par Jacques HalBronn
Les récents remous, au sein du milieu astrologique, autour de la question de la prévision nous conduisent à reprendre le débat sur prévision et prédiction, tel qu'il se posait au lendemain immédiat de la Seconde Guerre Mondiale, notamment chez Louis Gastin ("Almanach astrologique pour 1948", préfacé par le "colonel" Maillaud) qui s'illustra par ailleurs, dès avant la Guerre, par la mise en circulation d'éphémérides graphiques, annonçant les travaux, notamment en astrologie mondiale, de G-L. Brahy, d'Horicks et Michaux, d'André Barbault. (On pense aussi à Gilles d'Ambra dont les tables parues chez Marabout nous servirent dans notre enseignement, dans les années 1980-1990, à la Faculté Libre d'Astrologie de Paris (FLAP)
De nos jours, il est de bon ton, chez les astrologues de se démarquer du mot "prédictions", lui préférant celui de prévision. Mais les explications apportées généralement pour étayer un tel choix terminologique sont-elles vraiment recevables par les milieux scientifiques?
En lisant Gastin, l'on s'aperçoit en effet que le mot prédiction est plus "scientifique" que le mot prévision. Comment se fait-il donc qu'actuellement tant d'astrologues s'imaginent que les prédictions, ce n'est pas sérieux, qu'il faut laisser cela aux voyants. Les astrologues semblent tout fiers de déclarer qu'ils font des prévisions. Mais alors comment appeler ce que font les scientifiques qu'ils traitent d'un phénomène à venir, à commencer par les astronomes? Ils prédisent ou ils prévoient?
Voilà ce qu'il y a un peu plus de 60 ans, Jules Gastin (alias Arcturus, alias Thot Hermés) écrivait sur ce sujet (Almanach, p. 49):
"La complexité des causes générales des événements interdisant leur prédiction par l'astrologie (...) par contre la Tradition et l'expérience permettent à l'astrologie de prévoir le sens dans lequel l'influence astrale intervient en fonction des phénomènes cosmiques obéissant à la mécanique céleste et passibles de ce fait d'une prédiction mathématique et certaine"
et encore "En astrologie scientifique, la prédiction s'applique aux phénomènes célestes annoncés avec une précision mathématique qui lui donne une valeur certaine tandis que les prévisions des influences est analogue à la prévision du temps par la météorologie, elle annonce le "temps astral" avec un caractère forcément conditionnel".
Traduisons: l'astrologie ne saurait prédire parce que la prédiction est l'affaire des sciences les plus rigoureuses. D'ailleurs, en anglais, le terme "predictibility" concerne le champ scientifique. Prévoir serait ainsi en retrait par rapport à prévision. Mais il serait tout à fait abusif de dire que les voyants font des prédictions. En vérité, l'idéal de l'astrologie serait bien de parvenir au stade de la prédiction.
Examinons une autre définition de Gastin concernant le rapport astrologie/astronomie dans sa "Clef de l'horoscope personnel", Nice, 1936:
"l'astrologie ajoute (aux) données physiques et mécaniques de la science des astres (...) des notions conjecturales sur l'influence des forces cosmiques en ce qui concerne les événements terrestres et la destinée individuelle ou collective des êtres" (p. 9)
Cette position qui reflète assez bien le point de vue dominant chez les astrologues au XXe siècle nous semble désormais obsolète. En effet, l'astrologie ne saurait gérer la totalité des phénomènes astronomiques sans s'y noyer, sans saturer...
Il y a d'ailleurs là une tentation à laquelle Gastin ne résiste guère quand il écrit, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans son almanach ( p. 52) :
"La répétition des phénomènes célestes n'est vraie que si on les considère isolément (..). La même influence saturnienne qui frappa notre globe, il y a 38 ans, par exemple, n'y retrouverait pas les mêmes dispositions de réceptivité. C'est ainsi que la conjonction Saturne Pluton qui précéda 1914-1915 à la première guerre mondiale ne parait avoir été en rapport en 1946-1947 qu'avec de graves perturbations politiques "
Tout le problème est là: faut-il ou non combiner les significations planétaires d'un même cycle, faut-il combiner les cycles entre eux? Il importe, selon nous, d'isoler les planètes, ce qui dit, en passant, est bien ce que les astrologues sont supposés avoir fait quand ils décrétèrent, déterminèrent, la signification de telle ou telle planète....
On comprend mieux, en ce début de XXIe siècle, que la seule solution est de rechercher la récurrence de phénomènes plus en profondeur, c'est précisément ce qu'a compris la Nouvelle Histoire (Marc Bloch, Fernand Braudel etc.), laquelle relativise les événements pour faire ressortir des constantes. La guerre est-elle une constante à laquelle doit se référer l'astrologie? C'est ce qu'ont cru les astrologues du XXe siècle, siècle marqué notamment par deux guerres mondiales et ils ont échoué notamment en annonçant, selon leurs graphiques, une troisiéme guerre mondiale pour les années Quatre Vingt, qui n'a jamais eu lieu.
Les orientations de la Nouvelle Histoire n'impliquent pas, comme semble le croire un Charles Ridoux, le recours à des périodicités longues (la "longue durée") mais bien plutôt la mise en évidence de cyclicités relativement brèves mais répétées indéfiniment, au niveau de leur alternance. Cette succession relativement rapide des périodes dépasse largement le plan des guerres mondiales et ne saurait prétendre en rendre compte. Ce ne sont pas tant les moyens qui comptent que les fins et la guerre n'est qu'un moyen comme un autre (voir Clausewitz). Une approche plus sociologique nous parait indiquée, à savoir le mode de fonctionnement social passant nécessairement par des phases de recentrage et des phases de dispersion, et cela dans les contextes les plus divers. A l'astrologue de montrer que derrière une certaine diversité, l'on retrouve une unité, tant dans l'espace que dans le temps, de par un processus de diffusion ou de concentration, dont André Barbault avait intuitivement perçu la rythmicité et la dialectique et que l'on peut toujours réduire à deux temps principaux, ce qui montre à quel point les subdivisions en douze voire en quatre sont vouées à nous égarer plutôt qu'autre chose. Olivier Peyrebrune reprend une telle dialectique quand il écrit: "Parce que notre être oscille entre l'unité et une multiplicité plus ou moins chaotique, toutes nos expériences le sont aussi"("La cause philosophique de l'astrologie", ibidem, 2009, p. 83). C'est cet aller retour entre l'un et le multiple qui est vital pour l'Humanité et il revient à chaque individu d'y participer, autant que faire se peut, comme son organisme le fait quand il passe du vide au plein et du plein au vide, le vide étant associé évidemment à l'unité, à cette "blancheur" dont parle Michel Serres qui est virtualité de tous les possibles..
Il est essentiel que l'astrologie de la deuxième décennie du XXIe siècle comprenne que l'astrologie, à son sommet, à son centre, doit se contenter de la conjonction d'un seul astre (avec des points fixes), dont la signification est tout simplement l'idée de conjonction, au sens social du terme et ses dérivations disjonctionnelles temporaires. (C’est le niveau 1 de NOA). En aval, ce premier plan est voué à se complexifier de façon de plus en plus aléatoire.
Comme l'écrit Louis Gastin, avec une certaine lucidité, dans son Almanach astrologique pour 1948, " Nous n'admettons pas que l'on adultère l'astrologie en associant à cette science conjecturale des procédés empruntés aux arts divinatoires ou aux sciences occultes mais cela ne signifie nullement que nous rejetions tout ce qui se rattache à la "vie mystérieuse" des choses et des êtres"(p. 107)
Autrement dit, selon cet astrologue, bien oublié (mais Yves Lenoble le cite dans sa "Pratique des cycles planétaires", 1994), et en cela il rejoint Ptolémée, tout ce qui se présente sous le label astrologique n'est pas forcément ...astrologique. Il peut s'être agi d'emprunts. Et le niveau 2 de NOA n'exclut pas les emprunts, à condition que ceux-ci ne soient pas assimilés au niveau 1 et considérés comme des solutions parmi d'autres. Quant aux niveaux 3 et 4, ils correspondent assez bien au recours qu'un astrologue peut être amené à faire à d'autres disciplines (voir notre entretien sur teleprovidence avec Lionel Barrera et Dominique Defrang), et à une échelle individuelle et spécifique, sans oublier bien entendu l'intégration de "conditionnements" propres au client ou à la situation étudiée. Le problème, c'est qu'au lieu de ramener l'apparence des choses à un modèle simple, les astrologues tendent à vouloir complexifier leur modèle, au nom d'une prétendue orthodoxie astronomique les contraignant à donner sens à tout ce qui relève peu ou prou du système solaire, ce qui aboutit à la construction de véritables usines à gaz, dont le thème natal classique est la manifestation la plus caricaturale. Mais encore une fois, chacun peut avoir sa petite usine à gaz, mais que l'on ne vienne pas nous dire que cela relève du niveau 1 de NOA!
Il convient de comprendre que chacun aborde les documents légués par le passé avec sa sensibilité et son profil psychologique. Il y a ceux qui vont surinvestir le poids des documents, mus par une sorte d'esprit de classe en faveur des scribes, des conservateurs, des bibliothécaires, lesquels ne souhaitent pas devoir passer sous les fourches caudines de l'anthropologie, de la sociologie, de l'épistémologie. Leur position radicale - et nous avons pu le remarquer notamment en ce qui concerne Nostradamus (voir notre soutenance de post doctorat, sur teleprovidence)- est la suivante: ce qui n'est pas attesté par un document. Et puis il y a ceux, à notre instar, qui considèrent ces documents comme un épiphénomène, certes précieux, mais qui n'est qu'un élément d'un puzzle dont nombre de pièces sont manquantes, si l'on s'en tient à ce qu'il en reste, mais dont il est possible de restituer l'essentiel en procédant par analogie avec des situations comparables. Pour ces personnes, en aucune façon, on ne saurait aboutir à des invraisemblances, sur la seule base de ce qui a pu être conservé. C'est bien là selon nous l'esprit de la Nouvelle Histoire. Entre ces deux "écoles", règne un malentendu persistant, qui relève, quelque part, d'une lutte des classes, entre les scribes, les secrétaires, chargés de tout noter et de tout conserver (niveaux 2 à 4 du NOA) et les dirigeants (niveau 1 du NOA) qui ont une vision globale du fonctionnement et de l'organisation des sociétés. En ce qui nous concerne, notre familiarité avec le monde des bibliothèques, des catalogues (nous sommes notamment l'auteur du CATAF, sur cura.free.fr) nous aura conduit à traiter avec beaucoup de précaution voire de scepticisme la valeur des documents conservés, souvent très partiels voire contrefaits, la contrefaçon visant souvent précisément à pallier les manques.
JHB
07 12. 09
Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
samedi 23 janvier 2010
Cycle astrologique et repérage stellaire
par Jacques HalBronn
Le grand défaut de la plupart des approches cycliques en astrologie tient au fait qu'elles ne disposent pas d'un référentiel zodiacal stable. Tantôt en effet, telle conjonction a lieu dans un signe, tantôt cette même conjonction a lieu dans un autre. Cela est fâcheux et c'est la conséquence de l'abandon du référentiel stellaire dont le zodiaque témoigne de l'importance que le dit référentiel revêtait dans le passé de l'Astrologie.
On nous objectera qu'il importe peu que telle conjonction change de signe d'une fois sur l'autre, comme c'est le cas, par exemple, des conjonctions Jupiter-Saturne qui sont décalées d'environ 120° -(trigone), même si cela correspond à une même triplicité, du moins pendant des périodes de 200 ans, le changement de triplicité déterminant justement des changements majeurs. On nous fera aussi remarquer que le retour d'une planète sur sa position, dans le thème natal, respecte cette fixité zodiacale que nous évoquions, si ce n'est qu'un tel retour ne vaut que pour le natif concerné, ce qui fait un peu désordre au niveau global de l'Humanité. Précisons que notre approche de l'astrologie par les cycles n'aboutit pas comme chez certains auteurs (tels que Barbault voire Lenoble) à négliger le zodiaque puisque ces cycles, dans notre Astrologie Quatre Etoiles, se forment à partir de certaines étoiles fixes sises par définition au sein des constellations, lesquelles, soulignons-le, ne nous intéressent pas en tant que sous-découpage céleste. En ce sens, l'effort fourni par certains astrologues pour reformuler ou refonder les maisons astrologiques ou les signes nous semble assez vain, il relève de ce que nous appelons, au NOA, le niveau 2. Le risque de telles subdivisions est d'ailleurs assez évident: on perd de vue la dynamique cyclique principale et l'on se perd dans les détails de description de chaque maison ou de chaque signe, au prix d'ailleurs souvent d'explications assez ardues et qui ne valent que pour celui qui les présente et ne sauraient donc se prévaloir d'une quelconque "universalité" (voir L'Astrologie Universelle de Françoise Hardy, Ed. Albin Michel), en oubliant qu'à la base la question est de savoir où l'on en est par rapport à une conjonction.
Examinons donc les effets regrettables du décrochage par rapport à l'étalon stellaire. Si nous résumons la situation des travaux actuels sur les conjonctions (on pense à l'ouvrage d'Yves Lenoble sur le sujet, de 1994), une conjonction donnée, un peu à la façon du Ramadan, pourra passer d'un signe à l'autre. C'est d'ailleurs le cas de la fameuse conjonction Saturne-Neptune chère à André Barbault. Qui plus est, aucun cycle biplanétaire ne permet à une planète de s'en tenir à sa véritable vitesse de révolution, ce qui donne toute une série de chiffres intermédiaires qui ne correspondent, sauf par hasard, à aucune révolution planétaire véritable. C'est ainsi que le cycle de Saturne de 30 ans n'existe pas au niveau cyclique, mais devient 36 ans dans le cas du cycle Saturne-Neptune, 20 ans dans le cas du cycle Jupiter-Saturne, le tout à l'avenant....le cas où le cycle bouge le moins, d'une fois sur l'autre, étant celui qui comporte Pluton dans son équation....
Mais revenons à la carence des repères zodiacaux occasionnée par le décrochage en question en nous mettant à la place de notre humanité. En effet, il nous semble essentiel que l'astrologue réfléchissant à la façon dont les humains captent les signaux célestes n'en arrive pas à des descriptions par trop alambiquées. Restons simples! De même qu'au niveau de la naissance, il apparait clairement que le fœtus ne peut "jouer" que sur les facteurs les plus rapides, capables de changer en quelques heures voire en quelques minutes, - ce qui exclut les positions zodiacales, sauf en ce qui concerne bien entendu l'ascendant (voir notre article sur ce point, dans la présente livraison) -de même au niveau du suivi céleste au cours de notre existence, tant individuelle que collective -ce qui revient au même d'ailleurs, du moins à un certain stade-il serait bon de présenter un scénario qui tienne la route, en se mettant dans la peau des hommes et pas seulement du point de vue des astres (de Sirius)... On nous permettra à ce sujet d'exprimer, en passant, nos doutes sur la valeur des transits et des retours sur la position natale, en ce que cela suppose une mémorisation -au degré près - de ce qui se passait dans le ciel à la naissance, des décennies plus tard. C'est pourquoi quand Lenoble nous parle de configurations natales qui seront actualisées au cours de la vie, il n'est pas certain que l'on puisse admettre sérieusement un tel processus, qui nous semble hyper abstrait et réduit l'être humain à une sorte de mécanique de précision, à un mécanisme d'horlogerie, bien que cela ne semble pas faire particulièrement sourciller les élèves en astrologie, ce qui en dit long sur l'état de leur esprit critique.
Le modèle que nous proposons nous semble bien plus en adéquation par rapport aux comportements et aux facultés de nos congénères que ceux présentés par nombre d'astrologues modernes qui dissertent plus sur les émetteurs que sur les récepteurs.
En effet, à partir du moment où le circuit d'un astre est balisé une fois pour toutes, c'est à dire que les conjonctions se produiront systématiquement dans la même région du ciel, tout au long de l'existence, ce que l'on attend du récepteur humain se trouve singulièrement allégé, du moins dans l'hypothèse la plus acceptable selon laquelle les hommes -ou du moins certains d'entre eux- seraient plus spécialement sensibles à la formation dans le ciel de certaines configurations. A contrario, si les humains subissent ces influences sans disposer d'un équipement de réception particulier- à l'image de la pluie qui tombe indistinctement et généreusement sans qu'il fasse faire effort pour cela - c'est l'astrologie-douche que nous réfutons - on n'aura évidemment pas trop à se préoccuper de la façon dont les humains perçoivent et suivent les processus célestes.
En revanche, si l'on admet l'idée selon laquelle tout comme le fœtus est en quête de certains signaux célestes - passage de telle planète à l'horizon ou au méridien du lieu de naissance- ce qui nous fait dire qu'un enfant naissant sur la lune rencontrerait des difficultés au niveau de l'accouchement (non provoqué chimiquement) puisque les marqueurs déclenchant le dit accouchement risqueraient de faire défaut- l'être humain doit pouvoir aisément se situer par rapport au cycle qui le concerne, il faut lui ménager ses efforts....Autrement dit, il convient de lui épargner de jouer à cache cache avec son cycle en se demandant où la prochaine conjonction pourra bien se tenir...
Dans le scénario que nous offrons, rien de tel. Les conjonctions se produisent toujours aux mêmes endroits sur le zodiaque, à savoir dans les constellations du taureau,
du sagittaire et du poisson austral (à proximité de l'actuelle constellation du verseau). L'abandon des constellations zodiacales pour le système tropique aura d'ailleurs rendu parfaitement abstrait le parcours des planètes, lequel ne se trouve plus - du moins, faut-il le préciser au regard de la représentation astrologique en vigueur- balisé de façon concrète par le passage d'une planète sur une étoile puis sur la suivante...Mais dans notre scénario, il n'en est précisément pas ainsi : c'est un peu l'histoire du petit Poucet, chaque étoile étant, en quelque sorte, un caillou permettant de s'orienter, de retrouver son chemin, de revenir sur ses pas.
Il suffit dès lors de repérer où se trouve la planète dont le cycle stellaire importe (en l'occurrence Saturne, en Astrologie 4 Etoiles) et son passage successif sur telle et telle étoile pour savoir que la conjonction se rapproche (on brûle, comme à cache-tampon) ou s'éloigne (cela se refroidit). Rappelons que les astrologues de l'Inde avaient distingué, dans le zodiaque, 28 astérismes (en s'inspirant des 28 jours du cycle lunaire).
Les astérismes précédant de peu la conjonction de la planète avec l'étoile avec laquelle la conjonction significative doit avoir lieu, sont des marqueurs spatiaux porteurs d'une information temporelle. C'est comme lorsque l'on revient de province vers Paris, les noms des gares nous informent que l'on se rapproche et l'on peut déjà se préparer et inversement quand on quitte Paris. Or, l'astrologie nous parle d'une sorte de voyage céleste que nous entreprenons par la pensée (subconsciente).
Le dernier tiers du XXe siècle aura été, en France et en Belgique, le théâtre d'une résurgence sidéraliste francophone (autour d'ouvrages, de revues, de sites de Jacques Dorsan, Jacques de Lescaut, Marie Delclos, Jean-Luc Caradeau, Denis Labouré, Robert Gouiran, Irène Andrieu, Marco Daniel (voir nos entretiens sur teleprovidence avec Denis Labouré, Marco Daniel, Barbara de La Motte Saint Pierre, Raoul Mélo, Jo Cohen), assez nettement marquée par l'astrologie hindoue, qui est de nos jours le plus souvent sidéraliste et pratique l'ayanamsa (terme sanscrit pour désigner l'écart précessionnel avec le point vernal). Pour la petite histoire, un petit groupe s'était constitué à la fin des années 80, sous le nom de GERASH. Mais il faudra attendre l'aube du XXIe siècle pour voir apparaitre, à notre instigation, une astrologie véritablement stellariste qui remette en question les aspects de planéte à planéte et prône les configurations planétes/étoiles fixes, notamment au niveau cyclique, en considérant le découpage zodiacal comme secondaire.
JHB
04. 12 09
Le grand défaut de la plupart des approches cycliques en astrologie tient au fait qu'elles ne disposent pas d'un référentiel zodiacal stable. Tantôt en effet, telle conjonction a lieu dans un signe, tantôt cette même conjonction a lieu dans un autre. Cela est fâcheux et c'est la conséquence de l'abandon du référentiel stellaire dont le zodiaque témoigne de l'importance que le dit référentiel revêtait dans le passé de l'Astrologie.
On nous objectera qu'il importe peu que telle conjonction change de signe d'une fois sur l'autre, comme c'est le cas, par exemple, des conjonctions Jupiter-Saturne qui sont décalées d'environ 120° -(trigone), même si cela correspond à une même triplicité, du moins pendant des périodes de 200 ans, le changement de triplicité déterminant justement des changements majeurs. On nous fera aussi remarquer que le retour d'une planète sur sa position, dans le thème natal, respecte cette fixité zodiacale que nous évoquions, si ce n'est qu'un tel retour ne vaut que pour le natif concerné, ce qui fait un peu désordre au niveau global de l'Humanité. Précisons que notre approche de l'astrologie par les cycles n'aboutit pas comme chez certains auteurs (tels que Barbault voire Lenoble) à négliger le zodiaque puisque ces cycles, dans notre Astrologie Quatre Etoiles, se forment à partir de certaines étoiles fixes sises par définition au sein des constellations, lesquelles, soulignons-le, ne nous intéressent pas en tant que sous-découpage céleste. En ce sens, l'effort fourni par certains astrologues pour reformuler ou refonder les maisons astrologiques ou les signes nous semble assez vain, il relève de ce que nous appelons, au NOA, le niveau 2. Le risque de telles subdivisions est d'ailleurs assez évident: on perd de vue la dynamique cyclique principale et l'on se perd dans les détails de description de chaque maison ou de chaque signe, au prix d'ailleurs souvent d'explications assez ardues et qui ne valent que pour celui qui les présente et ne sauraient donc se prévaloir d'une quelconque "universalité" (voir L'Astrologie Universelle de Françoise Hardy, Ed. Albin Michel), en oubliant qu'à la base la question est de savoir où l'on en est par rapport à une conjonction.
Examinons donc les effets regrettables du décrochage par rapport à l'étalon stellaire. Si nous résumons la situation des travaux actuels sur les conjonctions (on pense à l'ouvrage d'Yves Lenoble sur le sujet, de 1994), une conjonction donnée, un peu à la façon du Ramadan, pourra passer d'un signe à l'autre. C'est d'ailleurs le cas de la fameuse conjonction Saturne-Neptune chère à André Barbault. Qui plus est, aucun cycle biplanétaire ne permet à une planète de s'en tenir à sa véritable vitesse de révolution, ce qui donne toute une série de chiffres intermédiaires qui ne correspondent, sauf par hasard, à aucune révolution planétaire véritable. C'est ainsi que le cycle de Saturne de 30 ans n'existe pas au niveau cyclique, mais devient 36 ans dans le cas du cycle Saturne-Neptune, 20 ans dans le cas du cycle Jupiter-Saturne, le tout à l'avenant....le cas où le cycle bouge le moins, d'une fois sur l'autre, étant celui qui comporte Pluton dans son équation....
