samedi 23 janvier 2010

La fortune du quatrain du couronnement, d'Henri IV à Henri V

Estudes nostradamiennes
par Jacques HalBronn

Les deux dernières grandes crises dynastiques que la France connut sont à situer autour de 1584-1594 et, près de trois siècles plus tard, autour des années 1870-1883. Ce furent deux moments importants pour l'histoire des Centuries mais le second est sensiblement moins bien connu, tant au niveau de l'Histoire événementielle qu'à celui de l'Histoire du nostradamisme voire de l'astrologie (voir notre thèse d'Etat, "Le texte prophétique en France, formation et fortune", téléchargeable sur propheties.it). Les relations entre astrologie et nostradamisme au XIXe siècle n'avaient jusque là pas été abordées par nos soins et nous réparons ici une lacune.
Si le XVIe siècle fut marqué par le passage des Valois aux Bourbons, un autre scénario aurait pu, en 1593, imposer les Guises et les Lorrains qui se voulaient descendre des Carolingiens, le XIXe siècle aura été marqué par un encore plus extraordinaire kaléidoscope dynastique. Il commence par Bonaparte, puis l'on passe à deux Bourbons et c'est ensuite l'heure des Orléans, puis à nouveau un Bonaparte. Et selon les interprètes des prophéties, il y aurait à nouveau un Bourbon pour finir avec un Orléans.( voir Torné, "Portraits Prophétiques d'après Nostradamus (..) ou Napoléon III, Pie IX, Henri V, d'après l'Histoire prédite et jugée par Nostradamus etc. ", Poitiers, H. Oudin, 1871; sur la cause orléaniste, cf. Félix Deperlas, "La destinée de M. le Comte de Paris d'après Nostredame", Paris, octobre 1876, BNF) On serait ainsi dans une sorte de république monarchique où tous les candidats au pouvoir devraient appartenir à l'une ou l'autre des dynasties en présence et constituent une menace les uns pour les autres (voir les tentatives subversives de 1839-1840, sous la Monarchie de Juillet, autour de la prophétie d'Orval; cf "Le texte prophétique en France", op. cit.). Ce modèle ne fonctionnera pas, comme on sait, au siècle suivant, le septennat générant ses propres souverains républicains.
Pour en rester au parallèle que nous établissons à près de trois siècles de distance (seconde moitié du XVIe -seconde moitié du XIXe), il y a quelques détails anecdotiques à relever comme celui du nom de Chavigny, auteur ou en tout cas éditeur - au sens anglo-saxon du mot - du Janus Gallicus (1594) et commentateur des Centuries sous le Second Empire et au début de la IIIe République, en la personne de l'abbé Torné-Chavigny. La différence entre les deux époques ainsi mises en parallèle tient avant tout au fait, du point de vue du corpus nostradamique, que dans un cas, c'est le texte même des quatrains qui est retouché, modifié, "complété" alors que dans l'autre, ce texte étant désormais définitivement cristallisé, il n'est plus question que de commentaire, de glose externes et non plus, en quelque sorte, internes. Mais, il n'en reste pas moins que dans les deux cas, l'on fait parler Nostradamus, le "Grand Prophète" selon l'expression de l'abbé Torné, sur les événements du moment.
Nous mettrons au centre de la présente étude le quatrain IV, 86, dont le caractère astrologique - du point de vue conjonctionnel - est au demeurant, assez patent, et son traitement quasiment à 300 ans d'écart face à des situations relativement comparables, à savoir de graves enjeux dynastiques, ce qui relativise quelque peu l'impact de la Révolution Française sur le cours de la monarchie.
Nous ne reviendrons cependant que succinctement sur la première crise, aux seules fins de ménager quelque comparaison avec la seconde. Rappelons que les Valois n'ayant pas eu d'enfants légitimes, la couronne devait passer à de lointains cousins, les Bourbons qui avaient le tort d'être passés à la Réforme, notamment dans le cas du premier d'entre eux, Henri de Navarre. Nous avons montré (voir nos Estudes nostradamiennes et notre post doctorat sur "Giffré de Réchac et la renaissance de la critique nostradamienne au XVIIe siècle", sur le site propheties.it) que le quatrain IV, 86 avait été mis en avant par les adversaires d'Henri de Navarre et faisait pendant au quatrain IX, 86 lié au couronnement de ce dernier à Chartres et non à Reims (1594). Or, c'est ce même quatrain IV, 86 qu'utilise, le datant astrologiquement, Anatole Le Pelletier pour annoncer le prochain avènement d'Henri V, au cours des années 1870. A noter qu'Henri V, seul arrière-arrière petit fils légitime de Louis XV - si l'on excepte toutefois la (prétendue) descendance d'un Louis XVII - n'a pas non plus d'enfants - ce qui fut le sort des Valois, en 1589 - et qu'il lui faut accepter à terme de passer le relais aux cousins Orléans, qui ont déjà régné de 1830 à 1848, en la personne de Louis-Philippe Ier, dont le règne avait été endeuillé en 1842 par la mort accidentelle de son fils.
Il est clair que le premier volet des Centuries favorisait le clan catholique et que le second était exploité par le clan réformé, annonçant notamment la victoire des Bourbons sur les Lorrains, dynastie ayant également des vues alors sur le trône de France. Ce n'est qu'ultérieurement que les deux volets seront réunis, après l'abjuration et le couronnement d'Henri IV, ce qui mit fin au projet d'Etats Généraux ayant pour mission d'élire un nouveau roi de France, entre plusieurs candidats dont le Marquis de Pont à Mousson, de la maison de Lorraine, au point que par la suite, l'on voudra attribuer l'ensemble, tel quel, au seul Nostradamus. Processus unitaire qui fait écho à l'Edit de Nantes de 1598.
En ce qui concerne la seconde crise, elle se solda par un échec définitif pour toute dynastie en France, du moins tout au long du XXe siècle. Mais, pour le XIXe siècle, il s'en fallut de peu qu'une des dynasties ayant régné fût rétablie en France au cours des années 1870 (jusqu'à l'amendement Wallon de 1877 qui correspond à un ressaisissement de la IIIe République). Si Henri V (puisqu'on l'appelait volontiers ainsi) le "dernier" Bourbon, petit fils de Charles X, avait été plus inspiré, le parti monarchiste eut probablement trouvé son unité. A la différence de son aïeul, Henri IV (qui abjura le protestantisme, "Paris vaut bien une messe"), il n'accepta pas certaines concessions (affaire du drapeau blanc) pour s'entendre avec les Orléans dont il reconnaissait pourtant, faute de descendance, que c'est à eux qu'ensuite reviendrait la couronne. Un Torné Chavigny mettra son talent de commentateur au service du comte de Chambord, lisant dans Norlaris, non pas l'anagramme de Lorraine mais celui d'Orléans... Quant au retour de Napoléon III -successeur attitré de son oncle avant la naissance du roi de Rome - il aurait pu se concevoir, à la façon des Cent Jours, avec l'empereur revenu de l'Ile d'Elbe, si la maladie n'avait eu raison de lui, en janvier 1873 et si son fils avait été un peu plus âgé- il n'atteindra la majorité de 18 ans qu'en 1874, l'option d'une régence de l'Impératrice ne passant guère. (voir A. Frerejean, "Napoléon IV, un destin brisé (1856-1879)", préface de Philippe Seguin, Paris, Albin Michel, 1997), le précédent de Catherine de Médicis et plus généralement des régences du XVIIe siècle, ne faisant pas foi.
L'Histoire de l'Astrologie et du nostradamisme -et du prophétisme en général - nous invite souvent à revisiter des moments oubliés et parfois à peine signalés, à tort ou à raison, dans les manuels d'Histoire, ce qui apparente une telle littérature à une forme de presse, de journalisme, en tout cas de propagande, où l'effet d'annonce est déterminant, parfois au service d'une cause bien fragile. On est dans l'Histoire à chaud sinon dans la "petite" Histoire. Etrange paradoxe que des outils qui supposeraient une prise de distance, tant dans l'espace (les astres) que dans le temps (les Centuries censées parues dans les années 1550) et qui, en réalité, se font le reflet de projets avortés ou tombés totalement dans les oubliettes, les poubelles de l'Histoire. En ce sens, il est vrai, l'étude de cette littérature prophétique apparait comme une précieuse et probablement incontournable source de documentation pour l'Historien qui ne saurait se contenter de valider, après coup, la façon dont ont finalement, parfois in extremis, tourné les événements, ce qui tend à relativiser l'importance et la nécessité des dits événements, permettant ainsi une approche plurielle de l'Histoire, sans tomber dans la fiction.
Les auteurs que nous aborderons étaient fort concernés, au lendemain de la défaite française face à la Prusse, par l'idée d'un retour de Napoléon III et, à sa mort (en janvier 1873), de Napoléon IV (1856-1879), donc âgé de 16 ans lors du décès de son père. Mais le prophétisme aime les jeunes princes et leur promet volontiers des ascensions fulgurantes. N'oublions pas le cas de Louis XVII! En cela, la fin du XIXe siècle n'aura rien eu à envier celle du XVIe siècle. Selon nous, comprendre ce qui s'est passé, au niveau de la littérature prophétique au début des années 1870 permet de mieux comprendre la période finissante de la dynastie des Valois des années 1580-1590, au sein du même pays, le bonapartisme n'étant pas sans rappeler les Guise, la Lorraine et la Corse étant des provinces périphériques, et le républicanisme laïc- qui sortira vainqueur de l 'affaire - pouvant exprimer un néo-protestantisme.


I Le Pelletier et le quatrain IV, 86
Il importe de comprendre que l'usage de l'astrologie mondiale est considérablement plus facile, au niveau astronomique, que celui de l'astrologie généthliaque. Autrement dit, l'astrologie mondiale n'exige pas de manuels, de traités. Son principe est des plus simples: quand il y a conjonction, cela correspond à une échéance du point de vue de la vie publique et pour savoir s'il y a conjonction, il suffit de parcourir des tables planétaires et de repérer deux planètes dont les chiffres coïncident, en tel mois de telle année. Un jeu d'enfants qui n'est pas sans faire songer à ces machines que l'on trouve dans les casinos où l'on gagne quand les mêmes motifs se retrouvent sur une même ligne! Dès qu'il s'agit de rechercher un autre aspect que la conjonction, cela devient déjà sensiblement plus ardu! Et bien entendu, au niveau de l'observation directe du ciel, la conjonction est un des phénomènes les plus manifestes.
C'est ainsi que l'auxerrois Anatole Le Pelletier, l'auteur, en 1867, des "Oracles", à l'occasion du troisième centenaire de la mort de Nostradamus, en 1866, dans un fascicule d'une série (non signalée par Benazra) intitulée "La clef des temps", dès 1872, écrivait, à propos de IV, 86 :
"Saturne dont la révolution est de trente ans environ passe deux ans et demi alternativement dans chaque signe. Il entrera dans le verseau en 1874 et par conséquent il s'y trouvera en conjonction avec le soleil dont la révolution est d'un an et qui passe alternativement dans chaque signe. La même conjonction se réitérera en 1875 et peut-être encore au commencement de 1876...' Le Pelletier annonce, dans son plan de parutions d'une série de cahiers, une "Dissertation sur l'astrologie judiciaire" dont nous ignorons si elle parut jamais. Signalons que le texte ci dessus est un commentaire astrologique du quatrain 86 de la centurie IV et que Le Pelletier relie le mot "eau" du premier verset avec ...le verseau (alors que la tradition astrologique en fait un signe d'air) / "L'an que Saturne en eaue sera conjoinct". Quatrain au demeurant royal voire impérial "Avecques Sol, le Roy fort & puissant/ A Reims & Aix sera receu & oingt...."
A la mort de Napoléon III, début 1873, Le Pelletier - dans son "Apollon Pythien et Michel de Nostredame . Lettres au sujet de la mort de Napoléon III et oracles qui y ont trait" (Benazra, en dépit du titre, date, à tort cet ouvrage de 1843, RCN, p. 389) déclare patent l'échec de l'abbé Torné-Chavigny
Mais dès 1867 (réédition 1976), Le Pelletier avait fait paraitre, à la fin de ses "Oracles" des "fragments fatidiques de 1866 à l'Antéchrist", autour d'une terminologie planétaro-mythologique (Mars, Jupiter, Saturne)



II Le nostradamisme astrologique de Ch. de Villeplaine
Villeplaine, dont on nous dit qu'il fut zouave pontifical, est quasiment absent des travaux nostradamologiques consacrés au XIXe siècle. Il est pourtant, comme le signale R. Benazra(voir Répertoire Chronologique Nostradamique, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, p. 427 et 429-431), pris à parti, en sa qualité d'astrologisant, par l'abbé Torné-Chavigny, dans ses éditions de l'Almanach du Grand Prophéte. Il nous a donc semblé utile de nous étendre quelque peu sur son œuvre "prophétique" dont cependant une partie - à commencer par le nom de leur auteur - ne nous est connue que par ce qu'en dit son contemporain Torné (Almanach pour 1877, p. 10, Paris, chez l'auteur, BNF Lc 22 466 (1877) et Lc22 466 (1877) A)
La BNF a conservé divers ouvrages de Villeplaine, parus soit sous le nom de Delphes soit anonymement, dont certains connurent plusieurs éditions (ils sont presque tous sur le site numérisé Gallica). En fait -et Torné s'en plaint - aucun de ses textes n'est signé de son nom et c'est par Torné que nous l'identifions: "Qu'on ne me fasse pas solidaire non plus de l'auteur de "Ce que sera le règne du Grand Roi. Le 16 décembre prochain" et autres petites feuilles du même genre. M. Ch. de Villeplaine les publie malgré moi. Il me fait le plus grand tort en ne les signant pas et en donnant à penser qu'elles ont été inspirées par l'étude de mon travail"("Henri V prédit", Bruxelles, 1875, p. 7)

L'ordre que nous proposons tient compte du contexte politique dans lequel chaque document s'inscrit.

A Textes parus avant la mort de Napoléon III
pseudo C.V. B. Delphes, "Morts de Napoléon III et Napoléon IV", chez Madre, Paris (BNF, numérisation Gallica NUMM 5456488)
Delphes (sans les initiales) "Morts de Napoléon III et de Napoléon IV. Fixation des époques
1 Du retour de Napoléon III, 2 de la nouvelle chute de Napoléon III, 3 de la mort de Napoléon III; 4 de la mort de Napoléon IV, 5 de l'avènement de Henri V; 6 du troisième siège de Paris, Paris, Madre (Lb57 2931)
Il est probable que Villeplaine ait eu vent des velléités de Napoléon III et de ses partisans de reprendre le pouvoir, début 1873 mais la maladie et la mort déjouèrent tous les plans. En octobre 1873, Villeplaine propose un nouveau scénario:

B Début 1873; mort de Napoléon III.
-Prophéties précises et claires. Napoléon IV, Henri V et la République Octobre 1873 (Lb57 4499)
-Prophéties précises et claires Napoléon IV, Henri V et la République, Paris, J. Madre (Lb57 4499 B)
A ne pas confondre avec la plaquette " Napoléon IV et Henri V", 1872, violement hostile au bonapartisme et sans caractère prophétique.
Enfin, l'astrologie réapparait au titre.

-Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874. Paris 1874. BNF Lb56 5104
-Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques
BNF Lb57 5740
Comme Torné le rapportera, en 1875, dans son "Henri V prédit", Bruxelles, pp. 7 et seq), Villeplaine, en restituant un passage d'une lettre reçue de Villeplaine, le 12 novembre 1874, annonçait la mort de MacMahon, président de la République suivie de peu de celle de Napoléon IV (soit deux ans après la mort de son père) : " "Ce que sera le règne du grand Roi; Par calculs astronomiques, c'est le 16 décembre prochain 1874 qu'aura lieu tout au moins la mort de Mac Mahon, congestion et apoplexie foudroyante. Au milieu de janvier 1875, Napoléon IV -qui ne se mariera pas- disparaitra -c'est un scrofuleux. Le 16 décembre prochain va être imprimé".
Or, Villeplaine, apparemment conscient des limites du prévisionisme nostradamique, notamment en matière de fixation de dates, accorde, dans ses dernières publications connues, la plus grande importance à une conjonction de Mars et de Jupiter, pour le 16 décembre 1874 :
"Le 16 décembre à 2 heures 53 minutes du matin (Mars se dirige sur Jupiter) aura lieu la conjonction des planètes Jupiter et Mars. A ce moment là, les ascensions droites et les déclinaisons de ces deux corps célestes seront sensiblement identiques"
"Commence le 15 novembre 1874 et finit le 15 janvier 1875'
"Mois lunaire du 14 décembre 1874 au 13 janvier 1875"
Cette conjonction Mars-Jupiter eut bien lieu, à la mi-décembre 1874 à 25° Balance (cf. "Grandes Ephémérides" de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151) mais sans les effets escomptés. C'est elle, donc, qui désignait la mort de Mac Mahon, maréchal -donc soldat (Mars) et président (Jupiter). Celui-ci (né en 1808, la même année que ? Napoléon III) ne mourut pas à la date fixée - mais en 1893 après avoir quitté, avant la fin de son septennat, le pouvoir début 1879 ; ayant fait sa carrière sous Napoléon III (Guerres de Crimée, d'Italie, il est Duc de Magenta), ce comte, d'ascendance irlandaise, était en place depuis mai 1873, succédant à Thiers. Quant à Napoléon IV, il fut tué au combat, en Afrique du Sud, contre les Zoulous, sous l'uniforme anglais.
L'intérêt d'un tel corpus, échelonné sur quelques années est d'observer comment Villeplaine retouche, corrige le tir, par l'ajout ou la suppression d'une phrase, chaque fois, d'une édition à l'autre, d'une publication à l'autre, dès lors que de nouvelles données événementielles lui sont fournies, à commencer par la mort de Napoléon III au début de 1873 qui porta un coup terrible à l'abbé Torné, ce dont se gaussera un Chabauty ou une mort annoncée par le dit Villeplaine ne se réalisant pas comme celle du Prince Impérial. Mais tous ces prophètes n'en resteront pas moins convaincus du prochain avènement d'Henri V lequel ne décédera qu'en 1883, 4 ans après Napoléon IV (voir en 1881, de G. Vallée, "Henri V sauveur de la France. Son avènement prochain d'après les prophéties les plus authentiques, Paris, V. Palmé, BNF, dans lequel est cité (p. 28) le fameux quatrain "royal", IV, 86. C'est là une épée de Damoclès qui restera longtemps placée au dessus du destin de la IIIe République. Prophétisme et vie politique sont indissociables, chaque camp prophétique s'inscrivant, comme sous la Ligue, dans un certain camp politique, d'ailleurs est-il raisonnable de nier qu'il puisse en être autrement? (voir notre étude sur l'anti-astrologisme nostradamiste, au lendemain de la Guerre de 1870, dans la présente livraison)
Ce Villeplaine avait, sur les conseils de l'abbé Torné, abandonné l'astrologie puis aurait "rechuté", probablement fasciné par sa découverte conjonctionnelle. "Malheureusement, note l'abbé, la conversion n'a pas été durable et l'astrologue moderne [donc Villeplaine] est revenu prédire à jour fixe la mort de Mac Mahon et celle du prince impérial" (Almanach pour 1877, p. 10). C'est notamment, probablement, à Villeplaine que s'adresse l'abbé quand il publie son "Nostradamus et l'astrologie" (Nouvelle Lettre du Grand Prophète, 1872, BNF 8° V Pièce 3372, voir notre étude sur l'anti-astrologie de Torné, dans la présente livraison)
Si les documents que nous indiquons ne sont jamais signés Villeplaine - comme le note Torné - la double terminologie employée ('astrologique", "nostradamienne") nous semble pouvoir conforter une telle attribution, outre le fait que ces "Calculs" seraient bel et bien parus en 1874, aux dires de l'almanach sus mentionné. En tout état de cause, ce que Torné relate (dans son Almanach pour 1877, reprenant celui pour 1873) des publications de Villeplaine correspond littéralement aux dates figurant sur les fascicules susmentionnés.
Les passages de ces fascicules fort minces qui sous tendent notre propos sont les suivants:
"Ceux qui croient encore au gouvernement des choses de ce monde, à ceux qui considèrent l'harmonie des astres la magnifique horloge sur laquelle Dieu a gravé non seulement les grandes heures de l'Univers et de l'Humanité mais encore les divisions infinitésimales de temps par rapport aux êtres. Pauvres d'esprit! Au point de vue purement astrologique cette conjonction (Mars-Jupiter) permet de conjecturer qu'à cette époque les apoplexies, les congestions et en un mot toutes les maladies violentes qui affectent la tête et le cœur seront nombreuses- les accidents, particulièrement les chutes (de cheval) seront également à redouter. C'est alors que les Grands, en général, pourront craindre que la main du Seigneur s'appesantisse sur eux. Un Grand de la Terre dont la réputation est universelle est plus menacé que tous, il devra se recueillir car la mort a la faux levée sur sa tête". Villeplaine annonce le décès proche de Napoléon IV, ce qui laissera, prophétise-t-il, bien à tort, la place pour Henri V.
Cette conjonction (mais aussi parallèle de déclinaison) de Mars et Jupiter de 1874- qui est au demeurant un phénomène astronomique assez fréquent , bien plus que la conjonction Saturne-Jupiter- n'en est pas moins, symboliquement, à mettre en vis à vis, toute proportion gardée, de la conjonction Jupiter-Saturne de 1584. Force est de constater, enfin, que le mélange d'astrologie et de nostradamisme se retrouve, à trois siècles d'intervalle et semble être un des traits spécifiques de l'astrologie française. Le fait est que Torné n'a pas tort de s'interroger sur la dimension astrologique du canon centurique (qui d'ailleurs ne comporte pas les almanachs, les pronostications et autres publications périodiques) et il semble bien qu'à la mort de Nostradamus, d'aucuns se soient efforcé de le faire passer avant tout pour un prophète. Une telle évolution avait eu des précédents, notamment avec, à la fin du XVe siècle, Johannes Lichtenberger dont les pronostications astrologiques donnèrent lieu en France, dans les années 1520, à un "Mirabilis Liber", truffé de prophéties dépassant largement le seul cadre de l'astrologie.(voir notre "Texte prophétique en France", op. cit.)
Force est donc de constater que tant Villeplaine que Le Pelletier étaient en mesure au début des années 1870 de se référer à des données astronomiques et il est à supposer que leurs lecteurs étaient peu ou prou en mesure de les suivre, voire de vérifier leurs dires dans la "Connaissance des Temps". D'ailleurs, en 1874, le chanoine Chabauty, hostile à l'astrologie, prenait la peine de décrire par le menu, en cinq points, le dit savoir astrologique ("Les prophéties modernes vengées", Poitiers, p. 107) :
1° Les maisons, 2° les regards, 3° les conjonctions des planètes dans la même maison, 4° les astres seigneurs, 5°les astres ascendants. En fait Chabauty par "maison" désigne le "signe" - le mot maison était utilisé au XVIIe siècle dans ce sens (est resté le mot domicile)- et par "regard", l'aspect - le mot regard étant l'ancienne dénomination (voir notre étude à son sujet dans la présente livraison, à propos des attaques de l'époque contre Nostradamus et/ou l'Astrologie)
Le tableau ne serait pas complet en ce qui concerne l'activité prophétique des années 1873-74, si l'on ne s'intéressait pas à un texte paru cette fois à Bar Le Duc, dans le département de la Meuse, non loin de la nouvelle frontière franco-allemande: "Au 17 février 1874, le grand avènement précédé d'un grand prodige prouvé par le commentaire (...) de la célèbre prophétie d'Orval".
Ce texte connut plusieurs éditions dont la première simplement signée F. P., parue en août 1873, donc peu après la mort de Napoléon III mais surtout au lendemain du "pacte de réconciliation du 5 août 1873, entre le comte de Paris et le Comte de Chambord". La deuxième édition, dès décembre de cette même année, portait la mention " F. Parisot, ancien notaire" (cf R. Benazra, RCN, p. 427). On notera que cette nouvelle édition et les suivantes, l'année suivante, furent publiées conjointement à Paris, chez Victor Palmé, lequel s'occupa également des productions de Torné et de Chabauty. A partir de la deuxième édition, une annexe signalée au titre comportera à la suite "ainsi que celles de Nostradamus et de saint Malachie".
L'avènement d'Henri V est annoncé, dans la foulée du "pacte de réconciliation" du mois d'août. Parisot a calculé la date du 17 février 1874 à partir de la Prophétie d'Orval - laquelle avait déjà en 1839-1840 servi à préparer l' hypothétique avènement du jeune Henri V, au début de la Monarchie de juillet - en soustrayant à la date du Ier janvier 1900 un certain nombre de "lunes", selon un système établi dans la dite Prophétie d'Orval laquelle s'apparentait, d'ailleurs, à une certaine forme d'astrologie, sans rapport avec la réalité astronomique. Parisot y prévoyait une démission de Mac Mahon et considère comme nulles les chances du Prince Impérial.
En conclusion, nous ferons remarquer que s'il y eut une compétition entre plusieurs dynasties pour la prise de pouvoir, il y eut parallèlement une sorte de "guerre" des prophéties, les partisans de Nostradamus étant pris à parti par un chanoine Chabauty, pourtant partisans d'une "concordance" des prophéties modernes (voir notre étude sur ces deux auteurs, dans la présente livraison).Désaccord et tiraillement entre prophétologues qui fait pendant à la discorde qui régna entre les prétendants au trône, d'autant qu'il ne faudrait pas oublier l'affaire Naundorff-Louis XVII (voir "Le texte prophétique en France, formation et fortune", thèse d'Etat, 1999, sur le site propheties.it). A la mort de Napoléon IV, en Afrique, en 1879, Torné consacrera naturellement un chapitre de son "Almanach du Grand Prophète pour 1880".(voir R. Benazra, RCN, p. 428) mais il est cette fois définitivement installé à Paris. Quant à Henri V, il meurt dix ans plus tard, la IIIe République suivant son cours sans lui et , sans être parvenue, en dépit des précédents, à servir de tremplin pour un retour monarchique ou impérial, comme l'avaient fait les deux premières Républiques. Le XIXe siècle aura ainsi servi de sas entre un Ancien et un nouveau Régimes. D'aucuns soutiennent que la Ve République, dans les années cinquante du XXe siècle, aurait pu préparer le retour des Orléans, du Comte de Paris, sous la houlette du général De Gaulle, nouveau Mac Mahon....Notons que Torné annonçait carrément une guerre civile, sur le modèle de ce qui se produisit sous la Ligue et dont Henri V sortirait vainqueur à l'instar d'Henri IV. On aura compris que le prophétisme, nostradamique ou non, est intimement liée aux enjeux dynastiques.



