mardi 13 juillet 2021

Jacques Halbronn Le second volet comme imitation du premier

Le second volet des Centuries comme imitation du premier. Par Jacques Halbronn La comparaison entre les deux volets des éditions « centu-riques » fait apparaitre des différences de fond et de forme qui mettent en évidence l’hétérogénéité de l’ensemble censé avoir été présenté dès 1568.(Lyon, Benoist Rigaud) sinon encore plus tôt dès avant la mort accidentelle du roi (en 1559) auquel le dit second volet est adressé. Sur la forme, d’abord, le second volet ne nous est connu que selon un seul et unique état, en trois centuries « pleines » alors que le premier volet nous est connu au tra-vers de divers états dont les bibliographies relatent la suc-cession (cf le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra, Paris, La Grande Conjonction, Trédaniel, 1990 pp. 118-125) En ce qui concerne la genése du premier volet, la doxa éta-blit qu’il y aurait d’abord existé une édition à 4 centuries en 1555, suivi en 1557 d’une édition à 7 centuries, cette dernière comportant des variantes, à la VIIe centurie, entre les exemplaires de la Bibliothèque de Budapeste et celle d’Utrecht.Ensuite, tout devient beaucoup plus compliqué puisque l’on ne trouve plus pour les années 1588-1589 que des états successifs avec des mentions d’ajouts : Prophéties de M. Nostradamus adioustées outre les précé-dentes impressions Prophéties de M. Nostradamus Adioustés nouvellement . Centurie septiesme Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont esté encores imprimées Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition. Reveues & additionnées par l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière Centurie. Cette dernière mention est à retenir car elles semble bien indiquer que les éditions successives ne procédaient point nécessairement par additions de centuries « complètes » mais au moyen d’annexes d’un certain nombre de quatrains qui ont pu servir comme ajouts à des éditions à trois ou à six centuries puisque l’on sait que la centurie IV aura connu un premier état (Macé Bonhomme 1555) à 53 quatrains avant d’atteindre les 100 quatrains (Antoine du Rosne 1557). Mais cette édition avec une centurie iV à 100 quatrains allait elle-même comporter par la suite une addition à la « dernière centurie », c’est-à-dire à la sixième, ce qui deviendra la sep-tième centurie, restée incomplète/incomplétée. Selon nous, il a du exister une édition, non localisée, à six centuries avant l’édition augmentée en question. Elle devait porter ce titre déjà mentionné : Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont esté encores imprimées en passant sous silence l’existence d’un état intermédiaire avec une centurie IV à 53 quatrains. Cela donnait ainsi un ensemble des six centuries « pleines » dont nous avons dit qu’il serait suivi d’une nouvelle addition « à la dernière centurie ». Certains comprennent la formule « dernière centurie » comme ren-voyant à la centurie VII alors que la formule désignait la sixiéme et dernière centurie de l’ensemble à six centuries, ensemble auquel on aura adjoint une nouvelle série de qua-trains (39 si l’on s’en tient au titre) Reveues & additionnées par l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière Centurie. Encore convient-il de préciser que le titre des ouvrages ne correspond pas ou plus nécessairement à leur contenu. Pour en revenir au second volet, le fait d’annoncer « Centuries VIII. (lire huitième du fait du point), IX (neuvième), X (dixième) qui n’ont encores iamais esté imprimées » se calque sur une formule déjà utilisée pour le premier volet (cf supra): « Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition. » Tout cela tend à entériner – d’où l’affirmation d’une « mi-liade » de quatrains dans l’Epitre au Roi - l’existence d’une Centurie VII alors même que les éléments que nous connais-sons n’atteignent pas la cinquantaine de quatrains. En fait, une structure à base 3 et 6 nous semble plus cohérent qu’une structure à base 10. Selon nous, le second volet aura été pensée à l’imitation du premier volet en vue d’instrumentaliser Nostradamus au service non plus de la Ligue mais du parti d’Henri de Na-varre comme le montre l’étude de certains quatrains – celui relatif à Tours dans le premier volet et celui relatif à Chartres dans le second. C’est dire que l’on ne situe correc-tement les deux volets que dans le contexte la guerre dynas-tique des années 1588-1594. Autrement dit, soutenir que l’édition de 1568 à « dix centuries » est authentique serait tout à fait chimérique et nous avons montré par ailleurs que le libraire Benoist Rigaud fut probablement un des instiga-teurs du phénoméne centurique de la période en question, récupérant des textes d’Antoine Crespin eux-mêmes repris de certains textes de Nostradamus comme son Epitre à Pie IV et qui se retrouvent dans le second volet tout comme les extraits de la Guide des Chemins de France. Centurie 8:76 Plus Macelin que roy en Angleterre, Lieu obscure nay par force aura l'empire: Lasche sans foy sans loy saignera terre, Son temps s'approche si presque je soupire. 8:77 L'antechrist trois bien tost annichilez, Vingt et sept ans sang durera sa guerre: Les heretiques mortz, captifs, exilez, Sang corps humain eau rogi gresler terre Or, le terme « macelin » est une occurrence qui n’existe que dans l’Epitre de Nostradamus à Pie IV, tant en français qu’en langue italienne et correspond à une prédiction « antéchristique » en prose de Nostradamus, ce qui se retrouve au premier verset du quatrain suivant. (cf Researches 121-130 - Mario Freedom's Space http://www.propheties.it › Researches121-130 1. 121 - Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre Par Jacques Halbronn ... 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Researches 191-200 - Mario Freedom's Space http://www.propheties.it › Researches191-200 1. 191 - Rabelais et Nostradamus faiseurs d'almanachs ... dédié au pape Pie IV, lequel almanach semble avoir été censuré en France mais pas en Italie, ... de celui qu'il nomme « Marcelin » en jouant sur le mot « macelin », boucher (macelino) On rappellera que la Première Face du Janus François com-porte des quatrains du second volet, qui permet de fixer une fourchette entre 1590 et 1593 pour l’émergence du second volet. (cf RCN pp 126 et seq), une édition de Cahors datée de 1590 comportant les deux volets, le contenu de la dite éditions ayant servi pour fabriquer l’édition de 1568 laquelle constituerait donc doublement un faux. JHB 13 07 21

vendredi 9 juillet 2021

Jacques Halbronn Astrologie et prophétisme et leur présence au sein des études sur l'ésotérisme

Astrologie et prophétisme et leur présence au sein des études sur l'Esotérisme Par Jacques Halbronn, docteur es lettres, auteur de l’article Astrologie dans l’Encyclopaedia Universalis (depuis 1993) et commissaire de l’exposition Astrologie et Prophé-tie, Merveilles sans images, à la Bibliothèque Nationale, 1994. A partir de deux récents volumes collectifs-tous deux parus en 2007, consacrés à l’ésotérisme, l’on s’interrogera sur la place réservée à l’astrologie et au prophétisme dans le champ des « études ésotériques ». L’Esotérisme. Kabbale, franc maçonnerie, astrologie, sou-fisme,Les textes fondamentaux commentés, ouvrage dirigé par Catherine Golliau Ed. Tallandier, 2007 Etudes d’histoire de l’ ésotérisme, sous la direction de Jean Pierre Brach, Jérome Rousse-Lacordaire, Mélanes offerts à Jean Pierre Laurant pour son soixante dixiéme anniversaire, Paris, Ed. Cerf, 2007 Force est de constater que les références à l’astrologie dans ces deux ensembles est des plus minimes sinon des plus mi-nimisés en comparaison de la place dévolue à d’autres domaines englobés dans la nébuleuse Esotérisme. On commencera par le volume (de 130 pages) paru chez Tallandier et qui, en son titre même, mentionne l’Astrologie. Nous y trouvons en effet deux pages (pp. 12 et 13) dont la moitié est mangée par une image du ciel et par un tableau chronologique de ‘ensemble de ce chapitre consacré à l’ésotérisme antique par Walter Burkert (Professeue à l’Université de Zurich(Suisse) Mais le développement sur l’astrologie est signé Marie Dor-moy, totalement inconnue (à ne pas confondre avec son homonyme morte en 1974) dont la page de titre du volume nous explique qu’elle est chargée des « Repéres ». Le texte très court mérite qu’on s’y attarde quelque peu en son début et en sa conclusion : « Pratiquée depuis l’Antiquité, l’astrologie est un des fleu-rons majeurs de l’ésotérisme » et le texte se termine ain-si : »Le progrès de l’astronomie vont faire perdre à l’astrologie tout crédit dans les milieux scientifiques qui l’associent aux arts occultes. Au XVIIIe siècle, elle devient l’apanage des sociétés secrétes comme les Rose Croix et les Franc Maçons où elle est associée à la magie, à la Kabbale et aux arts divinatoires. Condamnée par l’Eglise, elle est fi-nalement interdite en 1666 par Colbert et restera au purga-toire jusqu’au XXe siècle » Et l’article se termine sur l’Ere du Verseau et les horoscopes de presse. En fait, le texte ne se limite nullement à l’antiquité et couvre cavalièrement l’histoire de l’astrologie jusqu’à nos jours, ce qui permet de faire figurer néanmoins le mot Astrologie au titre du vo-lume ! L’astrologie a droit à un strapontin dans le « Lexique’ final en 4 lignes. Ce qui est étrange, c’est que ce texte est complétement décalé par rapport au reste du volume en ce qu’il signale les rapports entre l’astrologie et les sociétés se-crétes, lesquelles ont droit à un traitement autrement plus ample dans le dit volume sans pour autant que l’astrologie y soit signalée par ailleurs ! L’astrologie est vraiment le « pa-rent pauvre »du champ ésotérique et cela vaut aussi pour le prophétisme et Nostradamus. La bibliographie finale ne ré-tablit nullement la situation. Passons au second volume qui dépasse les 450 pages . Exa-minons sa table des matières assez copieuse : le mot astro-logie ne figure dans aucune des contributions rassemblées par Jean Pierre Brach et Jérome Rousse Lacordaire. Il est vrai que Jean Pierre Laurant n’aura pas accordé un intérêt évident pour ce domaine. Le terme « Etudes d’histoire de l’ésotérisme » est au vrai assez prudent et ne prétend viser à aucune approche globale de la question à la différence du titre de Tallandier. « L’Esotérisme » Il faudrait s’interroger sur une telle situation en ce début de XXIe siècle. Qu’est ce qui justifie un tel « mépris » de fait ? Est-ce parce que l’astrologie n’est pas une langue « morte », que les études qui lui sont consacrées peuvent être suspec-tées d’une volonté de la réhabiliter ? Nous y voyons l’expression d’un certain ostracisme au sein même d’un do-maine qui serait normalement censé lui accorder la place qu’elle mérite comme le notait imprudemment .Marie Dor-moy : « Pratiquée depuis l’Antiquité, l’astrologie est un des fleurons majeurs de l’ésotérisme » JHB 08 07 21

jeudi 8 juillet 2021

Jacques Halbronn L'épanouissement du monde juif. Un parcours, une quête (1966 2021)