Mais revenons à la carence des repères zodiacaux occasionnée par le décrochage en question en nous mettant à la place de notre humanité. En effet, il nous semble essentiel que l'astrologue réfléchissant à la façon dont les humains captent les signaux célestes n'en arrive pas à des descriptions par trop alambiquées. Restons simples! De même qu'au niveau de la naissance, il apparait clairement que le fœtus ne peut "jouer" que sur les facteurs les plus rapides, capables de changer en quelques heures voire en quelques minutes, - ce qui exclut les positions zodiacales, sauf en ce qui concerne bien entendu l'ascendant (voir notre article sur ce point, dans la présente livraison) -de même au niveau du suivi céleste au cours de notre existence, tant individuelle que collective -ce qui revient au même d'ailleurs, du moins à un certain stade-il serait bon de présenter un scénario qui tienne la route, en se mettant dans la peau des hommes et pas seulement du point de vue des astres (de Sirius)... On nous permettra à ce sujet d'exprimer, en passant, nos doutes sur la valeur des transits et des retours sur la position natale, en ce que cela suppose une mémorisation -au degré près - de ce qui se passait dans le ciel à la naissance, des décennies plus tard. C'est pourquoi quand Lenoble nous parle de configurations natales qui seront actualisées au cours de la vie, il n'est pas certain que l'on puisse admettre sérieusement un tel processus, qui nous semble hyper abstrait et réduit l'être humain à une sorte de mécanique de précision, à un mécanisme d'horlogerie, bien que cela ne semble pas faire particulièrement sourciller les élèves en astrologie, ce qui en dit long sur l'état de leur esprit critique.
Le modèle que nous proposons nous semble bien plus en adéquation par rapport aux comportements et aux facultés de nos congénères que ceux présentés par nombre d'astrologues modernes qui dissertent plus sur les émetteurs que sur les récepteurs.
En effet, à partir du moment où le circuit d'un astre est balisé une fois pour toutes, c'est à dire que les conjonctions se produiront systématiquement dans la même région du ciel, tout au long de l'existence, ce que l'on attend du récepteur humain se trouve singulièrement allégé, du moins dans l'hypothèse la plus acceptable selon laquelle les hommes -ou du moins certains d'entre eux- seraient plus spécialement sensibles à la formation dans le ciel de certaines configurations. A contrario, si les humains subissent ces influences sans disposer d'un équipement de réception particulier- à l'image de la pluie qui tombe indistinctement et généreusement sans qu'il fasse faire effort pour cela - c'est l'astrologie-douche que nous réfutons - on n'aura évidemment pas trop à se préoccuper de la façon dont les humains perçoivent et suivent les processus célestes.
En revanche, si l'on admet l'idée selon laquelle tout comme le fœtus est en quête de certains signaux célestes - passage de telle planète à l'horizon ou au méridien du lieu de naissance- ce qui nous fait dire qu'un enfant naissant sur la lune rencontrerait des difficultés au niveau de l'accouchement (non provoqué chimiquement) puisque les marqueurs déclenchant le dit accouchement risqueraient de faire défaut- l'être humain doit pouvoir aisément se situer par rapport au cycle qui le concerne, il faut lui ménager ses efforts....Autrement dit, il convient de lui épargner de jouer à cache cache avec son cycle en se demandant où la prochaine conjonction pourra bien se tenir...
Dans le scénario que nous offrons, rien de tel. Les conjonctions se produisent toujours aux mêmes endroits sur le zodiaque, à savoir dans les constellations du taureau,
du sagittaire et du poisson austral (à proximité de l'actuelle constellation du verseau). L'abandon des constellations zodiacales pour le système tropique aura d'ailleurs rendu parfaitement abstrait le parcours des planètes, lequel ne se trouve plus - du moins, faut-il le préciser au regard de la représentation astrologique en vigueur- balisé de façon concrète par le passage d'une planète sur une étoile puis sur la suivante...Mais dans notre scénario, il n'en est précisément pas ainsi : c'est un peu l'histoire du petit Poucet, chaque étoile étant, en quelque sorte, un caillou permettant de s'orienter, de retrouver son chemin, de revenir sur ses pas.
Il suffit dès lors de repérer où se trouve la planète dont le cycle stellaire importe (en l'occurrence Saturne, en Astrologie 4 Etoiles) et son passage successif sur telle et telle étoile pour savoir que la conjonction se rapproche (on brûle, comme à cache-tampon) ou s'éloigne (cela se refroidit). Rappelons que les astrologues de l'Inde avaient distingué, dans le zodiaque, 28 astérismes (en s'inspirant des 28 jours du cycle lunaire).
Les astérismes précédant de peu la conjonction de la planète avec l'étoile avec laquelle la conjonction significative doit avoir lieu, sont des marqueurs spatiaux porteurs d'une information temporelle. C'est comme lorsque l'on revient de province vers Paris, les noms des gares nous informent que l'on se rapproche et l'on peut déjà se préparer et inversement quand on quitte Paris. Or, l'astrologie nous parle d'une sorte de voyage céleste que nous entreprenons par la pensée (subconsciente).
Le dernier tiers du XXe siècle aura été, en France et en Belgique, le théâtre d'une résurgence sidéraliste francophone (autour d'ouvrages, de revues, de sites de Jacques Dorsan, Jacques de Lescaut, Marie Delclos, Jean-Luc Caradeau, Denis Labouré, Robert Gouiran, Irène Andrieu, Marco Daniel (voir nos entretiens sur teleprovidence avec Denis Labouré, Marco Daniel, Barbara de La Motte Saint Pierre, Raoul Mélo, Jo Cohen), assez nettement marquée par l'astrologie hindoue, qui est de nos jours le plus souvent sidéraliste et pratique l'ayanamsa (terme sanscrit pour désigner l'écart précessionnel avec le point vernal). Pour la petite histoire, un petit groupe s'était constitué à la fin des années 80, sous le nom de GERASH. Mais il faudra attendre l'aube du XXIe siècle pour voir apparaitre, à notre instigation, une astrologie véritablement stellariste qui remette en question les aspects de planéte à planéte et prône les configurations planétes/étoiles fixes, notamment au niveau cyclique, en considérant le découpage zodiacal comme secondaire.
JHB
04. 12 09
L'astrologie et les thèses conspirationnistes
par Jacques HalBronn
Vient de paraitre un ouvrage présenté par Emmanuel Kreis, intitulé "Les puissances de l'ombre (...) la théorie du complot dans les textes" (Ed. du CNRS). Quel rapport, dira-t-on avec l'astrologie? Aucun, apparemment, pour son auteur qui n'inclut pas les astrologues dans sa liste :" Juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires...", au titre, pas plus qu'au sein de l'ouvrage.
Pourtant à lire sa présentation, nous ne pouvons nous empêcher de songer à l'astrologie, étant entendu que par ailleurs nous avons réalisé des travaux sur les "Protocoles des Sages de Sion", dont E. Kreis a tenu compte (p. 216) sans pour autant nous citer, en ce qui concerne l'émergence des dits Protocoles, avant la Première Guerre Mondiale, en Europe orientale, notamment à Prague et à Vienne.(voir notre ouvrage "Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle", Feyzin, Ed. Ramkat, 2002 et déjà dans notre thèse d'Etat, "Le texte prophétique en France, formation et fortune", Université Paris X, 1999, sur microfiche dans toutes les bibliothèques universitaires de France et sur le site propheties.it)
Quand Emmanuel Kreis écrit (pp. 6-8), en effet:
"Ces chefs secrets sont perçus comme la principale, voire l'unique cause à l'origine des "événements" (..) Ils permettent de 'tout expliquer jusqu'au moindre événement en le réduisant d'une seule prémisse"(.) Les théories conspirationnistes se présentent comme des constructions "historiques alternatives " face à l'histoire "officielle". (...) Le cours des événements est orchestré dans les moindres détails. L'événement ne relève plus de l'exception" (...) L'histoire manipulée par les conspirateurs n'est plus que la réalisation d'un plan élaboré en dehors d'elle"
Or, il serait bon de désenclaver l'astrologie et de l'intégrer justement dans le contexte conspirationniste en question. Que sous-entend en effet l'Astrologie si ce n'est que des forces "occultes" nous dirigent? Certes, ces forces ne sont pas humaines du point de vue de nombre d'astrologues. Mais, au regard de l'astrologie telle que nous nous la représentons, il s'agit bien d'un système élaboré par les hommes, à partir d'une certaine époque, et conférant le pouvoir à une certaine caste qui se perpétue d'une génération à l'autre. L'astrologie y perdrait, certes, une sorte de virginité mais elle y gagnerait en profondeur humaine, cessant d'être un savoir désincarné.
On se demandera, au bout du compte, si ces thèses conspirationnistes ne s'originent pas précisément dans les croyances astrologiques. Le terme même d'influence - d'usage en astrologie- n'est-il pas récurrent à propos de toute conspiration exerçant de façon plus ou moins occulte un certain pouvoir? Quant aux "événements" que l'on tend ainsi d'expliciter, n'excitent-ils pas de façon évidente la sagacité des astrologues?
Bien plus, les thèses cosmocratiques (voir nos textes sous ce mot) ne contribuent-elles pas à renforcer l'idée d'une caste sous-tendue par son rapport aux astres, dont le pouvoir est fonction du fait qu'ils sont en quelque sorte les agents, les prêtres des puissances célestes, et exerçant un pouvoir très large, de proche en proche?
JHB
04. 12. 09
Vient de paraitre un ouvrage présenté par Emmanuel Kreis, intitulé "Les puissances de l'ombre (...) la théorie du complot dans les textes" (Ed. du CNRS). Quel rapport, dira-t-on avec l'astrologie? Aucun, apparemment, pour son auteur qui n'inclut pas les astrologues dans sa liste :" Juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires...", au titre, pas plus qu'au sein de l'ouvrage.
Pourtant à lire sa présentation, nous ne pouvons nous empêcher de songer à l'astrologie, étant entendu que par ailleurs nous avons réalisé des travaux sur les "Protocoles des Sages de Sion", dont E. Kreis a tenu compte (p. 216) sans pour autant nous citer, en ce qui concerne l'émergence des dits Protocoles, avant la Première Guerre Mondiale, en Europe orientale, notamment à Prague et à Vienne.(voir notre ouvrage "Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle", Feyzin, Ed. Ramkat, 2002 et déjà dans notre thèse d'Etat, "Le texte prophétique en France, formation et fortune", Université Paris X, 1999, sur microfiche dans toutes les bibliothèques universitaires de France et sur le site propheties.it)
Quand Emmanuel Kreis écrit (pp. 6-8), en effet:
"Ces chefs secrets sont perçus comme la principale, voire l'unique cause à l'origine des "événements" (..) Ils permettent de 'tout expliquer jusqu'au moindre événement en le réduisant d'une seule prémisse"(.) Les théories conspirationnistes se présentent comme des constructions "historiques alternatives " face à l'histoire "officielle". (...) Le cours des événements est orchestré dans les moindres détails. L'événement ne relève plus de l'exception" (...) L'histoire manipulée par les conspirateurs n'est plus que la réalisation d'un plan élaboré en dehors d'elle"
Or, il serait bon de désenclaver l'astrologie et de l'intégrer justement dans le contexte conspirationniste en question. Que sous-entend en effet l'Astrologie si ce n'est que des forces "occultes" nous dirigent? Certes, ces forces ne sont pas humaines du point de vue de nombre d'astrologues. Mais, au regard de l'astrologie telle que nous nous la représentons, il s'agit bien d'un système élaboré par les hommes, à partir d'une certaine époque, et conférant le pouvoir à une certaine caste qui se perpétue d'une génération à l'autre. L'astrologie y perdrait, certes, une sorte de virginité mais elle y gagnerait en profondeur humaine, cessant d'être un savoir désincarné.
On se demandera, au bout du compte, si ces thèses conspirationnistes ne s'originent pas précisément dans les croyances astrologiques. Le terme même d'influence - d'usage en astrologie- n'est-il pas récurrent à propos de toute conspiration exerçant de façon plus ou moins occulte un certain pouvoir? Quant aux "événements" que l'on tend ainsi d'expliciter, n'excitent-ils pas de façon évidente la sagacité des astrologues?
Bien plus, les thèses cosmocratiques (voir nos textes sous ce mot) ne contribuent-elles pas à renforcer l'idée d'une caste sous-tendue par son rapport aux astres, dont le pouvoir est fonction du fait qu'ils sont en quelque sorte les agents, les prêtres des puissances célestes, et exerçant un pouvoir très large, de proche en proche?
JHB
04. 12. 09
L'apport de Léon Lasson à l'Astrologie Mondiale
par Jacques HalBronn
Le nom de Léon Lasson, pionnier par ailleurs dans le domaine des statistiques astrologiques et des planètes transplutoniennes, est certes associé à un échec prévisionnel de première grandeur, son livre, paru en 1938 (et non 1937 comme on l'écrit souvent, il termine son livre à la fin décembre 1937!) n'annonçait-il pas "Quinze ans de paix pour l'Europe" à la veille même de la Seconde Guerre Mondiale laquelle n'épargna certainement pas ce continent? Pronostic d'autant plus étonnant que les événements de l'époque n'étaient pas vraiment rassurants...
Mais par delà et au delà un tel échec, il importe de comprendre les enjeux liés à la démarche de Lasson, dont l'ouvrage avait été préfacé par le belge Gustave-Lambert Brahy, qui d'ailleurs l'avait édité à Bruxelles, aux éditions de la revue Demain.
Brahy présente ainsi l'apport du travail de l'astrologue français : " Ainsi, l'astrologie mondiale qui se trouvait réduite à des principes assez arbitraires ne permettait guère en tout cas de déterminer mieux que la frise extérieure des menus événements. M. Lasson nous fournit dans ce livre la trame essentielle. Grâce à lui, nous pouvons suivre et devancer le cours des événements".(p.11)
Un des mérites de Lasson aura été, en tout cas, d'avoir compris que la multiplication des cycles conjonctionnels les disqualifiait pour tenir le rôle de référentiel dominant. Et pour cette raison, Lasson se mit en quête d’un phénomène plus rare, à savoir les éclipses, cantonnant dès lors les conjonctions à un rôle subalterne, du fait même de leur nombre, celles-ci prolongeant dans le temps en quelque sorte les effets de l'éclipse, ce qui permettait à la dite éclipse de couvrir une période relativement longue. A un tout autre niveau, que dire de ces astrologues calculant la "dominante" d'un thème en combinant les paramètres et les critères les plus divers? Pas plus nous ne suivrons Brahy quand il écrit: "Ne perdez jamais de vue qu'il faut proportionner vos conclusions à la fréquence et à l'importance des configurations en jeu. Si vous rencontrez par exemple un mauvais aspect Mars-Uranus qui se produit plusieurs fois par an, ne concluez pas à la catastrophe et encore moins à la fin du monde. Ne maintenez une conclusion que lorsqu'elle s'appuie sur d'autres facteurs qui la fortifient ou la confirment" ("Clef de la prévision des événements mondiaux et des fluctuations économiques et boursières"(Paris, Ed. Traditionnelles, 1989, p. 243). Il n'est, en effet, pas question pour nous de jauger la valeur d'une configuration en rapport à sa rareté. Les conjonctions de Saturne avec les quatre étoiles fixes ne sont pas spécialement rares mais elles constituent, selon nous, le super-cycle dont tout le reste dépend et découle, si tant est que l'on cherche (au niveau 2 de NOA) de recourir à toutes sortes de combinatoires dont la teneur épistémologique est incomparablement moins significative.
L'avantage que Lasson crut par ailleurs trouver dans cette mise en avant des éclipses (que Fomalhaut avait déjà recommandé de ne pas ignorer dans son "Manuel d'astrologie sphérique???" de 1897) était leur faculté de localisation, une éclipse n'étant pas visible partout sur terre. Là où elle était visible, là elle agirait le plus, pensait-il. C'est ce qui lui faisait, justement, dire en 1938 que l'Europe serait épargnée vu que les éclipses et occultations à venir ne se produiraient pas dans cette zone géographique...En revanche, d'autres parties du monde devraient, selon lui, être bien plus gravement affectées au cours des années à venir. Echec patent, donc, avec le recul, au niveau de la localisation.
Gabriel Trarieux d'Egmont, influencé par Lasson, rédige dans un "Essai de prévisions sur la guerre", Paris, Flammarion, un "mea culpa": "Je n'avais pas annoncé la guerre et les autres astrologues non plus (...) je n'avais pas prédit la guerre. Je l'avais même formellement écartée. C'est fâcheux pour moi seulement. Il va sans dire que cette erreur n'est pas imputable à l'astrologie. mais à ses imparfaits interprètes" (p.11). Mais cet auteur est tributaire des limites de l''outillage" dont il dispose, à commencer par les éphémérides qui, alors, paraissaient année par année, ce qui condamnait à recourir à des expédients comme les directions, calculées à partir du thème. Il aura donc fallu une amélioration dans l'édition des données astronomiques pour qu'une astrologie mathématique soit remplacée par une astrologie astronomique ou du moins lui accorde une certaine place..
Lasson, on l'a compris, croyait avoir trouvé avec les éclipses le super système au sein duquel tout le reste de l'astrologie viendrait s'inscrire, une sorte de panacée universelle. Ce faisant, Lasson eut le mérite d'esquisser ce que nous appelons le niveau 1 du NOA et Brahy en comprenait les enjeux. Si l'on ne les suivra pas en ce qui concerne les éclipses, le principe d'une telle recherche nous semble essentiel et ne pas avoir été compris suffisamment après la Guerre, notamment par J. P. Nicola qui s'accommoda fort bien d'une astrologie de la diversité et de la complexité (soit le niveau 2 de NOA). Quant aux tentatives d'André Barbault avec l'indice de concentration planétaire, il avait le mérite de présenter une sorte de synthèse cyclique, incluant un bouquet de planètes lentes (de Jupiter à Pluton). Le défaut des solutions proposées tant par Lasson que par Barbault nous apparait comme étant l'absence d'une cyclicité centrale si l'on entend par là des périodes de même dimension et de même nature, tout au long. Quel cycle des éclipses? Quel cycle de l'indice de concentration planétaire?
La solution que nous proposons, soixante-dix ans environ après Lasson (1938) et quarante ans environ après Barbault ("Les hommes et les astres" , Paris, Pauvert, 1967), aura consisté à réintégrer le référentiel des étoiles fixes en astrologie mondiale, permettant ainsi la mise en place d'un supercycle régulier de 4 x 7 ans. L'objection au système que nous prônons est connue : pourquoi cette planète là et ces étoiles là et pas d'autres combinatoires tout aussi acceptables, en principe? L'avantage de Lasson et de Barbault tenait au fait qu'ils n'avaient pas à répondre à cette question de par les options prises qui n'impliquaient pas un choix.
Notre réponse sera la suivante : l’humanité aime les cycles simples, comme en témoigne la fortune du système électoral qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, convoque périodiquement les populations à se choisir de nouveaux dirigeants. En référence à la sociobiologie, nous pensons que l''existence de tels processus cycliques dans la vie politique ne fait que refléter, en remplaçant les astres par les nombres (intervalles de tant d'années entre deux élections), c'est à dire par un calendrier - une structure interne très anciennement ancrée dans l'Inconscient collectif. Il revient à l'astrologie (voir notre intervention à Tours, au colloque de géopolitique, sur teleprovidence) de fournir les outils adéquats, fondés sur une réalité anthropologique autrement plus profonde que celle qui sous entend les actuels systèmes constitutionnels. C'est là que s'ouvre le champ du niveau 1 du NOA, à savoir la détermination du cycle et non ses éventuelles subdivisions qui, quant à elle, relève du niveau 2 du NOA. Mais il ne faut pas mettre la charrue (niveau 2) avant les bœufs (niveau 1). Si l'on file cette image, il est clair que sans astronomie, il n'y a pas d'astrologie qui vaille tout comme un sculpteur a besoin de disposer d'un matériau de départ. Mais sans astrologie, le ciel est ingérable par nos sociétés car il faut y percer des axes comme dans une immense forêt infranchissable. Et une fois ces axes tracés, l'on peut développer des villes, et cela relève d'un troisième plan, qui est celui d'une astrologie appliquée aux avatars multiples.
On notera que certaines personnes sont plus douées pour les microdécisions que pour les macrodécisions. Les unes sont capables de faire une infinité de petits choix mais ont des difficultés à garder en tête une ligne directrice. Les autres sont, en revanche, aptes à se consacrer à des choix majeurs en lâchant pris en aval.
Pour notre part, nous pensons que l'époque actuelle est marquée par des comportements conjonctionnels - jamais il n'y eut autant de réunions au sommet de chefs d'Etat que depuis un an, constate Yves Lenoble (conférence à Source du 8. 12. 09). Ces rencontres sont selon nous au cœur de toute la problématique astrologique (autour de la conjonction Saturne-Régulus) et non pas, comme le pense Lenoble, l'expression d'un cycle parmi d'autres (en l'occurrence la conjonction Jupiter-Neptune en verseau). Quand la dite conjonction Saturne-Régulus aura continué à se défaire, il est évident que la diversité finira par l'emporter- provisoirement - sur l'unité, sans qu'il soit le moins du monde nécessaire de faire intervenir d'autres cycles et d'autres planètes, comme le croit Lenoble. Il y a donc là une inflation, une débauche de cycles tout à fait superfétatoire qui empêche l'astrologie de se centrer sur un seul et unique supercycle. Il importe de passer de l'article indéfini à l'article défini: ne parlons plus d'"un" cycle mais "du" cycle. Inversement, ne gardons pas toutes "les" données astronomiques mais seulement "des" données astronomiques, certaines d'entre elles, sans aucun souci d'exhaustivité. Il n'est pas d'unité ni de cyclicité sans centralité, quand bien même, dans un deuxième temps, l'on puisse être amené à moduler, à adapter. Chaque chose en son temps. Et puisque l'on est dans l'esprit de l'Ecclésiaste, sachons que pour l'astrologie il n'y a rien de nouveau sous le soleil. En ce sens, l'astrologie rejoint la philosophie laquelle tend à tout ramener à des idées, à des concepts simples. Nul n'entre en astrologie s'il n'est philosophe!
Astrologie de crise ou crise de l'astrologie? Il semble bien qu'une fois de plus, les astrologues risquent gros en cherchant à surfer sur une "crise" (le terme avait été utilisé, au début des années Soixante par André Barbault, "La crise mondiale", Paris, Albin Michel). La vraie question est comment la crise est gérée à un moment ou à un autre. Autrement dit, ce n'est pas la crise qui dépend de l'astrologie mais son traitement - ce qui a bien entendu des effets sur le déroulement de la dite crise comme cela le serait pour quelque catastrophe naturelle (tsunami, par exemple, Katarina sur la Nouvelle Orléans etc) ou d'une pandémie (grippe H1 N1) et même dans le cas de 2012, voire de telle guerre mondiale, autant de phénomènes qui ne relèvent pas directement de l'astrologie et dont elle n'a donc pas à rendre compte. L'astrologie ne saurait rendre compte de tout ce qui se passe mais seulement de la façon dont ce qui se passe est perçu. Or, une crise qui se produit lors d'une conjonction supercyclique (ici Saturne en conjonction avec Régulus) sera l'occasion de grands sommets politico-économiques alors qu'en d'autres temps, elle aurait pu avoir des effets inverses, à savoir renforcement du protectionnisme et des cloisonnements. On peut d'ailleurs annoncer que le suivi de la crise actuelle va déboucher, à terme, vers des replis de certaines zones par rapport à d'autres. Et c'est aux astrologues d'annoncer à quel moment risque de se produire un tel basculement - soit en gros le mi-point entre deux conjonctions de Saturne avec deux étoiles fixes royales consécutives, ici entre Régulus et Antarés, et ce, sans que cela fasse intervenir une autre configuration, puisque c'est de la disjonction du supercycle qu'il s'agirait. Quant à l'entrée des planètes en Capricorne (pour Pluton) ou en Bélier (pour Jupiter et Uranus), cela relève d'un découpage zodiacal complètement artificiel (donc de niveau 2 NOA), sans le moindre fondement conjonctionnel. En ce qui concerne la dialectique du sujet et de l'objet, l'astrologie nous parle plus du sujet, l'Homme, l'Humanité, que de l'objet, ce qui lui arrive- au sens littéral du terme et en ce sens nous prônons une astropsychologie mondiale, le grand défaut de l'astrologie mondiale actuelle étant de se polariser sur l'objet en supposant que tout ce qui arrive d'important dans le monde. s'explique par les configurations astrales. Le prochain congrès Source SEP Hermès prévu sur le thème "Quel regard l'astrologue peut-il porter sur notre monde en crise?" (6-7 mars 2010) et auquel nous n'avons pas été invité à intervenir, ne semble pas avoir décidé d'éviter ce type de piège. Cela se comprend d'ailleurs fort bien concernant une astrologie dévertébrée, sans colonne vertébrale et qui n'a donc d'autre issue que de jouer au caméléon, en se faisant le reflet du monde extérieur-objet. La crise de l'astrologie- et de l'astrologue- est bien celle du sujet.(voir nos textes dans le journal de bord). Le sujet fécond génère des objets. En revanche, quand le sujet est stérile; il lui fait importer des compléments. On pense à un plat de spaghetti qui n'est guère mangeable sans l'apport de quelque sauce qui n'a rien à voir, intrinsèquement, avec le produit pâte, même si une tradition s'est constituée, notamment avec la sauce tomate, comme pour les poireaux vinaigrette et la plupart des crudités. A contrario, les fruits sont fréquemment porteurs de leur propre liquide et ne nécessitent pas d'adjuvants. Le sujet doit pouvoir générer de lui-même ce dont il a besoin sans avoir à recourir à des éléments extérieurs, comme une sorte de deus ex machina. Si l'on traduit au niveau de la cyclicité, nous dirons qu'un cycle doit se suffire à lui-même et n'a pas besoin d'interférer avec d'autres cycles.
