mercredi 20 septembre 2017

Jacques Halbronn L'usage du nom d'Herschell pour Uranus en 1846

découvreur de 1781 Résultat de recherche d'images pour "LE  Verrier  HErschell"William  Herschell, d'où d'ailleurs le H qui sert encore de nos jours à désigner cet astre. Quand en 1846, Le Verrier signale l'existence  de l'astre qui prendra le nom de Neptune,  il se référe encore à cette dénomination et non à celle prise de la mythologie
JHB
20 09 17

mardi 19 septembre 2017

Pierre Lagrange Bibliographie raisonnée des travaux consacrés à l'ésotérisme,l'occulteet les "parasciences"


L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs

 | 
Pierre Lagrange
, 
Claudie Voisenat

Bibliographie raisonnée des travaux consacrés à l’ésotérisme, l’occulte et les « parasciences »

Pierre Lagrange

Entrées d'index

Mots clés :

ésotérisme

Texte intégral

Cette bibliographie comporte trois grandes parties. La première décrit le contexte anthropologique dans lequel se situe l’étude des littératures ésotériques, les différentes recherches qui rendent possible leur analyse. L’évolution de l’anthropologie, de l’histoire culturelle, permet aujourd’hui une approche revue de ces sujets.
La deuxième partie est consacrée aux divers domaines académiques qui se sont constitués autour de ces sujets : histoire de l’ésotérisme, histoire sociale des sciences, etc. La troisième partie liste un certain nombre de travaux en fonction des grands domaines de l’ésotérisme (astrologie, alchimie, etc.) Des redondances seront inévitables entre les deuxième et troisième parties.

Anthropologie de la croyance « La beauté du mort »

Entreprendre une analyse anthropologique des littératures ésotériques, « paranormales », etc., implique de faire le point sur les outils développés par les sciences sociales. Souvent ces domaines sont considérés comme relevant de la « croyance », de formes « populaires » de cultures, de ce que les sociologues anglo-saxons nomment des « rejected knowledges ». Or l’anthropologie a opéré un retour critique sur ces notions, retour critique dont on ne peut faire l’économie si l’on veut se pencher sur notre sujet. Plus précisément, il est impensable d’entreprendre une étude sur les littératures ésotériques sans faire référence à un article célèbre paru en 1970. Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel publient alors un texte retentissant : « La Beauté du mort » (repris dans de Certeau (Michel), La Culture au pluriel, Paris, Christian Bourgois, 1980) dans lequel ils critiquent l’approche adoptée par les historiens, à commencer par Charles Nisard qui, au milieu du xixe siècle, fut à la fois historien et censeur des littératures de colportage, de la Bibliothèque bleue. Mais ils visent aussi les historiens actuels qui ne savent étudier ces littératures qu’une fois muséographiées et devenues inoffensives. Pourquoi citer cet article en tête d’une étude sur la réception des littératures ésotériques ? Comment ne pas penser à cette Bibliothèque bleue lorsque l’on regarde aujourd’hui une autre bibliothèque, celle formée par ces petits ouvrages à couverture rouge et dorée, « L’aventure mystérieuse », publiée chez J’ai Lu dans les années soixante-dix ? Par-delà les époques, de la Bibliothèque bleue aux collections de livres ésotériques, et notamment à une collection comme « L’aventure mystérieuse », on trouve d’intéressantes ressemblances particulièrement dans le rapport qu’elles entretiennent avec les formes de savoirs dominants. Ce serait donc une erreur d’aborder l’étude des réceptions de ces littératures en oubliant les enseignements des trois historiens. Nous ne sommes pas là pour juger cette littérature mais pour comprendre son usage.

Pensée magique, croyance, culture populaire

L’époque qui a vu la publication de cet article historique de Michel de Certeau et al. est aussi celle où Jeanne Favret-Saada a bouleversé la notion de croyance en allant étudier les sorts dans la campagne de Mayenne. Les ethnographes ont montré qu’il n’y avait pas de raison d’opposer la pensée paysanne à celle des citadins [Favret-Saada (Jeanne), Les Mots, la Mort, les Sorts, Paris, Gallimard, 1977]. C’est celle où Carlo Ginzburg a analysé l’univers d’un meunier frioulan avec le même intérêt, le même respect et les mêmes outils méthodologiques que ceux qui ont été utilisés pour étudier la cosmologie de Giordano Bruno [Ginzburg (Carlo), Le Fromage et les vers, l’univers d’un meunier du xvie siècle, Paris, Flammarion, 1980]. Les travaux de Roger Chartier sont aussi au centre de cette réflexion (« Culture populaire », dans A. Burguière éd., Dictionnaire des sciences historiques, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 174-179). C’est l’époque où paraît le grand livre de Jack Goody, La Raison graphique (Paris, Minuit, 1979), qui propose d’expliquer de façon concrète, par l’analyse de changements dans les pratiques (d’écriture notamment), le passage de la pensée magique à la pensée scientifique. Goody montre que pour comprendre ce changement il n’est pas besoin de grandes causes intellectuelles (le fameux grand partage) mais que suffit l’accumulation de petites causes matérielles. Nous avons cité les travaux de Jack Goody, mais le domaine a été profondément renouvelé par la réflexion de chercheurs comme Robin Horton (voir à son propos La Pensée métisse : croyances africaines et rationalité occidentale en question, sous la direction d’Yvonne Preiswerk et Jacques Vallet, Paris / Genève, PUF /Cahiers de l’iued, 1990).
À ces travaux il faut ajouter un certain nombre d’articles importants sur la notion de croyance, de la part de Gérard Lenclud (« Vues de l’esprit, art de l’autre », Terrain, Carnets du Patrimoine ethnologique, n° 14, mars 1990, p. 5-19, et dans Gradhiva), de Jean Bazin (« Les fantômes de Mme Du Deffand. Exercice sur la croyance », Critique, n° 529-530, juin-juillet 1991, p. 492-511) et de Alain Bourreau (« La croyance comme compétence », ibid., p. 512-526).

Sociologie des sciences

C’est enfin, point indispensable pour qui prétend étudier des littératures qui discutent, d’une façon ou d’une autre, notre rapport aux sciences, l’époque où les premières études d’histoire sociale et de sociologie des sciences « symétriques » ont commencé à paraître. Par symétrique on entend des études qui appliquent les mêmes principes d’analyse aux différents discours et pratiques, qu’il s’agisse de savoirs acceptés comme les sciences ou de savoirs rejetés par les porte-parole de la connaissance, comme l’ésotérisme ou les parasciences.
L’étude de savoirs contemporains des sciences comme l’ésotérisme ou les « parasciences » ne peut se faire sans une interrogation sur les sciences. Il n’y a pas de sociologie des parasciences possible sans une sociologie des sciences.
Dans ce domaine aussi la question du grand partage a été posée par Bruno Latour (« Comment redistribuer le Grand Partage ? », Revue de synthèse, vol. 104, avril-juin 1983, p. 203-236). Les études sur la croyance doivent prendre en compte le principe de symétrie et accorder la référence à tous les acteurs : Latour (Bruno), « Quand les anges deviennent de bien mauvais messagers », Terrain, n° 14, mars 1990.
Les études sur les sciences ont fait un sort à l’opposition savant-ignorant [Bensaude-Vincent (Bernadette), La Science contre l’opinion : histoire d’un divorce, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2003].
L’étape suivante a consisté à étudier les prétendues parasciences. On sait déjà, à la lueur des travaux que nous venons d’énoncer, qu’il y a peu de chance d’y trouver de l’irrationnel, de la pensée magique, de l’ignorance, etc. Mais elles posent un problème redoutable car, contrairement aux autres situations étudiées, à l’exception notable des sciences, les parasciences ne constituent pas un de ces terrains exotiques d’emblée placés à distance de l’ethnographe. Avec les parasciences, l’ethnographe est déjà sur le terrain. Son problème n’est donc pas d’y avoir accès mais de parvenir à se mettre à distance de tous les acteurs avec lesquels il interagit car, face à ce sujet, même ses collègues sont plus spontanément acteurs qu’anthropologues.

Les différents domaines d’étude de l’ésotérisme

Après avoir décrit le contexte qui légitime une approche renouvelée, penchons-nous sur les différents domaines au sein desquels les notions d’ésotérisme, d’occulte, de parasciences, ont été étudiées.

Histoire des sciences / de l’ésotérisme

Il y a en France, dans le domaine de l’histoire de l’ésotérisme, une exception culturelle. Alors que les Anglo-Saxons traitent à l’aide des mêmes outils, et souvent dans les mêmes ouvrages, l’histoire des sciences normales et celle des « pseudosciences1 », les Français séparent les deux domaines qui semblent alors totalement étrangers l’un à l’autre. Le phénomène est encore renforcé en France par le fait que l’histoire de l’ésotérisme est à peu près exclue des catalogues des éditeurs universitaires pour se retrouver chez les éditeurs d’ésotérisme. Et lorsqu’il s’agit de traiter de l’histoire de ces domaines dans des ouvrages de référence on a fait longtemps appel à des ésotéristes plutôt qu’à des historiens. Ainsi, Serge Hutin – tout d’abord attaché de recherche au CNRS en histoire des idées avant de devenir écrivain à plein temps dans le domaine de l’ésotérisme, un domaine qui le passionnait visiblement au-delà de sa seule dimension historique – a-t-il écrit l’article sur l’ésotérisme dans le volume de la Pléiade consacré à l’histoire des religions et dans les premières éditions de l’Encyclopaedia Universalis. Alors que chez les historiens anglo-saxons ce sont souvent les mêmes historiens qui traitent à la fois d’histoire des sciences et de l’ésotérisme (ou plutôt des sciences occultes puisque la catégorie ésotérisme créée au xixe siècle constitue un anachronisme), en France, chaque domaine a ses spécialistes et les deux milieux se mélangent peu. Pourquoi isoler ces travaux les uns des autres alors que les historiens des sciences ont montré que la coupure entre les vieilles sciences occultes et les jeunes sciences expérimentales était une illusion liée à la philosophie des Lumières plus qu’une véritable coupure historique ? Pourtant les historiens de l’ésotérisme ont tendance à ignorer les travaux en histoire des sciences à quelques exceptions près, comme les travaux de Frances Yates et ceux de D.P. Walker.
Quoiqu’il en soit de cette situation, voici une bibliographie commentée des principaux travaux, présentés ici justement avec l’intention d’éviter cette sectorisation préjudiciable, nous semble-t-il, à la bonne compréhension de ces domaines.
Commençons par les études classiques d’historiens qui constituent les références incontournables. Au départ, il y a bien sûr l’important travail en huit volumes de Lynn Thorndike, A History of Magic and Experimental Science, New York-Londres, Columbia University Press, 1923-1958. Parmi les études pionnières dans ce domaine on retiendra encore le livre de Daniel Pickering Walker, La Magie spirituelle et angélique : de Ficin à Campanella, Paris, Albin Michel, 1988. Et les livres de Frances Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Paris, Dervy, 1988 et La Philosophie occulte à l’époque élisabéthaine, Paris, Dervy, 1987. La plupart des œuvres de Frances Yates, publiées en Amérique dans des collections consacrées à l’histoire des idées et des sciences, sont passées, une fois traduites en français, dans des collections ésotériques. Ainsi, le traducteur des deux livres qui précèdent a-t-il cru judicieux de traduire systématiquement l’expression « rosicrucian » par « R + C », leur donnant ainsi un ton « initiatique » emprunté aux sociétés rosicruciennes contemporaines dont l’auteur tenait pourtant très clairement à se démarquer. Frances Yates a toujours affirmé son incompétence en matière initiatique et sa volonté de demeurer historienne. Seul l’ouvrage consacré à L’Art de la mémoire, publié dans la prestigieuse « Bibliothèque des Histoires » dirigée par Pierre Nora (Gallimard, 1975), a échappé à cette récupération. Les éditions Retz avaient fait paraître en 1973, dans une collection d’ésotérisme dirigée par Louis Pauwels, sa célèbre étude The Rosicrucian Enlightenment, sous le titre La Lumière des Rose-Croix, mais de l’avis de l’historien Didier Kahn, le nombre de contresens introduits par la traduction rend nécessaire une sérieuse révision de celle-ci.
Ces travaux, auxquels on rajoutera Wayne Shumaker, The Occult Sciences in the Renaissance : A Study in Intellectual Patterns, Berkeley, University of California Press, 1972 – même si Yates en fait une critique virulente –, ont donc ouvert la voix hors de France à de célèbres études sur le rôle de l’occulte dans l’histoire des sciences. Citons, parmi les plus importantes :
- Righini-Bonelli (Maria Luisa) et Shea (William R.) ed., Reason, Experiment and Mysticism in the Scientific Revolution, New York, Science History Publications, 1975.
- Debus (Allan G.) ed., Science, Medecine and Society in the Renaissance : Essays to Honor Walter Pagel, Londres, Heinemann, 1972.
- Vickers (Brian) ed., Occult and Scientific Mentalities in the Renaissance, Cambridge, Cambridge University Press, 1984.
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, Keele, University of Keele, 1979 (Sociological Review Monograph ; 27).
Les trois premiers ouvrages traitent d’histoire, le dernier y ajoute des études consacrées aux controverses actuelles sur la parapsychologie et l’ufologie. Mais ces travaux sont inconnus en France. Et, une fois de plus, lorsque certains ont été traduits en français c’est pour se retrouver chez des éditeurs d’ésotérisme ignorés de la critique universitaire. C’est le cas de l’étude classique de Betty Jo Teeter Dobbs sur Newton (Les Fondements de l’alchimie de Newton ou « La chasse au lion vert », Paris, Guy Trédaniel / Éditions de la Maisnie, 1981). On notera encore que dans l’œuvre de certains historiens, certains ouvrages sont traduits, alors que d’autres non. Le cas d’Anthony Grafton est particulièrement significatif. Ses ouvrages sur l’érudition, sur le faux, ont été publiés par de grands éditeurs parisiens, tandis que les volumes qu’il a consacrés à Jérôme Cardan ou à l’alchimie ne sont pas disponibles en français (Cardano’s Cosmos, Cambridge, Harvard University Press, 1999 ; avec William R. Newman, Secrets of Nature : Astrology and Alchemy in Early Modern Europe, Cambridge, MIT Press, 2001). Encore une fois, les éditeurs français recréent ainsi une frontière qui n’existe pas dans l’histoire sociale des sciences de langue anglaise. La publication récente de la traduction du livre de Burton, Anatomie de la mélancolie (José Corti, 2004) présenté par Jean Starobinsky, ou la traduction plus ancienne de l’étude de Raymond Kiblansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl, sur Saturne et la mélancolie (Gallimard, 1989, coll. « Bibliothèque des Histoires ») constituent des exceptions dont on peut espérer qu’elles marquent une évolution dans la façon de concevoir l’histoire des sciences.
Un certain nombre d’ouvrages récents permettent de comprendre les liens complexes, ou plutôt l’absence de séparation entre sciences occultes et sciences expérimentales au moment de la révolution scientifique. Steven Shapin est l’auteur d’une introduction tout à fait utile sur la formation des sciences modernes (La Révolution scientifique, Paris, Flammarion, 1996). L’ouvrage contient une excellente bibliographie commentée sur les travaux d’histoire des sciences. On lira aussi du même auteur, avec Simon Schaffer, Leviathan et la pompe à air, Paris, La Découverte, 1993, ainsi que le livre de Lorraine Daston et Katharine Park, Wonders and the Order of Nature : 1150-1750, New York, Zone Books, 2001.