Jacques Halbronn L'épanouissement du monde juif, Un parcours, une quête, (1966 2021) Avant la création du Cercle d'Etudes et de Recherche sur l'Identité juive (CERIJ (cf les Cahiers du CERIJ, en ligne sur la plateforme SCRIBD https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn), en 1978, il y avait eu la création 12 ans plus tôt du Mouvement International pour l'Epanouissement du Peuple Juif (MIPEPJ) et l'expérience isralienne de Juin 1967 à Juin 1969. En 1989, le CERIJ aura connu un nouvel élan en rejoignant la mouvance juive laique, initiant notamment pendant une dizaine d'années, une série de rencontres dont la dernière, interdisciplinaire, traitait de la dualité des femmes, des Juifs et des Astrologues au début de l'année 2000. En 1995, Jacques Halbronn avait donné deux communications dans un Colloque tenu à la Sorbonne. (Colloque Hier Juifs progressistes, aujourd’hui Juifs ?; Ed Les Amis de la CCE(Commission Centrale de l’Enfance, 11-12 février 1995) La problématique identitaire des Juifs français et Les Juifs immigrés de la deuxième ou de la troisième génération et la France. Les pièces du dossier que nous présentons devraient per-mettre de mettre en perspective les thèses qui sont actuellement les nôtres en 2021 lesquelles correspondent encore à un autre stade où le « génie » est associé à la fonction « jupitérienne ». Première Partie Le MIPEPJ (1966-67) L’année de nos 20 ans aura été mémorable débouchant sur la Guerre des Six Jours et un premier séjour en Israel. Ce fut d’abord, avant la dite Guerre, le lancement du MIPEPJ, le « Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif » avec notamment pour partenaire Pierre Regenwetter. Manifeste du Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif Document de base à approuver exposant les conceptions mipepjistes/ Nous soutenons trois thèses : le génie et le non génie constituent deux espèces différentes Le peuple juif est un peuple de génies Le génie, le juif doivent refuser d'être exploités et s'unir Ces thèses admises, l'épanouissement du peuple juif est possible Israel n’est pas encore né. Israel vivra lorsque l’être juif apparaitra sans écran. Israel n’a été jusqu’alors qu’un embryon traversant les stades inférieurs de l’évolution juive. Je propose un combat à ceux qui se savent Juifs et pour qui Israel n’est pas autre qu’eux-mêmes, à ceux qui connaissent l’art de la guerre. Laissons nos frères sommeiller jusqu’après la bataille. Ne croyez pas, compagnons d’armes, ceux qui clament ; Israel est petit, les Juifs ne croient plus en eux-mêmes, Israel n’existe pas. Car si Israel est petit, le monde l’est encore plus car Israel encore naissant a construit l’homme et sa puissance. Car si les juifs ne croient plus en eux-même, c’est parce qu’ils se sont égarés, que le guide avait disparu. Mais irions-nous croire ces Juifs qui n’ont pas de voix, qui anonnent ce qu’on leur a appris dans des écoles, dans des pays qui ne sont pas les écoles, les pays des Juifs ? Car si Israel n’existe pas, si Israel n’est pas Peuple en face de toutes les peuplades interchangeables, qui nous dira pourquoi Israel ne s’est pas évanoui comme ceux qui lui contestent la vie- après avoir plongé dans le creuser où tout devient boue ? Le peuple juif est un peuple de génies car les Juifs n’ont pu se stabiliser, s’assimiler dans la dispersion, ils sont restés dans une situation provisoire (…)La constitution d’un peuple de génies par le rassemblement des génies dispersés dans le monde est impossible, utopique car seule l’histoire permet à des individus de pouvoir vivre paisiblement, constructivement, en communauté, pour un but collectif. (..) D’où est issue la religion juivr, a-t-elle été imposée à des individus ne constituant rien auparavant qui fût cohérent ? On a coutume, parfois de voir dans l’acceptation de la religion juive la naissance des juifs. Ce qui signifie qu’avant cette époque, celle de Moïse et des tables de la Loi, les Juifs ne se distinguaient en rien des autres peuple. La religion n’a pas fait le Juif, c’est le Juif qui a peu à peu forgé sa religion La religion n’a pas été conservée pour des raisons culturelles mais c’est parce qu’elle a été conservée par nécessité intérieure du Juif que la culture juive s’est maintenue. (…)Si le peuple juif n’était qu’une création artificielle et éphémère, interchangeable et élastique, un siècle après la dispersion romaine, le peuple juif aurait rejoint les souvenirs des civilisations perdues Le peuple de l’astrologie = peuple juif. Démonstration non scientifique, non astrologique (l’astrologie est très limitée en Astrologie des peuples) On s’efforcera d’abord de justifier le choix du peuple jui f en tant que peuple qui mérite d’être mis à part et dont les membres possédent des facultés de création qui permettent à l’humanité de progresser/. Ensuite, l’on montrera que le peuple Juif est en face, aujourd’hui, d’une reconsidération de ses traditions, qu’il doit prendre conscience de sa nature profonde. Le Peuple juif est né non point de son histoire mais avant son Histoire. La situation aujourd'hui L'observateur qui revient d'un voyage en Israël se croit le droit d'utiliser l'expression Juif israélien. Cela est condamnable non en tant qu'objet d'étude mais parce qu'il ne sait rien du Juif, de l'être juif pas plus ,semble-t-il d'ailleurs que de l'être non juif ou d'autres séries d'êtres. Il y a simple manque de cohérence dans sa pensée. Que voit l'observateur superficiel ? Des existants présentant des caractères originaux mais ni plus ni moins originaux que les caractères nationaux de chaque Etat, des structures agricoles, industrielles, propres à la région. Bref cela semble comparable à celle de toute étude politico-sociale. Ainsi, l'observateur conclut que dans les cadres actuels, le Juif israélien est ceci ou cela. Aucun doute ne traverse son esprit ; il a décrit ce qu'il a vu, ce qui était. Voilà l'existant juif ou mieux un des existants juifs Il ne saurait être contesté coutumièrement l'exactitude de la description même sous les angles les plus délicats. Toutefois, l'erreur est évidente dans le principe même du travail entrepris ; il est inadmissible de ne pas situer l'existant juif 1967 dans son évolution de même qu'il est inadmissible de ne pas déterminer -ou chercher à déterminer -et en cas d'échec le reconnaître – la source de cette « évolution » même. Sinon à quoi rime cet effort de définition que l'observateur considère comme bien innocent ? (…) Ainsi, l'observateur qui revient d'Israel revient avec une série d'énigmes, de questions à résoudre.(...) Ces questions sont : quel est l'être juif, que peut-il devenir, quelle est la politique préférable pour accentuer l'évolution de l'être puisque toute politique doit avoir cet objectif ? Le grand tort des dirigeants juifs et cela concerne donc l'ensemble de la population israélienne (..) c'est d'essayer de faire progresser des êtres qu'ils ne connaissent pas, Une politique juive Le Peuple juif est formé d'individus juifs alors que les autres peuples forment des individus par l'emprise de leur cadre sans que ces individus aient conservé une nature indépendante. Le Juif conserve des capacités créatrices disparues sous l'emprise du Social. (…) Le Juif est un génie en puissance . Il est doué de la faculté de dépassement (par opposition à celle d'assimilation passive) qui évite la dégénérescence -(...) mais la question se pose de déterminer les capacités des individus non à l'ombre de critères dégénérés et manquant l'essence de l'individu mais à l'aide de critères neufs et indépendants de la culture non juive. L'astrologie est ce moyen parfaitement objectif. L'Astrologie plonge au fond de l'être et en dégage sa vocation unique (..) L'Astrologie, loin de détruire la liberté et l'indépendance humaine les rend effectives alors qu'elles ne l'étaient pas en n'obligeant pas l'individu à suivre une voie qui ne le concerne pas en profondeur (..) Une véritable démocratie est enfin possible où ceux qui sont les plus capables d'épanouir les autres soient connus et suivis en sachant que le cours de l'histoire est un perpétuel renouvellement (..) L'astrologie si elle est répandue et pratiquée par tous les citoyens d'Israel mettra obligatoirement les meilleurs à sa tête (pour une période donnée) et puisera dans les ressources juives enfin mises à jour les moyens de remplir son destin biblique » DEUXIEME PARTIE Le CERIJ (Cercle d’Etude et de Recherche sur l’Identité Juive) En 1978, nous fondions le CERIJ avec Claude Raphael Samama (http://plus.wikimonde.com › wiki › Claude-Raphaël_Samama, voir ses Réflexions nouvelles sur des questions juives. (Maison-neuve et Larose, 2007, La première période ne dura que 2 ans et nous relançames le CERIJ dix ans plus tard lors de la dynamique propre au judaisme laic, représentée notamment par Albert Memmi. Les Cahiers du CERIJ connurent également ces deux temps (.https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn) Revenons sur les textes fondateurs du CERIJ, que l’on comparera avec ceux du MIPEPJ, 12 ans plus tôt, donc après la Guerre du Kippour (1973) ainsi qu’une nouvelle expérience israélienne en 1976. Genése du CERIJ, par Jacques Halbronn En Juin 78, le projet de constituer une association juive axée sur les problémes d’une diaspora moderne, avait été lancé. Un texte signalait qu’il fallait « trouver un moyen terme entre le repli sur la famille des Juifs religieux et le nationalisme en un lieu étroit, véritable lit de Procuste- qui fait passer l’essence juive par un moule singulièrement apauvrissant » (…) Lors d’un entretien avec Claude Samama, en novembre 78, l’idée de retenir le principe d’un refus de cette alternative comme point de départ d’une association était reprise et aboutissait à l’idée de « modéles dominants ». Le CERIJ s’est constitué autour de cette problématique. Les premières réunions du CERIH firent bientôt apparaitre la nécessité d’un autre type de clivage, celle du vécu et celle des idéologies. L’une puiserait dans la mémoire et la sensibilité de chacun, l’autre cernerait les grands mythes qui pésent sur le judaisme moderne. En d’autres termes, à la notion de « modèle dominant » comme axe dominant (..) allait se substituer , au cours des réunions, un autre axe, celui d’un judaisme viscéral, naturel, vivant et celui d’une confrontation avec un certain terrorisme idéologique qui serait aussi bien celui du Sioniste que celui de l’Antisémite (au sens sartrien) Comment le principe des « modéles dominants » se fond –il dans celui que l’on a appelé des « orientations méthodologiques » ? En ce que la dialectique religieux/sioniste se ventile précisément entre le Vécu- le religieux- et l’idéologique –le Sionisme. On ajoutera que le religieux est en dialectique, lui-même, avec l’assimilation tout comme le sionisme l’est avec l’antisémitisme. Le Juif se trouve donc bien pris entre deux déterminismes : celui qui l’accroche à son passé et où il puise partie de son identité et celui qui lui propose des représentations du futur – l’aboutissement sioniste. On dira donc que leVécu est lié (..) à un héritage et l’idéologique à une interprétation à usage collectif de l’Histoire du Peuple Juif, à la fin du XIXe siècle. Il va de soi que le sionisme – tout comme l’antisémitisme – se nourrissent du vécu juif pour le lire d’une certaine manière. On ne saurait nier, en particulier, que les facteurs religieux inspirent certaines formulations sionistes (retour à Jérusalem) ou antisémites (peuple déicide) mais il n’y a pas, au sens strict, au XXe siècle, d’idéologie religieuse en tant que telle, à part entière, puisqu’il s’agit d’une donnée culturelle extrémement riche (…) Cela dit, il est certain que l’identité juive-sujet central de la réflexion du CERIJ- se forme à partir d’un certain nombre de représentations mais aussi – pourquoi pas – de qualités intrinséques qui n’ont que peu de rapport avec les modéles politiques du sionisme et de l’antisémitisme car on s’accordera pour reconnaitre que ni l’assimilation, ni la croyance religieuse ne donnent actuellement prise à un mouvement politique qui les incarnerait en tant que telles. Assimilation et pratique ou foi religieuse restent même pour les idéologies sioniste et antisémite des questions individuelles sur lesquelles on ne cherche pas à avoir vraiment prise » Problématique : que signfie être juif en 1979 ? La question nous viendrait déjà d’un héritage depuis toujours reprise : douter, réfléchir sur soi, entreprendre la quéte de son identité., contester l’idéologie régnante et les définitions figées , se remettre en question sans cesse semble bien être une des constantes d’une inquiétude spirituelle juive qui traverse le temps. La question n’est donc pas nouvelle. Elle se pose néanmoins aujourd’hui avec une acuité nouvelle. Un nombre de plus en plus grand de juifs ne se satisfont plus des réponses apportées par les institutions officielles du judaisme et se reconnaissent moins encore dans ce qu’on pourrait appeler les « modéles dominants » , en tout cas dans les discours qui nous environnent. (…) Ce long passé religieux nous a pourtant transmis une tradition, une culture, une histoire qui nous marquent profondément et dont il ne s’agit pas de minimiser l’importance . La question est justement de savoir comment intégrer cet héritage dans une culture juive actuelle et plus vivante. Le sionisme, l’autre pôle du discours moderne de l’identité juive peut-il jouer ce rôle ? Il ne constitue pas une idéologie monolithique et ses dimensions, les courants dont il est traversé, sont multiples. (..) Mais ce qui reste incontesté, ce qui fait l’unité des sionistes et qui constitue le sionisme en modèle dominant dans lequel un certain nombre de juifs ne se reconnaissent pas, c’est qu’il pose l’Etat d’Israel comme le seul destin historique possible. Les Juifs qui n’adhèrent pas à ce principe fondamental de centralité et qui ne sont plus intégrés à la comunauté religieuse se trouvent ainsi , de fait, relégués à la périphèrie fautive et honteuse du judaisme. Si ces femmes et ces hommes juifs qui ne s’y retrouvent plus s’engagent alors sur la voie d’une assimilation plus ou moins radicale,forcée ou factice, c’est bien souvent au prix du refoulement de cette dimension constitutive de leur être, ce processus entrainant des conséquences néfastes pour leur personnalité et leur existence » Le CERIJ se propose justement –tel fut son premier texte- de « favoriser une réflexion de groupe sur les modéles historiques et psychosociologiques qui servent de référence à la conscience et à l’identité juive : promouvoir des recherches concernant l’évolution des modéles . (…) Pour mener à bien ces travaux (…) il a été envisagé de constituer dans un avenir proche des groupes d’échange sur des thèmes liés à l’existence juive en tous ses aspects culturel, éducatif, sociologique, psychanalytique. Deux grandes méthodologies y seront mises en œuvre : l’une ‘exitstentielle » permettant à chacun de faire le point avec lui-même ; de mettre en jeu un discours qui n’est plus, le plus souvent, conscient, de confronter son identité avec celle d’autres Juifs sans partir nécessairement du principe que tous sont d’accord sur l’essentiel, bref de faire exprimer au réel les conditions cachées d’un certain imaginaire mais aussi de son univers symbolique où se jouent destin et histoire collective. L’autre « épistémologique » en quête d’une information aussi lucide et complète que possible sur les modéles prédéterminés, préétablis, qui se sont accumulés et combinés sans fin. Par delà toute dérobade dans le dialogue indispensable avec le non Juif, sans refuser de préter l’oreille au discours antisémite, quelles que soient les formes dans lesquelles il se love ou peur de réveiller les problémes pour peu qu’on s’y arrête. Texte élaboré par Denise Bartfeld, Claude Raphael Samama, Jacques Halbronn Le CERIJ est né d’un constat et d’une volonté . Il se voudrait ce lieu où s’expriment les individus qui ont jusqu’ici leur judaisme dans le silence d’une solitude où ; non reconnus par les leurs, ils ne sont pas forcément acceptés par les autres. » (à compléter) TROISIEME PARTIE Réflexions sur notre parcours En 1999, nous avons soutenu notre thèse d’Etat « Le texte prophétique en France. Formation et fortune » et en 2002 publié un diptyque prophetica judaica aleph et beith, l’un consacré à Nostradamus et l’autre aux Protocoles des Sages de Sion et à l’Etat Juif de Herzl. En 2001, nous avions mis en ligne sur le site Hommes et faits Pour une approche ésotérique de la question juive » » En 2013, nous avons commencé à fréquenter régulièrement les synagogues « libérales » et avons amorcé une « critique biblique ».(cf sur SCRIBD notre mémoire sur la notion d’Alliance qui nous aura conduit à une remise en cause de la pratique religieuse en vigueur. En effet, l’on ne peut s’en prendre à un modèle sans l’avoir étudié en profondeur car sans cela, le dit modèle risque fort de se perpétuer indéfiniment. De même, avons-nous revisité les conditions d’émergence du christianisme, notamment autour du clivage entre les deux royaumes qui se firent face à la mort de Salomon, la maison d’Israel et celle de Juda, ce qui nous a conduit à nous interroger sur la pertinence du nom d’Israel pour nommer l’Etat « juif ». En 1966, on l’a vu, nous avions rapproché le Juif de notre description du génie et certains traits nous étaient apparus communs à ces deux phénoménes. De fait, il nous semble heureux, méthodologiquement, de procéder par rapprochement voire par analogie plutôt que de rester polarisé sur un seul et même domaine. Traiter du génie, quelque part, était plus facile à gérer que de traiter du Juif. De même nous avons récemment proposé de rapprocher le Juif du type « jupitérien », ce qui constitue une approche ternaire ayant valeur heuristique , selon une démarche inter/trans-disciplinaire. En montrant la conflictualité entre le monde jupitérien et le monde saturnien, nous apportions un nouvel éclairage à la problématique de l’antisémitisme. La fonction du Jupitérien – dont le personnage de Jésus nous semblait une illustration édifiante- a vocation à libérer une société des « modéles » dont elle est tributaire et bien entendu, cela ne va pas sans résistance de la part des membres du groupe concerné. Bien entendu, le Jupitérien –le génie-le Juif ne peuvent être que minoritaires et dispersés pour mener à bien leur mission « salvatrice ». S’ils ne disparaissent pas, c’est qu’il y a là un systéme qui maintient et perpértue cette dialectique Jupiter-Saturne, et l’on pourrait dire qu’il s’agit là d’un plan « divin « si l’on entend par divin non pas la Nature (Deus sive Natura) mais une Création dans la Création, le Jupitérien introduisant un troisiéme niveau de création. Or, c’est le deuxiéme niveau qui exige de repenser la théologie car le Dieu de la Bible n’est ni l’homme comme créateur ni le premier moteur mais un état intermédiaire. Il nous aura donc fallu –comme on peut le voir, plusieurs décennies pour trouver la bonne perspective. Déjà en 1966, l’astrologie était présente dans notre discours et nous disposions peu ou prou de toutes les pièces du puzzle sans effectuer toutes les corrélations nécessaires, du fait que cette astrologie aura dû entre- temps se transformer profondément. L’interdisciplinarité exige en effet de faire avancer les différents domaines en présence et de n’en figer aucun. JHB 08 07 21

