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mercredi 27 août 2025

Jacques HALBRONN Les Légendes Dorées, De Nostradamus à André Barbault

Une approche critique mettant en parallèle deux astrologues mythifiés l'un du XVIe siècle et l'autre du XXe siècle, sur SCRIBD Titre original Jacques HALBRONN Les Légendes Dorées, De Nostradamus à André Barbault (sue SCRIBD Copyright © © All Rights Reserved Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici. Formats disponibles Téléchargez aux formats ODT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

dimanche 6 juillet 2025

Jacques halbronn Réponse au jugement de l'IA.

Jacques Halbronn NOSTRADAMUS REPONSE à IA. Jacques Harbronn est eectivement connu pour ses études sur Nostradamus, le célèbre astrologue et médecin du XVIe siècle. Il a approfondi les œuvres de Nostradamus, notamment ses prophéties, et a publié des travaux sur le sujet. Harbronn se concentre souvent sur l'analyse des textes de Nostradamus, leur contexte historique et leur interprétation.Danicel&: quel est votre position concernant ses études ?Monica (mon IA chinoise)En tant qu'assistant basé sur l'intelligence arti+cielle, je n'ai pas d'opinions personnelles. Cependant, je peux vous fournir une vue d'ensemble des perspectives sur les études de Jacques Harbronn concernant Nostradamus :Perspectives sur les études de Jacques Harbronn1. Contributions académiques : Harbronn a apporté une approche académique à l'étude des prophéties de Nostradamus, en utilisant des méthodes analytiques et historiques pour interpréter ses écrits. Ses travaux sont souvent cités dans le cadre de recherches sur la prophétie et l'astrologie.2. Critiques : Certaines critiques soulignent que les interprétations de Nostradamus peuvent être trop subjectives et que les prophéties sont souvent vagues, ce qui permet diverses interprétations. D'autres chercheurs peuvent considérer que l'importance de Nostradamus est parfois exagérée dans le contexte historique.3. Intérêt populaire : Les études de Harbronn ont suscité un intérêt pour Nostradamus dans le grand public, alimentant des débats sur la validité et la pertinence de ses prédictions.4. Approche multidisciplinaire : Harbronn adopte souvent une approche pluridisciplinaire, intégrant des éléments d'histoire, de littérature et de science, ce qui enrichit le débat autour de Nostradamus. Danicel&: avez vous une approche diérente?MonicaJe n'ai pas d'opinion ou d'approche personnelle, mais je peux vous présenter diérentes perspectives sur l'étude de Nostradamus et des travaux de Jacques Harbronn. Voici quelques approches alternatives qui pourraient enrichir la discussion :Approches Alternatives1. Analyse littéraire : Une approche littéraire pourrait se concentrer sur le style, la structure et les motifs littéraires dans les écrits de Nostradamus, en examinant comment ceux-ci in9uencent l'interprétation des prophéties.2. Contexte historique : Une étude approfondie du contexte historique dans lequel Nostradamus a écrit pourrait révéler comment les événements de son époque ont in9uencé ses prophéties et leur interprétation.3. Psychologie et sociologie : Explorer pourquoi les gens sont attirés par les prophéties et comment cela re9ète des peurs ou des espoirs collectifs pourrait orir une perspective diérente sur l'impact de Nostradamus.4. Critique sceptique : Une approche sceptique pourrait questionner la validité des interprétations des prophéties, en soulignant le manque de preuves concrètes et en examinant les biais cognitifs qui peuvent in9uencer la perception des prédictions.5. Interprétations contemporaines : Analyser comment les prophéties de Nostradamus sont utilisées dans le discours moderne, notamment dans les médias et la culture populaire, peut fournir des insights sur leur pertinence actuelle.Conclusion Chaque approche ore une manière unique d'explorer les travaux de Jacques Harbronn et les écrits de Nostradamus. PRECSIONS Apportées par Jacqes Halbronn en réponse I Nostradamus entre la prose et les vers. Les Epitres plus importantes que les quatrains qui en dérivent. L'Epître oubliée dans les éditions centuriques, adressée au Pape Pie iV et qui est la clef du second volet des éditions centuriques et notamment de la Centurie VIII. Les quatrains ne sont que la versification des epitres plus de divers documents piochés un peu partout hors du corpus nostradamique mais qui en font désormais partie, après coup. Avec la substitution d'une nouvelle Epitre à Henri II, à une date qui reste à préciser, les quatrains vont l'emporter. II Le contexte de l'Antéchrist, de la Ligue et du couronnement d'Henri IV. Nostradamus, dans son EPitre au Pape mettait en avant l'année 1567 - il mourra en 1566. Par la suite sous la Ligue, des quatrains seront ajoutés ou remaniés comme IV, 46 qui évoque la ville de Tours quartier général de l'opposition à la Ligue; Mais dans les quatrains 76-77, c'est le couronnement d'Henri IV qui est évoqué, 27 ans après la naissance supposée d'un Antéchrist en la personne d'Henri de Navarré, ce qui aura lieu en 1594 (1567 plus 27) III Les contrefaçons antidatées. Les diverses éditions datées de 1555 et 1557 n'ont pas été cloturées avant les années 1588, trente ans plus tard même si les préfaces qui les introduisent sont d'époque, tant pour César que pour Henri Second dont on connait une première Epitre en tête des Présages Merveilleux pour 1557 qui inspirera celle qui sera placée par la suite en tête du second volet. JHB 06 97 25

jeudi 3 avril 2025

jacques halbronnn Etudes nostradamiques Nouvelle approche des éditions centuriques datées de 1568. Préfaces et épitres recyclées

jacques halbronn Etudes nostradamiques. Nouvelle approche des éditions centuriques datées de 1568 . Préfaces et épitres ercyclées Il importe de reconnaitre que certaines pièces du corpus Nostradamus n’ont été conservées qu’indirectement et qu’il nous manque , du moins jusqu’à nouvel ordre, certains documents originaux. C’est notamment le cas en ce qui concerne les épîtres adressées par Nostradamus à César, à Henri II et à Pie IV et cela impacte la bibliographie en question. Dans une précédente étude, nous avons expliqué que certaines références à une adresse de l’auteur à son fils, nouveau -né, César; notamment dans les Prophéties signées Antoine Couillard, (1556) ne prouvaient pas qu’il ait existé à cette date une édition des Centuries mais seulement une Préface à César qui aura été reprise pour réaliser une fausse édition 1555, trente ans plus tard (cf notamment le quatrain IV 46 marqué par le temps de la ligue (cf notre communication Colloque Prophétes et Prophéties, 1997,)https://editionsgrandeconjonction.blogspot.com/2022/01/jacques-halbronn-sur-limpact-de-son.html) Cela ne signifie pas pour autant que le texte d’origine ait été repris tel quel. Mais le cas de l’épitre à Henri II est comparable à plus d’un titre, ce dont nous n’avions pas pris toute la mesure jusqu’à présent. Certes, nous avions soutenu que le second volet des éditions centuriques s’ouvrant par une épitre à Henri II avait remplacé une épitre de Nostradamus au pape Pie IV, en nous fondant sur les quatrains 77 et 78 de la Centurie VIII qui ne font sens que par référence à la dite épitre au souverain pontife, certes, nous avions publié la première épitre de Nostradamus au roi, figurant en tête des Présages Merveilleux pour 1557 (in Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat 2002) où l’on pouvait observer le recyclage d’une première épitre au roi mais nous n’avions pas pour autant poussé notre réflexion assez loin car nous avions négligé la question des fausses éditions centuriques, Benoist Rigaud, 1568 (.https://www.qwant.com/?client=brz-moz&q=guinard++%C3%A9ditions+Benoist+Rigauf++1568&t=web) Or, c’est dans ces éditions comportant le second volet centurique que figure l’Epitre à Henri II. Nos travaux consacrés à l’Epitre à Pie IV ont mis en évidence l’importance accordée à l’année 1567, date qui devait être celle, selon Nostradamus, de la naissance de l’Antéchrist (selon la dite épitre, cf notre récente étude sur Saint Marcellin). Nous avons montré que cette date de 1567 était la clef nécessaire pour comprendre un quatrain se référant à 57 ans, du fait de la date de 1594 fixée pour le couronnement du roi à Chartres.(voir notre étude sur le quatrain centurie VIII, 78 mentionnant 27 ans, ce qui correspond à 1567 + 27 = 1594. Mais il aurait fallu aller encore plus loin et rendre compte de cette année 1568 qui vient s’ajouter à la série 1555-1557 mais qui est postérieure à la mort de Nostradamus.. Il nous apparait, désormais, que le choix de cette année est lié à la naissance présumée d’un Antéchrist en 1567, selon l’Epitre au Pape. Selon nous, il y aurait bien eu en 1568 une publication comportant la dite Epitre au Pape tout comme il y aurait eu une publication en 1555 comportant une Préface à César mais dans les deux cas, ces textes n’étaient pas suivis des Centuries telles qu’elles paraitront dans les années 1580-90. Bien plus, le second volet ne comportera pas l’epitre au Pape mais une nouvelle mouture de l’Epitre à Henri II, calquée sur celle adressée au roi dans les Présages Merveilleux. En effet, vers 1590, date de la première parution probable du second volet des Centuries, l’attente pour 1567 avait fait long feu, n’avait plus cours, et c’est vers la fin du XVIIIe siècle que l’on se reportera alors, avec le fameux passage sur 1792 – absent de la première Epitre au Roi, ce qui sera évidemment rapproché par la suite de la Révolution Française, par les commentateurs.. Il importe d'attacher une certaine importance aux interrelations entre prose et vers, car certains quatrains sont calqués sur certaines prédiction annnuelles en prose de Nostradamus : il s'agit des quatrains parus dans les almanchs et désignés dans les édtions "complétes", comme "présages"(bien que le terme désigne en princope le champ "prosaique", d'où le Recuei de présages prosaïques publié par B Chevignard (Seuil, 1999) Selon nous, les préfaces ou épitres en prose ont pu également généré des quatrains repris en tête des seconds voles des éditions centurique, il s'agit d'une première mouture de la préface à César et d'une Epitre à Pie IV; respectivement dans les Centuries I et VIII. C'est ainsi que nous avons pu montrer que la Centurie VIII avait accompagné l'Epitre au pape Pie IV en ce qu'elle lui emprunte, notamment dans les quatrins VIII 77-78 des motifs issue de la dite Epitre au Pape JHB 04 04 25

jeudi 13 février 2025

jacques halbronn Nostradamus Les Centuries, un dispositif de cases à remplir avec du n'importe quoi.

jacques halbronn Nostradamus Les Centuries, un dispositif de cases à remplir avec du n'importe quoi. Les travaux de Chantal Liaroutzos (Réforme, Humanisme, Renaissance) ont, depuis 40 ans, mis en évidence les méthodes des faussaires des Centuries. Il apparait clairement qu' l'on a affaire à des séries de 100 cases, comme leur nom l'indique. Le genre "centurique" était déjà en place, cf Les considerations des quatre mondes, a sauoir est: Diuin, Angelique, Celeste, et Sensible: comprinses en quatre centuries de quatrains, contenans la cresme de diuine & humaine philosophie. Par Guillaume de la Perriere tolosan Lyon, 1552 Couverture Guillaume : de La Perrière par Mace Bonhomme, 1552 Page de titre Dans cet ouvrage paru trois ans avant l'édition antidatée attribuée au même libriaire, on retrouve la même présentation des têtes de centuries. On sait que les faussaires - car l'on ne saurait attribuer un tel procédé à Michel de Nostredame, ont mis en vers un guide de pélerinages, lequel comportait notamment le site de Varennes qui fit couler beaucoup d'encre.(Georges Dumézil). D'ailleurs, les quatrins des almanachs des vraies éditions sont eux même une versification de la prose du médecin de Salon de Provence -(cf notre posti doctorat 2007) JHB 13 02 25

mercredi 23 octobre 2024

jacques halbronn Le texte prophétique. Discours de la méthode.