JHB
24. 12. 09

L'anti-astrologie dans la France de l'après 1870

par Jacques HalBronn

Un des signes de déclin de l'astrologie correspond à une baisse des attaques dont elle est l'objet. C'est quand elle relève la tête qu'elle est en butte à des critiques. Sinon on la traite par le silence et le mépris.
On ne sera donc pas surpris d'observer que les quelques braises que nous avons récoltées dans les années 1870 (voir notre étude dans la présente livraison) coïncident peu ou prou avec un pamphlet anti-astrologique assez virulent, du à l'abbé nostradamologue Henri Torné-Chavigny, auteur notamment d'une "Nouvelle Lettre du Grand Prophète" intitulée "Nostradamus et l'astrologie".
La comparaison avec le dominicain Giffré de Réchac, deux siècles plus tôt, est significative, ce dominicain, passionné par le corpus Nostradamus, étant, quant à lui, tout à fait acquis à l'astrologie.(voir notre post doctorat sur cet auteur, sur le site propheties.it). Il n'en reste pas moins que cette critique émane d'un milieu que l'on ne saurait qualifier de scientifique encore que l'on trouve sous la plume de l'abbé Torné, un argument à caractère épistémologique quand il reproche aux astrologues qui ont pointé la fin du XVIIIe siècle, à commencer par Pierre d'Ailly, dès le début du XVe siècle, de faire des prédictions "conditionnelles", ce qui leur enlève une grande partie de leur valeur prophétique, à son point de vue. Torné va ergoter sur le fait que Nostradamus a annoncé 1792 et non 1789, dans l'Epître à Henri II. Quel paradoxe, tout de même, qu'un tel succès prévisionnel, fondé, indiscutablement, sur des configurations/conjonctions planétaires - mais aussi sur un cycle de 300 ans correspondant à dix révolutions de Saturne- (voir l'ouvrage de L. Smoller sur Pierre d'Ailly) coïncide avec une époque -la fin du XVIIIe siècle - où l'astrologie française - du moins officiellement- n'aurait plus eu les moyens d'analyser et d'exploiter le dit succès! Ajoutons que l'image de Nostradamus, pourtant astrologue de son état, laborieux faiseur de prédictions annuelles, laquelle se perpétue de siècle en siècle, ne profite guère à l'astrologie, du fait de l'amalgame qui en est fait avec une dimension prophétique assez trouble.... C'est dire que le prophétisme fait de l'ombre à l'astrologie!
Torné cherche à tout prix, en tout cas, à démarquer Nostradamus de son image d'astrologue alors que Chabauty, qui tend à rejeter le dit Nostradamus de son corpus prophétique ne cesse de traiter d'astrologue tant Nostradamus que son "Commentateur" ("Lettres sur les prophéties modernes et concordance de toutes les prédictions jusqu'au règne d'Henri V", Poitiers, H. Oudin et Paris, V. Palmé, 1872, suivi, après la mort de Napoléon III qui porta un coup apparemment fatal au camp prophétique, des "Prophéties modernes vengées ou défense de la concordance de toutes les prophéties", ibidem, 1874) et les astrologues vivement attaqués par les nostradamistes, à l'instar d'un abbé Torné-Chavigny. On notera l'importance de Poitiers, comme lieu de publication d'ouvrages tant de Torné que de Chabauty, curé de Saint André à Mirebeau de Poitou - deux ecclésiastiques de la région actuelle Poitou-Charente - en rappelant que l'abbé Torné est, au début des années 1870, curé de Saint Denis du Pin après avoir été celui de la Clotte. Angoulême joue aussi un certain rôle dans l'édition des travaux de Torné (voir R. Benazra, RCN, pp. 418 et seq), lequel publie également à Saint Denis du Pin, chez lui, dans le département de la "Charente Inférieure" (aujourd'hui Charente Maritime, dans la région Poitou-Charente). Henri Oudin, l'éditeur poitevin, publiera ainsi les ouvrages des différents camps prophétiques...Or, le département signalé avait été surnommé dans les années 1870, la Corse continentale ou Corse intérieure, en tant que bastion électoral du bonapartisme. En 1848, c'est de Saint Jean d'Angély, que Louis Napoléon avait déclaré être candidat à la présidence de la République après l'avoir emporté aux législatives, dans le dit département. Or, Saint Denis du Pin où parurent de nombreux textes de l'abbé Torné est lié à Saint Jean d'Angély (voir R. Benazra, "Répertoire Chronologique Nostradamique", Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1990, op. cit. pp 425-. 426)..
Dans le cas de Torné, il semble qu'à la base il soit bonapartiste, vu le contexte régional qui n'est probablement pas fortuit. Ses premiers textes nostradamiques paraissent sous le Second Empire. Mais s'il spécule, en effet, sur un éventuel retour de l'empereur déchu, fidèle en cela à la légende napoléonienne du "retour de l'île d'Elbe" (cette fois c'est d'une autre île qu'il s'agit, l'Angleterre), il n'envisage pas moins à terme l'avènement d'Henri V, au nom d'une certaine alternance dynastique dont le XIXe a donné le ton, d'autant qu'après Henri V, on en arriverait aux Orléans, Henri V n'ayant pas de descendance, ce qui n'était pas son moindre défaut...Chabauty, curé dans le même coin de France, appartient-il à la même mouvance bonapartiste que Torné, ce serait à vérifier. Certes, il ironise autour de l'échec de Torné, à la suite de la mort de l'Empereur mais attend-il du Prince Impérial qu'il joue sa carte dans le jeu politique français ou bien parie-t-il d'emblée pour Henri V.? On aura compris que l'on ne peut appréhender un tel corpus, dans le temps électoral et constitutionnel ainsi que dans l'espace politico-géographique de la IIIe République, sans maitriser tous les méandres des calculs politiques du temps.
Tant Torné que Chabauty s'accordent en tout cas pour rejeter l'Astrologie. La position du nostradamologue Torné peut sembler quelque peu délicate, en raison des liens évidents existant entre Nostradamus et la dite astrologie. L'abbé, pour tenter d'y parvenir, fait appel à une certaine connaissance de la production nostradamique. Il aura ainsi été un pionnier dans l'étude des sources de ce qui parait sous le nom de Nostradamus. C'est lui qui signale l'emprunt de la Préface à César au "Compendium" de Savonarole ou au "De l'Etat et Mutation des Temps" de Richard Roussat, sans parler de l'emprunt à l'"Eclipsium" de Leovitius dans les "Significations de l'Eclipse de 1559". Par ailleurs, il reproduit dans son "Nostradamus et l'Astrologie", des passages de la Pronostication pour 1555 et de la Prophétie Merveilleuse (datant de l'année de la mort de Nostradamus). Il est vrai que l'ensemble nostradamique est fort hétérogène- il s'agit selon nous d'une œuvre collective et étalée sur plusieurs décennies - et qu'il est loisible à Torné d'en exploiter les contradictions.
Mais Chabauty n'est pas dupe : "On nie l'évidence quand on prétend que Nostradamus n'a pas cru à l'astrologie et ne l'a pas pratiquée" ("Prophéties Modernes vengées", op. cit, p. 105)
L'astrologie fait donc office de repoussoir au sein même du "milieu" prophétique, notamment chez les ecclésiastiques. En revanche, le courant nostradamiste laïc, en la personne d'Anatole Le Pelletier et de Villeplaine est tenté par le recours aux astres pour compléter ou relayer l'approche centurique. On peut comparer ce clivage à celui qui conduira les astrologues, à la fin du XIXe siècle, à se démarquer des mancies et pratiques divinatoires qui avaient, notamment par le tarot, envahi jusqu'au thème natal -(voir Ely Star, encore en 1888, avec les "Mystères de l'Horoscope", le "Petit Homme Rouge des Tuileries" etc, la récupération des traités d'astrologie par le tarologue Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle etc, voir nos Recherches sur l'histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, Ed. La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993 ) - sans d'ailleurs toujours prendre conscience des aspects divinatoires du dit thème natal (notamment au niveau des maisons), ces derniers entretenant avec Nostradamus des rapports assez ambivalents, celui-ci illustrant, certes, l'astrologie française, au niveau européen, voire mondial, mais au travers d'œuvres dont le caractère astrologique est souvent loin d'être évident. du moins dans sa conception générale, à moins de ne considérer que les seuls rares quatrains significatifs seraient ceux relevant de données astronomiques. Il y a là une promiscuité entre astrologie et prophétisme qui était déjà manifeste dans le "Mirabilis Liber", sous François Ier (voir notre "Texte prophétique en France, formation et fortune", Université Paris X, 1999, sur microfiches dans les bibliothèques universitaires françaises et à la BNF). Le cas Nostradamus n'est pas sans évoquer celui d'un Johannes Lichtenberger, quelques décennies plus tôt, à savoir celui d'un habillage prophétique ou pseudo-prophétique d'un discours astrologique ou d'un astrologue. On serait tenté de voir l'Histoire de l'astrologie passer par des cycles qui tantôt la placent au centre, tantôt la marginalisent, selon un processus de balancement.



