Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
vendredi 20 août 2021
jacques Halbronn Le maillon faible du centurisme: le second volet
Le maillon faible du centurisme : le second volet
par Jacques HALBRONN
Le cas du second volet des éditions "centuriques" - le canturisme étant une hypostase de l'oeuvre de Michel de Nostredame (1503-1566) nous apparait comme le "talon d'Achille" de tout un édifice construit de toutes pièces bien après la mort de leur prétendu auteur, ce qui n'est pas sans faire songer - ce que dénonçait Spinoza, au milieu du XVIIe siècle (traité théologico-politique, - au prétendu lien entre Moïse et le Pentateuque.
En effet, la comparaison entre les deux volets des éditions centurique conduit à penser que lse deuxième volet serait une imitation -donc forcément postérieure - du premier, à la solde du parti d'Henri de Navarre, le futur Henri iV; pour faire pendant au premier volet au service de la ligue catholique. Il serait donc recommandé aux partisans du centurisme de se délester, pour le moinse, d'un second volet ô combien suspect de contrefaction et d'antidatation. En comparaison, le premier vol centurique semblerait presque authentique!
A La seconde Epitre à Henri II
On sait depuis 40 ans et la traduction française de l'ouvrage en espagnol de Daniel Ruzo (ed du Rocher, 1982) que l'Epitre au roi Henri second datée de 1558 est une imitation d'une épitre adressée au même roi, celle là datée de 1556 (cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat, 2002)
Les faussaires n'auront même pas tenté de se référer à la précédente épitre pour donner le change.
B Les emprunts à la Guide de Charles Estienne
Depuis 1987, avec l'article de Chantal Liaroutzos (Suivez la Guide, in Réforme Humanisme Renaissance), nous savons que plusieurs quatrains du second volet ont été repris de la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (vers 1550), à moins qu'"il ne s'agisse d'un autre ouvrage du même genre et du même auteur, autour de pélerinages. Il s'agit des Voyages de plusieurs endroits etc (1552) antérieur de peu à la Guide (cf Connétable "Réponse à J. Halbronn", Espace Nostradamus. (Ramkat) Un n tel procédé pour "pondre" des quatrains à la chaine, ne saurait au demeurant honorer son auteur si tant est que l'on continue d'attribuer le second volet au dit Michel de Nostredame. Nous avons même montré qu'un des quatrains de ce type aura été ajusté pour annoncer le couronnement d'Henri de Navarre à Chartres, alors que l'origine chez Estienne était "Chastres" (Arpajon). Ce procédé aura d'ailleurs fait apparaitre le nom de Varennes (cf le commentaire de Georges Dumézil), ce qui montre que le prophétisme peut faire feu de tout bois.
C le contexte de la Ligue
Chavigny, dans le Janus François, n'aura pas hésité en s'adressant au nouveau roi à mentionner des quatrains issus toujours du second volet se référant à Mendosus et à Lorvarin, soit les anagrammes assez transparents des maisons de Vendôme et de Lorraine, ce qui désigne les deux camps en présence. Un autre quatrain est censé annoncer la défaite de la maison de Guise par le dit Nostradamus et d'ailleurs Chavigny délimite la période de la Première Face du Janus François par deux dates favorables à la percée du protestantisme: 1534 et 1589 (assassinat d'Henri III) figurant en sous-titre.
D Le modéle des trois centuries
Si la formation du premier volet est quelque peu laborieuse avec ses additions successives que furent au départ les Centuries IV et VII, celle du second volet ne nous offre aucune variante; On ne dispose que d'un seul état à 3 centuries ne souffrant aucun ajustement, comme d'un seul jet. Une telle perfection nous semble assez suspecte et est révélatrice d'un phénoméne d'imitation. Rappelons qu'il a certainement existé une édition à six centuries se terminant par un quatrain en latin (supprimé dans certaines éditions comportant des quatrains additionnels.(cf St Jaure, 1590, Grandes et merveilleuses prédictions, Ces 6 premières centuries avaient été produites à partir d'une édition à trois centuries augmentée d'un certain nombre de quatrains comme ce sera le cas au delà de la VIe Centurie.
Il est donc tout à fait improbable qu'ait pu exister une édition des deux volets dès 1568, comme le voudrait encore démontrer Patrice Guinard, contre toute évidence. Ce second volet date vraisemblablement de peu de temps avant le couronnement à la cathédrale de Chartres - dont on a vu qu'un texte de la Guide aura été retouché dans ce sens, et peu de temps avant la parution du Janus François de Jean Aimé de Chavignt qui y recourt. Croire que sous la Ligue on aurait refusé de publier le second volet déjà paru reléve du roman.
JHB
19 08 21
jacques Halbronn La question des additions dans les éditions centuriques 1588 1590
La question des additions dans les éditions centuriques 1588-1590
par Jacques Halbronn
Nous partirons de l'édition parisienne Veuve Nicolas Roffet, 1588 (Biblio 0128 pdf prophéties.it)
¨
. Le titre implique une addition à la « dernière centurie ». de 39 articles. Nous avions pensé que cela visait la VIIe centurie mais en fait c'est en fait une addition à la Centurie VI et c'est par erreur selon nous que l'on aura noté « Centurie VII » alors que les quatrains ajoutés sont numérotés de 72 à 84 c'est à dire à la suite des 71 quatrains de la Vie. Autre erreur : on aura mis 39 articles au lieu de 29 puisque 71 + 29 = 100.
La comparaison avec le traitement de la Centurie IV dans cette même édition parisienne est tout à fait parlante lorsqu'il s'est agi de compléter la dite centurie s'arrêtant à 53 quatrains pour parvenit, au prix d'une addition à 100
Prophéties de M . Nostradamus adioustées outre les précédentes impressions Centurie IV.
Prophéties de M. Nostradamus adioustées nouvellement -Centurie VI (et non VII)
Le scénario se répéte : on part d'une centurie qui n'arrive pas jusqu'à 100 et l'on annonce une addition : « adioustées » dans les deux cas. Cela montre que la centurie VI tout comme la Cenurie IV a été constituée en deux temps au moins.