Histoire de l’ésotérisme, France

Les travaux des historiens français ont donc paru soit dans des collections d’ésotérisme, soit dans des volumes consacrés à l’histoire des religions. Pourquoi ? Sans doute parce que, au départ, ces études ont été délaissées par les historiens des sciences. La lecture du volume de la Pléiade consacré à l’histoire des sciences illustre cette démarcation. Il n’y a pas de place dans cet ouvrage pour ces sujets (théosophie, etc.) qui sont renvoyés aux volumes d’histoire des religions. Les volumes dirigés par René Taton aux PUF confirment la volonté d’adhérer à l’image rationaliste de l’histoire des sciences. Cause ou résultat de cette attitude, la plupart des études consacrées à l’histoire de l’occultisme et de l’ésotérisme ont commencé par être le fait d’ésotéristes. Ainsi, l’entrée consacrée à l’occultisme dans l’Encyclopædia Universalis par René Alleau ou par Serge Hutin. Ce qui n’empêche pas ces travaux d’être à l’occasion intéressants. Ainsi, une remarque qui aurait dû être le fait d’historiens des sciences apparaît sous la plume de René Alleau dans sa préface au livre de Grillot de Givry Mages, Le Musée des sorciers, mages et alchimistes (Tchou, 1966). Alleau écrit justement :
« En langue française, au xxe siècle, aucune histoire sérieuse de l’astrologie n’a été publiée. On attend encore celle de l’alchimie. Malgré leurs mérites, les ouvrages de Seligman et de Ribadeau-Dumas sur la magie sont insuffisants. Le seul traité encyclopédique moderne qui ait été consacré aux rapports historiques entre la magie et les sciences expérimentales, six volumes publiés en ving-cinq ans par l’université de Columbia et que l’on doit à l’un des plus grands érudits de notre temps, Lynn Thorndike, n’a pas été traduit et il n’est connu que de rares spécialistes. Les remarquables recherches de Singer et de Needham ne sont pas moins généralement ignorées. Dans une publication universitaire française récente, une histoire générale des sciences depuis la préhistoire jusqu’à notre époque, c’est à peine si l’on a mentionné les théories et les pratiques de la magie et de l’astrologie. Sur les quatorze cent pages, moins d’une vingtaine leur ont été réservées et qui contiennent autant d’erreurs. De telles libertés avec la méthode historique n’étonnent pas quand les occultistes en abusent. Mais si d’éminents spécialistes ne s’en privent point afin de justifier leurs thèses rationalistes, elles nous surprennent et elles nous gênent. »
Lorsqu’un éditeur comme Albin Michel a lancé une collection consacrée à l’histoire de l’hermétisme, elle est codirigée par un historien, Antoine Faivre, et par un littéraire, Frédérick Tristan, et mélange auteurs universitaires et ésotéristes (précisons qu’il ne s’agit pas de rejeter des travaux qui seraient dus à des non-universitaires, il s’agit juste de discuter le mélange de travaux aux orientations différentes voire divergentes). La situation aurait pu se calmer avec le temps mais, au moment du rachat des éditions Dervy par Albin Michel, la collection s’est retrouvée, sans doute pour des questions de cohérence administrative peu soucieuses du contenu des ouvrages, parmi les collections ésotériques de Dervy, entretenant ainsi la confusion.
Le milieu académique français se trouve ainsi à la traîne, et même à contre-courant, d’un mouvement qui a profondément révolutionné l’histoire des sciences depuis plus de cinquante ans. La situation évolue lentement. Les travaux d’Antoine Faivre, un des principaux représentants de cette histoire de l’ésotérisme, témoignent de la démarginalisation de ce thème. Voici quelques-uns de ses titres dans une bibliographie abondante : L’Ésotérisme au xviiie siècle en France et en Allemagne, Paris, Seghers (« La Table d’émeraude »), 1973 ; L’Ésotérisme, Paris, PUF (« Que sais-je ? »), 1992 ; Accès de l’ésotérisme occidental, 2 vol., Paris, Gallimard, 1996 ; « Aspects de l’ésotérisme chrétien. xviiie siècle », dans Marie-Madeleine Davy (éd.), Encyclopédie des mystiques, Paris, Seghers, 1977, vol. 2, p. 306-367 ; « L’ésotérisme chrétien du xve au xxe siècle », dans Henri-Charles Puech (éd.), Histoire des religions, vol. 2, Paris, Gallimard (« Encyclopédie de la Pléiade »), 1972, p. 1304-1 362 (l’ouvrage a été réédité dans la collection « Folio Essais » en 1999, il comporte des corrections et une mise à jour de l’orientation bibliographique).
Tout un courant s’est formé autour d’un historien comme Faivre. Mentionnons les principaux ouvrages qui en sont issus :
- Corsetti (Jean-Paul), Histoire de l’ésotérisme et des sciences occultes, Paris, Larousse, 1992.
- Laurant (Jean-Pierre), L’Ésotérisme chrétien en France au xixe siècle, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1992.
- Laurant (Jean-Pierre), Le Regard ésotérique, Paris, Bayard, 2001.
- Riffart (Pierre. A.), L’Ésotérisme, Paris, Robert Laffont, 1990, (« Bouquins »).
- Servier (Jean), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, Paris, PUF, 1998.
- Sladek (Mirko), L’Étoile d’Hermès : fragments de philosophie hermétique, Paris, Albin Michel, 1993.
À noter que la majorité de ces travaux sont consacrés à l’histoire de l’ésotérisme et non à des domaines contemporains. Les quelques revues consacrées à ces questions en France, comme Aries (Archè), Crysopeia ou Politica Hermetica (L’Âge d’homme) privilégient aussi le plus souvent les formes historiques d’ésotérisme. Crysopeia est publiée par la Société pour l’histoire de l’alchimie et les éditions Archè. Politica Hermetica, qui vient de faire paraître son quatorzième numéro, est une revue annuelle où sont publiés les actes de différents colloques consacrés à l’histoire de l’ésotérisme et de l’occultisme. Le niveau est généralement excellent même si la présence de certains textes ou contributeurs peut surprendre ; ses sommaires mêlant souvent de remarquables études sociologiques et historiques à des réflexions d’acteurs de ces domaines, dont certains ont des parcours complexes (comme Alain de Benoist ou Alexandre Douguine). Comme s’il fallait donner une excuse supplémentaire aux universitaires qui rejettent ces questions. L’excellente revue Aries (Association pour la recherche et l’information sur l’ésotérisme, Éd. Archè/ » La Table d’émeraude »), dirigée notamment par Roland Edighoffer et Antoine Faivre, rend compte avec érudition des travaux en histoire de l’ésotérisme. La première revue dans le domaine fut La Tour Saint-Jacques, héritière de la série de la Revue métapsychique (IMI) éditée par Robert Amadou, à la fois ésotériste et historien de ce domaine. Dans cette revue se croisaient des passionnés d’ésotérisme et des historiens. Amadou fut aussi à l’origine de colloques à Royaumont et Saint-Paul-de-Vence dans les années cinquante où l’on pouvait croiser des parapsychologues, des occultistes et des historiens comme Mircea Eliade (encore que son statut pourrait être questionné : ésotériste ou historien ?) ou Ernesto De Martino2.

Histoire littéraire

La situation a évolué malgré tout. Sur deux fronts, celui de l’histoire littéraire et celui de l’histoire sociale des sciences. Pour trouver quelques études sur l’histoire de l’ésotérisme, c’est encore vers le domaine des études d’histoire littéraire qu’il faut se tourner. Comme si traités sous forme de littérature ces domaines perdaient de leur dangerosité.
- Pierssens (Michel), « Le syndrome des tables tournantes », Les Temps modernes, n° 528, juillet 1990 ; « Littérature et tables tournantes », Critique, tome XLII, n° 473, 1986, p. 999-1 015.
- Muray (Philippe), Le xixe siècle à travers les âges, Paris, Gallimard, 1999, (« Tel ») [Denoël, 1984]. Le roman vrai de l'occulto-socialisme comme religion du progrès.
- Vadé (Yves), L’Enchantement littéraire, Paris, Gallimard, 1990.

Histoire sociale des sciences

À l’opposé des études françaises d’histoire des sciences traditionnelles qui maintiennent un partage malgré l’évidence, certains historiens ont fait évoluer la discipline. Le premier à avoir osé mêler les deux domaines est l’historien des sciences Pierre Thuillier (Le Petit savant illustré, Paris, Seuil, 1980 ; Les Savoirs ventriloques ou comment la culture parle à travers la science, Paris, Seuil, 1983 ; La Revanche des sorcières : l’irrationnel et la pensée scientifique, Paris, Belin, 1997).
Plus récemment, l’émergence de la sociologie des sciences a permis la publication de certains travaux de langue anglaise. Ainsi, la première anthologie jamais parue en français de travaux d’histoire et de sociologie des sciences de langue anglaise, d’abord publiée sous la forme de deux anthologies autoéditées par l’association Pandore, et reprise à La Découverte sous une nouvelle version [Callon (Michel) et Latour (Bruno) éd., La Science telle qu’elle se fait : anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise, Paris, La Découverte, 1991] mêle des travaux sur les « vérités » scientifiques à d’autres sur les sciences rejetées (rejected sciences), études empruntées notamment à l’anthologie de Roy Wallis déjà citée.
Signalons une des rares études dirigée par des historiennes des sciences et consacrée à l’histoire de l’occulte : Bensaude-Vincent (Bernadette), et Blondel (Christine) éd., Les Savants face à l’occulte, 1870-1940, Paris, La Découverte, 2002, ainsi que :
- Méheust (Bertrand), Somnambulisme et médiumnité, 2 vol., Le Plessis-Robinson, Paris, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance / Seuil, 1998 (Les Empêcheurs de penser en rond)
- Méheust (Bertrand), Un voyant prodigieux : Alexis Didier, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2003
- Méheust (Bertrand), Cent mots pour comprendre la voyance, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2005
Signalons quelques autres ouvrages consacrés à l’histoire des sciences, à celle des rapports entre sciences et sociétés :
- Bensaude-Vincent (Bernadette), L’Opinion publique et la science, Paris, Institut d’édition Sanofy-Synthélabo, 2000 (Les Empêcheurs de penser en rond).
- Licoppe (Christian), La Formation de la pratique scientifique : le discours de l’expérience en France et en Angleterre (1630-1820), Paris, La Découverte, 1996.
- Rossi (Paolo), La Naissance de la science moderne en Europe, Paris, Seuil, 1999.
- Witkowski (Nicolas), Dictionnaire culturel des sciences, Éditions du Regard / Seuil, 2001. Il est le premier à prendre en compte la nouvelle histoire des sciences en contraste avec le très académique Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences dirigé par Dominique Lecourt (Paris, PUF, 1999).

Ethnologie de l’occulte

Plusieurs numéros spéciaux de revues d’anthropologie ont été publiés sur l’occulte et les parasciences depuis une quinzaine d’années. En 1990, la revue Terrain a consacré son numéro 14 à « L’incroyable et ses preuves ». Dirigé par Gérard Lenclud, il a accueilli des travaux sur les sorts, les apparitions de la Vierge, la communication avec les morts, les anges, la croyance médiévale, les soucoupes volantes. Au même moment, la revue Communications consacrait son numéro 51 aux « Rumeurs et légendes contemporaines » sous la direction de Véronique Camion-Vincent et Jean-Bruno Renard. On y trouvait aussi une série d’études sur les soucoupes volantes et sur la croyance (Bertrand Méheust). En 1993, un numéro d’Ethnologie française a été consacré au thème : « Sciences-parasciences : preuves et épreuves » (vol. 23, n° 3, septembre 1993, dirigé par Pierre Lagrange). Dix ans plus tard, un autre numéro de la même revue, dirigé par Christine Bergé, s’est penché sur le thème : « Voix, Visions, Apparitions ». La même année, Elisabeth Claverie publiait chez Gallimard son livre tant attendu sur les apparitions de la Vierge [Les Guerres de la Vierge, Paris, Gallimard (« Essais »), 2003].
Malgré toutes ces études on constate que les travaux sur l’occulte contemporain ont beaucoup de mal à s’affranchir de deux travers.
Premier travers : une nette tendance des travaux consacrés à des sujets ésotériques ou paranormaux à se concentrer sur des sujets « morts » et à délaisser tout ce qui est vivant, actuel. On commence à voir se multiplier les études sur le spiritisme du xixe siècle, mais les études sur la croyance aux soucoupes volantes ou la parapsychologie actuelle sont peu nombreuses, ou bien elles donnent lieu à de vives discussions sur la nécessité de « ne pas y croire », soupçonnant ceux qui s’y intéressent de sympathie coupable : voir notamment les débats entre Giordana Charuty et Bertrand Méheust dans la revue L’Homme, en 2003, ainsi qu’entre Paul Jorion et Wiktor Stockowski dans la même revue (comme si le problème le plus important n’était pas plutôt de cesser de croire aux sciences, un danger qui n’est jamais évoqué par les analystes). Si on relit l’article de M. de Certeau, D. Julia et J. Revel en se penchant sur les collections ésotériques on peut difficilement manquer l’actualité de leur propos.
L’autre travers, symétrique de celui qui implique la critique ou l’absence d’intérêt, est le fait de se focaliser sur les aspects nobles, savants de ces littératures. Ainsi, on va consacrer de passionnantes et parfois passionnées études à René Guénon, aux littératures alchimiques « savantes » dans des études qui marquent dans le même temps très nettement leurs distances avec les littératures parascientifiques « populaires » sur l’alchimie comme « super-science extraterrestre » ou sur la tradition comme savoir héritée d’une Atlantide supertechnologique ou apportée par des « dieux » extraterrestres. Que les acteurs du domaine ésotérique construisent des partages, cela se comprend aisément, que les historiens les reprennent à leur compte, voilà qui est plus problématique.

Histoire et sociologie des religions et des sectes

Dans la foulée de toute une série de travaux parus dans les années soixante-dix sur les sectes, le Nouvel Âge et l’Occult Revival des années soixante, des études de sociologie des religions se sont développées. En France, on ne retient bien souvent de ces travaux que le livre de Harvey Cox, L’Appel de l’Orient et les essais d’Eliade sur l’occulte et le monde contemporain.
En fait, on peut considérer l’ouvrage de Leon Festinger, Henry Riecken, Stanley Schachner, L’Échec d’une prophétie, Paris, PUF, 1993 (la version originale est parue en 1956), comme une borne dans ce domaine. Il s’agit d’une étude sur un groupe d’Américains « en contact » avec les extraterrestres, qui attendaient la fin du monde pour l’automne 1954 : c’est le récit des avatars d’une des premières sectes soucoupiques.
Par la suite, des auteurs comme Brian Wilson (Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970) ou Roy Wallis ont commencé à se pencher sur des phénomènes contemporains des sectes, comme la dianétique et la scientologie [Wakllis (Roy), The Road to Total Freedom : A Sociological Analysis of Scientology, New York, Columbia University Press, 1977 ; « The Aetherius Society : A Case Study in the Formation of a Mystagogic Congregation », The Sociological Review, vol. 22, n° 1, 1974, p. 27-44].
En France, toute un courant est apparu dans le sillage des travaux de Danièle Hervieu-Léger et Françoise Champion. On est alors à la croisée des chemins entre les études sur les sectes et les études sur le Nouvel Âge.
- Champion (Françoise) et Hervieu-Léger (Danièle), De l’émotion en religion : renouveau et traditions, Paris, Centurion, 1990.
- Champion (Françoise) et Cohen (Martine) dir., Sectes et démocratie, Paris, Seuil, 1999.
- Hervieu-Léger (Danièle) avec la collab. de Champion (Françoise), Vers un nouveau christianisme : introduction à la sociologie du christianisme occidental, Paris, Cerf, 1986.
- Hervieu-Léger (Danièle), La Religion en miettes ou la question des sectes, Paris, Calmann-Lévy, 2001.

Les différents domaines de l’ésotérisme et de l’occulte

Intéressons-nous maintenant aux différents thèmes qui constituent le vaste domaine de l’ésotérisme et du paranormal afin de lister les principales études qui leur ont été consacrées.

