiéme niveau qui exige de repenser la théologie car le Dieu de la Bible n’est ni l’homme comme créateur ni le premier moteur mais un état intermédiaire. Il nous aura donc fallu –comme on peut le voir, plusieurs décennies pour trouver la bonne perspective. Déjà en 1966, l’astrologie était présente dans notre discours et nous disposions peu ou prou de toutes les pièces du puzzle sans effectuer toutes les corrélations nécessaires, du fait que cette astrologie aura dû entre- temps se transformer profondément. L’interdisciplinarité exige en effet de faire avancer les différents domaines en présence et de n’en figer aucun.
JHB
08 07 21
mercredi 7 juillet 2021
jacques Halbronn Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus
Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus
Par Jacques Halbronn
Nous étudierons l’ouvrage intitulé Nostradamus occultiste : Codes et procédés de déchiffrement dans l’œuvre de Nostradamus (Books on Demand, 2015) dont on nous dit que « cet ouvrage rassemble mes études parues au CURA depuis l’an 2000é
Guinard parle dans sa présentation de « scénarios salissant la mémoire du prophéte » (p. 5),il condamne au pilori tout « dépréciateur », « dénigreur » et se déclare « nostradamiste », c’est-à-dire gardien de l’image de Michel de Nostredame. Il faut de la « sympathie » pour le sujet que l’on aborde. Guinard se veut le défenseur de la « doxa » nostradamiste et il la récite comme on le fait à l’église pour le « credo » avec la succession des événements :
« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. »
Crédo de Guinard : « Nostradamus divise ses Prophéties en deux livres : chacun précédé d’une préface. Le premier livre est publié en deux éditions successive en 1555 chez Macé Bonhomme avec un privilége pour deux ans puis en 1557 dans deux versions différentes chez l’imprimeur lyonnais Antoine du Rosne Le second livre est publié l’année suivante en 1558 comme l’atteste la préface etc «
(p. 7) La messe est dite !
Un bon nostradamiste, qui se respecte, doit impérativement croire un tel narratif des éditions successives et cite à l’appui de son propos la Préface datée de 1555 à César, le fils de Nostradamus et (p. 75) la mention d’une milliade dans l’Epitre à Henri II datée de 1558 Un tel discours serait excusable s’il datait d’avant les années 1989-90 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 30 ans. Guinard reconnait qu’il a commencé à publier « depuis 2000 », certainement influencé par notre exemple. Il accorde une place centrale au « cycle saturnien » (p. 39) important chez Pierre d’Ailly (cf Astrologie et Religion au Moyen Age, de Denis Labouré)
La question que nous posons est la suivante : à partir de quel seuil de précision doit-on commencer à considérer que l’on a affaire à un faux ? Pour Guinard, plus c’est précis, plus cela vient valider un texte alors que pour nous cela le rend suspect. Le rôle du critique est de signaler des précisions invraisemblables. Arrêtons- nous sur la mort en tournoi d’Henri II en 1559 dont on voudrait nous faire croire qu’elle aurait été annoncée. Si l’on ne note pas l’anagramme du quatrain I, 35
« Dans caige d’or les yeux lui crévera » (cf Guinard, pp. 149 et seq), on ne prend pas la mesure de la surenchère prophétique qui discréditera d’ailleurs les Sixains dont la précision est bien trop grossière pour être crédible comme le note l’auteur anonyme, en 1656, de l’Eclaircissement des véritables quatrains (cf Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. Post Doctorat, 2007). Pourtant Guinard avait disposé des données nécessaires pour déceler les ficelles de ce verset puisqu’il nous rappelle que « Gabriel de Montgomery ( 1530-1574) (est le) fils ainé de Jacques, sieur de Lorges » et il y a là un clin d’œil qui n’aura pas échappé aux initiés de l’époque, même si ce point n’a pas été relevé. Comme dirait Guinard, il importe de se mettre à la place des personnes que l’on étudie. Cela lui aurait permis de s’apercevoir que « caige d’or » est l’anagramme de « Lorges » On lira en fait qu’un certain « Lorges » (ge d’or) les yeux lui (le roi) crévera »
La question des noms propres se révéle en fait souvent la faille des faussaires, justement parce que cela impressionne plus que tout les esprits. On sait que Dumézil se sera arrété sur le quatrain comportant le nom de Varennes dont Chantal Liaroutzos nous a montré que ce nom figurait dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf son étude dans Réforme Humanisme Renaissance), ce qui d’ailleurs aura conduit, dans un souci de « précision », à changer Chastres, dans le texte en Chartres pour que cela corresponde au lieu prévu pour le couronnement d’Henri IV, précision invraisemblable tant la coutume désignait Reims, ce à quoi même un Charles VII n’aura pas dérogé au début du XVe siècle malgré une situation aussi chaotique que sous la Ligue, à la fin du XVIe siècle… Dans notre étude « Les prophéties et la Ligue » (Actes du Colloque de 1997 Prophétes et prophéties), nous avons montré que la mention de la ville de Tours en IV, 46, donc censé avoir figuré dans l’édition Macé