Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
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mercredi 13 novembre 2024
Robert Benazra Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée
Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée
par Robert Benazra
Depuis plusieurs années déjà, Jacques Halbronn - en particulier depuis l'élaboration de sa thèse 1 et plus récemment dans un ouvrage fondamental que nous avons souhaité publier 2 - tente un renouvellement des études nostradamiennes en cherchant à démontrer notamment que l'édition 1555 des Prophéties - dont nous avions découvert deux exemplaires uniques dans les années Quatre-vingt - est une édition frelatée.
Sa "critique nostradamique" pour être pertinente oblige les nostradamologues à se pencher sur cette fameuse "première" édition des Prophéties, que toutes les encyclopédies modernes, du Larousse au Littré, appellent abusivement "centuries astrologiques" (!)
Nous devons nous interroger avec la plus grande objectivité, non seulement sur l'argumentation apportée par J. Halbronn, mais surtout examiner avec également beaucoup d'attention quelles furent réellement les retombées et la réception des Prophéties de Nostradamus de son vivant et plus particulièrement entre 1555 et 1558. Nous devons tenter de retrouver dans les ouvrages contemporains de l'astrophile salonnais une confirmation ou une infirmation des thèses de l'historien de l'astrologie.
Pour cela, nous allons utiliser les propres ouvrages des détracteurs de Nostradamus, qui vont, plus que les écrits du prophète de Salon-de-Provence, apporter de l'eau à notre moulin. Les premiers documents en date que nous avons à analyser sont ceux d'un dénommé Antoine Couillard, qui écrivit au cours de la même année deux ouvrages dirigés contre Nostradamus. Il n'est pas dans notre intention de faire ici une étude complète des ouvrages couillardiens, mais de retrouver simplement l'empreinte nostradamienne dans les écrits du Seigneur du Pavillon lez Lorriz. Suit, selon le même principe d'analyse, le pamphlet de l'astrologue avignonnais Laurens Videl qui recoupe le libelle de Couillard et le prolonge même sur plusieurs points que le Seigneur du Pavillon n'avait pas abordés. Pour compléter cette série de pamphlets, nous terminerons cette étude par une brève lecture d'un libelle intitulé : Le Monstre d'Abus. Ce sont ainsi quatre réactions aux publications nostradamiennes, tantôt émanant du camp catholique, tantôt du camp protestant.
I - Les Prophéties de Couillard
Moins d'un an après la sortie des célèbres Centuries (1555), Antoine Couillard produit une première parodie, voire, pour notre propos, un très intéressant et assez long pastiche intitulé : Les Prophéties du Seigneur du Pavillon Lez Lorriz. 3 Ce titre reproduit sans l'ombre d'un doute une importante partie de l'ouvrage qu'il veut dénoncer, et curieusement, l'auteur va divisé en quatre livres son pamphlet, comme pour faire écho aux quatre centuries de l'édition Macé Bonhomme. Son second ouvrage publié en 1560 comportera également quatre livres, qui furent d'ailleurs écrits avant les précédents, ainsi qu'il le laisse entendre à la fin de ses Prophéties : "je ne te veux laisser en doubte des discours traictez es quatre livres que j'ay, en dressant le present, composez pour destruire ses diableures propheties" (fol. G4r).
Antoine Couillard évoque donc de "nouvelles prophéties & prognostications publiées par nostre France" (fol. A4r). L'auteur des livrets ainsi incriminés est désigné par deux fois comme "hommes sçavant en plusieurs langues" (fol. A2r) et "homme de trop grand sçavoir" (fol. A4r), ce qui montre que Couillard avait plutôt de l'admiration pour les connaissances supposées de Nostradamus. Il avoue d'ailleurs qu'il ignore totalement les règles de l'astrologie : "je me congnois autant aux estoilles qu'en coquesigrues marines".
Dans l'avertissement de l'Imprimeur au Lecteur, il est dit que "ce petit opuscule" est clairement dirigé contre "quelque nouveau prophète (...) Combien qu'il ne l'ayt voulu nommer". Et effectivement, le nom de Nostradamus - le "nouveau prophète" ainsi désigné - n'apparaît que deux fois dans le corps de l'ouvrage (fol. D4v et E4r) précédé du titre ironique "nostre maistre" !
Une analyse approfondie de cet opuscule d'une trentaine de pages montre qu'il ne s'agit pas seulement, comme l'auteur le révèle à la fin de son livre, d'une "response aux nouvelles prophéties" (fol. G2v), mais d'une sorte de commentaire cocasse et moqueur de la Préface à César. Nous donnons ci-après, en caractères gras, la totalité de ces passages empruntés à la Lettre que Nostradamus adressa à son fils César, dans l'ordre où ils apparaissent dans ce premier libelle de Couillard. En passant, nous vérifions ainsi la conformité du texte original tel qu'il est donné par les exemplaires retrouvés de l'édition Macé Bonhomme. 4
En effet, quasiment tout l'ouvrage est bâti autour de "propos invectifz qu'aulcuns passaiges tirez d'ailleurs [Lettre à César] qu'il dirige comme il est à presuposer à quelque nouveau prophete, que tu entendras assez par ce discours" (fol. A2r), lesquels représentent les premiers commentaires de la Lettre à César, dont l'exégèse a ainsi précédé celle des quatrains.
- Lettre à César : "qui quelquefois par l'entendement agité, contemplant le plus haut des astres" (fol. A4r)
- Prophéties de Couillard : "que j'avois l'entendement agité pour prophetiser quelques resveries. Non par contempler le plus hault des astres" (fol. C4v)
- Lettre à César : "occultes vaticinations que lon vient à recevoyr par le subtil esperit du feu" (fol. A4r)
- Prophéties de Couillard : "par ocultes vaticinations, qu'aucuns dient que lon vient à recevoir par le subtil esprit du feu" (fol. D1r)
- Lettre à César : "celle notice pour estre cognuës ne par les humains augures, ne par autre cognoissance ou vertu occulte comprinse soubz la concavité du ciel" (fol. A4v)
- Prophéties de Couillard : "la notice des choses futures, ne pouvoir, comme je doubte fort, estre congneues par les humains augures, ne par aultre congnoissance, ou vertu occulte, veulent comprendre soubz la concavité du ciel" (fol. D1r)
- Lettre à César : "veu que toute inspiration prophetique reçoit prenant son principal principe mouant de Dieu le createur" (fol. B1r)
- Prophéties de Couillard : "Et que toute inspiration propheticque recevoit de Dieu son principal mouvement & principe" (fol. D3r)
- Lettre à César : "& sont perpetuelles vaticinations pour d'yci à l'an 3797" (fol. B2r)
- Prophéties de Couillard : "Non pas que j'entende & veille parler de perpetuelles vaticinations pour d'ici à l'an 3797" (fol. D4v)
- Lettre à César : "Car selon les signes celestes le regne de Saturne sera de retour, que le tout calculé, le monde s'approche, d'une anaragonique revolution" (fol. B3v)
- Prophéties de Couillard : "puisque noz nouveaux prophetes nous menassent que le monde s'aproche d'une anaragonicque revolution, & qu'il perira si tost" (fol. D4v)
- Lettre à César : "m'a faict mettre mon long temps par continuelles vigilations nocturnes referer par escript, toy delaisser memoire, apres la corporelle extinction de ton progeniteur, au commun profit des humains" (fol. A2r)
- Prophéties de Couillard : "je declare cy apres mes assertions & predictions congneues par revolutions continuelles vigilations nocturnes 5 & revelations inspirées (fol. E2r) ... j'ay toutesfois bonne affection laisser par estat avant la corporelle extinction, mes inscrutables secretz (fol. D4v) ... Et ce soubz umbre que moy mesme ay dict à moy mesme que mes temps & labeurs ja passez pour le proffict commun des humains seroient totalement mis en tenebres, obliterez." (fol. E1v)
- Lettre à César : "& ne veulx dire tes ans qui ne sont encores accompaignés, mais tes moys Martiaulx incapables à recevoir dans ton debile entendement" (fol.A2v)
- Prophéties de Couillard : "Non seulement pour servir à Martial mon filz, l'aage duquel ne te veux celer, comme nostre maistre Nostradamus grand philosophe & prophete, veult en son epistre tant espoventable taire les ans de César son filz" (fol. D4v)
- Lettre à César : "en voyant si longue extension, & par souz toute la concavité de la lune" (fol. B2r)
- Prophéties de Couillard : "Je n'entendz aussi extendre mes revelations jusques soubz la concavité de la lune" (fol. E1r)
- Lettre à César : "par astronomiques assertions (fol. A2v) ... puis me suis voulu extendre declarant pour le commun advenement par obstruses & perplexes sentences ... tout escrit sous figure nebileuse (fol. A3r) ... rejectant loing les fantastiques imaginations qui adviendront (fol. B1v) ... Que possible fera retirer le front à quelques uns en voyant si longue extension, & par souz toute la concavité de la lune (fol. B2r) ... ha voulu par longue inspiration melancholique reveller (fol. B2v)"
- Prophéties de Couillard : "Je n'entendz aussi extendre mes revelations jusques soubz la concavité de la lune, Ne parler par amphibologies obsstrusement, profondement & par figure nubileuse perplexes sentence 6 ne ymaginations fantasticques, mais seulement diray choses non aussi par astronomicques assertions, ains par naturelles instigation & inspiration melencolicque preveues, voire & qui paradventure feront rougir le front à quelques uns, qui ne seront pas si melencolicques que moy" (fol. E1r)
Nous voulons ouvrir ici une parenthèse, mais sans y accorder - pour l'instant - plus que de la pure coïncidence. Plutôt que de penser, comme J. Halbronn, que la Lettre à Henry Second n'est point de Nostradamus et qu'elle a été publiée une quinzaine d'années après la mort de l'astrologue de Salon-de-Provence, en s'inspirant d'une épître existante, ne pourrait-on pas se demander si Nostradamus, qui aimait justement à s'inspirer d'autres textes pour rédiger les siens (on pense par exemple au Liber Mirabilis) n'a pas été jusqu'à faire un pied de nez à son "ami" Couillard, en reprenant à son compte une expression assez peu usité, lorsque le pamphlétaire reprochait justement à l'astrologue de parler "par amphibologies obstrusement, profondement & par figure nubileuse perplexes sentences", puisqu'on retrouve une même formulation dans la Lettre à Henry Second, que Nostradamus écrira trois ans et demi plus tard, une réponse du berger à la bergère en quelque sorte :
"requiert que tels secrets euenemens ne soyent manifestez, que par aenigmatique sentence, n'ayant qu'un seul sens, & unique intelligence, sans y avoir rien mis d'ambigue n'amphibologique calculation" 7
- Lettre à César : "que si je venoys à referer ce que à l'avenir sera ... Consyderant aussi la sentence du vray Sauveur, Nolite sanctum dare canibus, nec mittatis margaritas ante porcos ne conculcent pedibus & conversi dirumpant vos. Qui a esté la cause de faire retirer ma langue au populaire, & la plume au papier" (fol. A3r)
- Prophéties de Couillard : "Et aussi differe deslier ma langue au populaire, Car je considere que ce seroit donné la chose saincte aux chiens & mettre les marguerites devant les porcz, Et en ceste fantasticque resverie suis demouré perplex, considerant aussi que si je venois à reserer ce que j'entendois avoit ymaginé par l'esprit de vaticination qui veoyt les futurs advenemens & causes lointaines" (Fol. E1r)
La citation latine est tirée de Matthieu (VII, 6) : "Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent."