Astrologie et divination

L’astrologie et la divination font partie, avec l’alchimie, des sujets à propos desquels on dénombre le plus d’études historiques. Elle ont suscité d’importantes analyses (malgré certains jugements de valeur déplacés), dès la fin du xixe siècle, notamment par A. Boucher-Leclerq (Histoire de la divination dans l’Antiquité, Jérôme Million, 2003 ; L’Astrologie grecque, Paris, 1899, rééd., Bruxelles, 1963). Mais ces analyses deviennent caricaturales lorsqu’il s’agit de traiter l’époque actuelle [voir, par exemple : Adorno (Theodor), Des étoiles à terre, Paris, Exiles Éditeur, 2000]. Anthony Grafton a justement critiqué ce manque de méthode dans l’introduction de Secrets of Nature (op. cit.). Exception notable, l’étude de Jacques Maître parue dans Diogène en 1963 (« La consommation d’astrologie dans la France contemporaine »), et celle de Philippe Defrance, Claude Fischler, Edgar Morin, et Lena Petrossian, Le Retour des astrologues : diagnostic sociologique, édité par les Cahiers de l’Obs, 1971, Cahier n° 3. Signalons pour l’histoire de l’astrologie antique les travaux de Jean Bottero, (« L’Astrologie est née en Mésopotamie », L’Histoire, n° 141, février 1991 ; Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux, Paris, Gallimard, 1987). L’astrologie – tant décriée aujourd’hui comme une forme d’irrationnel et de pensée magique préscientifique – correspond historiquement aux premières manifestations de la pensée scientifique. Signalons aussi, pour l’histoire de la divination antique, l’ouvrage dirigé par Jean-Pierre Vernant, Divination et Rationalité, Paris, Seuil, 1974, dans lequel on retrouve une contribution de Bottero.
Pour l’histoire de l’astrologie à la Renaissance, on se reportera aux travaux d’Eugenio Garin (Moyen Âge et Renaissance, Paris, Gallimard, 1969 ; Le Zodiaque de la vie : polémiques antiastrologiques à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 1991). Pour la France moderne l’ouvrage de Hervé Drévillon est incontournable [Lire et écrire l’avenir : l’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610-1715), Seyssel, Champ Vallon, 1996]. Cette étude, qui prend en compte l’évolution récente des travaux sur l’astrologie en histoire des sciences et des mentalités, permet de comprendre pour quelles raisons culturelles et politiques – et non pas scientifiques – l’astrologie a été disqualifiée au xviie siècle.
Dès qu’il s’agit de la place de l’astrologie chez les fondateurs de la science moderne, les travaux en français se font rares, à l’exception notable de l’étude classique de Gérard Simon sur Kepler (Kepler astronome astrologue, Paris, Gallimard, 1979) qui déploie tout de même des trésors d’analyse pour séparer l’astrologie et l’astronomie keplérienne, parce qu’elles ne relèveraient pas, selon l’historien, des mêmes catégories cognitives. Autre exception notable : Pierre Thuillier, « Le temps des astrologues », L’Histoire, n° 55, avril 1983. Pierre Thuillier y prône une attitude nuancée qui tienne compte de l’histoire des débats qui ont entouré cette discipline considérée naguère comme un savoir légitime.
Et lorsque certains travaux de langue anglaise sur l’histoire des ramifications contemporaines de la discipline sont traduits, c’est pour paraître chez un éditeur ou dans des collections d’ésotérisme et passer ainsi totalement inaperçus de la critique. C’est le cas de l’important ouvrage de Ellic Howe, Le Monde étrange des astrologues, qui traite notamment de la place de l’astrologie pendant la guerre [Paris, Robert Laffont (« Les énigmes de l’univers »), 1968]. C’est aussi le cas d’un livre regroupant des essais de Patrick Curry, N. Campion et Jacques Halbronn, La Vie astrologique il y a cent ans, Paris, Guy Trédaniel /La Grande Conjonction, 1995. Jacques Halbronn est un astrologue devenu historien de sa discipline. On lui doit d’intéressantes contributions à l’histoire de l’astrologie au XXe siècle, notamment : La Vie astrologique, années trente-cinquante : de Maurice Privat à Dom Néroman, Paris, Guy Trédaniel/La Grande Conjonction, 1995. Patrick Curry est l’auteur ou le compilateur d’études d’histoire des sciences sur l’astrologie (notamment Astrology, Science and Society : Historical Essays, Woodbridge, The Boydell Press, 1987).
Dans le domaine de l’épistémologie, signalons l’ouvrage de Paul Feyerabend, Dialogues sur la connaissance, Paris, Seuil (« Science ouverte »), 1996. Dans ce dynamique dialogue imaginaire, le célèbre philosophe défait les arguments rationalistes opposés à l’astrologie. Le lecteur n’en devient pas pour autant partisan de l’astrologie mais saisit mieux les nuances qu’il convient d’apporter à la discussion lorsqu’il s’agit de traiter de la scientificité des savoirs.
L’épistémologie de Karl Popper utilise souvent l’astrologie comme exemple de discours imperméable à la critique et formulé de telle façon qu’il ne se prête pas à la réfutation. En réponse aux arguments de Popper, Thomas Kuhn montre, dans un article intitulé « Logique de la découverte ou psychologie de la recherche ? » (dans La Tension essentielle, Paris, Gallimard, 1990), que l’astrologie est moins non scientifique qu’on le croit ; il compare notamment, pour une même époque, la façon dont deux savoirs aussi fragiles au départ, astrologie et météorologie, ont abouti à l’exclusion de l’un et à l’admission de l’autre au sein des sciences. Indice clair du fait que l’exclusion de l’astrologie est certainement due à des arguments autres que scientifiques.

Nostradamus

Nostradamus s’est vu consacrer un certain nombre d’études érudites depuis une vingtaine d’années mais on notera avec intérêt que ces études ont débuté dans le cadre d’associations d’amateurs où se côtoyaient des universitaires, des érudits et des auteurs de livres ésotériques comme Serge Hutin. Ainsi de la série des Cahiers Nostradamus, dirigée par Michel Chomarat (six numéros parus entre 1984 et 1988, publiés par l’association des Amis de Nostradamus).
Signalons toute une série d’études écrites par des amateurs érudits ou par des universitaires et qui permettent de replacer Nostradamus dans son contexte.
- Amadou (Robert) éd., L’Astrologie de Nostradamus, Poissy, ARRC. Très intéressante collection de travaux consacrés à Nostradamus avec notamment la traduction française de lettres adressées au médecin-astrologue ou rédigées par lui pour ses clients (publiées en latin par Jean Dupèbe, Nostradamus, lettres inédites, Genève, Droz, 1983). Malheureusement diffusé de façon confidentielle.
- Benazra (Robert), Répertoire chronologique nostradamique (15451989), Paris, La Grande Conjonction / Guy Trédaniel, 1990. Ce livre de près de sept cents pages recense les nombreuses rééditions des prophéties de Nostradamus et les ouvrages consacrés au célèbre astrophile entre 1555 et 1989. Incontournable.
- Brind’amour (Pierre), Nostradamus astrophile, Ottawa-Paris, Presses de l’université d’Ottawa / Éditions Klincksieck, 1993. L’historien québécois, trop tôt disparu, restitue la place de Nostradamus dans le contexte du travail de l’astrologue du xvie siècle.
- Chevignard (Bernard), Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999. Nostradamus n’est pas simplement l’auteur des Prophéties. Il a aussi rédigé des présages dans le cadre de ses almanachs et pronostications annuels. Recueillis en 1589 par Jean-Aimé de Chavigny, le secrétaire de Nostradamus, ils sont aujourd’hui réédités et accompagnés d’une analyse très sérieuse de Bernard Chevignard.
- Chomarat (Michel), avec la collaboration de Laroche (Jean-Paul), Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden & Bouxwiller, Éditions Valentin Koerner, 1989. Le spécialiste lyonnais et collectionneur de documents nostradamiques, Michel Chomarat, y établit une liste de plus de quatre cents éditions des différents ouvrages de Nostradamus parus entre le xvie et le xviiie siècles. Difficile à se procurer et d’un coût prohibitif mais indispensable.
- Chomarat (Michel), Dupèbe (Jean) et Polizzi (Gilles), Nostradamus ou le savoir transmis, Lyon, Éditions Michel Chomarat, 1997. Une série d’études sérieuses sur le mage et tout particulièrement une estimation du contenu de la bibliothèque de l’astrophile.
- Dumézil (George), « … Le moine noir en gris dedans Varennes » : sotie nostradamique…, Paris, Gallimard, 1984. Exercice de « physique seconde » à propos du quatrain des Prophéties censé évoquer la fuite de Louis XVI à Varennes par le célèbre spécialiste des études indo-européennes.
- Halbronn (Jacques), Prophetica Judaica Aleph : documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Éditions Ramkat, 2002. Cette étude importante et controversée de Halbronn est suivie d’une série de « documents nostradamiques » tels que les Trois épitres pour l’An 1557 de Nostradamus, Les Prophéties dédiées à la puissance divine d’Antoine Crespin, dit Archidamus ou encore les Prophéties présentées au Roy Henry le Grand par Noël Léon Morgard.
- Leroy (Edgar), Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre. Nouvelle édition corrigée et annotée, Marseille, Laffitte Reprints, 1999.
- Prévost (Roger), Nostradamus, le mythe et la réalité : un historien au temps des astrologues, Paris, Robert Laffont, 1999.

Alchimie

On peut faire sur l’alchimie les mêmes remarques que sur l’astrologie : respectable sous sa forme historique, elle est méprisée sous sa forme actuelle.
Le gros volume dirigé par Michel Blay et Robert Halleux (La Science classique. xvie-xviie siècles : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1998) contribue à changer un peu les mentalités mais, à lire certaines de ses contributions, on se demande s’il s’agit d’un mouvement volontaire ou contraint. En effet, lorsqu’ils évoquent le rôle de l’alchimie dans l’œuvre de savants comme Newton, un sujet qui a émergé après la publications de l’article célèbre de John Maynard Keynes (voir infra) et de travaux comme ceux de Teeter Dobbs, les auteurs ne manquent pas d’expliquer que ces faits étaient connus depuis longtemps. Mais pourquoi alors avoir tant tardé à le dire ?
Il existe de nombreuses études en français sur l’histoire de l’alchimie, pour la plupart assez anciennes. Mais si l’on veut échapper au cliché d’une histoire de la chimie pensée comme une rationalisation de l’alchimie on se reportera au livre de Bernadette Bensaude-Vincent et Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, Paris, La Découverte, 1993.
Pour des études de cas, voir Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier, Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993, et Michel Bougard, La Chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols, 1999.
L’image choquante pour nous d’un Newton alchimiste, longtemps cachée, a pourtant éclaté après-guerre grâce au rachat par l’économiste John Maynard Keynes d’une collection de manuscrits alchimiques de Newton, rachat suivi de la publication d’un article retentissant en anglais mais ignoré ici. Grâce à la revue Alliage, fondée par Jean-Marc Lévy-Leblond, un des rares physiciens français à prendre au sérieux l’histoire sociale des sciences et les épistémologues contestataires comme Feyerabend, l’article de Keynes est aujourd’hui disponible en français : « Newton le dernier des alchimistes », Alliage, n° 22, printemps 1995. On décrit souvent Isaac Newton comme « le plus grand et le premier scientifique des Temps modernes ». Et s’il avait plutôt été le dernier des représentants d’une vision du monde préscientifique, le dernier magicien ? Ce texte remet en fait en question de façon efficace notre vision du progrès scientifique partagée entre les Lumières et l’obscurantisme. Newton appartenait aux deux mondes.
Un intéressant article d’Isabelle Stengers sur Newton (« Newton redécouvert », dans La Mort de Newton, Paris, Maisonneuve et Larose, 1996, p. 133-143) permet de récapituler le débat qui oppose les historiens autour de l’alchimie de Newton.
On dispose aussi désormais de la biographie monumentale de Westfall qui révolutionne les connaissances sur Newton [Westfall (Robert N.), Newton, Paris, Flammarion, 1994], et à laquelle on peut ajouter : Verlet (Loup), La Malle de Newton, Paris, Gallimard, 1993. Il s’agit de la fameuse malle rachetée par John Maynard Keynes et dans laquelle se trouvaient les manuscrits alchimiques de Newton. Dans un scénario écrit pour une fiction télévisée, qui n’a jamais été tourné, Isabelle Stengers imagine les raisons profondes de la dispute entre Newton et Leibniz (La Guerre des sciences aura-t-elle lieu ? Scientifiction, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2001).
Il n’existe rien en français sur la sociologie ou l’anthropologie de l’alchimie. Personne n’a pris la peine d’étudier ces milieux très secrets et d’en faire une ethnographie. Seule exception, un petit article de Pierre Thuillier, « Petit vade-mecum de l’alchimiste du xxe siècle », La Recherche, n° 29, décembre 1972. L’historien Pierre Thuillier présente l’alchimie telle qu’elle a survécu dans notre xxe siècle, loin du moment historique où elle était une forme de connaissance légitime. Ce n’est pas d’hier.

Histoire parallèle et archéologie fantastique

Le domaine des histoires et archéologies parallèles offre un champ d’étude vaste et riche. Pourtant, lorsque les historiens s’y intéressent c’est plus pour défendre leur discipline contre les pseudo-historiens que pour faire l’histoire sociale de ces courants. Mais, comme le remarquait Daniel Milo à propos de la question de l’an mil, les sujets comme l’Atlantide ou les pistes de Nazca sont des sujets pour le sociologue ou l’historien du monde contemporain et non pour l’archéologue ou l’historien de l’Antiquité.
La première étude en français qui prenne au sérieux les thèses des archéologues parallèles est celle de Wiktor Stoczkowski, Des hommes, des dieux et des extraterrestres : ethnologie d’une croyance moderne, Paris, Flammarion, 1999. On pourra y ajouter une étude antérieure : Stoczkowski (Wiktor), « Origines de l’homme : quand la science répète le mythe », La Recherche, n° 244, juin 1992. Sur l’imaginaire archéologique, voir enfin : Poulot (Dominique) et Voisenat (Claudie) dirs., L’Imaginaire archéologique, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, à paraître.
Parmi les nombreux thèmes qui relèvent d’une archéologie parallèle, prenons l’exemple de l’Atlantide. L’existence supposée de ce continent disparu a suscité de nombreux commentaires s’agissant de Platon, mais beaucoup moins concernant les controverses contemporaines, les auteurs étant surtout occupés à découvrir le noyau des faits sous la légende, trait commun aux passionnés d’archéologie fantastique comme aux archéologues « officiels ». Exception notable, les travaux de l’historien Pierre Vidal-Naquet, et notamment son livre L’Atlantide (Paris, Les Belles Lettres, 2005). On pourra consulter aussi quelques autres études de l’historien parues dans Le Chasseur noir (Paris, La Découverte, 1991 [Paris, Maspero, 1981]) ou dans La Démocratie grecque vue d’ailleurs : essais d’historiographie ancienne et moderne (Paris, Flammarion, 1990). Signalons enfin : « Le mythe de l’Atlantide », L’Histoire, n° 111, mai 1988. Dans cet entretien, Pierre Vidal-Naquet révèle un aspect insolite de son travail : son intérêt pour l’Atlantide. Occasion pour l’historien de discuter les rapports entre science et idéologie à travers l’usage nationaliste de la légende platonicienne.
Plus récemment, un livre de Chantal Foucrier, Le Mythe littéraire de l’Atlantide 1800-1939 : l’origine et la fin, Grenoble, Ellug, 2004, vient combler une lacune.

À propos du catharisme

Sur l’exemple du catharisme, on trouvera quelques pistes de recherche dans une série de travaux consacrés aux réécritures de l’histoire du catharisme.
- Catharisme : l’édifice imaginaire, Actes du 7e colloque du Centre d’études cathares / René Nelli, Carcassonne, 29 août-2 septembre 1994. Présentés par Jacques Berlioz et Jean-Claude Hélas, Heresis, « collection d’histoire des dissidences ».
- Cathares : au-delà des mystères…, Nice, Éditions SPH, 2003 (sous la direction du magazine Les Temps médiévaux). Il s’agit en fait de la reprise d’une partie des articles parus dans les actes du colloque « Catharisme : l’édifice imaginaire ».
- « Historiographie du catharisme », Cahiers de Fanjeaux, n° 14, Toulouse, Éditions Privat, 1979.
- Martel (Philippe), Les Cathares et l’histoire : le drame cathare devant les historiens (1820-1992), Toulouse, Privat, 2002.