Force est de constater que c'est par erreur que la formule « septiesme centurie » apparaît alors qu'il s'agit de la suite, de la continuation de la Vie centurie tout comme cela aurait été une erreur que de nommer cinquiéme centurie, la suite de la Ive Centurie. Bien pis, il est indiqué centurie VIIIe alors que la Centurie VI -(alias 7) n'en est qu'à 84 quatrains, la dite VIIIe centurie ne comprenant ici que 6 quatrains suivis du mot « FIN ».En fait ces centurie VII et VIII n'auraient du être que des additioins à la centurie VI et « dernière ». Si l'on additionne les 12 quatrains de la « VII « et les 6 quatrains de la « VIII », on obtient 18 quatrains alors que la VI s'arrétait à 71 quatrains., ce qui donnerait 89 quatrains à la VI.
Que conclure ? Que les éditions 1557 ne rendent pas compte de cet état des choses, puisqu'elles ne signalent aucune addition à la différence des éditions parisiennes du même type que celle que nous utilisons ici et qu'elles proposent une sixiéme centurie à 100 quatrains plus une centurie VII à 40 o u 42 quatrains(selon les exemplaires conservés respectivement à Budapets et à Utrecht). Il s'agit là d'un contre sens, comme on l'a montré, l'ensemble devant se limiter à six centuries et les additions ne concernant pas une VIIe centurie mais une Vie centurie à 71 quatrains. Notons que l'édition Anvers 1590 St Jaure, comporte 99 quatrains seulement à la Vie centurie et 35 à la VIIe. Il apparaît qu' il a du exister une édition à 6 Centuries « pleines » se terminant par un quatrain latin et que l'on aura voulu ajouter des quatrains à cet ensemble pour constituer une viie centurie d’où la suppression du quatrain 100 dans l’édition Anvers St Jaure 1590.
JHB
20 08 21
jeudi 19 août 2021
lundi 16 août 2021
Jacques Halbronn Critique de l'idée de conjonction planétaire en Astrologie
Critique de l' idée de conjonction planétaire en Astrologie
par Jacques Halbronn
On sait que la conjonction de deux planétes a longtemps été à l'honneur -depuis environ mille ans, du temps d'Albumasar : il s'agissait alors des deux planétes connues les plus lentes, à savoir Jupiter et Saturne/ Cette « théorie » des « grandes conjonctions » s'articulait sur les triplicités ( Quatre Eléments) du fait que les dites conjonctions se succédaient, tous les vingt ans, à intervalles de 120° si bien qu'il fallait plusieurs siècles pour changer de triplicité, et cela permettait de conférer une certaine unité à des périodes relativement longues, le changement de triplicité étant, ipso facto, censé être de grande importance, portée et signification.
Mais déjà ce faisant, on aurait pu observer un certain dysfonctionnement au regard de la notion de cyclicité planétaire. En effet, on en arrivait à une polycyclité pour chaque planéte dès lors que l'on étendait le processus conjonctionnel à l'ensemble du systéme solaire dont on sait que les bornes seront bousculées à partir de la fin du XVIIIe siècle, du fait des progrès des techniques d'observation, et notamment avec la lunette et le télescope. En effet, chaque planéte se trouverait doté d'autant de cyclicités que de partenaires conjonctionnels. C'est ainsi que le cycle de Jupiter de 12 ans environ serait recouvert par l'intercyclicité avec une autre planéte tout comme le cycle de Saturne de 28 ans environ. Ces deux planétes se retrouveraient ainsi toutes deux dotées d'un cycle commun de 20 ans ! Pour prendre un exemple plus récent, le cycle Saturne-Neptune -mis en exergue par André Barbault- se verrait calibré à 36 ans, alors que Saturne a un cyle de 28 ans et Neptune de 165 ans ! Autrement dit, Saturne avec Jupiter aurait un cycle de 20 ans et avec Neptune de 36 ans et tout à l'avenant au gré des diverses combinatoires conjonctionnelles ! Ce qui allait constituer quelque part une hérésie astronomique, notamment au prisme de la 'loi » de Titius Bode (cf Jean Pierre Nicola, Nombres et formes du cosmos)
Il nous apparaît qu'il y a eu là un détournement de l'idée de conjonction en astrologie car selon nous les aspects n'étaient pas au départ censés concerner des rapports planéte/planéte mais des rapports planète/étoile ou encore planéte/axe équinoxial ou solsticial, en lien avec le cycle terrestre des saisons. Rappelons que les constellations sont des ensembles d'étoiles, comme leur nom l'indique, et qu'il était coutumier de situer les planétes dans l'espace par rapport à des étoiles. Même l'idée de révolution planétaire sidérale n'était elle pas détermniée par une conjonction planéte/étoile, ce qui fixait ainsi à 12 ans le cycle unique de Jupiter et idem pour les autres planétes.. Avec les conjonctions planétaires, on introduisait une relativité cyclique fâcheuse. Et les choses deviendraient encore plus «flottantes » du fait de l'accroissement du nombre de planétes répérées dans le systéme solaire et des interactions qui en découleraient.
Très vite, nous avions pris conscience du caractère problématique des conjonctions entre planétes. Dès 1976, nous avions exclu dans nos tableaux cycliques toute combinatoire de planétes entre elles. (Clefs pour l'astrologie, Paris, Seghers, Claves de la astrologia 1978) face à un André Barbault qui ne jurait que par une telle formule. Le fait que notre projet ait été préféré en 1973 par l'éditeur face à celui de Barbault était symbolique d'un passage de relais. Mais force est de constater que cela n'eut guère d'impact sur les pratiques du milieu astrologique francophone malgré la parution, trente ans plus tard, de notre Astrologie selon Saturne (Ed de la Grande Conjonction , 1994-1995) ainsi que de la réédition de Clefs pour l'astrologie (Seghers 1993, notamment les pp/ 136 et seq) Nous faisions d'ailleurs, dans les années 70 , une exception pour les conjonctions des planétes avec le Soleil.(cf Astrologie Sensorielle, Cosmpolitan, numéro de janvier 1977)
Il est vrai que le débat se situait, pour Barbault, au niveau d'une validation par la pratique prévisionnelle. Nous avons montré que les prétendues confirmations du cycle Saturne Neptune avaient été dues à une coincidence entre les dates de passages de Saturne sur les axes saisonniers (5x7 : 35 ans) et celles du dit cycle Saturne Neptune de 36 ans. C'est ainsi qu'en 1989, il y a eu d'un côté la conjonction Saturne-Neptune et de l'autre le passage de Saturne sur l'axe solsticial (cance-capricorne) Or, il est conseillé d'opter , selon le principe d'Occam, pour la grille la plus simple. D'un côté le cycle « naturel » de 7 ans, (28/4) nullement perturbé par un lien avec un autre cycle et de l'autre un cycle « artificiel » et fictif de 36 ans. Les rendez vous conjonctionnels à la Barbault ne fonctionnaient que tous les 36 alors que les notres étaient marquants de 7 ans en 7 ans, avec une dialectique équinoxe-solstice permettant un flux et un reflux.