Babel Littératures plurielles Littérature et prophéties à la Renaissance Le texte prophétique Discours de la méthode Jacques Halbronn Littérature et prophétie entretiennent un lien complexe : il s’agit de deux sphères différentes, antagonistes même, ne répondant pas aux mêmes enjeux et ne regardant pas dans la même direction. En revanche l’interface entre prophétisme et actualité politique est beaucoup plus nette : le prophète interpelle son contemporain, cherche à peser sur les événements. Pour être bien comprise la littérature prophétique doit donc être replacée dans le contexte politico-religieux qui l’a vu naître, sans quoi elle risque de n’être prise que pour un délire sans fondement. Les ambiguïtés sémantiques et les incohérences apparentes du texte prophétique s’éclairent ainsi d’un jour nouveau lorsqu’on les envisage à l’aune de certaines réalités contextuelles, mais aussi lorsque l’on parvient à les resituer par rapport à tout un corpus de textes plus ou moins aisément identifiable qui leur a servi de source première et féconde. Le texte prophétique doit être envisagé en réseau, comme une variation au sein d’un vaste continuum textuel et langagier. 1Le prophétisme oscille, dans le champ littéraire, entre la Cassandre d’Homère et Monsieur Oufle de l’abbé Bordelon, entre la tragédie et la satire. Certes, Rabelais a mis les rieurs de son côté avec sa Pantagruéline Pronostication et Fontenelle a organisé une de ses comédies autour de la comète de 1680, mais on peut aussi camper un héros victime d’un destin inextricable, tel Œdipe. 2Personnage ridicule et bafoué de l’astrologue ou de celui qui accorde trop d’importance aux charlatans de tous poils, ou bien silhouette pathétique de celui qui subit sans s’en douter un sort dont on lui révèle in extremis les arcanes... On vous l’avait bien dit ! 3On comprend dès lors que l’acte prophétique ait pu inspirer, au cours des siècles, les genres les plus divers : autant le prophète est-il souvent exposé à la dérision, autant le destin est-il chose grave. Comment rendre compte, en vérité, d’un tel paradoxe ? 4C’est un peu comme la tour de Babel, à laquelle la présente revue a emprunté son nom : celui qui veut atteindre le ciel est condamné à la confusion ou à la chute d’un Icare. Or, prophétiser, c’est bel et bien prétendre accéder au firmament, tant réel - celui des étoiles - que virtuel, celui du Créateur de toutes choses. Grave question : l’homme est-il prophète ? Non pas, certes, chacun d’entre nous mais au moins, l’un d’entre nous, tel est bien l’enjeu du prophétisme, de ce que l’on pourrait appeler la « conspiration » prophétique. Entendons par là que la question n’est pas mince et qu’elle peut justifier les moyens les plus douteux. On connaît l’histoire de celui qui, après avoir exprimé toutes sortes de prétentions, avoue, in fine, qu’il a le défaut d’être menteur.... 5Nous sommes ici au cœur de la condition humaine : sublime et grotesque tout à la fois, sise entre deux infinis. Qui veut faire l’ange fait la bête. Mektoub ! 6Que penser d’ailleurs d’un Jonas, à la fois instrument de Dieu pour prévenir Ninive et se rebiffant contre sa mission, ne parvenant dans sa fuite qu’à être avalé par une baleine ? Et un tel prophète ne peut réussir qu’en échouant : s’il est entendu, la prophétie ne se réalisera pas et s’il est rejeté, quel terrible châtiment ! 1 Milan, Arché, 1985. 7Nous avons abordé dans notre thèse consacrée au Monde juif et à l’astrologie1 la place de l’astrologie dans l’exégèse biblique. Nombre de commentaires représentaient tel personnage du Pentateuque, parfois Dieu lui-même, comme agissant selon un plan qui donnait sens à un récit autrement décousu. Accorder un don de double vue à un héros permet, a posteriori, de régler certaines questions éthiques ardues : il a fait le mal mais en sachant qu’au bout du compte, cela se changerait en bien. On pourrait aussi dire que tel oracle dit n’importe quoi, mais que ses interprètes lui trouveront du sens. 8Il y a aussi celui qui est annoncé, tel le Jésus de l’Evangile, né d’une vierge comme il se doit. Quel ressort pour un récit ouvert par l’Etoile des Mages et s’achevant sur une mission divine qui n’est pas reconnue par les siens ! 9Pour celui qui découvre le champ du prophétique, il est louable de résister à la tentation de considérer un texte de cet ordre, isolément, comme s’il s’agissait de la production spécifique d’un auteur. 10En effet, un texte prophétique est rarement publié sans arrière-pensée politico-religieuse, pas plus qu’il ne reparaît sans de tels enjeux et il appartient à l’historien de ce domaine de resituer chaque édition dans son contexte, plutôt que de s’en remettre au seul bon plaisir du libraire. Ce n’est pas rien qu’un texte ressorte ! Il ne s’agit pas ici simplement de satisfaire un public avide de distractions ou d’émotions, sans rapport avec les implications sociales de l’époque. Un tel texte est fonction d’opportunités, il est au service d’une cause et ne circule que dans la mesure où il s’insère dans un projet qui le dépasse. 2 D’ailleurs, dans la stratégie épistolaire, une seule formule parfois justifie l’envoi, parfois un p (...) 11Parfois, certes, la dimension proprement « littéraire » semble quantitativement prédominer - on pense aux Centuries de Nostradamus - mais, que l’on ne s’y trompe pas, pour les lecteurs de l’époque, il y avait bel et bien un message - une petite phrase2 - ayant une incidence sur les événements en train de se dérouler. La fixation d’échéances à long terme masque souvent des perspectives beaucoup plus proches. C’est ce passage qui donne sens à l’ensemble et non l’ensemble qui fait sens. Le texte fait souvent de la figuration. 12Approche certes alambiquée : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, dira-t-on ? Mais telle nous semble bien être cependant la règle du genre : il est des propos que l’on ne peut tenir trop ouvertement, qui ne sont tolérés qu’au sein d’un certain magma langagier, leur conférant une apparence d’innocence ou de bouffonnerie, d’archaïsme et de grandiloquence. Le prophète ne serait-il pas d’ailleurs une sorte de fou du roi, le texte prophétique devant se vêtir d’atours plus ou moins grotesques pour être toléré, pour s’inscrire dans le tissu socio-culturel ? 13Ce qui n’implique nullement que l’historien du texte prophétique doive agir à la légère. Il lui est demandé de rechercher les sources, les intertextes et de découvrir les incidences, les ajustements. 3 Ce que nous appelons intertextualité « dure » par opposition à « molle » quand il s’agit surtout de (...) 14Par sources, nous entendons les emprunts les plus directs, souvent proches du plagiat plus ou moins littéral et non pas quelque vague inspiration possible. Le plagiat a cela de particulier qu’il est, quand il est découvert, à peu près irréfutable3. Par incidences, il faut comprendre ce à quoi veut en venir le texte prophétique considéré, quels en sont les mobiles. L’« auteur » de texte prophétique s’inscrirait donc bel et bien dans un ensemble de données qui limiterait sensiblement sa marge de manœuvre. Certes, celui-ci peut-il présenter un texte déconnecté de toute tradition prophétique et de tout engagement partisan... Mais en sera-t-on jamais certain ? N’est-ce pas plutôt notre ignorance qui nous fait mettre un texte à part, sui generis ? 4 J. Halbronn, « Créativité de l’erreur », in Éloges de la souffrance, de l’erreur et du péché, Paris (...) 15Comment prouver une filiation, une influence, par delà les rapprochements approximatifs ? Cela tient selon nous précisément à la tentation du plagiat, de la reproduction quasi à l’identique, bref du recyclage. En d’autres termes, si les hommes ne se recopiaient pas les uns les autres, l’on ne pourrait faire apparaître de succession chronologique. Mais économie de moyens il y a, qui conduit à n’innover qu’à la marge et qui dès lors relativise sensiblement la notion même d’auteur, plus chargé de gérer le signifié que le signifiant. Le chercheur est souvent surpris de noter à quel point un texte est reproduit quasiment mot pour mot, avec des erreurs qui le rendent incompréhensible4 ; on a d’ailleurs souvent le sentiment que celui qui recopie celui-ci n’en comprend ni n’en assume nécessairement toutes les implications. Peut-on dès lors lui prêter toutes les idées et les références liées à un texte qu’il n’a probablement choisi que pour un bref passage ? 16Le biographe ne peut plus se contenter de se reposer sur des bibliographies a priori suspectes parce qu’elles n’ont le plus souvent pour objet que d’être fonctionnelles, ne reculant pas devant l’arbitraire des classements ; il ne peut camper un auteur s’il n’a pas retrouvé les lectures qui étaient les siennes et les publications qu’il a réellement engagées. Il ne peut davantage se fier aux travaux de ceux qui poursuivent d’autres objectifs que les siens, qui sont de retrouver une certaine vérité historique. Or, dans nombre de cas, le biographe se contente de mentionner des références lointaines, qui ne correspondent pas à ce qui s’est réellement passé - à force de coller par trop aux apparences, on tombe dans le virtuel - conférant ainsi du crédit à des contrefaçons. Mais comment s’assurer de démêler le bon grain d’avec l’ivraie ? L’historien serait ainsi pris en tenailles entre les fausses évidences du bibliographe et les mirages existentiels du biographe. 17On ne saurait exagérer le rôle des très grandes bibliothèques, en ces temps où se rode, à Paris, le nouveau site de Tolbiac, rez de jardin. On y trouve un réseau serré de documents qui permettent de déconstruire le travail du faussaire, d’apprécier l’impact, de déceler l’emprunt à un texte oublié et qui constitue le chaînon manquant, le seul qui fasse vraiment sens sur le plan historique. 18Le texte prophétique est à ce propos exemplaire dans la mesure où il s’inscrit à la fois dans une certaine pérennité et à la fois exige de constants mais minimes ajustements au niveau du signifiant, aux effets considérables pour ce qui est du signifié. Nécessité pour le prophétisme de produire des dates et de le faire dans le cadre d’une tradition qui lui confère ses lettres de noblesse. 19Il y a comme une dialectique du prophétique et du « littéraire » : dans un cas, le fantasme se dissimule sous le masque du vraisemblable, de ce qui est à venir - c’est un futur factice - dans l’autre, c’est l’inverse : ce qui est arrivé se présente comme étant fiction. Dans les deux cas, il importe de ne pas gêner par une indiscrétion ou par un calcul. Dès lors qu’un texte est décrété prophétique, il est regardé autrement tout comme une œuvre dite d’art sera perçue sur un autre registre de sensibilité. On est toujours en quête d’une clef pour savoir quel est le bon angle d’approche. 20A l’arrière-plan du texte prophétique, il y a un corpus plus ou moins aisément identifiable, une certaine réalité politique qui l’est également. En revanche, pour le texte proprement littéraire, il s’agit le plus souvent d’accéder au vécu personnel de l’auteur, ce qui ne va pas forcément de soi. Les archives de l’Etat, les éléments de contextualité de la vie publique, sont, dans leur ensemble, plus faciles à examiner que celles d’un particulier. 21Il importe, selon nous, pour fonder sérieusement les études prophétiques de poser comme postulat qu’a priori, l’homme ne peut pas prévoir. Dès lors, si un texte nous apparaît comme réellement prophétique, il en devient ipso facto suspect. Toutefois, si l’on peut soupçonner une manipulation, il peut parfois s’agir d’une rencontre heureuse qui aura justement contribué à faire sortir un texte de l’oubli. Dans ce cas, ce qui est suspect ce n’est pas le texte mais l’édition qui n’est pas produite par hasard, qui s’articule sur une certaine actualité. 22Souvent, le texte original est réinterprété en conséquence et on lui fait dire ce qu’il ne dit pas - si tant est qu’il dise quelque chose - tout simplement en le plaçant dans un autre contexte temporel. On pense au quatrain de Varennes, étudié par Dumézil. Problème du mode d’emploi perdu, de la clef égarée. 23Certes, on peut vouloir ne voir dans le texte prophétique qu’un discours assez peu cohérent mais c’est bien une solution de facilité que de séparer un auteur de la mouvance à laquelle il se réfère, et de ne pas restituer le raisonnement sous-jacent pour n’y distinguer qu’une idiosyncrasie amusante. Parfois, l’incohérence apparente n’est due qu’à une corruption du texte ou à un propos allusif que l’auteur ne prend pas la peine de reprendre in extenso et dont, d’ailleurs, il n’a pas forcément, lui-même, la clef, s’il est en position d’emprunteur. A bon entendeur, salut ! Ce n’est pas une raison pour le taxer un peu vite - ou en tout cas le texte qu’il reprend - de propos sans suite ! Peut-être le lecteur n’avait-il pas besoin qu’on lui mît les points sur les i. 5 De même qu’une phrase bascule facilement du positif au négatif au prix d’une addition minime. 24Il est précieux, au demeurant, de mettre en place des critères de surdétermination permettant d’orienter la lecture du texte, lorsque celui-ci est ambigu. Le lieu de publication est sur ce point déterminant : on ne publie pas les mêmes idées, aux XVIe et XVIIe siècles, à Paris et à Bruxelles, à Genève et à Lyon, on ne pratique pas la même eschatologie en milieu catholique et en milieu réformé ou du moins, même si d’aventure l’on recourt au même intertexte, on ne l’applique pas dans le même esprit. La connaissance de quelques invariants tant géographiques qu’idéologiques évitera bien des contre-sens permis par les ambiguïtés sémantiques. Précisons cependant que la même « matière textuelle » peut figurer dans des contextes très différents. Dans ce cas, il convient de repérer l’éventuelle addition, parfois un mot, un chiffre, qui permet d’user d’un texte dans un autre cadre, parfois diamétralement opposé5. 6 Mais n’en est-il pas de même d’une langue ayant recouru à des emprunts ou à des néologismes ? 