Il faut arrêter d'opposer une astrologie individuelle, personnelle du sujet et une astrologie mondiale de l'objet. L'astrologie a avant tout, selon nous, vocation à étudier les fluctuations du psychisme collectif incarné et porté par des personnages d'exception (cosmocratique), ce qui, de l'avis des historiens correspondait à sa vocation première avant qu'elle ne se démocratise et par conséquence fasse passer l'objet avant le sujet. En effet, plus on descend dans l'échelle sociale et moins la conscience d'être sujet sera puissante, tout étant perçu comme s'imposant "objectivement" à nous.
Pour en revenir à la question de la "crise", on ne saurait trop insister sur le fait que c'est l'évolution de son traitement qui peut relever de la prévision astrologique, que cela ait des incidences sur la crise en soi est évident -c'est la fameuse interaction du sujet et de l'objet mais il n'en reste pas moins que l'évolution du rapport à l'objet passera avant tout par la cyclicité dont le sujet subit les effets et qui dépasse et transcende le devenir même de l'objet dont les lois qui le régissent ne relèvent qu'accessoirement de l'astrologie, du moins telle que nous la concevons, ce qui permet un dialogue entre l'astrologie et les autres disciplines, du fait d'une certaine division du travail. Or, à partir du moment où l'astrologie se retire du monde de l'objet, elle parvient ainsi à s'épurer (en son niveau 1) et à trouver une nouvelle économie, dans tous les sens du terme, assumant avant tout sa fonction liée au sujet pensant. L'idée selon laquelle les deux guerres mondiales devraient correspondre à des configurations comparables nous apparait dès lors comme épistémologiquement suspecte. La seule question qui se pose est désormais la suivante: comment l'humanité se comporte-t-elle, à telle époque, et comment cela est-il amené à évoluer d'une année sur l'autre, face à tel problème, tel défi, tel challenge "extérieur".? Ce qui serait, précisément, intéressant à mettre en évidence consisterait à montrer que des attitudes semblables peuvent correspondre à des "réalités" dissemblables et vice versa que des attitudes différentes répondent à des réalités pourtant assez proches. Au regard des travaux de Darwin, nous pensons que ceux-ci n'accordent pas assez d'importance au sujet qui ne serait que le jouet du monde de l'objet. C'est selon nous l'évolution du sujet qui est déterminante, sa faculté à s'autostructurer cycliquement, ce qu'il fait en se branchant sur des cycles tels que ceux du cosmos, d'abord consciemment puis, sur des siècles, de plus en plus subconsciemment. N'oublions pas, en effet, qu'une des thèses sous-jacentes à l'astrologie implique l'idée d'un lien subconscient entre les hommes et les astres, ce qui ne signifie aucunement, on ne cessera de le rappeler, que tout ce qui arrive aux hommes est déterminé par les astres, sauf à comprendre "ce qui arrive" comme ce qui (se) joue sur sa réception du monde.
JHB
09. 12. 09
Le nom de Léon Lasson, pionnier par ailleurs dans le domaine des statistiques astrologiques et des planètes transplutoniennes, est certes associé à un échec prévisionnel de première grandeur, son livre, paru en 1938 (et non 1937 comme on l'écrit souvent, il termine son livre à la fin décembre 1937!) n'annonçait-il pas "Quinze ans de paix pour l'Europe" à la veille même de la Seconde Guerre Mondiale laquelle n'épargna certainement pas ce continent? Pronostic d'autant plus étonnant que les événements de l'époque n'étaient pas vraiment rassurants...
Mais par delà et au delà un tel échec, il importe de comprendre les enjeux liés à la démarche de Lasson, dont l'ouvrage avait été préfacé par le belge Gustave-Lambert Brahy, qui d'ailleurs l'avait édité à Bruxelles, aux éditions de la revue Demain.
Brahy présente ainsi l'apport du travail de l'astrologue français : " Ainsi, l'astrologie mondiale qui se trouvait réduite à des principes assez arbitraires ne permettait guère en tout cas de déterminer mieux que la frise extérieure des menus événements. M. Lasson nous fournit dans ce livre la trame essentielle. Grâce à lui, nous pouvons suivre et devancer le cours des événements".(p.11)
Un des mérites de Lasson aura été, en tout cas, d'avoir compris que la multiplication des cycles conjonctionnels les disqualifiait pour tenir le rôle de référentiel dominant. Et pour cette raison, Lasson se mit en quête d’un phénomène plus rare, à savoir les éclipses, cantonnant dès lors les conjonctions à un rôle subalterne, du fait même de leur nombre, celles-ci prolongeant dans le temps en quelque sorte les effets de l'éclipse, ce qui permettait à la dite éclipse de couvrir une période relativement longue. A un tout autre niveau, que dire de ces astrologues calculant la "dominante" d'un thème en combinant les paramètres et les critères les plus divers? Pas plus nous ne suivrons Brahy quand il écrit: "Ne perdez jamais de vue qu'il faut proportionner vos conclusions à la fréquence et à l'importance des configurations en jeu. Si vous rencontrez par exemple un mauvais aspect Mars-Uranus qui se produit plusieurs fois par an, ne concluez pas à la catastrophe et encore moins à la fin du monde. Ne maintenez une conclusion que lorsqu'elle s'appuie sur d'autres facteurs qui la fortifient ou la confirment" ("Clef de la prévision des événements mondiaux et des fluctuations économiques et boursières"(Paris, Ed. Traditionnelles, 1989, p. 243). Il n'est, en effet, pas question pour nous de jauger la valeur d'une configuration en rapport à sa rareté. Les conjonctions de Saturne avec les quatre étoiles fixes ne sont pas spécialement rares mais elles constituent, selon nous, le super-cycle dont tout le reste dépend et découle, si tant est que l'on cherche (au niveau 2 de NOA) de recourir à toutes sortes de combinatoires dont la teneur épistémologique est incomparablement moins significative.
L'avantage que Lasson crut par ailleurs trouver dans cette mise en avant des éclipses (que Fomalhaut avait déjà recommandé de ne pas ignorer dans son "Manuel d'astrologie sphérique???" de 1897) était leur faculté de localisation, une éclipse n'étant pas visible partout sur terre. Là où elle était visible, là elle agirait le plus, pensait-il. C'est ce qui lui faisait, justement, dire en 1938 que l'Europe serait épargnée vu que les éclipses et occultations à venir ne se produiraient pas dans cette zone géographique...En revanche, d'autres parties du monde devraient, selon lui, être bien plus gravement affectées au cours des années à venir. Echec patent, donc, avec le recul, au niveau de la localisation.
Gabriel Trarieux d'Egmont, influencé par Lasson, rédige dans un "Essai de prévisions sur la guerre", Paris, Flammarion, un "mea culpa": "Je n'avais pas annoncé la guerre et les autres astrologues non plus (...) je n'avais pas prédit la guerre. Je l'avais même formellement écartée. C'est fâcheux pour moi seulement. Il va sans dire que cette erreur n'est pas imputable à l'astrologie. mais à ses imparfaits interprètes" (p.11). Mais cet auteur est tributaire des limites de l''outillage" dont il dispose, à commencer par les éphémérides qui, alors, paraissaient année par année, ce qui condamnait à recourir à des expédients comme les directions, calculées à partir du thème. Il aura donc fallu une amélioration dans l'édition des données astronomiques pour qu'une astrologie mathématique soit remplacée par une astrologie astronomique ou du moins lui accorde une certaine place..
Lasson, on l'a compris, croyait avoir trouvé avec les éclipses le super système au sein duquel tout le reste de l'astrologie viendrait s'inscrire, une sorte de panacée universelle. Ce faisant, Lasson eut le mérite d'esquisser ce que nous appelons le niveau 1 du NOA et Brahy en comprenait les enjeux. Si l'on ne les suivra pas en ce qui concerne les éclipses, le principe d'une telle recherche nous semble essentiel et ne pas avoir été compris suffisamment après la Guerre, notamment par J. P. Nicola qui s'accommoda fort bien d'une astrologie de la diversité et de la complexité (soit le niveau 2 de NOA). Quant aux tentatives d'André Barbault avec l'indice de concentration planétaire, il avait le mérite de présenter une sorte de synthèse cyclique, incluant un bouquet de planètes lentes (de Jupiter à Pluton). Le défaut des solutions proposées tant par Lasson que par Barbault nous apparait comme étant l'absence d'une cyclicité centrale si l'on entend par là des périodes de même dimension et de même nature, tout au long. Quel cycle des éclipses? Quel cycle de l'indice de concentration planétaire?
La solution que nous proposons, soixante-dix ans environ après Lasson (1938) et quarante ans environ après Barbault ("Les hommes et les astres" , Paris, Pauvert, 1967), aura consisté à réintégrer le référentiel des étoiles fixes en astrologie mondiale, permettant ainsi la mise en place d'un supercycle régulier de 4 x 7 ans. L'objection au système que nous prônons est connue : pourquoi cette planète là et ces étoiles là et pas d'autres combinatoires tout aussi acceptables, en principe? L'avantage de Lasson et de Barbault tenait au fait qu'ils n'avaient pas à répondre à cette question de par les options prises qui n'impliquaient pas un choix.
Notre réponse sera la suivante : l’humanité aime les cycles simples, comme en témoigne la fortune du système électoral qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, convoque périodiquement les populations à se choisir de nouveaux dirigeants. En référence à la sociobiologie, nous pensons que l''existence de tels processus cycliques dans la vie politique ne fait que refléter, en remplaçant les astres par les nombres (intervalles de tant d'années entre deux élections), c'est à dire par un calendrier - une structure interne très anciennement ancrée dans l'Inconscient collectif. Il revient à l'astrologie (voir notre intervention à Tours, au colloque de géopolitique, sur teleprovidence) de fournir les outils adéquats, fondés sur une réalité anthropologique autrement plus profonde que celle qui sous entend les actuels systèmes constitutionnels. C'est là que s'ouvre le champ du niveau 1 du NOA, à savoir la détermination du cycle et non ses éventuelles subdivisions qui, quant à elle, relève du niveau 2 du NOA. Mais il ne faut pas mettre la charrue (niveau 2) avant les bœufs (niveau 1). Si l'on file cette image, il est clair que sans astronomie, il n'y a pas d'astrologie qui vaille tout comme un sculpteur a besoin de disposer d'un matériau de départ. Mais sans astrologie, le ciel est ingérable par nos sociétés car il faut y percer des axes comme dans une immense forêt infranchissable. Et une fois ces axes tracés, l'on peut développer des villes, et cela relève d'un troisième plan, qui est celui d'une astrologie appliquée aux avatars multiples.
On notera que certaines personnes sont plus douées pour les microdécisions que pour les macrodécisions. Les unes sont capables de faire une infinité de petits choix mais ont des difficultés à garder en tête une ligne directrice. Les autres sont, en revanche, aptes à se consacrer à des choix majeurs en lâchant pris en aval.
Pour notre part, nous pensons que l'époque actuelle est marquée par des comportements conjonctionnels - jamais il n'y eut autant de réunions au sommet de chefs d'Etat que depuis un an, constate Yves Lenoble (conférence à Source du 8. 12. 09). Ces rencontres sont selon nous au cœur de toute la problématique astrologique (autour de la conjonction Saturne-Régulus) et non pas, comme le pense Lenoble, l'expression d'un cycle parmi d'autres (en l'occurrence la conjonction Jupiter-Neptune en verseau). Quand la dite conjonction Saturne-Régulus aura continué à se défaire, il est évident que la diversité finira par l'emporter- provisoirement - sur l'unité, sans qu'il soit le moins du monde nécessaire de faire intervenir d'autres cycles et d'autres planètes, comme le croit Lenoble. Il y a donc là une inflation, une débauche de cycles tout à fait superfétatoire qui empêche l'astrologie de se centrer sur un seul et unique supercycle. Il importe de passer de l'article indéfini à l'article défini: ne parlons plus d'"un" cycle mais "du" cycle. Inversement, ne gardons pas toutes "les" données astronomiques mais seulement "des" données astronomiques, certaines d'entre elles, sans aucun souci d'exhaustivité. Il n'est pas d'unité ni de cyclicité sans centralité, quand bien même, dans un deuxième temps, l'on puisse être amené à moduler, à adapter. Chaque chose en son temps. Et puisque l'on est dans l'esprit de l'Ecclésiaste, sachons que pour l'astrologie il n'y a rien de nouveau sous le soleil. En ce sens, l'astrologie rejoint la philosophie laquelle tend à tout ramener à des idées, à des concepts simples. Nul n'entre en astrologie s'il n'est philosophe!
Astrologie de crise ou crise de l'astrologie? Il semble bien qu'une fois de plus, les astrologues risquent gros en cherchant à surfer sur une "crise" (le terme avait été utilisé, au début des années Soixante par André Barbault, "La crise mondiale", Paris, Albin Michel). La vraie question est comment la crise est gérée à un moment ou à un autre. Autrement dit, ce n'est pas la crise qui dépend de l'astrologie mais son traitement - ce qui a bien entendu des effets sur le déroulement de la dite crise comme cela le serait pour quelque catastrophe naturelle (tsunami, par exemple, Katarina sur la Nouvelle Orléans etc) ou d'une pandémie (grippe H1 N1) et même dans le cas de 2012, voire de telle guerre mondiale, autant de phénomènes qui ne relèvent pas directement de l'astrologie et dont elle n'a donc pas à rendre compte. L'astrologie ne saurait rendre compte de tout ce qui se passe mais seulement de la façon dont ce qui se passe est perçu. Or, une crise qui se produit lors d'une conjonction supercyclique (ici Saturne en conjonction avec Régulus) sera l'occasion de grands sommets politico-économiques alors qu'en d'autres temps, elle aurait pu avoir des effets inverses, à savoir renforcement du protectionnisme et des cloisonnements. On peut d'ailleurs annoncer que le suivi de la crise actuelle va déboucher, à terme, vers des replis de certaines zones par rapport à d'autres. Et c'est aux astrologues d'annoncer à quel moment risque de se produire un tel basculement - soit en gros le mi-point entre deux conjonctions de Saturne avec deux étoiles fixes royales consécutives, ici entre Régulus et Antarés, et ce, sans que cela fasse intervenir une autre configuration, puisque c'est de la disjonction du supercycle qu'il s'agirait. Quant à l'entrée des planètes en Capricorne (pour Pluton) ou en Bélier (pour Jupiter et Uranus), cela relève d'un découpage zodiacal complètement artificiel (donc de niveau 2 NOA), sans le moindre fondement conjonctionnel. En ce qui concerne la dialectique du sujet et de l'objet, l'astrologie nous parle plus du sujet, l'Homme, l'Humanité, que de l'objet, ce qui lui arrive- au sens littéral du terme et en ce sens nous prônons une astropsychologie mondiale, le grand défaut de l'astrologie mondiale actuelle étant de se polariser sur l'objet en supposant que tout ce qui arrive d'important dans le monde. s'explique par les configurations astrales. Le prochain congrès Source SEP Hermès prévu sur le thème "Quel regard l'astrologue peut-il porter sur notre monde en crise?" (6-7 mars 2010) et auquel nous n'avons pas été invité à intervenir, ne semble pas avoir décidé d'éviter ce type de piège. Cela se comprend d'ailleurs fort bien concernant une astrologie dévertébrée, sans colonne vertébrale et qui n'a donc d'autre issue que de jouer au caméléon, en se faisant le reflet du monde extérieur-objet. La crise de l'astrologie- et de l'astrologue- est bien celle du sujet.(voir nos textes dans le journal de bord). Le sujet fécond génère des objets. En revanche, quand le sujet est stérile; il lui fait importer des compléments. On pense à un plat de spaghetti qui n'est guère mangeable sans l'apport de quelque sauce qui n'a rien à voir, intrinsèquement, avec le produit pâte, même si une tradition s'est constituée, notamment avec la sauce tomate, comme pour les poireaux vinaigrette et la plupart des crudités. A contrario, les fruits sont fréquemment porteurs de leur propre liquide et ne nécessitent pas d'adjuvants. Le sujet doit pouvoir générer de lui-même ce dont il a besoin sans avoir à recourir à des éléments extérieurs, comme une sorte de deus ex machina. Si l'on traduit au niveau de la cyclicité, nous dirons qu'un cycle doit se suffire à lui-même et n'a pas besoin d'interférer avec d'autres cycles.
Il faut arrêter d'opposer une astrologie individuelle, personnelle du sujet et une astrologie mondiale de l'objet. L'astrologie a avant tout, selon nous, vocation à étudier les fluctuations du psychisme collectif incarné et porté par des personnages d'exception (cosmocratique), ce qui, de l'avis des historiens correspondait à sa vocation première avant qu'elle ne se démocratise et par conséquence fasse passer l'objet avant le sujet. En effet, plus on descend dans l'échelle sociale et moins la conscience d'être sujet sera puissante, tout étant perçu comme s'imposant "objectivement" à nous.
Pour en revenir à la question de la "crise", on ne saurait trop insister sur le fait que c'est l'évolution de son traitement qui peut relever de la prévision astrologique, que cela ait des incidences sur la crise en soi est évident -c'est la fameuse interaction du sujet et de l'objet mais il n'en reste pas moins que l'évolution du rapport à l'objet passera avant tout par la cyclicité dont le sujet subit les effets et qui dépasse et transcende le devenir même de l'objet dont les lois qui le régissent ne relèvent qu'accessoirement de l'astrologie, du moins telle que nous la concevons, ce qui permet un dialogue entre l'astrologie et les autres disciplines, du fait d'une certaine division du travail. Or, à partir du moment où l'astrologie se retire du monde de l'objet, elle parvient ainsi à s'épurer (en son niveau 1) et à trouver une nouvelle économie, dans tous les sens du terme, assumant avant tout sa fonction liée au sujet pensant. L'idée selon laquelle les deux guerres mondiales devraient correspondre à des configurations comparables nous apparait dès lors comme épistémologiquement suspecte. La seule question qui se pose est désormais la suivante: comment l'humanité se comporte-t-elle, à telle époque, et comment cela est-il amené à évoluer d'une année sur l'autre, face à tel problème, tel défi, tel challenge "extérieur".? Ce qui serait, précisément, intéressant à mettre en évidence consisterait à montrer que des attitudes semblables peuvent correspondre à des "réalités" dissemblables et vice versa que des attitudes différentes répondent à des réalités pourtant assez proches. Au regard des travaux de Darwin, nous pensons que ceux-ci n'accordent pas assez d'importance au sujet qui ne serait que le jouet du monde de l'objet. C'est selon nous l'évolution du sujet qui est déterminante, sa faculté à s'autostructurer cycliquement, ce qu'il fait en se branchant sur des cycles tels que ceux du cosmos, d'abord consciemment puis, sur des siècles, de plus en plus subconsciemment. N'oublions pas, en effet, qu'une des thèses sous-jacentes à l'astrologie implique l'idée d'un lien subconscient entre les hommes et les astres, ce qui ne signifie aucunement, on ne cessera de le rappeler, que tout ce qui arrive aux hommes est déterminé par les astres, sauf à comprendre "ce qui arrive" comme ce qui (se) joue sur sa réception du monde.
JHB
09. 12. 09
La fortune du quatrain du couronnement, d'Henri IV à Henri V
Estudes nostradamiennes
par Jacques HalBronn
Les deux dernières grandes crises dynastiques que la France connut sont à situer autour de 1584-1594 et, près de trois siècles plus tard, autour des années 1870-1883. Ce furent deux moments importants pour l'histoire des Centuries mais le second est sensiblement moins bien connu, tant au niveau de l'Histoire événementielle qu'à celui de l'Histoire du nostradamisme voire de l'astrologie (voir notre thèse d'Etat, "Le texte prophétique en France, formation et fortune", téléchargeable sur propheties.it). Les relations entre astrologie et nostradamisme au XIXe siècle n'avaient jusque là pas été abordées par nos soins et nous réparons ici une lacune.
Si le XVIe siècle fut marqué par le passage des Valois aux Bourbons, un autre scénario aurait pu, en 1593, imposer les Guises et les Lorrains qui se voulaient descendre des Carolingiens, le XIXe siècle aura été marqué par un encore plus extraordinaire kaléidoscope dynastique. Il commence par Bonaparte, puis l'on passe à deux Bourbons et c'est ensuite l'heure des Orléans, puis à nouveau un Bonaparte. Et selon les interprètes des prophéties, il y aurait à nouveau un Bourbon pour finir avec un Orléans.( voir Torné, "Portraits Prophétiques d'après Nostradamus (..) ou Napoléon III, Pie IX, Henri V, d'après l'Histoire prédite et jugée par Nostradamus etc. ", Poitiers, H. Oudin, 1871; sur la cause orléaniste, cf. Félix Deperlas, "La destinée de M. le Comte de Paris d'après Nostredame", Paris, octobre 1876, BNF) On serait ainsi dans une sorte de république monarchique où tous les candidats au pouvoir devraient appartenir à l'une ou l'autre des dynasties en présence et constituent une menace les uns pour les autres (voir les tentatives subversives de 1839-1840, sous la Monarchie de Juillet, autour de la prophétie d'Orval; cf "Le texte prophétique en France", op. cit.). Ce modèle ne fonctionnera pas, comme on sait, au siècle suivant, le septennat générant ses propres souverains républicains.
Pour en rester au parallèle que nous établissons à près de trois siècles de distance (seconde moitié du XVIe -seconde moitié du XIXe), il y a quelques détails anecdotiques à relever comme celui du nom de Chavigny, auteur ou en tout cas éditeur - au sens anglo-saxon du mot - du Janus Gallicus (1594) et commentateur des Centuries sous le Second Empire et au début de la IIIe République, en la personne de l'abbé Torné-Chavigny. La différence entre les deux époques ainsi mises en parallèle tient avant tout au fait, du point de vue du corpus nostradamique, que dans un cas, c'est le texte même des quatrains qui est retouché, modifié, "complété" alors que dans l'autre, ce texte étant désormais définitivement cristallisé, il n'est plus question que de commentaire, de glose externes et non plus, en quelque sorte, internes. Mais, il n'en reste pas moins que dans les deux cas, l'on fait parler Nostradamus, le "Grand Prophète" selon l'expression de l'abbé Torné, sur les événements du moment.