Anomalies scientifiques

Dans le domaine de la sociologie des sciences, les études ont moins porté sur les parasciences, sur des disciplines aux marges de la science, que sur les phénomènes rejetés, les anomalies scientifiques, et la question de leur rejet ou non hors des sciences. Dans ce domaine, il faut mentionner les études du sociologue américain Ron Westrum, pionnier du domaine : « Social Intelligence About Anomalies : The Case of UFOs », Social Studies of Science, vol. 7, 1977, p. 271-302 ; « Science and Social Intelligence About Anomalies : The Case of Meteorites », Social Studies of Science, vol. 8, 1978, p. 462-486 ; « Knowledge About Seaserpents » dans Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit., p. 293-314 ; « Sasquatch and Scientist : Reporting Scientific Anomalies », dans Halpin (Marjorie) et Ames (Michael M.), Manlike Monsters on Trial : Early Records and Modern Evidence, Vancouver / London, University of British Columbia Press, 1980, p. 27-36 ; « Social Intelligence About Hidden Events : Its Significance for Scientific Research and Social Policy », Knowledge : Creation, Diffusion, Utilization, vol. 3, n° 3, March 1982, p. 381-400.
Parmi les phénomènes étranges, citons également les combustions spontanées. Signalons l’une des rares études ethnologiques sur ce sujet (la seule ?) : Voisenat (Claudie), « Feux d’entrailles : alcool, corps-alambic et combustions spontanées », Terrain, n° 19, octobre 1992, p. 17-38.

Parapsychologie

Une « parascience » a suscité plus d’études que d’autres, il s’agit de la parapsychologie. La raison en est simple : il ne s’agit pas, malgré ce que voudraient laisser croire les auteurs rationalistes, d’une parascience – donc constituée en marge des sciences acceptées –, mais d’une discipline scientifique, c’est-à-dire disposant de chercheurs, de laboratoires, de publications, de colloques, d’une association membre de l’AAAS. Les controverses dont elle est l’objet ne sont d’ailleurs pas à proprement parler scientifiques mais reflètent les débats qui l’opposent à des milieux rationalistes, plus proches par leur façon de fonctionner des groupes d’action citoyenne que des institutions savantes. Ainsi, les scientifiques qui interviennent contre la parapsychologie ne le font-ils pas en tant que chercheurs mais en tant que rationalistes, militants, citoyens. Avant de donner des références consacrées à cette discipline, rappelons l’un des travaux importants pour resituer ce domaine par rapport à l’histoire de la psychologie et de la psychiatrie : Ellenberger (Henri), Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard, 1993.
- Collins (Harry M.) et Pinch (Trevor J.), Frames of Meaning : The Social Constuction of Extraordinary Science, London, Routledge & Kegan Paul, 1982.
- Collins (Harry M.) et Pinch (Trevor J.), « En parapsychologie, rien ne se passe qui ne soit scientifique », dans Callon (Michel) et Latour (Bruno) éd., La Science telle qu’elle se fait, op. cit., p. 297-343.
- Edelman (Nicole), Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France, 1785-1914, Paris, Albin Michel, 1995.
- Méheust (Bertrand), Somnambulisme et médiumnité, 2 vol., Le Plessis-Robinson / Paris, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance / Seuil, 1998 (Les Empêcheurs de penser en rond), op. cit.
- Pinch (Trevor J.), « Normal Explanations of the Paranormal : The Demarcation Problem and Fraud in Parapsychology », Social Studies of Science, vol. 9, 1979, p. 329-348.
- Pinch (Trevor J.) et Collins (Harry M.), « Private Science and Public Knowledge : the Committe for the Scientific Investigation of the Claims of the Paranormal and Its Use of the Literature », Social Studies of Science, vol. 14, n° 4, November 1984, p. 521-546.
- Stengers (Isabelle), « Conditions pour une histoire », Ethnologie française, vol. 23, 1993 (spécial « Science-parascience »). Quelles sont les conditions posées par la science pour cesser de discuter la question de la réalité des phénomènes parapsychologiques ? Et quelles sont les conditions réelles qui pourraient conduire à mettre fin à cette contestation de la réalité ?
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit.
- Wallis (Roy), « Science and Pseudoscience », Social Science Information, vol. 24, n° 3, September 1985, p. 585-601.

Ovnis

Les controverses sur les ovnis ont suscité aussi quelques études. Tout d’abord, une bibliographie indispensable : Eberhart (George M.), UFOs and the Extraterrestrial Contact Movement : A Bibliography, 2 vol., Metuchen, N.J. & London, The Scarecrow Press, 1986 (les thèses, les articles de sociologie, etc., y sont recensés. Au total plus de quinze mille références).
La première étude sociologique sur le phénomène, ou tout au moins l’étude pionnière, est celle de Robert Hall, ancien directeur du département de sociologie de l’University of Illinois. Elle a paru sous la forme d’un chapitre de l’ouvrage sur les ovnis publié sous la direction de Carl Sagan et Page Thornton, UFO’s : A Scientific Debate, Ithaca, N.Y., Cornell University Press, 1972 (réed. : New York, W.W. Norton & Company, 1974). Il s’agit des actes d’un colloque de l’American Association for the Advancement of Science (Association américaine pour l’avancement des sciences) qui s’est tenu à Boston en 1969. Un autre ouvrage, dirigé par Richard F. Haines, UFO Phenomena and the Behavioral Scientist, (Metuchen, NJ, The Scarecrow Press, 1979), comprend notamment des études de sociologues, dont celles de Westrum déjà citées.
Je me permets de renvoyer à quelques-uns de mes propres travaux sur ce sujet : Lagrange (Pierre), « Enquêtes sur les soucoupes volantes », Terrain, n° 14, mars 1990, p. 92-112 ; « L’affaire Kenneth Arnold », Communications, n° 52, octobre 1990, p. 283-309 ; « La science et l’irrationnel, le cas des ovnis », dans L’État des sciences et des techniques, Witkowski (Nicolas) dir., Paris, La Découverte, 1991, p. 112-114.

Médecines parallèles

La délicate question des médecines parallèles a suscité quant à elle de nombreuses études qui se sont surtout concentrées sur les médecines traditionnelles « populaires ». On retiendra, dans une abondante bibliographie, quelques travaux récents :
- Nathan (Tobie) et Stengers (Isabelle), Médecins et sorciers, manifeste pour une psychopathologie scientifique : le médecin et le charlatan, Le Plessis-Robinson, Synthélabo, 1995 (Les Empêcheurs de penser en rond). Tobie Nathan a publié plusieurs ouvrages chez Odile Jacob. L’Influence qui guérit vient de reparaître en poche.
- Pignarre (Philippe), Les Deux médecines : médicaments, psychotropes et suggestion thérapeutique, Paris, La Découverte, 1995.
- Zimmerman (Francis), Généalogie des médecines douces : de l’Inde à l’Occident, Paris, PUF, 1995.
Sur un thème un peu décalé, celui de la mémoire de l’eau, l’une des meilleures analyses est due à un journaliste scientifique : de Pracontal (Michel), Les Mystères de la Mémoire de l’eau, Paris, La Découverte, 1990.

Les rationalistes

Il reste un thème lié à celui des parasciences qui n’est pas étudié, c’est celui des rationalistes. Comment peut-on étudier les controverses sur les parasciences sans décrire le rôle des rationalistes et leur épistémologie, leur « logique de la recherche scientifique » ?
L’étude la plus remarquable sur la logique du discours rationaliste est sans doute celle de Trevor J. Pinch et Harry M. Collins, « Science privée et connaissance publique : le csicop et son usage de la littérature », dans Ethnologie française « Science-parascience : preuves et épreuves », septembre 1993. Lorsqu’ils contestent les parapsychologues et les astrologues, les rationalistes font appel à une rhétorique de la science très efficace. Ils évoquent notamment cette extraordinaire méthode scientifique qui, à partir d’un test, permet de valider ou d’invalider les théories (para) scientifiques. Mais que se passerait-il si, au lieu de se contenter d’en parler, les rationalistes devaient mettre en pratique leur définition de la science ? Il se passerait ce qui est arrivé aux rationalistes américains qui ont cru que leur discours sur la méthode était le reflet de la vraie vie des sciences. Dans ce texte unique en son genre, Pinch et Collins décrivent et analysent les déboires des rationalistes qui ont cru naïvement que la science fonctionnait comme dans les manuels.
L’historienne et philosophe Bernadette Bensaude-Vincent a consacré un ouvrage à l’un des fondateurs du rationalisme contemporain, Paul Langevin. (Langevin : science et vigilance, Paris, Belin, 1987).

Le Nouvel Âge

Le phénomène du Nouvel Âge a suscité des études dès son apparition, tant et si bien qu’on ne sait plus parfois si ces études ont analysé le problème ou contribué à le produire (comme le célèbre livre de Marilyn Ferguson). Il est aussi souvent difficile de faire la différence chez un même auteur entre la posture du sociologue et celle d’acteur des controverses. Ainsi, en France, le seul ouvrage un peu synthétique sur le Nouvel Âge est-il dû à l’ancien porte-parole de l’épiscopat, Jean Vernette. Là encore, on note une nette différence entre le domaine français et les études de langue anglaise. En France, les travaux sont rares sur ces sujets ou bien se concentrent sur la question des sectes.
- Cox (Harvey), L’Appel de l’Orient, Paris, Seuil, 1979. op. cit.
- Durand (Jean-Yves), « Des Lumières aux “illuminés” ? Le regain des ésotérismes », dans Bromberger (Christian) dir., Passions ordinaires : du match de football au concours de dictée, Paris, Bayard éditions, 1998, 499-521.
- Eliade (Mircea), « L’occulte et le monde moderne », dans Eliade (Mircea), Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, Paris, Gallimard, 1978, p. 65-92.
- Hanegraaf (Wouter J.), « Nouvel Âge », dans Servier (Jean), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, op. cit., p. 942-946.
- Hanegraaf (Wouter J.), New Age Religion and Western Culture : Esotericism in the Mirror of Secular Thought, Leyde / New York / Cologne, Royal E.J. Brill, 1996.
- Kerr (Howard) et Crow (Charles L.) eds., The Occult in America : New Historical Perspectives, Urbana / Chicago, University of Illinois Press, 1986.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Magic, Witchcraft, and Paganism in America : a Bibliography, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1982.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Bibliographical Dictionary of American Cult and Sect Leaders, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1986.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Encyclopedic Handbook of Cults in America, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1986.
- Tiryakian (Edward A.) ed., On the Margin of the Visible : Sociology, the Esoteric, and the Occult, New York, John Wiley & Sons, 1974.
- Truzzi (Marcello), « The Occult Revival as Popular Culture : Some Random Observations on the Old and the Nouveau Witch », The Sociological Quarterly, vol. 13, n° 1972, p. 16-36.
- Vernette (Jean), Le New Age, Paris, PUF, 1993.
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit.

Les sectes

Le phénomène des sectes ou des nouveaux mouvements religieux est aussi le sujet d’une bibliographie abondante. On retiendra ici quelques titres parmi les plus importants.
- Wilson (Brian R.), Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970.
Dans cet ensemble vaste, un certain nombre de travaux ont été consacrés aux « contactés » :
- Festinger (Leon), Riecken (Henry W.) et Schachter (Stanley), When Prophecy Fails, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1956. Tr. fr. : L’Échec d’une prophétie, op. cit.
Les travaux de Balch et Taylor ont connu un grand retentissement au moment de leur première publication. Ils avaient étudié de l’intérieur le groupe de Bo et Peep q

L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs

 | 
Pierre Lagrange
, 
Claudie Voisenat

Bibliographie raisonnée des travaux consacrés à l’ésotérisme, l’occulte et les « parasciences »

Pierre Lagrange

Entrées d'index

Mots clés :

ésotérisme

Texte intégral

Cette bibliographie comporte trois grandes parties. La première décrit le contexte anthropologique dans lequel se situe l’étude des littératures ésotériques, les différentes recherches qui rendent possible leur analyse. L’évolution de l’anthropologie, de l’histoire culturelle, permet aujourd’hui une approche revue de ces sujets.
La deuxième partie est consacrée aux divers domaines académiques qui se sont constitués autour de ces sujets : histoire de l’ésotérisme, histoire sociale des sciences, etc. La troisième partie liste un certain nombre de travaux en fonction des grands domaines de l’ésotérisme (astrologie, alchimie, etc.) Des redondances seront inévitables entre les deuxième et troisième parties.

Anthropologie de la croyance « La beauté du mort »

Entreprendre une analyse anthropologique des littératures ésotériques, « paranormales », etc., implique de faire le point sur les outils développés par les sciences sociales. Souvent ces domaines sont considérés comme relevant de la « croyance », de formes « populaires » de cultures, de ce que les sociologues anglo-saxons nomment des « rejected knowledges ». Or l’anthropologie a opéré un retour critique sur ces notions, retour critique dont on ne peut faire l’économie si l’on veut se pencher sur notre sujet. Plus précisément, il est impensable d’entreprendre une étude sur les littératures ésotériques sans faire référence à un article célèbre paru en 1970. Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel publient alors un texte retentissant : « La Beauté du mort » (repris dans de Certeau (Michel), La Culture au pluriel, Paris, Christian Bourgois, 1980) dans lequel ils critiquent l’approche adoptée par les historiens, à commencer par Charles Nisard qui, au milieu du xixe siècle, fut à la fois historien et censeur des littératures de colportage, de la Bibliothèque bleue. Mais ils visent aussi les historiens actuels qui ne savent étudier ces littératures qu’une fois muséographiées et devenues inoffensives. Pourquoi citer cet article en tête d’une étude sur la réception des littératures ésotériques ? Comment ne pas penser à cette Bibliothèque bleue lorsque l’on regarde aujourd’hui une autre bibliothèque, celle formée par ces petits ouvrages à couverture rouge et dorée, « L’aventure mystérieuse », publiée chez J’ai Lu dans les années soixante-dix ? Par-delà les époques, de la Bibliothèque bleue aux collections de livres ésotériques, et notamment à une collection comme « L’aventure mystérieuse », on trouve d’intéressantes ressemblances particulièrement dans le rapport qu’elles entretiennent avec les formes de savoirs dominants. Ce serait donc une erreur d’aborder l’étude des réceptions de ces littératures en oubliant les enseignements des trois historiens. Nous ne sommes pas là pour juger cette littérature mais pour comprendre son usage.

Pensée magique, croyance, culture populaire

L’époque qui a vu la publication de cet article historique de Michel de Certeau et al. est aussi celle où Jeanne Favret-Saada a bouleversé la notion de croyance en allant étudier les sorts dans la campagne de Mayenne. Les ethnographes ont montré qu’il n’y avait pas de raison d’opposer la pensée paysanne à celle des citadins [Favret-Saada (Jeanne), Les Mots, la Mort, les Sorts, Paris, Gallimard, 1977]. C’est celle où Carlo Ginzburg a analysé l’univers d’un meunier frioulan avec le même intérêt, le même respect et les mêmes outils méthodologiques que ceux qui ont été utilisés pour étudier la cosmologie de Giordano Bruno [Ginzburg (Carlo), Le Fromage et les vers, l’univers d’un meunier du xvie siècle, Paris, Flammarion, 1980]. Les travaux de Roger Chartier sont aussi au centre de cette réflexion (« Culture populaire », dans A. Burguière éd., Dictionnaire des sciences historiques, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 174-179). C’est l’époque où paraît le grand livre de Jack Goody, La Raison graphique (Paris, Minuit, 1979), qui propose d’expliquer de façon concrète, par l’analyse de changements dans les pratiques (d’écriture notamment), le passage de la pensée magique à la pensée scientifique. Goody montre que pour comprendre ce changement il n’est pas besoin de grandes causes intellectuelles (le fameux grand partage) mais que suffit l’accumulation de petites causes matérielles. Nous avons cité les travaux de Jack Goody, mais le domaine a été profondément renouvelé par la réflexion de chercheurs comme Robin Horton (voir à son propos La Pensée métisse : croyances africaines et rationalité occidentale en question, sous la direction d’Yvonne Preiswerk et Jacques Vallet, Paris / Genève, PUF /Cahiers de l’iued, 1990).
À ces travaux il faut ajouter un certain nombre d’articles importants sur la notion de croyance, de la part de Gérard Lenclud (« Vues de l’esprit, art de l’autre », Terrain, Carnets du Patrimoine ethnologique, n° 14, mars 1990, p. 5-19, et dans Gradhiva), de Jean Bazin (« Les fantômes de Mme Du Deffand. Exercice sur la croyance », Critique, n° 529-530, juin-juillet 1991, p. 492-511) et de Alain Bourreau (« La croyance comme compétence », ibid., p. 512-526).