Bonhomme 1555, était lié à la situation politique des années 1588-89, date à laquelle le quatrain en question était apparu alors qu’il ne figurait pas dans les éditions précédentes de ces années (cf Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, 1990). Cette question de la succession des éditions ligueuses est soigneusement occultée par Guinard car cela mettrait à mal tout son échafaudage. En effet, le scénario selon lequel les quatrains qui s’ajoutent entre deux éditions dans ces années 1588-1589 ne faisait que restaurer les éditions des années 1550 alors que l’on a affaire tout simplement à un chantier « in progress « , quitte à antidater pour donner plus de force au texte – ne peut que séduire que les nostradamistes les plus acharnés. Car contrairement au cas de Guinard, les auteurs auxquels il se rallie n’avait pas connaissance des arguments avancés, ils n’étaient donc pas dans la même situation et auraient su reconnaitre honnétement ce qu’il en était. Mais Guinard lui est dans la « persévérance » dans l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum »
La question des anagrammes est la marque des Sixains, dont nous avons montré (cf Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002) qu’ils étaient dus à Morgard avant d’être récupéré pour le « troisiéme volet » (daté de 1605), sort qui sera aussi celui d’un Antoine Crespin, reprenant d’ailleurs parfois tel texte en prose de Nostradamus comme dans le cas de « macelin » (jeu de mots à partir de Marcelin) Le cas de Robin renvoyant à Biron (sixain 6) aura marqué les esprits (L’Avenir dévoilé, ou Concordance des prophéties de Nostradamus, avec les événemens passés, présens et à venir de la Révolution, Hambourg, 1800. Mais cette fois, personne n’aura pris la peine de fabriquer une édition antidatée, ce qui aura refroidi les enthousiasmes.
Guinard a certainement raison de conseiller aux chercheurs d’éprouver quelque empathie pour leur « corpus » mais il y a des limites à la crédulité à ne pas dépasser même si c’est pour la « bonne cause » !
JHB
07 07 21
mardi 6 juillet 2021
Jacques Halbronn Les Centuries et le prophétisme à court terme
Les Centuries et le prophétisme du court terme
par Jacques Halbronn
Il nous apparaît que le prophétisme du second XVIe siècle œuvre sur des échéances brèves et qu'il est/serait donc illusoire d'y chercher des dates plus ou moins lointaines. Lorsque Michel de Nostredame se lancer dans des spéculations autour de l'Antéchrist (voir notre récente étude sous ce titre), il s'inscrit, à n'en pas douter, dans un futur immédiat d'à peine quelques années tout au plus, autour de 1566 (année de sa mort par ailleurs). D'une façon générale, ses publications annuelles se limitent à l'année en cours ou à venir. D'où des formules telles que « Présages Merveilleux pour 1557 »
Mais cette analyse vaut pour l'usage des quatrains sous le Ligue et au début du régne d'Henri IV comme nous l'avons montré pour le quatrain 'Tours » et le quatrain 'Chartres en prise directe, selon nous, avec l'actualité et les enjeux du moment . On peut dès lors parler d'un prophétisme de circonstance.
D'ailleurs, cela ne vas pas sans embûche dans la mesure où le texte entend influer sur ce qui est en train de se passer, c'est la forme progressive comme disent les grammaires de l'anglais (en « ing »), on est dans le « participe présent ».
Comprenons que le discours prophétique ne trouve vraiment sa raison d'être que dans le court terme, lorsque les dés ne sont pas encore jetés, ce qui permet encore d'espérer agir sur les événements « en cours ». Inversement, quel intérêt y aurait-il à annoncer des temps hors de portée ne relevant pas d'une certaine urgence?Autrement dit, l'événement concerné restera très proche dans son occurrence de la date de son annonce, ce qui permet à l'historien des textes de ne pas beaucoup risquer de se tromper sur la fourchette, le terminus de la publication. C'est ainsi que si tel quatrain annonce le couronnement d'Henri de Navarre, son, avénement à la Couronne de France, l'on peut être assuré que la rédaction ou la retouche du dit quatrain aura précédé de fort peu le dit avénement attendu. Et de même (cf notre texte « Les prophéties et la Ligue, 1997), la mise en garde à l'encontre des gens qui se réunissent près de Tours en 1588, à la suite de la Journée des Barricades qui force Henri III à s'enfuir.de Paris. Et d ailleurs, ce n'est qu'ainsi qu'un texte pourra être entendu de façon pertinente avec une certaine assurance par le lecteur. D'où l'importance de restituer le contexte auquel il est fait allusion, référence. Si ce contexte est lointain, c'est que la date de rédaction du texte devra être repoussée en conséquence. Parfois, il peut s'agir d'un texte relativement ancien qui aura été réactualisé au prix d'une retouche comme dans le cas de Chastres dans la Guide des Chemins de France des années 1550 qui devient à la fin des années 1580 « Chartres » pour viser la cathédrale du Couronnement d'Henri IV. Dans certains cas, un texte pourra être antidaté pour faire croire qu'il avait été prévu à la veille de tel événement.