mercredi 7 juillet 2021

jacques Halbronn Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus

Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus Par Jacques Halbronn Nous étudierons l’ouvrage intitulé Nostradamus occultiste : Codes et procédés de déchiffrement dans l’œuvre de Nostradamus (Books on Demand, 2015) dont on nous dit que « cet ouvrage rassemble mes études parues au CURA depuis l’an 2000é Guinard parle dans sa présentation de « scénarios salissant la mémoire du prophéte » (p. 5),il condamne au pilori tout « dépréciateur », « dénigreur » et se déclare « nostradamiste », c’est-à-dire gardien de l’image de Michel de Nostredame. Il faut de la « sympathie » pour le sujet que l’on aborde. Guinard se veut le défenseur de la « doxa » nostradamiste et il la récite comme on le fait à l’église pour le « credo » avec la succession des événements : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. » Crédo de Guinard : « Nostradamus divise ses Prophéties en deux livres : chacun précédé d’une préface. Le premier livre est publié en deux éditions successive en 1555 chez Macé Bonhomme avec un privilége pour deux ans puis en 1557 dans deux versions différentes chez l’imprimeur lyonnais Antoine du Rosne Le second livre est publié l’année suivante en 1558 comme l’atteste la préface etc « (p. 7) La messe est dite ! Un bon nostradamiste, qui se respecte, doit impérativement croire un tel narratif des éditions successives et cite à l’appui de son propos la Préface datée de 1555 à César, le fils de Nostradamus et (p. 75) la mention d’une milliade dans l’Epitre à Henri II datée de 1558 Un tel discours serait excusable s’il datait d’avant les années 1989-90 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 30 ans. Guinard reconnait qu’il a commencé à publier « depuis 2000 », certainement influencé par notre exemple. Il accorde une place centrale au « cycle saturnien » (p. 39) important chez Pierre d’Ailly (cf Astrologie et Religion au Moyen Age, de Denis Labouré) La question que nous posons est la suivante : à partir de quel seuil de précision doit-on commencer à considérer que l’on a affaire à un faux ? Pour Guinard, plus c’est précis, plus cela vient valider un texte alors que pour nous cela le rend suspect. Le rôle du critique est de signaler des précisions invraisemblables. Arrêtons- nous sur la mort en tournoi d’Henri II en 1559 dont on voudrait nous faire croire qu’elle aurait été annoncée. Si l’on ne note pas l’anagramme du quatrain I, 35 « Dans caige d’or les yeux lui crévera » (cf Guinard, pp. 149 et seq), on ne prend pas la mesure de la surenchère prophétique qui discréditera d’ailleurs les Sixains dont la précision est bien trop grossière pour être crédible comme le note l’auteur anonyme, en 1656, de l’Eclaircissement des véritables quatrains (cf Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. Post Doctorat, 2007). Pourtant Guinard avait disposé des données nécessaires pour déceler les ficelles de ce verset puisqu’il nous rappelle que « Gabriel de Montgomery ( 1530-1574) (est le) fils ainé de Jacques, sieur de Lorges » et il y a là un clin d’œil qui n’aura pas échappé aux initiés de l’époque, même si ce point n’a pas été relevé. Comme dirait Guinard, il importe de se mettre à la place des personnes que l’on étudie. Cela lui aurait permis de s’apercevoir que « caige d’or » est l’anagramme de « Lorges » On lira en fait qu’un certain « Lorges » (ge d’or) les yeux lui (le roi) crévera » La question des noms propres se révéle en fait souvent la faille des faussaires, justement parce que cela impressionne plus que tout les esprits. On sait que Dumézil se sera arrété sur le quatrain comportant le nom de Varennes dont Chantal Liaroutzos nous a montré que ce nom figurait dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf son étude dans Réforme Humanisme Renaissance), ce qui d’ailleurs aura conduit, dans un souci de « précision », à changer Chastres, dans le texte en Chartres pour que cela corresponde au lieu prévu pour le couronnement d’Henri IV, précision invraisemblable tant la coutume désignait Reims, ce à quoi même un Charles VII n’aura pas dérogé au début du XVe siècle malgré une situation aussi chaotique que sous la Ligue, à la fin du XVIe siècle… Dans notre étude « Les prophéties et la Ligue » (Actes du Colloque de 1997 Prophétes et prophéties), nous avons montré que la mention de la ville de Tours en IV, 46, donc censé avoir figuré dans l’édition Macé Bonhomme 1555, était lié à la situation politique des années 1588-89, date à laquelle le quatrain en question était apparu alors qu’il ne figurait pas dans les éditions précédentes de ces années (cf Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, 1990). Cette question de la succession des éditions ligueuses est soigneusement occultée par Guinard car cela mettrait à mal tout son échafaudage. En effet, le scénario selon lequel les quatrains qui s’ajoutent entre deux éditions dans ces années 1588-1589 ne faisait que restaurer les éditions des années 1550 alors que l’on a affaire tout simplement à un chantier « in progress « , quitte à antidater pour donner plus de force au texte – ne peut que séduire que les nostradamistes les plus acharnés. Car contrairement au cas de Guinard, les auteurs auxquels il se rallie n’avait pas connaissance des arguments avancés, ils n’étaient donc pas dans la même situation et auraient su reconnaitre honnétement ce qu’il en était. Mais Guinard lui est dans la « persévérance » dans l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum » La question des anagrammes est la marque des Sixains, dont nous avons montré (cf Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002) qu’ils étaient dus à Morgard avant d’être récupéré pour le « troisiéme volet » (daté de 1605), sort qui sera aussi celui d’un Antoine Crespin, reprenant d’ailleurs parfois tel texte en prose de Nostradamus comme dans le cas de « macelin » (jeu de mots à partir de Marcelin) Le cas de Robin renvoyant à Biron (sixain 6) aura marqué les esprits (L’Avenir dévoilé, ou Concordance des prophéties de Nostradamus, avec les événemens passés, présens et à venir de la Révolution, Hambourg, 1800. Mais cette fois, personne n’aura pris la peine de fabriquer une édition antidatée, ce qui aura refroidi les enthousiasmes. Guinard a certainement raison de conseiller aux chercheurs d’éprouver quelque empathie pour leur « corpus » mais il y a des limites à la crédulité à ne pas dépasser même si c’est pour la « bonne cause » ! JHB 07 07 21