Sociologie des sciences

C’est enfin, point indispensable pour qui prétend étudier des littératures qui discutent, d’une façon ou d’une autre, notre rapport aux sciences, l’époque où les premières études d’histoire sociale et de sociologie des sciences « symétriques » ont commencé à paraître. Par symétrique on entend des études qui appliquent les mêmes principes d’analyse aux différents discours et pratiques, qu’il s’agisse de savoirs acceptés comme les sciences ou de savoirs rejetés par les porte-parole de la connaissance, comme l’ésotérisme ou les parasciences.
L’étude de savoirs contemporains des sciences comme l’ésotérisme ou les « parasciences » ne peut se faire sans une interrogation sur les sciences. Il n’y a pas de sociologie des parasciences possible sans une sociologie des sciences.
Dans ce domaine aussi la question du grand partage a été posée par Bruno Latour (« Comment redistribuer le Grand Partage ? », Revue de synthèse, vol. 104, avril-juin 1983, p. 203-236). Les études sur la croyance doivent prendre en compte le principe de symétrie et accorder la référence à tous les acteurs : Latour (Bruno), « Quand les anges deviennent de bien mauvais messagers », Terrain, n° 14, mars 1990.
Les études sur les sciences ont fait un sort à l’opposition savant-ignorant [Bensaude-Vincent (Bernadette), La Science contre l’opinion : histoire d’un divorce, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2003].
L’étape suivante a consisté à étudier les prétendues parasciences. On sait déjà, à la lueur des travaux que nous venons d’énoncer, qu’il y a peu de chance d’y trouver de l’irrationnel, de la pensée magique, de l’ignorance, etc. Mais elles posent un problème redoutable car, contrairement aux autres situations étudiées, à l’exception notable des sciences, les parasciences ne constituent pas un de ces terrains exotiques d’emblée placés à distance de l’ethnographe. Avec les parasciences, l’ethnographe est déjà sur le terrain. Son problème n’est donc pas d’y avoir accès mais de parvenir à se mettre à distance de tous les acteurs avec lesquels il interagit car, face à ce sujet, même ses collègues sont plus spontanément acteurs qu’anthropologues.

Les différents domaines d’étude de l’ésotérisme

Après avoir décrit le contexte qui légitime une approche renouvelée, penchons-nous sur les différents domaines au sein desquels les notions d’ésotérisme, d’occulte, de parasciences, ont été étudiées.

Histoire des sciences / de l’ésotérisme

Il y a en France, dans le domaine de l’histoire de l’ésotérisme, une exception culturelle. Alors que les Anglo-Saxons traitent à l’aide des mêmes outils, et souvent dans les mêmes ouvrages, l’histoire des sciences normales et celle des « pseudosciences1 », les Français séparent les deux domaines qui semblent alors totalement étrangers l’un à l’autre. Le phénomène est encore renforcé en France par le fait que l’histoire de l’ésotérisme est à peu près exclue des catalogues des éditeurs universitaires pour se retrouver chez les éditeurs d’ésotérisme. Et lorsqu’il s’agit de traiter de l’histoire de ces domaines dans des ouvrages de référence on a fait longtemps appel à des ésotéristes plutôt qu’à des historiens. Ainsi, Serge Hutin – tout d’abord attaché de recherche au CNRS en histoire des idées avant de devenir écrivain à plein temps dans le domaine de l’ésotérisme, un domaine qui le passionnait visiblement au-delà de sa seule dimension historique – a-t-il écrit l’article sur l’ésotérisme dans le volume de la Pléiade consacré à l’histoire des religions et dans les premières éditions de l’Encyclopaedia Universalis. Alors que chez les historiens anglo-saxons ce sont souvent les mêmes historiens qui traitent à la fois d’histoire des sciences et de l’ésotérisme (ou plutôt des sciences occultes puisque la catégorie ésotérisme créée au xixe siècle constitue un anachronisme), en France, chaque domaine a ses spécialistes et les deux milieux se mélangent peu. Pourquoi isoler ces travaux les uns des autres alors que les historiens des sciences ont montré que la coupure entre les vieilles sciences occultes et les jeunes sciences expérimentales était une illusion liée à la philosophie des Lumières plus qu’une véritable coupure historique ? Pourtant les historiens de l’ésotérisme ont tendance à ignorer les travaux en histoire des sciences à quelques exceptions près, comme les travaux de Frances Yates et ceux de D.P. Walker.
Quoiqu’il en soit de cette situation, voici une bibliographie commentée des principaux travaux, présentés ici justement avec l’intention d’éviter cette sectorisation préjudiciable, nous semble-t-il, à la bonne compréhension de ces domaines.
Commençons par les études classiques d’historiens qui constituent les références incontournables. Au départ, il y a bien sûr l’important travail en huit volumes de Lynn Thorndike, A History of Magic and Experimental Science, New York-Londres, Columbia University Press, 1923-1958. Parmi les études pionnières dans ce domaine on retiendra encore le livre de Daniel Pickering Walker, La Magie spirituelle et angélique : de Ficin à Campanella, Paris, Albin Michel, 1988. Et les livres de Frances Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Paris, Dervy, 1988 et La Philosophie occulte à l’époque élisabéthaine, Paris, Dervy, 1987. La plupart des œuvres de Frances Yates, publiées en Amérique dans des collections consacrées à l’histoire des idées et des sciences, sont passées, une fois traduites en français, dans des collections ésotériques. Ainsi, le traducteur des deux livres qui précèdent a-t-il cru judicieux de traduire systématiquement l’expression « rosicrucian » par « R + C », leur donnant ainsi un ton « initiatique » emprunté aux sociétés rosicruciennes contemporaines dont l’auteur tenait pourtant très clairement à se démarquer. Frances Yates a toujours affirmé son incompétence en matière initiatique et sa volonté de demeurer historienne. Seul l’ouvrage consacré à L’Art de la mémoire, publié dans la prestigieuse « Bibliothèque des Histoires » dirigée par Pierre Nora (Gallimard, 1975), a échappé à cette récupération. Les éditions Retz avaient fait paraître en 1973, dans une collection d’ésotérisme dirigée par Louis Pauwels, sa célèbre étude The Rosicrucian Enlightenment, sous le titre La Lumière des Rose-Croix, mais de l’avis de l’historien Didier Kahn, le nombre de contresens introduits par la traduction rend nécessaire une sérieuse révision de celle-ci.
Ces travaux, auxquels on rajoutera Wayne Shumaker, The Occult Sciences in the Renaissance : A Study in Intellectual Patterns, Berkeley, University of California Press, 1972 – même si Yates en fait une critique virulente –, ont donc ouvert la voix hors de France à de célèbres études sur le rôle de l’occulte dans l’histoire des sciences. Citons, parmi les plus importantes :
- Righini-Bonelli (Maria Luisa) et Shea (William R.) ed., Reason, Experiment and Mysticism in the Scientific Revolution, New York, Science History Publications, 1975.
- Debus (Allan G.) ed., Science, Medecine and Society in the Renaissance : Essays to Honor Walter Pagel, Londres, Heinemann, 1972.
- Vickers (Brian) ed., Occult and Scientific Mentalities in the Renaissance, Cambridge, Cambridge University Press, 1984.
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, Keele, University of Keele, 1979 (Sociological Review Monograph ; 27).
Les trois premiers ouvrages traitent d’histoire, le dernier y ajoute des études consacrées aux controverses actuelles sur la parapsychologie et l’ufologie. Mais ces travaux sont inconnus en France. Et, une fois de plus, lorsque certains ont été traduits en français c’est pour se retrouver chez des éditeurs d’ésotérisme ignorés de la critique universitaire. C’est le cas de l’étude classique de Betty Jo Teeter Dobbs sur Newton (Les Fondements de l’alchimie de Newton ou « La chasse au lion vert », Paris, Guy Trédaniel / Éditions de la Maisnie, 1981). On notera encore que dans l’œuvre de certains historiens, certains ouvrages sont traduits, alors que d’autres non. Le cas d’Anthony Grafton est particulièrement significatif. Ses ouvrages sur l’érudition, sur le faux, ont été publiés par de grands éditeurs parisiens, tandis que les volumes qu’il a consacrés à Jérôme Cardan ou à l’alchimie ne sont pas disponibles en français (Cardano’s Cosmos, Cambridge, Harvard University Press, 1999 ; avec William R. Newman, Secrets of Nature : Astrology and Alchemy in Early Modern Europe, Cambridge, MIT Press, 2001). Encore une fois, les éditeurs français recréent ainsi une frontière qui n’existe pas dans l’histoire sociale des sciences de langue anglaise. La publication récente de la traduction du livre de Burton, Anatomie de la mélancolie (José Corti, 2004) présenté par Jean Starobinsky, ou la traduction plus ancienne de l’étude de Raymond Kiblansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl, sur Saturne et la mélancolie (Gallimard, 1989, coll. « Bibliothèque des Histoires ») constituent des exceptions dont on peut espérer qu’elles marquent une évolution dans la façon de concevoir l’histoire des sciences.
Un certain nombre d’ouvrages récents permettent de comprendre les liens complexes, ou plutôt l’absence de séparation entre sciences occultes et sciences expérimentales au moment de la révolution scientifique. Steven Shapin est l’auteur d’une introduction tout à fait utile sur la formation des sciences modernes (La Révolution scientifique, Paris, Flammarion, 1996). L’ouvrage contient une excellente bibliographie commentée sur les travaux d’histoire des sciences. On lira aussi du même auteur, avec Simon Schaffer, Leviathan et la pompe à air, Paris, La Découverte, 1993, ainsi que le livre de Lorraine Daston et Katharine Park, Wonders and the Order of Nature : 1150-1750, New York, Zone Books, 2001.

Histoire de l’ésotérisme, France

Les travaux des historiens français ont donc paru soit dans des collections d’ésotérisme, soit dans des volumes consacrés à l’histoire des religions. Pourquoi ? Sans doute parce que, au départ, ces études ont été délaissées par les historiens des sciences. La lecture du volume de la Pléiade consacré à l’histoire des sciences illustre cette démarcation. Il n’y a pas de place dans cet ouvrage pour ces sujets (théosophie, etc.) qui sont renvoyés aux volumes d’histoire des religions. Les volumes dirigés par René Taton aux PUF confirment la volonté d’adhérer à l’image rationaliste de l’histoire des sciences. Cause ou résultat de cette attitude, la plupart des études consacrées à l’histoire de l’occultisme et de l’ésotérisme ont commencé par être le fait d’ésotéristes. Ainsi, l’entrée consacrée à l’occultisme dans l’Encyclopædia Universalis par René Alleau ou par Serge Hutin. Ce qui n’empêche pas ces travaux d’être à l’occasion intéressants. Ainsi, une remarque qui aurait dû être le fait d’historiens des sciences apparaît sous la plume de René Alleau dans sa préface au livre de Grillot de Givry Mages, Le Musée des sorciers, mages et alchimistes (Tchou, 1966). Alleau écrit justement :
« En langue française, au xxe siècle, aucune histoire sérieuse de l’astrologie n’a été publiée. On attend encore celle de l’alchimie. Malgré leurs mérites, les ouvrages de Seligman et de Ribadeau-Dumas sur la magie sont insuffisants. Le seul traité encyclopédique moderne qui ait été consacré aux rapports historiques entre la magie et les sciences expérimentales, six volumes publiés en ving-cinq ans par l’université de Columbia et que l’on doit à l’un des plus grands érudits de notre temps, Lynn Thorndike, n’a pas été traduit et il n’est connu que de rares spécialistes. Les remarquables recherches de Singer et de Needham ne sont pas moins généralement ignorées. Dans une publication universitaire française récente, une histoire générale des sciences depuis la préhistoire jusqu’à notre époque, c’est à peine si l’on a mentionné les théories et les pratiques de la magie et de l’astrologie. Sur les quatorze cent pages, moins d’une vingtaine leur ont été réservées et qui contiennent autant d’erreurs. De telles libertés avec la méthode historique n’étonnent pas quand les occultistes en abusent. Mais si d’éminents spécialistes ne s’en privent point afin de justifier leurs thèses rationalistes, elles nous surprennent et elles nous gênent. »
Lorsqu’un éditeur comme Albin Michel a lancé une collection consacrée à l’histoire de l’hermétisme, elle est codirigée par un historien, Antoine Faivre, et par un littéraire, Frédérick Tristan, et mélange auteurs universitaires et ésotéristes (précisons qu’il ne s’agit pas de rejeter des travaux qui seraient dus à des non-universitaires, il s’agit juste de discuter le mélange de travaux aux orientations différentes voire divergentes). La situation aurait pu se calmer avec le temps mais, au moment du rachat des éditions Dervy par Albin Michel, la collection s’est retrouvée, sans doute pour des questions de cohérence administrative peu soucieuses du contenu des ouvrages, parmi les collections ésotériques de Dervy, entretenant ainsi la confusion.
Le milieu académique français se trouve ainsi à la traîne, et même à contre-courant, d’un mouvement qui a profondément révolutionné l’histoire des sciences depuis plus de cinquante ans. La situation évolue lentement. Les travaux d’Antoine Faivre, un des principaux représentants de cette histoire de l’ésotérisme, témoignent de la démarginalisation de ce thème. Voici quelques-uns de ses titres dans une bibliographie abondante : L’Ésotérisme au xviiie siècle en France et en Allemagne, Paris, Seghers (« La Table d’émeraude »), 1973 ; L’Ésotérisme, Paris, PUF (« Que sais-je ? »), 1992 ; Accès de l’ésotérisme occidental, 2 vol., Paris, Gallimard, 1996 ; « Aspects de l’ésotérisme chrétien. xviiie siècle », dans Marie-Madeleine Davy (éd.), Encyclopédie des mystiques, Paris, Seghers, 1977, vol. 2, p. 306-367 ; « L’ésotérisme chrétien du xve au xxe siècle », dans Henri-Charles Puech (éd.), Histoire des religions, vol. 2, Paris, Gallimard (« Encyclopédie de la Pléiade »), 1972, p. 1304-1 362 (l’ouvrage a été réédité dans la collection « Folio Essais » en 1999, il comporte des corrections et une mise à jour de l’orientation bibliographique).
Tout un courant s’est formé autour d’un historien comme Faivre. Mentionnons les principaux ouvrages qui en sont issus :
- Corsetti (Jean-Paul), Histoire de l’ésotérisme et des sciences occultes, Paris, Larousse, 1992.
- Laurant (Jean-Pierre), L’Ésotérisme chrétien en France au xixe siècle, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1992.
- Laurant (Jean-Pierre), Le Regard ésotérique, Paris, Bayard, 2001.
- Riffart (Pierre. A.), L’Ésotérisme, Paris, Robert Laffont, 1990, (« Bouquins »).
- Servier (Jean), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, Paris, PUF, 1998.
- Sladek (Mirko), L’Étoile d’Hermès : fragments de philosophie hermétique, Paris, Albin Michel, 1993.
À noter que la majorité de ces travaux sont consacrés à l’histoire de l’ésotérisme et non à des domaines contemporains. Les quelques revues consacrées à ces questions en France, comme Aries (Archè), Crysopeia ou Politica Hermetica (L’Âge d’homme) privilégient aussi le plus souvent les formes historiques d’ésotérisme. Crysopeia est publiée par la Société pour l’histoire de l’alchimie et les éditions Archè. Politica Hermetica, qui vient de faire paraître son quatorzième numéro, est une revue annuelle où sont publiés les actes de différents colloques consacrés à l’histoire de l’ésotérisme et de l’occultisme. Le niveau est généralement excellent même si la présence de certains textes ou contributeurs peut surprendre ; ses sommaires mêlant souvent de remarquables études sociologiques et historiques à des réflexions d’acteurs de ces domaines, dont certains ont des parcours complexes (comme Alain de Benoist ou Alexandre Douguine). Comme s’il fallait donner une excuse supplémentaire aux universitaires qui rejettent ces questions. L’excellente revue Aries (Association pour la recherche et l’information sur l’ésotérisme, Éd. Archè/ » La Table d’émeraude »), dirigée notamment par Roland Edighoffer et Antoine Faivre, rend compte avec érudition des travaux en histoire de l’ésotérisme. La première revue dans le domaine fut La Tour Saint-Jacques, héritière de la série de la Revue métapsychique (IMI) éditée par Robert Amadou, à la fois ésotériste et historien de ce domaine. Dans cette revue se croisaient des passionnés d’ésotérisme et des historiens. Amadou fut aussi à l’origine de colloques à Royaumont et Saint-Paul-de-Vence dans les années cinquante où l’on pouvait croiser des parapsychologues, des occultistes et des historiens comme Mircea Eliade (encore que son statut pourrait être questionné : ésotériste ou historien ?) ou Ernesto De Martino2.