JHB
16. 12. 09

Le statut du thème natal en Histoire de l'Astrologie

par Jacques HalBronn
Ce qui distingue l'historien de l'astrologie de l'astrologue faisant de l'Histoire de l'astrologie, c'est l'importance accordée au statut du thème natal. A lire certains auteurs, l'on a l'impression que la cote de l'astrologie dépende de la production de manuels conçus pour l'érection des thèmes! Même un Paul Choisnard, au début du XXe siècle, ne dissociait pas l'astrologie du thème natal : "Toute l'astrologie scientifique (sic) repose sur la figure céleste pour un moment et pour un lieu donné"(Langage astral, Paris, Chacornac, 1902). C'est au demeurant dans cette voie que s'engagea Michel Gauquelin, à cette différence que ce dernier, à juste titre, ne s'embarrassa point des positions zodiacales natales, alors que pour Choisnard c'était là un facteur déterminant, notamment au niveau de l'"hérédité astrale". Le polytechnicien n'allait-il pas jusqu'à écrire : " L'astrologue capable de dire d'avance en jugeant une personne qu'elle doit être née sous la quadrature de Mars et de Saturne, je suppose, exprime là un ensemble de facultés dont le jugement est soumis au contrôle de la science par le fait même du langage employé". Choisnard rêvait d'expériences où à l'examen d'une personne, l'astrologue déterminerait, sans l'aide du thème évidemment, les configurations significatives et que cela soit ensuite vérifié par le thème!
Or, l'Histoire de l'Astrologie ne saurait à l'excès se polariser sur le recours au thème natal, à commencer par le fait que celui-ci, en tant que tel, est d'apparition relativement récente. On en arrive ainsi à de véritables aberrations et à des erreurs de perspective dans la grande majorité des ouvrages ou des études consacrés à l'Histoire de l’Astrologie. Si l'on admet, en effet, que l'astrologie dépend des données astronomiques, force est de constater que celle-ci ne lui ont pas fait défaut notamment depuis le XVIIIe siècle, sans parler bien évidemment de l'observation directe du ciel, quand il s'agit de dresser le thème "horaire", comme chez William Lilly et sa Christian Astrology.(voir notre étude en postface de la réédition de l'"Introduction" de Claude Dariot, Ed. Pardés, 1991).
On n'est donc pas avec l'astrologie en face d'un phénomène qui dépendrait d'une source pouvant se tarir ou passer par des hauts et des bas et dans ce cas comment se pourrait-il que la pratique de l'astrologie ait pu connaitre une sorte d'éclipse tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, comme il ressort des propos d'Yves Lenoble et de Roy Gillett, dans les Actes du Colloque de Rambures (2002, parus en 2008 à Rouen 'L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, codirigé par Charles Ridoux)? Certes, le calcul du thème natal a pu effectivement dépendre de l'existence de certains documents tout comme d'ailleurs certaines prévisions à long terme. En effet, les ouvrages mis en circulation, pendant ces deux siècles, par les astronomes -on pense pour la France à la Connaissance des Temps- limitaient le travail de commentaire que l'astrologue pouvait réaliser en aval. Mais était-ce le cas pour l'astrologie mondiale qui n'a besoin que d'informations relativement limitées, lui permettant notamment de déterminer les dates de certaines conjonctions? Ce n'est nullement là un travail de précision du même ordre que l'établissement minutieux d'un thème natal!.
Certes, il est des périodes où les témoignages d'une vie astrologique intense semblent manquer mais cela ne tient nullement à une crise du prophétisme -si l'on prend ici ce terme dans le sens très large de connaissance de l'avenir, par toutes les techniques possibles - mais par la concurrence que connait l'astrologie au sein d'une telle nébuleuse. Nous sommes persuadés que dut exister à toute époque une pratique liée aux données astronomiques, quand bien même cela ne donnait pas toujours lieu à des publications ayant été conservées jusqu'à ce jour. Il importe donc de distinguer entre la carte et le territoire, la carte étant ici ce qui est imprimé et conservé et le territoire la vie astrologique réelle. Dès lors, ce que l'on peut dire ou écrire sur certaines périodes doit être reçu avec une certaine prudence, surtout quand cela émane de personnes pour lesquelles l'astrologie n'est pas sans le thème. Qu'un événement aussi dramatique que la Révolution Française et l'épopée napoléonienne corresponde, aux dires des historiens de l'astrologie à un 'creux" dans le graphique des publications est pour le moins paradoxal! Il n'est d'ailleurs qu'à rappeler le cas de Pierre d'Ailly qui, dès 1414, avait, astrologiquement, mis en avant l'an 1789. Or; cela ne passa nullement inaperçu à la fin du XVIIIe siècle.(voir nos études, “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, in Actes du Colloque Prophétisme et Politique, Paris, Politica Hermetica, 1992, Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction - Trédaniel, 1993, La Vie Astrologique il y a cent ans, Ibidem, 1992). Faut-il souligner que la parution régulière, durant ces deux siècles, des Centuries nostradamiques et des épitres en prose qui les accompagnent ne pouvait qu'éveiller et/ou maintenir un certain intérêt pour l'astrologie mondiale et notamment les conjonctions (voir par exemple le quatrain 86 de la IVe Centurie auquel nous consacrons une étude dans cette livraison)? Encore faudrait-il prendre en compte les périodiques et pas uniquement les ouvrages dont le contenu est recensé dans les catalogues des bibliothèques. Prenons le cas du travail de Jean-Yves Le Naour ('Nostradamus s'en va-t-en guerre, 1914-1918', Paris, Hachette, 2008)- celui-ci n'a pas pris en compte divers périodiques astrologiques comme Influence Astrale ou le Voile d'Isis. Rappelons cependant que le XIXe siècle aura été celui des constitutions, des calendriers électoraux et que cela a pu faire concurrence à l'astrologie, comme si les hommes avaient décidé de prendre en main la gestion de leur temps, c'est aussi, avec la révolution industrielle, une ère où les horaires de travail sont de plus en plus contraignants et ne dépendent plus du cycle saisonnier ni même, avec le développement de l'électricité, du cycle diurne.
Il reste que pour un astrologue praticien actuel, l'important semble bien être de montrer l'ancienneté de la pratique consistant à dresser un thème sur la base de données astronomiques. Le dernier colloque "l'astrologie et la vie quotidienne" du RAO (non enregistré en vidéo) a réuni des astrologues dont un certain nombre n'était pas sans s'intéresser, d'ailleurs, à l'histoire de la littérature astrologique : Danièle Jay, Denis Labouré, Yves Lenoble, notamment. Mais tous étaient axés sur le moment de la naissance ou en tout cas s'intéressaient prioritairement une astrologie liée à un instant donné. (voir aussi notre entretien, à Montpellier, avec Françoise Moderne, élève de Giuseppe Bezza, sur teleprovidence)
Or, il nous apparait qu'une telle focalisation sur une astrologie du moment (de la naissance ou de tout autre "événement"), c'est à dire, plus précisément, d'une astrologie thématologique, qui englobe l'ensemble des configurations existantes en les étudiant les unes par rapport aux autres- au nom de quelque solidarité astrologique du système solaire- ne permet pas d'appréhender de façon satisfaisante la genèse de la pensée astrologique et son développement jusqu'à nos jours. L'obstacle épistémologique tient au statut de l'astrologie mondiale laquelle apparait, aux yeux de nombre d'astrologues, comme la "danseuse" de l'astrologie, celle qui la conduit à prendre des risques prédictifs exagérés qui contribuent périodiquement à son discrédit. Un tel préjugé anti-Mondiale, au sein même du milieu astrologique - pèse en définitive sur les représentations que les astrologues tendent à donner de leur domaine, quand ils sont en position d'historien, comme c'est le cas dans le collectif "L'Astrologie d'hier et de demain", issu d'un Colloque tenu à Rambures, près d'Abbeville, en 2002 (paru aux Presses Universitaires de Rouen en 2008) et codirigé par Charles Ridoux, lui-même, paradoxalement, pourtant passionné d'Astrologie mondiale et auquel participèrent, notamment, Yves Lenoble et le britannique Roy Gillett mais aussi André Barbault.
Il nous apparait qu'il importe d'inverser les perspectives et de considérer le thème astral comme une forme particulière de la pensée astrologique et certainement pas son expression centrale. A partir de là, nous ne saurions réduire l'examen du statut de l'astrologie en tel ou tel siècle à la production de manuels voués à enseigner le dressage du thème.. Il faudrait d'ailleurs faire la part aussi de l'activité pédagogique en astrologie d'un Denis Labouré ou d'un Yves Lenoble comme pouvant expliquer l'accent mis sur la didactique de l'astrologie, en tant que baromètre de la vie astrologique pour une période donnée...Là encore, voilà une approche quelque peu biaisée où se retrouvent les praticiens placés face aux questions de leurs clients comme les enseignants divulguant les méthodes pour devenir son propre astrologue. Et l'astrologie par informatique-Yves Lenoble ayant longtemps travaillé pour Astroflash - va dans le même sens: l'érection de thèmes.
On en arrive ainsi à parler de 'renaissance de l'astrologie", à la fin du XIXe siècle, au prisme de la production de manuels d'astrologie, à partir des années 1890. (voir l'étude d'Y. Lenoble dans le collectif sus mentionné). Or, si l'on considère le flux de la production, en France, de manuels astrologiques au cours des XVIe et XVIIe siècles, en ignorant tout le reste de la littérature astrologique, l'on risquerait fort de commettre des erreurs d'appréciation. (voir notre étude sur le manuel d'Auger Ferrier (1550), sur le site du Cura.free.fr). Inversement, une telle recrudescence dans la production de traités d'initiation, d'"introduction", comme on disait autrefois, ne reflétera pas nécessairement, avec pertinence, la réception de l'astrologie à une certaine époque.
Nous avons récemment exhumé un texte astrologique au sein d'une mince brochure parue dans les années 1873-1874, à une époque où ne paraissaient pas/plus/pas encore d'outils pédagogiques en astrologie. L'auteur est un certain de Villeplaine (alias C.V. B. Delphes). Il est signalé très brièvement dans le Répertoire Chronologique Nostradamique (Paris, Grande Conjonction- Trédaniel, 1990n p. 427) pour des "Calculs astrologiques et nostradamiques" évoqués par Torné Chavigny dans son almanach pour 1877 (p. 10), sans mention de la dite conjonction.(voir sur Villeplaine, une étude plus développée dans notre rubrique Estudes nostradamiennes, à venir)
La conjonction est annoncée dans une fort mince brochure anonyme intitulée : "
Ceci est une prédiction astrologique. Le 16 décembre prochain 1874" BNF Lb56 5104
Elle sera complétée par la suite par un "Follicule à joindre à la Prédiction astrologique, le 16 décembre prochain 1874. Réponse aux critiques" (BNF Lb57 5740). Villeplaine, dans sa "Prédiction astrologique'" signale une conjonction Mars-Jupiter pour décembre 1874. Il ne se propose aucunement de dresser le thème correspondant à la dite conjonction comme le proposerait aujourd'hui Yves Lenoble (voir son exposé sur les syzygies à paraitre dans les actes du Colloque précité du RAO). En fait, Villeplaine s'en tient à une tradition conjonctionnelle fort ancienne, illustrée notamment au Moyen Age et à la Renaissance par le système des "Grandes conjonctions" Jupiter-Saturne, initiée par le Persan Albumazar à la fin du IXe siècle, lequel connut une extraordinaire fortune jusqu' au XVIIIe siècle.
Le procédé suivi par Villeplaine pour déterminer le temps de cette conjonction est des plus simples et il conviendrait d'ailleurs plutôt de poser le problème à l'envers à savoir repérer dans les éphémérides les convergences entre les colonnes dévolues à chaque planète puis étudier à quoi cela pourrait correspondre.
Voilà ce que Villeplaine a pu trouver dans les colonnes de la Connaissance des Temps:
Jupiter ascension droite 13° 39' déclinaison 9° 40'
Mars " 13° 40' " 9° 40'
Peu importait, d'ailleurs, à Villeplaine dans quel signe se formait la conjonction. Nous savons qu'il s'agissait du 25° Balance (cf Grandes Ephémérides de Gabriel (tome second 1700-1899), Paris, Trédaniel-Grande Conjonction, 1990, pp. 150-151)
En conclusion, nous dirons que le baromètre de l'impact social de l'astrologie, pour une décennie voire un siècle donné, n'est pas automatiquement tributaire de la quantité de manuels d'astrologie qui paraissent. Il est plus heureux mais plus difficile en raison de la dispersion que cela peut impliquer de dépouiller les textes parus sous les noms les plus divers, et comportant, parfois fugitivement telle allusion, au détour d'un chapitre. La recherche par titres a ses limites. Il faudra attendre la numérisation des contenus et pas seulement des titres pour accéder à une appréhension plus juste de l'impact de l'astrologie. C'est ainsi que la presse actuelle comporte souvent une rubrique astrologique mais celle-ci n'est pas signalée en première page...Par ailleurs, la fréquentation des officines d'astrologues est-elle fonction du nombre de manuels astrologiques? On peut sérieusement en douter.
Procéder ainsi est bien plus simple que de dresser un thème et n'exige pas notamment de tenir compte d'un lieu donné ni d'une heure particulière. C'est plus '"à la louche" surtout quand il s'agit, comme en astrologie mondiale, d'événements annoncés qu'il n'est pas obligé de dater au jour près alors qu'un tel souci de précision est indispensable pour dresser quelque thème que ce soit, le mot thème étant ici synonyme de précision extrême, dans la mesure où les positions en maisons peuvent changer à quelques minutes d'intervalle.
Autrement dit, il ne faut pas être grand clerc pour repérer des conjonctions, il suffit de feuilleter les pages des éphémérides, d'autant que les données propres à chaque planète sont placées en parallèle, donc se prêtent aisément à un tel exercice. Qu'il soit bien clair en effet, l'astrologie mondiale est au niveau astronomique et des calculs beaucoup plus accessible que l'astrologie natale! D'ailleurs, tout astronome est en mesure de déterminer à l'avance quand il y aura conjonction entre deux planètes. Ce n'est que lorsque l'on passe au niveau du thème que les choses se compliquent singulièrement. Si l'on étudie le système des grandes conjonctions Jupiter- Saturne, cela relève également de repérages fort simples et l'on ne peut même pas parler de calculs : il suffit d'ouvrir les tables appropriées et d'étudier toutes les convergences qui s'offrent entre deux planètes, surtout si l'on s'en tient aux seules conjonctions. Une autre affaire est évidemment d'interpréter ces configurations et la durée de leurs effets. De Villeplaine, par ailleurs lecteur assidu des Centuries, était bien imprudent de croire que la conjonction qu'il avait identifiée serait à effet immédiat, étant donné que toute cause met du temps à produire des effets et que tous les effets ne se manifestent pas nécessairement simultanément mais sur une certaine période de temps. (sur cet auteur, voir notre étude dans les Estudes nostradamiennes). En tout cas, il est peu probable que Villeplaine ait été le seul, en son temps, à s'intéresser aux conjonctions planétaires, le texte de son pronostic fut forcément rédigé à l'attention d'un certain public qui s'y entendait peu ou prou.
Une idée assez communément répandue veut que l'astrologie française n'ait renoué avec l'astronomie réelle -et non fictive- que dans la dernière décennie du XIXe siècle (voir Yves Lenoble, in collectif L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, Rouen, 2008). Si l'on considère qu'Eustache Lenoble -dont nous avons montré toute l'importance le premier et ce bien au delà de 1666 - auteur d'un traité astrologique classique- fut réédité au début du XVIIIe siècle puis, sous une forme un peu particulière -qui trahissait un divorce avec les éphémérides- à la veille immédiate de la Révolution Française (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'Astrologie et du Tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993), l'on serait contraint d'admettre que l'astrologie et l'astronomie ne communiquèrent plus, en France, pendant près de deux siècles encore qu'il faille faire la part des almanachs, comme le note Roy Gillett (dans sa contribution au collectif "L'astrologie d'hier et d'aujourd'hui, opus cité) lequel par ailleurs, bien à tort, affirme que l'astrologie de Jean-Baptiste Morin (de Villefranche) ne cessa jamais de se perpétuer du XVIIe siècle jusqu'à nos jours. On retiendra en tout cas que selon Gillett, aucun traité d'astrologie digne de ce nom ne serait paru Outre Manche de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle, jugement largement infirmé par les historiens tels Wilhelm Knappich ("Histoire de l'astrologie", trad. de l'allemand par Henri Latou, Paris, Oxus, 2008, pp. 223 et seq.) ou Derek et Julia Parker ("Astrologie. Son origine. Son histoire", trad. de l'anglais, Paris, Faivre, 1989, pp. 177 et seq, voir La vie astrologique il y a cent ans, Paris, La grande conjonction-Trédaniel, 1992). Tout comme on prend comme repère en France l'année 1666 et la fondation de l'Académie des Sciences, il semble que la création de la Royal Society of London for the improvement of Natural Knowledge, dès 1660, ait joué le même rôle Outre Manche. On a du mal à comprendre en quoi l'exclusion de l'astrologie de certains cénacles aurait pu affecter si promptement la production astrologique à destination d'un public relativement large mais ce public était-il en mesure de faire les calculs nécessaires? Cela laisse entendre que l'astrologie était une profession assez élitiste du moins jusqu'au XVIIIe siècle. Par la suite, du fait d'une certaine disgrâce dans les cercles cultivés, il fallut mettre en circulation des sous-produits, des succédanés, plus accessibles, notamment pour le public féminin qui prendra le relais. (cf Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993). Ce qu'on appelle généralement renaissance de l'astrologie, c'est le retour des astrologues à une astronomie réelle se dégageant, non sans mal, de toutes sortes d'expédients. Il y a là, quand même, l'entretien d'une certaine confusion quant à l'usage du mot "Renaissance" à propos du revival supposé de l'astrologie à la fin du XIXe siècle. Il faudrait plutôt dire que l'astrologie sort alors d'un certain isolement en étant récupérée par la mouvance théosophique mais son statut scientifique ne s'améliore guère, en dépit des efforts du polytechnicien Paul Choisnard (alias Flambart) lequel, plutôt que de revoir les fondements de l'astrologie se contente de les confirmer dans leur ensemble, sans dégager un noyau dur dont le reste dériverait sur un mode mineur.
Le fait pour l'astrologie de renouer avec les données astronomiques, au point d'intégrer tout ce que l'on trouve dans la Connaissance des Temps, y compris les planètes transsaturniennes, étrangères à la tradition astrologique, n'aura certainement suffi à mettre fin à un divorce dont les causes sont plus profondes. La preuve en est que les attaques fomentées contre l'astrologie, au XVIIe siècle, visent une astrologie qui n'a rien à se reprocher sur le plan astronomique. Il y aurait désinformation à laisser entendre que là serait le cœur du problème.
Cela dit, force est bien de constater que - conséquence plutôt que cause du dit divorce (voir nos Recherches sur l'Histoire de l'astrologie et du tarot, Paris, Grande Conjonction-Trédaniel, 1993)- l'on prit l'habitude - notamment chez le tarologue Ettteilla au sein d'un ensemble de publications "occultes"- de dresser des thèmes à partir d'un matériau ne correspondant plus à la réalité astronomique (un peu à l'instar de l'astrologie chinoise) mais en recourant à un astrologique de la fin du XVIIe siècle - bien après 1666, faut-il le souligner - à savoir celui d'Eustache Lenoble, baron de Saint Georges, auteur d'une Uranie, ouvrage salué par Pierre Bayle comme montrant que l'astrologie avait encore des avocats pour défendre sa cause, au tournant du XVIIIe siècle. Rappelons aussi le cas du comte Henri de Boulainvillers, un autre aristocrate.(dont les traités restés manuscrits furent réédités au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, aux Ed. du Nouvel Humanisme de J. Duvivier, avec des études de Renée Simon qui lui consacra une thèse de doctorat). Notons aussi qu'une astrologie populaire cohabitait de longue date avec une astrologie s'appuyant sur l'astronomie. C'est le cas pour le XVIe siècle, du Livre d'Arcandam. Et il semble bien que c'est cette astrologie de bas étage qui aura survécu alors qu'une astrologie plus élitique voyait son lectorat s'effondrer. Les progrès de l'instruction auront permis à une astrologie plus sophistiquée de renaitre, non pas tant du fait d'une reconnaissance des milieux scientifiques mais du fait d'un accès plus large du public à des ouvrages plus savants. Il faudrait parler de parvenus, de nouveaux riches de la culture générés par les progrès de l'enseignement, dotés d'un certificat d'études, attirés par le bagage chatoyant d'une astrologie matinée de mythologie, d'astronomie, s'intéressant aux personnages célèbres et aux événements marquants, sans parler de la dimension psychologique voire psychanalytique. L'astrologie, raccourci providentiel pour rejoindre les cercles huppés.
Soutenue sous la Révolution, à sa façon, par un Etteilla (alias Alliette), c'est sous le patronage d'une autre tarologue, Marie-Adélaïde Le Normand ( 1772-1843), qu'une astrologie, astronomiquement correcte, refera son apparition, en 1845, donc deux ans après la mort de Mademoiselle Lenormand, au sein d'une sorte d'encyclopédie de la divination, sous la forme d'un véritable traité d'astrologie, au sens moderne du mot - mais aussi dans le style des traités des XVIe-XVIIe siècles - à savoir "Le Grand Jeu de Société, pratiques secrètes de Mademoiselle Le Normand", Paris, soit un titre qui correspond au milieu alors visé par l'astrologie. Nous avions signalé cette publication dès 1992 dans La Vie Astrologique, il y a cent ans (Paris, La Grande conjonction-Trédaniel, p. 49), collectif auquel participèrent Patrick Curry et Nicholas Campion, et il est étonnant qu'Y. Lenoble n'en ait pas pris connaissance, à dix ans d'écart. Le fait que nous n'ayons pas été invités au Colloque de Rambures par M. Ridoux aura conduit à ce que l'Histoire de l'astrologie moderne soit laissée à des astrologues n'ayant au mieux que des connaissances de seconde main-sans parler de certains partis pris à l'égard de tel ou tel courant- et ne respectant pas dès lors toutes les règles déontologiques de la discipline historique face à des historiens plus aguerris pour les périodes antérieures, ce qui déséquilibre sensiblement la valeur scientifique des deux volets : Astrologie d'hier et d'aujourd'hui.
On ignore quel en fut l'auteur, un homme - lecteur d'Albumazar, Ptolémée et Zael- de telles anthologies parurent en latin à la fin du XVe siècle - plus probablement qu'une femme, en dépit du patronage affiché de la célèbre Mademoiselle Lenormand (BNF microfiche R 37806). Le cas n'est pas rare à l'époque que l'on joue la carte féminine pour les noms d'auteurs. Le prospectus de présentation du volume sur l'astrologie était ainsi rédigé en cette année 1845, donc sous Louis Philippe (Monarchie de Juillet) : "L'Astrologie ancienne et moderne, basée sur l'astronomie la plus avancée et la plus profonde contient amplement tout ce qu'il faut savoir pour dresser un thème, des tables de concordance, des hauteurs de maison, des ascensions obliques et d'éphémérides ainsi que des méthodes prophétiques (sic) au moyen desquelles on prévoit les événements qui nous attendent dans le monde, dans l'année, dans le courant de la vie etc". Le titre du volume était, quant à lui, le suivant:"Astrologie ancienne et moderne contenant toutes les tables nécessaires pour dresser toutes sortes de thèmes en quelque lieu et quelque âge que ce soit", comportant un dictionnaire des termes techniques. Ainsi, cette "Astrologie Ancienne et moderne" constitue-t-elle le premier traité astrologique connu ayant vocation à former des astrologues à renouer avec le thème natal. Pour notre part, le thème natal, qu'il soit calculé à partir de données astronomiques ou qu'il le soit à partir de computations kabbalistiques ou tarologiques (comme ce fut souvent le cas au XIXe siècle, notamment avec le traité d'Ely Star qui sera réédité au siècle suivant), il importe assez peu.(voir le système NOA), les enjeux épistémologiques de l'astrologie se situant au niveau de l'astrologie mondiale et non de l"astrologie généthliaque.