mardi 6 juillet 2021

Jacques Halbronn Les Centuries et le prophétisme à court terme

Les Centuries et le prophétisme du court terme par Jacques Halbronn Il nous apparaît que le prophétisme du second XVIe siècle œuvre sur des échéances brèves et qu'il est/serait donc illusoire d'y chercher des dates plus ou moins lointaines. Lorsque Michel de Nostredame se lancer dans des spéculations autour de l'Antéchrist (voir notre récente étude sous ce titre), il s'inscrit, à n'en pas douter, dans un futur immédiat d'à peine quelques années tout au plus, autour de 1566 (année de sa mort par ailleurs). D'une façon générale, ses publications annuelles se limitent à l'année en cours ou à venir. D'où des formules telles que « Présages Merveilleux pour 1557 » Mais cette analyse vaut pour l'usage des quatrains sous le Ligue et au début du régne d'Henri IV comme nous l'avons montré pour le quatrain 'Tours » et le quatrain 'Chartres en prise directe, selon nous, avec l'actualité et les enjeux du moment . On peut dès lors parler d'un prophétisme de circonstance. D'ailleurs, cela ne vas pas sans embûche dans la mesure où le texte entend influer sur ce qui est en train de se passer, c'est la forme progressive comme disent les grammaires de l'anglais (en « ing »), on est dans le « participe présent ». Comprenons que le discours prophétique ne trouve vraiment sa raison d'être que dans le court terme, lorsque les dés ne sont pas encore jetés, ce qui permet encore d'espérer agir sur les événements « en cours ». Inversement, quel intérêt y aurait-il à annoncer des temps hors de portée ne relevant pas d'une certaine urgence?Autrement dit, l'événement concerné restera très proche dans son occurrence de la date de son annonce, ce qui permet à l'historien des textes de ne pas beaucoup risquer de se tromper sur la fourchette, le terminus de la publication. C'est ainsi que si tel quatrain annonce le couronnement d'Henri de Navarre, son, avénement à la Couronne de France, l'on peut être assuré que la rédaction ou la retouche du dit quatrain aura précédé de fort peu le dit avénement attendu. Et de même (cf notre texte « Les prophéties et la Ligue, 1997), la mise en garde à l'encontre des gens qui se réunissent près de Tours en 1588, à la suite de la Journée des Barricades qui force Henri III à s'enfuir.de Paris. Et d ailleurs, ce n'est qu'ainsi qu'un texte pourra être entendu de façon pertinente avec une certaine assurance par le lecteur. D'où l'importance de restituer le contexte auquel il est fait allusion, référence. Si ce contexte est lointain, c'est que la date de rédaction du texte devra être repoussée en conséquence. Parfois, il peut s'agir d'un texte relativement ancien qui aura été réactualisé au prix d'une retouche comme dans le cas de Chastres dans la Guide des Chemins de France des années 1550 qui devient à la fin des années 1580 « Chartres » pour viser la cathédrale du Couronnement d'Henri IV. Dans certains cas, un texte pourra être antidaté pour faire croire qu'il avait été prévu à la veille de tel événement. Autrement dit – et cela vaut plus globalement pour l'astrologie- la prédiction ne ferait sens que très peu de temps avant l'échéance prévue. On pense d'ailleurs au prophéte Jonas qui doit compter avec une catastrophe annoncée qui ne doit être ni trop lointaine ni déjà advenue. Il y a là un juste dosage à mettre en œuvre ! Il serait donc anachronique de s'intéresser à des échéances lointaines qui n'intéressent personne si ce n'est que lorsque tel intérprète les instrumentalise, il enclenche une mise à jour, un aggiornamento ! C'est alors la date de cette mise à jour qui fera foi et relancera les délais. D'ailleurs, une prévision à long terme sera condamnée à rester dans le vague, incapable de s'inscrire dans un contexte bien circonscrit. D'aucuns, certes, vont s'extasier face à un pronostic à échéance de plusieurs décennies, ce qui peut tenter l'astrologue se fondant sur des retours cycliques de plusieurs décennies. Certains interprétes des Centuries, comme Patrice Guinard se seront ainsi laissé entrainer par le mirage de prédictions au lointain et l'on pense à Denis Labouré, dans le même cas, s'intéressant à un Pierre d'Ailly ayant pointé en1414 l'an 1789 ! Ce qui au contraire doit intéresser l'historien des textes prophétiques, c'est le contexte socio-historique et non les seuls computations astronomiques. Il y aurait là facheux mélange des genres. Quand nous étudions les astrologues à l'oeuvre comme un André Barbault, censé avoir annoncé un événement 36 ans à l'avance (cycle Saturne- Neptune), l'on se rend compte que cet éloignement évite à l'astrologue de s'inscrire dans un contexte par ailleurs bien défini et donc l'autorise à rester dans le vague « hors contexte » , « hors sol ». Comme le formulait un Colloque en 2000, la prophétie est une arme de guerre faisant partie d'une stratégie de combat, de propagande. Si l'historien de l'astrologie n'a pas besoin de déterminer une époque, ce n'est nullement le cas pour l'historien du prophétisme lequel doit impérativement repérer à quel moment le texte est voué à impacter une situation selon le principe de la prophétie auto réalisatrice. Dans le cas de notre travail sur Nostradamus, il était essentiel de localiser l'époque de l'impact, ce qui nous a permis de déplacer la date de rédaction des Centuries de plus de 20 ans en montrant notamment que tel ajout de tel quatrain était lié à tel événement politique directement visé par le dit quatrain, ce que ne pouvaient faire ceux qui entendaient se limiter soit au vivant de Nostradamus soit au contraire à l'époque actuelle qui leur était familière alors qu'il suffisait d'étudier les dates rapprochées de publication sous la Ligue ; avec chaque fois des éléments nouveaux ajoutés au gré des circonstances entre 1588 et 1594.,..Pour défendre l'idée d'une prophétie non antidatée, on est alors obligé de croire à une prophétie de longue date. Examinons l’ouvrage de Stéphane Gerson au prisme de notre propos méthodologique : » Nostradamus. Le prophéte de nos malheurs XVIe-XXIe siècles », Paris, Tallandier, 2016 (édition anglaise 2012, Ed. St Martin’s Press). Nous y trouvons un « descriptif » - un « narratif » serait plus juste- que l’on retrouve à peu de choses près chez tant de nostradamistes (pp. 66-67) « Edité pour la première fois en 1555, l’ouvrage (les Prophéties) permit à Nostredame de rejoindre la lignée des figures prophétiques (..) Le livre se présente sous la forme d’une collection de quatrains réunis par groupes de cent appelés Centuries (..) La première édition comprenait 353 quatrains ainsi qu’une Préface adressée à César (..) Deux ans plus tard une deuxième édition comprenait sept centuries dont deux incomplètes. En 1568, deux ans après sa mort, une dernière édition en proposait trois supplémentaires (pour atteindre le nombre fatidique de dix) Et une lettre au roi Henri II. (..) L’hypothèse que les trois dernières centuries et la lettre soient apocryphes et posthumes a été défendue elle aussi ». Mais par ailleurs, Gerson n’hésite pas à signaler des additions Gerson signale des additions : certes, divers quatrains auront été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. Il ressort de la posture de Gerson qu’il établit une sorte de frontière entre le temps des éditions « certaines » et celui des éditions « douteuses » ou du moins sur lesquelles il est concevable de douter. En résumé, la production 1555-1557 aboutissant à 7 centuries ferait partie du premier groupe, à coup sûr. Pourtant il suffit de parcourir les bibliographies de Chomarat et de Benazra (1989-90) pour la période 1588-1590 pour noter que l’on assiste à la formation de cet ensemble de 7 centuries. Pourquoi Gerson fait-il l’impasse sur le temps de la Ligue alors qu’il mentionne notre étude de 1997 ? Pourquoi ne se rend -il pas compte que le contexte de la Ligue éclaire la genése des éditions parues à cette époque, ce qui conduit à penser que les éditions reprenant peu ou prou leur contenu ont été antidatées ? On voit que ce cordon sanitaire – ce repli stratégique- ainsi constitué autour des 7 premières centuries est décidément bien fragile. On peut regretter que l’auteur n’ait pas pris connaissance de notre post doctorat pourtant disponible à la Bibliothèque du Warburg Institute de Londres comme une grande part de nos publications successives. Le dominicain Giffré de Rechac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique, au XVIIe siècle / Jacques Hallbron. 2006-2007. en trois volume aux cotes suivantes au Warburg (cf catalogue en ligne). FHI 285 v1, v 2, v3) Mais on trouve ces volumes en ligne sur SCRIBD. Gerson signale certes que divers quatrains ont été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. ( cf Jacques HALBRONN, « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique » ) 2015); Il est dommage par ailleurs que Gerson n’ait accordé aucune attention à ce que Nostradamus adressa au pape Pie IV –tant en français qu’en italien. (cf la réimpression de 1906, Mariebourg) . Il aurait compris que dans les années soixante, les dernières de sa vie, Nostradamus ne semble nullement avoir privilégié l’expression poétique des quatrains qui, d’ailleurs, ne sont jamais qu’une translation de sa prose. Bien au contraire, Nostradamus avance des dates précises à propos de la naissance d’un certain Marcelin, au profil antéchristique. Ce Marcelin qui apparaitra d’ailleurs dans un quatrain composé à partir de sa prose chez un Antoine Crespin.(1572) Enfin, pour en revenir au second volet des Centuries, nous dirons qu’il est probablement une imitation du premier volet, au service cette fois non point de la Ligue mais du parti d’Henri de Navarre et le dit volet se référe à Chartres, le lieu de couronnement de ce prince réformé converti.(Paris vaut bien une messe)/ Ce second volet aura d’ailleurs été bâclé ,- c’est un plagiat - comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987) en compilant sans état d’âme, la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. En ce sens, d’ailleurs, il vaut mieux que Nostradamus n’ait pas été impliqué dans une telle opération. Que l’on ait recyclé les Centuries pour d’autres époques est une chose mais l’historien des textes se doit de déterminer la vraie chronologie d’un tel corpus. Il est clair que le second volet ne sera apparu qu’au début des années 1590, d’où son absence pour les années qui précédent : 1588 1589. Sa parution aura d’ailleurs précédé de peu le Janus Gallicus de Chavigny qui fait le commentaire (1594) de certaines de ses quatrains des Centuries VIII à X. A l’évidence, Stéphane Gerson n’aura pas été formé pour traiter sérieusement de la chronologie centurique qu’il adopte pour argent comptant, en toute impuissance critique, victime qu’il est du mariage périlleux entre biographie et bibliographie. Pourtant, Gerson avait pu prendre toute la mesure de la production annuelle de Nostradamus et l’on pouvait s’attendre à ce qu’il approchât les « Centuries » avec autrement plus de prudence, d’autant que leur existence du temps de Nostradamus n’était nullement une condition nécessaire à sa réputation, comme il l’aura démontré. Quelle déception : Gerson eût certainement rendu un service insigne aux études sur le « nostradamisme » en se dispensant de reproduire servilement un tel narratif, ce qui montre que les études ésotériques auront attiré peu d’esprits à la hauteur de l’enjeu scientifique et le Nostradamus de Gerson ne détone pas par rapport celui d’une Mireille Huchon chez Gallimard, maison qui avait publié la Sotie de Dumézil et le Nostradamus de Lagrange et Drévillon. JHB 10 07 21

