Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
jeudi 8 juillet 2021
Jacques Halbronn L'épanouissement du monde juif. Un parcours, une quête (1966 2021)
Jacques Halbronn
L'épanouissement du monde juif, Un parcours, une quête, (1966 2021)
Avant la création du Cercle d'Etudes et de Recherche sur l'Identité juive (CERIJ (cf les Cahiers du CERIJ, en ligne sur la plateforme SCRIBD https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn), en 1978, il y avait eu la création 12 ans plus tôt du Mouvement International pour l'Epanouissement du Peuple Juif (MIPEPJ) et l'expérience isralienne de Juin 1967 à Juin 1969. En 1989, le CERIJ aura connu un nouvel élan en rejoignant la mouvance juive laique, initiant notamment pendant une dizaine d'années, une série de rencontres dont la dernière, interdisciplinaire, traitait de la dualité des femmes, des Juifs et des Astrologues au début de l'année 2000. En 1995, Jacques Halbronn avait donné deux communications dans un Colloque tenu à la Sorbonne. (Colloque Hier Juifs progressistes, aujourd’hui Juifs ?; Ed Les Amis de la CCE(Commission Centrale de l’Enfance, 11-12 février 1995) La problématique identitaire des Juifs français et Les Juifs immigrés de la deuxième ou de la troisième génération et la France.
Les pièces du dossier que nous présentons devraient per-mettre de mettre en perspective les thèses qui sont actuellement les nôtres en 2021 lesquelles correspondent encore à un autre stade où le « génie » est associé à la fonction « jupitérienne ».
Première Partie Le MIPEPJ (1966-67)
L’année de nos 20 ans aura été mémorable débouchant sur la Guerre des Six Jours et un premier séjour en Israel. Ce fut d’abord, avant la dite Guerre, le lancement du MIPEPJ, le « Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif » avec notamment pour partenaire Pierre Regenwetter.
Manifeste du Mouvement International pour l’épanouissement du peuple Juif
Document de base à approuver exposant les conceptions mipepjistes/
Nous soutenons trois thèses :
le génie et le non génie constituent deux espèces différentes
Le peuple juif est un peuple de génies
Le génie, le juif doivent refuser d'être exploités et s'unir
Ces thèses admises, l'épanouissement du peuple juif est possible
Israel n’est pas encore né. Israel vivra lorsque l’être juif apparaitra sans écran. Israel n’a été jusqu’alors qu’un embryon traversant les stades inférieurs de l’évolution juive. Je propose un combat à ceux qui se savent Juifs et pour qui Israel n’est pas autre qu’eux-mêmes, à ceux qui connaissent l’art de la guerre. Laissons nos frères sommeiller jusqu’après la bataille. Ne croyez pas, compagnons d’armes, ceux qui clament ; Israel est petit, les Juifs ne croient plus en eux-mêmes, Israel n’existe pas. Car si Israel est petit, le monde l’est encore plus car Israel encore naissant a construit l’homme et sa puissance. Car si les juifs ne croient plus en eux-même, c’est parce qu’ils se sont égarés, que le guide avait disparu. Mais irions-nous croire ces Juifs qui n’ont pas de voix, qui anonnent ce qu’on leur a appris dans des écoles, dans des pays qui ne sont pas les écoles, les pays des Juifs ?
Car si Israel n’existe pas, si Israel n’est pas Peuple en face de toutes les peuplades interchangeables, qui nous dira pourquoi Israel ne s’est pas évanoui comme ceux qui lui contestent la vie- après avoir plongé dans le creuser où tout devient boue ?
Le peuple juif est un peuple de génies car les Juifs n’ont pu se stabiliser, s’assimiler dans la dispersion, ils sont restés dans une situation provisoire (…)La constitution d’un peuple de génies par le rassemblement des génies dispersés dans le monde est impossible, utopique car seule l’histoire permet à des individus de pouvoir vivre paisiblement, constructivement, en communauté, pour un but collectif.
(..) D’où est issue la religion juivr, a-t-elle été imposée à des individus ne constituant rien auparavant qui fût cohérent ? On a coutume, parfois de voir dans l’acceptation de la religion juive la naissance des juifs. Ce qui signifie qu’avant cette époque, celle de Moïse et des tables de la Loi, les Juifs ne se distinguaient en rien des autres peuple.
La religion n’a pas fait le Juif, c’est le Juif qui a peu à peu forgé sa religion La religion n’a pas été conservée pour des raisons culturelles mais c’est parce qu’elle a été conservée par nécessité intérieure du Juif que la culture juive s’est maintenue. (…)Si le peuple juif n’était qu’une création artificielle et éphémère, interchangeable et élastique, un siècle après la dispersion romaine, le peuple juif aurait rejoint les souvenirs des civilisations perdues
Le peuple de l’astrologie = peuple juif.
Démonstration non scientifique, non astrologique (l’astrologie est très limitée en Astrologie des peuples)
On s’efforcera d’abord de justifier le choix du peuple jui f en tant que peuple qui mérite d’être mis à part et dont les membres possédent des facultés de création qui permettent à l’humanité de progresser/. Ensuite, l’on montrera que le peuple Juif est en face, aujourd’hui, d’une reconsidération de ses traditions, qu’il doit prendre conscience de sa nature profonde. Le Peuple juif est né non point de son histoire mais avant son Histoire.
La situation aujourd'hui
L'observateur qui revient d'un voyage en Israël se croit le droit d'utiliser l'expression Juif israélien. Cela est condamnable non en tant qu'objet d'étude mais parce qu'il ne sait rien du Juif, de l'être juif pas plus ,semble-t-il d'ailleurs que de l'être non juif ou d'autres séries d'êtres. Il y a simple manque de cohérence dans sa pensée.
Que voit l'observateur superficiel ? Des existants présentant des caractères originaux mais ni plus ni moins originaux que les caractères nationaux de chaque Etat, des structures agricoles, industrielles, propres à la région. Bref cela semble comparable à celle de toute étude politico-sociale. Ainsi, l'observateur conclut que dans les cadres actuels, le Juif israélien est ceci ou cela. Aucun doute ne traverse son esprit ; il a décrit ce qu'il a vu, ce qui était. Voilà l'existant juif ou mieux un des existants juifs Il ne saurait être contesté coutumièrement l'exactitude de la description même sous les angles les plus délicats. Toutefois, l'erreur est évidente dans le principe même du travail entrepris ; il est inadmissible de ne pas situer l'existant juif 1967 dans son évolution de même qu'il est inadmissible de ne pas déterminer -ou chercher à déterminer -et en cas d'échec le reconnaître – la source de cette « évolution » même. Sinon à quoi rime cet effort de définition que l'observateur considère comme bien innocent ? (…) Ainsi, l'observateur qui revient d'Israel revient avec une série d'énigmes, de questions à résoudre.(...) Ces questions sont : quel est l'être juif, que peut-il devenir, quelle est la politique préférable pour accentuer l'évolution de l'être puisque toute politique doit avoir cet objectif ? Le grand tort des dirigeants juifs et cela concerne donc l'ensemble de la population israélienne (..) c'est d'essayer de faire progresser des êtres qu'ils ne connaissent pas,
Une politique juive
Le Peuple juif est formé d'individus juifs alors que les autres peuples forment des individus par l'emprise de leur cadre sans que ces individus aient conservé une nature indépendante. Le Juif conserve des capacités créatrices disparues sous l'emprise du Social. (…) Le Juif est un génie en puissance . Il est doué de la faculté de dépassement (par opposition à celle d'assimilation passive) qui évite la dégénérescence -(...) mais la question se pose de déterminer les capacités des individus non à l'ombre de critères dégénérés et manquant l'essence de l'individu mais à l'aide de critères neufs et indépendants de la culture non juive. L'astrologie est ce moyen parfaitement objectif. L'Astrologie plonge au fond de l'être et en dégage sa vocation unique (..) L'Astrologie, loin de détruire la liberté et l'indépendance humaine les rend effectives alors qu'elles ne l'étaient pas en n'obligeant pas l'individu à suivre une voie qui ne le concerne pas en profondeur (..) Une véritable démocratie est enfin possible où ceux qui sont les plus capables d'épanouir les autres soient connus et suivis en sachant que le cours de l'histoire est un perpétuel renouvellement (..) L'astrologie si elle est répandue et pratiquée par tous les citoyens d'Israel mettra obligatoirement les meilleurs à sa tête (pour une période donnée) et puisera dans les ressources juives enfin mises à jour les moyens de remplir son destin biblique »
DEUXIEME PARTIE Le CERIJ (Cercle d’Etude et de Recherche sur l’Identité Juive)
En 1978, nous fondions le CERIJ avec Claude Raphael Samama (http://plus.wikimonde.com › wiki › Claude-Raphaël_Samama, voir ses Réflexions nouvelles sur des questions juives. (Maison-neuve et Larose, 2007,
La première période ne dura que 2 ans et nous relançames le CERIJ dix ans plus tard lors de la dynamique propre au judaisme laic, représentée notamment par Albert Memmi. Les Cahiers du CERIJ connurent également ces deux temps (.https://fr.scribd.com/document/425752414/Cahiers-Du-Cerij-dir-Jacques-Halbronn)
Revenons sur les textes fondateurs du CERIJ, que l’on comparera avec ceux du MIPEPJ, 12 ans plus tôt, donc après la Guerre du Kippour (1973) ainsi qu’une nouvelle expérience israélienne en 1976.
Genése du CERIJ, par Jacques Halbronn
En Juin 78, le projet de constituer une association juive axée sur les problémes d’une diaspora moderne, avait été lancé. Un texte signalait qu’il fallait « trouver un moyen terme entre le repli sur la famille des Juifs religieux et le nationalisme en un lieu étroit, véritable lit de Procuste- qui fait passer l’essence juive par un moule singulièrement apauvrissant » (…) Lors d’un entretien avec Claude Samama, en novembre 78, l’idée de retenir le principe d’un refus de cette alternative comme point de départ d’une association était reprise et aboutissait à l’idée de « modéles dominants ». Le CERIJ s’est constitué autour de cette problématique.
Les premières réunions du CERIH firent bientôt apparaitre la nécessité d’un autre type de clivage, celle du vécu et celle des idéologies. L’une puiserait dans la mémoire et la sensibilité de chacun, l’autre cernerait les grands mythes qui pésent sur le judaisme moderne. En d’autres termes, à la notion de « modèle dominant » comme axe dominant (..) allait se substituer , au cours des réunions, un autre axe, celui d’un judaisme viscéral, naturel, vivant et celui d’une confrontation avec un certain terrorisme idéologique qui serait aussi bien celui du Sioniste que celui de l’Antisémite (au sens sartrien)
Comment le principe des « modéles dominants » se fond –il dans celui que l’on a appelé des « orientations méthodologiques » ? En ce que la dialectique religieux/sioniste se ventile précisément entre le Vécu- le religieux- et l’idéologique –le Sionisme. On ajoutera que le religieux est en dialectique, lui-même, avec l’assimilation tout comme le sionisme l’est avec l’antisémitisme.
Le Juif se trouve donc bien pris entre deux déterminismes : celui qui l’accroche à son passé et où il puise partie de son identité et celui qui lui propose des représentations du futur – l’aboutissement sioniste. On dira donc que leVécu est lié (..) à un héritage et l’idéologique à une interprétation à usage collectif de l’Histoire du Peuple Juif, à la fin du XIXe siècle.
Il va de soi que le sionisme – tout comme l’antisémitisme – se nourrissent du vécu juif pour le lire d’une certaine manière. On ne saurait nier, en particulier, que les facteurs religieux inspirent certaines formulations sionistes (retour à Jérusalem) ou antisémites (peuple déicide) mais il n’y a pas, au sens strict, au XXe siècle, d’idéologie religieuse en tant que telle, à part entière, puisqu’il s’agit d’une donnée culturelle extrémement riche (…) Cela dit, il est certain que l’identité juive-sujet central de la réflexion du CERIJ- se forme à partir d’un certain nombre de représentations mais aussi – pourquoi pas – de qualités intrinséques qui n’ont que peu de rapport avec les modéles politiques du sionisme et de l’antisémitisme car on s’accordera pour reconnaitre que ni l’assimilation, ni la croyance religieuse ne donnent actuellement prise à un mouvement politique qui les incarnerait en tant que telles. Assimilation et pratique ou foi religieuse restent même pour les idéologies sioniste et antisémite des questions individuelles sur lesquelles on ne cherche pas à avoir vraiment prise »
Problématique : que signfie être juif en 1979 ?
La question nous viendrait déjà d’un héritage depuis toujours reprise : douter, réfléchir sur soi, entreprendre la quéte de son identité., contester l’idéologie régnante et les définitions figées , se remettre en question sans cesse semble bien être une des constantes d’une inquiétude spirituelle juive qui traverse le temps.
La question n’est donc pas nouvelle. Elle se pose néanmoins aujourd’hui avec une acuité nouvelle. Un nombre de plus en plus grand de juifs ne se satisfont plus des réponses apportées par les institutions officielles du judaisme et se reconnaissent moins encore dans ce qu’on pourrait appeler les « modéles dominants » , en tout cas dans les discours qui nous environnent. (…) Ce long passé religieux nous a pourtant transmis une tradition, une culture, une histoire qui nous marquent profondément et dont il ne s’agit pas de minimiser l’importance . La question est justement de savoir comment intégrer cet héritage dans une culture juive actuelle et plus vivante. Le sionisme, l’autre pôle du discours moderne de l’identité juive peut-il jouer ce rôle ? Il ne constitue pas une idéologie monolithique et ses dimensions, les courants dont il est traversé, sont multiples. (..) Mais ce qui reste incontesté, ce qui fait l’unité des sionistes et qui constitue le sionisme en modèle dominant dans lequel un certain nombre de juifs ne se reconnaissent pas, c’est qu’il pose l’Etat d’Israel comme le seul destin historique possible.
Les Juifs qui n’adhèrent pas à ce principe fondamental de centralité et qui ne sont plus intégrés à la comunauté religieuse se trouvent ainsi , de fait, relégués à la périphèrie fautive et honteuse du judaisme. Si ces femmes et ces hommes juifs qui ne s’y retrouvent plus s’engagent alors sur la voie d’une assimilation plus ou moins radicale,forcée ou factice, c’est bien souvent au prix du refoulement de cette dimension constitutive de leur être, ce processus entrainant des conséquences néfastes pour leur personnalité et leur existence »
Le CERIJ se propose justement –tel fut son premier texte- de « favoriser une réflexion de groupe sur les modéles historiques et psychosociologiques qui servent de référence à la conscience et à l’identité juive : promouvoir des recherches concernant l’évolution des modéles . (…) Pour mener à bien ces travaux (…) il a été envisagé de constituer dans un avenir proche des groupes d’échange sur des thèmes liés à l’existence juive en tous ses aspects culturel, éducatif, sociologique, psychanalytique. Deux grandes méthodologies y seront mises en œuvre : l’une ‘exitstentielle » permettant à chacun de faire le point avec lui-même ; de mettre en jeu un discours qui n’est plus, le plus souvent, conscient, de confronter son identité avec celle d’autres Juifs sans partir nécessairement du principe que tous sont d’accord sur l’essentiel, bref de faire exprimer au réel les conditions cachées d’un certain imaginaire mais aussi de son univers symbolique où se jouent destin et histoire collective. L’autre « épistémologique » en quête d’une information aussi lucide et complète que possible sur les modéles prédéterminés, préétablis, qui se sont accumulés et combinés sans fin. Par delà toute dérobade dans le dialogue indispensable avec le non Juif, sans refuser de préter l’oreille au discours antisémite, quelles que soient les formes dans lesquelles il se love ou peur de réveiller les problémes pour peu qu’on s’y arrête.
Texte élaboré par Denise Bartfeld, Claude Raphael Samama, Jacques Halbronn
Le CERIJ est né d’un constat et d’une volonté . Il se voudrait ce lieu où s’expriment les individus qui ont jusqu’ici leur judaisme dans le silence d’une solitude où ; non reconnus par les leurs, ils ne sont pas forcément acceptés par les autres. » (à compléter)
TROISIEME PARTIE Réflexions sur notre parcours
En 1999, nous avons soutenu notre thèse d’Etat « Le texte prophétique en France. Formation et fortune » et en 2002 publié un diptyque prophetica judaica aleph et beith, l’un consacré à Nostradamus et l’autre aux Protocoles des Sages de Sion et à l’Etat Juif de Herzl. En 2001, nous avions mis en ligne sur le site Hommes et faits
Pour une approche ésotérique
de la question juive » »
En 2013, nous avons commencé à fréquenter régulièrement les synagogues « libérales » et avons amorcé une « critique biblique ».(cf sur SCRIBD notre mémoire sur la notion d’Alliance qui nous aura conduit à une remise en cause de la pratique religieuse en vigueur. En effet, l’on ne peut s’en prendre à un modèle sans l’avoir étudié en profondeur car sans cela, le dit modèle risque fort de se perpétuer indéfiniment. De même, avons-nous revisité les conditions d’émergence du christianisme, notamment autour du clivage entre les deux royaumes qui se firent face à la mort de Salomon, la maison d’Israel et celle de Juda, ce qui nous a conduit à nous interroger sur la pertinence du nom d’Israel pour nommer l’Etat « juif ».