Dans 1964. La crise mondiale de 1965, (Albin Michel, pp. 24 et seq) Barbault exposait déjà son systéme conjonctionnel englobant les planétes de Jupiter à Pluton avec ce slogan : « la conjonction des planètes lentes est la configuration-clef de notre devenir terrestre » Etrangement, Barbault dans sa démonstration annonçait une « crise mondiale » à venir prochainement alors que l'on venait d'en traverser une de toute première magnitude avec les crises de Berlin et de Cuba.(1961-62) comme si de rien n'était !
Il est vrai que ces derniers événements ne collaient pas vraiment avec la théorie en question de la concentraion de conjonctions planétaires.(indice cyclique) Le grand inconvénient de ce cycle des conjonctions planétaires tenait paradoxalement à son absence de cyclicité. Car si un cycle monoplanétaire offre la même régularité que notre cycle saisonnier, avec une alternance de phases toutes de même durée, il n'en est pas de même du graphique en dents de scie tel que présenté par Barbault sur la couverture des astres et l'Histoire, Paris, Pauvert, 1967)
Le thème natal, lui-même, apparaît comme marqué par la théorie des aspects, chère à Kepler pour qui – au début du XVIIe siècle-
le salut de l'astrologie (cf Gérard Simon, Kepler astrologue-astronome, Paris, Gallimard, 1977) devait impérativement passer par une focalisation sur les aspects entre planétes.
En 1976, nous condamnions le thème astral aux poubelles de l'Histoire et nous proposions- à l'encontre d'une astrologie « hors sol » d'appréhender la personne au moyen de tests et non sur la base des « astralités » de naissance propre à la généthlialogie, amorçant ainsi une anthropocosmologie, déjà engagée par un Jean Bodin, à la fin du XVIe siècle.(République, Livre IV, ch. II et Lettre, Troyes, 1590) à partir d'observations numériques sur le cycle des républiques.. En effet, la connexion planéte/axes équinoxe solstice s'articulait sur une binarité Ciel-Terre, déjà exposé au premier verset du Livre de la Genése.
Plutôt que d'opter pour un cycle monoplanétaire, Barbault avait pris le parti de constituer un graphique de synthèse sur la base des cycles de 5 planétes, ce qui lui évitait de devoir opter, de trancher,pour tel cycle en particulier, persuadé qu'il était que l'astrologie devait absolument prendre en compte l'intégralité du systéme solaire à pervevoir comme un tout d'un seul tenant. Pour nous, en revanche, il convenait, notamment dans notre Astrologie selon Saturne, de partir de certaines récurrences socio-politiques
et d'observer si des corrélations étaient envisageables et ce sans idée préconçue. C'est ainsi qu'en 1993, nous localisions une certaine partie de l'écliptique régulièrement impactée de 7 ans en 7 ans, à la charnière du signe des poissons et de celui du bélier (point vernal). Ce cycle de 7 ans, nous le relierions le connecterions avec le cycle de Saturne, ce qui recoupait peu ou prou la méthode de Bodin (lui même ayant influencé Kepler (cf notre étude « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology. » In collectif dir.P. Curry, Astrology, Science and Society, Boydell Press, 1987) Nul n'était besoin de faire appel à des planétes au delà de Saturne comme le présentait Barbault.Mais ce qui est peut être le plus génant dans certaines propositions tient à leur déconnexion par rapport à l’organisation et à la gestion de la Cité. Il nous semble évident que les « citoyens » doivent avoir une certaine perception collective des configurations célestes pertinentes en astrologie, ce qui exclue les planétes invisibles à l’œil nu ainsi que tout savant calcul comme celui inventé par Barbault. On notera que le raisonnement de Barbault sur la répartition irrégulière des conjonctions semble calqué sur celui de Léon Lasson (cf son Astrologie Mondiale, 1937) à partir de la fréquence des éclipses, ce qui l’avait conduit à annoncer « 15 ans de paix pour l’Europe » à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Ajoutons que la recherche astrologique exige une connaissance fine de l’enchainement des événements au bout de quelques décennies passées et l’on sait que seuls les spécialistes en sont capables sauf à se satisfaire de grossières simplifications comme la question des deux guerres mondiales.
JHB
16 08 21
samedi 14 août 2021
Jacques Halbronn Les vraies causes du discrédit de l'astrologie en France tout au long du XVIIe siècle
Les vraies causes du discrédit croissant de l’Astrologie en France tout au long du XVIIe siècle
Par Jacques Halbronn
L’on a coutume de dire que l’astrologie judiciaire aura souffert des progrès de l’astronomie mais on a généralement suivi une fausse piste alors que l’explication la plus probable ressort assez nettement de la lecture des textes publiés à l’époque lesquels posent le probléme autrement.