Nous mettrons au centre de la présente étude le quatrain IV, 86, dont le caractère astrologique - du point de vue conjonctionnel - est au demeurant, assez patent, et son traitement quasiment à 300 ans d'écart face à des situations relativement comparables, à savoir de graves enjeux dynastiques, ce qui relativise quelque peu l'impact de la Révolution Française sur le cours de la monarchie.
Nous ne reviendrons cependant que succinctement sur la première crise, aux seules fins de ménager quelque comparaison avec la seconde. Rappelons que les Valois n'ayant pas eu d'enfants légitimes, la couronne devait passer à de lointains cousins, les Bourbons qui avaient le tort d'être passés à la Réforme, notamment dans le cas du premier d'entre eux, Henri de Navarre. Nous avons montré (voir nos Estudes nostradamiennes et notre post doctorat sur "Giffré de Réchac et la renaissance de la critique nostradamienne au XVIIe siècle", sur le site propheties.it) que le quatrain IV, 86 avait été mis en avant par les adversaires d'Henri de Navarre et faisait pendant au quatrain IX, 86 lié au couronnement de ce dernier à Chartres et non à Reims (1594). Or, c'est ce même quatrain IV, 86 qu'utilise, le datant astrologiquement, Anatole Le Pelletier pour annoncer le prochain avènement d'Henri V, au cours des années 1870. A noter qu'Henri V, seul arrière-arrière petit fils légitime de Louis XV - si l'on excepte toutefois la (prétendue) descendance d'un Louis XVII - n'a pas non plus d'enfants - ce qui fut le sort des Valois, en 1589 - et qu'il lui faut accepter à terme de passer le relais aux cousins Orléans, qui ont déjà régné de 1830 à 1848, en la personne de Louis-Philippe Ier, dont le règne avait été endeuillé en 1842 par la mort accidentelle de son fils.
Il est clair que le premier volet des Centuries favorisait le clan catholique et que le second était exploité par le clan réformé, annonçant notamment la victoire des Bourbons sur les Lorrains, dynastie ayant également des vues alors sur le trône de France. Ce n'est qu'ultérieurement que les deux volets seront réunis, après l'abjuration et le couronnement d'Henri IV, ce qui mit fin au projet d'Etats Généraux ayant pour mission d'élire un nouveau roi de France, entre plusieurs candidats dont le Marquis de Pont à Mousson, de la maison de Lorraine, au point que par la suite, l'on voudra attribuer l'ensemble, tel quel, au seul Nostradamus. Processus unitaire qui fait écho à l'Edit de Nantes de 1598.
En ce qui concerne la seconde crise, elle se solda par un échec définitif pour toute dynastie en France, du moins tout au long du XXe siècle. Mais, pour le XIXe siècle, il s'en fallut de peu qu'une des dynasties ayant régné fût rétablie en France au cours des années 1870 (jusqu'à l'amendement Wallon de 1877 qui correspond à un ressaisissement de la IIIe République). Si Henri V (puisqu'on l'appelait volontiers ainsi) le "dernier" Bourbon, petit fils de Charles X, avait été plus inspiré, le parti monarchiste eut probablement trouvé son unité. A la différence de son aïeul, Henri IV (qui abjura le protestantisme, "Paris vaut bien une messe"), il n'accepta pas certaines concessions (affaire du drapeau blanc) pour s'entendre avec les Orléans dont il reconnaissait pourtant, faute de descendance, que c'est à eux qu'ensuite reviendrait la couronne. Un Torné Chavigny mettra son talent de commentateur au service du comte de Chambord, lisant dans Norlaris, non pas l'anagramme de Lorraine mais celui d'Orléans... Quant au retour de Napoléon III -successeur attitré de son oncle avant la naissance du roi de Rome - il aurait pu se concevoir, à la façon des Cent Jours, avec l'empereur revenu de l'Ile d'Elbe, si la maladie n'avait eu raison de lui, en janvier 1873 et si son fils avait été un peu plus âgé- il n'atteindra la majorité de 18 ans qu'en 1874, l'option d'une régence de l'Impératrice ne passant guère. (voir A. Frerejean, "Napoléon IV, un destin brisé (1856-1879)", préface de Philippe Seguin, Paris, Albin Michel, 1997), le précédent de Catherine de Médicis et plus généralement des régences du XVIIe siècle, ne faisant pas foi.
L'Histoire de l'Astrologie et du nostradamisme -et du prophétisme en général - nous invite souvent à revisiter des moments oubliés et parfois à peine signalés, à tort ou à raison, dans les manuels d'Histoire, ce qui apparente une telle littérature à une forme de presse, de journalisme, en tout cas de propagande, où l'effet d'annonce est déterminant, parfois au service d'une cause bien fragile. On est dans l'Histoire à chaud sinon dans la "petite" Histoire. Etrange paradoxe que des outils qui supposeraient une prise de distance, tant dans l'espace (les astres) que dans le temps (les Centuries censées parues dans les années 1550) et qui, en réalité, se font le reflet de projets avortés ou tombés totalement dans les oubliettes, les poubelles de l'Histoire. En ce sens, il est vrai, l'étude de cette littérature prophétique apparait comme une précieuse et probablement incontournable source de documentation pour l'Historien qui ne saurait se contenter de valider, après coup, la façon dont ont finalement, parfois in extremis, tourné les événements, ce qui tend à relativiser l'importance et la nécessité des dits événements, permettant ainsi une approche plurielle de l'Histoire, sans tomber dans la fiction.
Les auteurs que nous aborderons étaient fort concernés, au lendemain de la défaite française face à la Prusse, par l'idée d'un retour de Napoléon III et, à sa mort (en janvier 1873), de Napoléon IV (1856-1879), donc âgé de 16 ans lors du décès de son père. Mais le prophétisme aime les jeunes princes et leur promet volontiers des ascensions fulgurantes. N'oublions pas le cas de Louis XVII! En cela, la fin du XIXe siècle n'aura rien eu à envier celle du XVIe siècle. Selon nous, comprendre ce qui s'est passé, au niveau de la littérature prophétique au début des années 1870 permet de mieux comprendre la période finissante de la dynastie des Valois des années 1580-1590, au sein du même pays, le bonapartisme n'étant pas sans rappeler les Guise, la Lorraine et la Corse étant des provinces périphériques, et le républicanisme laïc- qui sortira vainqueur de l 'affaire - pouvant exprimer un néo-protestantisme.
I Le Pelletier et le quatrain IV, 86
Il importe de comprendre que l'usage de l'astrologie mondiale est considérablement plus facile, au niveau astronomique, que celui de l'astrologie généthliaque. Autrement dit, l'astrologie mondiale n'exige pas de manuels, de traités. Son principe est des plus simples: quand il y a conjonction, cela correspond à une échéance du point de vue de la vie publique et pour savoir s'il y a conjonction, il suffit de parcourir des tables planétaires et de repérer deux planètes dont les chiffres coïncident, en tel mois de telle année. Un jeu d'enfants qui n'est pas sans faire songer à ces machines que l'on trouve dans les casinos où l'on gagne quand les mêmes motifs se retrouvent sur une même ligne! Dès qu'il s'agit de rechercher un autre aspect que la conjonction, cela devient déjà sensiblement plus ardu! Et bien entendu, au niveau de l'observation directe du ciel, la conjonction est un des phénomènes les plus manifestes.
C'est ainsi que l'auxerrois Anatole Le Pelletier, l'auteur, en 1867, des "Oracles", à l'occasion du troisième centenaire de la mort de Nostradamus, en 1866, dans un fascicule d'une série (non signalée par Benazra) intitulée "La clef des temps", dès 1872, écrivait, à propos de IV, 86 :
"Saturne dont la révolution est de trente ans environ passe deux ans et demi alternativement dans chaque signe. Il entrera dans le verseau en 1874 et par conséquent il s'y trouvera en conjonction avec le soleil dont la révolution est d'un an et qui passe alternativement dans chaque signe. La même conjonction se réitérera en 1875 et peut-être encore au commencement de 1876...' Le Pelletier annonce, dans son plan de parutions d'une série de cahiers, une "Dissertation sur l'astrologie judiciaire" dont nous ignorons si elle parut jamais. Signalons que le texte ci dessus est un commentaire astrologique du quatrain 86 de la centurie IV et que Le Pelletier relie le mot "eau" du premier verset avec ...le verseau (alors que la tradition astrologique en fait un signe d'air) / "L'an que Saturne en eaue sera conjoinct". Quatrain au demeurant royal voire impérial "Avecques Sol, le Roy fort & puissant/ A Reims & Aix sera receu & oingt...."
A la mort de Napoléon III, début 1873, Le Pelletier - dans son "Apollon Pythien et Michel de Nostredame . Lettres au sujet de la mort de Napoléon III et oracles qui y ont trait" (Benazra, en dépit du titre, date, à tort cet ouvrage de 1843, RCN, p. 389) déclare patent l'échec de l'abbé Torné-Chavigny
Mais dès 1867 (réédition 1976), Le Pelletier avait fait paraitre, à la fin de ses "Oracles" des "fragments fatidiques de 1866 à l'Antéchrist", autour d'une terminologie planétaro-mythologique (Mars, Jupiter, Saturne)
II Le nostradamisme astrologique de Ch. de Villeplaine
Villeplaine, dont on nous dit qu'il fut zouave pontifical, est quasiment absent des travaux nostradamologiques consacrés au XIXe siècle. Il est pourtant, comme le signale R. Benazra(voir Répertoire Chronologique Nostradamique, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, p. 427 et 429-431), pris à parti, en sa qualité d'astrologisant, par l'abbé Torné-Chavigny, dans ses éditions de l'Almanach du Grand Prophéte. Il nous a donc semblé utile de nous étendre quelque peu sur son œuvre "prophétique" dont cependant une partie - à commencer par le nom de leur auteur - ne nous est connue que par ce qu'en dit son contemporain Torné (Almanach pour 1877, p. 10, Paris, chez l'auteur, BNF Lc 22 466 (1877) et Lc22 466 (1877) A)
La BNF a conservé divers ouvrages de Villeplaine, parus soit sous le nom de Delphes soit anonymement, dont certains connurent plusieurs éditions (ils sont presque tous sur le site numérisé Gallica). En fait -et Torné s'en plaint - aucun de ses textes n'est signé de son nom et c'est par Torné que nous l'identifions: "Qu'on ne me fasse pas solidaire non plus de l'auteur de "Ce que sera le règne du Grand Roi. Le 16 décembre prochain" et autres petites feuilles du même genre. M. Ch. de Villeplaine les publie malgré moi. Il me fait le plus grand tort en ne les signant pas et en donnant à penser qu'elles ont été inspirées par l'étude de mon travail"("Henri V prédit", Bruxelles, 1875, p. 7)
L'ordre que nous proposons tient compte du contexte politique dans lequel chaque document s'inscrit.
A Textes parus avant la mort de Napoléon III
pseudo C.V. B. Delphes, "Morts de Napoléon III et Napoléon IV", chez Madre, Paris (BNF, numérisation Gallica NUMM 5456488)
Delphes (sans les initiales) "Morts de Napoléon III et de Napoléon IV. Fixation des époques
1 Du retour de Napoléon III, 2 de la nouvelle chute de Napoléon III, 3 de la mort de Napoléon III; 4 de la mort de Napoléon IV, 5 de l'avènement de Henri V; 6 du troisième siège de Paris, Paris, Madre (Lb57 2931)
Il est probable que Villeplaine ait eu vent des velléités de Napoléon III et de ses partisans de reprendre le pouvoir, début 1873 mais la maladie et la mort déjouèrent tous les plans. En octobre 1873, Villeplaine propose un nouveau scénario:
B Début 1873; mort de Napoléon III.
-Prophéties précises et claires. Napoléon IV, Henri V et la République Octobre 1873 (Lb57 4499)
-Prophéties précises et claires Napoléon IV, Henri V et la République, Paris, J. Madre (Lb57 4499 B)
A ne pas confondre avec la plaquette " Napoléon IV et Henri V", 1872, violement hostile au bonapartisme et sans caractère prophétique.
Enfin, l'astrologie réapparait au titre.
-Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874. Paris 1874. BNF Lb56 5104
-Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques
BNF Lb57 5740
Comme Torné le rapportera, en 1875, dans son "Henri V prédit", Bruxelles, pp. 7 et seq), Villeplaine, en restituant un passage d'une lettre reçue de Villeplaine, le 12 novembre 1874, annonçait la mort de MacMahon, président de la République suivie de peu de celle de Napoléon IV (soit deux ans après la mort de son père) : " "Ce que sera le règne du grand Roi; Par calculs astronomiques, c'est le 16 décembre prochain 1874 qu'aura lieu tout au moins la mort de Mac Mahon, congestion et apoplexie foudroyante. Au milieu de janvier 1875, Napoléon IV -qui ne se mariera pas- disparaitra -c'est un scrofuleux. Le 16 décembre prochain va être imprimé".
Or, Villeplaine, apparemment conscient des limites du prévisionisme nostradamique, notamment en matière de fixation de dates, accorde, dans ses dernières publications connues, la plus grande importance à une conjonction de Mars et de Jupiter, pour le 16 décembre 1874 :
"Le 16 décembre à 2 heures 53 minutes du matin (Mars se dirige sur Jupiter) aura lieu la conjonction des planètes Jupiter et Mars. A ce moment là, les ascensions droites et les déclinaisons de ces deux corps célestes seront sensiblement identiques"
"Commence le 15 novembre 1874 et finit le 15 janvier 1875'
"Mois lunaire du 14 décembre 1874 au 13 janvier 1875"
Cette conjonction Mars-Jupiter eut bien lieu, à la mi-décembre 1874 à 25° Balance (cf. "Grandes Ephémérides" de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151) mais sans les effets escomptés. C'est elle, donc, qui désignait la mort de Mac Mahon, maréchal -donc soldat (Mars) et président (Jupiter). Celui-ci (né en 1808, la même année que ? Napoléon III) ne mourut pas à la date fixée - mais en 1893 après avoir quitté, avant la fin de son septennat, le pouvoir début 1879 ; ayant fait sa carrière sous Napoléon III (Guerres de Crimée, d'Italie, il est Duc de Magenta), ce comte, d'ascendance irlandaise, était en place depuis mai 1873, succédant à Thiers. Quant à Napoléon IV, il fut tué au combat, en Afrique du Sud, contre les Zoulous, sous l'uniforme anglais.
L'intérêt d'un tel corpus, échelonné sur quelques années est d'observer comment Villeplaine retouche, corrige le tir, par l'ajout ou la suppression d'une phrase, chaque fois, d'une édition à l'autre, d'une publication à l'autre, dès lors que de nouvelles données événementielles lui sont fournies, à commencer par la mort de Napoléon III au début de 1873 qui porta un coup terrible à l'abbé Torné, ce dont se gaussera un Chabauty ou une mort annoncée par le dit Villeplaine ne se réalisant pas comme celle du Prince Impérial. Mais tous ces prophètes n'en resteront pas moins convaincus du prochain avènement d'Henri V lequel ne décédera qu'en 1883, 4 ans après Napoléon IV (voir en 1881, de G. Vallée, "Henri V sauveur de la France. Son avènement prochain d'après les prophéties les plus authentiques, Paris, V. Palmé, BNF, dans lequel est cité (p. 28) le fameux quatrain "royal", IV, 86. C'est là une épée de Damoclès qui restera longtemps placée au dessus du destin de la IIIe République. Prophétisme et vie politique sont indissociables, chaque camp prophétique s'inscrivant, comme sous la Ligue, dans un certain camp politique, d'ailleurs est-il raisonnable de nier qu'il puisse en être autrement? (voir notre étude sur l'anti-astrologisme nostradamiste, au lendemain de la Guerre de 1870, dans la présente livraison)
Ce Villeplaine avait, sur les conseils de l'abbé Torné, abandonné l'astrologie puis aurait "rechuté", probablement fasciné par sa découverte conjonctionnelle. "Malheureusement, note l'abbé, la conversion n'a pas été durable et l'astrologue moderne [donc Villeplaine] est revenu prédire à jour fixe la mort de Mac Mahon et celle du prince impérial" (Almanach pour 1877, p. 10). C'est notamment, probablement, à Villeplaine que s'adresse l'abbé quand il publie son "Nostradamus et l'astrologie" (Nouvelle Lettre du Grand Prophète, 1872, BNF 8° V Pièce 3372, voir notre étude sur l'anti-astrologie de Torné, dans la présente livraison)
Si les documents que nous indiquons ne sont jamais signés Villeplaine - comme le note Torné - la double terminologie employée ('astrologique", "nostradamienne") nous semble pouvoir conforter une telle attribution, outre le fait que ces "Calculs" seraient bel et bien parus en 1874, aux dires de l'almanach sus mentionné. En tout état de cause, ce que Torné relate (dans son Almanach pour 1877, reprenant celui pour 1873) des publications de Villeplaine correspond littéralement aux dates figurant sur les fascicules susmentionnés.
Les passages de ces fascicules fort minces qui sous tendent notre propos sont les suivants:
"Ceux qui croient encore au gouvernement des choses de ce monde, à ceux qui considèrent l'harmonie des astres la magnifique horloge sur laquelle Dieu a gravé non seulement les grandes heures de l'Univers et de l'Humanité mais encore les divisions infinitésimales de temps par rapport aux êtres. Pauvres d'esprit! Au point de vue purement astrologique cette conjonction (Mars-Jupiter) permet de conjecturer qu'à cette époque les apoplexies, les congestions et en un mot toutes les maladies violentes qui affectent la tête et le cœur seront nombreuses- les accidents, particulièrement les chutes (de cheval) seront également à redouter. C'est alors que les Grands, en général, pourront craindre que la main du Seigneur s'appesantisse sur eux. Un Grand de la Terre dont la réputation est universelle est plus menacé que tous, il devra se recueillir car la mort a la faux levée sur sa tête". Villeplaine annonce le décès proche de Napoléon IV, ce qui laissera, prophétise-t-il, bien à tort, la place pour Henri V.
Cette conjonction (mais aussi parallèle de déclinaison) de Mars et Jupiter de 1874- qui est au demeurant un phénomène astronomique assez fréquent , bien plus que la conjonction Saturne-Jupiter- n'en est pas moins, symboliquement, à mettre en vis à vis, toute proportion gardée, de la conjonction Jupiter-Saturne de 1584. Force est de constater, enfin, que le mélange d'astrologie et de nostradamisme se retrouve, à trois siècles d'intervalle et semble être un des traits spécifiques de l'astrologie française. Le fait est que Torné n'a pas tort de s'interroger sur la dimension astrologique du canon centurique (qui d'ailleurs ne comporte pas les almanachs, les pronostications et autres publications périodiques) et il semble bien qu'à la mort de Nostradamus, d'aucuns se soient efforcé de le faire passer avant tout pour un prophète. Une telle évolution avait eu des précédents, notamment avec, à la fin du XVe siècle, Johannes Lichtenberger dont les pronostications astrologiques donnèrent lieu en France, dans les années 1520, à un "Mirabilis Liber", truffé de prophéties dépassant largement le seul cadre de l'astrologie.(voir notre "Texte prophétique en France", op. cit.)
Force est donc de constater que tant Villeplaine que Le Pelletier étaient en mesure au début des années 1870 de se référer à des données astronomiques et il est à supposer que leurs lecteurs étaient peu ou prou en mesure de les suivre, voire de vérifier leurs dires dans la "Connaissance des Temps". D'ailleurs, en 1874, le chanoine Chabauty, hostile à l'astrologie, prenait la peine de décrire par le menu, en cinq points, le dit savoir astrologique ("Les prophéties modernes vengées", Poitiers, p. 107) :
1° Les maisons, 2° les regards, 3° les conjonctions des planètes dans la même maison, 4° les astres seigneurs, 5°les astres ascendants. En fait Chabauty par "maison" désigne le "signe" - le mot maison était utilisé au XVIIe siècle dans ce sens (est resté le mot domicile)- et par "regard", l'aspect - le mot regard étant l'ancienne dénomination (voir notre étude à son sujet dans la présente livraison, à propos des attaques de l'époque contre Nostradamus et/ou l'Astrologie)
Le tableau ne serait pas complet en ce qui concerne l'activité prophétique des années 1873-74, si l'on ne s'intéressait pas à un texte paru cette fois à Bar Le Duc, dans le département de la Meuse, non loin de la nouvelle frontière franco-allemande: "Au 17 février 1874, le grand avènement précédé d'un grand prodige prouvé par le commentaire (...) de la célèbre prophétie d'Orval".
Ce texte connut plusieurs éditions dont la première simplement signée F. P., parue en août 1873, donc peu après la mort de Napoléon III mais surtout au lendemain du "pacte de réconciliation du 5 août 1873, entre le comte de Paris et le Comte de Chambord". La deuxième édition, dès décembre de cette même année, portait la mention " F. Parisot, ancien notaire" (cf R. Benazra, RCN, p. 427). On notera que cette nouvelle édition et les suivantes, l'année suivante, furent publiées conjointement à Paris, chez Victor Palmé, lequel s'occupa également des productions de Torné et de Chabauty. A partir de la deuxième édition, une annexe signalée au titre comportera à la suite "ainsi que celles de Nostradamus et de saint Malachie".
L'avènement d'Henri V est annoncé, dans la foulée du "pacte de réconciliation" du mois d'août. Parisot a calculé la date du 17 février 1874 à partir de la Prophétie d'Orval - laquelle avait déjà en 1839-1840 servi à préparer l' hypothétique avènement du jeune Henri V, au début de la Monarchie de juillet - en soustrayant à la date du Ier janvier 1900 un certain nombre de "lunes", selon un système établi dans la dite Prophétie d'Orval laquelle s'apparentait, d'ailleurs, à une certaine forme d'astrologie, sans rapport avec la réalité astronomique. Parisot y prévoyait une démission de Mac Mahon et considère comme nulles les chances du Prince Impérial.
En conclusion, nous ferons remarquer que s'il y eut une compétition entre plusieurs dynasties pour la prise de pouvoir, il y eut parallèlement une sorte de "guerre" des prophéties, les partisans de Nostradamus étant pris à parti par un chanoine Chabauty, pourtant partisans d'une "concordance" des prophéties modernes (voir notre étude sur ces deux auteurs, dans la présente livraison).Désaccord et tiraillement entre prophétologues qui fait pendant à la discorde qui régna entre les prétendants au trône, d'autant qu'il ne faudrait pas oublier l'affaire Naundorff-Louis XVII (voir "Le texte prophétique en France, formation et fortune", thèse d'Etat, 1999, sur le site propheties.it). A la mort de Napoléon IV, en Afrique, en 1879, Torné consacrera naturellement un chapitre de son "Almanach du Grand Prophète pour 1880".(voir R. Benazra, RCN, p. 428) mais il est cette fois définitivement installé à Paris. Quant à Henri V, il meurt dix ans plus tard, la IIIe République suivant son cours sans lui et , sans être parvenue, en dépit des précédents, à servir de tremplin pour un retour monarchique ou impérial, comme l'avaient fait les deux premières Républiques. Le XIXe siècle aura ainsi servi de sas entre un Ancien et un nouveau Régimes. D'aucuns soutiennent que la Ve République, dans les années cinquante du XXe siècle, aurait pu préparer le retour des Orléans, du Comte de Paris, sous la houlette du général De Gaulle, nouveau Mac Mahon....Notons que Torné annonçait carrément une guerre civile, sur le modèle de ce qui se produisit sous la Ligue et dont Henri V sortirait vainqueur à l'instar d'Henri IV. On aura compris que le prophétisme, nostradamique ou non, est intimement liée aux enjeux dynastiques.