En 1966, on l’a vu, nous avions rapproché le Juif de notre description du génie et certains traits nous étaient apparus communs à ces deux phénoménes. De fait, il nous semble heureux, méthodologiquement, de procéder par rapprochement voire par analogie plutôt que de rester polarisé sur un seul et même domaine. Traiter du génie, quelque part, était plus facile à gérer que de traiter du Juif. De même nous avons récemment proposé de rapprocher le Juif du type « jupitérien », ce qui constitue une approche ternaire ayant valeur heuristique , selon une démarche inter/trans-disciplinaire. En montrant la conflictualité entre le monde jupitérien et le monde saturnien, nous apportions un nouvel éclairage à la problématique de l’antisémitisme. La fonction du Jupitérien – dont le personnage de Jésus nous semblait une illustration édifiante- a vocation à libérer une société des « modéles » dont elle est tributaire et bien entendu, cela ne va pas sans résistance de la part des membres du groupe concerné. Bien entendu, le Jupitérien –le génie-le Juif ne peuvent être que minoritaires et dispersés pour mener à bien leur mission « salvatrice ». S’ils ne disparaissent pas, c’est qu’il y a là un systéme qui maintient et perpértue cette dialectique Jupiter-Saturne, et l’on pourrait dire qu’il s’agit là d’un plan « divin « si l’on entend par divin non pas la Nature (Deus sive Natura) mais une Création dans la Création, le Jupitérien introduisant un troisiéme niveau de création. Or, c’est le deuxiéme niveau qui exige de repenser la théologie car le Dieu de la Bible n’est ni l’homme comme créateur ni le premier moteur mais un état intermédiaire. Il nous aura donc fallu –comme on peut le voir, plusieurs décennies pour trouver la bonne perspective. Déjà en 1966, l’astrologie était présente dans notre discours et nous disposions peu ou prou de toutes les pièces du puzzle sans effectuer toutes les corrélations nécessaires, du fait que cette astrologie aura dû entre- temps se transformer profondément. L’interdisciplinarité exige en effet de faire avancer les différents domaines en présence et de n’en figer aucun.
JHB
08 07 21
mercredi 7 juillet 2021
jacques Halbronn Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus
Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus
Par Jacques Halbronn
Nous étudierons l’ouvrage intitulé Nostradamus occultiste : Codes et procédés de déchiffrement dans l’œuvre de Nostradamus (Books on Demand, 2015) dont on nous dit que « cet ouvrage rassemble mes études parues au CURA depuis l’an 2000é
Guinard parle dans sa présentation de « scénarios salissant la mémoire du prophéte » (p. 5),il condamne au pilori tout « dépréciateur », « dénigreur » et se déclare « nostradamiste », c’est-à-dire gardien de l’image de Michel de Nostredame. Il faut de la « sympathie » pour le sujet que l’on aborde. Guinard se veut le défenseur de la « doxa » nostradamiste et il la récite comme on le fait à l’église pour le « credo » avec la succession des événements :
« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. »
Crédo de Guinard : « Nostradamus divise ses Prophéties en deux livres : chacun précédé d’une préface. Le premier livre est publié en deux éditions successive en 1555 chez Macé Bonhomme avec un privilége pour deux ans puis en 1557 dans deux versions différentes chez l’imprimeur lyonnais Antoine du Rosne Le second livre est publié l’année suivante en 1558 comme l’atteste la préface etc «
(p. 7) La messe est dite !
Un bon nostradamiste, qui se respecte, doit impérativement croire un tel narratif des éditions successives et cite à l’appui de son propos la Préface datée de 1555 à César, le fils de Nostradamus et (p. 75) la mention d’une milliade dans l’Epitre à Henri II datée de 1558 Un tel discours serait excusable s’il datait d’avant les années 1989-90 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 30 ans. Guinard reconnait qu’il a commencé à publier « depuis 2000 », certainement influencé par notre exemple. Il accorde une place centrale au « cycle saturnien » (p. 39) important chez Pierre d’Ailly (cf Astrologie et Religion au Moyen Age, de Denis Labouré)
La question que nous posons est la suivante : à partir de quel seuil de précision doit-on commencer à considérer que l’on a affaire à un faux ? Pour Guinard, plus c’est précis, plus cela vient valider un texte alors que pour nous cela le rend suspect. Le rôle du critique est de signaler des précisions invraisemblables. Arrêtons- nous sur la mort en tournoi d’Henri II en 1559 dont on voudrait nous faire croire qu’elle aurait été annoncée. Si l’on ne note pas l’anagramme du quatrain I, 35
« Dans caige d’or les yeux lui crévera » (cf Guinard, pp. 149 et seq), on ne prend pas la mesure de la surenchère prophétique qui discréditera d’ailleurs les Sixains dont la précision est bien trop grossière pour être crédible comme le note l’auteur anonyme, en 1656, de l’Eclaircissement des véritables quatrains (cf Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. Post Doctorat, 2007). Pourtant Guinard avait disposé des données nécessaires pour déceler les ficelles de ce verset puisqu’il nous rappelle que « Gabriel de Montgomery ( 1530-1574) (est le) fils ainé de Jacques, sieur de Lorges » et il y a là un clin d’œil qui n’aura pas échappé aux initiés de l’époque, même si ce point n’a pas été relevé. Comme dirait Guinard, il importe de se mettre à la place des personnes que l’on étudie. Cela lui aurait permis de s’apercevoir que « caige d’or » est l’anagramme de « Lorges » On lira en fait qu’un certain « Lorges » (ge d’or) les yeux lui (le roi) crévera »
La question des noms propres se révéle en fait souvent la faille des faussaires, justement parce que cela impressionne plus que tout les esprits. On sait que Dumézil se sera arrété sur le quatrain comportant le nom de Varennes dont Chantal Liaroutzos nous a montré que ce nom figurait dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf son étude dans Réforme Humanisme Renaissance), ce qui d’ailleurs aura conduit, dans un souci de « précision », à changer Chastres, dans le texte en Chartres pour que cela corresponde au lieu prévu pour le couronnement d’Henri IV, précision invraisemblable tant la coutume désignait Reims, ce à quoi même un Charles VII n’aura pas dérogé au début du XVe siècle malgré une situation aussi chaotique que sous la Ligue, à la fin du XVIe siècle… Dans notre étude « Les prophéties et la Ligue » (Actes du Colloque de 1997 Prophétes et prophéties), nous avons montré que la mention de la ville de Tours en IV, 46, donc censé avoir figuré dans l’édition Macé Bonhomme 1555, était lié à la situation politique des années 1588-89, date à laquelle le quatrain en question était apparu alors qu’il ne figurait pas dans les éditions précédentes de ces années (cf Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, 1990). Cette question de la succession des éditions ligueuses est soigneusement occultée par Guinard car cela mettrait à mal tout son échafaudage. En effet, le scénario selon lequel les quatrains qui s’ajoutent entre deux éditions dans ces années 1588-1589 ne faisait que restaurer les éditions des années 1550 alors que l’on a affaire tout simplement à un chantier « in progress « , quitte à antidater pour donner plus de force au texte – ne peut que séduire que les nostradamistes les plus acharnés. Car contrairement au cas de Guinard, les auteurs auxquels il se rallie n’avait pas connaissance des arguments avancés, ils n’étaient donc pas dans la même situation et auraient su reconnaitre honnétement ce qu’il en était. Mais Guinard lui est dans la « persévérance » dans l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum »
La question des anagrammes est la marque des Sixains, dont nous avons montré (cf Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002) qu’ils étaient dus à Morgard avant d’être récupéré pour le « troisiéme volet » (daté de 1605), sort qui sera aussi celui d’un Antoine Crespin, reprenant d’ailleurs parfois tel texte en prose de Nostradamus comme dans le cas de « macelin » (jeu de mots à partir de Marcelin) Le cas de Robin renvoyant à Biron (sixain 6) aura marqué les esprits (L’Avenir dévoilé, ou Concordance des prophéties de Nostradamus, avec les événemens passés, présens et à venir de la Révolution, Hambourg, 1800. Mais cette fois, personne n’aura pris la peine de fabriquer une édition antidatée, ce qui aura refroidi les enthousiasmes.
Guinard a certainement raison de conseiller aux chercheurs d’éprouver quelque empathie pour leur « corpus » mais il y a des limites à la crédulité à ne pas dépasser même si c’est pour la « bonne cause » !
JHB
07 07 21
mardi 6 juillet 2021
Jacques Halbronn Les Centuries et le prophétisme à court terme
Les Centuries et le prophétisme du court terme
par Jacques Halbronn
Il nous apparaît que le prophétisme du second XVIe siècle œuvre sur des échéances brèves et qu'il est/serait donc illusoire d'y chercher des dates plus ou moins lointaines. Lorsque Michel de Nostredame se lancer dans des spéculations autour de l'Antéchrist (voir notre récente étude sous ce titre), il s'inscrit, à n'en pas douter, dans un futur immédiat d'à peine quelques années tout au plus, autour de 1566 (année de sa mort par ailleurs). D'une façon générale, ses publications annuelles se limitent à l'année en cours ou à venir. D'où des formules telles que « Présages Merveilleux pour 1557 »
Mais cette analyse vaut pour l'usage des quatrains sous le Ligue et au début du régne d'Henri IV comme nous l'avons montré pour le quatrain 'Tours » et le quatrain 'Chartres en prise directe, selon nous, avec l'actualité et les enjeux du moment . On peut dès lors parler d'un prophétisme de circonstance.
D'ailleurs, cela ne vas pas sans embûche dans la mesure où le texte entend influer sur ce qui est en train de se passer, c'est la forme progressive comme disent les grammaires de l'anglais (en « ing »), on est dans le « participe présent ».
Comprenons que le discours prophétique ne trouve vraiment sa raison d'être que dans le court terme, lorsque les dés ne sont pas encore jetés, ce qui permet encore d'espérer agir sur les événements « en cours ». Inversement, quel intérêt y aurait-il à annoncer des temps hors de portée ne relevant pas d'une certaine urgence?Autrement dit, l'événement concerné restera très proche dans son occurrence de la date de son annonce, ce qui permet à l'historien des textes de ne pas beaucoup risquer de se tromper sur la fourchette, le terminus de la publication. C'est ainsi que si tel quatrain annonce le couronnement d'Henri de Navarre, son, avénement à la Couronne de France, l'on peut être assuré que la rédaction ou la retouche du dit quatrain aura précédé de fort peu le dit avénement attendu. Et de même (cf notre texte « Les prophéties et la Ligue, 1997), la mise en garde à l'encontre des gens qui se réunissent près de Tours en 1588, à la suite de la Journée des Barricades qui force Henri III à s'enfuir.de Paris. Et d ailleurs, ce n'est qu'ainsi qu'un texte pourra être entendu de façon pertinente avec une certaine assurance par le lecteur. D'où l'importance de restituer le contexte auquel il est fait allusion, référence. Si ce contexte est lointain, c'est que la date de rédaction du texte devra être repoussée en conséquence. Parfois, il peut s'agir d'un texte relativement ancien qui aura été réactualisé au prix d'une retouche comme dans le cas de Chastres dans la Guide des Chemins de France des années 1550 qui devient à la fin des années 1580 « Chartres » pour viser la cathédrale du Couronnement d'Henri IV. Dans certains cas, un texte pourra être antidaté pour faire croire qu'il avait été prévu à la veille de tel événement.
Autrement dit – et cela vaut plus globalement pour l'astrologie- la prédiction ne ferait sens que très peu de temps avant l'échéance prévue. On pense d'ailleurs au prophéte Jonas qui doit compter avec une catastrophe annoncée qui ne doit être ni trop lointaine ni déjà advenue. Il y a là un juste dosage à mettre en œuvre !
Il serait donc anachronique de s'intéresser à des échéances lointaines qui n'intéressent personne si ce n'est que lorsque tel intérprète les instrumentalise, il enclenche une mise à jour, un aggiornamento ! C'est alors la date de cette mise à jour qui fera foi et relancera les délais.
D'ailleurs, une prévision à long terme sera condamnée à rester dans le vague, incapable de s'inscrire dans un contexte bien circonscrit. D'aucuns, certes, vont s'extasier face à un pronostic à échéance de plusieurs décennies, ce qui peut tenter l'astrologue se fondant sur des retours cycliques de plusieurs décennies. Certains interprétes des Centuries, comme Patrice Guinard se seront ainsi laissé entrainer par le mirage de prédictions au lointain et l'on pense à Denis Labouré, dans le même cas, s'intéressant à un Pierre d'Ailly ayant pointé en1414 l'an 1789 !
Ce qui au contraire doit intéresser l'historien des textes prophétiques, c'est le contexte socio-historique et non les seuls computations astronomiques. Il y aurait là facheux mélange des genres. Quand nous étudions les astrologues à l'oeuvre comme un André Barbault, censé avoir annoncé un événement 36 ans à l'avance (cycle Saturne- Neptune), l'on se rend compte que cet éloignement évite à l'astrologue de s'inscrire dans un contexte par ailleurs bien défini et donc l'autorise à rester dans le vague « hors contexte » , « hors sol ».
Comme le formulait un Colloque en 2000, la prophétie est une arme de guerre faisant partie d'une stratégie de combat, de propagande. Si l'historien de l'astrologie n'a pas besoin de déterminer une époque, ce n'est nullement le cas pour l'historien du prophétisme lequel doit impérativement repérer à quel moment le texte est voué à impacter une situation selon le principe de la prophétie auto réalisatrice. Dans le cas de notre travail sur Nostradamus, il était essentiel de localiser l'époque de l'impact, ce qui nous a permis de déplacer la date de rédaction des Centuries de plus de 20 ans en montrant notamment que tel ajout de tel quatrain était lié à tel événement politique directement visé par le dit quatrain, ce que ne pouvaient faire ceux qui entendaient se limiter soit au vivant de Nostradamus soit au contraire à l'époque actuelle qui leur était familière alors qu'il suffisait d'étudier les dates rapprochées de publication sous la Ligue ; avec chaque fois des éléments nouveaux ajoutés au gré des circonstances entre 1588 et 1594.,..Pour défendre l'idée d'une prophétie non antidatée, on est alors obligé de croire à une prophétie de longue date.
Examinons l’ouvrage de Stéphane Gerson au prisme de notre propos méthodologique : » Nostradamus. Le prophéte de nos malheurs XVIe-XXIe siècles », Paris, Tallandier, 2016 (édition anglaise 2012, Ed. St Martin’s Press).
Nous y trouvons un « descriptif » - un « narratif » serait plus juste- que l’on retrouve à peu de choses près chez tant de nostradamistes (pp. 66-67)
« Edité pour la première fois en 1555, l’ouvrage (les Prophéties) permit à Nostredame de rejoindre la lignée des figures prophétiques (..) Le livre se présente sous la forme d’une collection de quatrains réunis par groupes de cent appelés Centuries (..) La première édition comprenait 353 quatrains ainsi qu’une Préface adressée à César (..) Deux ans plus tard une deuxième édition comprenait sept centuries dont deux incomplètes. En 1568, deux ans après sa mort, une dernière édition en proposait trois supplémentaires (pour atteindre le nombre fatidique de dix)
Et une lettre au roi Henri II. (..) L’hypothèse que les trois dernières centuries et la lettre soient apocryphes et posthumes a été défendue elle aussi ».
Mais par ailleurs, Gerson n’hésite pas à signaler des additions Gerson signale des additions : certes, divers quatrains auront été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. Il ressort de la posture de Gerson qu’il établit une sorte de frontière entre le temps des éditions « certaines » et celui des éditions « douteuses » ou du moins sur lesquelles il est concevable de douter. En résumé, la production 1555-1557 aboutissant à 7 centuries ferait partie du premier groupe, à coup sûr. Pourtant il suffit de parcourir les bibliographies de Chomarat et de Benazra (1989-90) pour la période 1588-1590 pour noter que l’on assiste à la formation de cet ensemble de 7 centuries. Pourquoi Gerson fait-il l’impasse sur le temps de la Ligue alors qu’il mentionne notre étude de 1997 ? Pourquoi ne se rend -il pas compte que le contexte de la Ligue éclaire la genése des éditions parues à cette époque, ce qui conduit à penser que les éditions reprenant peu ou prou leur contenu ont été antidatées ? On voit que ce cordon sanitaire – ce repli stratégique- ainsi constitué autour des 7 premières centuries est décidément bien fragile. On peut regretter que l’auteur n’ait pas pris connaissance de notre post doctorat pourtant disponible à la Bibliothèque du Warburg Institute de Londres comme une grande part de nos publications successives.
Le dominicain Giffré de Rechac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique, au XVIIe siècle / Jacques Hallbron.
2006-2007.
en trois volume aux cotes suivantes au Warburg (cf catalogue en ligne). FHI 285 v1, v 2, v3)
Mais on trouve ces volumes en ligne sur SCRIBD.
Gerson signale certes que divers quatrains ont été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain) de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou des mazarinades sous la Fronde ( pp. 114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois, Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. ( cf Jacques HALBRONN, « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique » ) 2015);
Il est dommage par ailleurs que Gerson n’ait accordé aucune attention à ce que Nostradamus adressa au pape Pie IV –tant en français qu’en italien. (cf la réimpression de 1906, Mariebourg) . Il aurait compris que dans les années soixante, les dernières de sa vie, Nostradamus ne semble nullement avoir privilégié l’expression poétique des quatrains qui, d’ailleurs, ne sont jamais qu’une translation de sa prose. Bien au contraire, Nostradamus avance des dates précises à propos de la naissance d’un certain Marcelin, au profil antéchristique. Ce Marcelin qui apparaitra d’ailleurs dans un quatrain composé à partir de sa prose chez un Antoine Crespin.(1572) Enfin, pour en revenir au second volet des Centuries, nous dirons qu’il est probablement une imitation du premier volet, au service cette fois non point de la Ligue mais du parti d’Henri de Navarre et le dit volet se référe à Chartres, le lieu de couronnement de ce prince réformé converti.(Paris vaut bien une messe)/ Ce second volet aura d’ailleurs été bâclé ,- c’est un plagiat - comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987) en compilant sans état d’âme, la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. En ce sens, d’ailleurs, il vaut mieux que Nostradamus n’ait pas été impliqué dans une telle opération.