lundi 5 juillet 2021

Jacques Halbronnn Bilan de son activité dans le champ de la bibliographie astrologique et prophétique depuis 1986 (édition augmentée)

Bilan de son activité dans le champ de la bibliographie astrologique et prophétique, depuis 1986. Dans les Actes du Colloque en Histoire de l'Astrologie (L'Astrologie en Terre de France, en ligne sur SCRIBD) que nous avions organisé il y a 30 ans, dans la crypte de l'Eglise Sainte Anne de la Butte aux Cailles -75013 Paris – en 1987, nous avions organisé un Colloque sur la Lune, au Couvent dominicain Saint Jacques – nous avions consacré notre communication à dresser une Bibliographie de la littérature anti-astrologique français d'Oresme à Voltaire. En1986, nous avions, lors d'un Colloque à Bayeux, (La Cométe de Halley et l'influence sociale et politique des astres,) dressé une bibliographie sur les comètes (Les variations d'impact des comètes en France. Etude bibliographique fin Xve -fin XVIIIe siècles). En 2007, notre post doctorat portait sur le dominicain Jean de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle (EPHE Histoire du Cathlocisme) A cette occasion, nous avions rédigé un mémoire sous la direction de Louis Le Chatelier : » Le recours du clergé catholique français à l'anonymat dans le débat autoir de l'astrologie ( 1618-1710). En 1988, nous avions rédigé dans le cadre de la préparation de notre thèse d'Etat, qui ne sera soutenue qu'en 1999 (!) Le texte prophétique en France Formation et fortune) sous la direction de Jean Céard, un projet intitulé Introduction bibliographique à l'étude de l'Astrologie Française, le dit mémoire sera mentionné dans sa bibliographie par Hervé Drévillon dans sa thèse de doctorat (1994 EHESS) : Lire et écrire l'avenir . Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle. Enfin, nous sommes l'auteur du CATAF, le Catalogue alphabétique des textes astrologiques français (cf site du CURA) Nous avons notamment mis en évidence le rôle des membres de la Compagnie de Jésus, notamment à propos du Père Jean François dont le Traité de 1660 reparaitra sous le nom de R. Decartes (cf l'article de G. Bachelard). Mais d'autres Jésuites français avaient retenu notre attention comme le Père Nicolas Caussin Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes-1649 et le Père Jacques de Billy ( Le tombeau de l'Astrologie Judiciaire)1657) Nous signalions aussi la participation au débat autour de l'Eclipse de 1654 de François d'Aix alias Théophraste Orthodoxe (cf le travail d'Elisabeth Labrousse, La Haye, Nijhoff, 1974, cf Nos Questions autour du texte sur l'Eclipse de 1654 attribué à Gassendi, in Gassendi et la modernité, Dir Sylvie Taussig, Brepols, 2008) Entretiens curieux sur l'eclipse solaire du 12. Aoust 1654. Mais nous n'avions pas alors réalisé quelle était la véritable identité de ce François d'Aix qui écrivait sous ce pseudonyme dont on nous disait qu'il était Jésuite. (cf Bibliographie de la Compagnie de Jésus de Sommervogel, tome I p. 100). D'aucuns avaient précisé que ce François d'Aix appartenait à la famille de la Chaize mais l'on nous avertissait qu'il ne fallait pas confondre ce personnage avec le Père Lachaise, confesseur de Louis XIV, dont le nom a été immortalisé par le cimetière qui porte son nom, diversement orthographié. François d'Aix de La Chaize Chez Guillaume Barbier Imprimeur ordinaire du Roy, en la place de Confort, 1654 - Or, nous pensons que c'est bel et bien le futur confesseur qui à 30 ans avait produit sous le pseudonyme de Théophraste Orthodoxe le pamphlet en question. On nous signale qu'un oncle de François d'Aix portant le même nom se serait caché sous le pseudonyme en question. Certes, on apprend que 'La grand-mère, née Coton, avait un frère jésuite, grand-oncle de notre François, qui était devenu le confesseur du bon roi Henri IV puis de son fils Louis XIII » Mais cet oncle- certes Jésuite- ne portait nullement le nom de La Chèze. « L’abbé Pierre Coton est né à Néronde en 1564. Il fait ses études à Paris, à l’âge de 25 ans il rentre chez les Jésuites « En tout état de cause, il ne pouvait pas publier le texte de 1654 . à 90 ans. Or, dans certaines notices introduisant l'ouvrage en question on peut lire : « Entretiens curieux sur l'eclipse solaire du 12. Aoust 1654. Par Theophraste Orthodoxe (i. e. François d'Aix de La Chaize, l'oncle(sic) » Que vient faire ici cet « oncle » qui serait un autre François d'Aix de La Chaize ? Nous pensons que l'auteur de ces Entretiens n'est autre que le futur confesseur de Louis XIV. Certes, il eut un (grand) oncle qui occupa ce poste par le passé auprès d'Henri iV puis de Louis XIII. Le travail du bibliographe, tel que nous l'entendons englobe la question de la paternité des textes tout comme celle de leur datation puisque sur ces deux points, il peut y avoir débat. C'est ainsi que nous avons pu confirmé que Jean Giffré de Réchac était bien l'auteur de l'Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus (1656), ouvrage souvent attribué à un certain Etienne Jaubert tout comme nous avons pu montrer, ce qui avait échappé à Bachelard ( en 1937) que le traité paru sous le nom de Descartes était en réalité une réédition du Traité du Jésuite Jean François.(cf Jacques Halbronn, Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences Célestes et sublunaires de R. Decartes (site du CURA) Le XVIIe siècle vit nombre d'auteurs prendre la peine d'écrire sur l'Astrologie de façon critique, ce qui témoignait de l'impact que celle-ci exerçait à l'époque. Le déclin de l'astrologie est marqué par l'absence des attaques. En ce qui concerne notre œuvre de bibliographe, nous avons conscience qu'elle aura pu être d'une aide précieuse pour divers chercheurs qui n'auront pas eu à accomplir le travail en amont mais se seront contentés de « compléter » en aval. Nous joignons à la présente étude notre travail paru en 2003 dans l’Encyclopaedia Hermetica, sur le site ramkat.free.fr ________________________________________ ASTROLOGICA 51 Claude Duret et le “Livre Blanc” de l’astro-histoire, à la fin du XVIe siècle Quels furent les vrais enjeux de l’anti-astrologie aux XVIe et XVIIe siècles ? Il conviendrait de ne pas considérer que tous les discours astrologiques soient concernés au même titre, ne serait-ce que parce qu’ils ne se situent pas nécessairement au même niveau épistémologique. Parler donc d’une seule astrologie ou d’une seule anti-astrologie ne serait pas de bon aloi. Il nous semble qu’il y a en fait deux combats, un qui serait d’arrière-garde et un autre d’avant-garde. Le combat d’arrière-garde concernerait l’astrologie individuelle. Disons que depuis longtemps son affaire est entendue et qu’elle constitue un ensemble si enchevêtré, si touffu, que l’on ne veut plus guère s’y aventurer pour savoir ce qu’il en est. Certes, on lui lance encore quelques piques, on se gausse de ses naïvetés mais la chose est jugée; non pas qu’on lui conteste son emprise sur le public voire même une certaine efficace, mais cela se situe en dehors du champ proprement scientifique. Le combat d’avant-garde concerne, quant à lui, ce que nous appelons l’astro-histoire, ce que l’on appellera par la suite l’astrologie mondiale (mundane Astrology). Un Pic de la Mirandole, à la fin du XVe siècle, quand il s’en prend, dans ses Disputationes adversus astrologiam divinatricem, à l’Astrologie, au singulier, vise en réalité plus spécifiquement certaines percées de la dite astro-histoire1 et notamment les publications qui viennent de reparaître en imprimés du cardinal français Pierre d’Ailly, consacrées aux concordances entre Astronomie et Histoire, notamment. Cette question est beaucoup plus intéressante que d’autres aspects portant également le nom d’astrologie car elle est en prise, en phase, avec les perspectives scientifiques de l’époque, ce qui n’est pas le cas d’une astrologie traditionnelle et individuelle dont le corpus appartient à d’autres temps et n’a, pour l’essentiel, fait que tenter de se perpétuer. Certes, les adversaires de l’astrologie ne se font pas faute de mélanger, dans leurs attaques, les deux astrologies mais c’est surtout aux fins de discréditer l’une par l’autre, en recourant à l’amalgame, ce qui est, au fond, de bonne guerre. D’un côté, donc, une tradition qui ne sait plus très bien sur quoi elle repose, véritable entrelacs de recettes, c’est-à-dire de choses reçues, qui n’est en fait qu’un savoir de seconde main, dont personne n’a plus la maîtrise, ni les clefs, de l’autre, des hypothèses à la formulation relativement simple et qui sont avancées par certains chercheurs s’inscrivant dans une dynamique épistémologique jugée pertinente pour l’époque mais qui n’en doit pas moins faire ses preuves. Rétrospectivement, l’échec de ces deux courants ne saurait donc être apprécié pareillement, les enjeux différant sensiblement. D’une part, un discours décalé, décadent, et n’ayant plus aucune chance de s’imposer même si l’on tentera de le réhabiliter ultérieurement, notamment au XXe siècle, et d’autre part, un projet qui a ses chances, du moins sur le papier et qui ne parviendra finalement pas, à se faire reconnaître une place dans le concert scientifique du temps. C’est l’aventure malheureuse, du moins à terme, du dit projet qui nous semble devoir intéresser l’historien de l’astrologie du XVIIe siècle beaucoup plus que celle des horoscopes, auxquels un R. G. F. Guérin consacra, en 1997, une thèse, à l’EPHE, L’astrologie au XVIIe siècle. Etude sur la pratique des horoscopes notamment à travers ceux du Roi-Soleil. Dans un cas, nous sommes dans le domaine de l’Histoire des Sciences, dans l’autre, dans celui de l’Histoire des Mentalités. L’ouvrage de Claude Duret qui est au coeur de la présente étude, paru un siècle après la somme de Pic de la Mirandole, ne fait que confirmer cette bipolarisation., dans la mesure où il n’aborde même pas la question des horoscopes et s’en prend exclusivement aux rapports entre astronomie et Histoire. Nous disons astronomie plutôt qu’astrologie, dans la mesure où l’astrologie désignerait en fait un certain corpus traditionnel qui n’est pas engagé ici. Le seul rapprochement entre astronomie et histoire n’est-il pas d’ailleurs déjà tout un programme ? Le Discours des changements divers des Royaumes & Provinces - pour adopter non pas le titre de la page de couverture mais celui qui revient en haut de chacune des 500 pages et plus d’un ouvrage qui parut, pour la première fois, à Lyon, en 1594, chez Benoist Rigaud - nous apparaît avant tout comme une réflexion épistémologique sur l’Histoire et c’est à ce titre que l’on y passe en revue nombre de modèles astro-historiques.2 Toutefois, le titre même complet de l’ouvrage, rédigé en un style ampoulé, ne met qu’accessoirement