JHB
02. 12.09

samedi 26 décembre 2009

JOURNAL DE BORD ASTROLOGIQUE NOVEMBRE 2009



- Le Nouvel Ordre Astrologique (NOA)
- Les deux astrologies et leurs interférences
- De l'unité vers l'infini, en astrologie
- De la croyance astrologique
- Symétrie et cyclicité des dispositifs en Astrologie
- Les astrologues face à la question du choix
- La conjonction, la configuration astrologique par excellence
- La théorie astrologique et le lâcher prise au regard du NOA
- La dialectique de l'un et du multiple, en astrologie
- Astrologie : science et conscience
- Cyclicité et dispositif des Quatre Eléments en Astrologie
- Sociologie de l'astrologie. Cyclicité et centralité : les blocages des astrologues
- Réflexions sur la dialectique jour/nuit
- Le NOA et les niveaux involutifs
- La question des adjuvants en astrologie
- La priorité du 7 sur le 12 en astrologie
- L'astrologie: les références végétales et minérales
- La domination zodiacale dans l'astrologie populaire
- Le processus de l'importation/emprunt en astrologie
- Le NOA (Nouvel Ordre Astrologique) : distinguer les niveaux 1 et 2
- Le Nouvel Ordre Astrologique (NOA) : le retour de 4 vers 1
- Estudes nostradamiques 1
- Estudes nostradamiques 2
- Les pseudo-reconstitutions du passé
- L'astronomie primaire sous-tendant les résultats Gauquelin
- Le poids des enseignants dans la hiérarchie du milieu astrologique
- Sur l'approche bret-morélienne de l'astrologie
- Qu'est-ce que c'est qui "marche" en Astrologie?
- L'astrologie, entre unité et diversité : les Ecuries d'Augias
- L'astrologie et la lutte des classes
- Un pas de plus pour la déontologie de l'astrologie
- Proposition d'une nouvelle "loi" astrologique
- L'homme, guetteur du ciel
- L'essentiel et le faux en astrologie
- De la naissance à la reconnaissance: les deux astrologies du dominant
- Le choix des cinq planètes gauqueliniennes
- Astrologie et sémiologie
- Critique d'une astronomie prise comme matrice structurelle
- Les tares de la communication astrologique
- La conjonction et le mouvement, clé de l'astrologie
- Théorie et pratique: un débat récurrent en Astrologie
- Technologie et civilisation judéo-chrétienne
- La consultation astropsychologique dans l'urgence
- Emergence de l’astrologie à l'ère du visuel

Le Nouvel Ordre Astrologique (NOA)

par Jacques HalBronn


La semaine astrologique organisée par Teleprovidence, du 10 au 14 novembre 2009, correspondant à plus d'une vingtaine d'heures d'enregistrement, répartie sur six villes (Lyon, Montélimar, Avignon, Marseille, Montpellier, Vichy) aura accouché d'un nouveau modèle à la fois épistémologique et déontologique, on a nommé le Nouvel Ordre Astrologique. Cette phase aura été complétée, à Lyon, le 14, par l'assistance à une partie du Colloque du RAO (notamment les exposés de Denis Labouré et d'Yves Lenoble), des entretiens (non enregistrés) notamment avec Michel Morel et Simone Sarah Chabert), une interview sur Nostradamus pour le National Geographic, en anglais, puis à Paris, le 15 novembre, par un Colloque auquel nous avons assisté "L'universel et la politique des identités" (Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, Paris) avec notamment des exposés des philosophes Alain Renaut et Marcel Gauchet. Le 9, nous fîmes une visite du Salon "Marjolaine", au Parc Floral du Bois de Vincennes. Remercions notamment d'y avoir contribué Serge Bret-Morel, Dominique Ragoy, Frank Nguyen, Christian Lamargot, Jean-Martial Blanchard, Françoise Moderne, Lionel Barrera, Louis Mazuir, Ilia Consolo, Françoise Naud, Sylviane Attard, Dominique Defrang, Catherine Poucet, pour ne citer que les personnalités les plus affirmées et/ou les plus présentes et remercions les personnes qui nous ont accueilli dans leurs locaux, Louis Mazuir, Françoise Naud, Edmond di Fraya, Martine Charmet, Adriane Hotz, Lionel Barrera, Jean-Martial Blanchard sans parler des restaurants La Storia, à Marseille et Capucine à Montpellier. La semaine astrologique aura commencé à Lyon et se sera terminée à Lyon.
Le NOA met en place une certaine hiérarchie, une stratification, une série de phases allant du un au multiple, de l'essentiel au contingent, du permanent au passager. On passe du 1 au 4 par le 2 et le 3 puis l'on remonte du 4 vers le 1. Dès 1976, voilà donc bientôt 34 ans, nous écrivions dans "Clefs pour l'Astrologie" que nous souhaitions dégager, discerner "les multiples couches qui se sont ajoutées au noyau initial" (4e de couverture (voir aussi notre débat sur France Inter, en 1976, en audio sur teleprovidence.com). Nous voulions également, écrivions-nous, "mettre fin à des pratiques qui n'ont d'astrologiques que le nom". Nous pensions alors que cela pourrait se faire par le biais de l'Université. Notre position actuelle a évolué en ce sens que nous avons pris conscience de ce que le dit noyau avait besoin de divers prolongements, contingents et donc interchangeables, pour s'incarner. C'est toute l'idée des 4 niveaux du NOA.
En 1, nous trouverons donc ce "'noyau initial", le modèle central, réduit à sa plus simple expression, à une formule générale mais devant être acceptée par tous les "adhérents" au NOA.
En 2, nous passons à un premier niveau de diversification : c'est la phase des subdivisions par rapport au modèle du niveau 1. L'histoire de l'Astrologie nous fournit des exemples : zodiaque, maisons astrologiques, aspects, thème astral, domiciles etc.
En 3, nous entrons dans la phase interdisciplinaire, à savoir les connaissances extra-astrologiques qui sont mobilisées, cela va de la PNL au Tarot....
En 4, c'est la phase d'intégration de données ponctuelles, tant individuelles que collectives, mondiales. On atteint à un maximum de complexité et de diversité.
Puis, depuis le niveau 4, l'on remonte vers le niveau 1, au prix d'un processus de décantation permettant de déterminer sous la complexité du "réel" un modèle sous-jacent à l'ensemble des manifestations. De 1 à 4, l'on passe de l'astrologie science à l'astrologie art, de la théorie à la pratique, de la réflexion à la réception.
Nous sommes, on l'aura compris, dans un processus cyclique divisé en 8 phases, ou si l'on préfère 4 phases en symétrie, comme dans le cas des rapports Lune-Soleil ou dans celui des doubles domiciles, étant entendu que la même phase descendante diffère sensiblement de son expression "ascendante". L'on sait fort bien que le processus allant d'un solstice à l'autre s'inverse, en ce qui concerne le rapport diurne/nocturne.
Quel est l'intérêt principal du NOA?
L'instauration du NOA permet d'organiser le milieu astrologique en un certain nombre de "couches" en évitant la confusion des genres. Il y a un temps pour être dans le 1 comme il est un temps pour chaque autre niveau et nous dirons que cela est fonction d'un cycle.
A partir de là, nous pourrons établir un diagnostic pour toute société en faisant ressortir ses points forts et ses points faibles, ses excès et ses manques.
Si on applique ce modèle à la "Cité" astrologique, il apparait assez clairement que le niveau 1 est le moins bien loti des 4 mais aussi que la cyclicité ne semble pas être appliquée dans la vie sociale et intellectuelle du milieu astrologique pas plus d'ailleurs, à ce qu'il semblerait, dans la vie personnelle des astrologues.
Lors du Colloque de l'Opéra Bastille du 15, il fut mis en évidence la dialectique entre la multiplicité des identités et les affirmations d'universalité. Il semble qu'il y ait des blocages, des résistances pour assumer les exigences de la phase de "retour", du niveau 4 vers le niveau 1. Pourtant, chacun n'a-t-il pas besoin, à son échelle, de se renouveler, donc de pratiquer une certaine décantation, à intervalles réguliers? Et c'est à ces moments là que les convergences sont vouées à se manifester avant de repasser au déploiement, au développement des divergences. Il y a un temps pour chaque chose, dit l'Ecclésiaste mais "rien de nouveau sous le soleil".
Dans le cas de l'Astrologie, il semble que le grand problème, c'est le maintien du niveau 2 qui tend à se substituer ou à se confondre avec le niveau 1, l'enjeu étant en vérité important puisque ce qui est en 1 se maintient et ce qui est en 2 doit varier, changer. C'est notamment le cas du Zodiaque et du thème natal considérés ici comme deux systèmes de diversification et d'individualisation. Ce que l'on appelle en astrologie le "Zodiaque" est en fait un certain zodiaque (différent par exemple du zodiaque chinois) et pouvant se calculer de diverses manières (tropicale, sidéraliste). Or, l'on pourrait opter pour d'autres divisions de l'écliptique, dotées d'autres significations. De même en ce qui concerne les maisons astrologiques (diversité des domifications mais aussi du nombre de maisons (cas de l'octotopos), de leur numérotation (sens des aiguilles d'une montre ou l'inverse). Pour beaucoup d'astrologues, ce niveau 2 doit se maintenir et acquérir le statut de permanence que nous réservons au niveau 1, comme si les subdivisions d'un cercle-ou de toute autre figure géométrique (ellipse notamment) valaient autant que le cercle lui-même.
Certains astrologues soutiennent que ces subdivisions, avec le temps, ont fini par s'incruster de façon irréversible. Or, il est clair que la plupart de ces découpages n'ont qu'une réalité mathématique et une permanence purement culturelle sans prise sur les structures génétiques et subconscientes de la psyché humaine laquelle selon nous ne peut se polariser durablement et en profondeur que sur des signaux visibles et donc dotés d'une corporéité. C'est tout ce qui distingue les astres des signes zodiacaux ou des maisons astrologiques, sauf dans les cas de tangence. Une horloge qui ne marche pas n'en marque pas moins, deux fois par jour, l'heure exacte.
Le problème, nous dit-on, non sans quelque ingénuité, c'est que l'on ne sait pas vraiment quoi placer au niveau 1.....Et cela vaut pour bien d'autres domaines que l'astrologie : c'est la crise de la centralité et l'hypertrophie des subdivisions.
Entre astrologues, il semble que, néanmoins, l'on puisse espérer s'entendre sur le principe selon lequel le cycle est le fondement de 1 et ses subdivisions le fondement de 2. Mais quand il s'agit de préciser de quel cycle il s'agit, l'on observe la perplexité de nos interlocuteurs et il est vrai qu'en astrologie, ce ne sont pas les cycles qui manquent alors qu'il n'y a qu'un seul zodiaque du moins pour la majorité des astrologues occidentaux. L'unité serait donc paradoxalement du côté de 2 plutôt que de 1. L'astrologue poserait son zodiaque et ses maisons et attendrait de noter ce qui y transite pour une période plus ou moins longue et qui viendrait en quelque sorte activer tel signe, telle maison...
Or, au regard du NOA, il convient de ne pas être victime d'un tel mirage. Il est évident que trop de cycles brouille, tue l'idée de cyclicité. Les astrologues seraient-ils les plus mal "chaussés"?
Sans la mise en évidence d'une cyclicité suffisamment bien dessinée et transparente, c'est en fait toute l'astrologie qui, selon nous, s'en trouve hypothéquée, plombée, tant au niveau des prévisions mondiales qu'individuelles. C'est d'ailleurs peut être pour cette raison que la prévision astrologique est en question, tant épistémologiquement que déontologiquement. Or, au lieu de tenter de remédier à ce problème, d'aucuns préfèrent casser le baromètre et déclarer que l'astrologue n'a pas à prédire (les accidents de parcours) ni même à prévoir (le parcours en tant que tel)
L'avantage du NOA, par rapport à d'autres "codes" proposés ici et là, c'est qu'une fois adoptée l'idée de cyclicité centrale - et à déterminer- chaque astrologue est invité à faire acte de créativité, de diversité et à ne pas rester dans le carcan de solutions du passé, tant au niveau de l'astrologie que dans sa propre vie et celle de ses clients. Comment un astrologue qui est lui-même "bloqué" pourrait-il être un bon conseiller quant à la gestion cyclique?
Le NOA est bel et bien un modèle de cyclicité à utiliser dans la consultation. L'astrologue doit inviter son client à respecter le passage cyclique au niveau 1 pour se renouveler mais cela se joue déjà à mi parcours du cycle, lors de la phase de retour de 4 vers 1, étant entendu qu'il y a successivement un 4 de fin de phase descendante et un 4 de début de phase ascendante, chaque niveau offrant un double visage (diurne. /nocturne)
Au niveau de la vie astrologique, il importe également qu'un cycle central permette d'organiser la "profession" et qu'à chaque conjonction cyclique, les solutions de niveau 2, 3 et 4 en direction descendante fassent l'objet d'une sélection, d'un tri, d'un délestage de façon à ouvrir de nouveaux espaces, des marges de liberté lors de la prochaine période "descendante". Faute de quoi, il n'y aura pas eu renouvellement : on stagnera.
En ce qui concerne la représentation de l'organisation de toute société, par delà la question de la cyclicité, il y a la notion de centralité. Au niveau 1, mise en avant d'un chef, d'un leader, d'un président (celui qui siège en premier, selon l'étymologie). A partir de là, une certaine collégialité peu à peu devra s'instaurer et peu à peu, l'on parviendra à un maximum de diversification, qui feront contraste avec le niveau 1. Or, certains astrologues avec qui nous avons discuté, en sont même à contester qu'existe une telle structuration sociale, ce qui semble indiquer des présupposés idéologiques qui viennent se greffer sur leur rapport à l'astrologie. On en revient ainsi à une question lancinante: quelle confiance accorder à un astrologue incapable de pratiquer la cyclicité et d'aider ses clients en la vivre au mieux? Nous pensons que toute défaillance dans ce domaine chez un astrologue devrait poser problème déontologiquement et ce, bien plus gravement, que la question de la prévision. Dans son ouvrage "L'Etat spectacle 2. Politique, casting et médias" (Paris, Plon,2009, pp. 300 et seq. ) R-G. Schwartzenberg parle d'une "déprogrammation", c'est à dire d'une "désaffection pour les programmes". Il explique : "Le chef charismatique doit se fier à lui-même et à son intuition pour agir au mieux (...) sans s'enfermer dans un carcan préalable. Ainsi de Gaulle conçoit le scrutin présidentiel comme un acte de foi en sa personne. Et l'électeur comme le signataire d'un blanc-seing. (..) Pompidou (...) affirme "Il ne s'agit pas pour les Français de choisir leur avenir. Il s'agit de choisir la personne à qui ils confient cet avenir pendant un certain nombre d'années" Pour ce qui est de Ségolène Royal, Schwartzenberg relève sa "démarche participative (...) consistant à faire appel aux sympathisants pour fournir des éléments de programme au lieu que celui-ci soit défini au préalable par la candidate pour garantir sa cohérence". On se dirige, ici, vers une formule qui nous semble assez pertinente: le chef assure la centralité et une certaine focalisation d'ensemble qui sera complétée, de façon accessoire par les propositions les plus variées, en aval, à un niveau où la cohérence n'est plus requise.
On nous objectera, évidemment, qu'encore faudrait-il s'entendre sur la nature même du cycle dominant en astrologie.....Nous répondrons que pour l'heure, il ne sera demandé, au NOA, à chaque membre que de "déposer" un cycle de référence, articulé sur la combinaison, la configuration de deux facteurs ayant une réalité et une visibilité certaines.(planète, étoile fixe), en évitant, du moins au niveau 1, tout recours à une subdivision (signe, maison), ce qui en revanche est tout à fait acceptable au niveau 2, tout comme l'est la considération du "thème", c'est à dire de tout l'environnement cosmique. Chaque chose en son temps.
Ce qui importe au NOA, c'est d'isoler le niveau 1 des autres niveaux comme étant le seul niveau ayant quelque fondement scientifique. Les astrologues de niveau 1 ont la charge de déterminer quelles configurations seront au centre de la pratique de tous les astrologues des autres niveaux. Ils procéderont à partir de l'observation du niveau 4 en phase ascendante, en recourant notamment aux statistiques et à un niveau nécessairement général. Aux niveaux inférieurs, l'on passe dans le domaine de la contingence et de la diversité des solutions et des situations avec ce que cela implique de temporaire et de provisoire.
En ces temps où l'Union Européenne est parvenue enfin à se doter d'un président, en la personne de Van Rampuy, il semble que la phase que nous traversons soit favorable à une certaine unification de la communauté astrologique francophone.
En pratique, qu'est ce qui changera avec NOA? On pourrait répondre: peu de choses au regard de l'astrologue moyen. Il pourra continuer à pratiquer dans ses grandes lignes son outil habituel à cela près qu'il lui sera demandé d'innover, de ne pas rester ancré sur des dispositifs anciens, il lui faudra se renouveler de façon à bien maitriser la raison d'être des découpages dont il se sert. Or, souvent, l'astrologue ne connait pas bien comment ses outils ont été conçus par d'autres. Cela dit, il faudra que l'astrologue de label NOA accepte de recourir à un des cycles reconnus au niveau 1 et s'y tienne, quitte à greffer dessus ce que bon lui semblera. A terme, bien sûr, il est prévu qu'un seul cycle de niveau 1 prévaudra au sein du NOA.
Adhérez au NOA!
Pour contacter le Conseil Supérieur de l'Astrologie Francophone, courriel: csafranc@yahoo.fr.