Que l’on ait recyclé les Centuries pour d’autres époques est une chose mais l’historien des textes se doit de déterminer la vraie chronologie d’un tel corpus. Il est clair que le second volet ne sera apparu qu’au début des années 1590, d’où son absence pour les années qui précédent : 1588 1589. Sa parution aura d’ailleurs précédé de peu le Janus Gallicus de Chavigny qui fait le commentaire (1594) de certaines de ses quatrains des Centuries VIII à X.
A l’évidence, Stéphane Gerson n’aura pas été formé pour traiter sérieusement de la chronologie centurique qu’il adopte pour argent comptant, en toute impuissance critique, victime qu’il est du mariage périlleux entre biographie et bibliographie. Pourtant, Gerson avait pu prendre toute la mesure de la production annuelle de Nostradamus et l’on pouvait s’attendre à ce qu’il approchât les « Centuries » avec autrement plus de prudence, d’autant que leur existence du temps de Nostradamus n’était nullement une condition nécessaire à sa réputation, comme il l’aura démontré. Quelle déception : Gerson eût certainement rendu un service insigne aux études sur le « nostradamisme » en se dispensant de reproduire servilement un tel narratif, ce qui montre que les études ésotériques auront attiré peu d’esprits à la hauteur de l’enjeu scientifique et le Nostradamus de Gerson ne détone pas par rapport celui d’une Mireille Huchon chez Gallimard, maison qui avait publié la Sotie de Dumézil et le Nostradamus de Lagrange et Drévillon.
JHB
10 07 21
lundi 5 juillet 2021
Jacques Halbronnn Bilan de son activité dans le champ de la bibliographie astrologique et prophétique depuis 1986 (édition augmentée)
Bilan de son activité dans le champ de la bibliographie astrologique et prophétique, depuis 1986.
Dans les Actes du Colloque en Histoire de l'Astrologie (L'Astrologie en Terre de France, en ligne sur SCRIBD) que nous avions organisé il y a 30 ans, dans la crypte de l'Eglise Sainte Anne de la Butte aux Cailles -75013 Paris – en 1987, nous avions organisé un Colloque sur la Lune, au Couvent dominicain Saint Jacques – nous avions consacré notre communication à dresser une Bibliographie de la littérature anti-astrologique français d'Oresme à Voltaire. En1986, nous avions, lors d'un Colloque à Bayeux, (La Cométe de Halley et l'influence sociale et politique des astres,) dressé une bibliographie sur les comètes (Les variations d'impact des comètes en France. Etude bibliographique fin Xve -fin XVIIIe siècles). En 2007, notre post doctorat portait sur le dominicain Jean de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle (EPHE Histoire du Cathlocisme) A cette occasion, nous avions rédigé un mémoire sous la direction de Louis Le Chatelier : » Le recours du clergé catholique français à l'anonymat dans le débat autoir de l'astrologie ( 1618-1710). En 1988, nous avions rédigé dans le cadre de la préparation de notre thèse d'Etat, qui ne sera soutenue qu'en 1999 (!) Le texte prophétique en France Formation et fortune) sous la direction de Jean Céard, un projet intitulé Introduction bibliographique à l'étude de l'Astrologie Française, le dit mémoire sera mentionné dans sa bibliographie par Hervé Drévillon dans sa thèse de doctorat (1994 EHESS) : Lire et écrire l'avenir . Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle. Enfin, nous sommes l'auteur du CATAF, le Catalogue alphabétique des textes astrologiques français (cf site du CURA)
Nous avons notamment mis en évidence le rôle des membres de la Compagnie de Jésus, notamment à propos du Père Jean François dont le Traité de 1660 reparaitra sous le nom de R. Decartes (cf l'article de G. Bachelard). Mais d'autres Jésuites français avaient retenu notre attention comme le Père Nicolas Caussin Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes-1649 et le Père Jacques de Billy ( Le tombeau de l'Astrologie Judiciaire)1657) Nous signalions aussi la participation au débat autour de l'Eclipse de 1654 de François d'Aix alias Théophraste Orthodoxe (cf le travail d'Elisabeth Labrousse, La Haye, Nijhoff, 1974, cf Nos Questions autour du texte sur l'Eclipse de 1654 attribué à Gassendi, in Gassendi et la modernité, Dir Sylvie Taussig, Brepols, 2008)
Entretiens curieux sur l'eclipse solaire du 12. Aoust 1654.
Mais nous n'avions pas alors réalisé quelle était la véritable identité de ce François d'Aix qui écrivait sous ce pseudonyme dont on nous disait qu'il était Jésuite. (cf Bibliographie de la Compagnie de Jésus de Sommervogel, tome I p. 100). D'aucuns avaient précisé que ce François d'Aix appartenait à la famille de la Chaize mais l'on nous avertissait qu'il ne fallait pas confondre ce personnage avec le Père Lachaise, confesseur de Louis XIV, dont le nom a été immortalisé par le cimetière qui porte son nom, diversement orthographié.
François d'Aix de La Chaize
Chez Guillaume Barbier Imprimeur ordinaire du Roy, en la place de Confort, 1654 -
Or, nous pensons que c'est bel et bien le futur confesseur qui à 30 ans avait produit sous le pseudonyme de Théophraste Orthodoxe le pamphlet en question. On nous signale qu'un oncle de François d'Aix portant le même nom se serait caché sous le pseudonyme en question. Certes, on apprend que 'La grand-mère, née Coton, avait un frère jésuite, grand-oncle de notre François, qui était devenu le confesseur du bon roi Henri IV puis de son fils Louis XIII » Mais cet oncle- certes Jésuite- ne portait nullement le nom de La Chèze. « L’abbé Pierre Coton est né à Néronde en 1564. Il fait ses études à Paris, à l’âge de 25 ans il rentre chez les Jésuites « En tout état de cause, il ne pouvait pas publier le texte de 1654 . à 90 ans. Or, dans certaines notices introduisant l'ouvrage en question on peut lire :
« Entretiens curieux sur l'eclipse solaire du 12. Aoust 1654. Par Theophraste Orthodoxe (i. e. François d'Aix de La Chaize, l'oncle(sic) »
Que vient faire ici cet « oncle » qui serait un autre François d'Aix de La Chaize ?
Nous pensons que l'auteur de ces Entretiens n'est autre que le futur confesseur de Louis XIV. Certes, il eut un (grand) oncle qui occupa ce poste par le passé auprès d'Henri iV puis de Louis XIII.
Le travail du bibliographe, tel que nous l'entendons englobe la question de la paternité des textes tout comme celle de leur datation puisque sur ces deux points, il peut y avoir débat. C'est ainsi que nous avons pu confirmé que Jean Giffré de Réchac était bien l'auteur de l'Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus (1656), ouvrage souvent attribué à un certain Etienne Jaubert tout comme nous avons pu montrer, ce qui avait échappé à Bachelard ( en 1937) que le traité paru sous le nom de Descartes était en réalité une réédition du Traité du Jésuite Jean François.(cf Jacques Halbronn, Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences Célestes et sublunaires de R. Decartes (site du CURA)
Le XVIIe siècle vit nombre d'auteurs prendre la peine d'écrire sur l'Astrologie de façon critique, ce qui témoignait de l'impact que celle-ci exerçait à l'époque. Le déclin de l'astrologie est marqué par l'absence des attaques.
En ce qui concerne notre œuvre de bibliographe, nous avons conscience qu'elle aura pu être d'une aide précieuse pour divers chercheurs qui n'auront pas eu à accomplir le travail en amont mais se seront contentés de « compléter » en aval.
Nous joignons à la présente étude notre travail paru en 2003 dans l’Encyclopaedia Hermetica, sur le site ramkat.free.fr
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ASTROLOGICA
51
Claude Duret et le “Livre Blanc” de l’astro-histoire,
à la fin du XVIe siècle
Quels furent les vrais enjeux de l’anti-astrologie aux XVIe et XVIIe siècles ? Il conviendrait de ne pas considérer que tous les discours astrologiques soient concernés au même titre, ne serait-ce que parce qu’ils ne se situent pas nécessairement au même niveau épistémologique. Parler donc d’une seule astrologie ou d’une seule anti-astrologie ne serait pas de bon aloi.
Il nous semble qu’il y a en fait deux combats, un qui serait d’arrière-garde et un autre d’avant-garde.
Le combat d’arrière-garde concernerait l’astrologie individuelle. Disons que depuis longtemps son affaire est entendue et qu’elle constitue un ensemble si enchevêtré, si touffu, que l’on ne veut plus guère s’y aventurer pour savoir ce qu’il en est. Certes, on lui lance encore quelques piques, on se gausse de ses naïvetés mais la chose est jugée; non pas qu’on lui conteste son emprise sur le public voire même une certaine efficace, mais cela se situe en dehors du champ proprement scientifique.
Le combat d’avant-garde concerne, quant à lui, ce que nous appelons l’astro-histoire, ce que l’on appellera par la suite l’astrologie mondiale (mundane Astrology). Un Pic de la Mirandole, à la fin du XVe siècle, quand il s’en prend, dans ses Disputationes adversus astrologiam divinatricem, à l’Astrologie, au singulier, vise en réalité plus spécifiquement certaines percées de la dite astro-histoire1 et notamment les publications qui viennent de reparaître en imprimés du cardinal français Pierre d’Ailly, consacrées aux concordances entre Astronomie et Histoire, notamment. Cette question est beaucoup plus intéressante que d’autres aspects portant également le nom d’astrologie car elle est en prise, en phase, avec les perspectives scientifiques de l’époque, ce qui n’est pas le cas d’une astrologie traditionnelle et individuelle dont le corpus appartient à d’autres temps et n’a, pour l’essentiel, fait que tenter de se perpétuer. Certes, les adversaires de l’astrologie ne se font pas faute de mélanger, dans leurs attaques, les deux astrologies mais c’est surtout aux fins de discréditer l’une par l’autre, en recourant à l’amalgame, ce qui est, au fond, de bonne guerre.
D’un côté, donc, une tradition qui ne sait plus très bien sur quoi elle repose, véritable entrelacs de recettes, c’est-à-dire de choses reçues, qui n’est en fait qu’un savoir de seconde main, dont personne n’a plus la maîtrise, ni les clefs, de l’autre, des hypothèses à la formulation relativement simple et qui sont avancées par certains chercheurs s’inscrivant dans une dynamique épistémologique jugée pertinente pour l’époque mais qui n’en doit pas moins faire ses preuves.
Rétrospectivement, l’échec de ces deux courants ne saurait donc être apprécié pareillement, les enjeux différant sensiblement. D’une part, un discours décalé, décadent, et n’ayant plus aucune chance de s’imposer même si l’on tentera de le réhabiliter ultérieurement, notamment au XXe siècle, et d’autre part, un projet qui a ses chances, du moins sur le papier et qui ne parviendra finalement pas, à se faire reconnaître une place dans le concert scientifique du temps.
C’est l’aventure malheureuse, du moins à terme, du dit projet qui nous semble devoir intéresser l’historien de l’astrologie du XVIIe siècle beaucoup plus que celle des horoscopes, auxquels un R. G. F. Guérin consacra, en 1997, une thèse, à l’EPHE, L’astrologie au XVIIe siècle. Etude sur la pratique des horoscopes notamment à travers ceux du Roi-Soleil. Dans un cas, nous sommes dans le domaine de l’Histoire des Sciences, dans l’autre, dans celui de l’Histoire des Mentalités.
L’ouvrage de Claude Duret qui est au coeur de la présente étude, paru un siècle après la somme de Pic de la Mirandole, ne fait que confirmer cette bipolarisation., dans la mesure où il n’aborde même pas la question des horoscopes et s’en prend exclusivement aux rapports entre astronomie et Histoire. Nous disons astronomie plutôt qu’astrologie, dans la mesure où l’astrologie désignerait en fait un certain corpus traditionnel qui n’est pas engagé ici. Le seul rapprochement entre astronomie et histoire n’est-il pas d’ailleurs déjà tout un programme ?
Le Discours des changements divers des Royaumes & Provinces - pour adopter non pas le titre de la page de couverture mais celui qui revient en haut de chacune des 500 pages et plus d’un ouvrage qui parut, pour la première fois, à Lyon, en 1594, chez Benoist Rigaud - nous apparaît avant tout comme une réflexion épistémologique sur l’Histoire et c’est à ce titre que l’on y passe en revue nombre de modèles astro-historiques.2 Toutefois, le titre même complet de l’ouvrage, rédigé en un style ampoulé, ne met qu’accessoirement l’accent sur les astrologues : Discours de la vérité des causes et effects des décadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Republiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes mathematiciens, astrologues, mages, philosophes, historiens, politiques & théologiens, d’autant que le terme “astrologues” peut aussi bien renvoyer aux astronomes. Ceci explique probablement pourquoi un tel traité a longtemps échappé à l’attention des historiens modernes de l’astrologie de la même façon que, un siècle plus tard, ce sera le cas des Tableaux des Philosophes d’Eustache Lenoble, au titre assez peu explicite. Le chercheur israélien Alexandre Haran ne cite Duret que pour son Thrésor de l’histoire des langues de 1613.3
On peut, au demeurant, considérer ce Discours de plus de 500 pages comme un anti-Janus Gallicus; un tel texte, du au jeune avocat, aux allures de procureur, Claude Duret, bourbonnais (1570 ? - 1611), homme déjà fort érudit, qui publiera dix ans plus tard, une autre somme le Thrésor de l’Histoire des Langues de cest univers, présente une sorte de bilan des recherches astro-historiques de son temps, c’est plus du point de vue de l’Histoire que de celle de l’Astrologie. En 1594, on sort d’une période singulièrement agitée tant sur le plan politique qu’astrologique : d’une part, on est, en France, au lendemain de la conversion d’Henri IV, concluant une pénible guerre civile à caractère dynastique, de l’autre, on se souvient des prédictions astrologiques pour les années 1580 mais aussi de l’excitation née du passage de la nova de 1572 et de la comète de 1577. Duret n’est nullement le premier en France à avoir réfléchi sur les thèses proposant des corrélations entre les astres et l’Histoire - thème déjà cher à Pierre d’Ailly au début du XIVe siècle - on citera dans les décennies qui précédent le Discours de Duret les travaux de Loys Le Roy (alias Regius) et de l’angevin Jean Bodin en France.
Les juristes à l’attaque
A la même époque, un autre juriste s’en prendra également avec vigueur aux astro-logues, il s’agit du président Delalouette, conseiller du Roi & Maistre des Requestes, auteur, en 1600, des Impostures d’impiété des fausses puissances et dominations attri-buées à la Lune & Planètes. Sur la naissance, vie, meurs, Etas, volonté & condition des hommes & choses inférieures du Ciel, ouvrage paru à Sedan, centre protestant, chez Jacob Salesse.4 On y retrouve peu ou prou le contenu de l’ouvrage de Duret qui paraît en cette même année 1600, à savoir son second discours, le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Réze. La publication des Impostures à Sedan dit assez cependant que l’auteur en est un réformé.
Comment expliquer qu’en la même année paraissent de la plume de deux juristes, l’un catholique, l’autre réformé, une attaque qui vise notamment l’influence de la Lune non pas tant sur les personnes que sur l’environnement de l’Homme ? Pour Regius, les marées constituent le modèle même des transformations affectant l’Histoire des Etats, dès lors, s’en prendre aux marées, c’était tenter de briser un tel modèle lié à la Lune et donc de dénoncer un discours présentant les révolutions comme une nécessaire fatalité.
Le contexte du prophétisme lyonnais
Ce qui retient notre attention, de surcroît, c’est le fait que le Discours de Duret paraît dans un contexte qui n’est peut être pas sans signification: pourquoi en effet est-il publié à une date et en un lieu qui sont déterminants pour l’historien du nostradamisme ?
C’est en effet en 1594 que parut chez Benoît Rigaud, libraire lyonnais bien connu des bibliographes de Nostradamus, et qui parvenait alors au terme de ses activités, ce Discours de la vérité des causes et des effects des décadences, mutations, change-ments, conversions, ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes Mathématiciens, Astrologues etc, ouvrage portant sur sa page de titre “Au Roy” et de fait introduit par une épître de Moulins, datée du Ier mai 1594, dédiée “au tres-chrestien, tres grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henry IIII de ce nom”, précédant celle du Janus Gallicus, du Ier juillet 1594, à Lyon, dédiée, quant à elle, “A très heureux, tres victorieux et tres Chrestien Henry IIII Roy de France et de Navarre”. On connaît deux tirages de la première édition chez Benoist Rigaud, un daté de 1594, l’autre de l’année suivante (BNF) mais la date de l’impression est la même : 1595. Cependant, le Janus Gallicus - en fait le titre français Janus François conviendrait mieux quand on cite les texte en français mais c’est le titre latin qui fera fortune au siècle suivant - comporte une pièce plus ancienne probablement d’abord parue séparément, en date du 19 février 1594, donc antérieure à l'Epître de Duret. Il s’agit de l’ “Advénenement à la Couronne de France du Roy de Navarre” (pp. 283 et seq) - en latin Henr. IIII Christ. Fran. Et Nav. Regis Benigna Fata, dédié à Alphonse Dornano. On notera que le titre français ne figure que sur les hauts de pages.
On trouve, sur la page de titre du Discours, les armes jointes de la France et de la Navarre comme ce sera le cas au siècle suivant sur la page de titre de certains spécimens de la littérature prophétique.5 Le Discours sera réédité en 1595 et en 1598, par les Héritiers de Benoist Rigaud, suivant en cela le sort des Centuries. La famille Rigaud sera ensuite représentée par Pierre Rigaud dont la fortune nostradamique tient au fait qu’on lui attribua des éditions contrefaites, fabriquées au XVIIIe siècle et datées de 1566, année de la mort de Michel de Nostredame, et qui serviront de référence, sous le Second Empire, à Torné Chavigny et à Anatole Le Pelletier. Il reste que Pierre Rigaud publia bel et bien, à son tour, des éditions des Centuries, au lendemain de l’Edit de Nantes.