l’accent sur les astrologues : Discours de la vérité des causes et effects des décadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Republiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes mathematiciens, astrologues, mages, philosophes, historiens, politiques & théologiens, d’autant que le terme “astrologues” peut aussi bien renvoyer aux astronomes. Ceci explique probablement pourquoi un tel traité a longtemps échappé à l’attention des historiens modernes de l’astrologie de la même façon que, un siècle plus tard, ce sera le cas des Tableaux des Philosophes d’Eustache Lenoble, au titre assez peu explicite. Le chercheur israélien Alexandre Haran ne cite Duret que pour son Thrésor de l’histoire des langues de 1613.3 On peut, au demeurant, considérer ce Discours de plus de 500 pages comme un anti-Janus Gallicus; un tel texte, du au jeune avocat, aux allures de procureur, Claude Duret, bourbonnais (1570 ? - 1611), homme déjà fort érudit, qui publiera dix ans plus tard, une autre somme le Thrésor de l’Histoire des Langues de cest univers, présente une sorte de bilan des recherches astro-historiques de son temps, c’est plus du point de vue de l’Histoire que de celle de l’Astrologie. En 1594, on sort d’une période singulièrement agitée tant sur le plan politique qu’astrologique : d’une part, on est, en France, au lendemain de la conversion d’Henri IV, concluant une pénible guerre civile à caractère dynastique, de l’autre, on se souvient des prédictions astrologiques pour les années 1580 mais aussi de l’excitation née du passage de la nova de 1572 et de la comète de 1577. Duret n’est nullement le premier en France à avoir réfléchi sur les thèses proposant des corrélations entre les astres et l’Histoire - thème déjà cher à Pierre d’Ailly au début du XIVe siècle - on citera dans les décennies qui précédent le Discours de Duret les travaux de Loys Le Roy (alias Regius) et de l’angevin Jean Bodin en France. Les juristes à l’attaque A la même époque, un autre juriste s’en prendra également avec vigueur aux astro-logues, il s’agit du président Delalouette, conseiller du Roi & Maistre des Requestes, auteur, en 1600, des Impostures d’impiété des fausses puissances et dominations attri-buées à la Lune & Planètes. Sur la naissance, vie, meurs, Etas, volonté & condition des hommes & choses inférieures du Ciel, ouvrage paru à Sedan, centre protestant, chez Jacob Salesse.4 On y retrouve peu ou prou le contenu de l’ouvrage de Duret qui paraît en cette même année 1600, à savoir son second discours, le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Réze. La publication des Impostures à Sedan dit assez cependant que l’auteur en est un réformé. Comment expliquer qu’en la même année paraissent de la plume de deux juristes, l’un catholique, l’autre réformé, une attaque qui vise notamment l’influence de la Lune non pas tant sur les personnes que sur l’environnement de l’Homme ? Pour Regius, les marées constituent le modèle même des transformations affectant l’Histoire des Etats, dès lors, s’en prendre aux marées, c’était tenter de briser un tel modèle lié à la Lune et donc de dénoncer un discours présentant les révolutions comme une nécessaire fatalité. Le contexte du prophétisme lyonnais Ce qui retient notre attention, de surcroît, c’est le fait que le Discours de Duret paraît dans un contexte qui n’est peut être pas sans signification: pourquoi en effet est-il publié à une date et en un lieu qui sont déterminants pour l’historien du nostradamisme ? C’est en effet en 1594 que parut chez Benoît Rigaud, libraire lyonnais bien connu des bibliographes de Nostradamus, et qui parvenait alors au terme de ses activités, ce Discours de la vérité des causes et des effects des décadences, mutations, change-ments, conversions, ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes Mathématiciens, Astrologues etc, ouvrage portant sur sa page de titre “Au Roy” et de fait introduit par une épître de Moulins, datée du Ier mai 1594, dédiée “au tres-chrestien, tres grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henry IIII de ce nom”, précédant celle du Janus Gallicus, du Ier juillet 1594, à Lyon, dédiée, quant à elle, “A très heureux, tres victorieux et tres Chrestien Henry IIII Roy de France et de Navarre”. On connaît deux tirages de la première édition chez Benoist Rigaud, un daté de 1594, l’autre de l’année suivante (BNF) mais la date de l’impression est la même : 1595. Cependant, le Janus Gallicus - en fait le titre français Janus François conviendrait mieux quand on cite les texte en français mais c’est le titre latin qui fera fortune au siècle suivant - comporte une pièce plus ancienne probablement d’abord parue séparément, en date du 19 février 1594, donc antérieure à l'Epître de Duret. Il s’agit de l’ “Advénenement à la Couronne de France du Roy de Navarre” (pp. 283 et seq) - en latin Henr. IIII Christ. Fran. Et Nav. Regis Benigna Fata, dédié à Alphonse Dornano. On notera que le titre français ne figure que sur les hauts de pages. On trouve, sur la page de titre du Discours, les armes jointes de la France et de la Navarre comme ce sera le cas au siècle suivant sur la page de titre de certains spécimens de la littérature prophétique.5 Le Discours sera réédité en 1595 et en 1598, par les Héritiers de Benoist Rigaud, suivant en cela le sort des Centuries. La famille Rigaud sera ensuite représentée par Pierre Rigaud dont la fortune nostradamique tient au fait qu’on lui attribua des éditions contrefaites, fabriquées au XVIIIe siècle et datées de 1566, année de la mort de Michel de Nostredame, et qui serviront de référence, sous le Second Empire, à Torné Chavigny et à Anatole Le Pelletier. Il reste que Pierre Rigaud publia bel et bien, à son tour, des éditions des Centuries, au lendemain de l’Edit de Nantes. Il semble bien, en tout cas, que ce ne soit pas par hasard que le Janus Gallicus soit sorti, à Lyon, en même temps que les éditions des Centuries de Benoist Rigaud dont ce libraire lyonnais semble, à l’époque, avoir le monopole. Sortie ô combien opportune puisque le dit Janus Gallicus se présente comme un commentaire des quatrains, une sorte de mode d’emploi, en quelque sorte. On peut d’ailleurs se demander si le dit Benoist Rigaud - qui, il est vrai, est à la fin d’une longue carrière de libraire - avait publié les Centuries antérieurement. Si on peut lui accorder une édition antérieure à 1585, au témoignage d’Antoine du Verdier, dans sa Bibliothèque parue en cette année là, et qui aurait été datée de 1568 et à mille quatrains, il est en revanche fort peu probable que Benoist Rigaud ait commencé à publier les Centuries dès 1568, quand bien même son nom figurerait sur nombre d’éditions conservées datées de cette année là. En tout état de cause, les Rigaud ne verront pas d’obstacle à publier le Discours de Duret. Il est d’ailleurs probable que cela ait été par le biais de la poésie que Duret aurait été publié par Rigaud. Duret en effet s’était d’abord fait connaître par des commentaires sur les textes du poète réformé languedocien et donc bien vu, au moment où la cause d’Henri de Navarre triomphe, Guillaume de Salluste Du Bartas (1544 - 1590), consacrés au récit de la Création et, les Centuries ne sont-elles pas également, du moins sous la forme des quatrains qui est la leur, de la poésie, également vouée au commentaire ? C’est chez Pierre Roussin que dès 1591, chez qui paraîtra le Janus Gallicus, que Duret avait fait publier un premier commentaire de Du Bartas, au demeurant proche de cet Auger Gaillard, dont le portrait ornera dans les années 1640 - 1660 les éditions lyonnaises des Centuries.6 Dans les chapitres non astrologiques de son Discours, Duret aborde également la question des prophéties. Au chapitre XX, il évoque, pour les rejeter en bloc, “infinies predictions ou propheties des estats des monarchies, empires, royaumes & republiques qui sont de présent & seront à l’advenement, en cest univers lesquelles apres Methodius sont escrittes dans les oeuvres de sainct Hippolyte, Evesque de Rome & martyr, d’Ambroise Merlin, de saincte Brigide de nation Escossoise, de l’Abbé Ioachim Calabrois, d’Anselme Eveque Marsican, de Telesphorus ou Therlespherus Calabrois Hermite, de Leolhardus Allemand aussi hermite, Michel de nostradame (sic) & de plusieurs autres Astrologues Allemands modernes en leurs Ephémerides & prédictions.”7 On aura observé que Nostradamus est ici réduit à la portion congrue (le Discours, malgré ses diverses éditions, n’est pas signalé dans les bibliographies relatives aux Centuries, pourtant friandes de la moindre mention nostradamique). L’astrologie tient encore le haut du pavé ; c’est au cours du XVIIe siècle que le phénomène Nostradamus prendra toute son ampleur. Le Discours de Duret, exact contemporain du Janus Gallicus, n’avait pas encore pu prendre la mesure du nostradamisme. Le propos du Discours de Duret L’ “adresse” due à l’Imprimeur (Pierre Chastain dit Dauphin, peut-on lire à la fin de l’ouvrage) - qui précède la Préface de Duret - fournit en fait les chapitres traités dans le Discours, chacun était dédié à un aspect de l’astro-histoire : “Plusieurs doctes et scavants personnages aux siecles passez & présent siècle (XIVe et et XVIe siècle), se sont voulu mesler de rendre raison des Causes & Ef-fects des decadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, qui les uns d’iceux par la doctrine & science des Horoscopes ou astres ascendants des villes premières & principales (...) qui les Autres par le cours & mouvement de l’Eccentrique du petit cercle. Aucuns autres par la radiation & constellation de la dernière estoille de la Queue de la grande Ourse du pol (sic) arctique; Autres par les horoscopes ou astres ascendants des monarques, empereurs, roys & princes d’icelles. Autres par les cours & mouvements du huictiesme ou neufiesme Cieux (...) Autres par les Eclypses de Soleil & de Lune. Autres par les cours & mouvements des grands orbes célestes, ou revolutions du (sic) Planette Saturne, ou bien par les conjonctions des Planetes hautes ou basses ou inférieures, faisants mesme les religions les sectes & les Loix (sic) de cest Univers dependre de ces cours & mouvements ou revolutions ou conionctions (...) sans que iceux personnages ayent touché la vraye & certaine Cause & Effect desdictes decadences, mutations, changements, conversions & ruines à scavoir la sagesse, providence & Justice du Dieu vivant, courroucé & irrité par nos vices & pechez.” Cette accumulation de formules dont chacune fera, au demeurant, l’objet d’un chapitre dénote bien une certaine effervescence au niveau de l’astro-histoire, une sorte de printemps où toutes sortes d’entreprises sont engagées, chacune selon un modèle