JHB
24. 12. 09
par Jacques HalBronn
Les deux dernières grandes crises dynastiques que la France connut sont à situer autour de 1584-1594 et, près de trois siècles plus tard, autour des années 1870-1883. Ce furent deux moments importants pour l'histoire des Centuries mais le second est sensiblement moins bien connu, tant au niveau de l'Histoire événementielle qu'à celui de l'Histoire du nostradamisme voire de l'astrologie (voir notre thèse d'Etat, "Le texte prophétique en France, formation et fortune", téléchargeable sur propheties.it). Les relations entre astrologie et nostradamisme au XIXe siècle n'avaient jusque là pas été abordées par nos soins et nous réparons ici une lacune.
Si le XVIe siècle fut marqué par le passage des Valois aux Bourbons, un autre scénario aurait pu, en 1593, imposer les Guises et les Lorrains qui se voulaient descendre des Carolingiens, le XIXe siècle aura été marqué par un encore plus extraordinaire kaléidoscope dynastique. Il commence par Bonaparte, puis l'on passe à deux Bourbons et c'est ensuite l'heure des Orléans, puis à nouveau un Bonaparte. Et selon les interprètes des prophéties, il y aurait à nouveau un Bourbon pour finir avec un Orléans.( voir Torné, "Portraits Prophétiques d'après Nostradamus (..) ou Napoléon III, Pie IX, Henri V, d'après l'Histoire prédite et jugée par Nostradamus etc. ", Poitiers, H. Oudin, 1871; sur la cause orléaniste, cf. Félix Deperlas, "La destinée de M. le Comte de Paris d'après Nostredame", Paris, octobre 1876, BNF) On serait ainsi dans une sorte de république monarchique où tous les candidats au pouvoir devraient appartenir à l'une ou l'autre des dynasties en présence et constituent une menace les uns pour les autres (voir les tentatives subversives de 1839-1840, sous la Monarchie de Juillet, autour de la prophétie d'Orval; cf "Le texte prophétique en France", op. cit.). Ce modèle ne fonctionnera pas, comme on sait, au siècle suivant, le septennat générant ses propres souverains républicains.
Pour en rester au parallèle que nous établissons à près de trois siècles de distance (seconde moitié du XVIe -seconde moitié du XIXe), il y a quelques détails anecdotiques à relever comme celui du nom de Chavigny, auteur ou en tout cas éditeur - au sens anglo-saxon du mot - du Janus Gallicus (1594) et commentateur des Centuries sous le Second Empire et au début de la IIIe République, en la personne de l'abbé Torné-Chavigny. La différence entre les deux époques ainsi mises en parallèle tient avant tout au fait, du point de vue du corpus nostradamique, que dans un cas, c'est le texte même des quatrains qui est retouché, modifié, "complété" alors que dans l'autre, ce texte étant désormais définitivement cristallisé, il n'est plus question que de commentaire, de glose externes et non plus, en quelque sorte, internes. Mais, il n'en reste pas moins que dans les deux cas, l'on fait parler Nostradamus, le "Grand Prophète" selon l'expression de l'abbé Torné, sur les événements du moment.
Nous mettrons au centre de la présente étude le quatrain IV, 86, dont le caractère astrologique - du point de vue conjonctionnel - est au demeurant, assez patent, et son traitement quasiment à 300 ans d'écart face à des situations relativement comparables, à savoir de graves enjeux dynastiques, ce qui relativise quelque peu l'impact de la Révolution Française sur le cours de la monarchie.
Nous ne reviendrons cependant que succinctement sur la première crise, aux seules fins de ménager quelque comparaison avec la seconde. Rappelons que les Valois n'ayant pas eu d'enfants légitimes, la couronne devait passer à de lointains cousins, les Bourbons qui avaient le tort d'être passés à la Réforme, notamment dans le cas du premier d'entre eux, Henri de Navarre. Nous avons montré (voir nos Estudes nostradamiennes et notre post doctorat sur "Giffré de Réchac et la renaissance de la critique nostradamienne au XVIIe siècle", sur le site propheties.it) que le quatrain IV, 86 avait été mis en avant par les adversaires d'Henri de Navarre et faisait pendant au quatrain IX, 86 lié au couronnement de ce dernier à Chartres et non à Reims (1594). Or, c'est ce même quatrain IV, 86 qu'utilise, le datant astrologiquement, Anatole Le Pelletier pour annoncer le prochain avènement d'Henri V, au cours des années 1870. A noter qu'Henri V, seul arrière-arrière petit fils légitime de Louis XV - si l'on excepte toutefois la (prétendue) descendance d'un Louis XVII - n'a pas non plus d'enfants - ce qui fut le sort des Valois, en 1589 - et qu'il lui faut accepter à terme de passer le relais aux cousins Orléans, qui ont déjà régné de 1830 à 1848, en la personne de Louis-Philippe Ier, dont le règne avait été endeuillé en 1842 par la mort accidentelle de son fils.
Il est clair que le premier volet des Centuries favorisait le clan catholique et que le second était exploité par le clan réformé, annonçant notamment la victoire des Bourbons sur les Lorrains, dynastie ayant également des vues alors sur le trône de France. Ce n'est qu'ultérieurement que les deux volets seront réunis, après l'abjuration et le couronnement d'Henri IV, ce qui mit fin au projet d'Etats Généraux ayant pour mission d'élire un nouveau roi de France, entre plusieurs candidats dont le Marquis de Pont à Mousson, de la maison de Lorraine, au point que par la suite, l'on voudra attribuer l'ensemble, tel quel, au seul Nostradamus. Processus unitaire qui fait écho à l'Edit de Nantes de 1598.
En ce qui concerne la seconde crise, elle se solda par un échec définitif pour toute dynastie en France, du moins tout au long du XXe siècle. Mais, pour le XIXe siècle, il s'en fallut de peu qu'une des dynasties ayant régné fût rétablie en France au cours des années 1870 (jusqu'à l'amendement Wallon de 1877 qui correspond à un ressaisissement de la IIIe République). Si Henri V (puisqu'on l'appelait volontiers ainsi) le "dernier" Bourbon, petit fils de Charles X, avait été plus inspiré, le parti monarchiste eut probablement trouvé son unité. A la différence de son aïeul, Henri IV (qui abjura le protestantisme, "Paris vaut bien une messe"), il n'accepta pas certaines concessions (affaire du drapeau blanc) pour s'entendre avec les Orléans dont il reconnaissait pourtant, faute de descendance, que c'est à eux qu'ensuite reviendrait la couronne. Un Torné Chavigny mettra son talent de commentateur au service du comte de Chambord, lisant dans Norlaris, non pas l'anagramme de Lorraine mais celui d'Orléans... Quant au retour de Napoléon III -successeur attitré de son oncle avant la naissance du roi de Rome - il aurait pu se concevoir, à la façon des Cent Jours, avec l'empereur revenu de l'Ile d'Elbe, si la maladie n'avait eu raison de lui, en janvier 1873 et si son fils avait été un peu plus âgé- il n'atteindra la majorité de 18 ans qu'en 1874, l'option d'une régence de l'Impératrice ne passant guère. (voir A. Frerejean, "Napoléon IV, un destin brisé (1856-1879)", préface de Philippe Seguin, Paris, Albin Michel, 1997), le précédent de Catherine de Médicis et plus généralement des régences du XVIIe siècle, ne faisant pas foi.
L'Histoire de l'Astrologie et du nostradamisme -et du prophétisme en général - nous invite souvent à revisiter des moments oubliés et parfois à peine signalés, à tort ou à raison, dans les manuels d'Histoire, ce qui apparente une telle littérature à une forme de presse, de journalisme, en tout cas de propagande, où l'effet d'annonce est déterminant, parfois au service d'une cause bien fragile. On est dans l'Histoire à chaud sinon dans la "petite" Histoire. Etrange paradoxe que des outils qui supposeraient une prise de distance, tant dans l'espace (les astres) que dans le temps (les Centuries censées parues dans les années 1550) et qui, en réalité, se font le reflet de projets avortés ou tombés totalement dans les oubliettes, les poubelles de l'Histoire. En ce sens, il est vrai, l'étude de cette littérature prophétique apparait comme une précieuse et probablement incontournable source de documentation pour l'Historien qui ne saurait se contenter de valider, après coup, la façon dont ont finalement, parfois in extremis, tourné les événements, ce qui tend à relativiser l'importance et la nécessité des dits événements, permettant ainsi une approche plurielle de l'Histoire, sans tomber dans la fiction.
Les auteurs que nous aborderons étaient fort concernés, au lendemain de la défaite française face à la Prusse, par l'idée d'un retour de Napoléon III et, à sa mort (en janvier 1873), de Napoléon IV (1856-1879), donc âgé de 16 ans lors du décès de son père. Mais le prophétisme aime les jeunes princes et leur promet volontiers des ascensions fulgurantes. N'oublions pas le cas de Louis XVII! En cela, la fin du XIXe siècle n'aura rien eu à envier celle du XVIe siècle. Selon nous, comprendre ce qui s'est passé, au niveau de la littérature prophétique au début des années 1870 permet de mieux comprendre la période finissante de la dynastie des Valois des années 1580-1590, au sein du même pays, le bonapartisme n'étant pas sans rappeler les Guise, la Lorraine et la Corse étant des provinces périphériques, et le républicanisme laïc- qui sortira vainqueur de l 'affaire - pouvant exprimer un néo-protestantisme.
I Le Pelletier et le quatrain IV, 86
Il importe de comprendre que l'usage de l'astrologie mondiale est considérablement plus facile, au niveau astronomique, que celui de l'astrologie généthliaque. Autrement dit, l'astrologie mondiale n'exige pas de manuels, de traités. Son principe est des plus simples: quand il y a conjonction, cela correspond à une échéance du point de vue de la vie publique et pour savoir s'il y a conjonction, il suffit de parcourir des tables planétaires et de repérer deux planètes dont les chiffres coïncident, en tel mois de telle année. Un jeu d'enfants qui n'est pas sans faire songer à ces machines que l'on trouve dans les casinos où l'on gagne quand les mêmes motifs se retrouvent sur une même ligne! Dès qu'il s'agit de rechercher un autre aspect que la conjonction, cela devient déjà sensiblement plus ardu! Et bien entendu, au niveau de l'observation directe du ciel, la conjonction est un des phénomènes les plus manifestes.
C'est ainsi que l'auxerrois Anatole Le Pelletier, l'auteur, en 1867, des "Oracles", à l'occasion du troisième centenaire de la mort de Nostradamus, en 1866, dans un fascicule d'une série (non signalée par Benazra) intitulée "La clef des temps", dès 1872, écrivait, à propos de IV, 86 :
"Saturne dont la révolution est de trente ans environ passe deux ans et demi alternativement dans chaque signe. Il entrera dans le verseau en 1874 et par conséquent il s'y trouvera en conjonction avec le soleil dont la révolution est d'un an et qui passe alternativement dans chaque signe. La même conjonction se réitérera en 1875 et peut-être encore au commencement de 1876...' Le Pelletier annonce, dans son plan de parutions d'une série de cahiers, une "Dissertation sur l'astrologie judiciaire" dont nous ignorons si elle parut jamais. Signalons que le texte ci dessus est un commentaire astrologique du quatrain 86 de la centurie IV et que Le Pelletier relie le mot "eau" du premier verset avec ...le verseau (alors que la tradition astrologique en fait un signe d'air) / "L'an que Saturne en eaue sera conjoinct". Quatrain au demeurant royal voire impérial "Avecques Sol, le Roy fort & puissant/ A Reims & Aix sera receu & oingt...."
A la mort de Napoléon III, début 1873, Le Pelletier - dans son "Apollon Pythien et Michel de Nostredame . Lettres au sujet de la mort de Napoléon III et oracles qui y ont trait" (Benazra, en dépit du titre, date, à tort cet ouvrage de 1843, RCN, p. 389) déclare patent l'échec de l'abbé Torné-Chavigny
Mais dès 1867 (réédition 1976), Le Pelletier avait fait paraitre, à la fin de ses "Oracles" des "fragments fatidiques de 1866 à l'Antéchrist", autour d'une terminologie planétaro-mythologique (Mars, Jupiter, Saturne)
II Le nostradamisme astrologique de Ch. de Villeplaine
Villeplaine, dont on nous dit qu'il fut zouave pontifical, est quasiment absent des travaux nostradamologiques consacrés au XIXe siècle. Il est pourtant, comme le signale R. Benazra(voir Répertoire Chronologique Nostradamique, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, p. 427 et 429-431), pris à parti, en sa qualité d'astrologisant, par l'abbé Torné-Chavigny, dans ses éditions de l'Almanach du Grand Prophéte. Il nous a donc semblé utile de nous étendre quelque peu sur son œuvre "prophétique" dont cependant une partie - à commencer par le nom de leur auteur - ne nous est connue que par ce qu'en dit son contemporain Torné (Almanach pour 1877, p. 10, Paris, chez l'auteur, BNF Lc 22 466 (1877) et Lc22 466 (1877) A)
La BNF a conservé divers ouvrages de Villeplaine, parus soit sous le nom de Delphes soit anonymement, dont certains connurent plusieurs éditions (ils sont presque tous sur le site numérisé Gallica). En fait -et Torné s'en plaint - aucun de ses textes n'est signé de son nom et c'est par Torné que nous l'identifions: "Qu'on ne me fasse pas solidaire non plus de l'auteur de "Ce que sera le règne du Grand Roi. Le 16 décembre prochain" et autres petites feuilles du même genre. M. Ch. de Villeplaine les publie malgré moi. Il me fait le plus grand tort en ne les signant pas et en donnant à penser qu'elles ont été inspirées par l'étude de mon travail"("Henri V prédit", Bruxelles, 1875, p. 7)
L'ordre que nous proposons tient compte du contexte politique dans lequel chaque document s'inscrit.
A Textes parus avant la mort de Napoléon III
pseudo C.V. B. Delphes, "Morts de Napoléon III et Napoléon IV", chez Madre, Paris (BNF, numérisation Gallica NUMM 5456488)
Delphes (sans les initiales) "Morts de Napoléon III et de Napoléon IV. Fixation des époques
1 Du retour de Napoléon III, 2 de la nouvelle chute de Napoléon III, 3 de la mort de Napoléon III; 4 de la mort de Napoléon IV, 5 de l'avènement de Henri V; 6 du troisième siège de Paris, Paris, Madre (Lb57 2931)
Il est probable que Villeplaine ait eu vent des velléités de Napoléon III et de ses partisans de reprendre le pouvoir, début 1873 mais la maladie et la mort déjouèrent tous les plans. En octobre 1873, Villeplaine propose un nouveau scénario:
B Début 1873; mort de Napoléon III.
-Prophéties précises et claires. Napoléon IV, Henri V et la République Octobre 1873 (Lb57 4499)
-Prophéties précises et claires Napoléon IV, Henri V et la République, Paris, J. Madre (Lb57 4499 B)
A ne pas confondre avec la plaquette " Napoléon IV et Henri V", 1872, violement hostile au bonapartisme et sans caractère prophétique.
Enfin, l'astrologie réapparait au titre.
-Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874. Paris 1874. BNF Lb56 5104
-Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques
BNF Lb57 5740
Comme Torné le rapportera, en 1875, dans son "Henri V prédit", Bruxelles, pp. 7 et seq), Villeplaine, en restituant un passage d'une lettre reçue de Villeplaine, le 12 novembre 1874, annonçait la mort de MacMahon, président de la République suivie de peu de celle de Napoléon IV (soit deux ans après la mort de son père) : " "Ce que sera le règne du grand Roi; Par calculs astronomiques, c'est le 16 décembre prochain 1874 qu'aura lieu tout au moins la mort de Mac Mahon, congestion et apoplexie foudroyante. Au milieu de janvier 1875, Napoléon IV -qui ne se mariera pas- disparaitra -c'est un scrofuleux. Le 16 décembre prochain va être imprimé".
Or, Villeplaine, apparemment conscient des limites du prévisionisme nostradamique, notamment en matière de fixation de dates, accorde, dans ses dernières publications connues, la plus grande importance à une conjonction de Mars et de Jupiter, pour le 16 décembre 1874 :
"Le 16 décembre à 2 heures 53 minutes du matin (Mars se dirige sur Jupiter) aura lieu la conjonction des planètes Jupiter et Mars. A ce moment là, les ascensions droites et les déclinaisons de ces deux corps célestes seront sensiblement identiques"
"Commence le 15 novembre 1874 et finit le 15 janvier 1875'
"Mois lunaire du 14 décembre 1874 au 13 janvier 1875"
Cette conjonction Mars-Jupiter eut bien lieu, à la mi-décembre 1874 à 25° Balance (cf. "Grandes Ephémérides" de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151) mais sans les effets escomptés. C'est elle, donc, qui désignait la mort de Mac Mahon, maréchal -donc soldat (Mars) et président (Jupiter). Celui-ci (né en 1808, la même année que ? Napoléon III) ne mourut pas à la date fixée - mais en 1893 après avoir quitté, avant la fin de son septennat, le pouvoir début 1879 ; ayant fait sa carrière sous Napoléon III (Guerres de Crimée, d'Italie, il est Duc de Magenta), ce comte, d'ascendance irlandaise, était en place depuis mai 1873, succédant à Thiers. Quant à Napoléon IV, il fut tué au combat, en Afrique du Sud, contre les Zoulous, sous l'uniforme anglais.
L'intérêt d'un tel corpus, échelonné sur quelques années est d'observer comment Villeplaine retouche, corrige le tir, par l'ajout ou la suppression d'une phrase, chaque fois, d'une édition à l'autre, d'une publication à l'autre, dès lors que de nouvelles données événementielles lui sont fournies, à commencer par la mort de Napoléon III au début de 1873 qui porta un coup terrible à l'abbé Torné, ce dont se gaussera un Chabauty ou une mort annoncée par le dit Villeplaine ne se réalisant pas comme celle du Prince Impérial. Mais tous ces prophètes n'en resteront pas moins convaincus du prochain avènement d'Henri V lequel ne décédera qu'en 1883, 4 ans après Napoléon IV (voir en 1881, de G. Vallée, "Henri V sauveur de la France. Son avènement prochain d'après les prophéties les plus authentiques, Paris, V. Palmé, BNF, dans lequel est cité (p. 28) le fameux quatrain "royal", IV, 86. C'est là une épée de Damoclès qui restera longtemps placée au dessus du destin de la IIIe République. Prophétisme et vie politique sont indissociables, chaque camp prophétique s'inscrivant, comme sous la Ligue, dans un certain camp politique, d'ailleurs est-il raisonnable de nier qu'il puisse en être autrement? (voir notre étude sur l'anti-astrologisme nostradamiste, au lendemain de la Guerre de 1870, dans la présente livraison)
Ce Villeplaine avait, sur les conseils de l'abbé Torné, abandonné l'astrologie puis aurait "rechuté", probablement fasciné par sa découverte conjonctionnelle. "Malheureusement, note l'abbé, la conversion n'a pas été durable et l'astrologue moderne [donc Villeplaine] est revenu prédire à jour fixe la mort de Mac Mahon et celle du prince impérial" (Almanach pour 1877, p. 10). C'est notamment, probablement, à Villeplaine que s'adresse l'abbé quand il publie son "Nostradamus et l'astrologie" (Nouvelle Lettre du Grand Prophète, 1872, BNF 8° V Pièce 3372, voir notre étude sur l'anti-astrologie de Torné, dans la présente livraison)
Si les documents que nous indiquons ne sont jamais signés Villeplaine - comme le note Torné - la double terminologie employée ('astrologique", "nostradamienne") nous semble pouvoir conforter une telle attribution, outre le fait que ces "Calculs" seraient bel et bien parus en 1874, aux dires de l'almanach sus mentionné. En tout état de cause, ce que Torné relate (dans son Almanach pour 1877, reprenant celui pour 1873) des publications de Villeplaine correspond littéralement aux dates figurant sur les fascicules susmentionnés.
Les passages de ces fascicules fort minces qui sous tendent notre propos sont les suivants:
"Ceux qui croient encore au gouvernement des choses de ce monde, à ceux qui considèrent l'harmonie des astres la magnifique horloge sur laquelle Dieu a gravé non seulement les grandes heures de l'Univers et de l'Humanité mais encore les divisions infinitésimales de temps par rapport aux êtres. Pauvres d'esprit! Au point de vue purement astrologique cette conjonction (Mars-Jupiter) permet de conjecturer qu'à cette époque les apoplexies, les congestions et en un mot toutes les maladies violentes qui affectent la tête et le cœur seront nombreuses- les accidents, particulièrement les chutes (de cheval) seront également à redouter. C'est alors que les Grands, en général, pourront craindre que la main du Seigneur s'appesantisse sur eux. Un Grand de la Terre dont la réputation est universelle est plus menacé que tous, il devra se recueillir car la mort a la faux levée sur sa tête". Villeplaine annonce le décès proche de Napoléon IV, ce qui laissera, prophétise-t-il, bien à tort, la place pour Henri V.
Cette conjonction (mais aussi parallèle de déclinaison) de Mars et Jupiter de 1874- qui est au demeurant un phénomène astronomique assez fréquent , bien plus que la conjonction Saturne-Jupiter- n'en est pas moins, symboliquement, à mettre en vis à vis, toute proportion gardée, de la conjonction Jupiter-Saturne de 1584. Force est de constater, enfin, que le mélange d'astrologie et de nostradamisme se retrouve, à trois siècles d'intervalle et semble être un des traits spécifiques de l'astrologie française. Le fait est que Torné n'a pas tort de s'interroger sur la dimension astrologique du canon centurique (qui d'ailleurs ne comporte pas les almanachs, les pronostications et autres publications périodiques) et il semble bien qu'à la mort de Nostradamus, d'aucuns se soient efforcé de le faire passer avant tout pour un prophète. Une telle évolution avait eu des précédents, notamment avec, à la fin du XVe siècle, Johannes Lichtenberger dont les pronostications astrologiques donnèrent lieu en France, dans les années 1520, à un "Mirabilis Liber", truffé de prophéties dépassant largement le seul cadre de l'astrologie.(voir notre "Texte prophétique en France", op. cit.)
Force est donc de constater que tant Villeplaine que Le Pelletier étaient en mesure au début des années 1870 de se référer à des données astronomiques et il est à supposer que leurs lecteurs étaient peu ou prou en mesure de les suivre, voire de vérifier leurs dires dans la "Connaissance des Temps". D'ailleurs, en 1874, le chanoine Chabauty, hostile à l'astrologie, prenait la peine de décrire par le menu, en cinq points, le dit savoir astrologique ("Les prophéties modernes vengées", Poitiers, p. 107) :
1° Les maisons, 2° les regards, 3° les conjonctions des planètes dans la même maison, 4° les astres seigneurs, 5°les astres ascendants. En fait Chabauty par "maison" désigne le "signe" - le mot maison était utilisé au XVIIe siècle dans ce sens (est resté le mot domicile)- et par "regard", l'aspect - le mot regard étant l'ancienne dénomination (voir notre étude à son sujet dans la présente livraison, à propos des attaques de l'époque contre Nostradamus et/ou l'Astrologie)
Le tableau ne serait pas complet en ce qui concerne l'activité prophétique des années 1873-74, si l'on ne s'intéressait pas à un texte paru cette fois à Bar Le Duc, dans le département de la Meuse, non loin de la nouvelle frontière franco-allemande: "Au 17 février 1874, le grand avènement précédé d'un grand prodige prouvé par le commentaire (...) de la célèbre prophétie d'Orval".