On donnera comme exemple un exposé d’Hervé Drévillon en anglais concernant l’ouvrage d’Hervé Drévillon (cf bibliographie in finé) concernant les deux lignes de la disqualification de l’astrologie :
« In seventeenth-century france, astrology and prophecy seem to fall into discredit in two ways : first, the science of astrology is more and more criticised by learned people, second, the astrological and prophetical literature is increasely considered as a popular one. The aim of this works is to study the link beetwen those two ways of disqualification. The scientific revolution is not an adequate ground to explain the exceptional wave of criticism shaking astrology and prophecy. This wave is rather due to the collapse of credibility of the differents kinds of astrological and prophetical books. Parody, falsification, degradation of the material aspect make the learned people turn away from these books considered as incredible and rejected by those who want books to be the identification mark of their social condition. Considered as popular, this kind of literature also appears like dangerous to the opinion of the reason of state fighting against superstitions, of which books are supposed to be the best medium. The discredit of astrology and prophecy is rather due to cultural, social and political reasons, than to scientific one”
IL faut comprendre que l’astronomie aura connu depuis deux siècles une crise d’image avec les bouleversements qui l’ont secouée depuis Copernic et Galilée en passant par Kepler ;
Cela aura certainement ébranlé sa position et il convenait d’opter pour un discours de réhablitation, ce qui consistait en quelque sorte à faire de nécessité vertu et de présenter un savoir qui ne bougeait pas comme suspect. Il fallait faire l’apologie du changement et présenter celui-ci nomme comme un dommage mais comme un signe de bonne santé.
A contrario, l’astrologie, quant à elle, semblait immuable et il fallait que cette « vertu » devint stigmatisant, ce à quoi se consacrèrent nombre d’auteurs.
Les ouvrages ne manquent certes pas, opposant astronomie et astrologie (ou astromancie) comme celui du Jésuite Jean François :
Traité des influences celestes ou les merveilles de Dieu dans les cieux sont déduites : Les inventions des Astronomes pour les entendre sont expliquées : Les propositions des Astrologues judiciaires sont démontrées fausses & pernicieuses, par toute sorte de raisons, d'autoritez, & d'experiences, 1660, Rennes.
Mais le cas de Jean-Baptiste Morin nous apparait comme tout à fait emblématique au prisme des attaques dont il est l’objet. Il en est ainsi d’une Lettre qu’un certain Barancy lui adresse en 1650, au moment où Morin annonce qu’il a achevé son « Astrologia Gallica » (qui ne paraitra qu’en 1661)
On l’y met au défi de renouveler réellement l'astrologie en lui indiquant la nécessité d’une mue radicale et on y dresse par avance le portrait en creux de que la nouvelle astrologie ne saurait être à l’avenir :
« On n'y parle plus des 12 maisons, aussi estant mal bâties- Vous en aurez fait d'autres toutes neuves. Plus de ces signes du Zodiaque qui faisaient peur aux enfants. Plus de ces vilains aspects quadrat & opposition, plus de trigones et de sextiles. Fy, ils sont tous morts de vieillesse. Plus de ces rectifications et animodar. Plus de cette fantastique Trutine d'Hermés. Plus de ces resveries d'exaltations, dépressions, chutes, détriments etc . Plus de ces malheureuses directions, plus de ces révolutions. Autrement, cela ne serait plus un habit neuf mais vieux & usé (..) Y nommez vous encore les planétes ? Cela sentirait trop son antiquité. Vous n'oserez plus parleer de Partie de fortune, d'hylec, ny d'alcocodon si vous ne voulez estre sifflé parce que nous vous reprocherions avec justice que contre votre promesse vous ne nous donneriez que de vieilles pièces desrobées ; Tenez donc votre parole & souvenez vous bien, je vous le repéte, que vous nous promettez toutes choses nouvelles , rien de desrobé, point de pièces recousues en un mot un habit neuf »
On ne demande point à l’astrologie de s’aligner sur l’astronomie quant à ses fondements mais de prendre modèle sur elle quant à son aptitude à se renouveler, ni plus ni moins. On comprend mieux, en ce sens, la démarche d’un Kepler proposant, au début du siècle, dans une approche critique, de jeter par-dessus bord tout un pan de la tradition astrologique. Hélas, Morin n’accouchera pas d’une astrologie dotée d’ »habits neufs » comme il s’y était engagé pas plus d’ailleurs en 1697 qu’un Eustache Lenoble dont l’œuvre astrologique reste en grande partie calquée sur la Tétrabible de Ptolémée.
La révolution qui atteindra l’astrologie ne surviendra qu’avec la découverte de nouvelles planètes à partir de 1781 et autres astéroides. Mais cela arrivera un siècle trop tard et encore en France seulement à la fin du XIXe siècle.
Biblographie:
Michèle Grenet La passion des astres au XVIIe sièvle. De l’astrologie à l’astronomiie. Paris, Hachette 1994
H ; Drévillon Lire et écrire l’avenir Ed Champvallon 1996
Hervé Patrice Guinard Apogée de l'astrologie française à la fin du XVIIème siècle // Astralis, 19, Lyon, 1987 .
JHB
14 08 21
vendredi 13 août 2021
jeudi 12 août 2021
Jacques Halbronn Le syncrétisme biblique et le syncrétisme centurique
Le syncrétisme biblique et le syncrétisme centurique
par Jacques Halbronn
Bien des travaux de recherches buttent sur le phénoméne du syncrétisme en partant bien à tort du principe d’une harmonie générale propre au corpus étudié. il y a deux solutions: soit nier qu’il y ait des éléments disparates dans le temps et dans l’espace au sein du dit corpus, soit prendre la mesure du dit phénoméne.
L’étude comparée de deux syncrétismes, le biblique et le centurique, distants dans leur formation de 2000 ans environ se révéle offrir une belle valeur heuristique, dans la mesure où le centurique est bien plus proche de notre temps et fournit une plus grande quantité de repéres historiques et de documents; Il n’en reste pas moins que de nos jours, le déni du syncrétisme centurique reste encore – pour combien de temps?- la position consensuelle. Et c’est la problématique du déni du syncrétisme qui est susceptible de nous interpeller.
Première partie
Aspects du syncrétisme biblique.
Le mot Bible recouvre à l’évidence une grande variété de courants, de positions et il n’en est pas moins vrai que ses commentateurs et interprétes ont à coeur de circuler librement et sans entrave au sein de cette Bible. L’argument de la préfiguration permet de soulager bien des scrupules et il est de bonne guerre de souligner les lignes de convergence.
On prendra ici pour exemple non pas le distinguo classique entre Ancien et Nouveau Testament mais celui bien moins exploré et balisé entre le Royaume du Nord, d’Israël et celui de Juda, au lendemain de la mort de Salomon, étant entendu que le clivage préexistait bien avant.