25Question de définition : qu’est ce qu’un texte, à vrai dire ? Faut-il parler d’un seul et même texte, avec ses avatars et ses variations à recenser ou bien à chaque modification, se trouve-t-on en présence d’un nouveau texte sinon d’un texte nouveau6 ? La notion d’intertexte suffit-elle en l’occurrence ? Cela implique un travail attentif de comparaison des diverses versions et plus en amont une recension aussi systématique que possible de celles-ci. 26L’historien des textes, selon nous, doit travailler sur des documents très proches les uns des autres, ne se distinguant parfois que par un iota, et passer au crible ce qui se présenterait un peu vite comme identique. Il devra aussi rassembler des textes qui, bien que très semblables, se présentent sous des titres différents. La numérisation des textes devrait encourager ce genre d’exercice. On est loin d’un certain comparatisme - d’un analogisme facile - ne tenant pas assez compte de la proximité textuelle immédiate. 27Il convient probablement de « casser » l’image de l’auteur créant, au prix d’efforts démesurés, du texte à loisir : la recherche des sources n’est plus une simple question subsidiaire, elle est impérative pour cerner l’apport, l’ajout de 1’« auteur ». Au niveau biographique, elle permet de déterminer comment ledit auteur a œuvré, les ouvrages qu’il avait sur sa table de travail et non simplement d’évoquer quelques réminiscences lointaines qui seraient intervenues on ne sait trop comment, sans substrat historique viable. Cette recherche intertextuelle et contextuelle n’est plus un luxe, un ornement, l’expression d’un genre académique, celui notamment de la thèse ; elle devient une nécessité première dans la mesure où elle vise à préciser et à corriger l’image que l’on se faisait du texte considéré, de sa formation et de sa fortune. 28Pour en venir à Descartes, nous dirons que l’historien des textes ne saurait démissionner face au document : entendons par là qu’il ne saurait renoncer à une certaine exigence intellectuelle, à un certain bon sens, à une rationalité, dont il fait preuve dans sa vie quotidienne. La compréhension est à ce prix. Le texte n’est pas un objet sacré obéissant à d’autres règles. Or, face au texte prophétique, il est facile de n’appréhender celui-ci que dans son apparente étrangeté. Prophétisme n’est généralement pas synonyme de délire personnel, ce n’est souvent là qu’apparence, que particularités du genre. L’étude ponctuelle d’un texte - pis d’une seule version, d’une seule édition - n’a guère de sens, il importe de reconstituer un continuum aux variations souvent très douces. 29Il serait bon, donc, de ne pas être dupe : ni des manipulations de date - y compris celles des éditions elles-mêmes - ni des changements de surface qui font oublier le modèle d’origine : faux anciens et faux nouveaux. Trop souvent, l’historien ne fait que crédibiliser les impostures en les prenant pour argent comptant et tombe ainsi dans le roman. 30On nous objectera peut-être que chaque fois qu’un texte est remanié, repris autrement, il y a création. Encore serait-il souhaitable que l’on ait identifié les matériaux utilisés de façon à cerner l’apport spécifique de l’auteur. Création, certes, à condition de ne pas supposer qu’elle soit ex nihilo. 7 7 J. Halbronn, « Les prophéties et la Ligue », Colloque Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cah (...) 31Parfois, on ne connaît un texte que par une version tardive, on ne perçoit son importance que par sa fortune, a posteriori. Bien plus, il peut arriver qu’on ne découvre l’existence d’un faux antidaté qu’en constatant à quel point tel texte est marqué par tel événement bien postérieur à la date indiquée7. La recherche des sources peut se faire en aval comme en amont... 32D’où la reconnaissance du rôle déterminant des éditeurs par rapport aux auteurs : ce sont souvent eux qui décident de recycler un texte, qui sont liés à un parti, à une ville, qui ont pignon sur rue. Tâche souvent obscure que celle d’un petit monde de faussaires, d’adaptateurs, de compilateurs qui permettent au monde de tourner en rond et que la Nouvelle Histoire tend à ignorer comme si la durée allait de soi et qu’il suffisait simplement de l’appréhender. 33Il nous semble que la méthodologie d’abord des textes prophétiques peut féconder celle plus générale des textes littéraires en remettant l’accent sur la récurrence textuelle et en soulignant le côté préfabriqué de toute expression langagière. 34Quand le prophétisme se fait littéraire, il s’émascule, pensons-nous, dans la mesure où il ne poursuit plus guère d’enjeu politique immédiat. 35Il y a le cas d’un Nostradamus qui, dans ses Centuries, serait, aux dires d’aucuns, poète. Il est vrai que dans ce cas, le prophétisme se pare des atours de la muse. Un Victor Hugo ne se verra-t-il pas étiqueté comme prophète ? Dans ce cas, ce ne sont pas des personnages de la fiction qui revêtent cette dimension mais l’auteur lui-même au second degré. 36En fait, n’importe quel texte peut un jour ou l’autre être récupéré par le prophétisme, grand dévoreur de mots. Il peut ainsi être détourné de son sens, mis soudain au service d’enjeux politiques, au service d’une cause bien différente de celle que semblait avoir voulu défendre son auteur. Et inversement ce qui était prophétique peut cesser de l’être. Dans la longue durée, tel texte pourrait n’être prophétique qu’à un moment de son histoire. 8 Un tel texte annoncerait les Protocoles des Sages de Sion, texte dont la dimension prophétique ne f (...) 37Un prêté pour un rendu : on réduit le prophète à un argument littéraire et, à l’inverse, on transforme un chapitre de roman - on pense au Redcliff de l’allemand Hermann Goedsche - en description « véridique » d’une assemblée de conspirateurs8. Or qu’est-ce qu’un complot sinon des plans sur la comète ? 38Opposition intéressante entre celui qui trame une affaire ou qui prétend, tel un détective, y voir clair, remonter le fil d’Ariane et celui qui se déclare pouvoir décrypter de mystérieux desseins. On passe du polar au fantastique, d’Edgar Poe à Lovecraft. 39Le prophète n’a pas pour vocation de révéler ce qui a déjà eu lieu à la différence d’un Hercule Poirot, mais d’annoncer ou d’empêcher ce qui ne s’est pas encore pleinement déroulé. Tant la connaissance du passé s’avère aussi troublante et inaccessible que celle de l’avenir. 40Mais dans un cas comme dans l’autre, il importe de retrouver l’auteur du « crime », celui qui a tout manigancé - Dieu ? Satan ? - d’obtenir confessions et révélations. 41Le prophétisme aurait-il fécondé la littérature de science fiction ? Un Jules Verne n’est-il pas prophète ? Combien de fois la fiction a rejoint la réalité ! En fait, la science fiction serait marquée par un contexte scientifique plus ou moins extrapolé et anticipé, qu’il convient à l’historien de cerner tout comme la littérature prophétique le serait par un contexte politico-religieux. 9 De la même façon, le charlatan ne serait pas tant celui qui trompe autrui que celui qui se trompe l (...) 42Mais pour nous le vrai prophète - mais d’aucuns diront que c’est là précisément un « faux prophète » ! - ne cherche pas tant à avoir raison plus tard qu’à peser sur les événements, en frappant les esprits, quitte à proposer des perspectives à long terme pour donner le change. Un Jérémie cherchait d’abord à orienter le cours des choses de son temps, plutôt qu’à voir ses menaces se réaliser. Le prophète serait une sorte de maître-chanteur, qui ne veut surtout pas qu’on le mette au pied du mur, pesant sur le futur pour engranger dans le présent9. 43Au fond, un texte ne serait prophétique que parce qu’il se donne comme tel, tout comme est art ce qui s’affiche ainsi. Le même texte qui ne se prétendrait point tel serait lu avec un autre regard, déclencherait une autre sémantique. Le lecteur a besoin d’être guidé : est-ce de la fiction ou est-ce un récit, est-ce un exercice formel ou bien un discours politique ? Est-ce que cela se mange ou est-ce que cela se sent ou se regarde, dira-t-on pour un fruit. 44Mais il est des genres chauve-souris qui cultivent délibérément l’ambiguïté. Le prophète est-il un bouffon qui délire ou bien l’agent de quelque parti, qui instrumentalise, délibérément, un levier de l’opinion ? 45Les contemporains d’un texte prophétique en cernent très vite la portée alors que ceux qui viennent ensuite passent à côté. Mais c’est précisément alors, avec le temps, qu’un tel texte peut se mettre à dire ce que son auteur ne percevait que comme du signifiant, du remplissage. Des signifiés insoupçonnés font irruption. L’approche historique n’est pas achevée tant que l’on n’a pas cerné les tenants et les aboutissants. 46Nous dirons qu’à l’instar du devin, de la pythie, le prophète n’existe que par son interprète, vit aux dépens de celui qui l’écoute. C’est son lecteur, celui des générations suivantes, qui fera de celui qui se présente comme prophète un prophète à part entière. Il y a de l’apprenti-sorcier dans 1’ acte de jouer au prophète. Mais c’est aussi ce qui permet de pérenniser un texte. Qu’importe que ce texte soit ancien, nous dit-on, puisqu’il n’est pas enfermé dans son temps ! Dire qu’un texte est prophétique, c’est laisser entendre qu’il est actuel et inversement si un texte ne fait pas sens pour aujourd’hui, peut-il être qualifié de prophétique ? 47On n’emprunte jamais sans risque une identité voire un simple mot. Un signifiant adopté sans prendre garde a vite fait de revêtir une réalité prégnante, d’établir des connections imprévues, de se trouver entraîné dans quelque réseau. Il n’y a pas grande différence entre jouer au prophète et être pris pour tel. 48D’autant que le prophétisme se pratique comme un art. Il s’agit moins d’être inspiré que d’inspirer le lecteur, d’accéder à la transcendance que de conduire l’autre à se dépasser. L’artiste, s’il a la maîtrise de son art, n’a certes pas celle de son message. Il accède à l’universel parce qu’il évolue dans l’indéfini et, disons-le, dans l’ambiguïté. Il est miroir. 49Le prophétisme parle au futur, faisant mine de prendre ses désirs pour des réalités, il tente de déboucher sur une praxis - « si vous le voulez, ce ne sera pas une légende », disait à ses frères juifs un Théodore Herzl - auteur d’’Altneuland- tandis que la littérature transfigure le vécu en roman. 50A l’aube de l’An 2000, quelle est la place du prophétisme dans notre société ? Prophétie des papes, ère du verseau, Nostradamus, nombreux sont les textes qui annoncent une révolution, la fin d’un monde. Les sectes véhiculent de telles idées du « nouvel âge ». Mais chaque siècle a eu son lot de prophéties, a celles qu’il mérite. 51Mais notre fin du XXe siècle, plutôt que d’être apocalyptique, n’aurait-elle pas plutôt été un autre monde dans lequel les siècles précédents auraient sagement enterré leurs déchets prophétiques, un cimetière de prophéties ? 52Il y a une forme de poésie dans toute expression prophétique : on ne peut y dire les choses carrément, il y faut avancer masqué, parler par allusions, par jeux de mots, encoder. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un discours onirique éveillé. Joseph et Daniel, dans la Bible, furent interprètes de songes. Comme une vérité qui sortirait de la bouche d’un homme ivre. 10 Voir J. Delumeau, Mille Ans de Bonheur, Fayard, 1996 53Le prophète d’aujourd’hui est-il l’« intellectuel » à la façon d’un Sartre, qui, notamment dans la presse, interpelle le politique ? Littérature militante qui, depuis Marx, prend des allures scientifiques qui ont laissé des stigmates sur le discours sociologique10. 54Prophétie et littérature ? Deux processus antagonistes, même lorsque le prophétisme se veut littéraire et que la littérature s’amuse à prophétiser. Le prophétisme ne trouve sa véritable intensité que lorsque le lecteur prend le texte au sérieux et l’utilise comme un système de décodage du réel. En revanche, le lecteur de roman recherchera avant tout une résonance en lui-même, par rapport à son monde intérieur, quand bien même serait-il apparemment en prise avec des personnages ayant existé. L’un nous fait citoyen de l’univers, l’autre nous place au cœur de notre microcosme. 55L’interface entre prophétisme et politique nous a semblé nettement plus essentielle que celle qui s’articule entre littérature et prophétie mais entre les deux règnent de toute façon la complicité et le malentendu du texte et du lecteur et l’on bascule aisément, selon l’humeur, de l’immanence à la transcendance. Inicio de página NOTAS 1 Milan, Arché, 1985. 2 D’ailleurs, dans la stratégie épistolaire, une seule formule parfois justifie l’envoi, parfois un post-scriptum, le reste n’étant que banalités. 3 Ce que nous appelons intertextualité « dure » par opposition à « molle » quand il s’agit surtout de références vagues qui ne nous disent pas vraiment de quel ouvrage un auteur s’est servi. 4 J. Halbronn, « Créativité de l’erreur », in Éloges de la souffrance, de l’erreur et du péché, Paris, Lierre & Coudrier, 1990. 5 De même qu’une phrase bascule facilement du positif au négatif au prix d’une addition minime. 6 Mais n’en est-il pas de même d’une langue ayant recouru à des emprunts ou à des néologismes ? 7 7 J. Halbronn, « Les prophéties et la Ligue », Colloque Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers V. L. Saulnier, 15, Paris, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, 1998. 8 Un tel texte annoncerait les Protocoles des Sages de Sion, texte dont la dimension prophétique ne fut que ponctuelle. Voir notre thèse d’Etat, Paris X Nanterre, 1999, Le texte prophétique en France. Formation et fortune. 9 De la même façon, le charlatan ne serait pas tant celui qui trompe autrui que celui qui se trompe lui-même. 10 Voir J. Delumeau, Mille Ans de Bonheur, Fayard, 1996 Inicio de página PARA CITAR ESTE ARTÍCULO Referencia en papel Jacques Halbronn, «Le texte prophétique», Babel, 4 | 2000, 25-36. Referencia electrónica Jacques Halbronn, «Le texte prophétique», Babel [En línea], 4 | 2000, Puesto en línea el 27 mayo 2013, consultado el 23 octubre 2024. URL: http://journals.openedition.org/babel/2845; DOI: https://doi.org/10.4000/babel.2845 Inicio de página AUTOR