JHB
20. 11. 09

Les deux astrologies et leurs interférences

par Jacques HalBronn

Quand on parle des "bases" de l'astrologie, il ne faudrait pas confondre le dessin d'ensemble et ses expressions historiques souvent bien délabrées. Tout se passe, d'ailleurs, comme si l'on avait accumulé tout un savoir astrologique mais dans le désordre et dans une certaine confusion. Nous essaierons d'y mettre un peu d'ordre (dans l'esprit du NOA).
Quand on se penche sur le passé, notamment au niveau architectural, on n'a souvent affaire à des ruines, on pense notamment au monde gréco-romain. Il importe de distinguer la carte et le territoire mais aussi le plan et ce qu'il en reste. Parfois, on devine le plan à partir de ce qui en a été fait.
Si l'on prend le cas du Zodiaque - ou plus exactement du cercle/cycle zodiacal - il nous semble que l'on peut en effet parler d'un savoir en ruine dont la raison d'être s'est d'ailleurs plus ou moins perdue. A quoi sert donc le Zodiaque?
Si l'on répond que le zodiaque est avant tout censé nous indiquer les phases d'un cycle, d'une série, il semble bien que l'on puisse proposer quelque chose d'un peu plus limpide et fluide que ce qu'on appelle traditionnellement zodiaque.
Car finalement, c'est bien de cela qu'il s'agit : réfléchir sur les différents stades d'un cycle et pour ce faire, l'on peut plaquer toutes sortes de phénomènes impliquant une certaine idée de croissance et de décroissance. Chaque élève en astrologie pourrait s'exercer à élaborer son modèle en s'inspirant d'exemples anciens en plus ou moins bon état.
Entre le choix des facteurs constitutifs d'un cycle et les phases qui balisent et subdivisent le cycle, il existe une large palette de possibilités et la tradition astrologique n'a retenu que quelques formules souvent parvenues dans un piètre état.
Autant le concept sous jacent est vivant, autant ses avatars historiques sont devenus méconnaissables sinon inutilisables, tels quels.
Et on pourrait en dire autant des "significations" des maisons astrologiques. J. P. Nicola a contribué à proposer des formulations modernes des maisons, des signes, voire des planètes mais, soulignons-le, toutes ces subdivisions sont peu ou prou interchangeables et en tout cas contingentes (ce que nous appelons, au NOA, le niveau 2) et chaque astrologue peut s'amuser, est invité à innover dans ce domaine, encore que l'on puisse souhaiter qu'un nombre limité d'écoles cohabitent, pour un temps donné, leurs trouvailles étant vouées à être remplacées par d'autres, périodiquement.
A condition, toutefois, de ne pas perdre de vue le point de départ, c'est à dire le principe d'un cycle unique, donc transcendant le thème natal qui est une manifestation de niveau 2.
La grande question qui interpelle les astrologues de niveau 1 (voir nos débats sur teleprovidence, dans le cadre du NOA), c'est celle du choix des composantes du cycle unique. Mais avant tout débat sur les constituantes du cycle unique, importe d'admettre une telle nécessité. Tout astrologue, par trop attiré par la diversité et la multiplicité, s'exclut de lui-même du niveau 1, en ce qu'il renonce, ipso facto, à unifier l'Astrologie autour d'un seul et unique axe.
En réalité, comme on l'a expliqué ailleurs, il existe déjà un cycle dont les composantes ont été statistiquement validées, ce sont les cinq astres gauqueliniens par rapport au moment de la naissance. Mais nous sommes là davantage, avec Gauquelin, dans une cosmobiologie -l'enfant naissant en conformité avec son hérédité planétaire/astrale, ce n'est pas la naissance qui détermine le type, elle ne fait que l'exprimer- que dans une astrologie, autour de laquelle pourrait s'articuler une typologie, susceptible de présenter quelque intérêt au niveau d'une certaine fonctionnalité, une professionnalité génétique. Autrement dit, l'intérêt qu'il pourrait y avoir à qualifier les étapes du mouvement diurne (en prenant la peine de définir des maisons astrologiques, même sous la forme du SORI de l'astrologie conditionaliste) nous semble assez mineur, la subdivision étant, ici, assurée par les cinq planètes. Cela dit, au niveau 2, l'on peut tout à fait élaborer ce que l'on veut....
Donc, si nous récapitulons, au niveau 1, nous placerons
1 les 5 types gauqueliniens (Lune, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne) par rapport au moment de naissance, soit un embryon du thème natal qui se suffit à lui-même.
2 le cycle unique, articulé sur un binôme astre mobile/astre fixe et se réduisant à une série de 4 conjonctions (les 4 étoiles fixes royales), soit un embryon de zodiaque qui se suffit à lui-même. Si l'on va au delà de ce plan, on passe au niveau 2, lequel permet un bien plus grand nombre de modulations.
On peut ainsi parler d'une double astrologie au niveau 11, l'une des branches correspondant peu ou prou à ce qu'on appelle actuellement l'astropsychologie, liée au moment de la naissance et l'autre à ce qu'on appelle l'astrologie mondiale, sans rapport avec le moment de naissance mais s'articulant sur des cycles valant pour tout le monde, directement ou indirectement, à plus ou moins long terme.
En fait, ce qui fait le plus problème, d'un point de vue épistémologique, c'est la prévision individuelle (transits, directions, profections, révolutions solaires etc), qui est une sorte de compromis entre ces deux grandes branches de l'astrologie. On peut en voir une expression dans l'ouvrage d'initiation d'Yves Lenoble sur les cycles. Il ne nous semble nullement souhaitable d'unifier ces deux branches de l'Astrologie fondamentale (niveau 1) si ce n'est à des niveaux inférieurs du NOA, qui ne sauraient représenter les thèses officielles et publiques de l'Astrologie et restent l'affaire personnelle et privée de l'astrologue.
Par savoir en ruine, nous entendons un savoir qui n'est plus maitrisé par ceux qui l'arborent, se perdant dans les détails sans vue d'ensemble. Si l'on prend le cas du zodiaque, on n'a plus affaire qu'à une juxtaposition de caractères, de saynètes, qui ne jouent plus le rôle de balisage cyclique qui leur était imparti initialement. D'où le passage d'une astrologie se déployant dans le temps à une astrologie spatiale qui place les gens les uns par rapport aux autres au lieu de considérer chaque signe comme devant être gravi par chacun...A contrario, avec les maisons, l'idée de phases de vie a bel et bien été maintenue mais sur un support - le mouvement diurne- qui n'est pas adéquat!
On pourrait à la limite suggérer l'utilisation de la symbolique zodiacale dans le cadre du mouvement diurne- ce qui est d'ailleurs le cas de l'ascendant et celle des maisons astrologiques dans le cadre de la cyclicité. En effet, l'ascendant s'inscrit assez bien, finalement, dans la perspective gauquelinienne liée à des activités socioprofessionnelles, déterminées à la naissance et les maisons ponctuent assez bien les étapes d'un processus cyclique s'étalant sur une période relativement longue.


JHB
02. 12. 09

De l'unité vers l'infini, en astrologie

par Jacques HalBronn


Ce qui marquera selon nous l'astrologie du XXIe siècle et la démarquera radicalement de celle du siècle précédent, c'est le retour à l'aristotélisme qui concilie l'un et le multiple en une dialectique qui les intègre cycliquement.
Prenant le contrepied de l'idée selon laquelle pour rendre compte et refléter la complexité, l'astrologie doit affirmer sa propre complexité, nous pensons que la complexité peut découler d'une cause réduite à un concept des plus simples mais se prêtant à une infinité d'applications; de démultiplications, de telle sorte que déterminisme et liberté fassent bon ménage.
En effet, à partir d'un "premier moteur", pouvant être décrit en très peu de mots et correspondant à un nombre très restreints de facteurs, l'on peut par un processus de dérivations successives couvrir un champ fort vaste de possibles. Les compositeurs de musique contemporaine l'ont compris, tel un Pierre Boulez dont la troisième sonate (1955-1957) se prête à diverses combinatoires (cf. Culture Maths, Tangente, 2009, pp. 151-153) tout en conservant une certaine unité d'une interprétation à l'autre.
Bien entendu, il est évident que pour qu'une source d'énergie se diffuse largement, il faut du temps, c'est à dire que l'impact pourra être décalé dans le temps et dans l'espace, ce qui, dès lors, exclut qu'il faille rechercher une quelconque simultanéité sur un segment trop court. Ce qui renvoie à la question des orbes au niveau prévisionnel (voir récemment ce qu'en écrit Roger Héquet sur son site tvurania).
Plus on se rapproche de l'impact initial et plus celui -ci sera concentré sur un groupe limité de personnes, particulièrement capables de capter à sa source céleste le dit impact. Plus on s'en éloignera, et plus les populations touchées seront nombreuses car ne captant l'impact qu'indirectement et avec retard. Stricto sensu, d'ailleurs, les populations touchées en dernier ne sont pas véritablement marquées par les astres mais seulement par des effets seconds et en quelque sorte par ricochet.
Cette notion d'effet second, indirect est absolument essentielle pour l'astrologie du XXIe siècle et correspond à une nouvelle épistémologie par stratifications successives et cumulées. La diachronie prend ainsi le relais de la synchronie avec tout ce que cela implique de contingence et d'aléatoire. On passe ainsi de l'infiniment grand donc simple à l'infiniment petit donc complexe.
On a là une polarité avec à une extrémité une utilisation, une instrumentalisation réduites au minimum d'une certaine signalétique céleste bien circonscrite- la conjonction d'une planète avec 4 étoiles fixes divisant le cercle zodiacal en 4, en est un bon exemple- et à l'autre des développements pouvant revêtir les formes les plus diverses, à l'infini, développements qui échappent à tout formalisme et qui finissent par devenir insaisissables et dont l'expression la plus commune est le thème astral. En ce sens, la prédilection de certains astrologues pour une complexité extrême des combinatoires nous apparait comme une tentative désespérée pour faire de l'astrologie le miroir du monde, ce qui correspondrait éventuellement à une forme de platonisme ou de néo-platonisme synchroniciste.
Pour notre part, toute tentative de coordonner le thème natal avec les cycles célestes nous semble vaine et il importe de découpler cycle lié au mouvement diurne et cycle lié au parcours d'une planète sur l'écliptique. Or, Y. Lenoble écrit "quand se reforment des configurations analogues à celles de la naissance, surviennent des événements particulièrement significatifs" ( "Initiation à la pratique des cycles planétaires", Poissy, ARRC, 1994, p.9), Si encore, l'on nous disait que si telle configuration "dans le ciel", au moment d'un événement marquant se reproduirait, par la suite, cela pourrait annoncer quelque chose d'important, en dépit de diverses réserves, nous dirions que cela fait sens, à la rigueur. Certes, le moment de la naissance est-il un moment important mais il est bien rare que l'on naisse exactement alors que se forme une configuration exacte. En fait, surtout ce qui fait problème, c'est que la dynamique de la naissance n'est, selon nous, pas du même ordre que celle des événements qui balisent une vie, d'où notre critique du syncrétisme entre cycle de rotation et cycle de révolution tel qu'il apparait dans le cadre du thème natal et des interférences que l'on veut absolument tenter d' instaurer entre ces deux plans. Certes, il y a une "tradition" bien établie dans ce sens mais depuis 50 ans, les travaux de Gauquelin auraient du parvenir à dissocier ces deux cyclicités, même si celles-ci se rejoignent symbiotiquement en tant que deux processus significatifs, l'un axé sur une configuration unique planète/planète ou mieux encore planète/étoile qui se forme (et se défait ensuite) peu à peu, sur un temps relativement long, l'autre sur un clavier de cinq planètes passant, à un rythme très rapide, sur ce zodiaque modèle réduit que sont les maisons astrologiques, rythme remarquablement bien adapté aux conditions de l'accouchement, qui se joue heure par heure. Nous dirions que le cycle diurne est en quelque sorte spatial tant la dimension du temps y est ténue alors que le cycle zodiacal (puisque tel est le nom d'origine de ce qu'on appelle de nos jours le zodiaque, le terme pour cycle (kyklos) ayant disparu) est marqué par le Temps, tant il est polarisé spatialement sur une seule configuration.