- Lettre à César : "Car l'entendement creé intellectuellement ne peult voir occultement, sinon par la voix faitcte au lymbe moyennant la exigue flamme en quelle partie les causes futures se viendront à incliner" (fol. B1r)
- Prophéties de Couillard : "Vray est que noz nouveaux prophetes dient & veulent soustenir que l'entendement crée intellectuellement ne peult veoyr occultement, mais bien que par la voix faitcte au limbe, moyennant la flamme exigue, ilz peuvent voyr en quelle partie les causes futures viendront à incliner" (fol. E1v)
- Lettre à César : "Car la parole hereditaire de l'occulte prediction sera dans mon estomach intercluse" (fol. A2v)
- Prophéties de Couillard : "je ne me suis peu vaincre ne tant faire envers moy mesme que de souffrir les occultes predictions demourer dans mon estomach intercluses" (fol. E1v)
- Lettre à César : "Combien que de longs temps par plusieurs foys j'aye predict long temps au-paravant ce que depuis est advenu & en particulieres regions" (fol. A2v)
- Prophéties de Couillard : "car j'ay souventesfoys predict, voire long temps paravant, ce que depuis est advenu en particulieres regions, mesmement qu'apres la pluye viendroit le beau temps" (fol. E1v)
- Lettre à César : "nous inspirant non par bacchante fureur, ne par lymphatique mouvement, mais par astronomique assertions" (fol. A2v)
- Prophéties de Couillard : "non par bacchante fureur, ne par limphaticque mouvement 8, mais par vraye & subtile praticque & experience, ay toujours donné le futur & vray jugement" (fol. E1v)
- Lettre à César : "Dieu le createur par les ministres de ses messagiers de feu en flamme missive vient à proposer aux sens exterieurs, mesmement à nos yeulx, les causes de future prediction significatrices du cas futur, qui se doibt à cellui qui presaige manifester. Car le presaige qui se faict de la lumiere exterieure vient infailliblement à juger partie avecques & moyennant le lume exterieur" (fol. B4r)
- Prophéties de Couillard : "il n'est pas impossible à Dieu qui est tout puissant de nous proposer & par ses ministres ou messaigers, soit en feu ou flamme faire apparoir à noz sens exterieurs, les causes significatives du cas futur, ne aussi qu'iceluy cas qui se faict de la lumiere exterieure ne vienne à juger, qu'apres l'esclair soubdain vient le tonnoire" (fol. E3v)
- Lettre à César : "ce que predict, est vray, & a prins son origine etheréement : & telle lumiere & flambe exigue est de toute efficace, & de telle altitude : non moins que la naturelle clarté & naturelle lumiere rend les philosophes si asseurés" (fol. B2v)
- Prophéties de Couillard : "je scay bien & chascun le scayt que les choses vrayes & bien dictes, ont pris leur origine, & hereement & en lumiere & flambe altitude exigue & pleine de toute clarté & efficace" (fol. E3v)
- Lettre à César : "Quant à nous qui sommes humains ne pouvons rien de nostre naturelle cognoissance, & inclination d'engin congnoistre des secretz obstruses de Dieu le createur" (fol. A3v)
- Prophéties de Couillard : "car (comme dict nostre maistre Nostradamus) Nous qui sommes humains ne pouvons rien de nostre naturelle congnoissance & inclination d'engin, congnoistre des secretz obstruses de Dieu le createur" (fol. E4rv)
- Lettre à César : "de mettre par escrit, pource que les regnes sectes & religions feront changes si opposites, voyre au respect du present diametralement, que si je venoys à referer ce que à l'devenir sera ... qu'il viendroent à damner ce que par les siecles advenir on congnoistra estre veu & apperceu ... quelque mutation que advienne ne scandalizer l'auriculaire fragilité (fol. A3r) ... estant surprins escrits prononceant sans crainte moins atainct d'inverecunde loquacité (fol. A4r)"
- Prophéties de Couillard : "O qu'il me fasche, de scandaliser l'auriculaire fragilité, & de reveler sans craincte d'invereconde loquacité, ce qui est advenir. Car je congnois par jugement plus que du tout prophetique, que les regnes, sectes, & religions feront changes si opposites, voire au respect du present diametralement, que j'ay grand paour que le pauvre populaire qui par trop legerement s'accorde, donne & presle son consentement en toutes noz prognostications abusives & broilles, vienne à damner ce que par les siecles advenir on congnoistra estre veu & apperceu" (fol. G1r)
- Lettre à César : "toutesfois aux aultres effectz subjectz pour la similitude de la cause du bon genius, celle challeur & puissance vaticinatrice s'approche de nous" (fol. A3v)
- Prophéties de Couillard : "Je puis encore dire & asseurer, par pure & certaine chaleur de verité, & puissance vaticinatrice, qui s'est approchée de nous" (fol. G1v)
- Lettre à César : "Dieu le createur aye voulu reveler par imaginatives impressions, quelques secretz de l'advenir accordés à l'astrologie judicielle (fol. A3v) ... Encores mon filz que j'aye inseré le nom de prophete, je ne me veux atribuer tiltre de si haulte sublimité pour le temps present (fol. A4r)"
- Prophéties de Couillard : "Et ainsi de telles autres propheties que j'ay apprises au Calendrier des bergers, & en la pronostication des laboureurs, dont le peuple s'est aussi bien trouvé que celles qui sont revelées par ymaginatives impressions, & d'accellerée promptitude prononcees. Non que pour cela je me vueille attribuer nomination ny effect prophetique" (fol. E2r)
Nostradamus disait à son fils César que "la connaissance de cette matière ne se peult encores imprimer dans ton debile cerveau" (fol. A4v). Couillard maniant l'ironie, comme à son habitude, répondait : "mon debile cerveau en a depuis eu fort à souffrir" (fol. B2r) !
Citons un dernier passage retenu par Couillard pour, selon son expression, "planter le but", et qui se trouve à la fin de la Lettre à César.
- Lettre à César : "nonobstant que sous nuée seront comprises les intelligences" (fol. B4v)
- Prophéties de Couillard : "toutesfois vins à la fin planter mon but, que si je devinois en dictions tenebreuses & que soubz nue feussent comprises mes intelligences, on ne me pourroit pas aisement reprendre, quelquement qu'il en advint par apres" (fol. E2v)
Un passage intéressant pour notre propos est celui où Couillard étant à la foire d'Orléans, en novembre 1555, se trouva en présence d'un colporteur qui vendait certaines "Prophéties". Il écrit :
"Les unes composées partie en prose, & autre partie en carmes tenebreux & obscurs, & les autres estoient les Pronostications aisées à entendre & claires comme le beau jour du midi " (fol. B1r)
Nous verrons plus loin qu ces "carmes" ne sont autres que les quatrains eux-mêmes, mais pas seulement ceux qui se trouvaient dans les almanachs de Nostradamus.
C'est là où nous ne sommes pas d'accord avec J. Halbronn, lorsqu'il affirme - et reconnaissons cependant la pertinence des remarques qu'il a formulées qui font avancer la recherche nostradamique ou nostradamienne, la tenant éloignée de la démagogie de certains exégètes qui dénaturent un terrain dont les balises ont été posées il y a une vingtaine d'années - que les Centuries n'ont point parues en 1555.
Pour nous, il ne fait aucun doute que Nostradamus a bien publié en 1555 un recueil de "prophéties" comprenant une préface à son fils César et trois ou quatre centuries. Et jusqu'à l'apport d'une preuve contraire, nous continuerons à admettre que le nombre de quatrains publiés cette année-là fut de 353.
Après avoir cité de manière exhaustive tous les passages empruntés à la Lettre à César, nous avons gardé pour la fin ce qui est pour nous le plus intéressant de tout l'ouvrage, c'est-à-dire la confirmation, contrairement à ce que pensait J. Halbronn, que les Centuries sont parues non seulement du vivant de Nostradamus, mais précisément en 1555.
Il y a, en effet, une toute petite phrase dans les Prophéties de Couillard que personne n'avait relevé jusqu'à présent et qui va apporter une éclatante confirmation de ce que nous avons toujours pensé. Lorsque le Seigneur du Pavillon lez Lorriz écrit à propos de l'auteur dont il paraphrase le texte (celui de César), qu'il a "avec labeur merveilleuz faict trois ou quatre cens carmes de diverses ténébrositez" (fol. E2v), il ne fait nul doute que nous avons là une allusion très claire aux quatrains qui suivent la Préface à César, ces "fantasticques compositions" (fol. A4v et D3v), "dictions tenebreuses & ... fabuleuses" (fol. E2v) ou encore ces "carmes tenebreux et obscurs" (fol. B1r) , pour employer des expressions du Seigneur du Pavillon.
D'ailleurs, le passage couillardien que nous avons cité plus haut (fol. B1r) montre que le pamphlétaire distinguait parfaitement, dans les "nouvelles prophéties", ce qu'il nomme les "carmes" de la "prose", distinction confirmée à la fin de sa 3ème partie, lorsqu'il conclut : "je n'escripray toutefois par carmes ne autres leurs semblables (...) quand à la prose, on la crache comme phlegmes..." (fol. E4v)
En passant, il est plutôt cocasse de noter que Couillard, adversaire de ces "nouveaux prophètes", met quasiment ces derniers au défi, par deux fois, de composer "un millier de ses autres folies" (fol. B2r) ou "un millier de resveries" (fol. G1v) identiques. Est-ce que cela donna l'idée à Nostradamus de composer cette fameuse "miliade" de quatrains, lui qui n'aurait sans doute voulu n'en composer qu'une partie ?
Couillard s'en prend à la fin de sa 4ème partie aux "prognostications, almanachs, & propheties apres un an abusives, & non valables" (fol. G2r). J. Halbronn, qui aurait voulu prendre stricto sensu ces "prophéties après un an" pour les quatrains-présages contenus dans les almanachs, en sera pour ses frais, puisque le Seigneur du Pavillon lui-même les distingue précisément des dits almanachs. En effet, dans l'esprit du pamphlétaire, il s'agissait de définir d'une certaine manière de "nouvelles prophéties" qui n'existaient point par elles-mêmes sur le marché. Et les seuls exemples à sa disposition étaient bien sûr les quatrains-présages contenus dans les almanachs, des "prophéties après un an" - au sens large - au nombre cette fois de trois ou quatre cents.
II - Les Contredits de Couillard
Le second ouvrage que nous avons à analyser est également de Couillard, mais celle fois le titre est plus explicite et explicitement dirigé contre Nostradamus : Les Contredits du Seigneur du Pavillon lez Lorriz en Gastinois, aux faulses & abbusives propheties de Nostradamus, & autres astrologues. 9
Des Prophéties puis des Contredits à de "fausses prophéties" : décidément, en cette année 1555, il ne s'agissait certainement pas de s'en prendre à un petit almanach (ou plus exactement à une pronostication) 10 qui contenait une douzaine de "prophéties après un an", mais bien à de "nouvelles prophéties" dont la Préface à César servait d'introduction !
Le fait de parler de "nouveau prophete" et de "prophéties", et non de pronostications ou d'almanachs, montre bien qu'un ouvrage de Nostradamus intitulé : Les Prophéties, dont d'ailleurs le titre du premier pamphlet de Couillard en est la quasi copie, a bien paru en 1555, ce que les thèses halbroniennes ont eu tendance à nous faire oublier.
Le Seigneur du Pavillon lez Lorriz s'en prend, dès sa dédicace à François Le Cirier, Seigneur de Montigny, aux "perturbateurs & ennemis du bien & repos de la Chrestienté" (fol. 2r), lesquels tentent d'abuser de la crédulité des gens en leur faisant "croire & adjouster foy à nombre infiny de pretenduz desastres, divinations & presages si malheureux" (fol. 2v). A tous ces "esprits depravez & malings" (fol. 3v), il veut répondre par une attaque en règle contre ceux qui "font gloire de mourir en leur erreur, pour aller faire des miracles & estre canonisez à Genesve", une attaque à peine voilée contre les Huguenots et "leur libertine doctrine", ces "hereticques" qui "proffitent du sainct & sacré evangile, qu'ils veulent tordre & faire entendre à contreongle" (fol. 5r). Ainsi, pour Couillard, Nostradamus se situerait du côté des disciples de Luther et Calvin !
Dans son épître, Couillard annonce qu'il commet une œuvre de salubrité publique et répète qu'il veut "contredire & abollir les nouvelles, faulses & abbusives propheties de Nostradamus & autres astrologues" (fol. 6r), et il va citer tout au long de son pamphlet, à l'appui de sa thèse, de nombreux passages des Ecritures.
Examinons, comme pour ses Prophéties, les emprunts à la Lettre à César, qui sont cependant moins nombreux, bien que l'ouvrage comporte près de quatre fois plus de pages. Ces emprunts sont pour l'essentiel des versets de l'Ecriture Sainte que Nostradamus a restitué dans la langue latine.
- Lettre à César : "combien que, Abscondisti haec à sapientibus, & prudentibus, id est potentibus & regibus, & enucleasti ea exiguis & teuibus, & aux Prophetes" (fol.A3rv)
- Contredits de Couillard : "ce qui est escript en l'evangile sainct Matthieu unziesme chapitre ... je te rends graces que tu as caché ces choses aux sages & prudens, & les as revelé aux petits" (fol. 19v)
Il s'agit effectivement d'une sentence évangélique : "Tu as caché cela aux sages et aux savants, et tu l'as révélé aux enfants" 11
- Lettre à César : "Car qui propheta dicitur hodie, olim vocabatur videns" (fol.A4r)
- Contredits de Couillard : "Car celuy qu'on appelle aujourd'huy prophete, s'appelloit jadis, voyant" (fol. 54r)
Ainsi, Nostradamus refuse de se parer du titre de prophète, ainsi qu'il est écrit 12 :
"Autrefois, en Israël, celui qui se proposait d'aller consulter Dieu disait : - Venez allons trouver le voyant. Car le prophète de nos jours s'appelait alors le voyant"
- Lettre à César : "Combien que aussi de present peuvent advenir & estre personnaiges que Dieu le createur aye voulu reveler par imaginatives impressions, quelques secretz de l'advenir accordés à l'astrologie judicielle" (fol.A3v)
- Contredits de Couillard : "à ce qu'ils dient avoir receu l'esprit de vaticination, ne à ce qu'ils asseurent en propres termes que de present peuvent advenir & estre personnages, ausquels Dieu le createur a voulu reveler par imaginatives impressions quelques secrects de l'advenir accordez à l'astrologie judicielle" (fol. 69v)
- Lettre à César : "Qui a non est nostrum noscere tempora, nec moment a &c" (fol.A3v)
- Contredits de Couillard : "nous soustenons que le temps est à tous caché & incongneu & n'est point a nous à parler des temps, ne des momens" (fol. 70r)
"ce n'est à nous à enquerir & juger du temps ne des momens" (fol. 115r)
Dans ce pamphlet de Couillard, on retrouve ainsi par deux fois le verset des Actes des Apôtres (I, 7). 13
- Lettre à César : "& par longue calculation rendant les estudes nocturnes de souefve odeur, j'ay composé livres de propheties" (fol. B2r)
- Contredits de Couillard : "& que là estans solitaires ils rendent leurs estudes nocturnes de souefve odeur" (fol. 71r)
Nous pouvons même aller plus loin dans ce possible "emprunt" de Nostradamus à Couillard, que nous avons timidement envisagé plus haut. En effet, on peut se demander tout aussi légitimement si le chapitre X, notamment, du 1er livre des Contredits n'a pas également inspiré les chronologies bibliques insérées dans l'Epître à Henry Second ? Par ailleurs, on retrouve dans ces Contredits une autre expression, "naturel instinct" (fol. 46v), que Nostradamus va utiliser quatre fois dans sa Lettre à Henry Second (Ed. Chomarat, fol. 154, 155, 156 &167). Enfin, toujours dans son deuxième pamphlet, A. Couillard va se référer au livre de Richard Roussat 14, dont il cite le nom à plusieurs reprises (fol. 21r, 21v, 24r et 103r), et plusieurs passages qui seront repris presque textuellement par Nostradamus dans sa Lettre à Henry II, notamment en ce qui concerne la dernière période au "septième nombre de mille" (Lettre à César, fol. B3v). 15
Note : On remarquera que les Contredits ont été rédigé "en ceste presente annee mil cinq cens cinquante cinq" (fol. 100r) bien que la publication ne date que de 1560. Par ailleurs, Couillard signe son texte des Prophéties des 4 et 5 janvier 1555, soit les 4 et 5 janvier 1556 (nouveau style), le Privilège étant du 4 mai 1556 : les Prophéties de Nostradamus ont bien été publiées en l'année 1555. On notera également que le Privilège des Contredits (1560) est du 15 février 1559, soit du 15 février 1560 (nouveau style), l'Extrait des registres du Parlement étant, quant à lui daté du 13 décembre 1559. Cependant, son épître est datée du 1 janvier 1560.