Autrement dit – et cela vaut plus globalement pour l'astrologie- la prédiction ne ferait sens que très peu de temps avant l'échéance prévue. On pense d'ailleurs au prophéte Jonas qui doit compter avec une catastrophe annoncée qui ne doit être ni trop lointaine ni déjà advenue. Il y a là un juste dosage à mettre en œuvre !
Il serait donc anachronique de s'intéresser à des échéances lointaines qui n'intéressent personne si ce n'est que lorsque tel intérprète les instrumentalise, il enclenche une mise à jour, un aggiornamento ! C'est alors la date de cette mise à jour qui fera foi et relancera les délais.
D'ailleurs, une prévision à long terme sera condamnée à rester dans le vague, incapable de s'inscrire dans un contexte bien circonscrit. D'aucuns, certes, vont s'extasier face à un pronostic à échéance de plusieurs décennies, ce qui peut tenter l'astrologue se fondant sur des retours cycliques de plusieurs décennies. Certains interprétes des Centuries, comme Patrice Guinard se seront ainsi laissé entrainer par le mirage de prédictions au lointain et l'on pense à Denis Labouré, dans le même cas, s'intéressant à un Pierre d'Ailly ayant pointé en1414 l'an 1789 !
Ce qui au contraire doit intéresser l'historien des textes prophétiques, c'est le contexte socio-historique et non les seuls computations astronomiques. Il y aurait là facheux mélange des genres. Quand nous étudions les astrologues à l'oeuvre comme un André Barbault, censé avoir annoncé un événement 36 ans à l'avance (cycle Saturne- Neptune), l'on se rend compte que cet éloignement évite à l'astrologue de s'inscrire dans un contexte par ailleurs bien défini et donc l'autorise à rester dans le vague « hors contexte » , « hors sol ».
Comme le formulait un Colloque en 2000, la prophétie est une arme de guerre faisant partie d'une stratégie de combat, de propagande. Si l'historien de l'astrologie n'a pas besoin de déterminer une époque, ce n'est nullement le cas pour l'historien du prophétisme lequel doit impérativement repérer à quel moment le texte est voué à impacter une situation selon le principe de la prophétie auto réalisatrice. Dans le cas de notre travail sur Nostradamus, il était essentiel de localiser l'époque de l'impact, ce qui nous a permis de déplacer la date de rédaction des Centuries de plus de 20 ans en montrant notamment que tel ajout de tel quatrain était lié à tel événement politique directement visé par le dit quatrain, ce que ne pouvaient faire ceux qui entendaient se limiter soit au vivant de Nostradamus soit au contraire à l'époque actuelle qui leur était familière alors qu'il suffisait d'étudier les dates rapprochées de publication sous la Ligue ; avec chaque fois des éléments nouveaux ajoutés au gré des circonstances entre 1588 et 1594.,..Pour défendre l'idée d'une prophétie non antidatée, on est alors obligé de croire à une prophétie de longue date.
Examinons l’ouvrage de Stéphane Gerson au prisme de notre propos méthodologique : » Nostradamus. Le prophéte de nos malheurs XVIe-XXIe siècles », Paris, Tallandier, 2016 (édition anglaise 2012, Ed. St Martin’s Press).
Nous y trouvons un « descriptif » - un « narratif » serait plus juste- que l’on retrouve à peu de choses près chez tant de nostradamistes (pp. 66-67)
« Edité pour la première fois en 1555, l’ouvrage (les Prophéties) permit à Nostredame de rejoindre la lignée des figures prophétiques (..) Le livre se présente sous la forme d’une collection de quatrains réunis par groupes de cent appelés Centuries (..) La première édition comprenait 353 quatrains ainsi qu’une Préface adressée à César (..) Deux ans plus tard une deuxième édition comprenait sept centuries dont deux incomplètes. En 1568, deux ans après sa mort, une dernière édition en proposait trois supplémentaires (pour atteindre le nombre fatidique de dix)
Et une lettre au roi Henri II. (..) L’hypothèse que les trois dernières centuries et la lettre soient apocryphes et posthumes a été défendue elle aussi ».