La critique biblique aura certes mis en évidence des ajouts, comme dans le cas du Livre d’Isaïe – on parle alors du Deutéro-Isaïe- et à partir de ce cas, force est de constater que certains chapitres additionnels portent nettement la marque « israélite ». comme dans le cas du passage où l’on fait dire à Cyrus, le roi de Perse, qu’il s’adresse à la maison d’Israel, se calquant sur l’édit du dit Cyrus au profit des Judéens, mettant en oeuvre leur retour de Babylone.
Certains objecteront que s’il en était ainsi, on s’en serait aperçu et on n’aurait pas laissé passer certaines incongruités comme dans le cas du livre de l’Exode, dans le Pentateuque, où il est question d’un bout à l’autre des Enfants d’Israel conduit dans le désert vers la Terre Promise par un Moïse dont on nous dit qu’il aurait composé le dit Penteateuque, ce que contesta un Spinoza dans son traité théologico-politique.
Deuxiéme Partie
Aspects du syncrétisme centurique
Pour répondre à la question posée plus haut, examinons le cas du syncrétisme centurique . On y trouve deux volets, l’un introduit par une préface à César, l’autre par une EPitre au roi Henri II. Contrairement à ce qui se passe pour la Bible, on n’en est même pas au stade de relever des différences majeures entre les dits volets, à savoir que le premier est à la solde de la Ligue catholique et l’autre à celle du parti du futur Henri IV, réformé.
La question que nous avons posée plus haut est la suivante: pourquoi a-t-on placé au sein d’un même ensemble des textes aussi contraires? Mais ne serait-ce point là le propre du syncrétisme que ce déni au nom d’un matériau commun? Rappelons qu’en 1598 fut déclaré l’Edit de Nantes qui envisageait une sorte de paix entre les partis en présence, état qui se prolongera jusqu’en 1685 avec la Révocation.
Eh bien, selon nous, un tel arrangement a manifestement du avoir lieu entre les descendants et ressortissants des deux « maisons » – le propos de Jésus atteste de la perpétuation de ce clivage mille ans après la destruction du Royaume du Nord. « Je suis venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël ».
Autrement dit, au nom d’une unité assez factice, l’on affirma une « unité » – revendiquée dans le Ecoute Israël autour du « Ehad » au nom de la raison d’Etat.
JHB
12 08 21
mercredi 11 août 2021
jacques Halbronn La répartition des conjonctions dès 1963 dans l'astrologie mondiale d'André Barbault
La répartition des conjonctions dès 1963 dans l'astrologie mondiale d'André Barbault
par Jacques Halbronn
Notre enquête sur les sources de l'indice cyclique de Barbault nous avait déjà permis de nous intéresser à l'article "Répartition" du Dictionnaire Astrologique de Gouchon en 1935 voire à sa version de 1934 sous le titre Les Secrets du Zodiaque (avec Robert Dax). Cela nous avait mis sur la piste d'Eugéne Caslant et de Hoene Wronski (cf dans les années cinquante l'ouvrage de Marie Thérése Herboulet, Ed du Nouvel humanisme) Etrangement, Barbault s'il mentionne des brochures annuelles de Gouchon (que nous n'avons pas retrouvées à ce jour) dans les Astres et l'Histoire (Ed Pauvert, 1967) ne se réfère pas au dit Dictionnaire.
Mais nous apportons ici une nouvelle pièce au dossier, à savoir le chapitre "Vers une nouvelle crise mondiale" de son ouvrage paru en 1963 (quatrième trimestre) : "1964. La crise mondiale de 1965" Ed Albin Michel (pp 24-30). En effet, dans ce chapitre, nous trouvons déjà un exposé substantiel de ce qui sera publié dans Les Astres et l'Histoire et nous en reproduisons les passages les plus significatifs:d'entrée de jeu, le quintet planétaire de Jupîter à Pluton est posé et l'accent est mis sur l'aspect central de la conjonction entre deux planétes du dit quintet. "Le conjonction des planétes lentes est la configuration clef de notre devenir terrestre (...) il importe en tout premier lieu d'être fixé sur la répartition de toutes ces espèces de conjonction, au long des années." Barbault propose de couvrir la période 1900- 1971. "On en compte au total vingt huit mais on remarque, écrit-il, qu'elles sont réparties inégalement dans le temps" Barbault reléve la "concentration" de conjonctions pour les deux guerres mondiales et des "vides" pour des périodes moins troublées.
Reprenons le propos de Barbault à partir de la Seconde Guerre Mondiale:
"Apparait une nouvelle concentration de cinq conjonctions durant les six années de la deuxième guerre mondiale", de 1940 à 1945. C'est ensuite le rertour d'une période peu occupée: on note en effet six conjonctions non groupées durant les dix neuf années qui vont de 1946 à 1964;"
Pour celui qui observe le XXe siècle, qui de la Crise de Cuba de 1962?????
Que nous dit l'article Wikipedia?
"La crise des missiles de Cuba est une suite d'événements survenus du 14 octobre au 28 octobre 1962 et qui ont opposé les États-Unis et l'Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques pointés en direction du territoire des États-Unis depuis l'île de Cuba. Cette crise a mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire.
Moment paroxystique de la guerre froide, la crise de Cuba souligne les limites de la coexistence pacifique, et se solda par un retrait des missiles par l'URSS en échange d'un retrait de certains missiles nucléaires américains de Turquie et d'Italie, et par une promesse stipulant que les États-Unis n'envahissent plus jamais Cuba (1961, Débarquement de la baie des Cochons, tentative américaine d'envahir l'île) sans provocation directe. Cet accord entre le gouvernement soviétique et l'administration Kennedy, certes contraignant pour la future politique extérieure des États-Unis, a permis au monde d'éviter un conflit militaire entre les deux puissances qui aurait pu mener à un affrontement nucléaire et à une troisième Guerre mondiale. Un « téléphone rouge » reliant directement la Maison-Blanche au Kremlin fut également installé après la crise afin de pouvoir établir une communication directe entre l'exécutif des deux superpuissances et éviter qu'une nouvelle crise de ce genre ne débouche sur une impasse diplomatique."