D'ailleurs, se référant de manière erronée 16 au texte de l'Exode (XII, 18), Couillard confirme dans ses Contredits :
"Il vous fera le premier des mois de l'année : & la raison en est bonne : Car le mois d'Avril est le commencement du joyeux printemps : & ainsi le gardons nous en France : mais les Romains commencent à nombrer les ans des le premier jour de Janvier & nous attendons pasques" (fol. 93r).
III - La Déclaration de Videl
L'ouvrage de Laurens Videl 17 est presque aussi intéressant que les Prophéties de Couillard. L'essentiel du libelle consiste en une critique acerbe des pronostications de Nostradamus, pigmentée par de nombreuses agressions insolentes. 18 Après diverses considérations astrologiques assez brutales sur le contenu des almanachs que Nostradamus a composé "depuis quatre ou cinq ans" (fol. B2r), hors de notre propos actuel 19, Videl rappelle quelques passages de la Lettre à César.
Il est piquant de noter une "prédiction" de Videl, qu'il prononça malencontreusement : "il est certain, s'adressant à Nostradamus, que troys jours apres ta mort ton nom sera aussi mort" (fol. C3r). Il est non moins certain que Laurens Videl serait bien surpris s'il revenait à notre époque !
Par ailleurs, il est intéressant de connaître, selon Videl, les raisons qui poussèrent la Reine et le Roi de France à inviter Nostradamus à la Cour. Il semble que ce soit la rédaction de la pronostication pour 1555 qui fut le déclencheur et particulièrement un pronostic de juillet. Ecoutons Videl :
"affin que l'on t'envoyas se querir à la court car aussi en ladicte année au moys de Julliet tu disoys le roy se gardera de quel cun ou plusieurs qui ne pourchassent que de faire ce que je n'ose metre par escrit, selon que les astres acordéz a l'occulte philosophie demonstrent : tu entendoys bien que le Roy voudroit scavoir la vérité." (fol. C4r)
Puis l'auteur du pamphlet rapporte plusieurs mésaventures qui seraient survenues lors de ce voyage à Paris, mais point là encore est notre propos d'aujourd'hui.
Nous allons maintenant citer les passages qui sont empruntés à la Lettre à César, dans l'ordre où ils apparaissent dans l'ouvrage de Videl.
- Lettre à César : "Encores mon filz que j'ay inséré le nom de prophete, je ne me veux atribuer tiltre de si haulte sublimité pour le temps present : car qui propheta dicitur hodie, olim vocabatur videns : car prophete proprement mon filz est celuy qui voit choses loingtaines de la cognoissance naturelle de toute creature.? (fol. A4r)
- Déclaration de Videl : "tu dis que prophete veut dire prevoyant pource qu'en Samuel est escrit celuy qui s'apelle aujourdhuy prophete s'apelloit jadis voyant : mais il est certain qu'ilz voyaient ce que Dieu leur revelloit par son esprit" (fol. D3v - D4r)
Ainsi, Nostradamus refuse de se parer du titre de prophète, comme il est écrit dans le 1er livre du prophète Samuel (IX, 9).
- Lettre à César : "& le tout escrit sous figure nubileuse, plus que du tout prophetique" -
- Déclaration de Videl : "Et tu es si effronté de dire que tu as escrit en figure nebuleuse par esprit plus que du tout prophetique, O arrogance superbe, & folle tu ne te contantes de te vouloir faire estimer prophete ? ains veux estre plus que prophete ? par revellée inspiration" (fol. D4r)
- Lettre à César : "combien que plusieurs volumes qui ont estés cachés par longs siecles me sont estés manifestés. Mais doutant ce qui adviendroit en ay faict, apres la lecture, present à Vulcan" (fol. B1v)
- Déclaration de Videl : "& plusieurs volumes de l'occulte philosophie que par long temps ont estez cachez, luy sont estez manifestez. Et puis toutes ses belles reveryes qu'il dit les avoir bruléz, ou fait un present a vulcan, & reduictz en cendres &c." (fol. D4r)
- Lettre à César : "les choses qui doivent avenir se peuvent prophetizer par les nocturnes & celestes lumieres, que sont naturelles, & par l'esprit de prophetie" (fol. B2r)
- Déclaration de Videl : "Et davantage dit que toutes choses qui doyvent advenir se peuvent prophetizer par les nocturnes & celestes lumieres, & par l'esprit de prophetie" (fol. D4r)
- Lettre à César : "Dieu inextimable, nous inspirant non par bacchante fureur, ne par lymphatique mouvement, mais par astronomiques assertions" (fol. A2v)
- Déclaration de Videl : "estant dutout ignorant, ne cognoissant aucune estoilles ny corps celeste, nous veut inventer une nouvelle astrologie forgée en sa furye bacchanale, & non limphatique, (comme il dit) sur ombre de prophetie." (fol. D4r)
Voici un passage intéressant quant à l'existence des centuries qui suivaient la dite Préface à son fils.
- Lettre à César : "j'ay composé livres de propheties contenant chascun cent quatrains astronomiques de propheties, lesquelles j'ay un peu voulu raboter obscurement : & sont perpetuelles vaticinations, pour d'yci à l'an 3797" (fol. B2r)
- Déclaration de Videl : "Tu donc Michel as composé (comme tu dis) livres de prophéties & les as rabotez obscurement, & sont perpetuelles vaticinations (...) O grand abuseur de peuple, tu dis que tu as faict de perpetuelles vaticinations, & apres tu dis qu'elles sont pour d'icy a l'an 3797. Qui t'a assuré que le monde doyve tant durer ? N'est tu pas un assuré menteur ? Car les anges mesmes n'en scavent rien" (fol. D4v - E1r). 20
On peut sans doute regretter, nous ferait remarquer J. Halbronn, que Videl n'ait pas pris la peine de préciser "contenant chascun cent quatrains astronomiques de propheties". Mais il nous semble qu'il n'était pas dans l'intention de l'astrologue avignonnais de recopier toute la Lettre à César 21, mais de relever seulement quelques passages caractéristiques, puisque l'essentiel de sa critique portait sur la technique astrologique employée dans les pronostications de Nostradamus :
"& s'il veut fere preditions ou almanachz cecy luy servira de guide pour le conduire aux vrays principes d'astrologye lesquelz il n'a jamais entandus" (fol. A2r)
On a fait peu cas de l'expression nostradamienne "perpetuelles vaticinations". Est-ce à dire que la lecture des Centuries est une lecture cyclique, renouvelable ? D'ailleurs Videl reproche cette manière de prophétiser : "Jamais Moïse, David, Isaïe, Jeremie, Daniel, ny les autres, ne se vanterent d'un tel fait d'avoir composé vaticinations perpetuelles, ainsi que tu fais".
Est ce que les contemporains de Nostradamus n'avaient pas tout simplement cru que les quatrains du livre des Centuries - comme les quatrains-présages des almanachs - étaient là pour chaque mois d'un calendrier perpétuel, ce qui faire dire à l'anonyme du Monstre d'Abus :
"Que nous veux tu aussi donner a entendre par tous tes autres vers, logez de quatre en quatre sur le commencement de chaque moys, si ce n'est d'avanture que tu desire te declarer poëte digne d'un chapeau de chardons." (fol. B3r et non A3r, comme indiqué par erreur)
Pour nous, l'expression "perpetuelles vaticinations" ne concerne que les quatrains des Centuries. Et il faut croire que la postérité a bien retenu le message, si on en juge par les multiples interprétations d'un même quatrain à travers les siècles !
- Lettre à César : "avant l'universelle conflagration advenir tant de deluges & si hautes inundations, qu'il ne sera gueres terroir qui ne soit couvert d'eau : & sera par si long temps que hors mis enographies & topographies, que le tout ne soit peri" (fol. B3r)
- Déclaration de Videl : "Et apres en tes propheties tu dis qu'avant le finiment universel du monde, qui seront tant de deluges, & si hautes inundations, qu'il ne sera gueres terroir qu'il ne soit covert d'eau, & par long temps qui hors mis topographies que le tout ne soit pery. Je te demandes ? parquoy parles tu ainsi ?" (fol. E1v)
- Lettre à César : "Car encores que la planette de Mars paracheve son siecle, & à la fin de son dernier periode, si le reprendra il" (fol. B3r)
- Déclaration de Videl : "Encores tu te demonstre plus asne quant tu veux parler des sciences (...), quant tu dis que combien que mars paracheve son siecle, a la fin de son dernier periode, si le reprendra il : il y ha ja trante deux ans passez que mars a parachevé, & alors la lune print le gouvernement"
- Lettre à César : "Possum non errare falli, decipi" [Je ne puis ni errer, ni être trompé, ni être abusé] (fol. B2r)
- Déclaration de Videl : "Aussi tu dis que tu ne peux faillir ny errer" (fol. F1v)
Dans une lettre datée du 9 septembre 1561 (six ans et demi après la rédaction de la Lettre à César) et adressée par Nostradamus au propriétaire minier d'Allemagne du Sud, Jean Rosenberger, l'astrophile salonnais emploie la même formule, mais avec un sens totalement différent :
"Homines nihilominus sumus, possumus labi, errare, falli et dicipi" 22 [Puisque nous sommes des hommes, nous pouvons faillir, nous tromper, être trompés et abusés]
Ainsi, lorsque Nostradamus s'adresse au public, il a une grande assurance, mais redevient humble dans une lettre intime. Nostradamus s'est très peu dévoilé dans ses écrits publics et nous ne le découvrons qu'à travers ses lettres qui reflètent son véritable état d'esprit. 23
- Lettre à César : "Soli numine divino afflati proesagiunt, & spiritu prophetico particularia" (fol. A2v)
- Déclaration de Videl : "car ainsi que dit Ptolemée en son premier aphorisme que ceux qui veulent predire particularitez faut qu'ilz soyent divinement inspirez" (fol. D2r)
Dans ce passage Nostradamus reconnaît avoir été inspiré par Dieu qui lui a révélé ses "astronomiques assertions". Nous retrouvons l'essentiel de la citation nostradamienne dans le Centiloque de Ptolémée, dans la traduction de Pontan. 24 Laurens Videl, qui accuse l'astrologue provençal de n'être qu'un "ignare abuseur", rappelle lui aussi l'aphorisme du "prince des astrologues".
IV - Le Monstre d'Abus
Dans un autre pamphlet tout aussi virulent que les précédents 25, l'auteur anonyme, qui se fait appeler "Maistre Jean de la Daguenière" 26, interpelle Nostradamus, à propos de son voyage à la Cour :
"Ne te souvient il plus combien ton advenement à la cour donna d'authorité à la réputation de tes œuvres ? (...) tes pouvres petitz traictez & discoutrs fantastiques..." (fol. A4rv)
Ou encore : "Et croy moy encores que ce n'est seulement à la cour, ains m'a lon dit que par toute la France universelle on ne te nomme plus que Monstre d'Abus" (fol. D3r)
La désignation homophonique de ce titre n'avait certes pas échappé aux lecteurs contemporains de Nostradamus. Et comme pour Videl et Couillard, l'anonyme du Monstre d'Abus reproche en fait à l'astrophile de Salon-de-Provence, tant ses "inutilles papiers" (fol. A2r) que ses"propos & langaiges obscurs, ambigus & inusités" (fol. A4v).
On notera que ce "Jean de la Daguenière" s'en prend aux pronostications, mais ne cite aucun extrait de la Lettre à César, dont il ne semble pas avoir eu connaissance :
"Chascun scait que tes almanachz, Jugemens du futur & presages sont, si peu amys de verité qu'on experimente tous les jours le contraire de ce qu'ilz contiennent" (fol. A3v)
Par contre, les quatrains-présages des almanachs nostradamiens ne lui sont pas inconnus :
"Que nous veux tu aussi donner a entendre par tous tes autres vers, logez de quatre en quatre sur le commencement de chascun moys, si ce n'est d'avanture que tu desire te declarer poëte digne d'un chapeau de chardon." (fol. A3r)
Les expressions chez l'anonyme du Monstre d'Abus, pour qualifier Nostradamus, ne doivent rien à ceux employés notamment par Videl :
"Y a il au monde homme qui daigne prendre la peine de lire ses tant elegans & graves motz qui ne les juge estre issus de la teste d'un triboulet a triple marotte, ou d'un vray fol a double rebras" (fol. B4v)
Pus loin, il parle de "ces sottes façons d'escrire non moins scandaleuses que dommageables" (fol. D2r) et de ces "labeurs nocturnes & lunatiques" (fol. E3r). Retenons enfin cette dernière formule qui fera la fortune de Nostradamus, transportée jusqu'à nos jours par ses premiers commentateurs : "de nostre temps l'oracle de Salon a predit & prophetisé" (fol. D2v).