Histoire littéraire

La situation a évolué malgré tout. Sur deux fronts, celui de l’histoire littéraire et celui de l’histoire sociale des sciences. Pour trouver quelques études sur l’histoire de l’ésotérisme, c’est encore vers le domaine des études d’histoire littéraire qu’il faut se tourner. Comme si traités sous forme de littérature ces domaines perdaient de leur dangerosité.
- Pierssens (Michel), « Le syndrome des tables tournantes », Les Temps modernes, n° 528, juillet 1990 ; « Littérature et tables tournantes », Critique, tome XLII, n° 473, 1986, p. 999-1 015.
- Muray (Philippe), Le xixe siècle à travers les âges, Paris, Gallimard, 1999, (« Tel ») [Denoël, 1984]. Le roman vrai de l'occulto-socialisme comme religion du progrès.
- Vadé (Yves), L’Enchantement littéraire, Paris, Gallimard, 1990.

Histoire sociale des sciences

À l’opposé des études françaises d’histoire des sciences traditionnelles qui maintiennent un partage malgré l’évidence, certains historiens ont fait évoluer la discipline. Le premier à avoir osé mêler les deux domaines est l’historien des sciences Pierre Thuillier (Le Petit savant illustré, Paris, Seuil, 1980 ; Les Savoirs ventriloques ou comment la culture parle à travers la science, Paris, Seuil, 1983 ; La Revanche des sorcières : l’irrationnel et la pensée scientifique, Paris, Belin, 1997).
Plus récemment, l’émergence de la sociologie des sciences a permis la publication de certains travaux de langue anglaise. Ainsi, la première anthologie jamais parue en français de travaux d’histoire et de sociologie des sciences de langue anglaise, d’abord publiée sous la forme de deux anthologies autoéditées par l’association Pandore, et reprise à La Découverte sous une nouvelle version [Callon (Michel) et Latour (Bruno) éd., La Science telle qu’elle se fait : anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise, Paris, La Découverte, 1991] mêle des travaux sur les « vérités » scientifiques à d’autres sur les sciences rejetées (rejected sciences), études empruntées notamment à l’anthologie de Roy Wallis déjà citée.
Signalons une des rares études dirigée par des historiennes des sciences et consacrée à l’histoire de l’occulte : Bensaude-Vincent (Bernadette), et Blondel (Christine) éd., Les Savants face à l’occulte, 1870-1940, Paris, La Découverte, 2002, ainsi que :
- Méheust (Bertrand), Somnambulisme et médiumnité, 2 vol., Le Plessis-Robinson, Paris, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance / Seuil, 1998 (Les Empêcheurs de penser en rond)
- Méheust (Bertrand), Un voyant prodigieux : Alexis Didier, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2003
- Méheust (Bertrand), Cent mots pour comprendre la voyance, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2005
Signalons quelques autres ouvrages consacrés à l’histoire des sciences, à celle des rapports entre sciences et sociétés :
- Bensaude-Vincent (Bernadette), L’Opinion publique et la science, Paris, Institut d’édition Sanofy-Synthélabo, 2000 (Les Empêcheurs de penser en rond).
- Licoppe (Christian), La Formation de la pratique scientifique : le discours de l’expérience en France et en Angleterre (1630-1820), Paris, La Découverte, 1996.
- Rossi (Paolo), La Naissance de la science moderne en Europe, Paris, Seuil, 1999.
- Witkowski (Nicolas), Dictionnaire culturel des sciences, Éditions du Regard / Seuil, 2001. Il est le premier à prendre en compte la nouvelle histoire des sciences en contraste avec le très académique Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences dirigé par Dominique Lecourt (Paris, PUF, 1999).

Ethnologie de l’occulte

Plusieurs numéros spéciaux de revues d’anthropologie ont été publiés sur l’occulte et les parasciences depuis une quinzaine d’années. En 1990, la revue Terrain a consacré son numéro 14 à « L’incroyable et ses preuves ». Dirigé par Gérard Lenclud, il a accueilli des travaux sur les sorts, les apparitions de la Vierge, la communication avec les morts, les anges, la croyance médiévale, les soucoupes volantes. Au même moment, la revue Communications consacrait son numéro 51 aux « Rumeurs et légendes contemporaines » sous la direction de Véronique Camion-Vincent et Jean-Bruno Renard. On y trouvait aussi une série d’études sur les soucoupes volantes et sur la croyance (Bertrand Méheust). En 1993, un numéro d’Ethnologie française a été consacré au thème : « Sciences-parasciences : preuves et épreuves » (vol. 23, n° 3, septembre 1993, dirigé par Pierre Lagrange). Dix ans plus tard, un autre numéro de la même revue, dirigé par Christine Bergé, s’est penché sur le thème : « Voix, Visions, Apparitions ». La même année, Elisabeth Claverie publiait chez Gallimard son livre tant attendu sur les apparitions de la Vierge [Les Guerres de la Vierge, Paris, Gallimard (« Essais »), 2003].
Malgré toutes ces études on constate que les travaux sur l’occulte contemporain ont beaucoup de mal à s’affranchir de deux travers.
Premier travers : une nette tendance des travaux consacrés à des sujets ésotériques ou paranormaux à se concentrer sur des sujets « morts » et à délaisser tout ce qui est vivant, actuel. On commence à voir se multiplier les études sur le spiritisme du xixe siècle, mais les études sur la croyance aux soucoupes volantes ou la parapsychologie actuelle sont peu nombreuses, ou bien elles donnent lieu à de vives discussions sur la nécessité de « ne pas y croire », soupçonnant ceux qui s’y intéressent de sympathie coupable : voir notamment les débats entre Giordana Charuty et Bertrand Méheust dans la revue L’Homme, en 2003, ainsi qu’entre Paul Jorion et Wiktor Stockowski dans la même revue (comme si le problème le plus important n’était pas plutôt de cesser de croire aux sciences, un danger qui n’est jamais évoqué par les analystes). Si on relit l’article de M. de Certeau, D. Julia et J. Revel en se penchant sur les collections ésotériques on peut difficilement manquer l’actualité de leur propos.
L’autre travers, symétrique de celui qui implique la critique ou l’absence d’intérêt, est le fait de se focaliser sur les aspects nobles, savants de ces littératures. Ainsi, on va consacrer de passionnantes et parfois passionnées études à René Guénon, aux littératures alchimiques « savantes » dans des études qui marquent dans le même temps très nettement leurs distances avec les littératures parascientifiques « populaires » sur l’alchimie comme « super-science extraterrestre » ou sur la tradition comme savoir héritée d’une Atlantide supertechnologique ou apportée par des « dieux » extraterrestres. Que les acteurs du domaine ésotérique construisent des partages, cela se comprend aisément, que les historiens les reprennent à leur compte, voilà qui est plus problématique.

Histoire et sociologie des religions et des sectes

Dans la foulée de toute une série de travaux parus dans les années soixante-dix sur les sectes, le Nouvel Âge et l’Occult Revival des années soixante, des études de sociologie des religions se sont développées. En France, on ne retient bien souvent de ces travaux que le livre de Harvey Cox, L’Appel de l’Orient et les essais d’Eliade sur l’occulte et le monde contemporain.
En fait, on peut considérer l’ouvrage de Leon Festinger, Henry Riecken, Stanley Schachner, L’Échec d’une prophétie, Paris, PUF, 1993 (la version originale est parue en 1956), comme une borne dans ce domaine. Il s’agit d’une étude sur un groupe d’Américains « en contact » avec les extraterrestres, qui attendaient la fin du monde pour l’automne 1954 : c’est le récit des avatars d’une des premières sectes soucoupiques.
Par la suite, des auteurs comme Brian Wilson (Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970) ou Roy Wallis ont commencé à se pencher sur des phénomènes contemporains des sectes, comme la dianétique et la scientologie [Wakllis (Roy), The Road to Total Freedom : A Sociological Analysis of Scientology, New York, Columbia University Press, 1977 ; « The Aetherius Society : A Case Study in the Formation of a Mystagogic Congregation », The Sociological Review, vol. 22, n° 1, 1974, p. 27-44].
En France, toute un courant est apparu dans le sillage des travaux de Danièle Hervieu-Léger et Françoise Champion. On est alors à la croisée des chemins entre les études sur les sectes et les études sur le Nouvel Âge.
- Champion (Françoise) et Hervieu-Léger (Danièle), De l’émotion en religion : renouveau et traditions, Paris, Centurion, 1990.
- Champion (Françoise) et Cohen (Martine) dir., Sectes et démocratie, Paris, Seuil, 1999.
- Hervieu-Léger (Danièle) avec la collab. de Champion (Françoise), Vers un nouveau christianisme : introduction à la sociologie du christianisme occidental, Paris, Cerf, 1986.
- Hervieu-Léger (Danièle), La Religion en miettes ou la question des sectes, Paris, Calmann-Lévy, 2001.

Les différents domaines de l’ésotérisme et de l’occulte

Intéressons-nous maintenant aux différents thèmes qui constituent le vaste domaine de l’ésotérisme et du paranormal afin de lister les principales études qui leur ont été consacrées.

Astrologie et divination

L’astrologie et la divination font partie, avec l’alchimie, des sujets à propos desquels on dénombre le plus d’études historiques. Elle ont suscité d’importantes analyses (malgré certains jugements de valeur déplacés), dès la fin du xixe siècle, notamment par A. Boucher-Leclerq (Histoire de la divination dans l’Antiquité, Jérôme Million, 2003 ; L’Astrologie grecque, Paris, 1899, rééd., Bruxelles, 1963). Mais ces analyses deviennent caricaturales lorsqu’il s’agit de traiter l’époque actuelle [voir, par exemple : Adorno (Theodor), Des étoiles à terre, Paris, Exiles Éditeur, 2000]. Anthony Grafton a justement critiqué ce manque de méthode dans l’introduction de Secrets of Nature (op. cit.). Exception notable, l’étude de Jacques Maître parue dans Diogène en 1963 (« La consommation d’astrologie dans la France contemporaine »), et celle de Philippe Defrance, Claude Fischler, Edgar Morin, et Lena Petrossian, Le Retour des astrologues : diagnostic sociologique, édité par les Cahiers de l’Obs, 1971, Cahier n° 3. Signalons pour l’histoire de l’astrologie antique les travaux de Jean Bottero, (« L’Astrologie est née en Mésopotamie », L’Histoire, n° 141, février 1991 ; Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux, Paris, Gallimard, 1987). L’astrologie – tant décriée aujourd’hui comme une forme d’irrationnel et de pensée magique préscientifique – correspond historiquement aux premières manifestations de la pensée scientifique. Signalons aussi, pour l’histoire de la divination antique, l’ouvrage dirigé par Jean-Pierre Vernant, Divination et Rationalité, Paris, Seuil, 1974, dans lequel on retrouve une contribution de Bottero.
Pour l’histoire de l’astrologie à la Renaissance, on se reportera aux travaux d’Eugenio Garin (Moyen Âge et Renaissance, Paris, Gallimard, 1969 ; Le Zodiaque de la vie : polémiques antiastrologiques à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 1991). Pour la France moderne l’ouvrage de Hervé Drévillon est incontournable [Lire et écrire l’avenir : l’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610-1715), Seyssel, Champ Vallon, 1996]. Cette étude, qui prend en compte l’évolution récente des travaux sur l’astrologie en histoire des sciences et des mentalités, permet de comprendre pour quelles raisons culturelles et politiques – et non pas scientifiques – l’astrologie a été disqualifiée au xviie siècle.
Dès qu’il s’agit de la place de l’astrologie chez les fondateurs de la science moderne, les travaux en français se font rares, à l’exception notable de l’étude classique de Gérard Simon sur Kepler (Kepler astronome astrologue, Paris, Gallimard, 1979) qui déploie tout de même des trésors d’analyse pour séparer l’astrologie et l’astronomie keplérienne, parce qu’elles ne relèveraient pas, selon l’historien, des mêmes catégories cognitives. Autre exception notable : Pierre Thuillier, « Le temps des astrologues », L’Histoire, n° 55, avril 1983. Pierre Thuillier y prône une attitude nuancée qui tienne compte de l’histoire des débats qui ont entouré cette discipline considérée naguère comme un savoir légitime.
Et lorsque certains travaux de langue anglaise sur l’histoire des ramifications contemporaines de la discipline sont traduits, c’est pour paraître chez un éditeur ou dans des collections d’ésotérisme et passer ainsi totalement inaperçus de la critique. C’est le cas de l’important ouvrage de Ellic Howe, Le Monde étrange des astrologues, qui traite notamment de la place de l’astrologie pendant la guerre [Paris, Robert Laffont (« Les énigmes de l’univers »), 1968]. C’est aussi le cas d’un livre regroupant des essais de Patrick Curry, N. Campion et Jacques Halbronn, La Vie astrologique il y a cent ans, Paris, Guy Trédaniel /La Grande Conjonction, 1995. Jacques Halbronn est un astrologue devenu historien de sa discipline. On lui doit d’intéressantes contributions à l’histoire de l’astrologie au XXe siècle, notamment : La Vie astrologique, années trente-cinquante : de Maurice Privat à Dom Néroman, Paris, Guy Trédaniel/La Grande Conjonction, 1995. Patrick Curry est l’auteur ou le compilateur d’études d’histoire des sciences sur l’astrologie (notamment Astrology, Science and Society : Historical Essays, Woodbridge, The Boydell Press, 1987).
Dans le domaine de l’épistémologie, signalons l’ouvrage de Paul Feyerabend, Dialogues sur la connaissance, Paris, Seuil (« Science ouverte »), 1996. Dans ce dynamique dialogue imaginaire, le célèbre philosophe défait les arguments rationalistes opposés à l’astrologie. Le lecteur n’en devient pas pour autant partisan de l’astrologie mais saisit mieux les nuances qu’il convient d’apporter à la discussion lorsqu’il s’agit de traiter de la scientificité des savoirs.
L’épistémologie de Karl Popper utilise souvent l’astrologie comme exemple de discours imperméable à la critique et formulé de telle façon qu’il ne se prête pas à la réfutation. En réponse aux arguments de Popper, Thomas Kuhn montre, dans un article intitulé « Logique de la découverte ou psychologie de la recherche ? » (dans La Tension essentielle, Paris, Gallimard, 1990), que l’astrologie est moins non scientifique qu’on le croit ; il compare notamment, pour une même époque, la façon dont deux savoirs aussi fragiles au départ, astrologie et météorologie, ont abouti à l’exclusion de l’un et à l’admission de l’autre au sein des sciences. Indice clair du fait que l’exclusion de l’astrologie est certainement due à des arguments autres que scientifiques.