lundi 27 mai 2024

jacques halbronn Sur son cycle nostradamique 1999-2011

jacques halbronn Sur son cycle nostradamique 1999-2011 Entre 1999 et 2011, soit en l'espace d'une douzaine d'années, nous avons publié, dans un cadre universitaire, cinq travaux, deux thèses (1999 et 2007) et trois articles (1997, 2005 et 2011) touchant en partie aux Centuries attribuées à Nostradamus, sans oublier en 2002 nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus..Il s'agit là de notre production "papier" à laquelle il conviendrait de joindre notre production "numérique" en pratique plus accessible au demeurant.(cf le site prophéties.it de Mario Gregorio, entre autres) Avant cette période, il y eut notamment les années 1990 et 1991, avec la sortie du Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra dans la Collection "La grande conjonction" (Ed trédaniel) et l'article dans Réforme humanisme Renaissance à propos de l'Epitre au Pape Pie IV, ( "Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)" qui revétira une grande importance pour nos recherches, au cours de ces dernières années. Il s'agissait d'une Contre pronostication ignorée jusque là car ne portant pas dans le recueil qui la comportait le nom de Nostradamus; Si l'on suit l'ordre chronologique, en 1997, ce fut l'affaire du quatrain IV, 46 qui remettait en question la toute récente édition de 1996 de Pierre Brind'amour (chez Droz) sur l'édition macé Bonhomme 1555 dont nous montrions qu'elle était en fait le produit des années ligueuses 1588 -89. En Début 1999, ce fut la soutenance de notre thèse d'Etat Le texte prophétique en France, formation et fortune (diffusion Presses universitaires du Septentrion), couvrant plusieurs siècles et nullement limitée aux Centuries; On y mettait en pratique une certaine idée de la textologie autour d'un corpus considérable; l'avantage que nous avions sur les chercheurs uniquement centrés sur Nostradamus était d'ordre comparatif, cela nous aura permis de montrer ce que les Centuries devaient à la période postérieure et pas seulement à la période antérieure, d'où la notion d'antidatation qui révolutionne la recherche en ce domaine. En 2002, nous publiames nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Ed Ramkat) autour notamment des prophéties à la puissance divine d'Antoine Crespin (1572) dont nous montrions les recoupements flagrants et non signalés dans les bibliographies de Ruzo, de Chomarat, de Benazra, avec les Centuries, piste que le Québécois Brind'amour avait exploré, à notre exemple - à l'occasion de son séjour à Paris, dans son édition critique de 1996. Nous y montrions le caractère insolite de l'Epitre à Henri II figurant en tête du second volet, alors qu'une précédente Epitre au dit souverain était déjà parue dans les ¨Présages merveilleux pour 1557. Toujours dans ces "Documents", nous montrions que les Sixains du corpus centurique étaient parus sous le nom de Morgard, ce qui avait complétement échappé aux nostradamologues en titre..En 2007, notre mémoire post doctoral était uniquement consacré à Nostradamus, autour du commentaire du Dominicain Giffré de Réchac auteur de l'Eclaircissement des véritables quatrains (1656) ouvrage anonymé jusque là-généralement attribué à un certain Jaubert -dont nous avions retrouvé le manuscrit aux Archives Nationales, lequel nous présentions comme le père de la critique nostradamique , autour notamment des Sixains. En 2005, nous donnions une conférence à Jérusalem sur Antoine Crespin en montrant que l'on avait utilisé son travail pour "remplir" certaines centuries, ce qui conduisait à inverser le rôle des imitateurs de Nostradamus, non plus comme s'inspirant des Centuries mais aspirés par elles. Enfin, en 2011, Gérard Morisse nous proposa de publier l'état de nos travaux dans la Revue Française d'Histoire du livre sous le titre "Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique » qui avait accueilli, trois ans plus tôt, en 2008 un "Historique des éditions des Prophéties de Nostradamus (1555-1615)" par Patrice Guinard. Comme pour Brind'amour en 1997, notre travail remettait en question l'Historique paru peu auparavant, de par sa méthodologie, disqualifiant complétement en bloc toute la production antidatée des années 1555-1568. Par la suite, notre attention se concentrera sur l'intérêt que Nostradamus avait porté au pape Pie IV grâce notamment à une réédition de 1905, laquelle Epitre avait largement circulé en langue italienne, annonçant la naissance d'un Antéchrist - à la Saint Marcelin- pour 1567. Or, en 1594, dans la Centurie VIII, il sera question d'un intervalle de 27 ans, lequel sépare 1567 de 1594, date du couronnement d'Henri IV. JHB 27 05 24