Enfin, relevons chez le pamphlétaire ce reproche sur son origine hébraïque :
"de nous vouloir persuader ces tant evidentes menteries descrites en vos petits pacquectz annuelz, qui sentent encores leur Judaisme a pleine gorge" (fol. C1v)
Ou encore, plus loin : "retaillat terme se me semble dequoy on use fort peu souvent ailleurs qu'en Provence. Et qui n'est propre qu'à ceux qui sont yssus, descendus, & extraictz des tribus & races de Judee" (fol. D3v)
Comme Laurens Videl, l'auteur de ce libelle se lance dans une "prédiction", concernant la célébrité future de Nostradamus : "& à la reputation de ta personne, tu trouveras qu'en vivant elle est deja plus que morte, & du tout exteincte & ensevelie, sans que jamais la nouvelle en arrive à la posterité" (fol. D4r).
V - Conclusion
Jacques Halbronn fut le premier à poser la question : Est-ce que la Lettre à César qui nous est parvenue par l'intermédiaire de l'édition lyonnaise des Prophéties de Macé Bonhomme est bien celle qui fut rédigée par Michel Nostradamus ? L'authenticité de ce document s'est posé à nous dans la mesure où l'authenticité des exemplaire de cette édition que nous avions localisés était remise en cause.
Nous avons vu que le premier détracteur de Nostradamus, le Seigneur du Pavillon, qu'on ne saurait soupçonner d'être le complice d'une supercherie, se portait garant de la publication avant 1556 de la dédicace d'un "nouveau prophète" à son fils prénommé César. Lui emboîte le pas l'astrologue Laurens Videl qui attaque son confrère de Salon-de-Provence avec une violence encore plus inouïe, et confirme ainsi l'existence de la Lettre à César.
En conclusion, nous pensons avoir démontré qu'en 1555, Nostradamus avait rédigé entre trois et quatre cents quatrains, précédés d'une préface adressée à son fils César, et nous avons mis en évidence que près de 24 % de cette Lettre ont été reproduits dans les Prophéties et les Contredits de Couillard ainsi que dans la Déclaration de Videl. De la même manière que nous sommes redevables à Jean-Aimé de Chavigny, disciple zélé, d'avoir préservé, dans son Recueil des présages prosaïques, la substance des almanachs et pronostications de Nostradamus, nous sommes gré à la fois au Seigneur du Pavillon lez Lorriz et à l'astrologue avignonnais, adversaires acharnés du "nouveau prophète", d'avoir ainsi conservé quelques brides d'un document, comme pour en témoigner à la postérité : mais tel ne fut sans doute pas leur but !
Notes
1 Cf. Le texte prophétique en France, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du septentrion, 2002. Retour
2 Cf. Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Editions Ramkat, 2001. Retour
3 A Paris, Pour Antoine le Clerc, 1556. Voir RCN, pp. 18 - 19. Retour
4 Cf. notre réédition des Prophéties (Lyon, 1555), publiée à Lyon chez Les Amis de Michel Nostradamus, 1984. Retour
5 Couillard reprend deux autres fois la même expression : "revolutions & vigilations nocturnes" fol. D4r et E3r. Retour
6 Couillard revient sur cette expression une page plus loin en posant la question : "Que pourront ilz proffiter soubz figures nubileuses & perplexes sentences ?" (fol. E2r). Retour
7 Cf. Réédition des Prophéties (1568), Edition Michel Chomarat, 2000, p. 158. Retour
8 Relevons ce qu'écrit Couillard un peu plus loin : "car lon scayt assez que par limphaticquer ne par longue calculation & estudes nocturnes, les hommes ne peuvent rien de certain prophetiser" (fol. E3r). Retour
9 A Paris, Pour Charles l'Angelier..., 1560. Voir RCN, p. 45. Retour
10 Cf. RCN, pp. 5 - 8. Retour
11 Voir Matthieu (XI, 25) et Luc (X, 21). Retour
12 Voir I Samuel (IX, 9). Retour
13 Voir également Daniel (II, 21) et la 1ère Epître aux Thessaloniciens (V, 1). Retour
14 Cf. Le Livre de l'Etat et Mutation des Temps, A Lyon, Chez Guillaume Rouillé, 1550. Retour
15 Nous avons d'ailleurs examiné ce point plus précisément dans notre introduction à la réédition des Prophéties (1557), Editions Michel Chomarat, 1993, pp. 14 - 19. Retour
16 Il est fait allusion, dans le texte biblique, aux mois lunaires du calendrier hébreu et non aux mois solaires du calendrier julien, qui ne se superposent pas exactement. Retour
17 Cf. Déclaration des abus, ignorances et séditions de Michel Nostradamus, de Salon de Craux en Provence, œuvre tresutile & profitable à un chacun. Imprimé en Avignon par Pierre Roux, & Jan Tramblay. 1558. Voir RCN, pp. 32 - 33. Le nom de l'auteur se trouve en tête de l'avis au lecteur, daté du 20 novembre 1557. Retour
18 Voici quelques uns des doux mots et autres amabilités dont Videl abreuva le pauvre Nostradamus : "grosse beste" (fol. B1v) "imposteur, seducteur, & faux prophete" (fol. B2r) "sot ignorant" et "ignare ebeté" (fol. B4r) "ignorant, fol eservelé, lunatique resveur" (fol. F1v). Retour
19 Videl analyse plusieurs présages sous les feux de sa science en astrologie, concernant les almanachs et pronostications de Nostradamus, pour les années 1552 (fol. C2rv), 1553 (fol. C3v), 1555 (fol. B2r), 1556 (fol. D1v), 1557 (fol. B1v, B3v et A4v) et 1558 (fol F2r). Retour
20 Voir aussi fol.F1r : "tu dis que tu as fait tes propheties jusques a l'an 3797". Retour
21 D'ailleurs, la phrase de la Lettre à César "& sont perpetuelles vaticinations, pour d'yci à l'an 3797" est scindée en deux : "perpetuelles vaticinations" et une page plus loin : "pour d'yci à l'an 3797". Retour
22 Cf. Jean Dupèbe, Lettres inédites, 1983, p. 96. Retour
23 Pour une autre interprétation de cette citation latine, on consultera, dans cette même rubrique, l'article de J. Halbronn, "L'Epître à César et la prétendue humilité de Michel de Nostredame". Retour
24 En effet, à la fin de son premier aphorisme, l'astrologue grec s'exprimait de la sorte : "Soli autem Numine afflati praedicunt particularia", phrase qu'un Nicolas Bourdin traduira ainsi : "vu qu'il n'y a que ceux là seuls qui sont inspirés d'en haut qui prédisent les choses particulières". Voir Le Centiloque de Ptolémée par le marquis de Villennes, Paris, Cardin Besongne, 1651. Nostradamus a manifestement copié une version latine du texte de Ptolémé, mais il a ajouté le terme divino. Nocolas de Bourdin sous-entendait par ceux qui sont inspiré "d'en haut", ceux qui sont inspirés par les astres, rejetant ainsi l'inspiration divine que Pontan avait implicitement admis en traduisant le Monoi entousiantes de Ptolémé par le latin Soli numine afflati. Il n'est pas inintéressant de relever le commentaire de Jean-Baptiste Morin, contemporain du marquis de Villennes, sur ce point : "Monsieur de Villennes, en sa traduction et son Commentaire, n'a pas pris l'entousiantes en son vrai sens. Et Pontan qu'il a voulu corriger l'a bien mieux pris, disant, selon la vérité et le sens de Ptolémée, que Soli Numine afflati praedicunt particularia, comme ont fait les sibylles, les prophetes juifs et les prêtres païens qui prédisaient aux oracles. Tous ont prédit les choses par inspiration divine ou diabolique qu'on nomme proprement enthousisme, selon le mot grec entousiantes". Voir Remarques astrologiques de Jean-Baptiste Morin, Paris, Pierre Menard, 1657. Texte réédité par les Editions Retz en 1975, avec une introduction de Jacques Halbronn. Enfin, relevons qu'au commentaire de l'aphorisme LXX, Morin évoque "Nostradamus, qui a fait ses prédictions fameuses par enthousiasme et inspiration". Retour
25 Cf. Le Monstre d'abus. Composé premièrement en Latin par Maistre Iean de la dagueniere, docteur en medecine, & Matematicien ordinaire des landes d'anniere... A Paris, Pour Barbe Regnault, 1558. Voir RCN, pp. 33 - 34. Retour
26 Dans un curieux article, F. Buget démontre que le pamphlétaire n'est autre que Théodore de Bèze. Voir Bulletin du Bibliophile, mai 1861, pp. 241 - 259. Retour
jeudi 16 novembre 2023
jacques halbronn Retour sur le Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN 1990) de Robert Benazra
jacques halbronn Retour sur le Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN 1990) de Robert Benazra
Nous avons été l'éditeur du RCN, aux Ed de la Grande Conjonction (cf les remerciements de l'auteur en tête de l'ouvrage). On notera que Benazra n'aura pas été très indulgent envers Michel Chomarat à propos de la Bibliographie Nostradamus qui était parue quelques mois plus tôt (pp/ 632-634) et nous nous permettrons donc de porter un regard critique, plus de 30 ans après la parution à notre initiative du dit Répértoire, ce qui englobera la préface que nous avions demandé à Jean Céard, le directeur de notre thèse d'Etat. Ce dernier abordait notamment la question de la biographie de michel de Nostredame et l'on sait à quel point un tel exercice se révélera périlleux et casse-cou, notamment à l'occasion en 2003 du 500e anniversaire de la naissance de ce dernier, ce dont nous avons déjà traité. Les relations entre la vie de l'auteur et ses publications sont en effet très problématiques et l'on aurait bien tort de baser la biographie de Nostradamus sur le calendrier de ses parutions, en raison du nombre de contrefaçons antidatées qui le caractérisent, étant entendu, notamment, que les Centuries ne verront le jour qu'à la fin des années 1580, sur une période d'une quinzaine d'années allant jusqu'à la parution du Janus Gallicus de Chavigny, en 1594, à l'occasion de l'avénement d'Henri IV.
De fait, les auteurs de bibliographies, comme Chomarat et Benazra bénéficieront de peu de circonstances atténuantes, du fait de leur connnaissance supposée aussi exhaustive que possible du "corpus Nostradamus". Le cas des deux épitres à Henri II est quand meme assez emblématique d'une certaine forme d'incurie. La première des deux date de 1556 et la seconde est"datée" de 1558 (cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus. Ed Ramkat (dir R. Benazra) Olivier Millet s'y référe également dans ses "Feux ;Croisés sur Nostradamus" (in Colloque Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle), 1986), pp. 107-108) et par la suite B. Chevignard dans son éditions partielle du Recueil des présages prosaiques, Ed Seuil, 1999) mettra en évidence cette première épitres. Or, nous n'avons pas trouvé de commentaire pertinent sur la cohabitation de ces deux épitres dont il est désormais évident que la seconde est inspirée de la première mais n'aura vu le jour que vers 1590 dans des conditions que nous avons signalées du fait que celle-ci viendra se substituer à la vraie Epitre de Nostradamus au pape Pie VI de 1561. De même la préface à César en tête du premier volet des Centuries est-elle selon nous calquée sur une précédente qui n'a pas été à ce jour retrouvée mais dont on connait l'existence par la parodie qu'en fit dès 1556 Antoine Couillard Du Pavillon, à la différence de l'Epitre à Henri II de 1556. En ce qui concerne l'Epitre à Pie IV, Benazra se sera beaucoup aventuré(RCN p. 69) - tout comme à sa suite Patrice Guinard, en taxant les traductions italiennes de celle-ci comme se référant à le production d'un usurpateur ayant emprunté le nom meme de Nostradamus. En fait, la confrontation entre l'Epitre au Pape (dans la réédition du début du XXe siècle) et le texte italien montre qu'il s'agit bien d'une traduction fidéle, réalisée du vivant de Nostradamus.
On relévera par ailleurs l'intérêt que Benazra porte aux vignettes (RCN p. 636) qui ornent les pages de titre des pronostications annuelles de Nostradamus mais aussi les éditions pirates ( RCN p. 58) Benazra ne se soucie pas du fait que les éditions centuriques des années 1555-1557 sont identiques à celle des dites éditions pirates mais en revanche diffèrent quelque peu de celles des vignettes de ses Pronostications. Selon nous, les faussaires qui interviennent 20 ans après la mort de Nostradamus, n'étaient pas au fait d'un tel piratage et ont donc récupéré les fausses vignettes. C'est l'arroseur arrosé! On s'arrêtera sur le traitement réservé par le RCN '(pp/ 102-103)à un ouvrage d'Antoine Crespin, les Prophéties dédiées à la puissance divine, Lyon, F Arnoulle que nous avons reproduit en partie dans nos "Documents" (2002). Le RCN ne signale aucunement la présence de nombre de versets se retrouvant dans les quatrains centuriques. La question qui se pose est la suivante: est ce qu'une telle concomitances nous renseigne sur l'influence des centuries sur le Prophéties de Crespin (comme l'a cru Pierre Brind'amour dans son édition de 1996) ou bien plutôt sur l'influence des dites Prophéties sur la composition ultérieure des centuries, lesquelles n'étaient même pas encore parues ni même composée en 1572. Par ailleurs, le RCN ne mentionne pas l'étude de Chantal Liaroutzos (RHR 1987) sur les sources de certains quatrains à rechercher dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. Un tel emprunt présent soit Nostradamus comme un plagiaire, soit est à mettre sur le compte de faussaires. In finé, Robert Benazra rend hommage au travail de Robert Amadou,signalant notamment son intérêt pour l'Epitre à Pie IV.