Il semble bien, en tout cas, que ce ne soit pas par hasard que le Janus Gallicus soit sorti, à Lyon, en même temps que les éditions des Centuries de Benoist Rigaud dont ce libraire lyonnais semble, à l’époque, avoir le monopole. Sortie ô combien opportune puisque le dit Janus Gallicus se présente comme un commentaire des quatrains, une sorte de mode d’emploi, en quelque sorte. On peut d’ailleurs se demander si le dit Benoist Rigaud - qui, il est vrai, est à la fin d’une longue carrière de libraire - avait publié les Centuries antérieurement. Si on peut lui accorder une édition antérieure à 1585, au témoignage d’Antoine du Verdier, dans sa Bibliothèque parue en cette année là, et qui aurait été datée de 1568 et à mille quatrains, il est en revanche fort peu probable que Benoist Rigaud ait commencé à publier les Centuries dès 1568, quand bien même son nom figurerait sur nombre d’éditions conservées datées de cette année là. En tout état de cause, les Rigaud ne verront pas d’obstacle à publier le Discours de Duret.
Il est d’ailleurs probable que cela ait été par le biais de la poésie que Duret aurait été publié par Rigaud. Duret en effet s’était d’abord fait connaître par des commentaires sur les textes du poète réformé languedocien et donc bien vu, au moment où la cause d’Henri de Navarre triomphe, Guillaume de Salluste Du Bartas (1544 - 1590), consacrés au récit de la Création et, les Centuries ne sont-elles pas également, du moins sous la forme des quatrains qui est la leur, de la poésie, également vouée au commentaire ? C’est chez Pierre Roussin que dès 1591, chez qui paraîtra le Janus Gallicus, que Duret avait fait publier un premier commentaire de Du Bartas, au demeurant proche de cet Auger Gaillard, dont le portrait ornera dans les années 1640 - 1660 les éditions lyonnaises des Centuries.6
Dans les chapitres non astrologiques de son Discours, Duret aborde également la question des prophéties. Au chapitre XX, il évoque, pour les rejeter en bloc, “infinies predictions ou propheties des estats des monarchies, empires, royaumes & republiques qui sont de présent & seront à l’advenement, en cest univers lesquelles apres Methodius sont escrittes dans les oeuvres de sainct Hippolyte, Evesque de Rome & martyr, d’Ambroise Merlin, de saincte Brigide de nation Escossoise, de l’Abbé Ioachim Calabrois, d’Anselme Eveque Marsican, de Telesphorus ou Therlespherus Calabrois Hermite, de Leolhardus Allemand aussi hermite, Michel de nostradame (sic) & de plusieurs autres Astrologues Allemands modernes en leurs Ephémerides & prédictions.”7
On aura observé que Nostradamus est ici réduit à la portion congrue (le Discours, malgré ses diverses éditions, n’est pas signalé dans les bibliographies relatives aux Centuries, pourtant friandes de la moindre mention nostradamique). L’astrologie tient encore le haut du pavé ; c’est au cours du XVIIe siècle que le phénomène Nostradamus prendra toute son ampleur. Le Discours de Duret, exact contemporain du Janus Gallicus, n’avait pas encore pu prendre la mesure du nostradamisme.
Le propos du Discours de Duret
L’ “adresse” due à l’Imprimeur (Pierre Chastain dit Dauphin, peut-on lire à la fin de l’ouvrage) - qui précède la Préface de Duret - fournit en fait les chapitres traités dans le Discours, chacun était dédié à un aspect de l’astro-histoire :
“Plusieurs doctes et scavants personnages aux siecles passez & présent siècle (XIVe et et XVIe siècle), se sont voulu mesler de rendre raison des Causes & Ef-fects des decadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, qui les uns d’iceux par la doctrine & science des Horoscopes ou astres ascendants des villes premières & principales (...) qui les Autres par le cours & mouvement de l’Eccentrique du petit cercle. Aucuns autres par la radiation & constellation de la dernière estoille de la Queue de la grande Ourse du pol (sic) arctique; Autres par les horoscopes ou astres ascendants des monarques, empereurs, roys & princes d’icelles. Autres par les cours & mouvements du huictiesme ou neufiesme Cieux (...) Autres par les Eclypses de Soleil & de Lune. Autres par les cours & mouvements des grands orbes célestes, ou revolutions du (sic) Planette Saturne, ou bien par les conjonctions des Planetes hautes ou basses ou inférieures, faisants mesme les religions les sectes & les Loix (sic) de cest Univers dependre de ces cours & mouvements ou revolutions ou conionctions (...) sans que iceux personnages ayent touché la vraye & certaine Cause & Effect desdictes decadences, mutations, changements, conversions & ruines à scavoir la sagesse, providence & Justice du Dieu vivant, courroucé & irrité par nos vices & pechez.”
Cette accumulation de formules dont chacune fera, au demeurant, l’objet d’un chapitre dénote bien une certaine effervescence au niveau de l’astro-histoire, une sorte de printemps où toutes sortes d’entreprises sont engagées, chacune selon un modèle différent, mais toujours avec le même objet. Ce n’est plus l’astrologie, stricto sensu, qui est ici en ligne de mire mais bien plutôt une para-astrologie, en partie née de la nouvelle astronomie et qui, d’une certaine façon, relève aussi d’une forme d’anti-astrologie s’ajoutant à l’anti-astrologie traditionnelle. Les coups de butoir des uns et des autres, pour des raisons fort distinctes, auront raison, en définitive, au cours du XVIIe siècle, du reste de crédit de l’astrologie judiciaire traditionnelle. Le fait que dès 1595 une telle attaque contre divers procédés astro-historiques - dont certains remontent à l’astrologie arabe avec les Grandes Conjonctions (Jupiter rejoignant Saturne tous les 20 ans environ) montre bien que Kepler, par ses tentatives de réforme de l’astrologie, autour de 1600, avait bien des précurseurs dont Gérard Simon, dans son ouvrage Kepler astrologue-astronome n’a guère fait mention.
La formule finale de l’Avis de l’imprimeur résume bien en outre le souci que ces recherches historiques provoquent dans les milieux religieux. Une Histoire qui découvrirait ses propres lois s’émanciperait, en quelque sorte, de la croyance en la Providence divine et abolirait ainsi un argument essentiel en faveur du religieux, à savoir - comme il apparaît dans notamment dans l’Ancien Testament - que l’Histoire serait d’abord l’expression même de la volonté divine.
Le Discours de Duret est ainsi organisé autour du traitement de chacun des modèles élaborés comme cela ressort de la table des matières. On ne signalera ici que les chapitres traitant de l’astro-histoire.
Ch. V Scavoir si les sources et origines ensemble les décadences (...) proviennent des horoscopes des villes premières et principalement d'icelles.
Ch.. VI Scavoir si les décadences, mutations (...) procèdent du cours et mouvement de l'eccentricité du petit cercle.
Ch. VII Scavoir si les sources et origines des monarchies (...). procèdent de la radiation des constellations, de la dernière estoille, de la Queue de la Grande Ourse du Pol arctique ou septentrion.
Ch. VIII Si les décadences, changemens, conversions et ruines des monarchies proviennent et procèdent des horoscopes des monarchies, empereurs, roys et chefs des républiques.
Ch. IX Si les décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des monarchies (...) dépendent des cours et mouvemens du huitième ou neuvième ciel, c'est-à-dire de la huitième ou neuvième sphère céleste.
Ch. X Scavoir si les religions, les sectes et les Loix (...) proviennent et procèdent des cours et mouvemens des grands orbes célestes ou révolutions du planète Saturne ou bien des conjonctions des planètes hautes ou basses et intérieures.
Ch. XII Scavoir s'il n'y a eu et n'y aura jamais en ce monde que six religions comme aucuns astrologues l'ont osé écrire et assurent en leurs œuvres.
Ch. XIII Si les décadences, mutations, changemens (...) proviennent et procèdent des Comètes ou duplication de Soleils & de Lunes.
Précisons cependant qu’avant d’aborder la question des astres, Duret, notamment en son Ier chapitre, nous semble adopter un point de vue anthropologique, c’est-à-dire qu’il s’efforce de décrire le fonctionnement des premières sociétés, comme en témoigne le titre du dit chapitre : “Des premières et plus anciennes sources et origines des premières et plus antiques societez & assemblées humaines, lesquelles (...) ont produit & engendré les premières & plus anciennes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques de l’Univers.”
Les arguments de Duret
Au chapitre V, consacré aux Horoscopes des villes, Duret met en avant la diversité des solutions proposées par les uns et par les autres, ce qui conduit à penser que l’astro-histoire présentait une image assez déconcertante alors que finalement la tradition astrologique, figée, pouvait sembler mieux établie. Sa description nous semble toujours d’actualité même s’il nous semble que le débat était plus ouvert au XVIe siècle qu’en ce début de XXIe siècle : “La plus grande partie des aucteurs qui ont escrit de cette matière sont du tout contraires & dissemblables en leurs regles & fondements, aucuns d’eux disants qu’il faut principalement en calculant & dressant les horoscopes des villes qu’on bastit & édifie avoir esgard aux estoilles fixe, les autres aux planètes, les autres aux estoiles fixes, planettes & signes.” (p. 101) Autrement dit, Duret semble laisser entendre que le problème tient au fait que chaque chercheur a son idée de ce qu’est le ciel utile en astrologie.
Au chapitre VI, Duret attribue à Copernic ou plutôt à ses disciples, à la suite de Bodin, au IVe Livre (chapitre II) de sa République, la thèse selon laquelle “les décadence, mutations, changements (doivent) dépendre & provenir de l’eccentrique du petit cercle & de son tour & mouvement”, ce qui montre bien les liens qui avaient pu être envisagés à l’époque entre la nouvelle astronomie et ce que l’on pourrait appeler une nouvelle Histoire qui fit long feu.
On signalera tout particulièrement le recours à l’argument précessionnel au chapitre IX : (pp. 141 et seq) : “Si les décadences, mutations, changements et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques proviennent des cours & mouvements du huictieme ou neufième Ciel, c’est-à-dire, de la huitième ou neufième Sphère celeste.” Duret se fait l’écho de théories qui considèrent que le mouvement précessionnel serait une clef de l”Histoire. Or, les auteurs cités divergent quant à l’année où le décalage était nul. Pour Duret, pourrait-on dire en termes plus modernes, l’incapacité des astrologues à se mettre d’accord est le signe d’un dysfonctionnement de leur Cité scientifique.
Au chapitre X, on relèvera un argument d’une certaine habileté: à propos de la question des éclipses de soleil et de lune :
“Si cela estoit vray, depuis que l’univers est cree, il n’y aurait à présent aucunes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, veu qu’il ne s’est passé guere année qu’il ne se soit trouvé & rencontré en icelle quelque Eclypse de Soleil & de Lune assez bastante & suffisante selon le dire des Astrologues pour apporter & entraisner avec soy des decadences, mutations etc.” (p. 165)
Sur la question des grandes conjonctions (chapitre XI), sujet qui avait défrayé la chronique, dans les années 1580, Duret s’exprime ainsi, notamment sur la base des écrits de Pierre d’Ailly (ou d’Assiac) signale que bien des astrologues reconnaissent ne pas pouvoir déterminer à quel moment Jupiter se conjoint à Saturne. Duret nous rappelle (p. 205) que les triplicités associées aux grandes conjonctions ont vocation chorographique, permettant de localiser géographiquement les événements. “Nous devons scavoir & apprendre, objecte-t-il, qu’il est presque impossible, en si peu de temps qu’il y a que le monde a eu son prince & commencement & en si peu d’observations & remarques que nous avons des Anciens, que nous puissions avoir une certaine & infaillible doctrine de ces choses etc.”
La production de Duret
Duret est aux antipodes d’un auteur qui ne se serait consacré qu’à l’astrologie, il l’aborde plutôt en “honnête homme”, parmi bien d’autres sujets et d’ailleurs c’est moins à l’astrologie judiciaire qu’il en a qu’à diverses conceptions, plutôt extérieures à la tradition astrologique stricto sensu.
Claude Duret, disposant en tout cas d’une fort riche bibliothèque, se fit d’abord connaître, on l’a dit, sur le plan littéraire par des commentaires de l’oeuvre du protestant Du Bartas, la Semaine où l’on note déjà son intérêt pour le ciel Son étude de 1594 sur l’Eden de la Seconde Semaine est également dédié à Henri IV auquel Duret, dit-on, “plaisait”. Toutefois, nous n’avons pas affaire un réformé, il s’inscrit bel et bien dans un milieu catholique ; c’est ainsi que Claude Feydeau, docteur en théologie en droit canon, doyen de l’Eglise Collégiale Notre Dame de Moulins sera en 1612, à la mort de Duret, le préfacier du Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc.
En 1600, Duret publie le second volet de ses Vérités des Causes et effects à savoir le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & re-flux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre.
En 1613, Duret, devenu Président, à Moulins, publie un ouvrage de linguistique de plus de mille pages dont le titre évoque étrangement celui du Discours puisqu’il y est question des décadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues, comme il était question, vingt ans plus tôt, des Causes et effects des decadences, mutations & ruines, changements, conversions & ruines des Monarchies.
Chronologie des oeuvres de Claude Duret
1591 - Commentaire La Seconde Semaine de Du Bartas, Nevers P. Roussin, BNF Res Ye 541.
1594 - L'Eden ou le Paradis Terrestre de la Seconde Semaine de Du Bartas etc. Au Tres chrestien Roy de France; Henry IIII de ce nom (épître de janvier 1594), Lyon, Benoit Rigaud, Mazarine 10857.
1594 Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, change-mens, conversions et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes et Républiques selon l'opinion et doctrine des Anciens et Modernes. Au Tres Chrestien, Très grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henri IIII de ce nom, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. Pierre Chastain), Mazarine 28131.
1595 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, change-ments, conversions et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques selon l'opinion et doctrine des anciens et modernes mathématiciens, mages, philosophes, his-toriens politiques & théologiens. astrologues. Epître au Roy, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. P. Chastain), BNF *E 3575.
Note : le nom de Lyon est rayé sur l'exemplaire de la BNF.
1598 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, etc ..., Lyon, Héritiers Benoist Rigaud, BNF R 12969.
1600 - Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Rèze, BNF R 12970, Mazarine 28639.
1605 - Histoire admirable des Plantes et herbes esmerveillables, par C.D.B. Dédié à Maximilien de Béthune (Sully), Paris, Nicolas Buon, Mazarine 56074.
1613 - Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Cologne, M. Berion (pour la société caldorienne), Reprint Slat-kine, 1972.
1619 - Thrésor de l'histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Seconde édition, Yverdon, Sté Caldoresque, BNF X 1512 et Mazarine 1000 Q bis.
La postérité de Duret
On peut comparer avec profit le Discours de Duret et les attaques qui se produiront soixante ans plus tard de la part des Jésuites, Jacques de Billy et Jean François. Au vrai, stricto sensu, Duret ne s’en prenait pas directement à l’astrologie judiciaire tandis que les deux Jésuites, également auteurs de travaux assez considérables, par leur volume, visent probablement plus une pratique qu’une science. C’est en fait plutôt au réformé Pierre Bayle des Pensées sur la Comète (1682) que nous songeons en lisant le Discours de Duret, paru un siècle plus tôt. Toutefois, le travail de Bayle se limite aux comètes et aux éclipses. On pourrait comparer utilement le chapitre XIII du Discours avec les arguments statistiques de Bayle au sujet des comètes (cf. infra).
Pierre Bayle, pourfendeur de l'astro-histoire
Mais on peut aussi voir en Duret un précurseur de Jacques Gaffarel, auteur en 1629, des Curiosités Inouïes, qui d’ailleurs cite son Histoire des langues. Les connaissances de Duret en matière de littérature et de langue judaïque n’ont en effet rien à envier à celles dont dispose un Gaffarel lequel traite longuement de l’astrologie chez les Hébreux. On ne peut exclure que Gaffarel ait puisé une partie de son érudition chez Duret qui nous apparaît comme une sorte de Pic de la Mirandole, si souvent cité par lui.
Duret, en dépit de ses doutes sur les solutions proposées par les uns et les autres, n’en est pas moins, à l’instar d’un Bodin, en quête de quelque loi sous-jacente qui rendrait compte du cycle constaté déjà par Aristote8 qui conduit d’un régime à un autre. Le Discours truffé de références montre à quel point un tel sujet est d’importance pour la culture ambiante et la présence de chapitres ne traitant pas des astres souligne le fait que le problème posé dépasse cette seule affaire. Somme toute, on est en droit de se demander si Duret n’a a pas conscience d’un certain échec collectif qui n’incombe pas aux seuls astrologues; le fait est qu’ aucun progrès ne semble alors avoir été accompli depuis les Grecs au niveau de la science politique.
A l’issue du XXVe et dernier chapitre, Duret annonce (pp. 539 - 540) une suite qui ne semble pas avoir été publiée si tant est qu’elle ait été rédigée et qui comprendrait notamment les “moyens & aides pour garder & conserver longuement & heureusement les Estats d’icelles Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques.”