Nostradamus

Nostradamus s’est vu consacrer un certain nombre d’études érudites depuis une vingtaine d’années mais on notera avec intérêt que ces études ont débuté dans le cadre d’associations d’amateurs où se côtoyaient des universitaires, des érudits et des auteurs de livres ésotériques comme Serge Hutin. Ainsi de la série des Cahiers Nostradamus, dirigée par Michel Chomarat (six numéros parus entre 1984 et 1988, publiés par l’association des Amis de Nostradamus).
Signalons toute une série d’études écrites par des amateurs érudits ou par des universitaires et qui permettent de replacer Nostradamus dans son contexte.
- Amadou (Robert) éd., L’Astrologie de Nostradamus, Poissy, ARRC. Très intéressante collection de travaux consacrés à Nostradamus avec notamment la traduction française de lettres adressées au médecin-astrologue ou rédigées par lui pour ses clients (publiées en latin par Jean Dupèbe, Nostradamus, lettres inédites, Genève, Droz, 1983). Malheureusement diffusé de façon confidentielle.
- Benazra (Robert), Répertoire chronologique nostradamique (15451989), Paris, La Grande Conjonction / Guy Trédaniel, 1990. Ce livre de près de sept cents pages recense les nombreuses rééditions des prophéties de Nostradamus et les ouvrages consacrés au célèbre astrophile entre 1555 et 1989. Incontournable.
- Brind’amour (Pierre), Nostradamus astrophile, Ottawa-Paris, Presses de l’université d’Ottawa / Éditions Klincksieck, 1993. L’historien québécois, trop tôt disparu, restitue la place de Nostradamus dans le contexte du travail de l’astrologue du xvie siècle.
- Chevignard (Bernard), Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999. Nostradamus n’est pas simplement l’auteur des Prophéties. Il a aussi rédigé des présages dans le cadre de ses almanachs et pronostications annuels. Recueillis en 1589 par Jean-Aimé de Chavigny, le secrétaire de Nostradamus, ils sont aujourd’hui réédités et accompagnés d’une analyse très sérieuse de Bernard Chevignard.
- Chomarat (Michel), avec la collaboration de Laroche (Jean-Paul), Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden & Bouxwiller, Éditions Valentin Koerner, 1989. Le spécialiste lyonnais et collectionneur de documents nostradamiques, Michel Chomarat, y établit une liste de plus de quatre cents éditions des différents ouvrages de Nostradamus parus entre le xvie et le xviiie siècles. Difficile à se procurer et d’un coût prohibitif mais indispensable.
- Chomarat (Michel), Dupèbe (Jean) et Polizzi (Gilles), Nostradamus ou le savoir transmis, Lyon, Éditions Michel Chomarat, 1997. Une série d’études sérieuses sur le mage et tout particulièrement une estimation du contenu de la bibliothèque de l’astrophile.
- Dumézil (George), « … Le moine noir en gris dedans Varennes » : sotie nostradamique…, Paris, Gallimard, 1984. Exercice de « physique seconde » à propos du quatrain des Prophéties censé évoquer la fuite de Louis XVI à Varennes par le célèbre spécialiste des études indo-européennes.
- Halbronn (Jacques), Prophetica Judaica Aleph : documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Éditions Ramkat, 2002. Cette étude importante et controversée de Halbronn est suivie d’une série de « documents nostradamiques » tels que les Trois épitres pour l’An 1557 de Nostradamus, Les Prophéties dédiées à la puissance divine d’Antoine Crespin, dit Archidamus ou encore les Prophéties présentées au Roy Henry le Grand par Noël Léon Morgard.
- Leroy (Edgar), Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre. Nouvelle édition corrigée et annotée, Marseille, Laffitte Reprints, 1999.
- Prévost (Roger), Nostradamus, le mythe et la réalité : un historien au temps des astrologues, Paris, Robert Laffont, 1999.

Alchimie

On peut faire sur l’alchimie les mêmes remarques que sur l’astrologie : respectable sous sa forme historique, elle est méprisée sous sa forme actuelle.
Le gros volume dirigé par Michel Blay et Robert Halleux (La Science classique. xvie-xviie siècles : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1998) contribue à changer un peu les mentalités mais, à lire certaines de ses contributions, on se demande s’il s’agit d’un mouvement volontaire ou contraint. En effet, lorsqu’ils évoquent le rôle de l’alchimie dans l’œuvre de savants comme Newton, un sujet qui a émergé après la publications de l’article célèbre de John Maynard Keynes (voir infra) et de travaux comme ceux de Teeter Dobbs, les auteurs ne manquent pas d’expliquer que ces faits étaient connus depuis longtemps. Mais pourquoi alors avoir tant tardé à le dire ?
Il existe de nombreuses études en français sur l’histoire de l’alchimie, pour la plupart assez anciennes. Mais si l’on veut échapper au cliché d’une histoire de la chimie pensée comme une rationalisation de l’alchimie on se reportera au livre de Bernadette Bensaude-Vincent et Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, Paris, La Découverte, 1993.
Pour des études de cas, voir Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier, Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993, et Michel Bougard, La Chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols, 1999.
L’image choquante pour nous d’un Newton alchimiste, longtemps cachée, a pourtant éclaté après-guerre grâce au rachat par l’économiste John Maynard Keynes d’une collection de manuscrits alchimiques de Newton, rachat suivi de la publication d’un article retentissant en anglais mais ignoré ici. Grâce à la revue Alliage, fondée par Jean-Marc Lévy-Leblond, un des rares physiciens français à prendre au sérieux l’histoire sociale des sciences et les épistémologues contestataires comme Feyerabend, l’article de Keynes est aujourd’hui disponible en français : « Newton le dernier des alchimistes », Alliage, n° 22, printemps 1995. On décrit souvent Isaac Newton comme « le plus grand et le premier scientifique des Temps modernes ». Et s’il avait plutôt été le dernier des représentants d’une vision du monde préscientifique, le dernier magicien ? Ce texte remet en fait en question de façon efficace notre vision du progrès scientifique partagée entre les Lumières et l’obscurantisme. Newton appartenait aux deux mondes.
Un intéressant article d’Isabelle Stengers sur Newton (« Newton redécouvert », dans La Mort de Newton, Paris, Maisonneuve et Larose, 1996, p. 133-143) permet de récapituler le débat qui oppose les historiens autour de l’alchimie de Newton.
On dispose aussi désormais de la biographie monumentale de Westfall qui révolutionne les connaissances sur Newton [Westfall (Robert N.), Newton, Paris, Flammarion, 1994], et à laquelle on peut ajouter : Verlet (Loup), La Malle de Newton, Paris, Gallimard, 1993. Il s’agit de la fameuse malle rachetée par John Maynard Keynes et dans laquelle se trouvaient les manuscrits alchimiques de Newton. Dans un scénario écrit pour une fiction télévisée, qui n’a jamais été tourné, Isabelle Stengers imagine les raisons profondes de la dispute entre Newton et Leibniz (La Guerre des sciences aura-t-elle lieu ? Scientifiction, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2001).
Il n’existe rien en français sur la sociologie ou l’anthropologie de l’alchimie. Personne n’a pris la peine d’étudier ces milieux très secrets et d’en faire une ethnographie. Seule exception, un petit article de Pierre Thuillier, « Petit vade-mecum de l’alchimiste du xxe siècle », La Recherche, n° 29, décembre 1972. L’historien Pierre Thuillier présente l’alchimie telle qu’elle a survécu dans notre xxe siècle, loin du moment historique où elle était une forme de connaissance légitime. Ce n’est pas d’hier.

Histoire parallèle et archéologie fantastique

Le domaine des histoires et archéologies parallèles offre un champ d’étude vaste et riche. Pourtant, lorsque les historiens s’y intéressent c’est plus pour défendre leur discipline contre les pseudo-historiens que pour faire l’histoire sociale de ces courants. Mais, comme le remarquait Daniel Milo à propos de la question de l’an mil, les sujets comme l’Atlantide ou les pistes de Nazca sont des sujets pour le sociologue ou l’historien du monde contemporain et non pour l’archéologue ou l’historien de l’Antiquité.
La première étude en français qui prenne au sérieux les thèses des archéologues parallèles est celle de Wiktor Stoczkowski, Des hommes, des dieux et des extraterrestres : ethnologie d’une croyance moderne, Paris, Flammarion, 1999. On pourra y ajouter une étude antérieure : Stoczkowski (Wiktor), « Origines de l’homme : quand la science répète le mythe », La Recherche, n° 244, juin 1992. Sur l’imaginaire archéologique, voir enfin : Poulot (Dominique) et Voisenat (Claudie) dirs., L’Imaginaire archéologique, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, à paraître.
Parmi les nombreux thèmes qui relèvent d’une archéologie parallèle, prenons l’exemple de l’Atlantide. L’existence supposée de ce continent disparu a suscité de nombreux commentaires s’agissant de Platon, mais beaucoup moins concernant les controverses contemporaines, les auteurs étant surtout occupés à découvrir le noyau des faits sous la légende, trait commun aux passionnés d’archéologie fantastique comme aux archéologues « officiels ». Exception notable, les travaux de l’historien Pierre Vidal-Naquet, et notamment son livre L’Atlantide (Paris, Les Belles Lettres, 2005). On pourra consulter aussi quelques autres études de l’historien parues dans Le Chasseur noir (Paris, La Découverte, 1991 [Paris, Maspero, 1981]) ou dans La Démocratie grecque vue d’ailleurs : essais d’historiographie ancienne et moderne (Paris, Flammarion, 1990). Signalons enfin : « Le mythe de l’Atlantide », L’Histoire, n° 111, mai 1988. Dans cet entretien, Pierre Vidal-Naquet révèle un aspect insolite de son travail : son intérêt pour l’Atlantide. Occasion pour l’historien de discuter les rapports entre science et idéologie à travers l’usage nationaliste de la légende platonicienne.
Plus récemment, un livre de Chantal Foucrier, Le Mythe littéraire de l’Atlantide 1800-1939 : l’origine et la fin, Grenoble, Ellug, 2004, vient combler une lacune.

À propos du catharisme

Sur l’exemple du catharisme, on trouvera quelques pistes de recherche dans une série de travaux consacrés aux réécritures de l’histoire du catharisme.
- Catharisme : l’édifice imaginaire, Actes du 7e colloque du Centre d’études cathares / René Nelli, Carcassonne, 29 août-2 septembre 1994. Présentés par Jacques Berlioz et Jean-Claude Hélas, Heresis, « collection d’histoire des dissidences ».
- Cathares : au-delà des mystères…, Nice, Éditions SPH, 2003 (sous la direction du magazine Les Temps médiévaux). Il s’agit en fait de la reprise d’une partie des articles parus dans les actes du colloque « Catharisme : l’édifice imaginaire ».
- « Historiographie du catharisme », Cahiers de Fanjeaux, n° 14, Toulouse, Éditions Privat, 1979.
- Martel (Philippe), Les Cathares et l’histoire : le drame cathare devant les historiens (1820-1992), Toulouse, Privat, 2002.

Anomalies scientifiques

Dans le domaine de la sociologie des sciences, les études ont moins porté sur les parasciences, sur des disciplines aux marges de la science, que sur les phénomènes rejetés, les anomalies scientifiques, et la question de leur rejet ou non hors des sciences. Dans ce domaine, il faut mentionner les études du sociologue américain Ron Westrum, pionnier du domaine : « Social Intelligence About Anomalies : The Case of UFOs », Social Studies of Science, vol. 7, 1977, p. 271-302 ; « Science and Social Intelligence About Anomalies : The Case of Meteorites », Social Studies of Science, vol. 8, 1978, p. 462-486 ; « Knowledge About Seaserpents » dans Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit., p. 293-314 ; « Sasquatch and Scientist : Reporting Scientific Anomalies », dans Halpin (Marjorie) et Ames (Michael M.), Manlike Monsters on Trial : Early Records and Modern Evidence, Vancouver / London, University of British Columbia Press, 1980, p. 27-36 ; « Social Intelligence About Hidden Events : Its Significance for Scientific Research and Social Policy », Knowledge : Creation, Diffusion, Utilization, vol. 3, n° 3, March 1982, p. 381-400.
Parmi les phénomènes étranges, citons également les combustions spontanées. Signalons l’une des rares études ethnologiques sur ce sujet (la seule ?) : Voisenat (Claudie), « Feux d’entrailles : alcool, corps-alambic et combustions spontanées », Terrain, n° 19, octobre 1992, p. 17-38.

Parapsychologie

Une « parascience » a suscité plus d’études que d’autres, il s’agit de la parapsychologie. La raison en est simple : il ne s’agit pas, malgré ce que voudraient laisser croire les auteurs rationalistes, d’une parascience – donc constituée en marge des sciences acceptées –, mais d’une discipline scientifique, c’est-à-dire disposant de chercheurs, de laboratoires, de publications, de colloques, d’une association membre de l’AAAS. Les controverses dont elle est l’objet ne sont d’ailleurs pas à proprement parler scientifiques mais reflètent les débats qui l’opposent à des milieux rationalistes, plus proches par leur façon de fonctionner des groupes d’action citoyenne que des institutions savantes. Ainsi, les scientifiques qui interviennent contre la parapsychologie ne le font-ils pas en tant que chercheurs mais en tant que rationalistes, militants, citoyens. Avant de donner des références consacrées à cette discipline, rappelons l’un des travaux importants pour resituer ce domaine par rapport à l’histoire de la psychologie et de la psychiatrie : Ellenberger (Henri), Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard, 1993.
- Collins (Harry M.) et Pinch (Trevor J.), Frames of Meaning : The Social Constuction of Extraordinary Science, London, Routledge & Kegan Paul, 1982.
- Collins (Harry M.) et Pinch (Trevor J.), « En parapsychologie, rien ne se passe qui ne soit scientifique », dans Callon (Michel) et Latour (Bruno) éd., La Science telle qu’elle se fait, op. cit., p. 297-343.
- Edelman (Nicole), Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France, 1785-1914, Paris, Albin Michel, 1995.
- Méheust (Bertrand), Somnambulisme et médiumnité, 2 vol., Le Plessis-Robinson / Paris, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance / Seuil, 1998 (Les Empêcheurs de penser en rond), op. cit.
- Pinch (Trevor J.), « Normal Explanations of the Paranormal : The Demarcation Problem and Fraud in Parapsychology », Social Studies of Science, vol. 9, 1979, p. 329-348.
- Pinch (Trevor J.) et Collins (Harry M.), « Private Science and Public Knowledge : the Committe for the Scientific Investigation of the Claims of the Paranormal and Its Use of the Literature », Social Studies of Science, vol. 14, n° 4, November 1984, p. 521-546.
- Stengers (Isabelle), « Conditions pour une histoire », Ethnologie française, vol. 23, 1993 (spécial « Science-parascience »). Quelles sont les conditions posées par la science pour cesser de discuter la question de la réalité des phénomènes parapsychologiques ? Et quelles sont les conditions réelles qui pourraient conduire à mettre fin à cette contestation de la réalité ?
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit.
- Wallis (Roy), « Science and Pseudoscience », Social Science Information, vol. 24, n° 3, September 1985, p. 585-601.

Ovnis

Les controverses sur les ovnis ont suscité aussi quelques études. Tout d’abord, une bibliographie indispensable : Eberhart (George M.), UFOs and the Extraterrestrial Contact Movement : A Bibliography, 2 vol., Metuchen, N.J. & London, The Scarecrow Press, 1986 (les thèses, les articles de sociologie, etc., y sont recensés. Au total plus de quinze mille références).
La première étude sociologique sur le phénomène, ou tout au moins l’étude pionnière, est celle de Robert Hall, ancien directeur du département de sociologie de l’University of Illinois. Elle a paru sous la forme d’un chapitre de l’ouvrage sur les ovnis publié sous la direction de Carl Sagan et Page Thornton, UFO’s : A Scientific Debate, Ithaca, N.Y., Cornell University Press, 1972 (réed. : New York, W.W. Norton & Company, 1974). Il s’agit des actes d’un colloque de l’American Association for the Advancement of Science (Association américaine pour l’avancement des sciences) qui s’est tenu à Boston en 1969. Un autre ouvrage, dirigé par Richard F. Haines, UFO Phenomena and the Behavioral Scientist, (Metuchen, NJ, The Scarecrow Press, 1979), comprend notamment des études de sociologues, dont celles de Westrum déjà citées.
Je me permets de renvoyer à quelques-uns de mes propres travaux sur ce sujet : Lagrange (Pierre), « Enquêtes sur les soucoupes volantes », Terrain, n° 14, mars 1990, p. 92-112 ; « L’affaire Kenneth Arnold », Communications, n° 52, octobre 1990, p. 283-309 ; « La science et l’irrationnel, le cas des ovnis », dans L’État des sciences et des techniques, Witkowski (Nicolas) dir., Paris, La Découverte, 1991, p. 112-114.