Certes, on peut arguer du fait qu'une nouvelle guerre mondiale a pu être évitée. de justesse mais le provbléme - si l'on peut dire - c'est qu'aucune crise plus aigue n'aura eu lieu jusqu'à ce jour, soit durant 60 ans./ Barbault ne va pas jusqu'aux années 1982 qui seront au coeur des Astres et l'Histoire et dont on sait que cela n'aura même pas pris la dimension de 1962! Tout se passe comme si Barbault s'était polarisé sur l'année 1971 qui est celle de l'opposition Saturne-Neptune, 18 ans après 1953 et dont il reconnaitra en 1973 dans le Pronostic Expérimental en Astrologie (Payot, 1973) que cela n'avait rien donné de très percutant..
Mais ce qui nous frappe ici c'est le fait que rétrospectivement - il publie fin 1963- il ne dise pas un mot sur la toute récente crise de Cuba, forcément dans toutes les mémoires. Nous y voyons comme une sorte de déni de réalité. Une chose est de ne pas annoncer une crise, une autre de la passer sous silence après coup!
Inversement, quand nous avions annoncé un mouvement social majeur pour 1995, avec une configuration analogue à celle de 1968, au vu de la position de Saturne autour du point vernal, (cf notre Astrologie selon Saturne, 1994), Barbault n'a pas daigné commenté la chose.
A nouveau, recourons à Wikipedia
"Les grèves de 1995 en France contre le plan Juppé de 1995 furent à leur époque les plus importantes depuis celles de Mai 682. Le nombre moyen annuel de jours de grève en 1995 a été six fois supérieur à celui de la période 1982-19943. Du 24 novembre au 15 décembre, des grèves d'ampleur ont eu lieu dans la fonction publique et le secteur privé contre le « plan Juppé » sur les retraites et la Sécurité sociale. Le mouvement social de l'automne 1995, souvent réduit à la grève des transports publics, très visible et fortement médiatisée, a concerné également les grandes administrations (La Poste, France Télécom, EDF-GDF, Éducation nationale, secteur de la santé, administration des finances, ...)."
JHB
11 08 21
mardi 10 août 2021
Jacques Halbronn Sur le traitement du Judenstaat de Theodor Herzl
Sur le traitement du Judenstaat de Herzl.
Par Jacques Halbronn
Il y a près de 20 ans, nous avions publié dans Prophetica Judaica, des documents concernant Theodor Herzl ( ed Ramkat 2002) –Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle. Nous nous proposons ici, avec le recul, de revisiter ce dossier notamment quant à la question de la chronologie des éditions et du titre français.
Claude Klein écrit (L’Etat des Juifs, La Découverte, 2003, p. 7) : » La Première édition française suivit de quelques mois seulement l’édition originale. Elle parut dans la Nouvelle Revue Internationale en deux parties, la première le 31 décembre 1896, la seconde le 15 janvier 1897. Quelques semaines plus tard, cette même traduction paraissait en brochure séparée comme Extrait de la Nouvelle Revue internationale. Cette première traduction à l’impression très serrée ne couvre que quarante- trois pages. Curieusemenement, aucune indications n’est fournie quant au nom du traducteur » ‘ L’édition allemande date du 15 février 1896 : Der Judenstaat, Versuch einer Modernen Lösung der Judenfrage soit près d’un an avant la publication du texte en français sous le titre de l’Etat Juif.
On peut se demander pourquoi Claude Klein propose une traduction française de l’allemand alors qu’il existe une tra-duction française d’époque, du temps de Herzl lui-même, qu’il aura probablement supervisée , la dite traduction ayant été reproduite dans notre édition de 2002 avec pour titre l’Etat Juif.
Le probléme, c’est que la question de la traduction se pose à deux reprises dans le titre, ce qui conduit Klein à une cer-taine gesticulation : « L’Etat des Juifs. Contribution à une solution moderne de la question juif ». Donc dans un cas, on rend Judenstaat par « Etat des Juifs » et dans l’autre « Judenfrage » par « Question Juive ! Klein se garde bien sur la page de titre de mentionner le sous- titre quelque peu embarrassant. Il substitue en quelque sorte, de facto, le sous -titre d’origine en annonçant un ‘essai sur le sio-nisme ». Il est vrai que l’usage même du mot « solution » est génant,(Versuch einer Modernen Lösung der Judenfrage ) puisque cela fait songer à la « solution finale » des nazis. Endlösung. D’ailleurs, Claude Klein note (p. 6) que ce titre (Versuch einer Modernen Lösung der Judenfrage ) avait été choisi au départ par Herzl et restera comme sous- titre par la suite. Klein se garde bien de noter (p. 7) sous quel titre parut la traduction française d’ailleurs validée –par erreur ? - par Herzl lui-même lequel demeura à Paris un certain temps.
Dans son journal, Herzl rcconnait qu’il lui aura fallu près d’un an (tout au long de 1896) pour « caser » la traduction française (L’Etat juif, suivi de Extraits du Journal, Préface de Moché Scharf, Ed Stock, 1981, p. 176) On peut penser que la forme « Etat Juif » posait moins probléme que « l’Etat des Juifs » si tant est que ce point ait été même évo-qué. Curieusement, la « Question des juifs » nous apparait comme « passant » mieux que la « Question juive » alors que l’Etat Juif « passerait » mieux que l’Etat des Juifs car ici « des » a la portée d’une possession, d’une appartenance.
Se pose d’ailleurs la question du sens même du mot « Etat ». On pense à Vichy avec son « Etat Français » comme on dit « République Française » et non République des Français. Quant à Louis Philippe, il sera qualifié de « Roi des Français » et non roi de France. On connait la formule « la France aux Français » ou encore «Algérie Française. » Selon nous la qualification de l’Etat est déterminante et n’est nullement exclusive d’une certaine diversité des populations, ce qui devient restrictif sous la forme « Etat des Juifs », c’’est à dire « pour les Juifs » On sait d’ailleurs de quelle façons la question est devenue cruciale ces dernières années et peu compatible avec une ouverture. En ce sens, l’adjectif ‘Juif » se situe plus sur un plan philosophique alors que la forme « des Juifs » serait plus d’ordre ethnique.( cf Claude Raphael Samama, Réflexions nouvelles sur des questions juives . Du singulier à l’universel, Paris, ed. Maisonneuve & Larose, 2007) Ainsi, nous aurions tendance à traduire le titre de Herzl : l’Etat Juif, essai de solution de la question des Juifs !