JHB
01.12. 09

De la croyance astrologique

par Jacques HalBronn

Les astrologues n'aiment pas trop qu'on leur demande s'ils "croient'" en l'astrologie. Ils répondent volontiers, et non sans quelque bravade, que l'on n'a pas à y croire, qu'il n'y a qu'à constater.
Nous voudrions prendre le contre-pied d'un tel positionnement ou en tout cas apporter un bémol. En effet, croire est un acte important. Il présuppose la pensée et d'ailleurs dans le langage courant: croyez-vous ou pensez-vous sont deux expressions souvent équivalentes, synonymiques. Je ne crois pas ou je ne pense pas, cela revient au même...
A contrario, celui qui ne croit pas mais qui n'en agit pas moins ne fait-il pas problème. C'est comme s'il acceptait quelque chose sans trop y croire, sans être convaincu intellectuellement. Je n'y croyais pas mais finalement ça marche!
Est-ce que les gens qui se rendent chez l'astrologue n'y croient pas? S'ils ne connaissent pas encore ce que leur dira l'astrologue, il faut donc bien qu'ils aient en eux quelque conviction favorable. Après tout, ce n'est pas rien que de se référer au Ciel, d'attendre du Ciel quelque éclairage, quelque lumière? En ne croyant pas en l'astrologie, l'astrologue ne se met-il pas en décalage avec son client, même si le dit astrologue a pu observer que "ça marchait" car alors s'agit-il encore de croyance?
Croire, c'est considérer qu'à partir de ce que l'on peut voir de quelque chose, l'on est tenté de s'attendre à ce que cela recèle quelque vérité. Que cette vérité soit confirmée par la consultation astrologique est encore une autre affaire, en raison des aléas propres à la dite consultation. D'où chez certains astrologues -on pense à Patrice Guinard - une conviction qui se nourrit d'une contemplation du propos astrologique et non pas tant d'une quelconque vérification expérimentale.
Voilà donc l'Astrologie écartelée entre deux approches, l'une passant par la voie théorique et l'autre par la voie pratique et qui ne se rencontrent pas nécessairement!
Dans le 'ça marche", l'on ne peut pas ne pas capter une attitude quelque peu désabusée, un 'ça marche, quand même", c'est à dire en dépit des invraisemblances et des incohérences "sur le papier". C'est le passage de l'animus à l'anima, d'une exigence intellectuelle et esthétique à la vérification sur le terrain avec tous les ajustements et les compromis que cela suppose.
On dit que les grands esprits se rencontrent. Au niveau du croire, l'astrologie est moins isolée qu'à celui du faire car le croire astrologique passe par une certaine forme d'interdisciplinarité au niveau des sciences humaines, car finalement nos raisons de croire sont celles que nous partageons avec nos contemporains, elles dépassent largement le cas de l'astrologie. On ne croit pas tant en l'astrologie qu'à un ensemble qui l'englobe. Au niveau du faire, il y a aussi de l'interdisciplinarité mais d'un autre ordre, elle est celle des techniques, des outils, comme cet astrologue qui, à un certain stade de la consultation, va recourir au tarot ou à la numérologie. Mais si le croire est une ouverture, le faire sera plutôt une fermeture par la focalisation que cela exige par rapport à un cas à étudier. Au niveau du croire, on est dans le débat d'idées générales, au niveau du faire, on est dans l'huis clos de la relation à l'autre et à ce qu'il veut bien dévoiler de lui-même. Rien à voir!
Il nous semble donc sain de réhabiliter la formule consacrée "pourquoi croyez-vous en l'astrologie" ou encore "à quelle astrologie êtes vous disposé à croire?". D'ailleurs, ceux que l'on appelle de "grands astrologues" n'ont jamais été de simples praticiens mais bien ceux qui se sont faits les avocats de la cause astrologique. Dans un colloque astrologique, les participants ne sauraient se contenter de dire que " (pour moi) ça marche" mais ils se doivent d'argumenter et de répondre aux interrogations de leurs collègues. En aucun cas, un système bancal ne saurait être sauvé par une quelconque réussite expérimentale, le plus souvent incommunicable. Etrangement, alors, celui qui adopterait une telle position semble avant tout attendre qu'on le croie.....sur parole.



JHB
30.11. 09

Symétrie et cyclicité des dispositifs en Astrologie

par Jacques HalBronn

Une des erreurs les plus évidentes que l'on commet quand on approche les dispositifs véhiculés par le savoir astrologique consiste à ne pas prendre la mesure de leur réversibilité laquelle est affirmée à partir du modèle des rapports soleil-lune : croissance-décroissance, notion majeure en musique, en poésie. (Voir Tangente, "Culture Maths", Paris, Seuil, 2008)
Si l'on prend la série des jours de la semaine (ou celle des heures planétaires auxquelles Denis Labouré consacra récemment une conférence, non enregistrée, au colloque RAO de novembre 2009), comment la boucle se ferme-t-elle, qu'est ce qui permet de passer de la fin de la semaine au début de la semaine suivante, qui constitue un nouveau cycle, une nouvelle série. On a aussi le problème avec les mois de l'année et le passage à un nouvel an. Cela explique probablement pourquoi il est volontiers conféré au signe du bélier une énergie singulière en tant que premier signe du zodiaque, comme s'il fallait un effort extraordinaire pour démarrer un nouveau cycle.
Il nous semble, précisément, important de ménager la réversibilité de tout processus s'inscrivant dans une cyclicité, ce qui implique qu'il n'y a pas de cyclicité sans.... cyclicité. En d'autres termes, si la semaine est suivie d'une autre semaine, le mois d'un autre mois, l'année d'une autre année, il faut que la semaine, le mois, l'année - et cela vaut aussi pour une journée- comporte déjà une dimension cyclique. Ce que l'on oublie trop souvent, à notre gré.
Un des cas les moins bien perçus, en astrologie, concerne probablement les planètes que l'on présente rarement, en tant qu'ensemble, dans une perspective cyclique, ce qui peut sembler paradoxal puisque les planètes ont des cycles et que ces cycles sont liés entre eux au sein du système solaire. Nous avons déjà (voir notre interview avec Mireille Petit, en 2009, sur teleprovidence) signalé la nécessité, dans le cas des domiciles des planètes, de l'existence d'une symétrie -celle des doubles domiciles - qui sous tendait un aller-retour, des luminaires jusqu'à Saturne puis en sens inverse. On pourrait aussi constater que la théorie des Ages impliquerait elle aussi une telle réversibilité, on irait de la Lune vers Saturne puis de Saturne vers la Lune, sur une durée de deux cycles de Saturne, soit une soixantaine d'années, qui apparaitrait comme la fin de la vie active (de la retraite)
Mais considérons les fonctions mêmes des planètes placées, dans le ciel, à la suite les unes des autres, et portant des noms de dieux (sauf pour les luminaires). L'on notera qu'il y a, au sein du dispositif des domiciles (déjà attesté chez Ptolémée, dans la Tétrabible) des couples de planétes se faisant face dans des signes opposés: Mars et Vénus, Mercure et Jupiter, Saturne et Lune, autour d'un axe passant entre Mars et Vénus, soit symétriques par rapport à la Terre. Ce sont d'ailleurs les mêmes couples que pour les jours de la semaine: Lune-Mars-Mercure-Jupiter-Vénus- Saturne, autour d'un axe passant, cette fois, entre Mercure et Jupiter.
Or, si, au niveau du système solaire, les vitesses sont croissantes, astronomiquement, et donc ne semblent pas se prêter à une cyclicité, il convient de se demander si la clef d'une réversibilité ne se trouve pas dans le nom même des planètes. Dès lors, la mythologie ne serait nullement calquée sur l'astronomie mais en prendrait le contre-pied, contrairement à ce que semble laisser entendre le RET de J.P. Nicola.
Comme nous l'avons souligné, si l'astronomie planétaire est par essence cyclique, elle ne l'est pas de la même façon que l'astrologie, dans la mesure où elle s'articule sur l'humain. D'ailleurs, la notion de conjonction est loin d'avoir la même importance en astronomie et en astrologie. Or, la conjonction est essentielle à la problématique cyclique. Tout début de cycle implique une conjonction et donc un retour.
Le dispositif des domiciles s'il est calqué sur les données astronomiques dépasse ce plan en inversant, dans un second temps, l'ordre des 7 planètes (le septénaire), sur la base d'une division en 12. Mais comment percevoir cette réversibilité dans le cas d'une série non pas de 12 secteurs mais de 7, comme avec les jours de la semaine? Encore faudrait-il avoir conscience de la réversibilité des 12 signes du zodiaque, au niveau astrologique.....Combien d'astrologues veillent à expliquer comment l'on revient au point de départ du zodiaque, si ce n'est en se référant au cycle des saisons avec lequel la symbolique zodiacale n'entretient finalement, sous la forme à laquelle elle a abouti, que des rapports sporadiques? Mais enfin, grâce aux saisons, on s'y retrouve à peu près. (Voir nos études sur le zodiaque)
Reste donc la question des 7 jours de la semaine et du septénaire astronomico-astrologique, étant entendu que l'ordre des planètes, au niveau hebdomadaire, n'est pas celui de l'astronomie mais qu'il en dérive (comme l'a montré dans "Grandeur et Pitié de l'astrologie", Dom Néroman, dès 1940, chez Sorlot).Qu'est-ce qui au demeurant aura présidé à un tel ordre des dieux? D'aucuns diront que ces dieux ont été attribués au regard de l'influence ou du registre des planètes correspondantes....Que l'on nous permette d'en douter! En revanche, qu'une telle série de significations ait pu, par la suite, avoir des effets socioculturels, pourquoi pas (voir les résultats statistiques de Gauquelin)?
La question que nous posons est la suivante est-ce que l'ordre astronomico-mythologique SOLEIL LUNE MERCURE VENUS MARS JUPITER-SATURNE comporte en lui-même une dimension cyclique permettant de (re)passer de Saturne à Soleil-Lune? Pour ce faire, il nous semble que Saturne doit ici jouer un rôle déterminant, puisque c'est lui qui permet de revenir au point de départ, à zéro, en quelque sorte. Avouons que l'image d'un Saturne dévorant ses enfants nous apparait désormais sous un tout autre jour. Dévorer ses enfants, c'est se délester de ce que l'on aura généré tout au long d'un cycle de façon à pouvoir repartir "à vide". La dévoration du passé est le fondement même d'une cyclicité, sur le plan anthropologique mais guère sur le plan astronomique, ce qui confirme que l'astronomie ne sous tend qu'à un niveau primaire les enjeux de signification de l'astronomie, quand bien même l'astronomie aurait-elle entériné les dénominations astrologiques que sont les noms des planètes. On ne reviendra pas ici sur les relations entre astronomie et astrologie, au cours des âges...
On notera que dans la série Mars-Jupiter-Saturne, l'on a une sorte d'inversion puisque Mars descend de Jupiter qui descend de Saturne. Il y a donc un retour à la source, ce qui sera d'ailleurs accentué lorsque l'on appellera la planète au delà de Saturne, Uranus, père de Saturne....Au delà d'Uranus, les dénominations ne sont plus guère pertinentes, généalogiquement.
Nous aurions donc une série luminaires-Mercure-Vénus puis une phase de retour (de type solsticial) avec les trois dieux susmentionnés, Mars, puis Jupiter puis Saturne. D'ailleurs, dans la religion juive, le septième jour fait office de sas pour se préparer à un nouveau cycle, en ce qu'il exige une certaine purification, une évacuation.