Ce texte connut plusieurs éditions dont la première simplement signée F. P., parue en août 1873, donc peu après la mort de Napoléon III mais surtout au lendemain du "pacte de réconciliation du 5 août 1873, entre le comte de Paris et le Comte de Chambord". La deuxième édition, dès décembre de cette même année, portait la mention " F. Parisot, ancien notaire" (cf R. Benazra, RCN, p. 427). On notera que cette nouvelle édition et les suivantes, l'année suivante, furent publiées conjointement à Paris, chez Victor Palmé, lequel s'occupa également des productions de Torné et de Chabauty. A partir de la deuxième édition, une annexe signalée au titre comportera à la suite "ainsi que celles de Nostradamus et de saint Malachie".
L'avènement d'Henri V est annoncé, dans la foulée du "pacte de réconciliation" du mois d'août. Parisot a calculé la date du 17 février 1874 à partir de la Prophétie d'Orval - laquelle avait déjà en 1839-1840 servi à préparer l' hypothétique avènement du jeune Henri V, au début de la Monarchie de juillet - en soustrayant à la date du Ier janvier 1900 un certain nombre de "lunes", selon un système établi dans la dite Prophétie d'Orval laquelle s'apparentait, d'ailleurs, à une certaine forme d'astrologie, sans rapport avec la réalité astronomique. Parisot y prévoyait une démission de Mac Mahon et considère comme nulles les chances du Prince Impérial.
En conclusion, nous ferons remarquer que s'il y eut une compétition entre plusieurs dynasties pour la prise de pouvoir, il y eut parallèlement une sorte de "guerre" des prophéties, les partisans de Nostradamus étant pris à parti par un chanoine Chabauty, pourtant partisans d'une "concordance" des prophéties modernes (voir notre étude sur ces deux auteurs, dans la présente livraison).Désaccord et tiraillement entre prophétologues qui fait pendant à la discorde qui régna entre les prétendants au trône, d'autant qu'il ne faudrait pas oublier l'affaire Naundorff-Louis XVII (voir "Le texte prophétique en France, formation et fortune", thèse d'Etat, 1999, sur le site propheties.it). A la mort de Napoléon IV, en Afrique, en 1879, Torné consacrera naturellement un chapitre de son "Almanach du Grand Prophète pour 1880".(voir R. Benazra, RCN, p. 428) mais il est cette fois définitivement installé à Paris. Quant à Henri V, il meurt dix ans plus tard, la IIIe République suivant son cours sans lui et , sans être parvenue, en dépit des précédents, à servir de tremplin pour un retour monarchique ou impérial, comme l'avaient fait les deux premières Républiques. Le XIXe siècle aura ainsi servi de sas entre un Ancien et un nouveau Régimes. D'aucuns soutiennent que la Ve République, dans les années cinquante du XXe siècle, aurait pu préparer le retour des Orléans, du Comte de Paris, sous la houlette du général De Gaulle, nouveau Mac Mahon....Notons que Torné annonçait carrément une guerre civile, sur le modèle de ce qui se produisit sous la Ligue et dont Henri V sortirait vainqueur à l'instar d'Henri IV. On aura compris que le prophétisme, nostradamique ou non, est intimement liée aux enjeux dynastiques.
JHB
24. 12. 09
L'anti-astrologie dans la France de l'après 1870
par Jacques HalBronn
Un des signes de déclin de l'astrologie correspond à une baisse des attaques dont elle est l'objet. C'est quand elle relève la tête qu'elle est en butte à des critiques. Sinon on la traite par le silence et le mépris.
On ne sera donc pas surpris d'observer que les quelques braises que nous avons récoltées dans les années 1870 (voir notre étude dans la présente livraison) coïncident peu ou prou avec un pamphlet anti-astrologique assez virulent, du à l'abbé nostradamologue Henri Torné-Chavigny, auteur notamment d'une "Nouvelle Lettre du Grand Prophète" intitulée "Nostradamus et l'astrologie".
La comparaison avec le dominicain Giffré de Réchac, deux siècles plus tôt, est significative, ce dominicain, passionné par le corpus Nostradamus, étant, quant à lui, tout à fait acquis à l'astrologie.(voir notre post doctorat sur cet auteur, sur le site propheties.it). Il n'en reste pas moins que cette critique émane d'un milieu que l'on ne saurait qualifier de scientifique encore que l'on trouve sous la plume de l'abbé Torné, un argument à caractère épistémologique quand il reproche aux astrologues qui ont pointé la fin du XVIIIe siècle, à commencer par Pierre d'Ailly, dès le début du XVe siècle, de faire des prédictions "conditionnelles", ce qui leur enlève une grande partie de leur valeur prophétique, à son point de vue. Torné va ergoter sur le fait que Nostradamus a annoncé 1792 et non 1789, dans l'Epître à Henri II. Quel paradoxe, tout de même, qu'un tel succès prévisionnel, fondé, indiscutablement, sur des configurations/conjonctions planétaires - mais aussi sur un cycle de 300 ans correspondant à dix révolutions de Saturne- (voir l'ouvrage de L. Smoller sur Pierre d'Ailly) coïncide avec une époque -la fin du XVIIIe siècle - où l'astrologie française - du moins officiellement- n'aurait plus eu les moyens d'analyser et d'exploiter le dit succès! Ajoutons que l'image de Nostradamus, pourtant astrologue de son état, laborieux faiseur de prédictions annuelles, laquelle se perpétue de siècle en siècle, ne profite guère à l'astrologie, du fait de l'amalgame qui en est fait avec une dimension prophétique assez trouble.... C'est dire que le prophétisme fait de l'ombre à l'astrologie!
Torné cherche à tout prix, en tout cas, à démarquer Nostradamus de son image d'astrologue alors que Chabauty, qui tend à rejeter le dit Nostradamus de son corpus prophétique ne cesse de traiter d'astrologue tant Nostradamus que son "Commentateur" ("Lettres sur les prophéties modernes et concordance de toutes les prédictions jusqu'au règne d'Henri V", Poitiers, H. Oudin et Paris, V. Palmé, 1872, suivi, après la mort de Napoléon III qui porta un coup apparemment fatal au camp prophétique, des "Prophéties modernes vengées ou défense de la concordance de toutes les prophéties", ibidem, 1874) et les astrologues vivement attaqués par les nostradamistes, à l'instar d'un abbé Torné-Chavigny. On notera l'importance de Poitiers, comme lieu de publication d'ouvrages tant de Torné que de Chabauty, curé de Saint André à Mirebeau de Poitou - deux ecclésiastiques de la région actuelle Poitou-Charente - en rappelant que l'abbé Torné est, au début des années 1870, curé de Saint Denis du Pin après avoir été celui de la Clotte. Angoulême joue aussi un certain rôle dans l'édition des travaux de Torné (voir R. Benazra, RCN, pp. 418 et seq), lequel publie également à Saint Denis du Pin, chez lui, dans le département de la "Charente Inférieure" (aujourd'hui Charente Maritime, dans la région Poitou-Charente). Henri Oudin, l'éditeur poitevin, publiera ainsi les ouvrages des différents camps prophétiques...Or, le département signalé avait été surnommé dans les années 1870, la Corse continentale ou Corse intérieure, en tant que bastion électoral du bonapartisme. En 1848, c'est de Saint Jean d'Angély, que Louis Napoléon avait déclaré être candidat à la présidence de la République après l'avoir emporté aux législatives, dans le dit département. Or, Saint Denis du Pin où parurent de nombreux textes de l'abbé Torné est lié à Saint Jean d'Angély (voir R. Benazra, "Répertoire Chronologique Nostradamique", Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, op. cit. pp 425-. 426)..
Dans le cas de Torné, il semble qu'à la base il soit bonapartiste, vu le contexte régional qui n'est probablement pas fortuit. Ses premiers textes nostradamiques paraissent sous le Second Empire. Mais s'il spécule, en effet, sur un éventuel retour de l'empereur déchu, fidèle en cela à la légende napoléonienne du "retour de l'île d'Elbe" (cette fois c'est d'une autre île qu'il s'agit, l'Angleterre), il n'envisage pas moins à terme l'avènement d'Henri V, au nom d'une certaine alternance dynastique dont le XIXe a donné le ton, d'autant qu'après Henri V, on en arriverait aux Orléans, Henri V n'ayant pas de descendance, ce qui n'était pas son moindre défaut...Chabauty, curé dans le même coin de France, appartient-il à la même mouvance bonapartiste que Torné, ce serait à vérifier. Certes, il ironise autour de l'échec de Torné, à la suite de la mort de l'Empereur mais attend-il du Prince Impérial qu'il joue sa carte dans le jeu politique français ou bien parie-t-il d'emblée pour Henri V.? On aura compris que l'on ne peut appréhender un tel corpus, dans le temps électoral et constitutionnel ainsi que dans l'espace politico-géographique de la IIIe République, sans maitriser tous les méandres des calculs politiques du temps.
Tant Torné que Chabauty s'accordent en tout cas pour rejeter l'Astrologie. La position du nostradamologue Torné peut sembler quelque peu délicate, en raison des liens évidents existant entre Nostradamus et la dite astrologie. L'abbé, pour tenter d'y parvenir, fait appel à une certaine connaissance de la production nostradamique. Il aura ainsi été un pionnier dans l'étude des sources de ce qui parait sous le nom de Nostradamus. C'est lui qui signale l'emprunt de la Préface à César au "Compendium" de Savonarole ou au "De l'Etat et Mutation des Temps" de Richard Roussat, sans parler de l'emprunt à l'"Eclipsium" de Leovitius dans les "Significations de l'Eclipse de 1559". Par ailleurs, il reproduit dans son "Nostradamus et l'Astrologie", des passages de la Pronostication pour 1555 et de la Prophétie Merveilleuse (datant de l'année de la mort de Nostradamus). Il est vrai que l'ensemble nostradamique est fort hétérogène- il s'agit selon nous d'une œuvre collective et étalée sur plusieurs décennies - et qu'il est loisible à Torné d'en exploiter les contradictions.
Mais Chabauty n'est pas dupe : "On nie l'évidence quand on prétend que Nostradamus n'a pas cru à l'astrologie et ne l'a pas pratiquée" ("Prophéties Modernes vengées", op. cit, p. 105)
L'astrologie fait donc office de repoussoir au sein même du "milieu" prophétique, notamment chez les ecclésiastiques. En revanche, le courant nostradamiste laïc, en la personne d'Anatole Le Pelletier et de Villeplaine est tenté par le recours aux astres pour compléter ou relayer l'approche centurique. On peut comparer ce clivage à celui qui conduira les astrologues, à la fin du XIXe siècle, à se démarquer des mancies et pratiques divinatoires qui avaient, notamment par le tarot, envahi jusqu'au thème natal -(voir Ely Star, encore en 1888, avec les "Mystères de l'Horoscope", le "Petit Homme Rouge des Tuileries" etc, la récupération des traités d'astrologie par le tarologue Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle etc, voir nos Recherches sur l'histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, Ed. La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993 ) - sans d'ailleurs toujours prendre conscience des aspects divinatoires du dit thème natal (notamment au niveau des maisons), ces derniers entretenant avec Nostradamus des rapports assez ambivalents, celui-ci illustrant, certes, l'astrologie française, au niveau européen, voire mondial, mais au travers d'œuvres dont le caractère astrologique est souvent loin d'être évident. du moins dans sa conception générale, à moins de ne considérer que les seuls rares quatrains significatifs seraient ceux relevant de données astronomiques. Il y a là une promiscuité entre astrologie et prophétisme qui était déjà manifeste dans le "Mirabilis Liber", sous François Ier (voir notre "Texte prophétique en France, formation et fortune", Université Paris X, 1999, sur microfiches dans les bibliothèques universitaires françaises et à la BNF). Le cas Nostradamus n'est pas sans évoquer celui d'un Johannes Lichtenberger, quelques décennies plus tôt, à savoir celui d'un habillage prophétique ou pseudo-prophétique d'un discours astrologique ou d'un astrologue. On serait tenté de voir l'Histoire de l'astrologie passer par des cycles qui tantôt la placent au centre, tantôt la marginalisent, selon un processus de balancement.
JHB
16. 12. 09
Un des signes de déclin de l'astrologie correspond à une baisse des attaques dont elle est l'objet. C'est quand elle relève la tête qu'elle est en butte à des critiques. Sinon on la traite par le silence et le mépris.
On ne sera donc pas surpris d'observer que les quelques braises que nous avons récoltées dans les années 1870 (voir notre étude dans la présente livraison) coïncident peu ou prou avec un pamphlet anti-astrologique assez virulent, du à l'abbé nostradamologue Henri Torné-Chavigny, auteur notamment d'une "Nouvelle Lettre du Grand Prophète" intitulée "Nostradamus et l'astrologie".
La comparaison avec le dominicain Giffré de Réchac, deux siècles plus tôt, est significative, ce dominicain, passionné par le corpus Nostradamus, étant, quant à lui, tout à fait acquis à l'astrologie.(voir notre post doctorat sur cet auteur, sur le site propheties.it). Il n'en reste pas moins que cette critique émane d'un milieu que l'on ne saurait qualifier de scientifique encore que l'on trouve sous la plume de l'abbé Torné, un argument à caractère épistémologique quand il reproche aux astrologues qui ont pointé la fin du XVIIIe siècle, à commencer par Pierre d'Ailly, dès le début du XVe siècle, de faire des prédictions "conditionnelles", ce qui leur enlève une grande partie de leur valeur prophétique, à son point de vue. Torné va ergoter sur le fait que Nostradamus a annoncé 1792 et non 1789, dans l'Epître à Henri II. Quel paradoxe, tout de même, qu'un tel succès prévisionnel, fondé, indiscutablement, sur des configurations/conjonctions planétaires - mais aussi sur un cycle de 300 ans correspondant à dix révolutions de Saturne- (voir l'ouvrage de L. Smoller sur Pierre d'Ailly) coïncide avec une époque -la fin du XVIIIe siècle - où l'astrologie française - du moins officiellement- n'aurait plus eu les moyens d'analyser et d'exploiter le dit succès! Ajoutons que l'image de Nostradamus, pourtant astrologue de son état, laborieux faiseur de prédictions annuelles, laquelle se perpétue de siècle en siècle, ne profite guère à l'astrologie, du fait de l'amalgame qui en est fait avec une dimension prophétique assez trouble.... C'est dire que le prophétisme fait de l'ombre à l'astrologie!
Torné cherche à tout prix, en tout cas, à démarquer Nostradamus de son image d'astrologue alors que Chabauty, qui tend à rejeter le dit Nostradamus de son corpus prophétique ne cesse de traiter d'astrologue tant Nostradamus que son "Commentateur" ("Lettres sur les prophéties modernes et concordance de toutes les prédictions jusqu'au règne d'Henri V", Poitiers, H. Oudin et Paris, V. Palmé, 1872, suivi, après la mort de Napoléon III qui porta un coup apparemment fatal au camp prophétique, des "Prophéties modernes vengées ou défense de la concordance de toutes les prophéties", ibidem, 1874) et les astrologues vivement attaqués par les nostradamistes, à l'instar d'un abbé Torné-Chavigny. On notera l'importance de Poitiers, comme lieu de publication d'ouvrages tant de Torné que de Chabauty, curé de Saint André à Mirebeau de Poitou - deux ecclésiastiques de la région actuelle Poitou-Charente - en rappelant que l'abbé Torné est, au début des années 1870, curé de Saint Denis du Pin après avoir été celui de la Clotte. Angoulême joue aussi un certain rôle dans l'édition des travaux de Torné (voir R. Benazra, RCN, pp. 418 et seq), lequel publie également à Saint Denis du Pin, chez lui, dans le département de la "Charente Inférieure" (aujourd'hui Charente Maritime, dans la région Poitou-Charente). Henri Oudin, l'éditeur poitevin, publiera ainsi les ouvrages des différents camps prophétiques...Or, le département signalé avait été surnommé dans les années 1870, la Corse continentale ou Corse intérieure, en tant que bastion électoral du bonapartisme. En 1848, c'est de Saint Jean d'Angély, que Louis Napoléon avait déclaré être candidat à la présidence de la République après l'avoir emporté aux législatives, dans le dit département. Or, Saint Denis du Pin où parurent de nombreux textes de l'abbé Torné est lié à Saint Jean d'Angély (voir R. Benazra, "Répertoire Chronologique Nostradamique", Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, op. cit. pp 425-. 426)..
Dans le cas de Torné, il semble qu'à la base il soit bonapartiste, vu le contexte régional qui n'est probablement pas fortuit. Ses premiers textes nostradamiques paraissent sous le Second Empire. Mais s'il spécule, en effet, sur un éventuel retour de l'empereur déchu, fidèle en cela à la légende napoléonienne du "retour de l'île d'Elbe" (cette fois c'est d'une autre île qu'il s'agit, l'Angleterre), il n'envisage pas moins à terme l'avènement d'Henri V, au nom d'une certaine alternance dynastique dont le XIXe a donné le ton, d'autant qu'après Henri V, on en arriverait aux Orléans, Henri V n'ayant pas de descendance, ce qui n'était pas son moindre défaut...Chabauty, curé dans le même coin de France, appartient-il à la même mouvance bonapartiste que Torné, ce serait à vérifier. Certes, il ironise autour de l'échec de Torné, à la suite de la mort de l'Empereur mais attend-il du Prince Impérial qu'il joue sa carte dans le jeu politique français ou bien parie-t-il d'emblée pour Henri V.? On aura compris que l'on ne peut appréhender un tel corpus, dans le temps électoral et constitutionnel ainsi que dans l'espace politico-géographique de la IIIe République, sans maitriser tous les méandres des calculs politiques du temps.
Tant Torné que Chabauty s'accordent en tout cas pour rejeter l'Astrologie. La position du nostradamologue Torné peut sembler quelque peu délicate, en raison des liens évidents existant entre Nostradamus et la dite astrologie. L'abbé, pour tenter d'y parvenir, fait appel à une certaine connaissance de la production nostradamique. Il aura ainsi été un pionnier dans l'étude des sources de ce qui parait sous le nom de Nostradamus. C'est lui qui signale l'emprunt de la Préface à César au "Compendium" de Savonarole ou au "De l'Etat et Mutation des Temps" de Richard Roussat, sans parler de l'emprunt à l'"Eclipsium" de Leovitius dans les "Significations de l'Eclipse de 1559". Par ailleurs, il reproduit dans son "Nostradamus et l'Astrologie", des passages de la Pronostication pour 1555 et de la Prophétie Merveilleuse (datant de l'année de la mort de Nostradamus). Il est vrai que l'ensemble nostradamique est fort hétérogène- il s'agit selon nous d'une œuvre collective et étalée sur plusieurs décennies - et qu'il est loisible à Torné d'en exploiter les contradictions.
Mais Chabauty n'est pas dupe : "On nie l'évidence quand on prétend que Nostradamus n'a pas cru à l'astrologie et ne l'a pas pratiquée" ("Prophéties Modernes vengées", op. cit, p. 105)
L'astrologie fait donc office de repoussoir au sein même du "milieu" prophétique, notamment chez les ecclésiastiques. En revanche, le courant nostradamiste laïc, en la personne d'Anatole Le Pelletier et de Villeplaine est tenté par le recours aux astres pour compléter ou relayer l'approche centurique. On peut comparer ce clivage à celui qui conduira les astrologues, à la fin du XIXe siècle, à se démarquer des mancies et pratiques divinatoires qui avaient, notamment par le tarot, envahi jusqu'au thème natal -(voir Ely Star, encore en 1888, avec les "Mystères de l'Horoscope", le "Petit Homme Rouge des Tuileries" etc, la récupération des traités d'astrologie par le tarologue Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle etc, voir nos Recherches sur l'histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, Ed. La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993 ) - sans d'ailleurs toujours prendre conscience des aspects divinatoires du dit thème natal (notamment au niveau des maisons), ces derniers entretenant avec Nostradamus des rapports assez ambivalents, celui-ci illustrant, certes, l'astrologie française, au niveau européen, voire mondial, mais au travers d'œuvres dont le caractère astrologique est souvent loin d'être évident. du moins dans sa conception générale, à moins de ne considérer que les seuls rares quatrains significatifs seraient ceux relevant de données astronomiques. Il y a là une promiscuité entre astrologie et prophétisme qui était déjà manifeste dans le "Mirabilis Liber", sous François Ier (voir notre "Texte prophétique en France, formation et fortune", Université Paris X, 1999, sur microfiches dans les bibliothèques universitaires françaises et à la BNF). Le cas Nostradamus n'est pas sans évoquer celui d'un Johannes Lichtenberger, quelques décennies plus tôt, à savoir celui d'un habillage prophétique ou pseudo-prophétique d'un discours astrologique ou d'un astrologue. On serait tenté de voir l'Histoire de l'astrologie passer par des cycles qui tantôt la placent au centre, tantôt la marginalisent, selon un processus de balancement.
JHB
16. 12. 09
Le statut du thème natal en Histoire de l'Astrologie
par Jacques HalBronn
Ce qui distingue l'historien de l'astrologie de l'astrologue faisant de l'Histoire de l'astrologie, c'est l'importance accordée au statut du thème natal. A lire certains auteurs, l'on a l'impression que la cote de l'astrologie dépende de la production de manuels conçus pour l'érection des thèmes! Même un Paul Choisnard, au début du XXe siècle, ne dissociait pas l'astrologie du thème natal : "Toute l'astrologie scientifique (sic) repose sur la figure céleste pour un moment et pour un lieu donné"(Langage astral, Paris, Chacornac, 1902). C'est au demeurant dans cette voie que s'engagea Michel Gauquelin, à cette différence que ce dernier, à juste titre, ne s'embarrassa point des positions zodiacales natales, alors que pour Choisnard c'était là un facteur déterminant, notamment au niveau de l'"hérédité astrale". Le polytechnicien n'allait-il pas jusqu'à écrire : " L'astrologue capable de dire d'avance en jugeant une personne qu'elle doit être née sous la quadrature de Mars et de Saturne, je suppose, exprime là un ensemble de facultés dont le jugement est soumis au contrôle de la science par le fait même du langage employé". Choisnard rêvait d'expériences où à l'examen d'une personne, l'astrologue déterminerait, sans l'aide du thème évidemment, les configurations significatives et que cela soit ensuite vérifié par le thème!
Or, l'Histoire de l'Astrologie ne saurait à l'excès se polariser sur le recours au thème natal, à commencer par le fait que celui-ci, en tant que tel, est d'apparition relativement récente. On en arrive ainsi à de véritables aberrations et à des erreurs de perspective dans la grande majorité des ouvrages ou des études consacrés à l'Histoire de l’Astrologie. Si l'on admet, en effet, que l'astrologie dépend des données astronomiques, force est de constater que celle-ci ne lui ont pas fait défaut notamment depuis le XVIIIe siècle, sans parler bien évidemment de l'observation directe du ciel, quand il s'agit de dresser le thème "horaire", comme chez William Lilly et sa Christian Astrology.(voir notre étude en postface de la réédition de l'"Introduction" de Claude Dariot, Ed. Pardés, 1991).