1. En fait, il convient de constater le mode de passage du français vers l'allemand et vice versal/ Pour dire « langue maternell e » en allemand, cela devient « Muttersprache », la langue de la mère et pour dire taches solaires, cela devient en allemand Sonnenflecke/ Dans les deux cas l'adjectif français est rendu en allemand par un nom et donc l'Etat Juit devient en allemand « Judenstaat », l'Etat des Juifs si l'on devait traduire littéralement tout comme l'on dirait – à tort- la langue de la mère ou les tâches du Soleil/ Tiergarten le jardin des animaux devient en français jardin zoologique, avec la formation d' un adjectif ais signe zodiacal.
JHB
06 08 21
Jacques Halbronn Contribution à l'histoire de la critique biblique. De Gaffarel à Spinoza
Contribution à l’histoire de la critique biblique De Gaffarel à Spinoza
par Jacques Halbronn
Cette étude entend compléter notre post-doctorat (2007) consacré à la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle autour du dominicain Jean de Réchac et de son Eclaircissement des véritables quatrains (1656)
Est ce une coincidence si la traduction latine des Curiositez Inouyes de Gaffarel (qui décédera en 1681) paraît en 1678 à Hambourg et à Amsterdam Curiositates Inauditae de Figuris Persarum talismanicis. Horoscopo Patriarchum et Charac-teribus Coelestibus Hambourg et Amsterdam (BNF) au len-demain de la parution de l'édition posthume des œuvres de Spinoza (mort en cette même année 1677) dont le Tractatus Theologico Politicus, considéré comme une œuvre pionnière de la critique biblique ?
1. On comparera des extraits des tables des matières des deux ouvrages en prenant pour base la traduction fran-çaise du Tractatus (Bib. Arsenal) parue sous le titre « La Clef du Sanctuaire » en 1678 à Leyde (Hollande- habituée à publier en français on pense à Nostradamus dont les quatrains paraissent chez le même éditeur que pour Gaffarel en latin :.Les Vrayes Centuries et Prophéties de maistre Mi-chel Nostradamus, Amsterdam, Jean Jansson [...], 1668, soit dix ans plus tôt. Cette édition en langue française-anonyme- sous ce titre « Clef du Sanctuaire » -aura certainement rendu plus accessible la pensée de Spinoza quasi simultanément avec la parution en la-tin. :
Spinoza Clef du Sanctuaire table des chapitres
I de la prophétie II Des prophétes IIIde la vocation des Hébreux & si le don de prophétie ne se trouvait que parmi eux IV De la loy divine Les raisons pourquoy les ceremo-nies ont été instituées & de la foy des histoires à scavoir en quel sens & à qui elles sont nécessaires
VI des miracles VII de l'interprétation des Escritures
VIII Que les cinq premiers livres de la Genése n'ont pas esté escrits par Moyses ni ceux de Josué, des Juges, de Rois de Samuel par ceux dont ils portent le nom
X examen du Vieux Testament
XII Du véritable original de la loy divine
XX Que dans une République libre il doit estre permis d'avoir telle opinion que l'on veut et mesme de la dire
Gaffarel Curiositez Inouyes 1631
1. Partie ch I Qu'on a faussement imposé plusieurs choses auc Hébreux & au reste des Orientaux qui ne furent jamais
Sommaire :
1. 1 Arguments contre les Orientaux , sur quoy fondez
2 Juifs faussement accusez par Apion, Plutarque, Strabon, etc d'avoir adoré des asnes, des ceps de vigne & des nuées
3 Naissance de ces resveries. D'où tirée
4 Faux, que les Syriens adoraient les poissons. Xénophon, Cicéron etc réfutez
5 Dagon mais en forme de Triton Fable descouverte
6 Samaritains nullement idolastres non plus que Aaron & Jéroboam pour avoir dressé des veaux d'or
7 Chérubins non en forme de jeunes hommes contre tous les Autheurs grecs & Latin et la plupart des Hébreux
8 Arguments pour l'innocence des Samaritains
9 Raisons des Hébreux & de Caietan touchant la figure des chérubins nulles
10 Faux, que les Hébreux brulassent leurs enfants à l'idole de Moloch & d'où est venue la coutume de sauter par dessus les feux de la Saint Jean
seconde partie
Ch III
qu'à tort, on a blasmé les Persans & les curiositez de leur magie, sculpture & astrologie
1 Mauvaise coutume de blasmer les Anciens
Raisons qu'on apporte contre les Persans& leur magie exa-minées & trouvées nulles. Erreurs ensuite du Pseudo Bérose etc touchant Zoroastre
5 Erreurs (…) touchant Séraphins . Contes grotesques de Philon
sur ce sujet
7 Choses merveilleuses & admirables qui ont prédit les mal-heurs qu'on a vu naistre
Ch IV Qu'à faute d'entendre Aristote on a condamné la puissance des figures & conclu beaucoup de choses & contre ce Philosophe & contre toute bonne philosophie.
1 Erreur que l'ignorance des langues a causé dans les lettres
2 non pas
3 !faux qu'il faille dire
4 faux, mal entendue
5 Sotte interprétation
6 Erreur que l'on commet es mots
7 Faux qu'on tire d'Aristote que le feu soit humide, contre Du Villon
9 Fausse interprétation
Ch VI
1 Vanité intolérable de quelques demy savants
7 Faux que le veau d'or & le serpent d'airain fussent des ta-lismans
Ch VII Que les objections qu'on fait contre les figures talis-maniques n'ostent rien de leur puissance
sur les objections
6 quatriesme objection réfutée
7 cinquiesme objection nulle
8 Faux que l'opération des talismans vienne des secrétes vertus de la pierre
9 Faux que la vertu des astres ne descende aussi bien sur le scorpion vivant que sur son image
15 Objections contre les Figures par cy devant incognues & leur response.
Troisiesme Partie
Ch VIII Qu il est faux que l'Astrologie des Anciens ait donné commencement à l'Idolatrie. Sommaire
3 mescompte de Pline à ce sujet
4 astrologie comment bonne ou mauvaise
8 Raisons qui prouvent l'innocence de cette curieuse anti-quité
Quatriesme Partie Des estoilles et de tout ce qui est en l'air
8 contre les rabbins
L'on perçoit aisément des convergences de ton entre les deux auteurs.