différent, mais toujours avec le même objet. Ce n’est plus l’astrologie, stricto sensu, qui est ici en ligne de mire mais bien plutôt une para-astrologie, en partie née de la nouvelle astronomie et qui, d’une certaine façon, relève aussi d’une forme d’anti-astrologie s’ajoutant à l’anti-astrologie traditionnelle. Les coups de butoir des uns et des autres, pour des raisons fort distinctes, auront raison, en définitive, au cours du XVIIe siècle, du reste de crédit de l’astrologie judiciaire traditionnelle. Le fait que dès 1595 une telle attaque contre divers procédés astro-historiques - dont certains remontent à l’astrologie arabe avec les Grandes Conjonctions (Jupiter rejoignant Saturne tous les 20 ans environ) montre bien que Kepler, par ses tentatives de réforme de l’astrologie, autour de 1600, avait bien des précurseurs dont Gérard Simon, dans son ouvrage Kepler astrologue-astronome n’a guère fait mention. La formule finale de l’Avis de l’imprimeur résume bien en outre le souci que ces recherches historiques provoquent dans les milieux religieux. Une Histoire qui découvrirait ses propres lois s’émanciperait, en quelque sorte, de la croyance en la Providence divine et abolirait ainsi un argument essentiel en faveur du religieux, à savoir - comme il apparaît dans notamment dans l’Ancien Testament - que l’Histoire serait d’abord l’expression même de la volonté divine. Le Discours de Duret est ainsi organisé autour du traitement de chacun des modèles élaborés comme cela ressort de la table des matières. On ne signalera ici que les chapitres traitant de l’astro-histoire. Ch. V Scavoir si les sources et origines ensemble les décadences (...) proviennent des horoscopes des villes premières et principalement d'icelles. Ch.. VI Scavoir si les décadences, mutations (...) procèdent du cours et mouvement de l'eccentricité du petit cercle. Ch. VII Scavoir si les sources et origines des monarchies (...). procèdent de la radiation des constellations, de la dernière estoille, de la Queue de la Grande Ourse du Pol arctique ou septentrion. Ch. VIII Si les décadences, changemens, conversions et ruines des monarchies proviennent et procèdent des horoscopes des monarchies, empereurs, roys et chefs des républiques. Ch. IX Si les décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des monarchies (...) dépendent des cours et mouvemens du huitième ou neuvième ciel, c'est-à-dire de la huitième ou neuvième sphère céleste. Ch. X Scavoir si les religions, les sectes et les Loix (...) proviennent et procèdent des cours et mouvemens des grands orbes célestes ou révolutions du planète Saturne ou bien des conjonctions des planètes hautes ou basses et intérieures. Ch. XII Scavoir s'il n'y a eu et n'y aura jamais en ce monde que six religions comme aucuns astrologues l'ont osé écrire et assurent en leurs œuvres. Ch. XIII Si les décadences, mutations, changemens (...) proviennent et procèdent des Comètes ou duplication de Soleils & de Lunes. Précisons cependant qu’avant d’aborder la question des astres, Duret, notamment en son Ier chapitre, nous semble adopter un point de vue anthropologique, c’est-à-dire qu’il s’efforce de décrire le fonctionnement des premières sociétés, comme en témoigne le titre du dit chapitre : “Des premières et plus anciennes sources et origines des premières et plus antiques societez & assemblées humaines, lesquelles (...) ont produit & engendré les premières & plus anciennes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques de l’Univers.” Les arguments de Duret Au chapitre V, consacré aux Horoscopes des villes, Duret met en avant la diversité des solutions proposées par les uns et par les autres, ce qui conduit à penser que l’astro-histoire présentait une image assez déconcertante alors que finalement la tradition astrologique, figée, pouvait sembler mieux établie. Sa description nous semble toujours d’actualité même s’il nous semble que le débat était plus ouvert au XVIe siècle qu’en ce début de XXIe siècle : “La plus grande partie des aucteurs qui ont escrit de cette matière sont du tout contraires & dissemblables en leurs regles & fondements, aucuns d’eux disants qu’il faut principalement en calculant & dressant les horoscopes des villes qu’on bastit & édifie avoir esgard aux estoilles fixe, les autres aux planètes, les autres aux estoiles fixes, planettes & signes.” (p. 101) Autrement dit, Duret semble laisser entendre que le problème tient au fait que chaque chercheur a son idée de ce qu’est le ciel utile en astrologie. Au chapitre VI, Duret attribue à Copernic ou plutôt à ses disciples, à la suite de Bodin, au IVe Livre (chapitre II) de sa République, la thèse selon laquelle “les décadence, mutations, changements (doivent) dépendre & provenir de l’eccentrique du petit cercle & de son tour & mouvement”, ce qui montre bien les liens qui avaient pu être envisagés à l’époque entre la nouvelle astronomie et ce que l’on pourrait appeler une nouvelle Histoire qui fit long feu. On signalera tout particulièrement le recours à l’argument précessionnel au chapitre IX : (pp. 141 et seq) : “Si les décadences, mutations, changements et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques proviennent des cours & mouvements du huictieme ou neufième Ciel, c’est-à-dire, de la huitième ou neufième Sphère celeste.” Duret se fait l’écho de théories qui considèrent que le mouvement précessionnel serait une clef de l”Histoire. Or, les auteurs cités divergent quant à l’année où le décalage était nul. Pour Duret, pourrait-on dire en termes plus modernes, l’incapacité des astrologues à se mettre d’accord est le signe d’un dysfonctionnement de leur Cité scientifique. Au chapitre X, on relèvera un argument d’une certaine habileté: à propos de la question des éclipses de soleil et de lune : “Si cela estoit vray, depuis que l’univers est cree, il n’y aurait à présent aucunes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, veu qu’il ne s’est passé guere année qu’il ne se soit trouvé & rencontré en icelle quelque Eclypse de Soleil & de Lune assez bastante & suffisante selon le dire des Astrologues pour apporter & entraisner avec soy des decadences, mutations etc.” (p. 165) Sur la question des grandes conjonctions (chapitre XI), sujet qui avait défrayé la chronique, dans les années 1580, Duret s’exprime ainsi, notamment sur la base des écrits de Pierre d’Ailly (ou d’Assiac) signale que bien des astrologues reconnaissent ne pas pouvoir déterminer à quel moment Jupiter se conjoint à Saturne. Duret nous rappelle (p. 205) que les triplicités associées aux grandes conjonctions ont vocation chorographique, permettant de localiser géographiquement les événements. “Nous devons scavoir & apprendre, objecte-t-il, qu’il est presque impossible, en si peu de temps qu’il y a que le monde a eu son prince & commencement & en si peu d’observations & remarques que nous avons des Anciens, que nous puissions avoir une certaine & infaillible doctrine de ces choses etc.” La production de Duret Duret est aux antipodes d’un auteur qui ne se serait consacré qu’à l’astrologie, il l’aborde plutôt en “honnête homme”, parmi bien d’autres sujets et d’ailleurs c’est moins à l’astrologie judiciaire qu’il en a qu’à diverses conceptions, plutôt extérieures à la tradition astrologique stricto sensu. Claude Duret, disposant en tout cas d’une fort riche bibliothèque, se fit d’abord connaître, on l’a dit, sur le plan littéraire par des commentaires de l’oeuvre du protestant Du Bartas, la Semaine où l’on note déjà son intérêt pour le ciel Son étude de 1594 sur l’Eden de la Seconde Semaine est également dédié à Henri IV auquel Duret, dit-on, “plaisait”. Toutefois, nous n’avons pas affaire un réformé, il s’inscrit bel et bien dans un milieu catholique ; c’est ainsi que Claude Feydeau, docteur en théologie en droit canon, doyen de l’Eglise Collégiale Notre Dame de Moulins sera en 1612, à la mort de Duret, le préfacier du Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc. En 1600, Duret publie le second volet de ses Vérités des Causes et effects à savoir le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & re-flux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre. En 1613, Duret, devenu Président, à Moulins, publie un ouvrage de linguistique de plus de mille pages dont le titre évoque étrangement celui du Discours puisqu’il y est question des décadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues, comme il était question, vingt ans plus tôt, des Causes et effects des decadences, mutations & ruines, changements, conversions & ruines des Monarchies. Chronologie des oeuvres de Claude Duret 1591 - Commentaire La Seconde Semaine de Du Bartas, Nevers P. Roussin, BNF Res Ye 541. 1594 - L'Eden ou le Paradis Terrestre de la Seconde Semaine de Du Bartas etc. Au Tres chrestien Roy de France; Henry IIII de ce nom (épître de janvier 1594), Lyon, Benoit Rigaud, Mazarine 10857. 1594 Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, change-mens, conversions et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes et Républiques selon l'opinion et doctrine des Anciens et Modernes. Au Tres Chrestien, Très grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henri IIII de ce nom, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. Pierre Chastain), Mazarine 28131. 1595 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, change-ments, conversions et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques selon l'opinion et doctrine des anciens et modernes mathématiciens, mages, philosophes, his-toriens politiques & théologiens. astrologues. Epître au Roy, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. P. Chastain), BNF *E 3575. Note : le nom de Lyon est rayé sur l'exemplaire de la BNF. 1598 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, etc ..., Lyon, Héritiers Benoist Rigaud, BNF R 12969. 1600 - Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Rèze, BNF R 12970, Mazarine 28639. 1605 - Histoire admirable des Plantes et herbes esmerveillables, par C.D.B. Dédié à Maximilien de Béthune (Sully), Paris, Nicolas Buon, Mazarine 56074. 1613 - Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Cologne, M. Berion (pour la société caldorienne), Reprint Slat-kine, 1972. 