Médecines parallèles

La délicate question des médecines parallèles a suscité quant à elle de nombreuses études qui se sont surtout concentrées sur les médecines traditionnelles « populaires ». On retiendra, dans une abondante bibliographie, quelques travaux récents :
- Nathan (Tobie) et Stengers (Isabelle), Médecins et sorciers, manifeste pour une psychopathologie scientifique : le médecin et le charlatan, Le Plessis-Robinson, Synthélabo, 1995 (Les Empêcheurs de penser en rond). Tobie Nathan a publié plusieurs ouvrages chez Odile Jacob. L’Influence qui guérit vient de reparaître en poche.
- Pignarre (Philippe), Les Deux médecines : médicaments, psychotropes et suggestion thérapeutique, Paris, La Découverte, 1995.
- Zimmerman (Francis), Généalogie des médecines douces : de l’Inde à l’Occident, Paris, PUF, 1995.
Sur un thème un peu décalé, celui de la mémoire de l’eau, l’une des meilleures analyses est due à un journaliste scientifique : de Pracontal (Michel), Les Mystères de la Mémoire de l’eau, Paris, La Découverte, 1990.

Les rationalistes

Il reste un thème lié à celui des parasciences qui n’est pas étudié, c’est celui des rationalistes. Comment peut-on étudier les controverses sur les parasciences sans décrire le rôle des rationalistes et leur épistémologie, leur « logique de la recherche scientifique » ?
L’étude la plus remarquable sur la logique du discours rationaliste est sans doute celle de Trevor J. Pinch et Harry M. Collins, « Science privée et connaissance publique : le csicop et son usage de la littérature », dans Ethnologie française « Science-parascience : preuves et épreuves », septembre 1993. Lorsqu’ils contestent les parapsychologues et les astrologues, les rationalistes font appel à une rhétorique de la science très efficace. Ils évoquent notamment cette extraordinaire méthode scientifique qui, à partir d’un test, permet de valider ou d’invalider les théories (para) scientifiques. Mais que se passerait-il si, au lieu de se contenter d’en parler, les rationalistes devaient mettre en pratique leur définition de la science ? Il se passerait ce qui est arrivé aux rationalistes américains qui ont cru que leur discours sur la méthode était le reflet de la vraie vie des sciences. Dans ce texte unique en son genre, Pinch et Collins décrivent et analysent les déboires des rationalistes qui ont cru naïvement que la science fonctionnait comme dans les manuels.
L’historienne et philosophe Bernadette Bensaude-Vincent a consacré un ouvrage à l’un des fondateurs du rationalisme contemporain, Paul Langevin. (Langevin : science et vigilance, Paris, Belin, 1987).

Le Nouvel Âge

Le phénomène du Nouvel Âge a suscité des études dès son apparition, tant et si bien qu’on ne sait plus parfois si ces études ont analysé le problème ou contribué à le produire (comme le célèbre livre de Marilyn Ferguson). Il est aussi souvent difficile de faire la différence chez un même auteur entre la posture du sociologue et celle d’acteur des controverses. Ainsi, en France, le seul ouvrage un peu synthétique sur le Nouvel Âge est-il dû à l’ancien porte-parole de l’épiscopat, Jean Vernette. Là encore, on note une nette différence entre le domaine français et les études de langue anglaise. En France, les travaux sont rares sur ces sujets ou bien se concentrent sur la question des sectes.
- Cox (Harvey), L’Appel de l’Orient, Paris, Seuil, 1979. op. cit.
- Durand (Jean-Yves), « Des Lumières aux “illuminés” ? Le regain des ésotérismes », dans Bromberger (Christian) dir., Passions ordinaires : du match de football au concours de dictée, Paris, Bayard éditions, 1998, 499-521.
- Eliade (Mircea), « L’occulte et le monde moderne », dans Eliade (Mircea), Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, Paris, Gallimard, 1978, p. 65-92.
- Hanegraaf (Wouter J.), « Nouvel Âge », dans Servier (Jean), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, op. cit., p. 942-946.
- Hanegraaf (Wouter J.), New Age Religion and Western Culture : Esotericism in the Mirror of Secular Thought, Leyde / New York / Cologne, Royal E.J. Brill, 1996.
- Kerr (Howard) et Crow (Charles L.) eds., The Occult in America : New Historical Perspectives, Urbana / Chicago, University of Illinois Press, 1986.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Magic, Witchcraft, and Paganism in America : a Bibliography, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1982.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Bibliographical Dictionary of American Cult and Sect Leaders, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1986.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Encyclopedic Handbook of Cults in America, New York & London, Garland Publishing, Inc., 1986.
- Tiryakian (Edward A.) ed., On the Margin of the Visible : Sociology, the Esoteric, and the Occult, New York, John Wiley & Sons, 1974.
- Truzzi (Marcello), « The Occult Revival as Popular Culture : Some Random Observations on the Old and the Nouveau Witch », The Sociological Quarterly, vol. 13, n° 1972, p. 16-36.
- Vernette (Jean), Le New Age, Paris, PUF, 1993.
- Wallis (Roy) ed., On the Margins of Science : The Social Construction of Rejected Knowledge, op. cit.

Les sectes

Le phénomène des sectes ou des nouveaux mouvements religieux est aussi le sujet d’une bibliographie abondante. On retiendra ici quelques titres parmi les plus importants.
- Wilson (Brian R.), Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970.
Dans cet ensemble vaste, un certain nombre de travaux ont été consacrés aux « contactés » :
- Festinger (Leon), Riecken (Henry W.) et Schachter (Stanley), When Prophecy Fails, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1956. Tr. fr. : L’Échec d’une prophétie, op. cit.
Les travaux de Balch et Taylor ont connu un grand retentissement au moment de leur première publication. Ils avaient étudié de l’intérieur le groupe de Bo et Peep qui est devenu tristement célèbre au moment du suicide collectif de ses membres lors du passage de la comète Hale-Bopp.
- Balch (Robert W.) et Taylor (David), « Seekers and Saucers : The Role of the Cultic Milieu in Joining a UFO Cult », American Behavioral Scientist, vol. 20, n° 6, July-August 1966, p. 839-860.
- Balch (Robert W.) et Taylor (David), « Le culte des ovnis », Psychologie, n° 85, février 1977, p. 35-38, 40-41.
D’autres chercheurs se sont penchés sur les contactés. C’est le cas de David Stupple, de Roy Wallis et de David Swift, de l’université de Hawaï qui s’est à la fois intéressé aux contactés et à la sociologie des chercheurs impliqués dans le programme Seti (Search for extraterrestrial intelligence).
- Stupple (David) et McNeece (William), « Contactees, Cult, and Culture », MUFON Symposium Proceedings, 1979, p. 47-61.
- Stupple (David) et Dashti (Abdollah), « Flying Saucers & Multiple Realities : A Case Study in Phenomenological Theory », Journal of UFO Studies, vol. 2, 1980, p. 21-32.
- Swift, (David W.), « Scientist’s Selection of New Research Topics : UFOs vs SETI », Journal of UFO Studies, vol. 3, 1983, p. 62-75.
- Wallis (Roy), « The Aetherius Society : A Case Study in the Formation of a Mystagogic Congregation », The Sociological Review, vol. 22, n° 1, 1974, p. 27-44.
- Wallis (Roy), The Road to Total Freedom : A Sociological Analysis of Scientology, New York, Columbia University Press, 1977.
Il faut rajouter à cette liste le nom de Marcello Truzzi qui s’est penché sur le phénomène de l’Occult Revival des années soixante.
- Truzzi (Marcello) ed., Sociology and Everyday Life, Englewood Cliffs, N.J., Prentice Hall, 1968.
- Truzzi (Marcello), « The Occult Revival as Popular Culture : Some Random Observations on the Old and the Nouveau Witch », The Sociological Quarterly, vol. 13, n° 1972, p. 16-36. Texte repris dans Tiryakian (Edward A.) ed., On the Margin of the Visible : Sociology, the Esoteric, and the Occult, New York, John Wiley & Sons, 1974, op. cit.
J. Gordon Melton a apporté à ce domaine sa connaissance encyclopédique des mouvements religieux contemporains.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Magic, Witchcraft, and Paganism in America : a Bibliography, op. cit.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Bibliographical Dictionary of American Cult and Sect Leaders, op. cit.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Encyclopedic Handbook of Cults in America, op. cit.
Ces auteurs définissent donc un champ qui couvre les pratiques spirituelles issues de la modernité.

Sur l’ésotérisme au xxe siècle

Nous avons donné plus haut un certain nombre de références de travaux français consacrés à l’histoire de l’ésotérisme. Il existe bien sûr de nombreux travaux en langue anglaise. Voici deux titres dus à un érudit amateur, James Webb, documentés mais critiques : The Flight From Reason, London, MacDonald, 1971 (volume I of The Age of the Irrational) ; The Occult Establishment, Glasgow, Richard Drew Publishing, 1981 (volume II of The Age of Irrational).
Une partie de ces travaux concerne l’histoire des liens supposés entre nazisme et occultisme. C’est Le Matin des magiciens qui a popularisé l’idée mais elle remonte avant-guerre (notamment au petit livre de Saby). Nicholas Goodrick-Clarke a écrit un ouvrage important sur ce thème, Les Racines occultistes du nazisme, (Puiseaux, Pardès, 1989, trad. française de The Occult Roots of Nazism, Londres, Aquarian Press, 1985), qui contient un appendice consacré à la littérature qui a fleuri à partir du Matin des magiciens. L’édition allemande comporte en outre une annexe bibliographique très complète due à Hans Thomas Hakl, qui recense les sources liées à la connexion nazisme-occultisme. Cette annexe a été traduite en anglais par Goodrick-Clarke et publiée sous le titre : Unknown Sources : National Socialism and the Occult (Edmond, Wa, Holmes Publishing Group, 2000). En France, conformément à la règle que nous avons énoncée au début, ce travail universitaire à été ignoré par les éditeurs académiques. Il a donc été publié dans une édition par ailleurs très soignée, chez un éditeur d’extrême droite, Pardès.
Signalons enfin, de Jocelyn Godwin, l’ouvrage intitulé Arktos. Le mythe du pôle dans les sciences, le symbolisme et l’idéologie nazie, Milan, Archè, 2000.

Notes

1 Le terme « pseudoscience » renvoie en fait le plus souvent aux savoirs qui ont précédé l’apparition de la science expérimentale au xviie siècle, autrement dit la philosophie occulte. C’est la revue d’histoire des sciences Isis qui regroupe ces domaines sous l’expression « pseudosciences ».
2 Voir chapitre I.
© Éditions de la Bibliothèque publique d’information, 2005
Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Lire

Open access

Acheter

ui est devenu tristement célèbre au moment du suicide collectif de ses membres lors du passage de la comète Hale-Bopp.
- Balch (Robert W.) et Taylor (David), « Seekers and Saucers : The Role of the Cultic Milieu in Joining a UFO Cult », American Behavioral Scientist, vol. 20, n° 6, July-August 1966, p. 839-860.
- Balch (Robert W.) et Taylor (David), « Le culte des ovnis », Psychologie, n° 85, février 1977, p. 35-38, 40-41.
D’autres chercheurs se sont penchés sur les contactés. C’est le cas de David Stupple, de Roy Wallis et de David Swift, de l’université de Hawaï qui s’est à la fois intéressé aux contactés et à la sociologie des chercheurs impliqués dans le programme Seti (Search for extraterrestrial intelligence).
- Stupple (David) et McNeece (William), « Contactees, Cult, and Culture », MUFON Symposium Proceedings, 1979, p. 47-61.
- Stupple (David) et Dashti (Abdollah), « Flying Saucers & Multiple Realities : A Case Study in Phenomenological Theory », Journal of UFO Studies, vol. 2, 1980, p. 21-32.
- Swift, (David W.), « Scientist’s Selection of New Research Topics : UFOs vs SETI », Journal of UFO Studies, vol. 3, 1983, p. 62-75.
- Wallis (Roy), « The Aetherius Society : A Case Study in the Formation of a Mystagogic Congregation », The Sociological Review, vol. 22, n° 1, 1974, p. 27-44.
- Wallis (Roy), The Road to Total Freedom : A Sociological Analysis of Scientology, New York, Columbia University Press, 1977.
Il faut rajouter à cette liste le nom de Marcello Truzzi qui s’est penché sur le phénomène de l’Occult Revival des années soixante.
- Truzzi (Marcello) ed., Sociology and Everyday Life, Englewood Cliffs, N.J., Prentice Hall, 1968.
- Truzzi (Marcello), « The Occult Revival as Popular Culture : Some Random Observations on the Old and the Nouveau Witch », The Sociological Quarterly, vol. 13, n° 1972, p. 16-36. Texte repris dans Tiryakian (Edward A.) ed., On the Margin of the Visible : Sociology, the Esoteric, and the Occult, New York, John Wiley & Sons, 1974, op. cit.
J. Gordon Melton a apporté à ce domaine sa connaissance encyclopédique des mouvements religieux contemporains.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Magic, Witchcraft, and Paganism in America : a Bibliography, op. cit.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Bibliographical Dictionary of American Cult and Sect Leaders, op. cit.
- Melton (J. Gordon), compiled by, Encyclopedic Handbook of Cults in America, op. cit.
Ces auteurs définissent donc un champ qui couvre les pratiques spirituelles issues de la modernité.

Sur l’ésotérisme au xxe siècle

Nous avons donné plus haut un certain nombre de références de travaux français consacrés à l’histoire de l’ésotérisme. Il existe bien sûr de nombreux travaux en langue anglaise. Voici deux titres dus à un érudit amateur, James Webb, documentés mais critiques : The Flight From Reason, London, MacDonald, 1971 (volume I of The Age of the Irrational) ; The Occult Establishment, Glasgow, Richard Drew Publishing, 1981 (volume II of The Age of Irrational).
Une partie de ces travaux concerne l’histoire des liens supposés entre nazisme et occultisme. C’est Le Matin des magiciens qui a popularisé l’idée mais elle remonte avant-guerre (notamment au petit livre de Saby). Nicholas Goodrick-Clarke a écrit un ouvrage important sur ce thème, Les Racines occultistes du nazisme, (Puiseaux, Pardès, 1989, trad. française de The Occult Roots of Nazism, Londres, Aquarian Press, 1985), qui contient un appendice consacré à la littérature qui a fleuri à partir du Matin des magiciens. L’édition allemande comporte en outre une annexe bibliographique très complète due à Hans Thomas Hakl, qui recense les sources liées à la connexion nazisme-occultisme. Cette annexe a été traduite en anglais par Goodrick-Clarke et publiée sous le titre : Unknown Sources : National Socialism and the Occult (Edmond, Wa, Holmes Publishing Group, 2000). En France, conformément à la règle que nous avons énoncée au début, ce travail universitaire à été ignoré par les éditeurs académiques. Il a donc été publié dans une édition par ailleurs très soignée, chez un éditeur d’extrême droite, Pardès.
Signalons enfin, de Jocelyn Godwin, l’ouvrage intitulé Arktos. Le mythe du pôle dans les sciences, le symbolisme et l’idéologie nazie, Milan, Archè, 2000.

Notes

1 Le terme « pseudoscience » renvoie en fait le plus souvent aux savoirs qui ont précédé l’apparition de la science expérimentale au xviie siècle, autrement dit la philosophie occulte. C’est la revue d’histoire des sciences Isis qui regroupe ces domaines sous l’expression « pseudosciences ».
2 Voir chapitre I.
© Éditions de la Bibliothèque publique d’information, 2005
Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Lire

Open access

Acheter