Claude Duret, en s’adressant ainsi au Roi de France et de Navarre, nous fait penser à Nicolas Oresme (1325 - 1382), évêque de Lisieux, conseillant Charles V et l’engageant déjà, deux siècles plus tôt, à se méfier de l’astrologie. Mais, en 1682, Pierre Bayle fera-t-il autre chose à l’endroit de Louis XIV ?9
En effet, la Lettre - anonyme - sur la comète, adressée par un Catholique prétendu - étrange subterfuge - à un Docteur de Sorbonne, qui changera son nom, quand l’ouvrage paraîtra sous le nom du réformé Pierre Bayle, en Pensées Diverses sur la comète, s’achève sur une mise en garde au roi, l’engageant à ne pas se lancer dans une nouvelle guerre, en ne tentant pas la fortune, toujours incertaine. Situation paradoxale que celle de Bayle qui n’aura cessé, tout au long de son “traité des comètes” comme il le désigne, de montrer comment les hommes politiques se servent des astrologues pour manipuler les esprits et leur faire annoncer, au nom des astres, ce qu’eux-mêmes ont planifié et qui descend, lui-même, dans l'arène pour peser sur la politique de la France, au nom de l’incertitude de toute prévision, quel qu’en soit le fondement, astrologique ou non.
“La prévision de l’avenir, conclue Bayle, n’est pas plus facile à l’astrologue qui observe les prétendues règles de l’art qu’à celui qui ne les observe pas (...) En conséquence de la mauvaise qualité des règles de l’astrologie, l’on vous soutiendra que si un astrologue prédit quelquefois la vérité, c’est ou par hasard ou par le moyen de quelque passion qu’il inspire ou parce qu’il a suivi des conjectures indépendantes de ses règles & fondées sur la condition et sur la profession du sujet dont il dressait l’horoscope.”
L’enseignement de la “Continuation aux Pensées Diverses” (1705)
Vingt ans après les Pensées Diverses, l’on bascule vers le XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion pour Bayle de faire, dans des Continuations, le bilan du siècle qui s’est achevé, comme c’est souvent le cas. Et Bayle, de faire dire à son interlocuteur imaginaire, que l’astrologie n’a pas été “ruinée” par les attaques qu’elle eut à subir tout au long du siècle écoulé. Bayle fait même demander par son interlocuteur si entre temps son attitude à l’égard de l’astrologie n’a pas évolué favorablement, ce qui est assez significatif d’un sentiment des contemporains selon lequel l’astrologie aurait été peu ou prou réhabilitée et remonterait la pente.
“S’il était facile, dites-vous, de faire voir la vanité & l’absurdité de l’astrologie judiciaire, le monde en serait pleinement désabusé depuis que les philosophes du XVIIe siècle ont combattu les vieilles erreurs, avec un succès admirable. Mais tout le mal qu’ils ont pu faire à l’astrologie (est) une diminution de son crédit, elle se maintient encore, elle a des sectateurs considérables.”
Le nouveau siècle ne commence nullement dans l’idée que l’astrologie a fini par être éradiquée. Et Bayle de citer notamment le cas d’Eustache Lenoble et c’est d’ailleurs grâce aux Continuations de 1704, peu avant sa mort en 1706, que nous avons exhumé son oeuvre astrologique, les Tableaux des Philosophes ou l’Uranie10
“On sait, déclare Bayle, que Mr Lenoble n’est point bigot ou superstitieux ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment de l’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matière (...) qu’il connaît l’ancienne et la nouvelle philosophie. Cependant, il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il a adopté toutes les chimères des astrologues mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les événements contingents. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi & il s’attache avec soin à maintenir le crédit de l’Astrologie judiciaire. Son ouvrage fut imprimé à Paris, l’an 1697.”
Et de Bayle de noter aussi avec une certaine pointe d’amertume :
“Personne n’ignore combien les sciences & notamment la philosophie fleurissent en Angleterre, néanmoins l’astrologie n’y manque pas de sectateurs & de protecteurs. Témoin le livre imprimé à Londres l’an 1690 sous le titre de Astrometeorologia sana.”
Comme quoi, en cette fin du XVIIe siècle et en ce début du XVIIIe siècle, l’astrologie n’est pas (encore) exclue de sociétés et de cultures par ailleurs réputées pour leur avancement intellectuel. Mais force est de constater que des travaux d’envergure et dus à des auteurs réputés, visant directement et exclusivement, l’astrologie, sur un mode critique, ne verront plus guère le jour après cette Continuation de 1705.
En fait, il faut comprendre la stratégie de Bayle, à la lumière de nos propos introductifs : d’une part, il y a le dossier de l’astrologie traditionnelle, qui fait partie du paysage culturel populaire et qu’il faut appréhender comme on le fait de croyances, de superstitions, dont le succès tient à l’entregent, au savoir-faire, de l’astrologue plus qu’à la validité de la science dont il prétend se revendiquer. Bayle juge bon de ne pas s’attaquer de front à cette astrologie là dont il convient qu’elle persiste dans un certain crédit qu’on veut bien lui accorder et puis, d’autre part, il y a , reprenant le dossier constitué, un siècle plus tôt, par Duret, ces lois, qui ont le mérite de la clarté, quant à leur formulation et qui peuvent donc être infirmées, qui méritent qu’on les examine avec quelque attention, ce qui ne saurait être le cas de cette Tradition à laquelle un Gassendi a bien voulu s’atteler.
Bayle, faisant, en 1705, le bilan de la nouvelle astronomie - celle d’un Edmund Halley - pressent la fin de l’astrologie cométique dès lors que la course des comètes aura été décryptée et qu’elle n'appartiendra plus au registre des miracles.
“Apparemment, (les comètes) ont une durée constante & peut-être aussi un cours régulier”. Voilà, constate Bayle, un argument dont son maître Calvin, dans son Discours sur l’astrologie Judiciaire (1549), ne disposait pas encore au milieu du XVIe siècle.
Coup fatal porté contre les comètes comme expression de la divine providence et qui allait entraîner l’astrologie dans sa chute, ce qui tend à montrer que la science en banalisant le phénomène des comètes tranchait le lien qui unissait encore la religion et les corps célestes. Mais c’est aussi le lien entre Histoire et corps célestes que la nouvelle science des comètes va définitivement ébranler car ne peut-on penser que les historiens n’ont pas longtemps fait preuve d’une certaine indulgence envers une astrologie, une astro-histoire, dont on pouvait à terme espérer qu’elle viendrait leur apporter une certaine assise astronomique sinon astrologique ? Par ailleurs, quand Bayle traite de la proportion de malheurs correspondant ou non au passage d’une comète, est-ce qu’il ne met pas aussi le doigt sur le caractère terriblement schématique servant à ses contemporains - qui ne disposent guère d’un meilleur modèle fourni par les historiens - pour qualifier les événements ? Et quand Bayle écrit que bien des événements étaient prévisibles, comme pour cette année 1618, qui serait le début d’une “Guerre de Trente Ans”, est-ce qu’il ne souligne pas, ipso facto, le fait que l’on n’a pas besoin d’être un grand astrologue ni d’ailleurs un grand historien pour l’avoir prévu ? Est-ce qu’en définitive, semble demander Bayle, dans l’introduction de ses Pensées Diverses, donnant le coup de pied de l’âne, l’historien ne véhicule pas aussi les erreurs populaires avec quelque complaisance / complicité, toujours désespérément en quête d’une rationalité qui aura trop longtemps fait le jeu de l’astrologie, sous ses différentes facettes ? Double procès donc contre l’Histoire : elle véhicule et perpétue des savoirs révolus et, par ailleurs, elle justifie leur permanence par ses prétentions explicatives qui l’exposent aux solutions les plus chimériques. Et dans les deux cas, l’astrologie profite de tels errements.
Jacques Halbronn
Paris, le 26 septembre 2003
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Notes
1 Cf. notre étude “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site du Cura.free.fr. Retour
2 Sur le concept d’astro-histoire, voire notre étude sur le Site du Cura.free.fr, “De l’astrologie à l’astro-histoire”. Retour
3 Cf. Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2000, pp. 287 - 288. Retour
4 Cf. BNF, R 24399. Retour
5 Cf. M. Chomarat, Bibliographie Nostradamus, Baden Baden, 1989, pp. 95 - 97. Retour
6 Cf. notre étude sur “le caractère et la carrière posthumes des Centuries”, Site Ram-kat.free.fr. Retour
7 Cf. pp. 395-396. Sur ces auteurs, voir notre Texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du septentrion, 2002. Retour
8 Cf. Discours, chapitre IV, p. 69. Retour
9 Sur le rapport de Bayle au prophétisme, voir notre étude in Le texte prophétique en France, Ville-neuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002. Retour
10 Cf. l’étude de P. Guinard, sur le Site du Cura.free.fr. Retour
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05 07 21
samedi 3 juillet 2021
Jacques Halbronnn Anthropocosmologie. Pour un tropicalisme sidéraliste. Contre Kepler
Anthropocosmologie. Un tropicalisme sidéraliste. Contre Kepler/
Par Jacques Halbronn
La théorie des ères précessionnelles pose une problématique anthropocosmologique en ce qu’elle conjugue, à sa façon, le Ciel et la Terre. On oublie trop souvent que le Zodiaque comporte une dimension « terrestre » donc anthropologique en ce qu’il s’articule, directement ou indirectement sur le cycle des saisons. Autrement dit, du point de vue de la seule astronomie, aucun balisage de l’écliptique ne fait sens sinon au regard d’un recours à un méta-langage.
L’étude de la position du « point vernal » est en ce sens tout à fait typique de l’approche que nous qualifions d’anthropocosmologique puisque cette donnée, comme son nom l’indique, renvoie à l’équinoxe de printemps ( d’où les « primevères ») dans l’hémisphère nord.
Selon nous, les astrologues antiques observaient à quelle étoile fixe correspondait le dit « point vernal » et c’est d’ailleurs ce qui les aura mis sur la voie de la précession des équinoxes dans la mesure où il leur importait de savoir , de déterminer à quelle étoile correspondait pour une période donnée le dit équinoxe de printemps.
Mais selon nous, une telle démarche devait sous tendre, en son temps, une astrologie planétaire et notamment saturnienne. En effet, Saturne coupe l’axe équinoxial et l’axe sosticial, alternativement, tous les 7 ans environ. (cf L’astrologie selon Saturne, Paris, Ed La Grande Conjonction, 1994 et 1995), ce qui correspond à la dialectique anthropocosmoloique. Dans l’Astrologie selon Saturne, nous avions axé notre recherche sur le seul passage de Saturne sur le point vernal (autour de 0° Bélier), tous les 30 ans environ.
En 1979 nous avions dirigé « Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau ». Paris, Albatros –Autre Monde. Un « collectif » de plus de 400 pages, à la suite d’un Colloque qui s’était tenu en septembre 1977 au Foyer International d’Accueil de Paris (FIAP) non loin de l’Hopital Sainte Anne et avec le recul, ce volume revêt une nouvelle dimension au prisme de l’anthropocosmologie de par sa dualité/dialectique intrinséque entre le monde des étoiles fixes et celui des saisons terrestres. Autrement dit, nous ne disposions pas à l’époque du « bon » paradigme pour valider le rapport Saisons-étoiles fixes. Au départ, nous accordâmes une importance structurante aux 4 étoiles fixes dites royales, ce qui évitait d’avoir à se soucier de quelque point vernal/axe équinoxial, que ce soit. Mais nos recherches consacrées à Jupiter et à Saturne nous auront permis de distinguer entre un cycle Saturnien axé sur le passage de Saturne sur les équinoxes et les solstices et un cycle jupitérien qui ne dépendait pas directement du cycle de la planéte au sens astronomique du terme mais de son cycle analogique, chronobiologique. Nous abordions le probléme au prisme d’un certain mimétisme, selon lequel le récepteur instrumentalisait le référentiel (cf La pensée astrologique, in L’Etrange Histoire de l’astrologie, Paris, Artefact, 1986) c’est à dite n’en dépendait que dans la mesure de ses besoins. Face au déterminisme cosmique saturnien nous posions la cyclologie jupitérienne de 12 ans, d’origine terrestre. Rappelons que le Zodiaque des constellations n’est que la projection du cycle saisonnier sur l’écliptique et la question des deux hémisphères est secondaire dès lors que l’on raisonne en termes d’axes équinoxiaux et solsticiaux, le printemps et l’automne étant équivalents tout comme l’été et l’Hiver.
La problématique de l’instrumentalisation sous- tend l’approche « symboliste » en ce sens que l’influence n’est plus propre à l’émetteur mais au récepteur lequel se programme ou est programmé en conséquence tout comme tel matériau servira au sculpteur par- delà la vocation initiale du dit matériau/ Cela renvoie à notre théologie à trois degrés : le dieu universel, le dieu créateur de notre Ciel et de notre Terre et le dieu jupitérien organisateur de la Cité, de la « Polis ». Depuis notre formulation de 1986, nous avons renoncé à la thèse d’une instrumentalisation du Ciel par notre Humanité et nous situons désormais la dite instrumentalisation anthropocosmologique au niveau du dieu « créateur de notre Ciel et de notre Terre », ne laissant à notre Humanité que le degré inférieur.
Dès lors, les tentatives astrologiques ne prenant pas en compte l’anthropocosmologie nous apparaissent comme caduques quand elles adoptent des positions aussi radicale et extrémes que celles d’un André Barbault lequel entend élaborer une astrologie « mondiale » sans la moindre référence au Zodiaque, au cycle saisonnier –sinon sur un plan purement logistique. Pour Barbault, le cycle astrologique serait déterminé par les aspects se formant entre planétes – suivant en cela l’astrologie de Kepler- et non par le passage d’une planéte sur tel ou tel point du Zodiaque. Autrement dit, les seules corrélations intéressant Barbault passent par la formation d’aspects et non par le passage de la planéte sur les axes équinoxiaux et/.ou solsticiaux. En cela, Barbault se démarquait de la théorie des Grandes Conjonctions (d’Albumasar entre autres) qui tenait le plus grand compte du changement de triplicité (Elément) dans les rencontres Jupiter- Saturne. On peut parler dans le cas de Barbault d’une astrologie « hors sol » qui nie la dimension terrestre de notre rapport au Cosmos. C ‘est ainsi que le cycle Saturne-Neptune, chez Barbault, est indifférent au fait que la conjonction se produise dans tel ou tel signe et notamment en signe équinoxial (bélier- balance) ou en signe solsticial (cancer-capricorne), ce qui ne peut que fragiliser ses analyses en ce que celles-ci ne disposent pas d’un dispositif duel nécessaire à toute forme de cyclicité. C’est ainsi que Barbault et ceux qui le suivent se révélent incapables de distinguer entre la conjonction Saturne Neptune de 1989 et celles qui ont suivi ou vont suivre. Or, que peut valoir une prévision qui ne propose pas des cas de figure opposés en alternance ? On a pu croire que Barbault avait touché juste en 1989 mais cela n’aura tenu qu’à une coincidence entre la formation de la conjonction Saturne-Neptune et le passage de Saturne sur les axes équinoxiaux et solsticiaux, comme on peut le vérifier dans les éphémérides.
En définitive, on a tort d’opposer sidéralisme et tropicalisme., l’un ne se concevant pas sans l’autre et c’est pourquoi nous proposons de parler d’un tropicalisme sidéraliste, ce qui est bien résumé dans l’étude du point vernal dans la théorie des ères précessionnelles. Ce point vernal correspond à la dimension « terrestre » alors que les étoiles correspondent à la dimension « cosmique », les planétes étant l’interface entre ces deux plans sur la base d’une structure ternaire. Barbault dès les années 40 du siècle dernier (cf son Astrologie Météorologique, ed. Niclaus, 1945), avait décidé de jouer la carte de l’alliance unilatérale avec l’astronomie, en faisant allégeance au tout astronomique, excluant tout ce qui relevait de notre monde terrestre. Barbault restera sur cette base tout au long de sa carrière, y compris avec l’indice cyclique (Les astres et l’Histoire. Ed Pauvert, 1967) qui se contente d’étudier les aspects se formant au sein d’un bouquet de cinq planétes « lentes », ce qui d’ailleurs ne fait guère sens pour l’astronomie puisqu’il s’agit d’une cyclicité artificielle n’offrant de surcroit aucun caractère de récurrence comme c’est le cas pour le cycle d’une planéte seule dont la révolution est constante.
Barbault sera parvenu à imposer la thèse selon laquelle la notion astrologique de « cycle planétaire » implique la combinatoire de deux corps célestes relevant de notre systéme solaire, évacuant ainsi ipso facto et les étoiles fixes et le cycle saisonnier. Comme le résume Yves Lenoble.
« André Barbault étudie non seulement les conjonctions mais également les oppositions, ainsi que deux aspects positifs (les sextiles et les trigones) et trois aspects négatifs (les carrés, les semi-carrés et les sesqui-carrés), ce qui multiplie par six le nombre de périodes à analyser. »( La Découverte de l’Astrologie Mondiale par les cycles Correspondances des cycles avec les grandes étapes historiques mondiales). Ce faisant, c’est la victoire de Johannnes Kepler, à 4 siècle de distance lequel ne jurait que par les aspects. (cf Richard Pellard, « La notion d’aspect chez Kepler au XVIIe siècle »
JHB
03 07 21
Jacques Halbronn La fabrication du "Nostradamus bis" au prisme des "Présages de Nostradamus" dans l'édition de B. Chevignard. Paris, Seuil, 1999
La fabrication du Nostradamus bis au prisme des 'Présages de Nostradamus' dans l' édition de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999
Par Jacques Halbronn
L'édition de Bernard Chevignard autour du Recueil des Présages Prosaïques nous inspire un certain nombre de réflexions quant à la fabrication du corpus centurique telle qu'elle a existé à partir de la fin des années 1580 à partir de pièces « non centuriques »- ce que nous appelons le Nostradamus premier- produites à partir des années 1550. Ce travail vient compléter notre récente étude autour de « Nostradamus et l'Antéchrist » (cf notre site NOFIM unblog.fr) et du rôle d'Antoine Crespin dans le processus d'élaboration du « Nostradamus bis ».