Les astrologues face à la question du choix

par Jacques HalBronn

Nous avons récemment organisé des réunions sur le thème "Le(s) choix de l'astrologie" et nous pensons que c'est un des problèmes majeurs de la condition humaine que d'opérer des choix, problématique qui est souvent mal vécue par les astrologues quand on la met en avant.
Pourquoi a-t-on attribué telle signification à telle planète plutôt qu'à telle autre? La réponse la plus courante est la suivante: on s'est contenté d'observer. Ce qui laisse entendre que les choix ont été faits préalablement mais de quelle façon? Car si l'astrologue observe que telle planète a tel effet, qu'est ce qui a déterminé l'effet de cette planète? J. P. Nicola, avec le système RET (Représentation, Existence, Transcendance), a voulu montrer que la signification astrologique de chaque planète est fonction de sa place au sein du système solaire. Les attributions obéiraient donc à une logique globale.
Pour notre part, nous pensons que la plupart des dispositifs astrologiques, y compris celui ayant présidé au nom des planètes (voir nos textes sur ce sujet dans le présent journal de bord) sont contingents et ont quelque valeur pédagogique, indicative, sur laquelle il importe de ne pas s'obnubiler. (C’est le niveau 2 du NOA (le Nouvel Ordre Astrologique, voir nos exposés sur teleprovidence)
Le seul vrai choix qui nous intéresse est celui de la configuration de référence (niveau 1 du NOA), à savoir quel est le cycle dominant de l'Astrologie. Et c'est bien là que la question du choix prend une toute autre dimension et concerne la question du signifiant et pas seulement du signifié. Car une chose est de distribuer des fonctions entre un certain nombre d'objets donnés, une autre de choisir parmi ces objets, celui qui sera la clef de voûte de tout l'ensemble. Or, tout se passe comme si la plupart des astrologues étaient incapables de travailler au niveau du signifiant et se contentaient de gérer le plan du signifié. Etant donné A, B, C, D, comment qualifier chacun des facteurs? Telle est la question que sont disposés à aborder les astrologues et non celle de choisir entre A, B, C ou D...
En refusant de se confronter avec ce problème, l'astrologie s'est depuis longtemps à une certaine impuissance. Rappelons, cependant, les propositions d'un Albumasar parvenant à faire triompher, durant près d'un millénaire, le cycle Jupiter-Saturne. Mais depuis l'apparition des transsaturniennes, à partir de la fin du XVIIIe siècle, plus rien de tel n'est parvenu à s'imposer ni même n'aura été proposé. On notera d'ailleurs qu'une telle configuration centrale est absente de la Tétrabible de Ptolémée...ce qui laisse entendre que l'on est alors à un certain stade de décadence de la pensée astrologique auquel le persan Albumazar parvint à mettre fin au Moyen Age, non pas qu'il ait nécessairement mis en avant la "bonne" cyclicité mais au moins posait-il correctement le problème qui relève d'abord de l'astrologie mondiale. Dans la seconde partie du XXe siècle, un André Barbault s'efforcera de constituer un nouveau système mais il optera pour une formulation synthétique (indice de concentration planétaire incluant les transsaturniennes inconnues d'Albumazar!) qui a ses limites et qui évite de se confronter à la question du choix du signifiant puisque l'on prend tout du moins en ce qui concerne les planètes dites lentes, à pâtir de Jupiter, faute de quoi (si l'on avait intégré Mars sans parler des planètes "annuelles") le graphique obtenu serait illisible (voir notre étude dans le présent journal de bord)
L'apport du NOA est ici remarquable en ce qu'il introduit une hiérarchie au sommet, une échelle de priorités, sans rien rejeter pour autant, chaque chose et chacun étant simplement remis à sa juste place. C'est tout le problème du choix tel qu'on le trouve dans le Premier Testament, quand les Juifs demandent à Samuel (Livre I, ch. VIII) de leur choisir un roi (Saül), qui sera donc le centre dont tout le reste émanera. C'est le problème de l'élection qui reste si actuel dans nos démocraties. Comment trier étant entendu qu'une fois le choix effectué, il fera l'objet d'ajustements en cours de route jusqu'au choix suivant. Car il n'est de choix que dans la cyclicité.
La première raison d'être de l'astrologie semble bien d'avoir servi à déterminer une cyclicité électorale, c'est à dire un temps où l'on effectuait de nouveaux choix en se libérant des précédents sauf sur un point, le cycle lui-même qui devrait rester inchangé. Autrement dit, pour libérer les choix, il importe de s'en tenir à un choix central et permanent autour duquel les autres choix, forcément subalternes, satellites, se placeront en orbite. (Passage du niveau 1 au niveau 2 de NOA)
Or, comme il est des pays qui ne savent pas s'inscrire dans une cyclicité institutionnelle, il est des disciplines qui ne parviennent pas à se centrer et c'est le cas de l'astrologie moderne, ce qui la conduit à mettre en avant des données contingentes et donc non défendables scientifiquement, ne sachant pas distinguer entre le primordial et le secondaire, ce qui d'ailleurs condamne le milieu astrologique à une certaine anarchie, au désordre, étant incapable de se donner un chef tant sur le plan humain que sur le plan de la configuration maitresse.
Dans l'état actuel des choses, il convient de procéder progressivement en posant la question suivante: sommes-nous d'accord, nous astrologues, pour accepter l'idée d'un cycle central, par delà la question de la nature d'un tel cycle? Si déjà il y a blocage à ce niveau là, c'est qu'il y a un travail à faire au niveau philosophique voire métaphysique (voir notre discussion à Lyon, le 13 novembre, avec Serge Bret Morel, Louis Mazuir et Frank Nguyen, accessible sur teleprovidence.com). Le fait est que bien des amateurs d'astrologie sont des personnalités mal centrées, c'est à dire qui ne parviennent pas aisément à adopter une position qui transcende leurs diverses options existentielles, ce que le philosophe Michel Serres appelle une attitude "blanche", en quelque sorte au repos. Quand on observe les gens, l'on note bien souvent qu'ils restent marqués par une certaine posture qui trahit leurs préoccupations du moment, ce qui les enlaidit, la beauté étant le résultat, la résultante, d'un constant rééquilibrage, d'un retour à un Soi. Comme disait Cinna, chez Corneille, "je suis maître de moi comme de l'univers", ce qui suppose d'être bien centré psychiquement. Comment celui qui est mal centré, pourrait-il comprendre et expliquer comment l'astrologie devrait trouver son centre? Comment ne serait-il pas tenté par une astrologie mal centrée et qui offre aux gens des représentations excentrées et excentriques, décentrées, d'eux-mêmes, par le biais du thème natal, jouant de façon ambigüe sur psychologie et psychothérapie (voir André Barbault, De la psychanalyse à l'astrologie, Paris, Seuil, 1961)? Il est clair que les astrologues qui sont par trop marqués par les contingences du moment, qui ne se contrôlent pas ou mal dans l'expression bavarde et brouillonne d' impressions fugitives qui finissent par peser lourd, sont mal placés pour veiller aux destinées de l'astrologie et ne sont que le cheval de Troie de l'anti-astrologie.






JHB
28.11.09

mercredi 23 décembre 2009

La conjonction, la configuration astrologique par excellence

par Jacques HalBronn

Le grand mérite d'André Barbault, avec le recul, aura été d'avoir voulu faire triompher le principe conjonctionnel, dans les années soixante du siècle dernier ("Les astres et l'histoire", Paris, Pauvert, 1967), reprenant d'ailleurs une idée lancée par Henri Gouchon, au lendemain de la seconde Guerre Mondiale. Cela vaut d'ailleurs aussi bien pour l'indice de concentration planétaire que pour son traitement du cycle Saturne-Neptune dont on retient avant tout la succession des conjonctions conduisant à 1989, de 36 ans en 36 ans.
Les réserves qu'exprime à ce sujet Charles Ridoux (in collectif "L'astrologie, d'hier et d'aujourd'hui", Rouen, 2008) sont révélatrices du caractère révolutionnaire d'une telle approche qui place à un niveau subalterne les carrés et l'opposition, pour ne pas parler des autres aspects. Cela ressort fortement de l'indice de concentration planétaire qui place au centre du système le rassemblement maximal des planètes lentes et qui considère qu'en dehors de cette conjonction -fort relative d'ailleurs- les autres configurations ne correspondent à rien de très précis.
Ce faisant, Barbault accède au niveau 1 (NOA), en faisant triompher une centralité en dialectique avec une "décentration" assez molle sur laquelle les facteurs astrologiques n'auraient guère prise. Ce que nous traduisons, à notre façon, comme signifiant que le fait astrologique ne se manifesterait que périodiquement et non tout au long de la succession des aspects auxquels on accorderait beaucoup trop d'importance, à l'instar du travail d'Yves Lenoble sur ce sujet ("Initiation à la pratique des cycles planétaires"). Il y a là un bienvenu lâcher prise qui est symboliquement représenté, dans l'indice sus nommé, par une forme de dispersion, de diffusion des énergies, dans toutes les directions.
L'astrologie a certainement un besoin urgent de tels recentrages permettant de ne pas être sur la brèche en permanence en laissant aux autres disciplines le soin de gérer ses "absences", ses "vacances". Elle doit ménager des "vides", ce qui, évidemment, ne convient pas vraiment à une certaine pratique de l'astrologie individuelle, généthliaque, qui suppose une présence astrale permanente, puisqu'il nait constamment des enfants, qu'il se passe constamment quelque chose dans le monde. C'est justement là que se situe, selon le système NOA, le passage du niveau 1 au niveau 2 qui ne serait que la gestion des suites et des prolongements aléatoires du niveau 1, avec pour conséquence, un tout autre statut scientifique et épistémologique.
Cela dit, il importait de faire évoluer la théorie conjonctionnelle en astrologie mondiale par rapport à ce qu'avait produit André Barbault. En premier lieu, le cycle conjonctionnel se révélait trop long, d'une conjonction à l'autre au point qu'en ce qui concerne l'indice de concentration planétaire, selon les calculs de Charles Ridoux, il atteindrait 500 ans environ, ce qui ne gène nullement le dit Ridoux lequel considère que l'astrologie mondiale a vocation à assumer la longue durée chère à la Nouvelle Histoire, ce en quoi, selon nous, il fait totalement fausse route!
Pour notre part, en effet, nous pensons qu'il est essentiel de réduite sensiblement l'écart entre deux conjonctions, faute de quoi le rôle des aspects intermédiaires- opposition comprise - deviendrait exorbitant, profitant d'une certaine vacance, prolongée, du pouvoir conjonctionnel. D'où la mise en place d'une périodicité conjonctionnelle de 7 ans, sensiblement plus courte que le cycle de 20 ans des conjonctions albumzariennes Jupiter-Saturne ou de 36 ans pour en revenir au cycle barbaultien Saturne-Neptune, susmentionné.
L'obstacle épistémologique pour générer un cycle conjonctionnel de 7 ans tenait au fait d'un postulat selon lequel un cycle se définissait traditionnellement par le retour de l'astre rapide vers l'astre lent, formant binôme, respectant ainsi une sorte de monogamie cosmique. Notre idée consista à prôner la polygamie cosmique, l'astre rapide croisant non plus un astre lent mais plusieurs. Un tel processus était pratiquement inconcevable dans un rapport planète/planète, il devenait, en revanche, envisageable dans un rapport planète/étoiles, le nombre d'étoiles dépassant très largement celui des planètes, ce qui servit notamment au niveau de la conception ancienne de l'ascendant laquelle était stellaire et non zodiacale (comme le rappelle le traité bien oublié d'"Astrologie ancienne et moderne" paru en 1845, à Paris, voir notre article et notre interview à ce sujet sur teleprovidence)
Pour comprendre notre démarche, il importe de revenir sur la genèse du zodiaque qui renvoie, somme toute, l'astrologie aux étoiles et à une dialectique planète/étoiles devenue, par la suite planète/zodiaque. Au lieu de s'intéresser à la conjonction de telle planète avec telle étoile, on nous parle de l'entrée de telle planète dans tel signe (ou constellation, chez les sidéralistes) zodiacal (voir le cas du passage de Pluton en capricorne, grand sujet de discussion chez les astrologues, en ce moment). Quelles furent les raisons qui conduisirent à un tel glissement de l'étoile vers le signe? L'on peut penser que le zodiaque des constellations correspondit à un état intermédiaire par abstraction progressive. On commença par intégrer une étoile au sein d'un ensemble d'étoiles, ce qui permettait de couvrir un champ plus large et dans la continuité. L'on passait d'un signe à l'autre, sans discontinuer et non plus d'une étoile à l'autre, ce qui impliquait des intervalles d'une certaine durée
En restituant aux étoiles fixes un statut qu'elles avaient totalement perdu en astrologie mondiale, nous étions en mesure de reformuler radicalement la question des conjonctions, en rappelant, en passant, que la lunaison (nouvelle lune) est une conjonction d'une planète/satellite, la lune, avec une étoile, le soleil.
Ce faisant, d'ailleurs, nous transformions les carrés et l'opposition du cycle en autant de conjonctions dès lors que les étoiles prises en compte formaient entre elles un carré approximatif, constitué par les 4 étoiles fixes royales (Aldébaran, Régulus, Antarés, Fomalhaut)
Notre autre apport consista évidemment à placer au centre du système une seule planète, à savoir Saturne, en laissant soigneusement de côté les transsaturniennes mais aussi Mars et Jupiter, pour ne parler que des planètes "extérieures" à l'orbite terrestre. La question des astéroïdes ne se posait pas pour nous puisque nous ne retenions que les astres connus de l'Antiquité et non les planètes "télescopiques" comme on les dénommait au XIXe siècle dans la Connaissance des Temps. En revanche, pour ceux qui sont persuadés, comme J. P. Nicola, que le système solaire constitue un tout indissociable au regard de l'astrologie, il peut sembler bien délicat d'ignorer les astéroïdes, lesquelles ont tout à fait leur place dans la Loi de Bode, entre Mars et Jupiter!
En multipliant ainsi- en les quadruplant- les conjonctions de Saturne, l'on calmait d'autant la tentation de compléter non pas seulement par les aspects mais par les cycles d'autres planètes les intervalles interconjonctionnels de la dite planète Saturne. L'autre solution qui eut consisté à étudier toutes les conjonctions de Saturne avec les autres planètes aurait abouti à un désordre certain, d'autant que les conjonctions se seraient déplacées zodiacalement d'une fois sur l'autre. Rappelons que dans le cas des conjonctions Jupiter-Saturne, il y a un trigone entre deux conjonctions successives! En revanche, avec les conjonctions planètes/étoiles fixes, la conjonction se produit, d'une fois sur l'autre, quasiment au même endroit, la progression apparente, géocentriquement, des étoiles fixes étant comme on sait extrêmement lente (précession des équinoxes), d'où leur nom.
Rappelons qu'une conjonction est aussi ce qu'on appelle en astronomie un transit - terme utilisé malencontreusement en astrologie pour désigner le passage d'une planète sur.... un point du thème natal. Une telle dérive s'explique par le fait qu'initialement il devait s'agir des seuls retours d'une planète sur sa position radicale avant de prendre une signification bien plus large, incluant divers aspects. Lorsque l'objet le plus proche est le plus petit, on parle d'un transit, si en revanche, il est le plus gros, on parle alors d'occultation. La notion d'éclipse, soulignons-le, est également liée à celle de conjonction comme celle de syzygie qui assimile conjonction et opposition en tant qu'alignement. On notera que dans le système quadriconjonctionnel ou tétrapolaire que nous préconisons, il n'y a pas d'opposition ni de carré puisque chaque fois il y a conjonction. (Voir les travaux de l'Allemand Reinhold Ebertin sur ce sujet).
Pour en revenir aux travaux d'André Barbault, lesquels préparent logiquement les nôtres, il convient d'insister sur la nécessité d'une astrologie mondiale à taille humaine, avec une périodicité régulière de 7 ans. C'est à ce titre que l'astrologie mondiale, renonçant à l'ivresse de la très longue durée (voir aussi, dans le genre, les ères précessionnelles, Ere du Verseau etc) pourra se placer au sommet du système NOA et fera référence pour tout praticien de l'astrologie (voir débat avec Daniel Véga, sur teleprovidence, à Montpellier, 2008).




JHB
20.11. 09