Au choix. Il est clair que Benazra ne sera pas parvenu à déterminer le contexte politico-religieux dans lequel furent rédigés les Centuries, à savoir la période de la Ligue et du conflit dynastique qui fera que le premier volet sera marqué par les partisans de la Ligue alors que le second le sera par ceux d'Henri de Navarre d'où des formules menaçant alternativement Tours ou les Lorrains en recourant parfois à des anagrammes comme Mendosus pour Vendôme.
C'est dire à quel point l'exercice biographique, sur un terrain aussi miné, préconisé par son préfacier, Jean Céard (p.VIII), n'était pas d'actualité il y a 30 ans. En revanche, les temps semblent enfin murs pour que de telles entreprises puissent être enfin envisagées sous notre direction.
JHB 16 11 23
mardi 14 juin 2022
Robert Benazra L'élaboration de mythes pseudo-théologiques à partir du Talmud et du Choul'han Aroukh
BIBLIOTHECA HERMETICA
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L’élaboration de mythes pseudo-théologiques,
à partir du Talmud et du Choul’han Aroukh
par Robert Benazra
La présente étude fait suite à la publication par nos soins de la deuxième partie de la thèse universitaire de Jacques Halbronn. L’ouvrage de l’historien de l’Esotérisme est ainsi consacré au Sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, et comporte essentiellement deux études approfondies, une sur le Judenstaat de Théodore Herzl et l’autre sur le Prologue qui introduisit les Protocoles des Sages de Sion (PSS). Une des thèses principales de notre auteur, c’est que les Protocoles, pour forger le mythe d’une “conspiration juive mondiale”, se sont fortement inspirés des Actes des premiers congrès sionistes, vers la fin du XIXe siècle - qu’on appelait d’ailleurs “protocoles” - associés à un antitalmudisme primaire, hérité du Moyen-Age. Pour conforter cet antijudaïsme, les auteurs anonymes du pamphlet ont apporté un certain nombre de citations - diffusées notamment par des Juifs convertis, plus ou moins lettrés, vers le milieu du XIXe siècle - dans lesquelles notamment, “les Juifs traitent les Gentils comme des animaux”, etc.
Il n’est pas dans notre intention de faire ici une étude complète sur la manière dont les non-Juifs (ou GOYIM1) sont “traités” dans les ouvrages législatifs des RABBANIM (ou rabbins érudits), qu’il s’agisse notamment du TALMUD, ouvrage le plus attaqué par les détracteurs du peuple juif, lesquels sont généralement dépourvus d’un quelconque bagage sur la connaissance des doctrines talmudiques, ou du CHOULKHAN AROUKH, ouvrage de prédilection, résumé beaucoup plus accessible pour la plupart des lettrés chrétiens qui se sont intéressés au Judaïsme, ou plus exactement qui ont recherché dans les doctrines juives de quoi alimenter une haine dont les causes réelles se perdent dans la nuit des temps. La Théologie fait partie de ces sciences humaines dont on ne peut parler et discuter sérieusement qu’entre initiés, un peu comme certaines branches ardues des Mathématiques, telle la Théorie des groupes par exemple, et qui ne sont pas accessibles au commun des mortels sans initiation préalable. Et “se mettre dans le contexte de l’époque” ne suffit pas toujours pour comprendre un état d’esprit dont la “cartographie” du langage même semble totalement désuète relativement au schéma linguistique utilisé par l’individu d’aujourd’hui.
Dans le texte russe, qui a servi de préface à la 1ère édition des Protocoles des Sages de Sion, on trouve plusieurs références chiffrées du Talmud et du Choul’han Aroukh (Even Ha’Ezer, transcrit Eben-Gaezar et Orakh ’Haïm transcrit Khopaïm, etc.). Jacques Halbronn a retrouvé la quasi-totalité des sources du Talmud et du Choul’han Aroukh contenues dans les nombreuses versions protocoliennes du faux antisémite, dans un ouvrage allemand de 1884, une sorte de Critique du Judenspiegel de Justus Briman, par un certain Dr. Jacob Ecker.
La recherche de Jacques Halbronn s’arrête ici, mais en tant qu’éditeur de ces textes “sensibles”, il m’a semblé utile de donner au lecteur, dans cette brève étude, quelques éléments de compréhension, notamment sur l’usage des citations talmudiques pour d’une part, compléter la thèse d’Halbronn, et d’autre part, apporter quelque lumière au lecteur néophyte, qui prendrait au pied de la lettre les dites citations. J’ai auparavant vérifié que ces citations (reproduites ci-après dans le texte original) étaient bien celles contenues dans les éditions courantes du Talmud et du Choul’han Aroukh.2 Avant de situer toutes ces citations, à partir des textes originaux tirés de la littérature talmudique, de les traduire et d’en expliquer le sens, tel que la tradition talmudique l’entend, nous voulons analyser brièvement les causes de l’antisémitisme, dont la résurgence inquiète certaines composantes de la communauté juive occidentale.
Il y a plusieurs causes à l’explosion antisémite à la fin du XIXe siècle en Europe. Mais le facteur essentiel, à mon sens, et qu’on doit nécessairement prendre en considération pour tenter une explication raisonnable du phénomène de judéophobie, est lié à la pure calomnie et à l’invention d’un mythe spécifiquement chrétien à la base, devenu un archétype qui hante les consciences universelles.
C’est la naissance du nationalisme qui a exacerbé à un très haut degré la xénophobie populaire, et bien évidemment, les Juifs - bouc émissaire idéal - en furent les premières victimes. L’essor formidable du Socialisme, qui allait de pair avec une nouvelle vision économique du monde, reportait sa haine indescriptible sur les banquiers juifs, en particulier sur l’un d’entre eux, Rothschild. Le Juif était un étranger pour le xénophobe européen, mais il était aussi un “parent” de Rothschild pour le prolétaire !
Au tournant du XXe siècle, le Juif, doublement honni, va être caricaturer jusqu’au grotesque. Et les antisémites les plus cultivés vont rechercher dans les textes législatifs des Juifs, des passages, qui une fois sortis de leur contexte, vont perdre leur signification ontologique. La vulgarisation de textes mal interprétés, dans la hâte de nuire, va conduire à l’élaboration du mythe de la “conspiration juive”, prenant le pas sur le reproche de déicide de l’antisémitisme chrétien d’origine. On va s’efforcer de démontrer que les Juifs jouissent d’une immense influence sur les rouages du monde. Dans cette quête, la raison semble des plus absente au profit d’un ésotérisme de façade. Dès 1869, l’expression “judéo-maçonnique” de Gougenot des Mousseaux, sera popularisé, une quarantaine d’années plus tard, par Mgr. Jouin.
Les antisémites vont désormais s’appuyer sur une explication quasi manichéenne de l’histoire, en invoquant, à l’appui de leur doctrine des documents historiques, notamment les fameux Protocoles des sages de Sion - vulgarisés quelques décennies plus tard par le Mein Kampf d’Adolf Hitler3 - ou même des notions hébraïques comme par exemple le Kahal, détourné de son sens par le Juif converti Jacob Brafman au début de la IIIe République, un terme propagé officiellement par le gouvernement russe, vers la fin du XIXe siècle, ou encore le terme goy qui par le même processus d’appropriation aura un succès médiatique plus prononcé et durable.
Le rejet du peuple juif, qu’un Edouard Drumont, auteur de la France juive, appellera le “peuple de Satan”, est un dogme pseudo-théologique et une constante de l’antijudaïsme chrétien. Il nous faut ainsi remonter à l’historien Flavius Josèphe qui notait, à propos des Egyptiens, que “notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux, autant que l’être divin est éloigné des animaux privés de raison”.4 Josèphe reproche à Apion d’avoir inventé ce que nous retrouverons dans les PSS : “Il forge aussi un serment par lequel, prétend-il, en invoquant Dieu (…) nous jurons de ne montrer aucune bienveillance envers l’étranger…”5 Le mythe était en route et se forgera inlassablement au cours des siècles.
Les antisémites n’ont donc pas hésité à exploiter les passages littéralement rendus par le Talmud, notamment, pour accentuer ce reproche séculaire au peuple juif de sa haine du genre humain, à la dureté de sa loi - de la loi de ce peuple qui donna pourtant naissance au Jésus des Chrétiens, “un peuple qui demeure à part et qui ne peut être pensé parmi les nations”.6 Ainsi, l’antisémite présuppose une hostilité naturelle du Juif envers le non-Juif. Mais l’histoire de l’humanité ne montre-t-elle pas que c’est le peuple juif qui a été persécuté ?
Le peuple juif est un peuple rebelle, voilà sa vraie nature : une rébellion contre ceux pour qui l’instinct de survie serait le but essentiel de la vie, une rébellion contre la non-soumission au Créateur de l’Univers, une recherche permanente des “règles” de fonctionnement du monde tant matériel que spirituel, une quête permanente de l'indicible raison d'être.
Nous voulons ici rappeler le caractère particulier des recueils de textes rabbiniques qu’on a rassemblé sous le nom de Talmud. Il ne s’agit point d’une école de haine envers les non-Juifs, comme l’a répété pendant des siècles un virulent antitalmudisme, l’équivalent intellectuel de l’antijudaïque, devenu par la suite un pure produit démagogique avec l’antisémitisme, dont on observe aujourd’hui un surprenant renouveau associé à un antisionisme médiatique, qui se confond parfois avec un antimondialisme, voire un antiaméricanisme de circonstance : il s’agit toujours et encore de trouver un responsable aux malheurs de la planète, sans faire l’effort de comprendre, et surtout en exonérant habilement ceux vers qui devrait être tourné la réprobation générale : l’ignorance n’est-elle pas sœur du malheur des peuples ?
Tous les passages relatifs aux non-Juifs, et rapportés avec un malin plaisir, parfois par des Juifs renégats, ne devraient pas être ressortis de leur contexte, sans une “prise de conscience”, car il s’agissait pour les Rabbanim de se conformer aux prescriptions halakhiques7, c’est-à-dire à l’orthodoxie religieuse, notamment vis-à-vis des mariages mixtes et également de résister aux tentations syncrétistes issues de la fréquentation avec les non-Juifs.
L’athéisme, c’est-à-dire la négation - quelque part dogmatique - de l’existence d’une divinité, de la croyance en un Dieu unique, est certainement la source de toutes ces réflexions rabbiniques, que d’aucuns ont pu considérer comme blessantes ou insultantes à leur égard. Celui qui conteste l’existence d’un Créateur, ou plus exactement, celui qui refuse de croire qu’un esprit supérieur, même s’il existait, se soit intéressé à l’existence matérielle de ses créatures8, est nommé dans le Talmud, APIKOROS (ou “Epicurien”, par transfert linguistique), celui dont seule la perspective matérialiste, dans la recherche exclusive des plaisirs matériels lui procure une certaine satisfaction. L’exemple moderne de cet épicurisme a donné au philosophe juif Karl Marx de quoi alimenter ses thèses matérialistes. L’Epicurien nie donc le principe même de la religion, ce que les Rabbanim - dont rappelons-le, le “rabbi” Jésus de Nazareth (selon les Evangiles eux-mêmes) - ne pouvaient évidemment point admettre.9
En ce qui concerne toutes les interdictions contenues dans la Thorah, les Rabbanim enseignent : si on dit à un Juif : “Transgresse ces lois, et tu auras la vie sauve”, le Talmud (Sanhédrin 74 a) nous dit qu’il peut y consentir pour éviter la mort, à la condition expresse de ne commettre aucun des trois “péchés capitaux” suivants : AVODA ZARA (littéralement “culte des idoles”), c’est-à-dire l’idolâtrie, GUILOUILLE ARAYOTH (littéralement “révélation de la nudité”), c’est-à-dire les relations sexuelles illicites et CHEFIKHOUT DAMIM (littéralement “effusion de sang”), c’est-à-dire le meurtre, pour lesquels un Juif devra préférer la mort plutôt que la transgression de ces interdits.
Parmi les 613 Commandements qui incombe au Juif, le seul qui concerne directement notre relation avec un non-Juif est justement celui du devoir d’aimer l’étranger. La Thorah ordonne aux Juifs, en effet, de ne pas faire souffrir l’étranger de quelque manière que ce soit, et au contraire d’être toujours bienveillant envers la personne qui le représente, indépendamment de ses idées. Dans la Thorah, on appelle GUER toute personne originaire du peuple non-juif, et venu se joindre au Rassemblement d’Israël (QAHAL). C’est en parlant de lui que le texte dit : “Vous aimerez l’étranger”.10
Le non-Juif n’est pas tenu d’observer les lois alimentaires (KACHEROUT) que la Thorah stipule. C’est pourquoi, le Juif de la Thorah (généralement, mais pas toujours, celui qu’on nomme aujourd’hui “juif religieux”) ne fait pas participer le Goy au repas de PESSA’H (Pâque), par exemple. Nous lisons dans un verset de l’Exode (XII, 43) : “nul étranger n’en mangera”. Selon les Rabbanim, il s’agit de toute personne dont les actions sont comme étrangères à l’égard du Dieu de la Thorah. L’interdiction des Rabbanim, à la participation de Goyim au repas de Pessa’h, est inspirée par l’idée que le sacrifice de l’agneau pascal doit rappeler aux Hébreux et à leurs descendants leur libération, suivie de leur entrée dans l’Alliance du Sinaï, et donc, seuls ceux qui font partie de cette Alliance11, et qui l’ont accepté, pourront y participer, nous enseigne le traité talmudique de Shabbath (96 b).
Après ces préliminaires, nous allons fournir pour chacune des références rabbiniques citées - le texte hébreu contenu dans la Critique du Judenspiegel par Jacob Ecker dont Jacques Halbronn a montré qu’il s’agissait de la source même des citations dont se sont nourries les versions primitives des Protocoles des Sages de Sion - la référence tirée des éditions courantes du Talmud et du Choul’han Aroukh. La traduction des passages talmudiques est relativement délicate, en ce sens qu’une traduction mot à mot donnerait des textes quasi incompréhensibles. Pour nous aider dans cette tâche, nous avons fait appel aux connaissances talmudiques de M. Yaniv PEREZ.