I Les épitres à Henri II
Chevignard commente ainsi un texte du Reccueil (p. 283) ainsi intitulé « D'un autre présage sur la mesme année (1557) qui ne se trouve point, dédié à Sa Magesté du Roy Tres Chrestien. Passages sigillez: et calomniez par un de des haineux de l'auteur pour ne les avoir point entendus et retirez d'un sien livre imprimé à Paris 1558. » Chevignard identifie correctement l'ouvrage de Nostradamus dont il s'agit, à savoir les Présages Merveilleux pour 1557, dont Ruzo avait fourni des reproductions dans son Testament de Nostradamus (Ed du Rocher, 1982) que nous avons reproduit intégralement en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Prophetica Judaica Aleph, Ed Ramkat) Chevignard explique que Chavigny s'est servi d'une attaque contre Nostradamus , le Monstre d'Abus (noter l'anagramme approximatif par rapport à Nostradamus) de Jean de La Daguenière (cf Benazra, RCN , pp. 33 et seq) qui reprend des termes de la dite Epitre à Henri II de 1556. On peut penser que la dite Epitre aura servi à fabriquer une nouvelle Epitre à Henri II cette fois datée de 1558. (cf notre étude sur la fabrication de la nouvelle Préface à César , dans le cadre de l'entreprise « Nostradamus bis », à partir des Prophéties d'Antoine Couillard, 1556)
II Les quatrains présages
Certaines éditions du « premier » volet des Centuries utilisent des quatrains des almanachs.(cf Benazra, RCN, pp. 118 et seq) : Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n'ont encores esté imprimées lesquelles sont en ceste présente édition..Reveues & additionnées pour l'Autheur pour l'an mil cinq cens soixante & un de 39 articles à la dernière centurie »
« Prophéties de M. Nostradamus adioustées nouvellement . Centurie septiesme : 12 quatrains n° 72 à 83. Benazra note « Dans cette centurie, on a inséré 12 quatrains qui n'en ont jamais fait partie (qui) devaient être publiés comme présages pour l'almanach pour 1561. Nous ignorons pourquoi ils furent supprimés de l'almanach imprimé par Barbe Regnault et intégrés dans l'édition 1561 des Centuries »
Cette formule « dernière centurie » montre bien que le projet devait s'arrêter à six centuries, complétée par une annexe greffée sur la dite « dernière centurie ». et qui deviendra une « septième centurie »
Or,n'est ce pas dans le Recueil de Présages Prosaiques édité par Jean Aimé de Chavigny, que l'on aura puisé pour constituer ce supplément si ce n'est que cette solution sera par la suite repoussée et que l'on aura préféré fabriquer une série de faux nouveaux quatrains au lieu et place des dits « présages » authentiques.
III Les Significations de l'Eclipse pour 1559
Chevignard reproduit en annexe de son édition du Recueil les Significations de l'Eclipse qui sera le 16. Septembre 1559 etc, Paris, Guillaume Le Noir.(cf dans le Recueil, Chevignard, pp. 376 et seq).
Ces Significations constituent une pièce majeure en faveur d'une édition des Centuries ayant eu lieu dans la décennie 1550. Elle appartient à une série de rééditions ayant eu lieu dans les années 1905- 1906.Voilà le passage « centurique » contenu dans ces Significations s'ouvrant par une Epitre à Jacobo Marasalla, Evêque de Viviers et vice légat d'Avignon, en date du Ier mai 1557, de Salon.
'Comme plus amplement est déclaré à l' interprétation de la seconde centurie de mes Prophéties » (Ed Chevignard, p ; 455)
Or, le test de la vignette de couverture nous enseigne que la vignette ornant les dites Significations était réservée aux seules Pronostications et d'ailleurs Chevignard reproduit la Pronostication pour 1558 avec cette même vignette.(p ; 419), . Cette errreur de vignette concerne notamment les fausses éditions de 1555 et 1557 lesquels se servent d'une vignette propre aux éditions « pirates » des almanachs de Nostradamus (cf RCN pp ; 58-59. On la trouve en page de titre du RCN) alors que seules les Pronostications de Nostradamus bénéficient d'une telle vignette agrémentée d'un bandeau zodiacal avec le nom « M. De Nostradame » en écusson.D'ailleurs, les deux ouvrages reproduits par Chevignard -Pronostication 1558 et Significations 1559) sont tous deux indiqués comme parus chez le même libraire parisien, Guillaume Le Noir et l'on peut penser que la fausse édition des Significations aura été réalisée à partir de la dite Pronostication de 1558, conservée à La Haye à moins que cela ne l'ait été à partir de la Grande Pronostication pour 1557 chez un autre libraire parisien J. Kerver également sis rue Saint Jacques. Or, nos reproductions ( in Documents Inexploités, 2002, pp 189 et seq) montrent que le dit Kerver réservait la dite vignette à la seule Pronostication, celle ci ne servant ni pour l'almanach ni pour les Présages Merveilleux pour l557
En fait, ces Significations visent l'année 1605, date qui figure juste avant la référence centurique. Or, cette année 1605 est celle des Prédictions admirables, recueilles des Mémoires de feu M. Michel Nostradamus (..) par Vincent Séve de Beaucaire en Languedoc dès le 19 mars 1605 au Chateau de Chantilly (cf RCN, pp. 160 et seq,) ce qui introduit un lot de 58 sixains, œuvre de Morgard (cf nos Documents Inexploités), laquelle œuvre aura été intégrée dans le corpus centurique à l'instar de celle d'un Antoine Crespin.
JHB
03 07 21
Ci-dessous une étude de notre plume datant de 2003, donc juste après nos » Documents Inexploités « de 2002 sur Espace Nostradamus
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ANALYSE
38
La fortune des emprunts à Leovitius
dans les deux épîtres nostradamiques datées de 1558
par Jacques Halbronn
Deux épîtres sont supposées avoir été rédigées en 1558, celle dédiée à Henri II, en date du 26 juin et figurant en tête des Centuries VIII - X de la plupart des éditions des Centuries et celle adressée à Jacob Marrasala, évêque de Viviers, vice légat d’Avignon, en date du 14 Août, qui parut sous le titre de Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559 etc, Paris, Guillaume le Noir.1 Torné Chavigny a signalé, en son temps, dans une lettre manuscrite, parue ultérieurement dans une précédente édition en fac-similé des Signfications - et qu’utilise d’ailleurs B. Chevignard qui reproduit la dite lettre par la même occasion - l’emprunt à l’Eclipsium de Leovitius. Nous reprendrons pour ce faire un passage de notre TPF2, en y ajoutant d’autres éléments signalés par Théo Van Berkel.
I - L’Eclipsium et les Significations de l’éclipse
Après avoir lu notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Théo Van Berkel3 nous manifestait ainsi sa surprise voire son embarras (nous avons parfois amendé son français) à propos de notre renvoi à l’Eclipsium omnium ab anno Domini 1554 usque in annum Domini 1606 accurata descriptio & pictura ad meridianum Augustanum ita supputata.4
“J’ai lu dans votre livre ce qui concerne les Significations de l’Eclipse 1559. A la page 29, il y a un renvoi à Mars à 7.32 Sagittaire. Si je comprends bien, c’est un renvoi a l’Eclipsium de Leovitius. Parce que dans les Significations, je ne peux pas trouver un tel renvoi.
J’ai fait le calcul du thème de l’Eclipse, c’est-à-dire le 16 septembre 1559, 17:01:08 GMT à Salon-de-Provence. Voici les longitudes zodiacales (système Regiomontanus) :
* Soleil : 2:42:03 Libra
* Lune : 2:42:03 Aries
* Mercure : 24:40:39 Libra
* Vénus : 18:30:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturne : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 25:25:46 Sagittarius
* XI : 12:18:45 Capricornus
* XII : 6:22:09 Aquarius
* Ascendant : 20:45:18 Pisces
* II : 10:07:14 Taurus
* III: 7:43:07 Gemini
Selon la publication du texte repris dans les Présages de Nostradamus par Chevignard, on trouve :
* Mars se trouve au milieu du ciel (p. 448) : cf. MC 25:25:46 Sagittarius, Mars 5:25:48 Capricornus
* Le carré avec la queue du Dragon (p. 448) : cf. Mars 5:25:48 Capricornus, Queue du Dragon (Cauda Draconis) 0:15:43 Libra
En conséquence, que Mars soit dominateur de l’Eclipse, dans la VIIIe maison, non loin d’Antarès (p. 451) n’est pas possible, c’est Vénus en Scorpio qui est dans la VIIIe maison, Antarès se trouve au 2:47:57 Sagittarius. Le Soleil se trouve en Libra, gouverné par Venus.
* Une opposition de Saturne (p. 452) : Saturne opposé à Antarès, cf. Saturne 6:36:16 Gemini rétrograde, Antarès 2:47:57 Sagittarius
*Un aspect de trigone de Jupiter à Vénus (p. 455) : cf. Jupiter 10:31:00 Pisces rétrograde, Vénus 18:30:38 Scorpio.
Je ne comprends donc pas qu’il puisse être question d’une longitude zodiacale de Mars en Sagittarius, ni le renvoi au 7:32 Sagittarius (sauf : environ 1840 la longitude zodiacale d’Antarès était environ 7:30 Sagittarius). Ensuite, je ne vois pas un Ascendant en Aries / Bélier (cf. votre livre, p. 29). Selon mes calculs, l’Ascendant de l’Eclipse se trouve en Pisces. Mais peut-être le moment de l’Eclipse était-il plus tard, vers 17:20 GMT.
Je suis bien curieux de connaître l’explication des mentions de Mars en Sagittaire et de l’Ascendant en Aries. Selon mes calculs, Mars se trouvait en Sagittarius entre le 12 février 1559 et le 9 septembre 1559 environ, sa longitude zodiacale à 7:32 Sagittarius autour du 4 mars 1559. En 1560, Mars ne se trouvait pas en Sagittarius.”
Nous signalâmes à M. Van Berkel que l’Eclipsium était calculé selon le méridien d’Augsbourg, en Bavière (Allemagne) et non celui de Salon de Provence. Théo Van Berkel poursuivait alors, cette fois en anglais, dans une autre correspondance :
“Since I did not have any knowledge about Leoviticus, I made a horoscope of this Eclipse for the Greenwich Mean Time of the Full Moon for Salon-de-Provence. Taking your remarks at heart, I made a new horoscope, this time for Augsburg, using the AstroScoop Plus software. In order to intercept a wrong date (Julian calendar vs. Gregorian calender).
I calculated a second horoscope, with the Tuckerman Ephemeris 2-1649 AD and the Regiomontanus tables of houses, compiled by André Barbault.
Here are the results :
* Sun : 2:42:03 Libra
* Moon : 2:42:03 Aries
* Mercury : 24:40:39 Libra
* Venus : 18:13:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturn : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 0:45:01 Capricornus
* 11 : 15:57:27 Capricornus
* 12 : 10:12:50 Aquarius
* Asc : 1:44:45 Aries
* 2 : 22:04:39 Taurus
* 3 : 15:40:44 Gemini
Mars is in Capricorn in 10, conjunct the MC, and not in 8 in Sagittarius conjunct Antares. In fact, there is not one planet in the 8th house ! Both Mercury and Venus are located in the 7th house. But if in the Eclipsium this chart was calculated with equal houses, then Venus would be in the 8th house, no matter counting from the Asc or from the MC. The matter seems a little bit more complicated when one wants to draw conclusions. In the publication by Chevignard, it reads on p. 448 : Mars se trouve au milieu du ciel. According to me, this means that Mars is in the midst of heaven, which can be translated as in the 10th house. This is according to present-day software. Next, on the same page, a square aspect between Mars and the Dragon’s tail is mentioned. This is also according to present-day software, since according to this software Mars is located on the 6th degree of Capricornus and the Dragon’s tail on the 1st degree of Libra. When Mars would be located on the 8th degree of Sagittarius (7:32), a square would simply be impossible !”
Grâce à M. Van Berkel, nous allons mieux comprendre la façon dont on a compilé - c’est le mot - les Significations de l’Eclipse attendue pour le 16 septembre 1559, selon le calendrier julien. Manifestement, l’Eclipsium de Leovitius comporte une erreur en ce qui concerne la position de Mars au début du Sagittaire et celui-ci ne sera donc pas conjoint avec l’étoile fixe Antarès. Dès lors, la prédiction de Leovitius ne se justifie plus, le maître de l’ascendant Bélier n’étant plus en VIII et plus à proximité d’Antarès.
Ci-dessous les positions fautives de la Constitutio syderum pour l’Eclipse du 16 sep-tembre 1559, reprise de l’Eclipsium:
MC : 1.16 Capricorne
XI : 16.38 Capricorne
XII :11.16 Verseau
Asc : 2.59 Bélier
II : 22.38 Taureau
III : 16.8 Gémeaux
IV : 1.16 Cancer etc
Soleil : 1.36 Balance
Lune : 2.37 Bélier
Mercure : 21.4 Balance
Venus : 17.47 Scorpion
Mars : 7. 32 Sagittaire
Jupiter : 10.54 Poissons
Saturne : 9.15 Gémeaux
Tête du dragon (Caput Draconis) : 0.14 bélier
Le décalage avec les positions indiquées par Théo Van Berkel coïncident toutes, à peu de chose près, sauf en ce qui concerne Mars. Or, c’est justement sur la position de Mars que repose toute l’interprétation relative à la mort d’un roi. Les Grandes Ephémérides, (tome 1, Paris, Trédaniel, s. d.) de Gabriel donnent également Mars au début du Capricorne pour le 16 septembre 1559.
Mais de cela, ceux qui composèrent les Significations de l’Eclipse de 1559 ne s’en rendirent pas compte ! Il n’allèrent pas étudier la page fournissant les positions plané-taires mais se contentèrent d’en recopier, à un autre endroit de l’Eclipsium, son interprétation qui ne précise pas la position de Mars dans le zodiaque et crurent que cette interprétation correspondait - ce que l’on pouvait, en effet, raisonnablement supposer, au thème de l’éclipse qu’ils dressèrent par ailleurs.
Ils citèrent donc, sans état d’âme, le passage concerné, que nous avons reproduit en fac-similé dans nos Documents Inexploités (p. 29) : “Mars principal dominateur de l’éclipse occupant la 8. Maison non esloignée d’Antare etc”, mais par ailleurs, ils calculèrent bel et bien les positions correspondant à l’éclipse et cette fois sans passer par l’Eclipsium de Leovitius, sans se rendre compte que ces différentes données n’étaient pas compatibles entre elles, ce qui nous conduit à penser que leurs connaissances astrologiques sinon astronomiques étaient assez médiocres et l’on peut se demander si Michel de Nostredame aurait pu commettre une pareille bévue, à savoir ne pas constater que le pronostic de Leovitius s’appuyait sur des données fausses. Le plus grave reste d’avoir écrit que Mars était maître de l’ascendant et de placer, ailleurs, celui-ci en Poissons alors que cela n’était possible que si l’ascendant était en Bélier. Or, pour Salon de Provence, al’scendant était en Poissons et pour Augsbourg, il était en Bélier, le signe suivant.
Folios A2v et A4r des Significations de l'éclipse
Dans un cas, Mars est Maison VIII
et dans le second cas, il est au Milieu du Ciel, donc en Maison X !
Van Berkel conclut - à la suite de notre mise au point - au sujet du rapport avec l’annonce de la mort du roi :
“As far as I have insight in this matter, I think that the horoscope was presented correctly on p. 448 of the reprint by Chevignard, and the remark about Mars and Antares is simply wrong. This does not change the impact it had in those days regarding astrological correspondences with the death of Henry II, but the fundaments don’t sustain such a prediction. On the contrary, they weaken it.”
En vérité, l’important était que le lecteur pensât que Michel de Nostredame avait pu annoncer en 1558 la mort du roi. Il se trouvait que, par hasard, l’Eclipsium, paru avant le décès, comportait bel et bien un tel pronostic, encore que fondé sur une erreur de lecture des éphémérides. Il était tentant d’en attribuer le mérite à Michel de Nostredame mais la confrontation même des différentes parties des Significations aurait pu conduire le lecteur attentif à une certaine perplexité. On notera que B. Chevignard ne signale pas cette incongruité astronomico-astrologique dans ses notes relatives aux Significations.
Nous ajouterons qu’il nous semble intéressant de souligner le rôle des étoiles fixes et notamment d’Antarès dans l’interprétation astrologique dans la seconde moitié du XVIe siècle.5
L'Eclipsium de Leovitius
On notera dans l'horoscope la position de Mars
à 7° 32 Sagittaire en Maison VIII
II - L’Ephemeridum et l’Epître à Henri II
Tant l’Eclipsium que l’Ephemeridum de Leovitius, tous deux parus dans les années 1550, s’arrêtent à 1606.6 Si l’on en croit sa correspondance latine, Michel de Nostredame se servit de l’Ephemeridum : “Je me réjouis que vous ayez pris connaissance des éphémérides de Cyprian Leowitz”.7
Pourtant, Tubbe, correspondant régulier de Nostradamus, dans sa lettre précédente du 20 septembre 1560 (Lettre XVI) qu’il avait adressée à ce dernier, n’avait point fait pas allusion à ces Ephémérides, à moins que ne manque une de ses lettres qui aurait été écrite en octobre ou novembre 1560.8 Or, c’est précisément cette année 1606 qui sera en ligne de mire de l’Epître à Henri II, dans la version “Cahors” parue au début des années 1590 et l’on conçoit que le début du siècle suivant ait été alors en ligne de mire.
En revanche, il ne semble pas que l’année où s’arrête l’ouvrage ait revêtu a priori une importance particulière pour Leovitius, dans les années 1560. Tout se passe comme si ce qui initialement était aléatoire - des calculs d’astrologue à des fins essentiellement techniques - avait revêtu une signification beaucoup plus concrète, quelques décennies plus tard.