Revenons sur l’organisation des Curiositez Inouyes. On note que la première partie est celle qui vise à démonter, à dé-construire les attaques et objections, d’où son titre « De la défence des Orientaux ». Or ce titre ne figure point au titre de l’ouvrage qui met en avant l’intitulé de la deuxiéme par-tie sans mentionner celui de la première partie. Et c’est pré-cisément cette première partie qui aura retenu ici notre at-tention et justifié le rapprochement avec le début du Traité théologico-politique de Spinoza. La deuxiéme partie, en de-hors de son premier chapitre (III Qu’on a tort de blasmer etc’ »), n’offre pas ce même caractère apologético-critique. Par ailleurs, la deuxième partie se termine par la formule « Concluons etc », ce qui nous améne à penser que les troi-siéme et quatriéme partie auront été rajoutées, ce qui ressort d’ailleurs de la disposition de la page de titre qui fournit les intitulés des troisiéme et quatriéme parties au lieu de les repértorier dans le corps de l’ouvrage. Dans l’édition latine de Hambourg 1678 (BNF), la disposition reste la même avec des différences typographiques marquantes au titre de l’ensemble entre la présentation de la deuxième partie et celle des troisiéme et quatrième parties.
On signalera que Gaffarel recourt fréquemment à l'hébreu dans son texte et que Spinoza est l’auteur d’une Grammaire hébraïque – il met notamment en question la validité de la vocalisation du texte biblique, qu’il trouve sujette à caution-
Spinoza, dans sa Préface au TTP, s’en prend aux supersti-tions et à la crainte qui les alimente. Il met l’accent sur la problématique du prophétisme.
On se contentera de citer les têtes des premiers cha-pitres qui donnent une assez bonne idée de la méthode de Gaffarel, laquelle combine apologétique et critique : « « Du premier chapitre des Curiositez Inouyes qui sert à monstre qu’on a faussement imposé plusieurs choses aux Hébreux & au reste des Orientaux qui ne furent jamais »
Du second chapitre ; pour monstrer qu’on a estimé plusieurs choses ridicules & dangereuses dans les livres des Hébreux qui sont soustenues sans blasme parles Docteurs Chrestiens
Du troisiesme chapitre pour montrer qu’à tort on blasme les Persans & les curiositez de leur Magie, Sculpture & Astrolo-gie »
L’ouvrage de Gaffarel comporte en sa troisiéme partie une défense de l’astrologie reprise dans l’édition latine de Ham-bourg 1678. : « Qua Orientales defenduntur ». « Falsum as-trologia veterum « L’astrologie des Anciens, y affirme-t-on, ne saurait se voir imputer l’idolatrie. Sous le terme Orien-tales, on s’est demandé si cela ne désignait pas en particulier les Hébreux.
En 1637, Gaffarel avait publié à Paris en italien de Léon de Modène (1571-1648)
Historia de gli riti hebraici, dove si ha' breve e total relatione di tutta la vita, costumi, riti et osservanze de gl'Hebrei di questi tempi, di Leon Modena,...
accompagné d'une lettre de sa plume en latin. L'ouvrage pa-raitra en français en 1674 et aura suscité l'intérêt de Ri-chard Simon, le père de la critique biblique. Cérémonies et coutumes qui s'observent aujourd'huy parmy les juifs, Tra-duites de l'Italien de Léon de Modene, Rabin de Venise. Avec un supplément touchant les sectes de Caraïtes & des Samaritains de nostre temps par Don Recared Sçimeon (Ri-chard Simon), Paris, Chez Louis Billaine, 1674,
Un collectif remarquable parut en 2014 comprenant di-verses contributions : Jacques Gaffarel Between Magic and Science/ Edited Hiro Hirai. ¨Pise Rome Fabrizio Serra 2014 /
Mais si la dimension apologétique est soulignée, il ne semble que la dimension critque l’ait été suffisamment, ce qui nuit à la perception d’un Gaffarel impulsant une démarche cri-tique. Or, celle-ci est intimement liée à l’apologétique dans la mesure où il convenait de discréditer toutes sortes d’arguments traités par Gaffarel de « faux », de « nuls » etc Il convient par ailleurs de préciser que les Curiositez Inouyes ont fait l’objet d’additions à savoir Horoscope des Patriarches et Lecture des Etoiles qui ne sont que des appendices que l’on aura fini par considérer-à tort- comme faisant partie du projet initial des Curiositez Inouyes.
Abordons briévément la critique de Charles Sorel (Sieur D. L.) dans Des Talismans, ou Figures faites sous certaines constellations, pour chasser les bestes nuisibles, détourner les orages, guerir les maladies, & accomplir d'autres effets merveilleux [Texte imprimé] ; Avec des observations contre le livre des curiositez inouyes de M.I. Gaffarel ; Et un traicté de l'unguent des armes ou unguent sympathetique & cons-tellé,... : le tout tiré de la seconde partie de la Science des choses corporelles / par le sieur de l'Isle en 1636 donc avant la publication de 1637 en italien de Léon de Modéne (cf supra); puis en 1640 in Secrets astrologiques (…) a quoy l’on a rajouté des Observations contre le livre des Cu-riositez Inouyes de M. J. Gaffarel, chez Antoine de Somma-ville lequel libraire publiera en 1659 l’Astrologie Naturelle de Blaise de Pagan.(cf nos études à la suite du reprint du Commentaire du Centilogue de Nicolas Bourdin, Paris, Tré-daniel, 1993)
Bibliographie : textes extraits de “Jacques Gaffarel; Bet-ween Magic and Science” (cité plus haut):
Peter Foshaw Concealed Mysteries and Unheard of Curi-osities :Jacques : Gaffarel’s Defence of Celestial Writing and divine Kabbalah.
S. Taussig La réception des Curiositez Inouies par Gassen-di et Mersenne L’auteur cite à propos de Gaffarel notre Monde Juif et l’astrologie. Milan, Arché 1985
Images, Talismans and Medicine in Jacques Gaffarels » Unheard of Curiosities Hiro Hirai
JHB
10 08 21.
vendredi 6 août 2021
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