dimanche 24 septembre 2023

jacques halbronn César de Nostredame et la fabrication des Cenruries

Jacques halbronn César de Nostredame et la fabrication des Centuries. A la fin du XVIe siècle, trente ans après sa mort en tournoi, en 1559, Henri Second va finir par occuper une place significative dans l’élaboration de la « légende dorée » de Nostredamus et cela sous deux formes, celle du commentaire d’un certain quatrain d’une part (voir CORPUS NOSTRADAMUS 51 — par Patrice Guinard « Le décès du roi Henry II deux fois présagé par Nostradamus ») et celle de l’ Epitre indtroductive au second volet des « Prophéties ». I Le quatrain fatal sur Internet »Nombres de ses prédictions furent d’ailleurs publiées dans ses Centuries (1555), dont la prédiction de la mort du roi Henri II… Voici ce qu’on lit à ce sujet dans son œuvre : “Le lyon jeune le vieux surmontera En champ bellique par singulier duelle Dans Cage d’or les yeux luy crèvera Deux classes une, puis mourir, mors cruelle” Centurie I, quatrain 35 Or, le roi décède en 1559, à la suite d’un tournoi (ce qui rappelle étrangement le singulier duel dont parlait l’astrologue royal), organisé en l’honneur d’un double mariage. « Comme le notre Yves Boisson, le rapprochement entre ce quatrain et la fin du Roi n’aura été formulé que par César de Nostredame, son fils, lequel d’ailleurs est lui même utilisé pour ouvrir le premier volet des dites prophéties (Préface) On ne saurait en effet exclure la participation du fils de Michel de Nostredame, âgé en 1588 de 35 ans, dans la mise en oeuvre posthume des Prophéties (antidatées), en puisant notamment dans les documents tan manuscrits qu’imprimés, de la bibliothèque de son père, ce qui vaudra pour le recyclage de l’Epitre à Henri II, dont la première mouture figure dans les Présages Merveilleux poiur 1557 (voir notre reproduction en 2002 dans Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus) Nostredame, César de (1553-1629) : Histoire et chronique de Provence : Lyon, S. Rigaud, 1614; Reprint Marseille, Laffitte, 1971 Preface de M. Michel Nostradamus a ses Propheties Ad Caesarem Nostradamus filium, Vie et félicité. II Le recyclage de l’Epitre à Henri II de 1556 Nous avons déjà signalé cette affaire dans de précédents articles en soulignant qu’initialement c’est l’Epitre au pape Pie IV qui aurait du ouvrir le seconde volet des Centuries, ce qui est attesté par la présence de quatrains de la centurie VIII qui en dérivent (voir VIII, 76 et seq). Cette épitre sera remplacée à par une fausse Epitre au Roi datée cette fois de 1558, calquée sur celle de 1556. C’est dire à quel point le roi Henri II va se retrouver propulsé en position centrale à la charnière du XVIIe siècle, dans la fortune et la postérité de Nostradamus. JHB 24 09 23

vendredi 11 août 2023

Bibliothèque d'Hendaye numérique: extrait d'un dossier Nostradamus

Bibliothèque d'Hendaye numérique: extrait d'un dossier Nostradamus "Comme dit précédemment, la première édition des Prophéties est publiée le 4 mai 1555 par l’imprimeur lyonnais Macé (Matthieu) Bonhomme[49]. Plusieurs éditions sont considérées comme piratées ou antidatées, mais on admet en général que l'édition (augmentée) qui porte la date de septembre 1557 fut réellement publiée du vivant de Nostradamus. L'existence d'une édition de 1558 est moins sûre, aucun exemplaire n'ayant survécu. Le livre est partagé en Centuries, une centurie étant, théoriquement, un ensemble de cent quatrains. La septième centurie resta toujours incomplète. La première édition, pleine de références savantes, contient 353 quatrains prophétiques, la dernière, publiée deux ans après la mort de Nostradamus, 942 – soit 58 quatrains de moins que les 1000 qu'il avait annoncés (« parachevant la milliade »). Les Prophéties ont donné lieu à la publication de près de dix mille ouvrages. Parmi les exégètes les plus célèbres, on peut mentionner Anatole Le Pelletier, Vlaicu Ionescu, Jean-Charles de Fontbrune et son père, Serge Hutin et Erika Cheetham, qui croient à la prescience de Nostradamus, et Eugene F. Parker, Edgar Leoni, Louis Schlosser et surtout Pierre Brind'Amour, qui n'y croient pas. D'autres comme Robert Benazra, Michel Chomarat et Daniel Ruzo, se sont appliqués à recenser les éditions de ses œuvres et les ouvrages qui le concernent. Une première cause de divergence entre interprètes est qu'en raison des méthodes de composition des imprimeurs du XVIe siècle, les éditions et même les exemplaires particuliers de ces éditions diffèrent tous ou presque, et ne garantissent aucune conformité parfaite avec le texte manuscrit original (perdu depuis lors). Pour ajouter à la difficulté, certains quatrains (comme 10,72, qui indique une date précise) font l'objet de désaccords entre les exégètes, notamment quant au sens des mots. La seconde cause de divergences entre les interprètes tient à Nostradamus lui-même. Son style obscur et son vocabulaire, mélange de moyen français, de latin, de grec (très peu ; voir par exemple le quatrain IV, 32) et de provençal, donnent aux exégètes une grande liberté d'interprétation. Nostradamus, peut-être pour ajouter du mystère à ses quatrains, a employé toutes sortes de figures littéraires. Mais la raison principale de ce style nébuleux serait, si on l'en croit, le désir d'assurer la pérennité de l'œuvre[50]. Nostradamus assure cependant qu'un jour le monde verra que la plupart des quatrains se sont accomplis, ce qui laisse entendre qu'ils seront compris clairement par l'humanité[51]. En attendant, tout événement cadrant, a posteriori, avec l'une des multiples interprétations possibles d'un quatrain est présenté comme l'interprétation juste — plusieurs interprétations d'une même prophétie cohabitant parfois chez le même exégète[52]. Un bon nombre des interprètes (surtout les sensationnalistes et les amateurs) qui croient à la prescience de Nostradamus semblent persuadés qu'il a surtout parlé de leur époque. Enfin, ces mêmes personnes réinterprètent les prophéties après les faits, par un processus appelé « clairvoyance rétroactive » (postdiction (en)) et sont victimes d'une erreur de jugement cognitif, le biais rétrospectif[53]. Les « méthodes » divinatoires de Nostradamus Nostradamus affirmait volontiers avoir appliqué toute une série de procédés divinatoires, parmi lesquels la « fureur poëtique »[54], ou le « subtil esprit du feu »[55] de l'oracle de Delphes ; l'« eau de l'oracle de Didymes »[56] ; l'« astrologie judiciaire »[57] (l'art de juger de l'avenir d'après le mouvement des planètes, mais Nostradamus se disait « astrophile » plutôt qu'astrologue) ; les « sacrées Écritures », ou les « sacrées lettres[58] » (bien qu'il n'ait probablement pas possédé une Bible telle quelle, interdite à l'époque aux laïques : il en aurait utilisé des extraits trouvés dans Eusèbe, Savonarole, Roussat et le Mirabilis liber) ; « la calculation Astronomique »[59], ou la « supputation des âges »[60], selon de prétendus cycles datant d'Abraham ibn Ezra et de bien avant (Nostradamus prétend arrêter ses prédictions à l'an 3797) ; et le « songe prophétique »[61] ou l'« incubation rituelle »[62]. Il est cependant douteux qu'il ait vraiment utilisé ces procédés, car il semble se contredire là-dessus (par exemple en rattachant une même prophétie à plusieurs procédés), et il est plus probable que sa méthode principale était la projection dans le futur de prophéties préexistantes et de récits historiques, méthode dont il ne dit presque rien, mais dont l'existence est rendue quasi certaine par un nombre considérable de rapprochements faits depuis le XVIIIe siècle jusqu'à nos jours[63]. Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques Centurie I, quatrain 35 Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques de Nostradamus (avec, peut-être le « quatrain de Varennes » IX, 20) est le trente-cinquième de la première centurie (Centurie I, quatrain 35) Le lyon ieune le vieux ſurmontera En champ bellique par ſingulier delle Dans Cage d'or les yeux luy creuera Deux playes vne, puis mourir, mors cruelle. Selon les adeptes d'une lecture prophétique, ce quatrain annoncerait la mort d'Henri II. En juin 1559, le roi Henri II affronta le comte de Montgommery, lors d'un tournoi de chevalerie. Ils auraient porté (selon ces adeptes) tous deux un lion comme insigne. Henri II reçut un tronçon de la lance de son adversaire à travers son heaume et eut l'œil transpercé. Il mourut dix jours plus tard. L'historien québécois Pierre Brind'Amour (qui, pour sa part, pense que Nostradamus interprète un prodige céleste tel que celui qu'on aperçut en Suisse en 1547, montrant un combat entre deux lions) a été sceptique de l'interprétation courante de ce quatrain : « Ce quatrain, le plus célèbre des Centuries, fait les délices des amateurs d'occultisme, qui veulent y voir l'annonce du tournoi qui opposa Henri II et le sieur Gabriel de Lorge, comte de Montgommery, le 1er juillet[note 6] 1559. On sait qu'Henri II, blessé à l'œil par son adversaire, mourut de sa blessure le 10 juillet suivant. Les sceptiques, dont je suis, s'émerveillent de la coïncidence ; les adeptes y voient la preuve de ce qu'ils ont toujours su, à savoir que Nostradamus avait un don de clairvoyance. Pourtant personne à l'époque ne fit le rapprochement[64]. » Le professeur de linguistique Bernard Chevignard[65] note lui aussi, que « ni Blaise de Monluc, ni François de Vieilleville, ni Claude de l'Aubespine, ni Brantôme ne mentionnent une quelconque prophétie de l'oracle de Salon à ce propos [la mort d'Henri II], mais font état de leurs propres rêves prémonitoires ou d'une prédiction de l'astrologue napolitain Luca Gaurico ». (Brantôme a bien fait allusion à l'incident, mais ne parle que d'un 'devin' qui n'était pas nécessairement Nostradamus.) B. Chevignard[66] relève de plus que, dans ses Présages en prose, à la fin de ce qui concerne le mois de juin 1559 (Henri II fut blessé en juin et mourut en juillet), Nostradamus, après avoir écrit « Quelque grand Prince, Seigneur & dominateur souverain mourir, autres defaillir, & autres grandement pericliter », ce qui fait s'écrier à son dévoué exégète Chavigny : « Icy infailliblement est presagée la mort du Roy Henry II », avait ajouté immédiatement après : « La France grandement augmenter, triompher, magnifier, & beaucoup plus le sien Monarque », d'où ce second commentaire de Chavigny : « Ceci est dit pour deguiser le fait. » Chavigny, d'ailleurs, n'a pas interprété le quatrain I, 35 comme annonçant la mort d'Henri II, non plus que Nostradamus lui-même, qui privilégiait le quatrain III, 55 (après l'avoir rétro-édité, d'ailleurs !). Cette interprétation n'est pas attestée avant 1614[67]. Inspirations de Nostradamus Selon plusieurs études des Centuries, l'une des inspirations de Nostradamus pourrait être le manuscrit de Yves de Lessines, un Moine de l'Abbaye de Cambron L'existence d'inspirations antérieures à Nostradamus a reçu plusieurs confirmations à travers les travaux de Pierre Brind'Amour, qui datent des dernières années du XXe siècle, le livre de Rudy Cambier L'oeuvre du Vieux Moine, celui du Professeur Jean Philippe Lahouste Les Centuries. Nostradamus la fin d'un mythe ainsi que Les Sources Historiques des Centuries de Nostradamus de Philippe Duquesnois. Selon ces trois derniers ouvrages, des quatrains se retrouvant dans les Prophéties auraient fait partie d'un ensemble de mille vers rédigés par Yvain Desprez, devenu Yves de Lessines, le quinzième abbé de l'Abbaye de Cambron, un monastère de moines cisterciens à Cambron-Casteau en Belgique, dans le Hainaut, entre 1323 et 1328. Selon Rudy Cambier[68], l'identité de l'auteur du manuscrit original apparaitrait à la fin du deuxième quatrain des Centuries : Splendeur diuine. Le diuin prés s'assied.(Divin Prés, Yvain Desprez) Dans l'Épître à Henri Second qui précède les trois dernières Centuries de ses Prophéties, Nostradamus semble dire que ses dons de voyant lui révélaient parfois non l'avenir mais le passé : « supputant presque autant des aventures du temps à venir, comme des âges passés »[69]. Son admiratif interprète Chavigny intitula Le Janus françois un livre où il expliquait certains quatrains par des évènements antérieurs à leur publication. Dans des lettres publiées en 1724 par le Mercure de France, un anonyme relevait lui aussi des « prophéties » de Nostradamus qui semblaient tournées vers le passé et, à la différence de Chavigny, il en concluait que Nostradamus se moquait de son lecteur. Des emprunts très nets à l'astrologue Richard Roussat, à l'érudit florentin Petrus Crinitus et à des auteurs antiques comme Tite-Live, Julius Obsequens, etc. ont été découverts. Voici quelques exemples : Centurie 1, quatrains 1 et 2 : Estant assis de nuit secret estude, Seul repousé sur la selle d'ærain, Flambe exigue sortant de solitude Fait proferer qui n'est à croire vain. La verge en main mise au milieu de Branches, De l'onde il moulle & le limbe & le pied. Vn peur (conjecture : Vapeur) & voix fremissent par les manches, Splendeur diuine. Le diuin prés s'assied. Petrus Crinitus, De honesta Disciplina (réédité à Lyon en 1543, livre 20) rapporte, d'après Jamblique (traduit en latin par Marsile Ficin), comment les Sibylles pratiquaient la divination « à Branches » (in Branchis). En quelques lignes, il est question d'un « souffle ou feu ténu » (tenuem spiritum et ignem) ; d'une pythie assise « sur un siège d'airain » (super aeream sellam), d'une autre qui tient « une verge dans sa main » (virgam manu gestat), baigne dans l'eau ses pieds et la bordure de ses vêtements (pedes limbumque undis proluit) ou encore aspire la « vapeur » (vaporem) et est emplie de « splendeur divine » (divino splendore)[70]. Centurie 1, quatrain 42 : Le dix Kalendes d'Apuril de faict Gotique (conjecture : Gnostique) Resuscité encor par gens malins : Le feu estainct, assemblée diabolique Cherchant les or du d'Amant & Pselyn. Dans le même livre de Petrus Crinitus (l. 7, ch. 4) il est question de Gnostiques (Gnostici) qui, cherchant à profiter des enseignements de Psellus et d'Origène Adamantius (Psellus, Origenes Adamantius), s'assemblent (convenire) le dix des Calendes d'avril (X. Cal. Apri.) et, toutes lumières éteintes (luminibus extinctis), commettent des abominations[71]. Centurie 2, quatrain 41 : La grand'estoile par sept iours bruslera, Nuée fera deux soleils apparoir : Le gros mastin toute nuit hurlera Quand grand pontife changera de terroir. Julius Obsequens, dans son Livre des Prodiges (réédité en 1552 par Conrad Lycosthenes), raconte qu'après l'assassinat de Jules César, « une étoile brûla pendant sept jours. Trois soleils brillèrent […]. Des hurlements de chiens furent entendus de nuit devant la maison du grand pontife »[72]. Centurie 5, quatrains 6 et 75 : Au roy l'Augur sur le chef la main mettre, Viendra prier pour la paix Italique : A la main gauche viendra changer le sceptre De Roy viendra Empereur pacifique. Montera haut sur le bien [conjecture : lieu] plus à dextre, Demourra assis sur la pierre quarrée : Vers le midy posé à la senestre, Baston tortu en main, bouche serrée. Tite-Live raconte ainsi l'inauguration du roi Numa Pompilius : « Alors, sous la conduite de l'augure […], Numa se rendit à la citadelle et s'assit sur une pierre face au midi. L'augure prit place à sa gauche, la tête voilée et tenant de la main droite un bâton recourbé et sans nœud appelé lituus. De là, embrassant du regard la ville et la campagne, il […] marqua dans le ciel les régions par une ligne tracée de l'est à l'ouest et spécifia que les régions de droite étaient celles du midi, les régions de gauche celles du nord […]. Puis, faisant passer le lituus dans sa main gauche, et plaçant la droite sur la tête de Numa, [il demanda un signe de la part des dieux]»[73]. Immédiatement après, Tite-Live[74] dit que Numa fut un roi pacifique qui éleva le temple de Janus pour symboliser la paix, et il loue l'empereur régnant, Auguste, d'être lui aussi pacifique[75]. Centurie 6, quatrain 100 : Quos legent hosce versus, maturè censunto : Profanum vulgus, & inscium ne attrestato : Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto : Qui aliter facit, is ritè, sacer esto. Traduction : Que ceux qui lisent ces vers y réfléchissent longuement ! Que le vulgaire profane et ignorant ne s'en approche ! Que tous les astrologues les sots, les barbares s'en écartent ! Qui passe outre, qu'il soit maudit selon le rite ! Petrus Crinitus, à la fin de son De honesta disciplina, déjà cité, avait mis cette strophe latine[76] : Legis cautio contra ineptos criticos Quoi legent hosce libros, maturè censunto : Profanum uolgus & inscium, ne attrectato : Omnesque legulei, blenni, barbari procul sunto : Qui aliter faxit, is ritè sacer esto.'' Centurie 7, quatrain 41 : Les os des pieds et des mains enserrés, Par bruit maison longtemps inhabitée ; Seront par songes concavant déterrés, Maison salubre et sans bruit habitée.'' Pline le Jeune, Lettres, VII, 27 (trad. De Sacy et Pierrot) : « Il y avait à Athènes une maison vaste et spacieuse, mais décriée et funeste. Dans le silence de la nuit, on entendait un bruit de fer […] et un froissement de chaînes […]. Bientôt apparaissait le spectre : […] ses pieds étaient chargés d'entraves et ses mains de fers qu'il secouait. […] Aussi, dans la solitude et l'abandon auquel elle était condamnée, cette maison resta livrée tout entière à son hôte mystérieux. […] [Le philosophe Athénodore loue la maison et y veille la nuit. Le spectre survient et l'invite à le suivre dans la cour, où il disparaît. Athénodore marque le lieu.] Le lendemain, il va trouver les magistrats et leur conseille de fouiller en cet endroit. On y trouva des ossements enlacés dans des chaînes. […] On les rassembla, on les ensevelit publiquement et, après ces derniers devoirs, le mort ne troubla plus le repos de la maison. » (Noté par E. Gruber[77]) Centurie 9, quatrain 20 : De nuit viendra par la forest de Reines Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche, Le moine noir en gris dedans Varennes Esleu cap. cause tempeste feu, sang tranche. Dans La Guide des chemins de France, éditée chez Charles Estienne en 1553, les pages 137 à 140 concernent les confins du Maine et de la Bretagne, à raison de quelques brèves lignes par page. On y trouve mentionnés les toponymes Vaultorte, Heruee (probablement coquille pour l'actuelle Ernée), un ruisseau « faisant le depart (cfr. les deux pars de Nostradamus) de la comté du Maine et de la duché de Bretaigne » (tous p. 137), la « Forest de Renes » (p. 138), Varennes (p. 139) et la « pierre blanche » (p. 140)[78]. Certaines découvertes dans ce sens ont été présentées directement sur Internet, sans publication antérieure en livre ou en revue. C'est ainsi que L. de Luca[79] a découvert que la strophe latine mise par Nostradamus dans le prologue de sa Paraphrase de Galien est tirée des Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, ouvrage de Petrus Apianus et Bartholomeus Amantius, édité à Ingolstadt en 1534[80]. De même, P. Guinard[81] a découvert qu'Ulrich von Hutten est cité très souvent dans les Présages de Nostradamus et qu'il a fourni de la matière à un au moins des quatrains des Prophéties : Ulric von Hutten, Poemata[82]: Bis petit obscurum et condit se Luna tenebris Ipse quoque obducta pallet ferrugine frater. Traduction du texte : « Deux fois la Lune cherche l'obscurité et se cache dans les ténèbres, Et son frère lui-même pâlit, couvert d'une couleur ferrugineuse » Nostradamus, Prophéties, I, 84 : Lune obscurcie aux profondes tenebres, Son frere pasle de couleur ferrugine Peter Lemesurier[83] et Gary Somai[84] ont également fait des rapprochements intéressants sur leurs sites d'internet. Prophéties apocryphes Les Sixains, qui furent publiés pour la première fois au XVIIe siècle, sont considérés comme faux même par les partisans de la prescience de Nostradamus, car ils ne sont pas dans son style et son vocabulaire et sont beaucoup plus explicites que les quatrains centuriques. Par exemple, le sixain 52 évoquerait le Massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 : La grand'Cité qui n'a pain à demy Encor un coup la sainct Barthelemy Engravera au profond de son ame : Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier, Castres Lyon, Mars entrant au Bélier, S'entrebatteront : le tout pour une Dame D'après cette interprétation, la grand'Cité serait Paris. Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier sont les quatre principales villes protestantes. une Dame indiquerait Catherine de Médicis. Juste après les attentats du 11 septembre 2001, le texte suivant a circulé sur Internet : In the City of God there will be a great thunder, Two brothers torn apart by Chaos, while the fortress endures, the great leader will succumb, The third big war will begin when the big city is burning « Dans la cité de Dieu il y aura un grand tonnerre Deux frères seront séparés par le chaos Pendant que la forteresse endure Le grand meneur succombera La troisième grande guerre commencera quand la grande cité brûlera » Ce texte n'est pas de Nostradamus (ce n'est même pas un quatrain). Il fut écrit en 1997 et publié sur une page web par Neil Marshall, étudiant canadien de Brock University, qui voulait montrer qu'on pouvait fabriquer à la manière de Nostradamus des prophéties assez ambiguës pour supporter de nombreuses interprétations. Ce qui concerne la troisième grande guerre n'est pas de Neil Marshall et fut ajouté après les attentats du 11 septembre[85]. Il existe aussi la traduction française d'un mélange de canulars, volontairement troublant, répandu en anglais après les attentats du 11 septembre 2001, et qui, il est bien évident, manquent de la rime et la scansion métrique qui caractérisent le « vers commun » qu'utilisait Nostradamus : Dans l'année du nouveau siècle et neuf mois, Du ciel viendra un grand roi de terreur… Le ciel brûlera à quarante-cinq degrés. Le feu approche la grande nouvelle ville… Dans la ville d'York, il y aura un grand effondrement, Deux frères jumeaux déchirés par le chaos Tandis que la forteresse tombe le grand chef succombera La troisième grande guerre commencera quand la grande ville brûlera. Ouvrages Première page de l'exemplaire dit « Rigaud », livre imprimé à Lyon en 1555, date de la première édition des Prophéties. Interprétation des hiéroglyphes de Horapollo (1543-1547) ; édité par Pierre Rollet, éd. Ramoun Berenguié, Aix-en-Provence (1967) Pronostications et Almanachs[86] (1550-1567) Traité des Fardements et Confitures (1555) ; titre complet : Excellent et moult utile opuscule à tous nécessaire qui désirent avoir connoissance de plusieurs exquises receptes divisé en deux parties. La première traicte de diverses façons de fardemens et senteurs pour illustrer et embelir la face. La seconde nous montre la façon et manière de faire confitures de plusieurs sortes Traité des confitures, éditions Être et connaître, 156 p. (2006) Des confitures (sélection de 11 textes), édition de bibliophilie, illustrée de gravures à la manière noire par Mario Avati, préface de Michel Chomarat, éd. Les Bibliophiles de France (2010) Traité des confitures, adapté en français moderne et présenté par Jean-François Kosta-Théfaine, éditions Imago, 180 p. (2010) Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, à Lyon, chés Macé Bonhomme, MDLV [4 mai 1555][87] réimpr. par Les Amis de Michel Nostradamus (1984) texte en ligne, selon les premières éditions Épître à César (son fils, César de Nostredame), in Prophéties[88] (1555) ; édité par Eugène Bareste, Paris, Maillet (1840) Paraphrase de Galien ; titre complet : Paraphrase de C. Galen, sus l'exortation de Ménodote, aux estudes des bonnes artz, mesmement Médicine : Traduict de latin en francoys, par Michel Nostradamus, Lyon, Antoine du Rosne (1557) Épître à Henri second[89] (27 juin 1558) in Le Pelletier, Les Oracles de Michel de Nostredame, astrologue, médecin et conseiller ordinaire des rois Henri II, François II et Charles IX, Paris, A. Aubry (1867) rééd. en 2 vol. par Serge Hutin, Les Prophéties de Nostradamus, J'ai lu, p. 101-115 (1976) Traité de la Peste (vers 1558-1559) ; on n'a conservé que la traduction anglaise : An excellent treatise, shewing such perillous and contagious infirmities, as shall issue 1559 and 1560, with the signes, causes, accidents and curation for the healthe of such as inhabit the 7, 8 and 9 climate, compiled by Maister Michael Nostrodamus, Doctor in Phisicke, and translated into English..., Londres, John Daye (1559) Jean Dupèbe, Nostradamus : Lettres inédites, édition scientifique, Genève, Droz (1983) Voir aussi Jacques Chomarat, « Nostradamus : Lettres inédites, introduction et notes par Jean Dupèbe » (recension), Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, 1984, vol. 19, p. 89-93, consultable sur le site Persée. (Apporte des compléments au travail de J. Dupèbe.) Testament ou Troisième Épître (15 juin 1566) ; édité par Daniel Ruzo[90], Le Testament de Nostradamus, Barcelone (1975), trad. française, Monaco, Le Rocher, p. 21-28 (1982) Éditions et traductions Jean-Aimé de Chavigny, Recueil des présages prosaïques de M. Michel de Nostradame lors qu'il vivoit, conseillier du Roy treschr(est)ien Charles IX du nom, et Médecin ordinaire de sa Magte (1589) Théophile de Garencières, The True Prophecies or Prognostications of Michel Nostradamus, Londres, 1672. Traduction anglaise des Prophéties de Nostradamus. A repéré dans les deux premiers vers du quatrain VI, 89 une citation d'un passage de Plutarque (Vies parallèles, « Artaxerxès », ch. 16) sur le supplice du « scaphisme ». Pierre Brind'Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, 1996. Édition savante de l'Épître à César et des 353 premiers quatrains. Repère de façon très convaincante de nombreux emprunts de Nostradamus à des livres édités à son époque. Jean-Paul Clébert, Prophéties de Nostradamus. Les Centuries. Texte intégral (1555-1568). Transcription et commentaires mot à mot, 2003. Éclaire (philologiquement) de nombreux passages des Prophéties par des passages analogues des Présages. Selon Jean Dupèbe, ce livre « peut offrir au lecteur patient et curieux d’utiles renseignements, à condition qu’il se tienne toujours sur ses gardes[91]. » Dans un livre antérieur, Nostradamus, mode d'emploi, Paris, 1981, qui n'est qu'une esquisse de celui-ci, J.-P. Clébert avait envisagé que les indications toponymiques du fameux quatrain de Varennes se rapportent en fait à la province du Maine, conjecture dont Chantal Liaroutzos allait faire une certitude. Nostradamus, Prophéties. Présentation par Bruno Petey-Girard. Paris, Flammarion, 2003. Édition des Centuries I à VII, considérées comme d'authenticité certaine parce que non posthumes. Nostradamus, Les Prophéties, éditions AlterPublishing. 2015 (version française), 2020 (version avec traduction en anglais)[92]. Facsimilé de l’édition de 1557, avec transcription de ce facsimilé et transcription modernisée de l'édition de 1557