Le ton de Leovitius peut induire en erreur car il réutilise grosso modo de vingt ans en vingt ans les mêmes formules. A propos d’une éclipse annoncée pour 1605 : “C’est chose toute certaine que plusieurs siècles auparavant n’en a esté une plus grande & n’en sera possible une telle pour l’advenir.“9
En fait, Leovitius reste extrêmement vague, après une échéance apparemment jugée grave, on passe à l’attente de la suivante comme si la vie allait se poursuivre normalement. La conclusion du recueil est révélatrice : “J’ay discouru cette présente prognostication jusqu’à l’an 1607 (…) Ce faisant attendront le second advenement du Fils de Dieu qui semble estre fort prochain”10 et d’entrer dans des considérations extra-astrologiques : fin du règne de Mahomet qui pourrait avoir lieu au bout de 1000 ans, donc dans le cours du XVIIe siècle, fin du monde au bout de 6000 ans mais qui peut être abrégée. Au fond à la façon d’un astronome conseillant d’observer telle éclipse puis telle autre, Leovitius signale des moments importants et si ce n’est pas l’un, ce sera le suivant de la série.11
La mention de l’an 1606 dans l’Epître à Henri II datée de 1558, doit être rapprochée des éphémérides de Stadius et de Leovitius qui toutes deux - sans parler de l’Eclipsium de ce dernier - aboutissent à l’an 1606. Il ne semble pas en effet qu’il s’agisse là de coïncidences : Leovitius, Eclipsium omnium ab anno domini 1554 usque in annum Domini 1606, et Ephemeridum novum.... ab anno Domini 1556 usque in 1606, Lauingen, 1557, BNF ; Stade, Ephemerides... .ab anno 1583 usque ad annum 1606, Lyon, S. Béraud et S. Michel, BNF, Res V 1138.
Dans le “Brief discours sur la vie de M. Michel de Nostre Dame” (in recueil Janus Gallicus), il est fait mention de l’ouvrage de Stadius comme livre de chevet :
“Me souvenant très bien, écrit le biographe, que sur la fin de Iuin ladite année (1566), il avoit escrit de sa main aux Ephémérides de Iean Stadius, ces mots latins, Hic prope mors est. C’est-à-dire, icy proche est ma mort.”
On connaît par ailleurs, en français, des Prognostications et Advertissemens laissés par défunt Jean Stadius (...) déclarant les admirables significations de la grande Conjonction des planètes, laquelle s’est faite l’année 1583 continuant ses effets d’an en an jusques en l’an 1606, Lyon, Jacques Pons, Bib. Méjanes, Aix, Res D 56. Mais l’on s’aperçoit que les dates abordées correspondent à celles des Ephémérides : 1583 - 1606.
L’on trouve dans l’Epître à Henri II une description complète de positions des diverses planètes dans le zodiaque, cette disposition s’avère justement être celle de 1606, absente de l’Epître de 1556.
Il est question de Saturne en Capricorne qui s’y trouvera du 7 avril au 25 août, ce qui signifie qu’il passera du signe du Sagittaire dans celui du Capricorne puis “rétrogradera” dans le Sagittaire. Quant à Jupiter, il passera du Capricorne au Verseau, signe dans lequel il restera du 14 juin au 7 octobre. Voilà pour les planètes “hautes”. Il convient probablement d’étudier Leovitius et ses tables pour comprendre les allusions de ce texte. La position des planètes ne correspond en tout cas pas à l’an 1585 selon les éphémérides actuelles.12
“Seront trois régions (...) c’est à savoir la Romanie, la Germanie, l’Espagne qui seront diverses sectes par main militaire délaissant le 50 et 52 degrés de hauteur et seront tous hommages des religions (sic) lointaines aux régions de l’Europe et de Septentrion de 48 degrés de hauteur (...) Et sera au mois d’Octobre que quelque grande translation sera faite (...) Saturne qui tournera entrer à 7 du mois d’Avril jusques au 25 d’Août, Jupiter à 14 de Juin jusques au 7 Octobre, Mars depuis le 17 Avril jusques au 22 de Juin. Saturne en Capricorne, Jupiter en Aquarius (Verseau), Mars en Scorpio, Vénus en Pisces (Poissons), Mercure dans un mois en Capricorne, Aquarius et Pisces, la Lune en Aquarius, la tête du Dragon en Libra (Balance), la queue à son signe opposite. Suivant13 une conjonction de Jupiter à Mercure, avec un quadrin aspect (carré) de Mars à Mercure et la tête du Dragon sera avec une conjonction du Soleil à Jupiter l’année (sic) sera pacifique sans éclipse et non du tout et sera le commencement comprenant se de ce que durera et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chré-tienne.”
Avec quelle exactitude le pseudo-Nostradamus14 a-t-il recopié les données fournies dans les tables de Leovitius ? En fait, avec une minutie qui nous semble de peu d’intérêt a priori mais qui soulignerait l’attention extrême qu’il accordait à l’an 1606.15 Mais est-ce même certain ? Ne pourrait-il s’agir d’une précision factice, d’un remplissage astronomique ?
Toujours est-il que ce faisant, le pseudo-Nostradamus nous donne la clef de sa mé-thode, assez vainement semble-t-il, puisqu’il n’a pas été entendu. Screech, dans son édition critique16 de la Pantagruéline Pronostication de Rabelais a raison de souligner ce que ces textes annuels doivent à des recueils d’éphémérides comme celui de Johannes Stoeffler17 qui sont purement et simplement recopiés par les faiseurs d’almanachs.
Lorsque l’on considère l’Ephemeridum de Leovitius pour le mois de janvier 1606, le texte du pseudo-Nostradamus prend son sens. Celui-ci signale d’abord les signes dans lesquels se trouvent les planètes au 1er janvier 1606, puis les rétrogradations de ces planètes durant l’année 160618, puis les aspects qu’auront ces planètes dans les premières semaines de l’année 1606, ceux-ci étant indiqués sur des tableaux de Leowitz et n’exigeant aucun calcul. Les 3 - 4 janvier, la Lune rejoint la Queue du Dragon à 22 h 19, Mercure est conjoint à Jupiter à 21 h 40 et Mercure en carré avec Mars à 5 h 16. Les 7 - 8 janvier, Mars est carré à Jupiter à 16h 00. Les 17 - 18 janvier, la Lune rejoint la Tête du Dragon à 10 h 01 tandis que le Soleil est conjoint à Jupiter à 3 h 35.19
Par ailleurs, l’Eclipsium comporte un tableau de correspondances : De regionibus ac civitatibus duodecim Zodiaci subjectis20 et qui permettait au lecteur de déterminer dans quels pays une influence planétaire s’exercerait selon le signe zodiacalJ où l’astre se trouverait, à telle date.
Enfin, le ton de l’Epître à Henri II prend une tournure de pronostication annuelle juste à la suite de cet “horoscope” pour 1606 : “L’année sera pacifique sans éclipse et non du tout, et sera le commencement comprenant se(sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que na esté faicte en Affrique et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation de siecle.”
L’annonce de l’an 1792 est précisément liée à cette description astronomique de 1606 qui apparaît comme le commencement d’une période amenée à durer, selon le rédacteur de cette addition, 186 ans, retrouvant, du moins sur le plan chronologique, le schéma alliacien, transmis par Turrel et Roussat. En réalité, 1792 n’apparaît plus ici que comme la fin d’une période qui commence dès le début du dix-septième siècle. Il semble que les commentateurs n’aient guère remarqué ce point.
Nous étudierons plus loin le climat de ce début du XVIIe siècle : dès 1607, Michel Losta rendait compte, dans un texte adressé au Roi, de la rumeur de la naissance de l’Antéchrist qui serait survenue en 1606, sur la base d’informations en provenance de Malte in L’Harmonie des accords du soldat françois & de ses contredisans.21 Notons par ailleurs, l’insistance sur l’Antéchrist dans l’Epître à Henri II. Quelques lignes en dessous de la mention de 1792, nous lisons : “Et dans iceluy temps (...) la puissance infernalle mettra à l’encontre de l’Eglise de Iesus la puissance des adversaires de sa loy, qui sera le second Antechrist lequel persecutera icelle Eglise et son vray Vicaire (...) Le susdict regne de l’Antechrist ne durera que iusques au definement de ce nay pres de l’aage etc.”
L’Epître centurique à Henri II, telle qu’elle nous est parvenue, nous semble donc nettement marquée par un climat assez caractéristique du début du XVIIe siècle. La mention de 1792 pourrait ne pas avoir figuré dans l’épître au roi, signalée par Crespin.
En fait, si Nostradamus avait mentionné à l’époque de la parution des Contredits de Couillard (1560) cette date de 1792 telle qu’elle figure dans l’Epître à Henri II, le sieur du Pavillon, qui lui avait déjà consacré un ouvrage parodique en 1556, n’aurait pas manqué, selon nous, de le signaler.22 On a vu en effet que Couillard avait mentionné les prophéties pour l’an 1789, qui circulaient à l’époque.
Une substitution de date
Nous ne connaissons, rappelons-le, que la première et la dernière version de l’Epître à Henri II. Nous ignorons ce que fut l’Epître à Henri II, signalée par Crespin et probablement placée en tête des centuries posthumes.
Epître à Henri II :
“depuis le temps que Saturne qui tournera entrer à sept du mois d’avril iusques au 25 d’aoust, Iupiter à 14 de juin iusques au 7 octobre, Mars depuis le 17 d’avril iusques au 22 de may, Mercure depuis le 3 de février iusques au 24 dudit etc.”
On peut raisonnablement penser que dans l’épître de 1568 - si l’on veut ainsi dater la première version de l’épître remaniée - il devait exister une telle description de positions planétaires mais pour une autre année, peut être 1570. Or, une telle pratique est attestée dans la Pronostication de Seraphino Calbarsy pour 1542, étudiée par Screech :
“Mil CCCCXLII en laquelle sera Saturne depuis le Ier de mars usques au XX de juillet parfera sa rétrogradation. Jupiter dès le VII mars iusques au VI juillet sera moleste de rétrogradation. Mars dès le XXII may iusques au XXVI juillet rétrogradera. Vénus, dès le commencement de l’année iusques au XIII de janvier sera rétrograde. Mercure du XXVI de mars iusques au XVII d’apvril & dès le XX juillet jusques au XII d’Aoust & oultre ce que depuis le XIIII novembre jusques au IIII décembre rétrocédera.”
Laissons à nouveau la parole à Théo Van Berkel :
“Selon mes calculs et ceux de Christian Wöllner (op. cit.), il s’agit de l’an 1606, les longitudes zodiacales du 1 janvier 1606. Je suis curieux parce que cette date est selon le calendrier Julien, comme les dates de commencement et finir des rétrogradations. Si je ne me trompe pas, le calendrier grégorien fut introduit en France le 10 décembre 1582, devenu le 20 décembre 1582. Donc, le 1 janvier 1606 (Julien) est le 11 janvier 1606 (grégorien). Dans l’Epître centurique, par exemple : le 7 avril (date de commencement de la rétrogradation de Saturne) est une date selon le calendrier julien. Selon le calendrier grégorien, il s’agit de 17 avril (en réalité : de 16 avril). Je crois que la source des longitudes zodiacales, rétrogradations et aspects dans l’Epître centurique doit être situé avant 1582, l’an d’introduction du calendrier grégorien. Selon M. Hofstede (un chercheur hollandais) la source est Leovitius, “parce que dans son oeuvre on peut trouver les dates des périodes de rétrogradation, les longitudes du soleil (sic !!!), de la lune et les planètes comme l’absence des Eclipses ; il renvoie au 28 janvier 1606, la date de la première Nouvelle Lune.” Malheureusement, Hofstede ne donne pas son texte de sa source ; il est probable qu’il a lu tous ça dans Nostradamus Astrophile de P. Brind’amour. Trois remarques :
- 1. Dans l’Epître centurique, la longitude zodiacale du soleil n’est pas mentionnée.
- 2. La date de la Nouvelle Lune est une date en calendrier julien ; selon le calendrier grégorien, il s’agit du 7 février 1606 (donc : la seconde (!) Nouvelle Lune selon le calendrier grégorien).
- 3. Chaque année, il y a des éclipses : deux éclipses solaires et deux ou trois éclipses lunaires. En 1606, la Tête du Dragon (Caput Draconis) se trouvait en Aries et Pisces (la Queue du Dragon (Cauda Draconis) est située en Libra et Virgo), donc il n’y a pas des Eclipses en Leo (laquelle signe gouverne la France), donc une année de paix pour la France.”
En effet, l’Ephemeridum qui paraît dans les années 1550 ne pouvait avoir prévu la réforme grégorienne et par conséquent ceux qui s’en servirent, après 1582, se devaient d’effectuer les corrections.
Une Epître datant du début du règne
Parmi les variantes que l’on peut observer entre les diverses éditions des Vrayes Centuries et Prophéties et ce depuis 1649, date à laquelle ce titre apparaît, la plus remarquable ne semble pas avoir été signalée, à savoir la mention, au sein de l’Epistre à Henri II, de l’année 1547 au lieu de 1557 dans un nombre important d’éditions des Centuries au point qu’au XIXe siècle, plusieurs éditions des Prophéties comportent l’Epistre à Henri II avec la mention de l’an 1547.23
Il pourrait certes s’agir de quelque coquille mais la date du 14 Mars 1547 n’est pas indifférente, c’est à quelques jours près celle à la quelle Henri II succède à son père François Ier (mort le 31 mars 1546, soit avant Pâques, ancien style). C’est en ce dernier jour de mars 1547 où son père est à l’agonie, à Rambouillet, et qu’il lui transmet ses derniers conseils, que pour la première fois le Dauphin portera ce nom d’Henri Second.
La formule employée, rappelons le, est la suivante : “accommençant depuis le temps présent qui est le 14 de Mars 1547”. Pourquoi au demeurant, si l’on conserve la date du 14 Mars 1557 ce décalage entre le “temps présent” et la date du 27 juin 1558 ?
Nous pensons que cette référence est propre à la première édition remaniée de l’Epître à Henri II. Elle se réfère au début du règne pour indiquer peut être que Nostradamus avait rédigé celle-ci dès 1547, ce qui ne pouvait que rendre rétrospectivement ses prophéties encore plus remarquables.
Toujours est-il que les éditions du milieu du XVIIe siècle que nous avons privilégiées, celles des Vrayes Centuries et Prophéties portent cette date de 1547, ce qui devient ainsi un trait distinctif.
Il convient en outre de prendre en compte cette double date de 1547 / 1557 et de 1558 car nous retrouvons cette présentation chez Richard Roussat, en 1550, au Livre de l’Estat et mutation des temps, prouvant par authoritez de l’Escripture Saincte & par raisons astrologales la fin du Monde estre prochaine, Lyon, G. Rouillé, ouvrage dont Nostradamus paraît s’être servi, notamment à propos du cycle de 354, ans mais aussi en ce qui concerne “aulcuns quatrains” (pp. 120 et seq).
Roussat :
“Maintenant donc je dis que nous sommes en l’instant & approchons de la future renovation du Monde, ou de grandes alterations ou d’iceluy l’anichilation, environ deux cens quarante troys ans selon la commune supputation des hystoriographes, en prenant la date de la compilation de ce présent traicté, laquelle date est posée & escrite à la fin d’iceluy.” (p. 86)
In fine :
“terminé & fini le quinzième jour de Febvrier, l’an de grâce mil cinq cens quarante huict” (p.180)
Il convient donc d’ajouter 1548 à 243, ce qui donne 1791.
Comparons avec le texte de la deuxième Epître à Henri II :
“toutefois, esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, regions où la plupart adviendra mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606, accomençant depuis le temps présent qui est le 14 Mars 1547 / 57”
Mais Nostradamus ou tout autre rédacteur ne précise pas le nombre d’années à ajouter au “temps présent”, en revanche, il fournit un peu plus loin le total, sans que l’on comprenne très bien la coupure entre deux passages qui auraient normalement été consécutifs :
“et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle”.
Le chiffre qui manque ici est 1792 - 1547 = 245 ans alors que celui qui manquait chez Roussat était 1548 + 243 = 1791.
Chiffres extrêmement proches, on en conviendra. On peut évidemment prendre 1557 et le soustraire de 1792, ce qui donnera 235 ans. Le parallèle est d’autant plus net que la date de départ, dans les deux cas, est fournie dans tous ses détails, à la différence des autres données : 14 mars 1547 et 15 février 1548.24
A la façon du Période de Turrel qui fournit la date finale, 1789, l’Epistre annonce également, à peu de choses près, une telle date, 1792, mais néanmoins en introduisant des calculs qui évoquent ceux de Roussat, sans pour autant indiquer le nombre d’années à ajouter à la date de départ.
Un commentaire sous la Fronde
Vers 1651, François Davenne enrichit la galerie des nostradamistes les plus échevelés, il lui fait annoncer le départ de Louis XIV remplacé par lui- même. Il imagine Nostradamus commentant son Epître à Henri II, qu’il rend par Henri III à la lumière des événements du XVIIe siècle : “Lisez mon Epistre escrite à Henry troisiesme (sic), lui adressant mes centuries, vous verrez que j’ay prophétisé la rénovation, la descente du Saint Esprit & son combat contre le Royal, l’antéchrist & le mauvais chef de l’Eglise, laquelle avec le tremblement de terre & l’éclypse du Soleil va s’accomplir maintenant par la réforme de toutes classes” et le pseudo-Nostradamus d’affirmer avoir annoncé la fin du roi d’Angleterre (1649) sans nous fournir le passage concerné.25
Le rôle de la chronologie et l’influence de Pierre d’Ailly
Quelle est la raison des deux développements consacrés à la chronologie du monde depuis sa Création, que l’on trouve dans l’Epître à Henri II26 ? Il nous semble qu’il s’agit d’une référence assez nette à Pierre d’Ailly, l’auteur de deux Concordances, l’une de l’Astronomie et de la Théologie, et l’autre de l’Astronomie et de l’Histoire qui comporte la date de 1789. On a l’impression que le pseudo-Nostradamus veut parvenir à un heureux dosage entre computations astronomiques et datations historiques à la façon du Cardinal de Cambrai.27
Ailly justifie historiquement les dates astronomiques qu’il met en avant à moins que parfois il ne soit tenté de faire le contraire.