Dans les ouvrages rabbiniques, on désigne parfois l’idolâtre par l’abréviation (AKOUM), c’est-à-dire, littéralement en hébreu : “Celui qui se prosterne devant les étoiles et les constellations“ : c’est donc le “païen”, proprement dit, qui est visé, et par extension, le “non-Juif”.
Les propos rabbiniques concernant l’AKOUM vise donc tout simplement l’idolâtre. Cela apparaît déjà dans le 1er Commandement divin : “Tu n’auras point d’autre Dieu”. L’Eternel est un Dieu “jaloux”, nous rappelle-t-on, d’où ces multiples allusions négatives à l’égard de ceux qui vénèrent les étoiles, et par extension, toutes formes d’idoles et leur “fan club”. Les Rabbanim font cependant une nette distinction avec ceux qui étudient les étoiles.
Nous avons dit précédemment que dans la Thorah il y a 613 MITSVOTH (ou Commandements), soit 248 commandements dits positifs (Tu feras) et 365 Commandements dits négatifs (Tu ne feras pas). Les 30 premiers Commandements négatifs concernent l’idolâtrie et les cultes païens, et les 29 suivants, la sorcellerie et les relations avec l’idolâtre12, c’est dire l’importance pour le Juif des prescriptions divines de la Thorah, l’Ancien Testament des Chrétiens.
Le Samaritain (KOUTI) est un Juif qui ne se réfère, en substance, qu’à la loi écrite, essentiellement la Thorah et le Livre de Josué. Les KOUTIM (pluriel de KOUTI) ont leurs propres prophètes qui ne sont évidemment pas reconnus par les Juifs “de la première heure”. A l’origine, on considérait les KOUTIM comme des Juifs, quoi qu’on s’en méfait certainement. On peut donner cet exemple, repris du Talmud : on ne pouvait répondre “Amen” à une bénédiction prononcé par un KOUTI que seulement si on entendait la totalité de la bénédiction, car on craignait, parfois à juste titre - et l’histoire allait donner raison à ses détracteurs - que cette bénédiction ne soit dédiée à une divinité étrangère. Et en effet, cela a duré jusqu’au jour où l’on a découvert que les Samaritains adoraient en secret une divinité en forme de colombe. A partir de ce jour, les KOUTIM ont été considérés comme des non-Juifs à part entière.13
Le Talmud distingue le KOUTI du Juif orthodoxe ou rabbinique, et les quelques réflexions désobligeantes qu’on peut trouver dans les nombreux traités talmudiques s’adressent d’ailleurs autant aux Samaritains qu’aux non-Juifs.14
I - Le Choul'han Aroukh
1ère référence
Even Ha 'Ezer (16,1)
Judenspiegel / Even Ha 'Ezer 16,1
Version du Judenspiegel
Choul'han Aroukh / Even Ha 'Ezer 16,1
Version du Choul'han Aroukh
Traduction et interprétation :
“Le Juif qui contracte un mariage avec une Samaritaine, ou bien une Juive qui épouse un Samaritain15, ne sont pas reconnus du point de vue de la Thorah, ainsi qu’il est écrit : Tu ne contracteras point de mariage avec eux”.16
On notera que l’auteur de la critique du Judenspiegel, utilise indifféremment, dans sa transcription des textes, le mot AKOUM à la place de celui de KOTI. On part ainsi, dans les textes authentiques, d’une expression particulière (le Samaritain, d’origine juive, rappelons-le) pour aboutir dans un texte à usage propagandiste, à une forme aussi généraliste que celle de AKOUM !17
2ème référence
Even Ha 'Ezer (44,8)
Judenspiegel / Even Ha 'Ezer 44,8
Version du Judenspiegel
Choul'han Aroukh / Even Ha 'Ezer 44,8
Version du Choul'han Aroukh
Traduction et interprétation :
“Le mariage rituel [d’un Juif avec] une Samaritaine ou une esclave [non juive] n’est pas valable. De même, le mariage rituel d’un Samaritain ou d’un esclave avec une Juive n’est pas admis.”18
Ainsi, pour un Juif qui contracte une alliance (charnelle ou autre) avec une KOUTITE ou une esclave (non-juive), le mariage ne sera pas pris en considération, car les partenaires ne sont pas aptes à recevoir les KIDDOUCHIN. Quant bien même les KIDDOUCHIN seraient établis, le mariage ne serait pas valable du point de vue de la Thorah. Et il en est de même avec un KOUTI ou un esclave qui a contracté un mariage avec une Juive.
3ème référence
Orakh 'Haïm (14,1)
Judenspiegel / Orakh 'Haïm 14,1
Version du Judenspiegel
Choul'han Aroukh / Orakh 'Haïm 14,1
Version du Choul'han Aroukh
Traduction et interprétation :
“Règles concernant les Tsitsith (franges rituelles) faits par un AKOUM ou par une femme :
Les Tsitsith fait par un idolâtre (AKOUM) ne sont point valables, comme le confirme l’Ecriture : Parles aux Enfants d’Israël…19 à l’exclusion des idolâtres…”.20
II - Le Talmud (dit de Babylone)
4ème référence
Yevamoth (61 a)
Judenspiegel / Yevamoth 61 a
Version du Judenspiegel
Talmud / Yevamoth 61 a
Version du Talmud
Traduction et interprétation :
“La tombe de l’AKOUM21 ne rend pas impur22 avec OHEL23, parce qu’il est dit : Quant à vous, vous êtes mon troupeau, le troupeau que je fais paître, vous êtes des hommes.24 On en déduit : vous, vous êtes appelé ADAM25, mais l’AKOUM n’est pas appelé ADAM.”
Ainsi, cette loi, qui provient directement des textes de la Thorah, nous dit que seul celui qui est appelé ADAM rend impur avec OHEL.
5ème référence
Yevamoth (98 a)
Judenspiegel / Yevamoth 98 a
Version du Judenspiegel
Talmud / Yevamoth 98 a
Version du Talmud
Traduction et interprétation :
“Thorah a rendu HEFQER (non valable)26 le sperme de l’idolâtre parce qu’il est écrit : dont la chair est celle des ânes et le sperme celui des chevaux”.27
Le problème de la Guemara, pour résumer le plus schématiquement possible, c’est de savoir si pour deux frères qui ne sont pas juifs et qui se sont pas convertis, on peut leur appliquer la loi de IBOUM et HALITSA.28 Même si ce sont des frères jumeaux (et donc le problème de la fraternité ne se pose pas), la loi de IBOUM et HALITSA n’est pas applicable sur eux. Alors le Talmud déduit de là la non-validité du sperme d’un idolâtre.
6ème référence
Qiddouchin (68 a)
Judenspiegel / Qiddouchin 68 a
Version du Judenspiegel
Talmud / Qiddouchin 68 a
Version du Talmud
Traduction et interprétation :
“Rabbi Hona dit : D'où sait-on [que lorsqu'on contracte une alliance avec une non-Juive, le mariage n'a aucune valeur juridique] ? Il est écrit dans la Thorah : Restez là avec (IM) l'âne29, un peuple (AM) qui ressemble à l'âne.30 On en déduit que les KIDOUCHIN ne sont pas valables avec une esclave non-juive.”
7ème référence
Sanhédrin (105 a)
Talmud / Sanhédrin 105 a
Version du Talmud
Rappelons que cette citation du traité Sanhédrin figure notamment dans l’ouvrage Acten und Gutachter (Vienne, 1890).
Traduction et interprétation :
“Rabbi Eliézer a dit : Les mécréants (RECHAIM) d’Israël [Juifs] et tous les GOYIM qui oublient Dieu retourneront en Enfer. Mais Rabbi Yéochoua n’est pas de cet avis car pour lui, les RECHAIM sont les GOYIM qui oublient Dieu, c’est-à-dire qu’un GOY mécréant ne peut pas accéder au monde futur.”
Nous avons par ailleurs ces deux enseignements des Rabbanim :
- Si on dit à propos du prophète païen BILAAM qu’il n’a pas de part au monde futur, on sous-entend qu’un autre non-Juif pourrait avoir une part au monde futur.
- Tout Juif a une part au monde futur.
8ème référence
Tossaphoth Sanhédrin (74 b)
Judenspiegel / Tossaphoth Sanhédrin 74 b
Version du Judenspiegel
Talmud / Tossaphoth Sanhédrin 74 b
Version du Talmud
Traduction et interprétation :
On peut noter deux interprétations de ce passage :
1 - “Aussi, il est enseigné dans la MEGUILAH (ou Rouleau) d’Esther (page 15) : Si je dois périr (de la maison de mon père), que je périsse”31
2 - “De la même manière que j’ai été perdue de la maison de mon père, ainsi j’ai été perdue de toi.”32
Et le texte poursuit :
“De la même manière, au sujet de son mari, on ne peut pas penser que la cohabitation avec un idolâtre est comme la couche d’un animal.33 Avec ce type de relations sexuelles (celles d’un non-Juif), une Juive ne peut pas se marier avec un Prêtre (COHEN), quant bien même que dans les relations sexuelles avec un animal, elle peut toujours l’être de par le fait qu’il n’existe pas de concept de ZENOUT (adultère, ou plus exactement relation interdite) avec les animaux, comme il est expliqué dans le chapitre du Traité Yevamoth (page 59) : La semence de l’idolâtre est comme celle de l’APICOROS. Lorsque la Thorah a rendu HEFQER la semence d’un non-Juif, c’est à propos de la vie spirituelle, mais quant à la relation sexuelle elle-même, la Thorah ne l’a pas rendue HEFQER, et donc cette relation sexuelle existe bien et on ne peut pas en faire abstraction, et puisqu’elle a été interdite au mari, elle aussi interdite à celui qui a eu avec elle des relations sexuelles.”
La suite du texte reprend le sujet principal et sort du cadre de la présente étude.
9ème référence
Tossaphoth Ketouvoth (3 b)
Judenspiegel / Tossaphoth Ketouvoth 3 b
Version du Judenspiegel
Talmud / Tossaphoth Ketouvoth 3 b
Version du Talmud
On remarquera que c’est quasiment le même texte que précédemment.
Traduction et interprétation :
“Aussi, dans la Meguillah il est enseigné : de la même manière que j’ai été perdue de la maison de mon père, ainsi j’ai été perdue de toi. On voit donc que vis-à-vis de son mari, les relations sexuelles d’un Egyptien34 ne sont pas considérées comme celles d’une animal et il en est de même pour celui avec lequel elle a eu des relations sexuelles, même si le concept de ZENOUT n’existe pas à propos des animaux et que les relations sexuelles avec une animal n’interdisent pas, dans l'absolu, de se marier avec un Cohen, comme il est dit dans le Traité Yevamoth : les relations sexuelles d’un Egyptien sont considérées comme de véritables relations sexuelles, et lorsque la Thorah a rendu HEFQER son sperme, c’était à propos de la vie “spirituelle”, et c'est la raison pour laquelle son sperme est considéré comme celui d’une animal.”
Voilà résumé brièvement les quelques citations qui ont servi à alimenter l'antisémitisme au tournant du XXe siècle, reposant sur une incompréhension volontaire de textes inaccessibles. Ainsi, des documents rabbiniques tel le Talmud - lequel fut pourtant imprimé au vu et au su de tout un chacun dès le début du XVIe siècle - devenaient “occultes” par la force des choses et finirent par être le substrat d'un mythe qui donna naissance à l'idée machiavélique d'une “conspiration juive mondiale”.