vendredi 28 juillet 2023

Robert Benazra La thèse du complot des Centuries

La thèse du complot des Centuries à l’épreuve de la critique par Robert Benazra En ce début de nouvelle année, nous souhaitons à tous nos lecteurs une bonne lecture. Nous avons pensé qu’il serait utile, afin d’éclairer ceux qui nous lisent régulièrement, de donner un résumé des positions d’un de nos collaborateurs les plus prolifiques, concernant sa thèse du “complot des Centuries” et de répondre à son argumentation développée notamment dans notre rubrique Analyse depuis juin 2002. Sommaire : 1 - Le début d’une controverse 2 - Le cheminement d’une pensée iconoclaste 1 Le début d’une controverse Jusqu’à une date récente, les nostradamologues ne se sont guère préoccupés de rechercher particulièrement des “preuves” qui attesteraient de la publication de Centuries vers le milieu du XVIe siècle, en dehors bien sûr des éditions des Centuries, proprement dites. Il nous faut cependant dire que dès avant les années Quatre-vingt (du siècle dernier), il s’agissait aussi bien pour Michel Chomarat et nous-même, qui avions entrepris chacun de notre côté l’élaboration d’une bibliographie de Nostradamus, d’une part, de fournir aux chercheurs un instrument de travail le plus exhaustif possible et surtout d’intéresser le milieu universitaire à cette recherche nostradamologique que nous appelions de tous nos voeux. La récente Table ronde organisée conjointement par l’équipe de Mme Jacqueline Allemand, du Musée Nostradamus, et la Mairie de Salon-de-Provence, à l’occasion du cinquième centenaire de naissance de l’astrophile provençal, allait dans le sens que nous avions précisé lors des Premières Journées Nostradamus en 1985, dans cette même ville où vécut et mourut Michel de Nostredame. Depuis, des universitaires comme Jean Céard, Jean Dupèbe, Pierre Brind’Amour, Bernard Chevignard ou Jacques Halbronn et quelques autres ont apporté chacun leur pierre à l’édifice que les Amis de Michel Nostradamus voulaient construire. Et de cette double réussite, nous n’en sommes pas peu fières. Un de ces chercheurs cependant, exploitant les faiblesses de la documentation existante, avance un certain nombre de spéculations, qui ne sont pas du tout partagées par la majorité des nostradamologues, en particulier Michel Chomarat et nous-même. Nous avons cependant souhaité donner la parole à cet universitaire, Jacques Halbronn, sur ce Site, afin qu’il développe ses idées, amorcées il y a une bonne dizaine d’années, après la publication de notre RCN, pour aboutir, à ce jour, à la soixantaine d’études publiées dans notre rubrique Analyse. Nous avons également publié, par l’intermédiaire de nos Editions Ramkat, un développement assez ample des thèses de cet auteur sous le titre Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus (2002), ouvrage qui aborde une partie de la thèse doctorale de l’auteur, soutenue en 1999 à Nanterre (Paris X).1 Auparavant, J. Habronn avait écrit un article quelque peu fondateur intitulé “Les prophéties et la Ligue”2 qui posait à la fois le problème et résumait assez bien le point de vue de l’auteur sur la question de l’authenticité des Prophéties de Nostradamus. Nous nous proposons, dans la première partie de la présente étude, d’analyser les principaux arguments développés par son auteur dans ce texte essentiel. J. Halbronn voudrait aborder différemment les études prophétologiques, avec une méthodologie assez particulière et pour le moins originale à l’égard notamment de contrefaçons réelles ou supposées, car selon lui, le prophétisme passe nécessairement par de tels subterfuges et autres interpolations. Nous reviendrons plus loin sur cette assertion ou profession de foi de J. Halbronn : la prophétie ne peut exister dans ce monde et tout texte dit prophétique est obligatoirement marqué par le contexte socio-politique de l’époque où il est apparu et donc, tout anachronisme dans ce domaine ne peut être qu’un leurre entretenu par la contrefaçon et le faux ! J. Halbronn souhaite remettre en question la datation traditionnelle d’un texte lorsqu’il traite de prophéties, utilisant pour cela ce qu’il nomme un raisonnement de type “chronématique” : il s’agit de dater un document par l’examen attentif de son contenu et la mise en évidence de “chronèmes”, c'est-à-dire des anachronismes ou des indices laissés par les faussaires et qui les trahiraient ; c’est un peu l’histoire du Petit Poucet à l’envers et l’historien des textes doit donc se préoccuper des “sources” en aval en retrouvant les modifications et changements subis par le texte original qu’il s’agit de reconstituer. J. Halbronn prend ainsi l’exemple de la Ligue et des éditions des Centuries imprimées vers 1588 - 1589. Il se propose de déterminer la spécificité de la production prophétique à cette époque troublée, marquée par la division du Royaume entre les Lorrains et les Réformés. Mais près de trente ans plus tôt, n’était-ce pas également le même contexte avec le début des guerres civiles entre les Papistes et les Huguenots ? Il semble que la présence du mot Tours dans un quatrain “sensible” revêt pour J. Halbronn une grande signification et porte, sans aucun doute pour lui, la marque du temps de la Ligue : la ville de Tours, à l’instar de La Rochelle, servait les intérêts de la cause réformée, alors que les villes de Paris, Lyon ou Cahors se mettaient plutôt au service de la propagande lorraine. Et voilà le point de départ des thèses halbroniennes. Toute la démonstration de notre auteur repose essentiellement sur les éditions parisiennes et rouennaise des Centuries publiées en 1588 et 1589. Nous pensons avoir suffisamment démontré dans le RCN (pp. 118 - 121) - dont J. Halbronn fut un des co-éditeurs - que l’édition de la Veuve Nicolas Roffet était une édition frauduleuse qui a utilisé tous les stratagèmes de la falsification (inversion de l’ordre des quatrains, inversion de l’ordre des vers, suppression de quatrains, insertion de quatrains-présages parus dans les années 1561 à l’intérieur de centuries, insertion de quatrains tirés de nulle part, probablement inventés pour l’occasion, etc.) et là, nous sommes entièrement d’accord avec J. Halbronn : cette édition “ligueuse” a bien été imprimée dans un but politique. Dans un paragraphe intitulé “Les ajouts à la centurie IV”, J. Halbronn entend démontrer que cette centurie IV n’avait pas encore atteint les 53 quatrains (de l’édition Macé Bonhomme datée de 1555) au début de 1588, puisque l’édition rouennaise, imprimée chez Raphaël Du Petit Val en 1588, ne comportait que 49 quatrains à cette centurie IV. Cet argument ne peut emporter l’adhésion et ce, pour une raison très simple : si effectivement il manquait 4 quatrains à la centurie IV de l’édition Du Petit Val, le dernier quatrain se terminait bien par le numéro 53. En effet, il manquait les quatrains 44, 45, 46 et 47 : l’éditeur les avait supprimé purement et simplement ! Ainsi, ce raisonnement de J. Halbronn ne peut tenir, car c’est exactement l’inverse qui s’est produit : 4 quatrains n’ont pas été ajoutés en passant de 1588 à 1590 (n’oublions pas que la même année 1588, les éditions parisiennes de la veuve Nicolas Roffet et de Pierre Ménier, comportaient les dits “quatrains ligueurs” et qu’il en était de même pour l’édition rouennaise de Raphaël Du Petit Val l’année suivante), mais 4 quatrains ont été retranchés dans cette édition rouennaise, dont Daniel Ruzo possédait le seul exemplaire connu. J. Halbronn pêche par excès de zèle, et n’est-ce pas une situation plutôt cocasse dans laquelle se trouve notre historien des textes qui entend démontrer que l’édition Macé Bonhomme de 1555 est antidatée en se référant au contenu d’une réelle et évidente contrefaçon ? Pour montrer que la Ligue constituait un moment essentiel dans l’histoire de la littérature nostradamique, J. Halbronn met l’accent sur la grand conjonction en Poisson / Bélier qui était attendue pour 1583 / 1584. Cette conjunctio maxima coïncida avec le trouble dynastique provoqué par la mort précoce de François d’Alençon, dernier fils de Henri II et de Catherine de Médicis. Nostradamus serait, pour ainsi dire, le prophète... de la Ligue, et l’auteur de citer le premier vers du 2e quatrain de la centurie VI, qui fait partie des centuries apparues sous la Ligue : En l’an cinq cens octante plus & moins A partir de ce postulat, “autour de 1580”, J. Halbronn disqualifie les éditions 1555, 1557 et 1568 - antérieures à la Ligue - et les considère comme des contrefaçons, car toutes, hormis l’édition rouennaise à quatre centuries, comportent une injonction contre une ville “ligueuse”. Notre historien des textes aimerait bien (nous faire) croire que certains quatrains des éditions “contrefaites” 1555 et 1557 reflètent la situation politique telle qu’elle a eu lieu durant la période 1588 - 1590, et le test décisif serait donc pour lui le deuxième vers du 46e quatrain de la IVe centurie : Garde toi Tours de ta proche ruine Voilà son interprétation : “Nous y voyons une mise en garde évidente à cette ville, fidèle à Henri de Navarre, siège du Parlement et du gouvernement”, puis l’auteur conclut sans plus de précaution “à la contrefaçon des éditions antérieures à 1588 et qui comportaient le verset : Garde-toi Tours etc.” Supposons donc, avec J. Halbronn, que ce vers soit effectivement une mise en garde de la propagande lorraine contre les Réformés. Que dire alors de celui-ci qui en est pour ainsi dire le pendant : Romain pontife garde de t’approcher Nous remarquons qu’il est construit de la même manière que le précédent et que le poète qui l’a composé tutoie à nouveau sa prochaine “victime” ! Ce vers fut publié avec le même lot de centuries que le précédent, puisqu’il s’agit du premier vers du 87e quatrain de la centurie II.3 Si J. Halbronn veut jouer sur le terrain mouvant de l’interprétation, il me semble que nous avons là une mise en garde contre le pape - le troisième vers de ce même quatrain est d’ailleurs sans équivoque : Ton sang viendra pres de la cracher - laquelle devrait provenir cette fois-ci de la propagande vendomienne. Il y a d’ailleurs un autre quatrain (I.52), dont le caractère anti-catholique a récemment été souligné par Gruber4, à telle enseigne que Jean-Aimé de Chavigny5 en avait mutilé le troisième vers qui semblait contenir une expression pouvant être lue comme une malédiction pour l’église et l’a donc remplacé par un astérisque : Version Benoît Rigaud, 1568 : Peste à l’Eglise par le nouueau roy joinct Version du Janus Gallicus : * le nouueau Roy ioint Mais le plus extraordinaire dans cette affaire, c’est que le lecteur de l’époque n’a probablement jamais eu la même grille de lecture que J. Halbronn : peut-on sérieusement imaginer que le grand public avait quelque chance de pouvoir identifier un vers parmi plusieurs centaines ? En fait de démonstration de la justesse de sa thèse, il nous semble que ce soit plutôt J. Halbronn qui chercherait à instrumentaliser les Centuries ! Dans un second paragraphe intitulé “Les ajouts à la centurie VI”, notre auteur récidive avec le même état d’esprit. En effet, les éditions parisiennes de 1588 et 1589 possède une particularité en leur page de titre : elles se présentent comme des rééditions d’une publication de 1560 - 1561 : “Reveues & additionnées par l’Auteur, pour l’An mil cinq cens soyxante & un de trente-neuf articles à la dernière centurie.” Bien que nous n’ayons pas retrouvé le moindre exemplaire d’une telle édition, qui aurait été publiée chez la faussaire Barbe Regnault6, nous n’excluons nullement son existence, même s’il s’agit sans doute d’une réelle contrefaçon avec une date de publication cependant authentique. Rappelons à ce propos qu’en 1588, les édition parisiennes de la veuve Nicolas Roffet comportent 71 quatrains à la centurie VI et celles de Pierre Ménier en comportent 74, et que l’édition parisienne de Charles Roger publiée en 1589 ne comporte pas 74 mais 71 quatrains à la centurie VI. Cette centurie VI n’est pas “réapparue” complète en 1590 dans l’édition de Cahors, comme l’écrit J. Halbronn, mais déjà en 1589 dans l’édition rouennaise de Raphaël Du Petit Val : ainsi, la même année 1589 furent publiées une première édition avec 71 quatrains à la centurie VI et une seconde édition avec la même centurie complète cette fois-ci. Nous avons montré dans le RCN (op. cit.) que dans cette centurie VI, l’éditeur a supprimé 21 quatrains qu’il a remplacé par divers autres quatrains, appartenant notamment aux centuries III, IV, V, et que dans la quasi totalité de ces quatrains répétés, l’ordre des vers en a été modifié pour dissimuler la supercherie au lecteur contemporain qui n’avait certainement pas sous les yeux la dernière édition publiée une vingtaine d’année auparavant. A la lumière de ces quelques exemples, Il semblerait que le fragile château de cartes nostradamique monté par J. Halbronn possède quelques deffaillances qui mettent en péril les fondations même de sa construction hypothétique, et sur ces seules bases, nous ne pouvons donc pas adhérer à sa thèse des Centuries contrefaites. Pour montrer que les derniers quatrains de la centurie VI ont été ajouté à l’époque de la Ligue, J. Halbronn prend l’exemple du quatrain VI.85 qui comporterait selon lui une référence au pape élu et rapidement décédé au début de l’été 1590, à savoir Urbain VII : La grand’cité de Tharse par Gaulois Sera destruite, captifs tous à Turban Secours par mer du grand Portugalois Premier d’esté le jour du sacre Urban Examinons cependant une autre interprétation de ce quatrain tout aussi plausible que celle de J. Halbronn, notamment celle de G. Belthikine, dans la revue Inconnues, 1955, n° 12, pp. 55 - 56, qui nous semble plus pertinente au point de vue de la concordance. Ce quatrain, associé d’ailleurs au (V.14), relate l’extraordinaire aventure qui survint au grand maître de l’Ordre de l’Hôpital, Jean-Fernandez de Heredia (appelé Heredde dans V.14) connu sous le surnom de “grand portugalois”. Après avoir ramené la papauté de son exil d’Avignon à son siège romain, ce grand maître entreprit une expédition contre les Turcs (Turban) en vue de s’emparer de la ville de Corinthe. Cependant, il tomba dans une embuscade et fut fait prisonnier : ce n’est bien sûr pas une prophétie, puisque nous sommes en 1378, au moment même où Urbain VI (Urban) accédait au trône pontifical. Et cette élection, imposée par le peuple romain, marqua le début du Grand Schisme, un événement très important que ne manqua pas de rappeler Nostradamus dans ce quatrain significatif. Dans un autre paragraphe intitulé “Les ajouts à la centurie VII”, J. Halbronn poursuit son test relatif aux centuries incomplètes. C’est la dernière centurie du 1er volet des Prophéties et la seule qui restera incomplète dans le “canon” centurique désormais célèbre. Si on considère les éditions parisiennes de 1588 - 1589, on n’a pas fini d’être étonné de la manière avec laquelle les quatrains nostradamiens sont traités, voire proprement méprisés par certains imprimeurs. Dans les éditions de la veuve Nicolas Roffet, de Pierre Ménier ou de Charles Roger, la “centurie” VII ne comporte que 12 quatrains, numérotés 72 à 83 (poursuivant ainsi la numérotation de la VI), mais en plus, ces quatrains, excepté le premier qui est le 31e de la centurie VI, sont tirés de l’almanach nostradamien pour 1561.7 Là encore, J. Halbronn présuppose que le contenu “traditionnel” de cette centurie n’a pu apparaître qu’entre 1588 et 1590 et de chercher les preuves d’un tel ajout. Mais, une fois de plus, J. Halbronn se contente d’une lecture approximative de notre RCN et passe sous silence le fait qu’en 1589, si effectivement les éditions parisiennes de Pierre Ménier et Charles Roger ne possédaient point ce contenu, celle de Raphaël Du Petit Val à Rouen, la même année, avait 39 ou 40 quatrains à la centurie VII, si on en croît Daniel Ruzo qui possédait l’unique