Il est d’autres auteurs qui ne s’occupent pas de rétrospectives historiques et spéculent uniquement sur la fréquence de certaines situations cosmiques dont ils supposent que cela doit entraîner des effets en conséquence.
Il en est enfin qui ne recourent pas aux astres mais disposent d’une argumentation chronologique. C’est ainsi que l’an 1656 serait important parce que 1656 ans après la Création du Monde, il y eut le Déluge. L’on compare deux époques situées sur des paramètres différents.28 Il va de soi que tout repose ici sur une chronologie biblique. Dès lors que celle-ci sera mise en cause - on le verra avec le Zodiaque de Dendérah, au début du XIXe siècle29, ce type de démonstration perdra de sa crédibilité.
Revenons sur la question de l’agencement du texte de l’Epître à Henri II. Un premier passage traite de l’année 1585 et de l’année 1606. puis l’on se réfère au 14 Mars 1547 ou 1557 sans que l’on comprenne pourquoi :
“Et pour ce, ô très humanissime Roy, la plupart des quatrains prophétiques sont tellement scabreux que l’on n’y scauroit donner voye ny moins aucuns interpréter, toutesfois esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, régions où la plupart adviendra (...) depuis le temps présent qui est le 14 de mars 1557 et passant outre loing jusques à l’advenement qui sera après au commencement du 7. millénaire profondément supputé, tant que mon calcul astronomique et autre scavoir s’a peu estendre, où les adversaires de Jésus Christ et de son Eglise, commenceront plus fort de pulluler, le tout a esté composé et calculé en jours et heures d’ election et bien disposees et le plus justement qu’il m’a esté possible. Et le tout Minerva libera et non invita, supputant presque autant des adventures du temps advenir que des cages (sic, lire âges) passés etc.”
Nous avons supprimé ce qui semble être une interpolation propre au troisième état posthume : “mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606”.
Passons à présent à un autre passage de la même Epître :
“Or de Iesus Christ en ça, par la diversité des sectes, je le laisse et ayant supputé et calculé les présentes Prophéties, le tout selon l’ordre de la chaisne qui contient sa revolution, le tout par doctrine Astronomique et selon mon naturel instinct et (...) sera le commencement comprenant se (sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persecution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique et durera ceste ici (sic) iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siecle: après commencera le peuple Romain de se redresser etc.“
Nous avons à nouveau supprimé un passage qui concerne une fois de plus l’année 1606 puisque les données qui s’y trouvent lui correspondent, si l’on ouvre les éphémérides, bien que l’année n’y figure pas nommément.
On a ainsi l’impression que le discours alliacien, relayé par Turrel et Roussat, se trouve ici interpolé par des préoccupations liées à l’an 1606 et ce à deux reprises au sein d’un bref texte.
La récupération protestante
Bien plus, nous pensons que les deux passages susmentionnés devraient logiquement être joints et se faire suite. Certes, on a du mal à admettre que l’auteur de l’Epître à Henri II imagine que la persécution de l’Eglise durera plus d’un siècle et demi, de 1606 à 1789 :
“l’année (1606) sera pacifique sans eclipse (...) et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne (…) et durera ceste ici (sic, lire ceste-ci) jusques à l’an mil sept cens nonante deux”
Tout se passe comme si l’on avait interpolé quelques passages de l’Eclipsium ou de l’Ephemeridum de Leovitius, avec les commentaires, au sein d’un texte à vocation antéchristique - un passage est consacré à l’Antéchrist - et de portée beaucoup plus générale.
Qu’écrit le chanoine Roussat à ce propos ? Il n’est nullement question d’une date intermédiaire :
“Maintenant donc je dy que nous sommes en l’instant & approchons de la future rénovation du Monde ou de grandes altèrations ou d’icelui l’anichilation environ deux cens quarante troys ans” (p.86)
Volonté de brouiller le discours alliacien en interpolant, par une sorte de collage, des éléments astronomiques ou hémérologiques qui ne peuvent qu’égarer le lecteur, telle cette liste de jours et de mois sans précision d’année qui coupe le second passage tout comme les éléments toponymiques intégrés en masse, puisés chez Estienne, viennent-ils “noyer” des développements proprement historiques.
En fait, nous assistons à un syncrétisme entre le discours alliacien axé sur 1789 et un autre discours qui nous semble devoir caractériser l’approche réformée.
Il importe de situer, avec davantage de rigueur, le propos eschatologique de l’Epître à Henri II, telle qu’elle est apparue dans les années 1590, et notamment les événements attendus pour 1792. Si pour Pierre d’Ailly, la fin du XVIIIe correspondait à l’avènement de l’Antéchrist, pour l’Epître centurique à Henri II, il convient de rappeler d’une part qu’elle ne nous est connue que dans le cadre d’une édition “réformée”, parue sous la Ligue et d’autre part qu’un tel pronostic ne saurait être attribuée à Michel de Nostredame, plus marqué par le début du XVIIIe siècle que par sa fin et par l’An 1999 - dates qui recoupent peu ou prou celles qu’adoptera au début du XVIIe siècle, dans son Accomplissement des Prophéties, un Pierre Du Moulin.
Or, de quelle “Eglise chrestienne” s’agit-il dans le passage suivant ?
“Et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle.”
A notre connaissance, les catholiques n’ont pas spéculé - on ne parle pas ici de la situation avant la Réforme ni de la question de la fin de l’Islam - sur la durée de la persécution de la papauté, cela est surtout réservé aux protestants, aux XVIe - XVIIe siècles, qui se demandent précisément combien de temps ils seront persécutés par le pape antéchrist ou par le roi. Tout au plus, les catholiques envisagent-ils une brève période de 3 ans et demi durant laquelle l’Antéchrist sévira - on l’a vu pour la prophétie pseudo-malachienne qui s’achève sur une “persecutio extrema Sacrae Romanae Ecclesiae” - mais cela est sans commune mesure - la transposition joachimite 1260 jours / 1260 ans n’est plus ici de mise - avec une période de plusieurs siècle comme il ressort de ce texte, à savoir depuis “icelle année”, celle à laquelle l’Epître est censée avoir été rédigée (c1558) jusqu’en 1792, soit encore 200 ans après la parution de l’Epître autour précisément de 1592.
Quoi de plus normal, au vrai, qu’une épître placée en tête de centuries annonçant une victoire réformée, du moins aux yeux de ceux qui prirent l’initiative de leur publication, use de représentations qui sont celles de leur Eglise ? On pourrait certes objecter que les délais ainsi introduits perpétuent une situation d’attente bien au delà des enjeux des affrontements qui ont lieu sous la Ligue. Mais il ne s’agit plus ici seulement de la situation du parti d’Henri de Navarre mais de la lutte à plus long terme contre la papauté. Que sous la Révolution, alors que l’Eglise catholique est en difficulté, l’épître ait paru s’appliquer à elle, ne nous intéresse guère en la circonstance.
C’est en comparant avec le discours d’un Pierre Du Moulin, vers 1612, soit une vingtaine d’années après la parution de l’Epître à Henri II, que nous voyons notre lecture confirmée : un adversaire de Du Moulin ne résume-t-il pas sa position en indiquant que 1689 mettrait fin à la “persécution” de son Eglise30 ? Mais pourquoi 1689 dans un cas et 1792 dans l’autre ? Il semble qu’il y ait là quelque syncrétisme : tout se passe comme si la date alliacienne de 1789 avait été ramenée à 1689, constituant ainsi une échéance plus accessible.
Le lien entre l’Epître à Henri II et certains quatrains des trois dernières centuries est assez patent. ainsi pour IX, 44 :
“Migrez, migrez de Genève trestous
Saturne d’or en fer se changera”
qui fait écho, selon nous, au passage suivant de la fin du texte :
“Et après que tel temps aura duré longuement sera presque renouvelé un autre regne de Saturne et siècle d’or (...) et (Satan) demeurera lié environ l’espace de mille ans et tournera en sa plus grande force, la puissance Ecclesiastique et puis tourne deslié.”
Ce quatrain n’annonce pas des malheurs immédiats pour les réformés dont il prédit la prochaine victoire mais ne peut éviter, pour autant, de prophétiser un dernier avènement de l’Antéchrist qui verra à nouveau la persécution de l’Eglise Chrétienne. Antagonisme, en quelque sorte, entre une logique politique qui n’est pas censée laisser entendre que l’adversaire pourrait triompher et une logique eschatologique qui doit faire la part du diable.
Dès lors, les mentions de dates intermédiaires - qui ne correspondent en effet pas au texte alliacien - s’expliqueraient par une récupération réformée, ce qui finalement va de soi puisque la version connue de l’épître centurique à Henri II apparaît en milieu protestant, en tête de centuries anti Guise.
Le fait de délimiter un espace de temps allant de 1606 à 1792 s’apparente au discours d’un Pierre du Moulin, qui lui, rapprochera l’échéance alliacienne d’un siècle.
On notera d’ailleurs au début du XVIIe siècle une certaine effervescence dont Du Moulin est précisément une des expressions les plus frappantes. L’Eglise en question est bien ici celle des évangélistes et non celle de Rome. Inutile de préciser que de tels calculs diffèrent sensiblement de ceux établis par Michel de Nostredame.
Conclusion
Dans le cas des deux passages issus l’un d’un Eclipsium, l’autre d’un Ephemeridum, l’on peut raisonnablement supposer qu’il ait pu effectivement existé des Significations sur l’éclipse du 16 septembre 1559, parus à cette époque mais nous pensons que les exemplaires qui nous sont parvenus ont subi des modifications, notamment par l’interpolation maladroite d’un passage de l’Eclipsium de Leovitius relatif à une supposée conjonction Mars-Antarès en Sagittaire et en Maison VIII annonçant la mort violente d’un prince. On aura voulu créditer Michel de Nostredame d’un tel succès prévisionnel. En ce qui concerne le passage concernant 1606 au sein de l’Epître à Henri II, il s’agit, bien évidemment, aussi d’une interpolation, également assez maladroite. En effet, il est étonnant qu’une telle série de positions planétaires ne soit pas signalée en rapport avec l’année correspondante, à savoir 1606. Tout se passe comme si l’on avait récupéré une telle série en un lieu où l’année 1606 était nettement indiquée et que par inadvertance on ait oublié de le signaler. Il semble en effet exclu qu’une telle bévue ait pu se produire si l’Epître avait été d’un seul tenant. La présence de l’année 1606, rajoutée à l’année 1585, ne suffit guère à éclairer le lecteur sur la raison d’être des dites positions planétaires et on peut d’ailleurs supposer que cette addition date de l’époque où précisément 1606 a été juxtaposé à 1585, soit vraisemblablement au début des années 1590, après que l’excitation liée aux années 158031 soit retombée. Mais rappelons que le véritable enjeu concernant la thèse de la contrefaçon des Significations de l’Eclipse de septembre 1559 est d’un autre ordre : il s’agissait de disqualifier la seule et unique pièce, n’appartenant pas au corpus centurique proprement dit, pouvant témoigner de l’existence de centuries du vivant de Michel de Nostredame et qui plus est d’un texte qui aurait été rédigé par ce dernier ! Rappelons que MDN ne mentionne les Centuries ni dans sa correspondance, ni dans ses publications annuelles. Il est fort probable qu’outre l’interpolation-Antarès, il faille aussi prendre en compte l’interpolation-seconde centurie.
Jacques Halbronn
Paris, le 2 juillet 2003
Notes
1 Reproduite en fac-similé dans les Présages de Nostradamus, de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999. Voir nos observations in Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ram-kat, 2002, pp. 29 et seq. Retour
2 Diffusé par les Presses Universitaires du Septentrion, 2002, dont le IIIe volet, qui comprend l’essentiel de nos études consacrées au corpus nostradamique, dans notre thèse d’Etat, sera bientôt en ligne, sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour
3 Voir ses études sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour
4 Cf. BNF Reserve V 1820 Resaq. Retour
5 Cf. nos travaux sur Antarès, étoile fixe constituant avec Aldébaran un axe majeur, à la rubrique Astrologica in Encyclopaedia Hermetica et notamment “Epistémologie des aspects astrolo-giques”. Retour
6 Voir Lettre XVIII de Lorenz Tubbe à Nostradamus, J. Dupèbe, Intr. Et trad. Lettres Inédites de Nostradamus, Genève, Droz, 1983. Retour
7 Lettre de Bourges datée du 1er décembre 1560" (Trad. Bernadette Lecureux, p. 91 in R. Amadou, dir. L’astrologie de Nostradamus, dossier, Poissy, ARRC, 1992. Retour
8 Voir sur 1606 dans les Ephémérides de Leovitius, Christian Wöllner Das Mysterium des Nostra-damus, 1926, p. 29. Retour
9 Cf. Prédictions des choses mémorables, op. cit. Retour
10 Cf. Prédictions mémorables, op. cit. p. 70. Retour
11 Or, Nostradamus aurait avancé à plusieurs reprises la date de 1607 mais sur quelles bases ? Voir Chomarat, “De quelques dates dans les prophéties de Nostradamus”, in Prophètes et prophéties au XVIIe siècle, Paris, Cahiers V-L. Saulnier, 15, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, 1998. Retour
12 En fait l’année 1547 conviendrait mieux à cette description, mais Nostradamus ne parle-t-il pas du futur ? Retour
13 Voir Prunier, “Nostradamus et l’année 1606”, Cahiers astrologiques, n° 202, Paris, 1980, p. 15, concernant la ponctuation de cette phrase et le statut de “suivant” qui devient pour lui “suivent” ; P. Brind’amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1992, aboutit aux mêmes conclusions. Retour
14 P. Brind’amour (op. cit.) attribue le mode de lecture des éphémérides à Michel de Nostredame en personne. Retour
15 Il semble en fait, comme l’a montré P. Brind’amour (op.cit.), que l’auteur n’a pas accompli toutes les interpolations nécessaires et se serait contenté de recopier telles quelles les données figurant dans les tables astronomiques, pour une heure arbitrairement choisie. Retour
16 Cf. M. Screech, Ed. de Rabelais, La Pantagruéline Pronostication, Genéve, Droz, 1980. Retour
17 “Ephemeridum a capite anni (...) DXXXII in alios XX proxime subsequentes” (sur vingt ans, à partir de 1532, Screech cite notamment une édition parisienne, chez Galiot Du Pré de 1533, Bodleian Library (Oxford), l’Ephemeridum de Leovitius fait en quelque sorte suite à celui de Stoef-fler. Retour
18 Le fait de ne pas citer les luminaires qui, eux, n’ont pas de rétrogradation aurait pu mettre sur la voie. Retour
19 Voir Prunier, op. cit. pp. 14 - 15, qui signale quelques anomalies. Retour
20 Repris par E. Tabourot, en 1588. Voir sa notice dans notre CATAF, sur le Site Cura.free.fr. Retour
21 A Paris, F. Bourriquant, pp. 46 et seq, BNF, 8° Lb35 846. Retour
22 NDE : Les Contredits de Couillard, bien que publiées en 1560 avaient déjà été composés en 1555 (fol. 100r). Voir notre article dans cette même rubrique, “Les premiers garants de la pu-blication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée”. Retour
23 Cette différence de date - 1547 au lieu de 1557 - est considérée par Ruzo, Testament de Nostra-damus, Monaco, Le Rocher, 1982, pp. 84 - 85, comme une marque des éditions d’Avignon. Il est possible que celles-ci aient en effet servi pour la confection d’éditions des années Quatre-Vingt et que l’Epître à Henri II ait été conservée telle quelle, tandis que les quatrains, quant à eux, étaient largement remplacés. Voir aussi J. Halbronn, “Récentes bibliographies autour de Nostrada-mus”, Politica Hermetica, 5, 1991. Retour
24 Il y a là un problème de calendrier pour des dates situées dans les mois de janvier, février et une partie de mars, en raison de la fixation du Ier de l’an en janvier dans la seconde partie du siècle, ce qui pourrait aboutir à l’ajout d’un an. Retour
25 Cf. La Hierusalem céleste, s. l. n. d., BNF. Retour
26 Cf. Théo Van Berkel “The second biblical chronology in the Epistle to Henry II”, Site Nostre-dame.chez.tiscali.free.fr. Retour
27 Voir Halbronn, “Pierre d’Ailly: des conjonctions planétaires à l’Antéchrist”, Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993, et “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Politica Hermetica, 1994. Retour
28 Voir E. Labrousse, L’entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse du 16 août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974. Retour
29 Cf. “Newton et l’école précessionnelle française”, Site Cura.free.fr. Retour
30 Voir Halbronn, “Pierre du Moulin et le thème du pape Antéchrist”, Formes du millénarisme, à l’aube des temps modernes, Paris, Champion, 2001. P. Jurieu usera également de la formule dans le titre de l’Accomplissement des prophéties (…) ouvrage dans lequel il est prouvé (…) que la persé-cution présente peut finir dans trois ans & demi, Rotterdam, 1686, BNF, D2 3822 (1,1). Retour
31 Cf. “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Colloque Prophétisme et politique, Politica Hermetica, 1994. Retour
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