On n'est donc pas avec l'astrologie en face d'un phénomène qui dépendrait d'une source pouvant se tarir ou passer par des hauts et des bas et dans ce cas comment se pourrait-il que la pratique de l'astrologie ait pu connaitre une sorte d'éclipse tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, comme il ressort des propos d'Yves Lenoble et de Roy Gillett, dans les Actes du Colloque de Rambures (2002, parus en 2008 à Rouen 'L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, codirigé par Charles Ridoux)? Certes, le calcul du thème natal a pu effectivement dépendre de l'existence de certains documents tout comme d'ailleurs certaines prévisions à long terme. En effet, les ouvrages mis en circulation, pendant ces deux siècles, par les astronomes -on pense pour la France à la Connaissance des Temps- limitaient le travail de commentaire que l'astrologue pouvait réaliser en aval. Mais était-ce le cas pour l'astrologie mondiale qui n'a besoin que d'informations relativement limitées, lui permettant notamment de déterminer les dates de certaines conjonctions? Ce n'est nullement là un travail de précision du même ordre que l'établissement minutieux d'un thème natal!.
Certes, il est des périodes où les témoignages d'une vie astrologique intense semblent manquer mais cela ne tient nullement à une crise du prophétisme -si l'on prend ici ce terme dans le sens très large de connaissance de l'avenir, par toutes les techniques possibles - mais par la concurrence que connait l'astrologie au sein d'une telle nébuleuse. Nous sommes persuadés que dut exister à toute époque une pratique liée aux données astronomiques, quand bien même cela ne donnait pas toujours lieu à des publications ayant été conservées jusqu'à ce jour. Il importe donc de distinguer entre la carte et le territoire, la carte étant ici ce qui est imprimé et conservé et le territoire la vie astrologique réelle. Dès lors, ce que l'on peut dire ou écrire sur certaines périodes doit être reçu avec une certaine prudence, surtout quand cela émane de personnes pour lesquelles l'astrologie n'est pas sans le thème. Qu'un événement aussi dramatique que la Révolution Française et l'épopée napoléonienne corresponde, aux dires des historiens de l'astrologie à un 'creux" dans le graphique des publications est pour le moins paradoxal! Il n'est d'ailleurs qu'à rappeler le cas de Pierre d'Ailly qui, dès 1414, avait, astrologiquement, mis en avant l'an 1789. Or; cela ne passa nullement inaperçu à la fin du XVIIIe siècle.(voir nos études, “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, in Actes du Colloque Prophétisme et Politique, Paris, Politica Hermetica, 1992, Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction - Trédaniel, 1993, La Vie Astrologique il y a cent ans, Ibidem, 1992). Faut-il souligner que la parution régulière, durant ces deux siècles, des Centuries nostradamiques et des épitres en prose qui les accompagnent ne pouvait qu'éveiller et/ou maintenir un certain intérêt pour l'astrologie mondiale et notamment les conjonctions (voir par exemple le quatrain 86 de la IVe Centurie auquel nous consacrons une étude dans cette livraison)? Encore faudrait-il prendre en compte les périodiques et pas uniquement les ouvrages dont le contenu est recensé dans les catalogues des bibliothèques. Prenons le cas du travail de Jean-Yves Le Naour ('Nostradamus s'en va-t-en guerre, 1914-1918', Paris, Hachette, 2008)- celui-ci n'a pas pris en compte divers périodiques astrologiques comme Influence Astrale ou le Voile d'Isis. Rappelons cependant que le XIXe siècle aura été celui des constitutions, des calendriers électoraux et que cela a pu faire concurrence à l'astrologie, comme si les hommes avaient décidé de prendre en main la gestion de leur temps, c'est aussi, avec la révolution industrielle, une ère où les horaires de travail sont de plus en plus contraignants et ne dépendent plus du cycle saisonnier ni même, avec le développement de l'électricité, du cycle diurne.
Il reste que pour un astrologue praticien actuel, l'important semble bien être de montrer l'ancienneté de la pratique consistant à dresser un thème sur la base de données astronomiques. Le dernier colloque "l'astrologie et la vie quotidienne" du RAO (non enregistré en vidéo) a réuni des astrologues dont un certain nombre n'était pas sans s'intéresser, d'ailleurs, à l'histoire de la littérature astrologique : Danièle Jay, Denis Labouré, Yves Lenoble, notamment. Mais tous étaient axés sur le moment de la naissance ou en tout cas s'intéressaient prioritairement une astrologie liée à un instant donné. (voir aussi notre entretien, à Montpellier, avec Françoise Moderne, élève de Giuseppe Bezza, sur teleprovidence)
Or, il nous apparait qu'une telle focalisation sur une astrologie du moment (de la naissance ou de tout autre "événement"), c'est à dire, plus précisément, d'une astrologie thématologique, qui englobe l'ensemble des configurations existantes en les étudiant les unes par rapport aux autres- au nom de quelque solidarité astrologique du système solaire- ne permet pas d'appréhender de façon satisfaisante la genèse de la pensée astrologique et son développement jusqu'à nos jours. L'obstacle épistémologique tient au statut de l'astrologie mondiale laquelle apparait, aux yeux de nombre d'astrologues, comme la "danseuse" de l'astrologie, celle qui la conduit à prendre des risques prédictifs exagérés qui contribuent périodiquement à son discrédit. Un tel préjugé anti-Mondiale, au sein même du milieu astrologique - pèse en définitive sur les représentations que les astrologues tendent à donner de leur domaine, quand ils sont en position d'historien, comme c'est le cas dans le collectif "L'Astrologie d'hier et de demain", issu d'un Colloque tenu à Rambures, près d'Abbeville, en 2002 (paru aux Presses Universitaires de Rouen en 2008) et codirigé par Charles Ridoux, lui-même, paradoxalement, pourtant passionné d'Astrologie mondiale et auquel participèrent, notamment, Yves Lenoble et le britannique Roy Gillett mais aussi André Barbault.
Il nous apparait qu'il importe d'inverser les perspectives et de considérer le thème astral comme une forme particulière de la pensée astrologique et certainement pas son expression centrale. A partir de là, nous ne saurions réduire l'examen du statut de l'astrologie en tel ou tel siècle à la production de manuels voués à enseigner le dressage du thème.. Il faudrait d'ailleurs faire la part aussi de l'activité pédagogique en astrologie d'un Denis Labouré ou d'un Yves Lenoble comme pouvant expliquer l'accent mis sur la didactique de l'astrologie, en tant que baromètre de la vie astrologique pour une période donnée...Là encore, voilà une approche quelque peu biaisée où se retrouvent les praticiens placés face aux questions de leurs clients comme les enseignants divulguant les méthodes pour devenir son propre astrologue. Et l'astrologie par informatique-Yves Lenoble ayant longtemps travaillé pour Astroflash - va dans le même sens: l'érection de thèmes.
On en arrive ainsi à parler de 'renaissance de l'astrologie", à la fin du XIXe siècle, au prisme de la production de manuels d'astrologie, à partir des années 1890. (voir l'étude d'Y. Lenoble dans le collectif sus mentionné). Or, si l'on considère le flux de la production, en France, de manuels astrologiques au cours des XVIe et XVIIe siècles, en ignorant tout le reste de la littérature astrologique, l'on risquerait fort de commettre des erreurs d'appréciation. (voir notre étude sur le manuel d'Auger Ferrier (1550), sur le site du Cura.free.fr). Inversement, une telle recrudescence dans la production de traités d'initiation, d'"introduction", comme on disait autrefois, ne reflétera pas nécessairement, avec pertinence, la réception de l'astrologie à une certaine époque.
Nous avons récemment exhumé un texte astrologique au sein d'une mince brochure parue dans les années 1873-1874, à une époque où ne paraissaient pas/plus/pas encore d'outils pédagogiques en astrologie. L'auteur est un certain de Villeplaine (alias C.V. B. Delphes). Il est signalé très brièvement dans le Répertoire Chronologique Nostradamique (Paris, Grande Conjonction- Trédaniel, 1990n p. 427) pour des "Calculs astrologiques et nostradamiques" évoqués par Torné Chavigny dans son almanach pour 1877 (p. 10), sans mention de la dite conjonction.(voir sur Villeplaine, une étude plus développée dans notre rubrique Estudes nostradamiennes, à venir)
La conjonction est annoncée dans une fort mince brochure anonyme intitulée : "
Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874" BNF Lb56 5104
Elle sera complétée par la suite par un "Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques" (BNF Lb57 5740). Villeplaine, dans sa "Prédiction astrologique'" signale une conjonction Mars-Jupiter pour décembre 1874. Il ne se propose aucunement de dresser le thème correspondant à la dite conjonction comme le proposerait aujourd'hui Yves Lenoble (voir son exposé sur les syzygies à paraitre dans les actes du Colloque précité du RAO). En fait, Villeplaine s'en tient à une tradition conjonctionnelle fort ancienne, illustrée notamment au Moyen Age et à la Renaissance par le système des "Grandes conjonctions" Jupiter-Saturne, initiée par le Persan Albumazar à la fin du IXe siècle, lequel connut une extraordinaire fortune jusqu' au XVIIIe siècle.
Le procédé suivi par Villeplaine pour déterminer le temps de cette conjonction est des plus simples et il conviendrait d'ailleurs plutôt de poser le problème à l'envers à savoir repérer dans les éphémérides les convergences entre les colonnes dévolues à chaque planète puis étudier à quoi cela pourrait correspondre.
Voilà ce que Villeplaine a pu trouver dans les colonnes de la Connaissance des Temps:
Jupiter ascension droite 13° 39' déclinaison 9° 40'
Mars " 13° 40' " 9° 40'
Peu importait, d'ailleurs, à Villeplaine dans quel signe se formait la conjonction. Nous savons qu'il s'agissait du 25° Balance (cf Grandes Ephémérides de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151)
En conclusion, nous dirons que le baromètre de l'impact social de l'astrologie, pour une décennie voire un siècle donné, n'est pas automatiquement tributaire de la quantité de manuels d'astrologie qui paraissent. Il est plus heureux mais plus difficile en raison de la dispersion que cela peut impliquer de dépouiller les textes parus sous les noms les plus divers, et comportant, parfois fugitivement telle allusion, au détour d'un chapitre. La recherche par titres a ses limites. Il faudra attendre la numérisation des contenus et pas seulement des titres pour accéder à une appréhension plus juste de l'impact de l'astrologie. C'est ainsi que la presse actuelle comporte souvent une rubrique astrologique mais celle-ci n'est pas signalée en première page...Par ailleurs, la fréquentation des officines d'astrologues est-elle fonction du nombre de manuels astrologiques? On peut sérieusement en douter.
Procéder ainsi est bien plus simple que de dresser un thème et n'exige pas notamment de tenir compte d'un lieu donné ni d'une heure particulière. C'est plus '"à la louche" surtout quand il s'agit, comme en astrologie mondiale, d'événements annoncés qu'il n'est pas obligé de dater au jour près alors qu'un tel souci de précision est indispensable pour dresser quelque thème que ce soit, le mot thème étant ici synonyme de précision extrême, dans la mesure où les positions en maisons peuvent changer à quelques minutes d'intervalle.
Autrement dit, il ne faut pas être grand clerc pour repérer des conjonctions, il suffit de feuilleter les pages des éphémérides, d'autant que les données propres à chaque planète sont placées en parallèle, donc se prêtent aisément à un tel exercice. Qu'il soit bien clair en effet, l'astrologie mondiale est au niveau astronomique et des calculs beaucoup plus accessible que l'astrologie natale! D'ailleurs, tout astronome est en mesure de déterminer à l'avance quand il y aura conjonction entre deux planètes. Ce n'est que lorsque l'on passe au niveau du thème que les choses se compliquent singulièrement. Si l'on étudie le système des grandes conjonctions Jupiter- Saturne, cela relève également de repérages fort simples et l'on ne peut même pas parler de calculs : il suffit d'ouvrir les tables appropriées et d'étudier toutes les convergences qui s'offrent entre deux planètes, surtout si l'on s'en tient aux seules conjonctions. Une autre affaire est évidemment d'interpréter ces configurations et la durée de leurs effets. De Villeplaine, par ailleurs lecteur assidu des Centuries, était bien imprudent de croire que la conjonction qu'il avait identifiée serait à effet immédiat, étant donné que toute cause met du temps à produire des effets et que tous les effets ne se manifestent pas nécessairement simultanément mais sur une certaine période de temps. (sur cet auteur, voir notre étude dans les Estudes nostradamiennes). En tout cas, il est peu probable que Villeplaine ait été le seul, en son temps, à s'intéresser aux conjonctions planétaires, le texte de son pronostic fut forcément rédigé à l'attention d'un certain public qui s'y entendait peu ou prou.
Une idée assez communément répandue veut que l'astrologie française n'ait renoué avec l'astronomie réelle -et non fictive- que dans la dernière décennie du XIXe siècle (voir Yves Lenoble, in collectif L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, Rouen, 2008). Si l'on considère qu'Eustache Lenoble -dont nous avons montré toute l'importance le premier et ce bien au delà de 1666 - auteur d'un traité astrologique classique- fut réédité au début du XVIIIe siècle puis, sous une forme un peu particulière -qui trahissait un divorce avec les éphémérides- à la veille immédiate de la Révolution Française (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'Astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993), l'on serait contraint d'admettre que l'astrologie et l'astronomie ne communiquèrent plus, en France, pendant près de deux siècles encore qu'il faille faire la part des almanachs, comme le note Roy Gillett (dans sa contribution au collectif "L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, opus cité) lequel par ailleurs, bien à tort, affirme que l'astrologie de Jean-Baptiste Morin (de Villefranche) ne cessa jamais de se perpétuer du XVIIe siècle jusqu'à nos jours. On retiendra en tout cas que selon Gillett, aucun traité d'astrologie digne de ce nom ne serait paru Outre Manche de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle, jugement largement infirmé par les historiens tels Wilhelm Knappich ("Histoire de l'astrologie", trad. de l'allemand par Henri Latou, Paris, Oxus, 2008, pp. 223 et seq.) ou Derek et Julia Parker ("Astrologie. Son origine. Son histoire", trad. de l'anglais, Paris, Faivre, 1989, pp. 177 et seq, voir La vie astrologique il y a cent ans, Paris, La grande conjonction-Trédaniel, 1992). Tout comme on prend comme repère en France l'année 1666 et la fondation de l'Académie des Sciences, il semble que la création de la Royal Society of London for the improvement of Natural Knowledge, dès 1660, ait joué le même rôle Outre Manche. On a du mal à comprendre en quoi l'exclusion de l'astrologie de certains cénacles aurait pu affecter si promptement la production astrologique à destination d'un public relativement large mais ce public était-il en mesure de faire les calculs nécessaires? Cela laisse entendre que l'astrologie était une profession assez élitiste du moins jusqu'au XVIIIe siècle. Par la suite, du fait d'une certaine disgrâce dans les cercles cultivés, il fallut mettre en circulation des sous-produits, des succédanés, plus accessibles, notamment pour le public féminin qui prendra le relais. (cf Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993). Ce qu'on appelle généralement renaissance de l'astrologie, c'est le retour des astrologues à une astronomie réelle se dégageant, non sans mal, de toutes sortes d'expédients. Il y a là, quand même, l'entretien d'une certaine confusion quant à l'usage du mot "Renaissance" à propos du revival supposé de l'astrologie à la fin du XIXe siècle. Il faudrait plutôt dire que l'astrologie sort alors d'un certain isolement en étant récupérée par la mouvance théosophique mais son statut scientifique ne s'améliore guère, en dépit des efforts du polytechnicien Paul Choisnard (alias Flambart) lequel, plutôt que de revoir les fondements de l'astrologie se contente de les confirmer dans leur ensemble, sans dégager un noyau dur dont le reste dériverait sur un mode mineur.
Le fait pour l'astrologie de renouer avec les données astronomiques, au point d'intégrer tout ce que l'on trouve dans la Connaissance des Temps, y compris les planètes transsaturniennes, étrangères à la tradition astrologique, n'aura certainement suffi à mettre fin à un divorce dont les causes sont plus profondes. La preuve en est que les attaques fomentées contre l'astrologie, au XVIIe siècle, visent une astrologie qui n'a rien à se reprocher sur le plan astronomique. Il y aurait désinformation à laisser entendre que là serait le cœur du problème.
Cela dit, force est bien de constater que - conséquence plutôt que cause du dit divorce (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, Grande Conjonction-Trédaniel, 1993)- l'on prit l'habitude - notamment chez le tarologue Ettteilla au sein d'un ensemble de publications "occultes"- de dresser des thèmes à partir d'un matériau ne correspondant plus à la réalité astronomique (un peu à l'instar de l'astrologie chinoise) mais en recourant à un astrologique de la fin du XVIIe siècle - bien après 1666, faut-il le souligner - à savoir celui d'Eustache Lenoble, baron de Saint Georges, auteur d'une Uranie, ouvrage salué par Pierre Bayle comme montrant que l'astrologie avait encore des avocats pour défendre sa cause, au tournant du XVIIIe siècle. Rappelons aussi le cas du comte Henri de Boulainvillers, un autre aristocrate.(dont les traités restés manuscrits furent réédités au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, aux Ed. du Nouvel Humanisme de J. Duvivier, avec des études de Renée Simon qui lui consacra une thèse de doctorat). Notons aussi qu'une astrologie populaire cohabitait de longue date avec une astrologie s'appuyant sur l'astronomie. C'est le cas pour le XVIe siècle, du Livre d'Arcandam. Et il semble bien que c'est cette astrologie de bas étage qui aura survécu alors qu'une astrologie plus élitique voyait son lectorat s'effondrer. Les progrès de l'instruction auront permis à une astrologie plus sophistiquée de renaitre, non pas tant du fait d'une reconnaissance des milieux scientifiques mais du fait d'un accès plus large du public à des ouvrages plus savants. Il faudrait parler de parvenus, de nouveaux riches de la culture générés par les progrès de l'enseignement, dotés d'un certificat d'études, attirés par le bagage chatoyant d'une astrologie matinée de mythologie, d'astronomie, s'intéressant aux personnages célèbres et aux événements marquants, sans parler de la dimension psychologique voire psychanalytique. L'astrologie, raccourci providentiel pour rejoindre les cercles huppés.
Soutenue sous la Révolution, à sa façon, par un Etteilla (alias Alliette), c'est sous le patronage d'une autre tarologue, Marie-Adélaïde Le Normand ( 1772-1843), qu'une astrologie, astronomiquement correcte, refera son apparition, en 1845, donc deux ans après la mort de Mademoiselle Lenormand, au sein d'une sorte d'encyclopédie de la divination, sous la forme d'un véritable traité d'astrologie, au sens moderne du mot - mais aussi dans le style des traités des XVIe-XVIIe siècles - à savoir "Le Grand Jeu de Société, pratiques secrètes de Mademoiselle Le Normand", Paris, soit un titre qui correspond au milieu alors visé par l'astrologie. Nous avions signalé cette publication dès 1992 dans La Vie Astrologique, il y a cent ans (Paris, La Grande conjonction-Trédaniel, p. 49), collectif auquel participèrent Patrick Curry et Nicholas Campion, et il est étonnant qu'Y. Lenoble n'en ait pas pris connaissance, à dix ans d'écart. Le fait que nous n'ayons pas été invités au Colloque de Rambures par M. Ridoux aura conduit à ce que l'Histoire de l'astrologie moderne soit laissée à des astrologues n'ayant au mieux que des connaissances de seconde main-sans parler de certains partis pris à l'égard de tel ou tel courant- et ne respectant pas dès lors toutes les règles déontologiques de la discipline historique face à des historiens plus aguerris pour les périodes antérieures, ce qui déséquilibre sensiblement la valeur scientifique des deux volets : Astrologie d'hier et d'aujourd'hui.
On ignore quel en fut l'auteur, un homme - lecteur d'Albumazar, Ptolémée et Zael- de telles anthologies parurent en latin à la fin du XVe siècle - plus probablement qu'une femme, en dépit du patronage affiché de la célèbre Mademoiselle Lenormand (BNF microfiche R 37806). Le cas n'est pas rare à l'époque que l'on joue la carte féminine pour les noms d'auteurs. Le prospectus de présentation du volume sur l'astrologie était ainsi rédigé en cette année 1845, donc sous Louis Philippe (Monarchie de Juillet) : "L'Astrologie ancienne et moderne, basée sur l'astronomie la plus avancée et la plus profonde contient amplement tout ce qu'il faut savoir pour dresser un thème, des tables de concordance, des hauteurs de maison, des ascensions obliques et d'éphémérides ainsi que des méthodes prophétiques (sic) au moyen desquelles on prévoit les événements qui nous attendent dans le monde, dans l'année, dans le courant de la vie etc". Le titre du volume était, quant à lui, le suivant:"Astrologie ancienne et moderne contenant toutes les tables nécessaires pour dresser toutes sortes de thèmes en quelque lieu et quelque âge que ce soit", comportant un dictionnaire des termes techniques. Ainsi, cette "Astrologie Ancienne et moderne" constitue-t-elle le premier traité astrologique connu ayant vocation à former des astrologues à renouer avec le thème natal. Pour notre part, le thème natal, qu'il soit calculé à partir de données astronomiques ou qu'il le soit à partir de computations kabbalistiques ou tarologiques (comme ce fut souvent le cas au XIXe siècle, notamment avec le traité d'Ely Star qui sera réédité au siècle suivant), il importe assez peu.(voir le système NOA), les enjeux épistémologiques de l'astrologie se situant au niveau de l'astrologie mondiale et non de l"astrologie généthliaque.
JHB
02. 12.09
Ce qui distingue l'historien de l'astrologie de l'astrologue faisant de l'Histoire de l'astrologie, c'est l'importance accordée au statut du thème natal. A lire certains auteurs, l'on a l'impression que la cote de l'astrologie dépende de la production de manuels conçus pour l'érection des thèmes! Même un Paul Choisnard, au début du XXe siècle, ne dissociait pas l'astrologie du thème natal : "Toute l'astrologie scientifique (sic) repose sur la figure céleste pour un moment et pour un lieu donné"(Langage astral, Paris, Chacornac, 1902). C'est au demeurant dans cette voie que s'engagea Michel Gauquelin, à cette différence que ce dernier, à juste titre, ne s'embarrassa point des positions zodiacales natales, alors que pour Choisnard c'était là un facteur déterminant, notamment au niveau de l'"hérédité astrale". Le polytechnicien n'allait-il pas jusqu'à écrire : " L'astrologue capable de dire d'avance en jugeant une personne qu'elle doit être née sous la quadrature de Mars et de Saturne, je suppose, exprime là un ensemble de facultés dont le jugement est soumis au contrôle de la science par le fait même du langage employé". Choisnard rêvait d'expériences où à l'examen d'une personne, l'astrologue déterminerait, sans l'aide du thème évidemment, les configurations significatives et que cela soit ensuite vérifié par le thème!
Or, l'Histoire de l'Astrologie ne saurait à l'excès se polariser sur le recours au thème natal, à commencer par le fait que celui-ci, en tant que tel, est d'apparition relativement récente. On en arrive ainsi à de véritables aberrations et à des erreurs de perspective dans la grande majorité des ouvrages ou des études consacrés à l'Histoire de l’Astrologie. Si l'on admet, en effet, que l'astrologie dépend des données astronomiques, force est de constater que celle-ci ne lui ont pas fait défaut notamment depuis le XVIIIe siècle, sans parler bien évidemment de l'observation directe du ciel, quand il s'agit de dresser le thème "horaire", comme chez William Lilly et sa Christian Astrology.(voir notre étude en postface de la réédition de l'"Introduction" de Claude Dariot, Ed. Pardés, 1991).