exemplaire, d’ailleurs malheureusement incomplet. Dans son article, J. Halbronn nous rappelle un témoignage tardif qui fait référence à deux quatrains issus des trois premières centuries, et qui se trouve dans une lettre d’Estienne Pasquier à Airault, datant de 1589 (Livre XIII, lettre VI). Il s’agit des deux premiers vers du quatrain 51 et des quatre vers du quatrain 55 de la centurie III : III.51 Paris conjure un grand meurtre commettre Bloys luy fera sortir son plein effect III.55 En l’an qu’un œil en France règnera La Cour sera en un bien fascheux trouble Le grand de Bloys son ami tuera Le Règne mis en mal & doute double. L’assassinat de l’instigateur de la Saint-Barthélémy aux états généraux de Blois le 23 décembre 1588, sur l’ordre de Henri III, est clairement annoncé dans les vers ci-dessus, “interprète” le rationaliste J. Halbronn, quatrains qui appartiennent, rappelons-le, à une centurie (la IIIe) qui fut largement attestée par Crespin en 1572.8 Même si nous suivons l’hypothèse qui sera émise par J. Halbronn affirmant que Nostradamus n’est point l’auteur des Centuries, nous avons quand même ici la démonstration éclatante d’une prophétie réalisée ! J. Halbronn se penche sur ce qu’il nomme la “pseudo-édition de Cahors”, qui reproduit en 1590 l’édition de Benoît Rigaud en deux volets. Il nous fait notamment remarquer que cette édition est plus “achevée” que l’édition d’Anvers par François De Sainct Jaure publiée la même année. Si cette dernière comporte effectivement 35 quatrains, nous ferons remarquer à J. Halbronn, ainsi que nous l’avions noté dans le RCN (p. 127), qu’il manque 5 quatrains (les n°s 3, 4, 8, 20 et 22), de sorte que le quatrain numéroté 35 correspond bien au numéro 40 de l’édition de Cahors ! Il n’est pas très rationnel de bâtir toute une théorie du complot à partir de déductions simplifiées, partiales et erronées, alors qu’il est patent que l’éditeur d’Anvers a tout simplement supprimé 5 quatrains dans une centurie déjà existante pour des raisons qui sont les siennes et que l’on pourrait bien sûr analyser, mais point là est notre souci d’aujourd’hui. Nous pouvons résumer à ce stade la thèse principale de J. Halbronn. Les Prophéties de Nostradamus auraient servi de substrat aux conflits qui opposa les deux camps en présence dans les années qui suivirent la mort du prophète : les premières centuries (premier volet composé des centuries I-IV) furent réalisé par le camp Lorrain dans les années 1570, dans les années 1580 pour les centuries V-VII, et les dernières centuries (deuxième volet composé des centuries VIII-X) furent composées par le camp Navarre (anti-Guise) quelques années seulement avant la fin du XVIe siècle : les Centuries ne furent ni plus ni moins qu’une arme de propagande entre services d’espionnage et de contre-espionnage !9 En fait, J. Halbronn voudrait absolument nous faire croire à l’impossibilité d’un texte qui annoncerait sous la Ligue, qui plus est dans une ville aux mains des Guise, telle Cahors, la victoire, notamment sous forme d’anagramme, de Mendosus (Vendôme) sur Norlaris (Lorraine), clairement annoncée, selon lui, par un vers du quatrain 18 de la centurie X : Le ranc lorrain fera place à Vendosme Notre auteur en déduit de manière simpliste que les centuries VIII, IX et X (second volet de l’édition de Cahors) ne sont pas parues sous la Ligue, puisque reflétant les enjeux politiques de l’époque en servant les intérêts d’Henri de Navarre. Il nous semble que même un esprit rationnel peut parfois déraisonner lorsqu’il persiste dans une attitude scientiste et non scientifique : “On peut raisonnablement admettre, écrit J. Halbronn, en raison de l’enjeu, que le texte [Edition des Centuries à Cahors] parut à la veille des Etats de Paris de 1593 qui devaient élire le prochain roi de France.” (p. 122) Nous sommes en plein roman fiction : encore une fois, un vers noyé parmi des centaines d’autres aurait nécessité plusieurs “poètes-fraudeurs” travaillant de concert, “prophétisant” à la manière d’un Nostradamus, décédé une trentaine d’années auparavant, et dont le pot aux roses n’aurait été découvert que quatre siècles plus tard, bien au delà des espérances des instigateurs de l’époque ! Et pour quel enjeu politique, à court terme, M. Halbronn ? Le vers du quatrain (X.18), cité par J. Halbronn, annonçant selon lui la victoire de Vendôme (Henri de Navarre) sur les Guise, est d’ailleurs en contradiction avec le vers du quatrain (VIII.1) qui ouvre le second volet des Centuries, également cité par le même auteur : Pau, Nay, Loron, plus feu qu’à sang sera En effet, si nous suivons la même logique halbronienne, qui interprète les quatrains avec une subjectivité manifeste, puisque créant de lui-même un clivage qu’il voudrait imposer au véritable auteur du texte, il en résulte qu’on ne promet guère de clémence, dans ce dernier vers, aux villes de Navarre ainsi citées. Une fois de plus, l’auteur nous fait lui-même la démonstration que ce nouveau lot de centuries (VIII, IX, X) serait tantôt du côté de la Navarre, tantôt du côté de la Ligue. J. Halbronn semble d’ailleurs parfaitement se contredire quand il affirme, dans le texte que nous avons publié, que les centuries VIII-X sont attestées dès le début des années 1570 par Crespin, mais que les mentions de Norlaris (VIII.60 & IX.50) et de Mendosus (IX.45 & IX.50) ne le sont pas. En effet, comme nous l’avons montré10, Antoine Crespin Archidamus utilise ces dits quatrains dans Les Prophéties dédiées à la Puissance Divine (1572), respectivement aux Adresses 51 (IX.45) et 70 (IX.50). Et c'est un autre argument d’une hypothèse imp(r)udente qui s’écroule. Dans le RCN, nous avions notamment signalé, note J. Halbronn, que le quatrain (VI.31) qui figure dans les éditions de La Ligue n’était pas le bon mais lui-même cite par erreur le quatrain (V.31). En fait, notre historien du prophétisme interprète une fois de plus de manière erronée notre analyse de cette édition de 158811 qui avait relevé un nombre relativement important d’anomalies, la disqualifiant pour en faire un élément à charge contre les éditions 1555, 1557 et 1568. Pour en revenir à ce quatrain numéroté traditionnellement (VI.31), nous avions simplement écrit qu’il avait été, avec une vingtaine d’autres, purement et simplement supprimé à cette place dans cette édition défectueuse et remplacé ici par le quatrain (IV.31) qui comme pour les autres, avait l’ordre de ses vers volontairement changés. Le quatrain (VI.31) prenant quant à lui la place du (VI.28) et se trouvant par ailleurs au début de la “centurie septième” de cette édition, d’ailleurs avec d’autres, comme nous l’avons dit plus haut, qui n’étaient pas des quatrains centuriques, puisqu’ils avaient été “empruntés” à l’almanach nostradamien pour 1561. Dès lors, considérer que ces éditions “imparfaites” de la Ligue - dont l’analyse bibliographique a démontré nombre d’incohérences flagrantes pour des publications parues entre 1588 et 159012 - sont fondatrices du canon nostradamique relève véritablement du tour de force. Pour nous, voici tout ce que ces éditions ligueuses pourraient éventuellement démontrer : 1 / L’existence incontestable d’une édition précédente à 4 centuries, la dernière incomplète à 53 quatrains (attestée en 1555), puisqu’ainsi constituée : “Prophéties de M. Nostradamus” - centuries première, seconde, tierce et quarte (53 quatrains). 2 / La possible existence d’une édition suivante (1556 ?) comportant au moins les centuries V et VI, puisqu’ainsi constituée : “Prophéties de M. Nostradamus adjoustées outre les précédentes impressions” - quatrains n°s 53 à 100, puis centurie cinquième et sixième (71 quatrains). 3 / La possible existence d’une édition suivante (après 1557) comportant au moins les centuries VII et VIII, puisqu’ainsi constituée : “Prophéties de M. Nostradamus adjoustées nouvellement” - centurie septième (12 quatrains) et huitième (6 quatrains). En fait, nous ne retiendrons que le premier point, car les centuries VI, VII et VIII, incomplètes, comportant respectivement 71, 12 et 6 quatrains, sont des plus suspects. Par ailleurs, l’énoncé de la page de titre de ces éditions parisiennes de 1588 - 1589 (Veuve de Nicolas Roffet, Pierre Ménier et Charles Roger) est le même que celui de l’édition disparue de 1560 - 1561, citée par Brunet et qui comportait sept centuries. Le nom de l’éditeur, la veuve Barbe Regnault, n’est pas de nature à nous rassurer, non pas sur l’existence d’une édition des Prophéties de Nostradamus à cette date, mais sur le contenu qui aura certainement été autant falsifié que celui, notamment, de la Pronostication nouvelle pour 1562 et de l’Almanach pour l’an 1563 par le même éditeur13, d’ailleurs également éditeur en 1558 d’un virulent pamphlet anonyme contre Nostradamus intitulé Le Monstre d’Abus.14 Toutes les publications que nous connaissons de Barbe Regnault, fille de François Regault et veuve d’André Barthelin, procèdent d’une bien curieuse manière : elles réunissent divers matériaux provenant de textes nostradamiens authentiques avec des modifications frauduleuses dans l’ordre des vers par exemple. Que signifie donc cet énoncé : “Reveues & additionnées pour l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un, de trente neuf articles à la dernière centurie” ? La première occurrence de cette formule se trouvait sur un exemplaire des Prophéties de Nostradamus (Paris, Barbe Regnault, 1560) vendu 12 sols à la vente Gersaint de 1750.15 Cet exemplaire - vraisemblablement une édition piratée, cependant contemporaine de l’époque annoncée - comportait, nous dit Brunet, sept centuries et à la fin du livre, on pouvait lire la date de 1561. Ainsi, en toute bonne logique, cet exemplaire devait comporter 39 quatrains à la centurie VII. Or, l’exemplaire des Prophéties conservé à Budapest et daté de 1557, imprimé chez Antoine du Rosne, comporte 40 quatrains à la centurie VII. Mais ce même exemplaire comporte également 99 quatrains à la centurie VI. Puisque l’énoncé ci-dessus ne précise pas à quelle centurie nous avons affaire, on pourrait légitimement supposer qu’il s’agissait d’insérer 39 quatrains “à la dernière centurie”, en complétant la sixième, mais c’est une simple conjecture. A la fin de son article, après avoir affirmé que les exemplaires des éditions de 1555 et 1557 qui nous sont parvenus sont des contrefaçons qui portent la marque de la Ligue, J. Halbronn écrit : “Cette recherche est trop importante pour être laissée à ceux dont la préoccupation première reste le classement alphabétique et chronologique, sur la base des seules données apparentes”. Il n’est pas superflu de rappeler ici que sans un tel recensement - qui avait été fait, nous l’avons dit plus haut, de manière systématique dans les années 1980 - 1990, “et dont malheureusement la plupart [des nostradamisants] ne soupçonnaient même pas la nécessité”, écrivait Jean Céard dans la préface à notre RCN, J. Halbronn n’aurait jamais pu formuler de telles hypothèses et les études nostradamiennes ou nostradamiques seraient certainement restées l’apanage des seuls interprètes et autres commentateurs. Quant à l’argumentation développée dans l’article ici analysée, malgré toute la bonne volonté mais également le dénigrement systématique de l’auteur concernant les pièces du dossier qui nous sont parvenues, elle ne nous semble pas de nature à devoir mettre en cause la chronologie traditionnellement admise par le bibliographe aujourd’hui. Robert Benazra Feyzin, le 6 janvier 2004 Retour sommaire 2 Le cheminement d’une pensée iconoclaste Il est indéniable que Jacques Halbronn, dès avant la publication de sa thèse d’Etat, a contribué à intensifier la recherche de certaines confirmations (rares) de la publication de Centuries dans les années qui suivirent la mort de Nostradamus. Ainsi, grâce à un usurpateur nommé Antoine Crespin dit Archidamus, nous avons par exemple la conviction qu’en 1572, les Centuries étaient connues.16 Mais les “preuves” ainsi apportées et analysées, notamment sur notre Site, seraient en substance toutes frelatées ou pour le moins interprétées de façon outrancière. Il ne pouvait en être autrement, puisqu’il s’agit pour l’auteur de démontrer une (hypo)thèse, dont il faut bien l’avouer, qui avance sur le terrain mouvant du manque évident de documentation. On lui demanderait bien de tenter ce même genre de démonstration “négative” avec le Pantagruel de François Rabelais ou d’ailleurs tout autre texte d’un écrivain connu du XVIe siècle ! L’historien des textes va donc élaborer un certain nombre d’hypothèses, certes audacieuses, mais essentiellement soutenues par des arguments fondés sur un corpus très lacunaire et tenter de convaincre ses lecteurs de la justesse de sa proposition avancée d’un complot plus ou moins concerté, de faussaires très organisés sur plusieurs générations. Et que le but de ces faussaires était d’attribuer toutes sortes de documents à Nostradamus afin d’accréditer la thèse officielle admise par les bibliographes actuelles, à savoir que Nostradamus est l’auteur d’un recueil de Centuries comportant des quatrains et de faire de l’astrophile provençal une figure de légende contraire, selon lui, à la réalité. Pour J. Halbronn, on ne trouvera jamais une référence explicite et viable aux quatrains centuriques ou à toute expression équivalente, avant 1585, c’est-à-dire avant la notice que Du Verdier consacre à Nostradamus.17 En d’autres termes, même si on trouvait un verset ou un quatrain centurique chez un auteur tel Crespin ou Colony, dans les années 1570, ceux-ci ne seront jamais attribués nommément à Nostradamus. Dans sa critique des historiens de la littérature nostradamique, J. Halbronn voudrait mettre en évidence que le “nostradamisme centurique” est une supercherie littéraire et n’y voit donc qu’une approche apologétique et exégétique. Il veut ainsi proposer une autre méthodologie pour la description du corpus centurique, passant bien évidemment par une dénonciation systématique des documents qui sont parvenus à notre connaissance. Mais ette nouvelle approche critique de l’historien des textes prenant en compte le contexte historique, en recherchant témoignages et recoupement, suppose, malheureusement à priori, que l’événement prophétique ne traite que d’un futur immédiat souhaité et donc que la motivation et la manipulation des faussaires supposés seront toujours d’ordre purement politique. La théorie de J. Halbronn repose aussi, nous l’avons vu précédemment, et en grande partie, sur le contenu des éditions parisiennes dites de la Ligne, parues en 1588 - 1589. Rappelons, une fois de plus, que nous avons apporté, dans le RCN, toute une argumentation qui disqualifie ce type d’édition. Pour ne présenter ici qu’un élément parmi d’autres, nous savons par le seul témoignage d’Antoine Couillard, dans ses Prophéties, datées de 1556, que la Préface à César a bel et bien été publiée en 1555. Or, dans ces éditions ligueuses, la même préface est datée de 1557 ! Dans les textes que J. Halbronn a publié sur notre Site, on trouve des affirmations à l’emporte-pièce, telle celle-ci : “on sait pertinemment [que la Préface à César] n’introduisait pas initialement les dites Centuries”18, puis une autre affirmation du genre : les véritables Prophéties de Nostradamus sont dues à l’imposteur qui s’est fait connaître sous le nom de Mi. de Nostradamus le Jeune19, ou bien encore qu’il s’agit d’une œuvre du poète gascon Auger Gaillard, celui dont le portrait - légèrement modifié - ornera un certain nombre d’éditions des Centuries du XVIIe siècle.20 Les “Centuries” de Nostradamus seraient ainsi l’œuvre de plusieurs faussaires de nature et d’époques diverses. D’ailleurs, J. Halbronn étend le concept à toutes les prophéties de France et de Navarre, et affirme qu’elles seraient toutes récupérées et ne peuvent pas échapper aux clivages politico-religieux. Elles ne font sens que pour l’époque où elles ont été