Robert Benazra
Nissan 5763
Notes
1 Le GOY représente pour les Juifs celui qui n’est pas juif, qu’il soit chrétien, musulman ou bouddhiste, mais un Juif “athée” reste juif, de même qu’un Juif converti au christianisme (Monseigneur Lustiger, par exemple) demeure toujours juif. En fait, le terme GOY, au sens général de la Thorah, désigne une nation, un peuple ou une organisation politique. Retour
2 Nous verrons que parfois Ecker utilise le mot KOTI (samaritain) à la place de AKOUM (idolâtre), peut-être pas innocemment d’ailleurs. Retour
3 Cf. l’étude de Jacques Halbronn dans cette même rubrique Retour
4 Cf. Contre Apion, I, § 224. Retour
5 Cf. Contre Apion, II, § 121. Retour
6 Cf. Nombres (XXIII, 9). Retour
7 La HALAKHA (littéralement, chemin à suivre), une des manifestations créatrices de la pensée rabbinique, concerne toutes les questions juridiques. Retour
8 Nous ne sommes pas très éloignés des conceptions du philosophe juif hollandais Baruch de Spinoza. Retour
9 Pour résumer, nous dirons que le terme APIKOROS dans le Talmud désigne soit celui qui nie l’existence de Dieu, soit celui qui croit en plusieurs dieux ou même un Juif qui s’éloigne des prescriptions de la Thorah. Retour
10 Cf. Deutéronome VIII, 19. Retour
11 Le symbole de cette Alliance est la circoncision. Ainsi, le Goy ne pourrait participer au sacrifice de l’Agneau que s’il est circoncit. Retour
12 Selon la nomenclature du Rambam (Maïmonide). Retour
13 M. Yaniv PEREZ nous précise cependant que la compilation de la Michna est postérieure à ce décret des Rabbanim, même si parfois on trouve dans ce recueil certaines lois concernant les KOUTIM datant d’avant le décret. Retour
14 Parfois, dans certains passages spécifiques du Talmud ou du Choulhan Aroukh, c’était généralement pour éviter les tensions et les persécutions permanentes avec l’Eglise florissante, que les Sages hébreux utilisaient les termes KOUTI et AKOUM à la place du terme GOY. Il est un fait que, sortis de leur contexte et point du tout replacés dans l’atmosphère des temps passés, certains passages du Talmud ont fait l’objet d’une polémique millénaire et ont alimenté pour des générations l’antisémitisme des Chrétiens, notamment. L’isolement religieux des Juifs se retrouve d’ailleurs dans la quasi totalité des écrits des Pères de l’Eglise. Retour
15 Il s’agit là d’une union par le biais des relations sexuelles, qui est une des trois façons de se marier, selon la Thorah, les deux autres étant la signature d'un contrat (KETOUBAH) et la dot remise directement à l'intéressé(e). Retour
16 Dans le Deutéronome (VIII, 3), Dieu ordonne aux Enfants d’Israël quelle devra être leur attitude vis-à-vis des sept nations qui occupent la Terre promise : Hittites, Guirgachites, Amorrhéens, Cananéens, Perizzites, Hiwwites et Jabouséens : “Tu ne contracteras point de mariage avec ces nations”. Retour
17 Cependant, nous précise Yaniv PEREZ, Rabbi Yossef Karo, l’auteur du Choulkan Aroukh, a cependant voulu inclure tous les non-Juifs dans cette loi, à la suite des persécutions permanentes de l’Eglise. Retour
18 L’expression consacrée pour le mariage rituel juive est “recevoir les KIDDOUCHIN”, c’est-à-dire, “sanctifié” l’union charnelle, ou plus exactement “réserver” une personne pour soi-même. En d'autres termes, avec les KIDDOUCHIN, l’homme s’engage à être fidèle et entier pour sa femme, et il en est de même pour la femme. Ainsi, les Rabbanim considèrent que cette “réception des KIDDOUCHIN” (ou sanctification) est un préalable obligatoire au mariage, sans lequel le mariage sera déclaré nul et non avenu, mais il n'est pas suffisant car même si les KIDDOUCHIN sont établis selon la forme, les conditions ne seront pas remplies avec un partenaire KOUTI notamment. Retour
19 Dans les Nombres (XV. 37 à 38), on décrit l’habit rituel que les Enfants d’Israël devront porter. Le texte débute ainsi : “Dieu dit à Moïse : Parles aux Enfants d’Israël; tu leur demanderas de confectionner une frange (ou une houppe, TSITSITH) aux pans de leurs habits, dans toutes les générations”. Retour
20 Le Talmud en déduit logiquement que ce Commandement sur les TSITSITH ne concerne donc que les Juifs. Par contre, une femme non-juive pourrait parfaitement fabriquer de tels habits ! Retour
21 Rappelons que l'AKOUM pour le Talmud est un idolâtre (non-juif), au sens le plus large du terme. Retour
22 Si quelqu’un ou quelque chose se trouve avec la tombe dans un même espace et que cet espace est couvert. Retour
23 Le terme OHEL désigne une tente, et au sens de la Halakha, c’est tout espace couvert d’au moins dix téphakhim, le téphah étant l’équivalent de la hauteur d’un poing fermé. Retour
24 Cf. Ezéchiel (XXXIV, 31). Le verset ajoute : “… et moi, je suis votre Dieu …” Retour
25 Dans la littérature talmudique, ADAM désigne l’homme au sens restreint du terme, celui qui a accepté le joug de la Thorah. Retour
26 Dans la littérature talmudique, on nomme HEFQER quelque chose qui n’appartient à personne et qui n’a pas d’existence spirituelle. Par extension, c’est un objet dont personne ne veut devenir le propriétaire. Retour
27 Cf. Ezéchiel (XXIII, 20). Retour
28 La loi hébraïque appelle IBOUM le fait qu’un homme se doit d’épouser la femme de son frère mort sans descendance (lévirat) et HALITSA (littéralement “retirer la chaussure”), c’est l’exception, lorsque l’homme ne veut pas épouser sa belle-sœur ou lorsque ce n’est pas possible, du fait qu’il soit un Prêtre (COHEN) par exemple. Retour
29 Ce verset est dans l'histoire de AQUEDAT ITSKHAQ (Sacrifice d'Isaac), lorsqu'Abraham est parti pour sacrifier Isaac sur le Mont Moriah. Il a dit à ses serviteurs (non-juifs) qui l'accompagnaient, de rester sur place avec l'âne qu'Abraham a amené et de l'attendre jusqu'à son retour. Cf. Genèse (XXII, 5). Retour
30 Il y a là un jeu de mot avec les termes hébraïques IM et AM qui comportent les mêmes lettres : “avec l'âne” (IM HAKHAMOR) et un “peuple qui ressemble à l'âne” (AM HAKHAMOR) ! Retour
31 Dans la Méguilah (IV, 16), Mardochée demande à Esther d’intervenir auprès du roi Assuérus en faveur des Juifs, menacés d’extermination par le vice-ministre Aman. Réticente au début, Esther fit cette réponse à Mardochée : “Demande au peuple juif de jeûner trois jours consécutifs. Je jeûnerai également et je demanderai audience au roi (sans attendre d’être convoqué, comme cela se pratique habituellement), si je dois périr, que je périsse.” Ce dernier propos, repris par le commentateur, KAACHER AVADTI AVADTI, a la même tonalité que celui prononcé par Jacob (Genèse XLIII, 14), lorsqu’il laisse partir son fils Benjamin pour l’Egypte : “Pour moi, si je dois être privé de mes enfants, que j’en sois privé” (VAANI, KAACHER CHAKHALTI CHAKHALTI). Cette résignation de Jacob, et ici, de la reine Esther, est simplement le résultat d’une confiance absolue en l’Eternel. Retour
32 C’est Esther qui parle à Mardochée, son mari, d’après cette interprétation, car le terme “perdue” est ici employé du fait qu’Esther, ayant eu des relations sexuelles avec Assuérus, ne pouvait plus être la femme de Mardochée. Retour
33 En d’autres termes, on constate donc que vis-à-vis de son mari, les relations sexuelles d’un non-Juif (Assuérus) ne sont pas considérées comme celle des animaux. Retour
34 Ici le terme Egyptien est synonyme de non-Juif au sens général. Retour
mercredi 15 avril 2015
Revue Encyclopaedia Hermetica
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directeur-fondateur des anciens Cahiers Kabbalah
(Revue d'études sur la Mystique juive),
rédacteur du Répertoire Chronologique Nostradamique
L’Encyclopaedia Hermetica vise à baliser un terrain très vaste
qui est celui des structures cachées, inconscientes, occultées
qui sous-tendent l’Histoire des sociétés humaines.
Il ne s’agit donc nullement d’un hermétisme en chambre,
mais d’une réflexion anthropologique sur notre monde et sur ses mécanismes, sa logique profonde,
que l’on cherchera à mieux expliciter en fournissant des outils conceptuels nouveaux,
en vue notamment de repenser la question juive,
la question de la femme ou le problème de l’astrologie.
Mais pour aborder l’essence des choses,
encore faut-il se familiariser avec les dysfonctionnements, les supercheries, les contrefaçons,
les fausses représentations, les effets du mimétisme et du syncrétisme,
ce qui implique d’examiner, de façon critique,
un certain nombre de textes, devenus plus ou moins mythiques,
qui vont des Centuries aux Protocoles des Sages de Sion,
de telle résolution de l’ONU concernant Israël
à telle biographie de personnage célèbre, souffrant de télescopages.
Il conviendra d’aborder la lecture de l’E. H. de façon dynamique, en passant d’un texte à l’autre,
les articles étant disposés non point par ordre alphabétique (synchronique)
mais chronologique (diachronique), selon la date de leur rédaction,
une encyclopédie n’étant pas un dictionnaire
mais, comme son nom l’indique, induisant une circulation d’un texte à l’autre.
L’E. H. n’est pas un ensemble clos mais continuera sans cesse -
ce qui est le privilège d’une encyclopédie en ligne,
à s’enrichir de nouveaux apports, sans cependant évacuer les étapes antérieures.
Les sociétés construites par l’homme passent par des phases
qui nous relient de manière symptomatique
aux arts hermétiques de la Tradition initiatique,
aux manifestations d’un savoir ésotérique.
De l’astrologie au prophétisme, nous voulons re-penser la sociologie du processus divinatoire.
De ce point de vue, le phénomène Nostradamus constitue un terrain d’étude des plus enrichissants.
Dans quelle mesure la perception de l’autre peut-elle engendrer des conflits au sein d’une altérité collective ?
Nous voulons également réfléchir au rôle du Judaïsme dans la civilisation dite judéo-chrétienne
et examiner l’apport des Juifs dans l’histoire de l’humanité.
Nous avons aujourd’hui suffisamment de recul pour aborder, en dehors de toute passion,
notamment les sources de l’antisémitisme
dont le conflit israélo-palestinien n’est que la partie immergé de l’iceberg.
Par Hermetica, nous entendons, ici, ce qui est subconscient,
ce dont on ne se doute pas, ne soupçonne pas,
ce qui existe mais dont on ne cerne pas nécessairement la raison d’être,
ou dont on apprécie mal l’ampleur, le rayonnement,
ce sur quoi on risque de perdre le contrôle,
les automatismes de toutes sortes, qui libèrent l’Homme de certaines charges,
les cycles qui sous-tendent l’Histoire, à son insu,
mais également ce qui est occulté par les comportements mimétiques et syncrétiques,
lesquels tendent à brouiller les pistes.
Hermetica, c’est la reconstitution de la genèse des traditions,
c’est ce qui a été refoulé de la conscience mais n’en est pas moins à l’oeuvre
et sans quoi l’Humanité ne serait pas ce qu’elle est.
Le XXIe siècle sera marqué par un ajustement indispensable
entre anciennes et nouvelles (bio) technologies.
Les articles sont classés en plusieurs rubriques
pour ceux qui souhaitent certaines orientations initiales.
En outre, l'E. H. se veut interactive,
le lecteur étant invité à intervenir,
à réagir par rapport à tel ou tel texte ;
son propos sera mis en ligne,
sous réserve d’une certaine qualité de forme et de contenu,
et il lui sera éventuellement répondu.
LES CONTRIBUTEURS
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Jacques HALBRONN
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Jacques
Halbronn est né le 1er décembre 1947, à Paris. Ses origines juives ont
marqué son itinéraire et sa production. En 1978, il a fondé le Centre d'étude et de Recherche sur l'Identité Juive (voir le Site CERIJ.org).
En 1979, il soutient une thèse de 3e cycle en études Orientales, sous
la direction de Georges Vajda, qui paraîtra en 1985 sous le titre Le monde juif et l'astrologie (Milan, Archè). Parallèlement, il développe un autre pôle d'activités, consacré justement à l'astrologie. En 1975, il fonde le Mouvement Astrologique Universitaire
(MAU) et a organisé plus de cinquante colloques en trente ans, et ce
tant en France qu'à l'étranger. Spécialisé dans l’observation du milieu
astrologique (DESS, Paris VIII, 1995), Jacques Halbronn a publié des
Guides des astrologues en 1981, 1984, 1995 et 1997. Un prochain guide
devrait sortir au début de l’année universitaire 2005-2006. Jacques
Halbronn a fondé en 1972 la Bibliotheca Astrologica, Paris, et a constitué le CATAF, Catalogue alphabétique des Textes Astrologiques Français (en ligne sur le Site CURA.free.fr). Il a publié aux éditions Ramkat, à Feyzin, en 2002 deux ouvrages, Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus et Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, en prolongement de sa thèse d'état, Le texte prophétique en France,
soutenu en 1999 à Paris X (Nanterre). Cette thèse est notamment
diffusée dans les bibliothèques universitaires, sur microfiche, sous la
référence ANRT 34216. Elle est également en partie mise en ligne, sous
sa forme d’origine, pour son volet Nostradamus, sur ce Site dans une
rubrique spéciale intitulée Thèse de Jacques Halbronn On notera que J. Halbronn est également l’auteur de l’article “Astrologie” sur le Site Encyclopaedia Universalis en ligne/on line, son texte ayant été réédité en 2005 dans les Essentiels de la dite Encyclopédie. Il dirige actuellement le magazine en ligne Grande Conjonction (grande-conjonction.org). Il a collaboré au Site de la Faculté Libre d’Anthropologie de Paris, Hommes et Faits.com. Son dernier livre en date : Papes et prophéties. Décodages et influence,
aux Editions Axiome, 2005, qui reprend, pour l’essentiel, des chapitres
de sa thèse d’Etat. Vous pouvez contacter directement Jacques Halbronn :
Halbronn@yahoo.fr
T. W. M. van BERKEL
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Theo
van Berkel est né le 10 juillet 1956, à Utrecht (Hollande). Au
quotidien, il est infirmier en dialyse au Centre médical de l’Université
d’Utrecht. De 1980 à 1994, il a pratiqué l’astrologie, et pendant
quelques années il fut un correspondant régulier du magazine hollandais
“Sagittarius”. La participation à cette revue astrologique lui a permis
de se familiariser non seulement avec les fondements de l’astrologie
judiciaire mais également avec les diverses techniques de prédiction. Il
a écrit de nombreux articles, analysé divers horoscopes, donné des
cours sur la manière de monter des thèmes horoscopiques et a étudié les
éléments caractéristiques d’un certain nombre de systèmes de prédiction.
En matière d’astrologie, Van Berkel définit une vraie prévision si deux
paramètres seulement se réalisent : premièrement, la prédiction doit
être accomplie à la date donnée, avec une écart tout au plus de deux
jours, et en second lieu, les événements qui se produisent doivent
correspondre au contenu de ladite prédiction.