1619 - Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Seconde édition, Yverdon, Sté Caldoresque, BNF X 1512 et Mazarine 1000 Q bis. La postérité de Duret On peut comparer avec profit le Discours de Duret et les attaques qui se produiront soixante ans plus tard de la part des Jésuites, Jacques de Billy et Jean François. Au vrai, stricto sensu, Duret ne s’en prenait pas directement à l’astrologie judiciaire tandis que les deux Jésuites, également auteurs de travaux assez considérables, par leur volume, visent probablement plus une pratique qu’une science. C’est en fait plutôt au réformé Pierre Bayle des Pensées sur la Comète (1682) que nous songeons en lisant le Discours de Duret, paru un siècle plus tôt. Toutefois, le travail de Bayle se limite aux comètes et aux éclipses. On pourrait comparer utilement le chapitre XIII du Discours avec les arguments statistiques de Bayle au sujet des comètes (cf. infra). Pierre Bayle, pourfendeur de l'astro-histoire Mais on peut aussi voir en Duret un précurseur de Jacques Gaffarel, auteur en 1629, des Curiosités Inouïes, qui d’ailleurs cite son Histoire des langues. Les connaissances de Duret en matière de littérature et de langue judaïque n’ont en effet rien à envier à celles dont dispose un Gaffarel lequel traite longuement de l’astrologie chez les Hébreux. On ne peut exclure que Gaffarel ait puisé une partie de son érudition chez Duret qui nous apparaît comme une sorte de Pic de la Mirandole, si souvent cité par lui. Duret, en dépit de ses doutes sur les solutions proposées par les uns et les autres, n’en est pas moins, à l’instar d’un Bodin, en quête de quelque loi sous-jacente qui rendrait compte du cycle constaté déjà par Aristote8 qui conduit d’un régime à un autre. Le Discours truffé de références montre à quel point un tel sujet est d’importance pour la culture ambiante et la présence de chapitres ne traitant pas des astres souligne le fait que le problème posé dépasse cette seule affaire. Somme toute, on est en droit de se demander si Duret n’a a pas conscience d’un certain échec collectif qui n’incombe pas aux seuls astrologues; le fait est qu’ aucun progrès ne semble alors avoir été accompli depuis les Grecs au niveau de la science politique. A l’issue du XXVe et dernier chapitre, Duret annonce (pp. 539 - 540) une suite qui ne semble pas avoir été publiée si tant est qu’elle ait été rédigée et qui comprendrait notamment les “moyens & aides pour garder & conserver longuement & heureusement les Estats d’icelles Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques.” Claude Duret, en s’adressant ainsi au Roi de France et de Navarre, nous fait penser à Nicolas Oresme (1325 - 1382), évêque de Lisieux, conseillant Charles V et l’engageant déjà, deux siècles plus tôt, à se méfier de l’astrologie. Mais, en 1682, Pierre Bayle fera-t-il autre chose à l’endroit de Louis XIV ?9 En effet, la Lettre - anonyme - sur la comète, adressée par un Catholique prétendu - étrange subterfuge - à un Docteur de Sorbonne, qui changera son nom, quand l’ouvrage paraîtra sous le nom du réformé Pierre Bayle, en Pensées Diverses sur la comète, s’achève sur une mise en garde au roi, l’engageant à ne pas se lancer dans une nouvelle guerre, en ne tentant pas la fortune, toujours incertaine. Situation paradoxale que celle de Bayle qui n’aura cessé, tout au long de son “traité des comètes” comme il le désigne, de montrer comment les hommes politiques se servent des astrologues pour manipuler les esprits et leur faire annoncer, au nom des astres, ce qu’eux-mêmes ont planifié et qui descend, lui-même, dans l'arène pour peser sur la politique de la France, au nom de l’incertitude de toute prévision, quel qu’en soit le fondement, astrologique ou non. “La prévision de l’avenir, conclue Bayle, n’est pas plus facile à l’astrologue qui observe les prétendues règles de l’art qu’à celui qui ne les observe pas (...) En conséquence de la mauvaise qualité des règles de l’astrologie, l’on vous soutiendra que si un astrologue prédit quelquefois la vérité, c’est ou par hasard ou par le moyen de quelque passion qu’il inspire ou parce qu’il a suivi des conjectures indépendantes de ses règles & fondées sur la condition et sur la profession du sujet dont il dressait l’horoscope.” L’enseignement de la “Continuation aux Pensées Diverses” (1705) Vingt ans après les Pensées Diverses, l’on bascule vers le XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion pour Bayle de faire, dans des Continuations, le bilan du siècle qui s’est achevé, comme c’est souvent le cas. Et Bayle, de faire dire à son interlocuteur imaginaire, que l’astrologie n’a pas été “ruinée” par les attaques qu’elle eut à subir tout au long du siècle écoulé. Bayle fait même demander par son interlocuteur si entre temps son attitude à l’égard de l’astrologie n’a pas évolué favorablement, ce qui est assez significatif d’un sentiment des contemporains selon lequel l’astrologie aurait été peu ou prou réhabilitée et remonterait la pente. “S’il était facile, dites-vous, de faire voir la vanité & l’absurdité de l’astrologie judiciaire, le monde en serait pleinement désabusé depuis que les philosophes du XVIIe siècle ont combattu les vieilles erreurs, avec un succès admirable. Mais tout le mal qu’ils ont pu faire à l’astrologie (est) une diminution de son crédit, elle se maintient encore, elle a des sectateurs considérables.” Le nouveau siècle ne commence nullement dans l’idée que l’astrologie a fini par être éradiquée. Et Bayle de citer notamment le cas d’Eustache Lenoble et c’est d’ailleurs grâce aux Continuations de 1704, peu avant sa mort en 1706, que nous avons exhumé son oeuvre astrologique, les Tableaux des Philosophes ou l’Uranie10 “On sait, déclare Bayle, que Mr Lenoble n’est point bigot ou superstitieux ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment de l’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matière (...) qu’il connaît l’ancienne et la nouvelle philosophie. Cependant, il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il a adopté toutes les chimères des astrologues mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les événements contingents. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi & il s’attache avec soin à maintenir le crédit de l’Astrologie judiciaire. Son ouvrage fut imprimé à Paris, l’an 1697.” Et de Bayle de noter aussi avec une certaine pointe d’amertume : “Personne n’ignore combien les sciences & notamment la philosophie fleurissent en Angleterre, néanmoins l’astrologie n’y manque pas de sectateurs & de protecteurs. Témoin le livre imprimé à Londres l’an 1690 sous le titre de Astrometeorologia sana.” Comme quoi, en cette fin du XVIIe siècle et en ce début du XVIIIe siècle, l’astrologie n’est pas (encore) exclue de sociétés et de cultures par ailleurs réputées pour leur avancement intellectuel. Mais force est de constater que des travaux d’envergure et dus à des auteurs réputés, visant directement et exclusivement, l’astrologie, sur un mode critique, ne verront plus guère le jour après cette Continuation de 1705. En fait, il faut comprendre la stratégie de Bayle, à la lumière de nos propos introductifs : d’une part, il y a le dossier de l’astrologie traditionnelle, qui fait partie du paysage culturel populaire et qu’il faut appréhender comme on le fait de croyances, de superstitions, dont le succès tient à l’entregent, au savoir-faire, de l’astrologue plus qu’à la validité de la science dont il prétend se revendiquer. Bayle juge bon de ne pas s’attaquer de front à cette astrologie là dont il convient qu’elle persiste dans un certain crédit qu’on veut bien lui accorder et puis, d’autre part, il y a , reprenant le dossier constitué, un siècle plus tôt, par Duret, ces lois, qui ont le mérite de la clarté, quant à leur formulation et qui peuvent donc être infirmées, qui méritent qu’on les examine avec quelque attention, ce qui ne saurait être le cas de cette Tradition à laquelle un Gassendi a bien voulu s’atteler. Bayle, faisant, en 1705, le bilan de la nouvelle astronomie - celle d’un Edmund Halley - pressent la fin de l’astrologie cométique dès lors que la course des comètes aura été décryptée et qu’elle n'appartiendra plus au registre des miracles. “Apparemment, (les comètes) ont une durée constante & peut-être aussi un cours régulier”. Voilà, constate Bayle, un argument dont son maître Calvin, dans son Discours sur l’astrologie Judiciaire (1549), ne disposait pas encore au milieu du XVIe siècle. Coup fatal porté contre les comètes comme expression de la divine providence et qui allait entraîner l’astrologie dans sa chute, ce qui tend à montrer que la science en banalisant le phénomène des comètes tranchait le lien qui unissait encore la religion et les corps célestes. Mais c’est aussi le lien entre Histoire et corps célestes que la nouvelle science des comètes va définitivement ébranler car ne peut-on penser que les historiens n’ont pas longtemps fait preuve d’une certaine indulgence envers une astrologie, une astro-histoire, dont on pouvait à terme espérer qu’elle viendrait leur apporter une certaine assise astronomique sinon astrologique ? Par ailleurs, quand Bayle traite de la proportion de malheurs correspondant ou non au passage d’une comète, est-ce qu’il ne met pas aussi le doigt sur le caractère terriblement schématique servant à ses contemporains - qui ne disposent guère d’un meilleur modèle fourni par les historiens - pour qualifier les événements ? Et quand Bayle écrit que bien des événements étaient prévisibles, comme pour cette année 1618, qui serait le début d’une “Guerre de Trente Ans”, est-ce qu’il ne souligne pas, ipso facto, le fait que l’on n’a pas besoin d’être un grand astrologue ni d’ailleurs un grand historien pour l’avoir prévu ? Est-ce qu’en définitive, semble demander Bayle, dans l’introduction de ses Pensées Diverses, donnant le coup de pied de l’âne, l’historien ne véhicule pas aussi les erreurs populaires avec quelque complaisance / complicité, toujours désespérément en quête d’une rationalité qui aura trop longtemps fait le jeu de l’astrologie, sous ses différentes facettes ? Double procès donc contre l’Histoire : elle véhicule et perpétue des savoirs révolus et, par ailleurs, elle justifie leur permanence par ses prétentions explicatives qui l’exposent aux solutions les plus chimériques. Et dans les deux cas, l’astrologie profite de tels errements. 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Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2000, pp. 287 - 288. Retour 4 Cf. BNF, R 24399. Retour 5 Cf. M. Chomarat, Bibliographie Nostradamus, Baden Baden, 1989, pp. 95 - 97. Retour 6 Cf. notre étude sur “le caractère et la carrière posthumes des Centuries”, Site Ram-kat.free.fr. Retour 7 Cf. pp. 395-396. Sur ces auteurs, voir notre Texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du septentrion, 2002. Retour 8 Cf. Discours, chapitre IV, p. 69. Retour 9 Sur le rapport de Bayle au prophétisme, voir notre étude in Le texte prophétique en France, Ville-neuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002. Retour 10 Cf. l’étude de P. Guinard, sur le Site du Cura.free.fr. Retour ________________________________________ 05 07 21