Mais par ailleurs, Gerson n’hésite pas à signaler des additions Gerson signale des additions : certes, divers quatrains auront été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. Il ressort de la posture de Gerson qu’il établit une sorte de frontière entre le temps des éditions « certaines » et celui des éditions « douteuses » ou du moins sur lesquelles il est concevable de douter. En résumé, la production 1555-1557 aboutissant à 7 centuries ferait partie du premier groupe, à coup sûr. Pourtant il suffit de parcourir les bibliographies de Chomarat et de Benazra (1989-90) pour la période 1588-1590 pour noter que l’on assiste à la formation de cet ensemble de 7 centuries. Pourquoi Gerson fait-il l’impasse sur le temps de la Ligue alors qu’il mentionne notre étude de 1997 ? Pourquoi ne se rend -il pas compte que le contexte de la Ligue éclaire la genése des éditions parues à cette époque, ce qui conduit à penser que les éditions reprenant peu ou prou leur contenu ont été antidatées ? On voit que ce cordon sanitaire – ce repli stratégique- ainsi constitué autour des 7 premières centuries est décidément bien fragile. On peut regretter que l’auteur n’ait pas pris connaissance de notre post doctorat pourtant disponible à la Bibliothèque du Warburg Institute de Londres comme une grande part de nos publications successives.
Le dominicain Giffré de Rechac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique, au XVIIe siècle / Jacques Hallbron.
2006-2007.
en trois volume aux cotes suivantes au Warburg (cf catalogue en ligne). FHI 285 v1, v 2, v3)
Mais on trouve ces volumes en ligne sur SCRIBD.
Gerson signale certes que divers quatrains ont été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. ( cf Jacques HALBRONN, « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique » ) 2015);
Il est dommage par ailleurs que Gerson n’ait accordé aucune attention à ce que Nostradamus adressa au pape Pie IV –tant en français qu’en italien. (cf la réimpression de 1906, Mariebourg) . Il aurait compris que dans les années soixante, les dernières de sa vie, Nostradamus ne semble nullement avoir privilégié l’expression poétique des quatrains qui, d’ailleurs, ne sont jamais qu’une translation de sa prose. Bien au contraire, Nostradamus avance des dates précises à propos de la naissance d’un certain Marcelin, au profil antéchristique. Ce Marcelin qui apparaitra d’ailleurs dans un quatrain composé à partir de sa prose chez un Antoine Crespin.(1572) Enfin, pour en revenir au second volet des Centuries, nous dirons qu’il est probablement une imitation du premier volet, au service cette fois non point de la Ligue mais du parti d’Henri de Navarre et le dit volet se référe à Chartres, le lieu de couronnement de ce prince réformé converti.(Paris vaut bien une messe)/ Ce second volet aura d’ailleurs été bâclé ,- c’est un plagiat - comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987) en compilant sans état d’âme, la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. En ce sens, d’ailleurs, il vaut mieux que Nostradamus n’ait pas été impliqué dans une telle opération.
Que l’on ait recyclé les Centuries pour d’autres époques est une chose mais l’historien des textes se doit de déterminer la vraie chronologie d’un tel corpus. Il est clair que le second volet ne sera apparu qu’au début des années 1590, d’où son absence pour les années qui précédent : 1588 1589. Sa parution aura d’ailleurs précédé de peu le Janus Gallicus de Chavigny qui fait le commentaire (1594) de certaines de ses quatrains des Centuries VIII à X.
A l’évidence, Stéphane Gerson n’aura pas été formé pour traiter sérieusement de la chronologie centurique qu’il adopte pour argent comptant, en toute impuissance critique, victime qu’il est du mariage périlleux entre biographie et bibliographie. Pourtant, Gerson avait pu prendre toute la mesure de la production annuelle de Nostradamus et l’on pouvait s’attendre à ce qu’il approchât les « Centuries » avec autrement plus de prudence, d’autant que leur existence du temps de Nostradamus n’était nullement une condition nécessaire à sa réputation, comme il l’aura démontré. Quelle déception : Gerson eût certainement rendu un service insigne aux études sur le « nostradamisme » en se dispensant de reproduire servilement un tel narratif, ce qui montre que les études ésotériques auront attiré peu d’esprits à la hauteur de l’enjeu scientifique et le Nostradamus de Gerson ne détone pas par rapport celui d’une Mireille Huchon chez Gallimard, maison qui avait publié la Sotie de Dumézil et le Nostradamus de Lagrange et Drévillon.
JHB
10 07 21
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