L’intérêt de Van Berkel pour les Propheties de Nostradamus survient en 1980, après la lecture d’une série d’articles biographiques, écrits par un de ses collègues de “Sagittarius”. Van Berkel a commencé par examiner les quatrains et les Lettres, afin d’y découvrir les traces d’une technique de prédiction. Quelques données préliminaires de cette recherche ont été publiées dans “Sagittarius” en 1986 - 1988. En 2002, il décide de publier les résultats de ses investigations à la fois dans un livre, Nostradamus, Astrologie en de Bijbel - een lezing over zijn profetieën en brieven, et sur son Site Nostradamus, astrology and the Bible, ce qui représente une nouvelle étape dans son projet de recherche, basé sur l’astrologie et les correspondances avec la Bible. Ses publications sur Ramkat datent de 2003.
L’intérêt de Van Berkel pour les Propheties de Nostradamus survient en 1980, après la lecture d’une série d’articles biographiques, écrits par un de ses collègues de “Sagittarius”. Van Berkel a commencé par examiner les quatrains et les Lettres, afin d’y découvrir les traces d’une technique de prédiction. Quelques données préliminaires de cette recherche ont été publiées dans “Sagittarius” en 1986 - 1988. En 2002, il décide de publier les résultats de ses investigations à la fois dans un livre, Nostradamus, Astrologie en de Bijbel - een lezing over zijn profetieën en brieven, et sur son Site Nostradamus, astrology and the Bible, ce qui représente une nouvelle étape dans son projet de recherche, basé sur l’astrologie et les correspondances avec la Bible. Ses publications sur Ramkat datent de 2003.
Lucien de LUCA
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Lucien
de Luca est né en 1951, à Paris. Il est médecin généraliste et diplômé
de Neurophysiologie clinique. Après plusieurs lectures sur le syndrome
religieux de certaines épilepsies temporo-limbiques ou psychiques, il
s'intéresse en 1993 aux Prophéties de Michel de Nostredame où il remarque notamment cette expression de “comitiale agitation Hiraclienne” insérée dans la Préface à César
comme la signature d'une observation clinique et autobiographique d'un
médecin de la Renaissance, quand brûlaient hérétiques et pestiférés.
Auteur d’un ouvrage documenté (430 pages au format 21 × 29,7 mm et plus
de 300 références bibliographiques), intitulé Logodaedalia (paru
en septembre 2001), “instruisant l'observation neuro-psychologique” dans
l'oeuvre du médecin provençal, Lucien de Luca en a présenté quelques
extraits choisis sur son Site Logodaedalia,
qui présente ses travaux sur Nostradamus, et leur mise à jour
régulière. A une argumentation pertinente portant sur l’analyse
syntaxique des mots contenus dans le texte nostradamien, l’auteur ouvre
de nouvelles perspectives quand à la compréhension de l’oeuvre du
médecin de Salon-de-Provence.
Signalons également son autre Site Bibliothèque d’Asklépios, portant sur l’Histoire de la Médecine et consacré plus particulièrement à l’épilepsie, de l’Antiquité jusqu’au XIX siècle.
Signalons également son autre Site Bibliothèque d’Asklépios, portant sur l’Histoire de la Médecine et consacré plus particulièrement à l’épilepsie, de l’Antiquité jusqu’au XIX siècle.
Elmar R. GRUBER
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Elmar
R. Gruber est né en 1955, à Vienne (Autriche). Il a étudié la
psychologie, la philosophie et l’éthnologie à Vienne, Fribourg
(Allemagne) et aux USA. Il est Docteur en psychologie et était chercheur
associé à l’Institut für Grenzgebiete der Psychologie und Psychohygiene (Institute for Border Areas of Psychology and Mental Hygiene)
du professeur Hans Bender à Fribourg, où il a été engagé pour étudier
le paranormal et faire de la recherche expérimentale.
Il a effectué des travaux sur le terrain en étudiant le Chamanisme et
les rituels magiques au Mexique, aux Philippines et en Inde. Depuis
1984, c’est un auteur indépendant et il est conseiller scientifique pour
la radio et la TV pour les questions traitant de la parapsychologie et
de la psychologie “transpersonnelle”. Son travail actuel porte sur
l’histoire culturelle des phénomènes mentaux anormaux.
Elmar R. Gruber a publié de nombreux articles dans des revues
scientifiques et il est l’auteur de 14 ouvrages, traduits en plusieurs
langues. Par ailleurs, il est également l’auteur des célèbres CD-ROMs Mysterium (Munich, USM, 1996) et Enigma (Munich, Navigo, 2002).
Depuis plusieurs années, Elmar R. Gruber se documente sur la vie et l’œuvre de Nostradamus, un travail facilité par sa propre bibliothèque de livres anciens et rares sur l’Occultisme et l’Hermétisme, ainsi que sa collection spéciale d’ouvrages sur Nostradamus, avec notamment de nombreuses éditions des Prophéties.
Pour plus d’information, vous pouvez consulter son Website (en allemand) : Dr. Elmar R. Gruber.
Depuis plusieurs années, Elmar R. Gruber se documente sur la vie et l’œuvre de Nostradamus, un travail facilité par sa propre bibliothèque de livres anciens et rares sur l’Occultisme et l’Hermétisme, ainsi que sa collection spéciale d’ouvrages sur Nostradamus, avec notamment de nombreuses éditions des Prophéties.
Pour plus d’information, vous pouvez consulter son Website (en allemand) : Dr. Elmar R. Gruber.
Mathieu BARROIS
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Mathieu
Barrois est né en 1948 à Saint-Pacôme de Kamouraska, sur la rive sud du
fleuve Saint-Laurent, à 150 km à l’est de Québec. Après des études
classiques dans sa région natale, il a étudié à l’Université Laval, à
Québec, où il a obtenu une licence en Sciences de l’Administration. Il
est aujourd’hui analyste en système et conseiller en gestion dans
l'Administration publique. C’est au début des années 1980 que se
manifeste son intérêt pour Nostradamus, avec la médiatisation du
best-seller de Jean-Charles de Fontbrune.
Cependant, son travail d’interprétation des textes de Nostradamus n’a
commencé que plusieurs années plus tard. En 1990, il publie un livre
dans lequel il tente d’associer certains quatrains autant à des
événements historiques touchant le Québec qu’à des phénomènes
climatiques et des catastrophes naturelles provoquées par le
réchauffement climatique de la planète. Son ouvrage de 1991 a porté sur
la traduction de la Lettre à Henry, roy de France second. En 2000, il
ouvre un Site Internet MORIBIOS
pour présenter notamment la traduction des rares quatrains datés et les
quelques passages de la Lettre à Henry Second qui contenaient des
dates. Par la suite, le Site sera étoffé et comportera de larges
extraits de la dite Lettre.
Robert BENAZRA
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Ci-après une brève présentation de mes recherches sur Michel Nostradamus.
Je suis est né à Lyon en 1953. Sur le Site Espace Nostradamus, dont le contenu est repris sur Encyclopaedia Hermetica, on trouvera des informations claires, précises et sérieuses sur cet auteur médiatiquement célèbre, mais dont la personnalité et les œuvres sont largement méconnues du grand public. C’est autour des années Soixante-dix que j’ai entendu parler pour la première fois des “Prophéties de Nostradamus”. A cette époque, ma connaissance du sujet était alors celle de la majorité des gens, autant dire que je ne possédais quasiment aucune information véritablement sérieuse tant sur l’homme que sur ses écrits, puisque l’essentiel de la production nostradamique était axé - depuis plus de quatre siècles - sur l’interprétation et le commentaire de textes dont on ignorait d’ailleurs la réelle provenance. Pour couronner cette ignorance, on peut dire que le monde universitaire était totalement hermétique à la seule évocation du nom “Nostradamus”, malencontreusement récupéré par l’ésotérisme le moins honorable. J’ai donc décidé de me documenter sur le sujet, de remonter aux sources en effectuant des recherches systématiques dans toutes les bibliothèques tant en France qu’à l’étranger, puis en classant et recoupant toute la documentation que j’avais ainsi amassé pendant plus d’une dizaine d’années. Au début de mes investigations, je voulais seulement trouver des réponses aux deux questions essentielles qui agitaient mon esprit : qui était réellement Nostradamus ? et quels furent ses écrits ?
Afin de trouver un début d’explication à ma première interrogation, j’ai cherché à me documenter sur les véritables origines de Michel de Nostredame, afin de connaître plus précisément le milieu et l’environnement social d'où il venait, puis celui dans lequel il a vécu. Une rubrique de Nostradamica, intitulée Ascendance contient l’essentiel de nos connaissances actuelles sur les origines familiales de Michel, de son trisaïeul paternel, Vital de Carcassonne à son père, Jaume de Nostredame. Dans la section Biographie, j’ai essayé de poser des jalons sûrs sur le parcours emprunté par cette personnalité complexe que fut Michel de Nostredame, avant de devenir Nostradamus.
Parallèlement, afin de pouvoir répondre à ma seconde interrogation, celle où d’ailleurs l’incurie sur le plan bibliographique était la plus totale, je me suis mis à la recherche des publications originales de Nostradamus et des manuscrits non publiés consacrés au médecin de Salon-de-Provence. J’ai pu notamment retrouver les traces de deux exemplaires de la première édition des “Prophéties de Nostradamus”, publiée en 1555 par Macé Bonhomme, ainsi qu’un exemplaire de la seconde édition, datée de 1557 et éditée par Antoine du Rosne. Ces deux éditions ont été rééditées en fac-similé, respectivement en 1984 et 1993 par l’association Les Amis de Nostradamus (Lyon). Dans la section Bibliographie, j’ai résumé l’essentiel de mon enquête bibliographique, publiée en 1990 et intitulée : Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN). Depuis cette période, on peut se réjouir que nombreux universitaires se soient penchés avec bonheur sur Nostradamus et son œuvre.
Aujourd’hui, dans la rubrique Analyse, j’ai souhaité insérer des études inédites et pertinentes, souvent contradictoires et dont je ne partage pas toujours les conclusions. En ouvrant notre tribune à la Critique nostradamique, nous voulons susciter de nouvelles réflexions et études, afin de faire avancer les recherches sur des pans encore méconnus de sa vie et de son œuvre. Notre but étant la mise à disposition d'un corpus le plus exhaustif possible “pour le commun profit des humains”, pour employer une expression de Michel Nostradamus dans sa Lettre à César.
Je suis est né à Lyon en 1953. Sur le Site Espace Nostradamus, dont le contenu est repris sur Encyclopaedia Hermetica, on trouvera des informations claires, précises et sérieuses sur cet auteur médiatiquement célèbre, mais dont la personnalité et les œuvres sont largement méconnues du grand public. C’est autour des années Soixante-dix que j’ai entendu parler pour la première fois des “Prophéties de Nostradamus”. A cette époque, ma connaissance du sujet était alors celle de la majorité des gens, autant dire que je ne possédais quasiment aucune information véritablement sérieuse tant sur l’homme que sur ses écrits, puisque l’essentiel de la production nostradamique était axé - depuis plus de quatre siècles - sur l’interprétation et le commentaire de textes dont on ignorait d’ailleurs la réelle provenance. Pour couronner cette ignorance, on peut dire que le monde universitaire était totalement hermétique à la seule évocation du nom “Nostradamus”, malencontreusement récupéré par l’ésotérisme le moins honorable. J’ai donc décidé de me documenter sur le sujet, de remonter aux sources en effectuant des recherches systématiques dans toutes les bibliothèques tant en France qu’à l’étranger, puis en classant et recoupant toute la documentation que j’avais ainsi amassé pendant plus d’une dizaine d’années. Au début de mes investigations, je voulais seulement trouver des réponses aux deux questions essentielles qui agitaient mon esprit : qui était réellement Nostradamus ? et quels furent ses écrits ?
Afin de trouver un début d’explication à ma première interrogation, j’ai cherché à me documenter sur les véritables origines de Michel de Nostredame, afin de connaître plus précisément le milieu et l’environnement social d'où il venait, puis celui dans lequel il a vécu. Une rubrique de Nostradamica, intitulée Ascendance contient l’essentiel de nos connaissances actuelles sur les origines familiales de Michel, de son trisaïeul paternel, Vital de Carcassonne à son père, Jaume de Nostredame. Dans la section Biographie, j’ai essayé de poser des jalons sûrs sur le parcours emprunté par cette personnalité complexe que fut Michel de Nostredame, avant de devenir Nostradamus.
Parallèlement, afin de pouvoir répondre à ma seconde interrogation, celle où d’ailleurs l’incurie sur le plan bibliographique était la plus totale, je me suis mis à la recherche des publications originales de Nostradamus et des manuscrits non publiés consacrés au médecin de Salon-de-Provence. J’ai pu notamment retrouver les traces de deux exemplaires de la première édition des “Prophéties de Nostradamus”, publiée en 1555 par Macé Bonhomme, ainsi qu’un exemplaire de la seconde édition, datée de 1557 et éditée par Antoine du Rosne. Ces deux éditions ont été rééditées en fac-similé, respectivement en 1984 et 1993 par l’association Les Amis de Nostradamus (Lyon). Dans la section Bibliographie, j’ai résumé l’essentiel de mon enquête bibliographique, publiée en 1990 et intitulée : Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN). Depuis cette période, on peut se réjouir que nombreux universitaires se soient penchés avec bonheur sur Nostradamus et son œuvre.
Aujourd’hui, dans la rubrique Analyse, j’ai souhaité insérer des études inédites et pertinentes, souvent contradictoires et dont je ne partage pas toujours les conclusions. En ouvrant notre tribune à la Critique nostradamique, nous voulons susciter de nouvelles réflexions et études, afin de faire avancer les recherches sur des pans encore méconnus de sa vie et de son œuvre. Notre but étant la mise à disposition d'un corpus le plus exhaustif possible “pour le commun profit des humains”, pour employer une expression de Michel Nostradamus dans sa Lettre à César.
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Dernière mise à jour : 22 août 2006
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