On n'est donc pas avec l'astrologie en face d'un phénomène qui dépendrait d'une source pouvant se tarir ou passer par des hauts et des bas et dans ce cas comment se pourrait-il que la pratique de l'astrologie ait pu connaitre une sorte d'éclipse tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, comme il ressort des propos d'Yves Lenoble et de Roy Gillett, dans les Actes du Colloque de Rambures (2002, parus en 2008 à Rouen 'L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, codirigé par Charles Ridoux)? Certes, le calcul du thème natal a pu effectivement dépendre de l'existence de certains documents tout comme d'ailleurs certaines prévisions à long terme. En effet, les ouvrages mis en circulation, pendant ces deux siècles, par les astronomes -on pense pour la France à la Connaissance des Temps- limitaient le travail de commentaire que l'astrologue pouvait réaliser en aval. Mais était-ce le cas pour l'astrologie mondiale qui n'a besoin que d'informations relativement limitées, lui permettant notamment de déterminer les dates de certaines conjonctions? Ce n'est nullement là un travail de précision du même ordre que l'établissement minutieux d'un thème natal!.
Certes, il est des périodes où les témoignages d'une vie astrologique intense semblent manquer mais cela ne tient nullement à une crise du prophétisme -si l'on prend ici ce terme dans le sens très large de connaissance de l'avenir, par toutes les techniques possibles - mais par la concurrence que connait l'astrologie au sein d'une telle nébuleuse. Nous sommes persuadés que dut exister à toute époque une pratique liée aux données astronomiques, quand bien même cela ne donnait pas toujours lieu à des publications ayant été conservées jusqu'à ce jour. Il importe donc de distinguer entre la carte et le territoire, la carte étant ici ce qui est imprimé et conservé et le territoire la vie astrologique réelle. Dès lors, ce que l'on peut dire ou écrire sur certaines périodes doit être reçu avec une certaine prudence, surtout quand cela émane de personnes pour lesquelles l'astrologie n'est pas sans le thème. Qu'un événement aussi dramatique que la Révolution Française et l'épopée napoléonienne corresponde, aux dires des historiens de l'astrologie à un 'creux" dans le graphique des publications est pour le moins paradoxal! Il n'est d'ailleurs qu'à rappeler le cas de Pierre d'Ailly qui, dès 1414, avait, astrologiquement, mis en avant l'an 1789. Or; cela ne passa nullement inaperçu à la fin du XVIIIe siècle.(voir nos études, “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, in Actes du Colloque Prophétisme et Politique, Paris, Politica Hermetica, 1992, Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction - Trédaniel, 1993, La Vie Astrologique il y a cent ans, Ibidem, 1992). Faut-il souligner que la parution régulière, durant ces deux siècles, des Centuries nostradamiques et des épitres en prose qui les accompagnent ne pouvait qu'éveiller et/ou maintenir un certain intérêt pour l'astrologie mondiale et notamment les conjonctions (voir par exemple le quatrain 86 de la IVe Centurie auquel nous consacrons une étude dans cette livraison)? Encore faudrait-il prendre en compte les périodiques et pas uniquement les ouvrages dont le contenu est recensé dans les catalogues des bibliothèques. Prenons le cas du travail de Jean-Yves Le Naour ('Nostradamus s'en va-t-en guerre, 1914-1918', Paris, Hachette, 2008)- celui-ci n'a pas pris en compte divers périodiques astrologiques comme Influence Astrale ou le Voile d'Isis. Rappelons cependant que le XIXe siècle aura été celui des constitutions, des calendriers électoraux et que cela a pu faire concurrence à l'astrologie, comme si les hommes avaient décidé de prendre en main la gestion de leur temps, c'est aussi, avec la révolution industrielle, une ère où les horaires de travail sont de plus en plus contraignants et ne dépendent plus du cycle saisonnier ni même, avec le développement de l'électricité, du cycle diurne.
Il reste que pour un astrologue praticien actuel, l'important semble bien être de montrer l'ancienneté de la pratique consistant à dresser un thème sur la base de données astronomiques. Le dernier colloque "l'astrologie et la vie quotidienne" du RAO (non enregistré en vidéo) a réuni des astrologues dont un certain nombre n'était pas sans s'intéresser, d'ailleurs, à l'histoire de la littérature astrologique : Danièle Jay, Denis Labouré, Yves Lenoble, notamment. Mais tous étaient axés sur le moment de la naissance ou en tout cas s'intéressaient prioritairement une astrologie liée à un instant donné. (voir aussi notre entretien, à Montpellier, avec Françoise Moderne, élève de Giuseppe Bezza, sur teleprovidence)
Or, il nous apparait qu'une telle focalisation sur une astrologie du moment (de la naissance ou de tout autre "événement"), c'est à dire, plus précisément, d'une astrologie thématologique, qui englobe l'ensemble des configurations existantes en les étudiant les unes par rapport aux autres- au nom de quelque solidarité astrologique du système solaire- ne permet pas d'appréhender de façon satisfaisante la genèse de la pensée astrologique et son développement jusqu'à nos jours. L'obstacle épistémologique tient au statut de l'astrologie mondiale laquelle apparait, aux yeux de nombre d'astrologues, comme la "danseuse" de l'astrologie, celle qui la conduit à prendre des risques prédictifs exagérés qui contribuent périodiquement à son discrédit. Un tel préjugé anti-Mondiale, au sein même du milieu astrologique - pèse en définitive sur les représentations que les astrologues tendent à donner de leur domaine, quand ils sont en position d'historien, comme c'est le cas dans le collectif "L'Astrologie d'hier et de demain", issu d'un Colloque tenu à Rambures, près d'Abbeville, en 2002 (paru aux Presses Universitaires de Rouen en 2008) et codirigé par Charles Ridoux, lui-même, paradoxalement, pourtant passionné d'Astrologie mondiale et auquel participèrent, notamment, Yves Lenoble et le britannique Roy Gillett mais aussi André Barbault.
Il nous apparait qu'il importe d'inverser les perspectives et de considérer le thème astral comme une forme particulière de la pensée astrologique et certainement pas son expression centrale. A partir de là, nous ne saurions réduire l'examen du statut de l'astrologie en tel ou tel siècle à la production de manuels voués à enseigner le dressage du thème.. Il faudrait d'ailleurs faire la part aussi de l'activité pédagogique en astrologie d'un Denis Labouré ou d'un Yves Lenoble comme pouvant expliquer l'accent mis sur la didactique de l'astrologie, en tant que baromètre de la vie astrologique pour une période donnée...Là encore, voilà une approche quelque peu biaisée où se retrouvent les praticiens placés face aux questions de leurs clients comme les enseignants divulguant les méthodes pour devenir son propre astrologue. Et l'astrologie par informatique-Yves Lenoble ayant longtemps travaillé pour Astroflash - va dans le même sens: l'érection de thèmes.
On en arrive ainsi à parler de 'renaissance de l'astrologie", à la fin du XIXe siècle, au prisme de la production de manuels d'astrologie, à partir des années 1890. (voir l'étude d'Y. Lenoble dans le collectif sus mentionné). Or, si l'on considère le flux de la production, en France, de manuels astrologiques au cours des XVIe et XVIIe siècles, en ignorant tout le reste de la littérature astrologique, l'on risquerait fort de commettre des erreurs d'appréciation. (voir notre étude sur le manuel d'Auger Ferrier (1550), sur le site du Cura.free.fr). Inversement, une telle recrudescence dans la production de traités d'initiation, d'"introduction", comme on disait autrefois, ne reflétera pas nécessairement, avec pertinence, la réception de l'astrologie à une certaine époque.
Nous avons récemment exhumé un texte astrologique au sein d'une mince brochure parue dans les années 1873-1874, à une époque où ne paraissaient pas/plus/pas encore d'outils pédagogiques en astrologie. L'auteur est un certain de Villeplaine (alias C.V. B. Delphes). Il est signalé très brièvement dans le Répertoire Chronologique Nostradamique (Paris, Grande Conjonction- Trédaniel, 1990n p. 427) pour des "Calculs astrologiques et nostradamiques" évoqués par Torné Chavigny dans son almanach pour 1877 (p. 10), sans mention de la dite conjonction.(voir sur Villeplaine, une étude plus développée dans notre rubrique Estudes nostradamiennes, à venir)
La conjonction est annoncée dans une fort mince brochure anonyme intitulée : "
Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874" BNF Lb56 5104
Elle sera complétée par la suite par un "Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques" (BNF Lb57 5740). Villeplaine, dans sa "Prédiction astrologique'" signale une conjonction Mars-Jupiter pour décembre 1874. Il ne se propose aucunement de dresser le thème correspondant à la dite conjonction comme le proposerait aujourd'hui Yves Lenoble (voir son exposé sur les syzygies à paraitre dans les actes du Colloque précité du RAO). En fait, Villeplaine s'en tient à une tradition conjonctionnelle fort ancienne, illustrée notamment au Moyen Age et à la Renaissance par le système des "Grandes conjonctions" Jupiter-Saturne, initiée par le Persan Albumazar à la fin du IXe siècle, lequel connut une extraordinaire fortune jusqu' au XVIIIe siècle.
Le procédé suivi par Villeplaine pour déterminer le temps de cette conjonction est des plus simples et il conviendrait d'ailleurs plutôt de poser le problème à l'envers à savoir repérer dans les éphémérides les convergences entre les colonnes dévolues à chaque planète puis étudier à quoi cela pourrait correspondre.
Voilà ce que Villeplaine a pu trouver dans les colonnes de la Connaissance des Temps:
Jupiter ascension droite 13° 39' déclinaison 9° 40'
Mars " 13° 40' " 9° 40'
Peu importait, d'ailleurs, à Villeplaine dans quel signe se formait la conjonction. Nous savons qu'il s'agissait du 25° Balance (cf Grandes Ephémérides de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151)
En conclusion, nous dirons que le baromètre de l'impact social de l'astrologie, pour une décennie voire un siècle donné, n'est pas automatiquement tributaire de la quantité de manuels d'astrologie qui paraissent. Il est plus heureux mais plus difficile en raison de la dispersion que cela peut impliquer de dépouiller les textes parus sous les noms les plus divers, et comportant, parfois fugitivement telle allusion, au détour d'un chapitre. La recherche par titres a ses limites. Il faudra attendre la numérisation des contenus et pas seulement des titres pour accéder à une appréhension plus juste de l'impact de l'astrologie. C'est ainsi que la presse actuelle comporte souvent une rubrique astrologique mais celle-ci n'est pas signalée en première page...Par ailleurs, la fréquentation des officines d'astrologues est-elle fonction du nombre de manuels astrologiques? On peut sérieusement en douter.
Procéder ainsi est bien plus simple que de dresser un thème et n'exige pas notamment de tenir compte d'un lieu donné ni d'une heure particulière. C'est plus '"à la louche" surtout quand il s'agit, comme en astrologie mondiale, d'événements annoncés qu'il n'est pas obligé de dater au jour près alors qu'un tel souci de précision est indispensable pour dresser quelque thème que ce soit, le mot thème étant ici synonyme de précision extrême, dans la mesure où les positions en maisons peuvent changer à quelques minutes d'intervalle.
Autrement dit, il ne faut pas être grand clerc pour repérer des conjonctions, il suffit de feuilleter les pages des éphémérides, d'autant que les données propres à chaque planète sont placées en parallèle, donc se prêtent aisément à un tel exercice. Qu'il soit bien clair en effet, l'astrologie mondiale est au niveau astronomique et des calculs beaucoup plus accessible que l'astrologie natale! D'ailleurs, tout astronome est en mesure de déterminer à l'avance quand il y aura conjonction entre deux planètes. Ce n'est que lorsque l'on passe au niveau du thème que les choses se compliquent singulièrement. Si l'on étudie le système des grandes conjonctions Jupiter- Saturne, cela relève également de repérages fort simples et l'on ne peut même pas parler de calculs : il suffit d'ouvrir les tables appropriées et d'étudier toutes les convergences qui s'offrent entre deux planètes, surtout si l'on s'en tient aux seules conjonctions. Une autre affaire est évidemment d'interpréter ces configurations et la durée de leurs effets. De Villeplaine, par ailleurs lecteur assidu des Centuries, était bien imprudent de croire que la conjonction qu'il avait identifiée serait à effet immédiat, étant donné que toute cause met du temps à produire des effets et que tous les effets ne se manifestent pas nécessairement simultanément mais sur une certaine période de temps. (sur cet auteur, voir notre étude dans les Estudes nostradamiennes). En tout cas, il est peu probable que Villeplaine ait été le seul, en son temps, à s'intéresser aux conjonctions planétaires, le texte de son pronostic fut forcément rédigé à l'attention d'un certain public qui s'y entendait peu ou prou.
Une idée assez communément répandue veut que l'astrologie française n'ait renoué avec l'astronomie réelle -et non fictive- que dans la dernière décennie du XIXe siècle (voir Yves Lenoble, in collectif L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, Rouen, 2008). Si l'on considère qu'Eustache Lenoble -dont nous avons montré toute l'importance le premier et ce bien au delà de 1666 - auteur d'un traité astrologique classique- fut réédité au début du XVIIIe siècle puis, sous une forme un peu particulière -qui trahissait un divorce avec les éphémérides- à la veille immédiate de la Révolution Française (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'Astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993), l'on serait contraint d'admettre que l'astrologie et l'astronomie ne communiquèrent plus, en France, pendant près de deux siècles encore qu'il faille faire la part des almanachs, comme le note Roy Gillett (dans sa contribution au collectif "L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, opus cité) lequel par ailleurs, bien à tort, affirme que l'astrologie de Jean-Baptiste Morin (de Villefranche) ne cessa jamais de se perpétuer du XVIIe siècle jusqu'à nos jours. On retiendra en tout cas que selon Gillett, aucun traité d'astrologie digne de ce nom ne serait paru Outre Manche de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle, jugement largement infirmé par les historiens tels Wilhelm Knappich ("Histoire de l'astrologie", trad. de l'allemand par Henri Latou, Paris, Oxus, 2008, pp. 223 et seq.) ou Derek et Julia Parker ("Astrologie. Son origine. Son histoire", trad. de l'anglais, Paris, Faivre, 1989, pp. 177 et seq, voir La vie astrologique il y a cent ans, Paris, La grande conjonction-Trédaniel, 1992). Tout comme on prend comme repère en France l'année 1666 et la fondation de l'Académie des Sciences, il semble que la création de la Royal Society of London for the improvement of Natural Knowledge, dès 1660, ait joué le même rôle Outre Manche. On a du mal à comprendre en quoi l'exclusion de l'astrologie de certains cénacles aurait pu affecter si promptement la production astrologique à destination d'un public relativement large mais ce public était-il en mesure de faire les calculs nécessaires? Cela laisse entendre que l'astrologie était une profession assez élitiste du moins jusqu'au XVIIIe siècle. Par la suite, du fait d'une certaine disgrâce dans les cercles cultivés, il fallut mettre en circulation des sous-produits, des succédanés, plus accessibles, notamment pour le public féminin qui prendra le relais. (cf Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993). Ce qu'on appelle généralement renaissance de l'astrologie, c'est le retour des astrologues à une astronomie réelle se dégageant, non sans mal, de toutes sortes d'expédients. Il y a là, quand même, l'entretien d'une certaine confusion quant à l'usage du mot "Renaissance" à propos du revival supposé de l'astrologie à la fin du XIXe siècle. Il faudrait plutôt dire que l'astrologie sort alors d'un certain isolement en étant récupérée par la mouvance théosophique mais son statut scientifique ne s'améliore guère, en dépit des efforts du polytechnicien Paul Choisnard (alias Flambart) lequel, plutôt que de revoir les fondements de l'astrologie se contente de les confirmer dans leur ensemble, sans dégager un noyau dur dont le reste dériverait sur un mode mineur.
Le fait pour l'astrologie de renouer avec les données astronomiques, au point d'intégrer tout ce que l'on trouve dans la Connaissance des Temps, y compris les planètes transsaturniennes, étrangères à la tradition astrologique, n'aura certainement suffi à mettre fin à un divorce dont les causes sont plus profondes. La preuve en est que les attaques fomentées contre l'astrologie, au XVIIe siècle, visent une astrologie qui n'a rien à se reprocher sur le plan astronomique. Il y aurait désinformation à laisser entendre que là serait le cœur du problème.
Cela dit, force est bien de constater que - conséquence plutôt que cause du dit divorce (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, Grande Conjonction-Trédaniel, 1993)- l'on prit l'habitude - notamment chez le tarologue Ettteilla au sein d'un ensemble de publications "occultes"- de dresser des thèmes à partir d'un matériau ne correspondant plus à la réalité astronomique (un peu à l'instar de l'astrologie chinoise) mais en recourant à un astrologique de la fin du XVIIe siècle - bien après 1666, faut-il le souligner - à savoir celui d'Eustache Lenoble, baron de Saint Georges, auteur d'une Uranie, ouvrage salué par Pierre Bayle comme montrant que l'astrologie avait encore des avocats pour défendre sa cause, au tournant du XVIIIe siècle. Rappelons aussi le cas du comte Henri de Boulainvillers, un autre aristocrate.(dont les traités restés manuscrits furent réédités au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, aux Ed. du Nouvel Humanisme de J. Duvivier, avec des études de Renée Simon qui lui consacra une thèse de doctorat). Notons aussi qu'une astrologie populaire cohabitait de longue date avec une astrologie s'appuyant sur l'astronomie. C'est le cas pour le XVIe siècle, du Livre d'Arcandam. Et il semble bien que c'est cette astrologie de bas étage qui aura survécu alors qu'une astrologie plus élitique voyait son lectorat s'effondrer. Les progrès de l'instruction auront permis à une astrologie plus sophistiquée de renaitre, non pas tant du fait d'une reconnaissance des milieux scientifiques mais du fait d'un accès plus large du public à des ouvrages plus savants. Il faudrait parler de parvenus, de nouveaux riches de la culture générés par les progrès de l'enseignement, dotés d'un certificat d'études, attirés par le bagage chatoyant d'une astrologie matinée de mythologie, d'astronomie, s'intéressant aux personnages célèbres et aux événements marquants, sans parler de la dimension psychologique voire psychanalytique. L'astrologie, raccourci providentiel pour rejoindre les cercles huppés.
Soutenue sous la Révolution, à sa façon, par un Etteilla (alias Alliette), c'est sous le patronage d'une autre tarologue, Marie-Adélaïde Le Normand ( 1772-1843), qu'une astrologie, astronomiquement correcte, refera son apparition, en 1845, donc deux ans après la mort de Mademoiselle Lenormand, au sein d'une sorte d'encyclopédie de la divination, sous la forme d'un véritable traité d'astrologie, au sens moderne du mot - mais aussi dans le style des traités des XVIe-XVIIe siècles - à savoir "Le Grand Jeu de Société, pratiques secrètes de Mademoiselle Le Normand", Paris, soit un titre qui correspond au milieu alors visé par l'astrologie. Nous avions signalé cette publication dès 1992 dans La Vie Astrologique, il y a cent ans (Paris, La Grande conjonction-Trédaniel, p. 49), collectif auquel participèrent Patrick Curry et Nicholas Campion, et il est étonnant qu'Y. Lenoble n'en ait pas pris connaissance, à dix ans d'écart. Le fait que nous n'ayons pas été invités au Colloque de Rambures par M. Ridoux aura conduit à ce que l'Histoire de l'astrologie moderne soit laissée à des astrologues n'ayant au mieux que des connaissances de seconde main-sans parler de certains partis pris à l'égard de tel ou tel courant- et ne respectant pas dès lors toutes les règles déontologiques de la discipline historique face à des historiens plus aguerris pour les périodes antérieures, ce qui déséquilibre sensiblement la valeur scientifique des deux volets : Astrologie d'hier et d'aujourd'hui.
On ignore quel en fut l'auteur, un homme - lecteur d'Albumazar, Ptolémée et Zael- de telles anthologies parurent en latin à la fin du XVe siècle - plus probablement qu'une femme, en dépit du patronage affiché de la célèbre Mademoiselle Lenormand (BNF microfiche R 37806). Le cas n'est pas rare à l'époque que l'on joue la carte féminine pour les noms d'auteurs. Le prospectus de présentation du volume sur l'astrologie était ainsi rédigé en cette année 1845, donc sous Louis Philippe (Monarchie de Juillet) : "L'Astrologie ancienne et moderne, basée sur l'astronomie la plus avancée et la plus profonde contient amplement tout ce qu'il faut savoir pour dresser un thème, des tables de concordance, des hauteurs de maison, des ascensions obliques et d'éphémérides ainsi que des méthodes prophétiques (sic) au moyen desquelles on prévoit les événements qui nous attendent dans le monde, dans l'année, dans le courant de la vie etc". Le titre du volume était, quant à lui, le suivant:"Astrologie ancienne et moderne contenant toutes les tables nécessaires pour dresser toutes sortes de thèmes en quelque lieu et quelque âge que ce soit", comportant un dictionnaire des termes techniques. Ainsi, cette "Astrologie Ancienne et moderne" constitue-t-elle le premier traité astrologique connu ayant vocation à former des astrologues à renouer avec le thème natal. Pour notre part, le thème natal, qu'il soit calculé à partir de données astronomiques ou qu'il le soit à partir de computations kabbalistiques ou tarologiques (comme ce fut souvent le cas au XIXe siècle, notamment avec le traité d'Ely Star qui sera réédité au siècle suivant), il importe assez peu.(voir le système NOA), les enjeux épistémologiques de l'astrologie se situant au niveau de l'astrologie mondiale et non de l"astrologie généthliaque.
JHB
02. 12.09
samedi 26 décembre 2009
JOURNAL DE BORD ASTROLOGIQUE NOVEMBRE 2009

- Le Nouvel Ordre Astrologique (NOA)
- Les deux astrologies et leurs interférences
- De l'unité vers l'infini, en astrologie
- De la croyance astrologique
- Symétrie et cyclicité des dispositifs en Astrologie
- Les astrologues face à la question du choix
- La conjonction, la configuration astrologique par excellence
- La théorie astrologique et le lâcher prise au regard du NOA
- La dialectique de l'un et du multiple, en astrologie
- Astrologie : science et conscience
- Cyclicité et dispositif des Quatre Eléments en Astrologie
- Sociologie de l'astrologie. Cyclicité et centralité : les blocages des astrologues
- Réflexions sur la dialectique jour/nuit
- Le NOA et les niveaux involutifs
- La question des adjuvants en astrologie
- La priorité du 7 sur le 12 en astrologie
- L'astrologie: les références végétales et minérales
- La domination zodiacale dans l'astrologie populaire
- Le processus de l'importation/emprunt en astrologie
- Le NOA (Nouvel Ordre Astrologique) : distinguer les niveaux 1 et 2
- Le Nouvel Ordre Astrologique (NOA) : le retour de 4 vers 1
- Estudes nostradamiques 1
- Estudes nostradamiques 2
- Les pseudo-reconstitutions du passé
- L'astronomie primaire sous-tendant les résultats Gauquelin
- Le poids des enseignants dans la hiérarchie du milieu astrologique
- Sur l'approche bret-morélienne de l'astrologie
- Qu'est-ce que c'est qui "marche" en Astrologie?
- L'astrologie, entre unité et diversité : les Ecuries d'Augias
- L'astrologie et la lutte des classes
- Un pas de plus pour la déontologie de l'astrologie
- Proposition d'une nouvelle "loi" astrologique
- L'homme, guetteur du ciel
- L'essentiel et le faux en astrologie
- De la naissance à la reconnaissance: les deux astrologies du dominant
- Le choix des cinq planètes gauqueliniennes
- Astrologie et sémiologie
- Critique d'une astronomie prise comme matrice structurelle
- Les tares de la communication astrologique
- La conjonction et le mouvement, clé de l'astrologie
- Théorie et pratique: un débat récurrent en Astrologie
- Technologie et civilisation judéo-chrétienne
- La consultation astropsychologique dans l'urgence
- Emergence de l’astrologie à l'ère du visuel
Inscription à :
Articles (Atom)