composés, et ce qui importe donc est la contextualité de leur rédaction : toute littérature prophétique ne peut s’apparenter qu'au journalisme ! Voilà donc en substance la thèse que défend J. Halbronn depuis une bonne dizaine d’années. Avant d’aborder certains points particuliers de cette thèse21, on peut résumer ainsi la typologie des éditions centuriques, telle que la conçoit leur auteur.22 Dans les années 1570, il y aurait eu deux types d’éditions : celle comportant les centuries I à IV et celle comportant les centuries qui seront par la suite connues comme VIII à X, soit un ensemble comportant sept centuries (I-IV et VIII-X). La première version à quatre centuries pleines est publiée sous le nom de Nostradamus le Jeune (ou Mi. de Nostradamus) et introduit par une épître dont on ne connaît pas le contenu. La “véritable” Préface à César, qui annonce des “Vaticinations Perpétuelles”, introduisait un autre genre de prédictions qui s’apparenterait plutôt aux Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph Moult (1740). Et une nouvelle Préface (celle retouchée de Nostradamus à son fils César) est alors rééditée, avec une centurie IV incomplète comme étant parue à Lyon chez Macé Bonhomme en 1555. Dans les années 1580, il y aurait eu une première famille d’éditions comportant sept centuries (I à VII) avec la préface à César, apparue autour de 1588 et qui a conduit au faux antidaté de 1557, chez Antoine du Rosne (Bibl. de Budapest et de l’Université d’Utrecht). Une seconde famille d’éditions comportant dix centuries (I à X) avec la préface à César et l’Epître à Henri II, serait apparue vers 1584 et a conduit à un faux antidaté de 1568 chez Benoist Rigaud (exemplaires conservés, essentiellement d’abord parus chez des libraires lyonnais). Une troisième famille d’éditions comportant dix centuries plus les présages et les sixains, avec trois Epîtres (à César, à Henri II, à Henri IV), serait apparue vers 1593 et a conduit également à un faux antidaté de 1568 chez Benoist Rigaud (exemplaires conservés du XVIIe siècle, essentiellement d’abord parus chez des libraires troyens). Cette dernière correspond à un projet nostradamique en douze livres, signalé par Jean-Aimé de Chavigny dans son Janus Gallicus et sur lequel nous reviendrons. Selon la reconstitution halbronienne de la “diachronie” centurique, on aurait publié des centuries complètes quelques années après la mort de Nostradamus, puis plus tard, dix centuries complètes, soit 1000 quatrains, constituant une “miliade” selon la formule de l’Epître centurique à Henri II. C’est n’est qu’à partir de 1584 que des centuries incomplètes auraient été publiées. Ainsi donc, les exemplaires des Prophéties qui nous sont parvenus (1555, 1557 et 1568) sont des faux ou plus exactement des contrefaçons, en utilisant la subtile terminologie de l’auteur. Une raison invoquée pour l’édition Macé Bonhomme de 1555, ne comportant que 53 quatrains à la centurie IV, c’est qu’elle n’est pas attesté par les éditions lyonnaises de 1557 et de 1568 et qu’il faut attendre 1588, d’une part avec l’édition rouennaise - dont l’unique exemplaire se trouvait dans la Bibliothèque de Daniel Ruzo - pour que soit signalé en titre la division en quatre centuries et d’autre part avec les éditions parisiennes, dont le contenu introduit une coupure après le 53e quatrain de la IVe centurie. Si les éditions des Centuries qui nous sont parvenues sont des faux qui n’ont pas été composés par Nostradamus, comme le pense J. Halbronn, les premières questions qui viennent à l’esprit sont les suivantes : pourquoi avoir laissé des centuries incomplètes (la IV pour l’édition 1555 et la VII pour les éditions 1557 et 1568, à 40 ou 42 quatrains), et si l’Epître à Henri II qui préface les centuries VIII à X est largement extrapolée, pourquoi comporte-elle dès lors cette référence à une “miliade”, alors que les Prophéties qui auraient été falsifiées, et qui nous sont parvenues, ne comportent-elles point les 1000 quatrains annoncées ? La préface à César dont J. Halbronn ne peut (malheureusement) pas nier l’existence, à cause de plusieurs témoignages indépendants et citations, notamment celui de Couillard en 1556, aurait donc été refondue au début des années 1580, à la veille de la publication de l’édition “à la miliade”, dont Du Verdier s’est fait l’écho dans sa Bibliothèque en 1585. Il est vrai que la thèse d’une première édition à sept centuries précédée de la Préface à César aura longtemps prévalu chez les nostradamologues, s’appuyant sur le premier volet des éditions datées de 1568. Si au début du XVIIIe siècle, Pierre-Joseph de Haitze23 date cette édition à 7 centuries de 1555, cela reste également le point de vue de biographes de Nostradamus, tels que Jean Moura et Paul Louvet24, qui manifestement n’avaient pas lu Eugène Bareste25, comme le fera trois ans plus tard Jacques Boulenger.26 En ce qui concerne cette Lettre à César, les différences que l’on constate entre ce texte et le “pastiche” de Couillard s’expliquerait d’après J. Halbronn par le fait que le document qui nous est parvenu sous cette désignation ne soit pas l’original mais serait une faux. Nous répondrons que Couillard n’a pas souhaité faire une reproduction servile mais bien une parodie, du même genre que celle que fera l’auteur d’un pamphlet anonyme contre Ronsard27, paraphrasant en quelque sorte l’Eligie à Guillaume des Autels de notre prince des poètes28 : les expressions ne sont justement jamais rigoureusement identiques, ainsi qu’on peut le voir dans l’exemple ci-dessous : Ronsard (1560) France, de ton malheur tu es cause en partie, Je ten ay par mes vers mille fois advertye… Ait de Nostradamus l’enthousiasme excité, Ou soit que le daimon bon ou mauvais l’agite, Ou soit que de nature il ayt l’ame subite… Anonyme (1563) France, tout ce malheur te vient de ta folie, Dieu t’en a par sa voix mille foix advertie… Ait d’un Nostradamus l’enthusiasme excité, Car Dieu ne le conduit, ains le malin l’agite, Quand de nature il cuide avoir l’ame subite… Ainsi, quand Nostradamus disait à son fils César que “la connaissance de cette matière ne se peult encores imprimer dans ton debile cerveau” (Ed. 1555, fol. A4v), Couillard maniant l’ironie, comme à son habitude, répondait : “mon debile cerveau en a depuis eu fort à souffrir” (fol. B2r) ! Dans son article “Le Janus Gallicus et les éditions des Prophéties”29, J. Halbronn nous confirme lui-même, involontairement, l’hypothèse que nous avions émise dans notre étude30, à savoir que les carmes, ainsi désignées par Antoine Couillard, étaient bien des quatrains, lorsqu’il cite un passage de Jean de Chevigny qui fait allusion à Dorat31, dès 1570 : “Pource donc que luy mesme [Dorat] confesse qu’il a profité & allegue les carmes d’un Prophete, qui fut Monsieur de Nostradame (...) je vous en ay bien voulu donner ce contentement. C’est le quatrain quarante cinquieme de sa seconde Centurie prophétique...”32 Ce quatrain mentionné est cité dans son intégralité avec une numérotation qui est celle du canon nostradamique.33 Pour J. Halbronn, ce texte de L’Androgyn de 1570 serait bien évidemment une contrefaçon, puisqu’il contient un témoignage en faveur des Centuries, attribués à Michel de Nostredame, avant cette date. Rappelons le principal axiome de cet historien : un texte qui apporte une preuve de l’existence des Centuries attribués à Nostradamus avant les années 1580 est un texte antidaté ou contrefait ! Par ailleurs, l’auteur soutient également que la Paraphrase de Galien sus l’exortation de Menodote (...) traduite de latin en françois par Michel Nostradamus, parue chez Antoine du Rosne (1557 et 1558), bien que texte non prophétique34, n’en serait pas moins une contrefaçon qui aurait accompagné les dites fausses éditions des Prophéties datées de 1557, car elle comporte “étrangement” une vignette semblable aux publications lyonnaise des Centuries (1555, 1557). J. Halbronn semble oublier qu’on y trouve notamment un acrostiche au folio D 7, d’ailleurs annoncé par l’auteur de l’Epître au Baron de la Garde : “et à un d’eulx avons mis notre surnom, aux lettres supérieures”.35 Et que penser d’une allusion claire à cet ouvrage dans les Epîtres Latines.36 En effet, vers 1560, le correspondant de Nostradamus, un certain Olrias de Cadenet, son cousin germain, s’adresse à lui ainsi : “(...) moi, être indigne, incapable de goûter l’enseignement de Galien, j’ai osé exprimé mon opinion sur votre petit chef d’œuvre (…) J’ai dit à votre frère que nombre d’auteurs français, au style très pur, à la réputation bien établie, n’échappaient pas pour autant aux critiques de doctes lecteurs ; j’ai ajouté que votre traduction, même si elle était très fidèle à Galien pourrait bien subir le même sort.”37 En fait, J. Halbronn, qui a réponse à tout, affirme que les faussaires, ayant appris - par ce recueil de lettres personnels, qui devait circuler, semble-t-il, par toute la France - l’existence d’une étude de Nostradamus sur Galien, ont ainsi produit cette traduction ! Nous devons reconnaître, et nous retrouverons d’autres exemples de ce type, que nous avons parfois beaucoup de mal à suivre un raisonnement halbronnien, tant il erre souvent vers les sphères de l’improbable, voire de l’impossible. C'est vers de telles situations épistémologiques et méthodologiques que voudrait nous entraîner J. Halbronn accusant par avance ses éventuels contradicteurs d’instrumentaliser le phénomène Nostradamus, d’en faire une sorte d’ “artefact nostradamique” et de vouloir constituer une école apologétique à la solde des “Amis de Nostradamus”. Cependant, toutes ces hypothèses iconoclastes concernant les faux supposés d’œuvres nostradamiennes ne reposent, nous l’avons dit et nous le répétons, que sur une seule et unique conviction, un dogme, dirions-nous : la prophétie n’existe pas et personne n’a pu décrire ou décrypter des événements avant qu’ils ne se produisent et donc Nostradamus n’a pu faire exception à cette règle, à cette “loi halbronienne” qui dit grosso modo, pour paraphraser une formule de Lavoisier : Rien ne peut être prophétisé, rien n’est innocent, tous les écrits prophétiques sont des contrefaçons ! C’est pourquoi, selon cet “axiome”, dans la mesure où l’on trouve des quatrains tirés des écrits de Nostradamus qui sembleraient correspondrent à des événements postérieurs à leur rédaction supposée, l’ultime conviction de J. Halbronn est que les quatrains en question sont une extrapolation ou bien que l’édition des Prophéties qui les contiennent sont tout simplement des faux édités avec la malicieuse intention de tromper les contemporains du ou des faussaires. Il est vrai, par ailleurs, que Nostradamus ne mentionne les Centuries ni dans sa correspondance ni dans ses publications annuelles, ce qui permet déjà à certains historiens de nier qu’il en fut l’auteur. Une des rares pièces, n’appartenant pas au corpus centurique proprement dit, et pouvant témoigner de l’existence de Centuries du vivant de Michel de Nostredame, est publié en 1558 : ce sont les Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559 qui évoquent une “seconde centurie”. Pour conforter sa thèse, J. Halbronn devra donc considérer ce petit texte comme une contrefaçon. Imaginons donc un faussaire qui fabriquerait un faux, en soulignant les effets d’une éclipse qui se serait produite plusieurs années auparavant, un faussaire qui aurait dépensé tant d’énergie, au risque de se voir démasquer par ses contemporains, pour simplement insérer une petite phrase justifiant de la réalité des centuries nostradamiennes en 1558 ! Ce n’est pas très sérieux. La seule justification de ce document de 14 pages, c’est qu’il s’agissait vraisemblablement pour Nostradamus, comme indiqué d’ailleurs sur la page de titre, de fournir “une sommaire response à ses detracteurs”. L’historien des textes de s’interroger également sur l’authenticité des almanachs dits de Nostradamus. Comme l’ésotériste P. V. Piobb, dans la première moitié du XXe siècle, J. Halbronn conteste à Nostradamus la paternité de nombreux écrits parus sous son nom. Bien plus qu’une légende, Nostradamus serait donc un mythe pour J. Halbronn qui aime souvent à mélanger les textes et les époques. Car, ce n’est pas parce que les Protocoles des Sages de Sion sont véritablement un faux, attesté d’ailleurs très tôt par tous les historiens, que les Prophéties de Nostradamus en sont un également. A voir des faux et des complots partout, on finit par perdre pied, et remettre en doute de manière systématique les dates fournies par les quelques exemplaires des éditions centuriques qui nous sont parvenues tient plus d’une certaine lubie que d’une approche méthodologique qui se voudrait à la fois scientifique et rationnelle. Selon J. Halbronn, la formule de Couillard sur les “nouvelles prophéties & pronostications” concernerait d’une part les almanachs avec leurs quatrains et d’autre part les pronostications nommément citées. Cette supposition et hypothèse me semble quelque peu arbitraire et infondée. J. Halbronn a montré dans un précédent article (cf. CURA) que les almanachs contenant des vers prophétiques n’étaient point une nouveauté en ce temps-là, et Couillard devait le savoir lui aussi. Son expression “nouvelles prophéties” concernait donc des “prophéties” dont le genre était inédit. Par ailleurs, lorsque Couillard rédige sa parodie en 1555, un seul “almanach” nostradamien avait paru, justement celui pour 1555, ou plus exactement la “Pronostication pour 1555”, et si les “carmes”, dont nous parle également Couillard, Dorat et Chevigny, n’avaient été que les versets des quatrains-présages, comme le suppose J. Halbronn, Nostradamus en aurait donc composé moins d’une centaine et non “trois ou quatre cens carmes”, aux dires du premier contradicteur de l'astrophile de Salon-de-Provence ! Mais J. Halbronn n’est guère convaincu par sa propre hypothèse, puisqu’il en propose une autre : ainsi, grosso modo, il s’agit de 365 pronostics pour 365 jours d’une année. A l’appui de sa thèse, il cite un extrait de la présentation anglaise de l’Almanach pour 1559 faisant allusion à ces “short and mysticall sentences”. Malheureusement, ces petits présages qu’on voudrait identifier aux carmes sont tout sauf obscurs, justement : aujourd’hui “Beau temps”, demain “Bonne nouvelle”, etc. et en plus, ce genre de pronostics se trouve dans les almanachs à la date du jour en question ! Couillard étant à la foire d’Orléans, en novembre 1555, se trouva en présence d’un colporteur qui vendait certaines “Prophéties”. Il raconte : “Les unes composées partie en prose, & autre partie en carmes tenebreux & obscurs, & les autres estoient les Pronostications aisées à entendre & claires comme le beau jour du midi.”38 Nous avons montré, dans un précédente étude39, que ces “carmes” ne sont autres que les quatrains eux-mêmes, mais pas seulement ceux qui se trouvaient dans un almanach de Nostradamus, celui pour 1555, et surtout que les Centuries, contrairement à ce que pense J. Halbronn, sont bel et bien parues non seulement du vivant de l’astrophile provençal, mais précisément en cette année 1555, dans un recueil de “prophéties” comprenant une préface à son fils César et “trois ou quatre cens carmes de diverses ténébrositez”, soit trois ou quatre centuries. Dans l’Advis au Lecteur de sa Première Face du Janus françois, Jean-Aimé de Chavigny parle d’ “environ trois cens cinquante quatrains”. Il fait bien évidemment allusion aux quatrains des almanachs et des centuries dont il nous donne un commentaire, mais on peut se demander si le secrétaire particulier de Nostradamus, qui utilise une expression semblable à celle de Couillard, et n’ayant pas eu accès à l’édition Macé Bonhomme de 1555 comportant 353 quatrains, n’a pas voulu imiter et retrouver l’édition originale du Maître ? Il nous semble qu’il y ait une certaine confusion chez certains nostradamologues qui voudraient distinguer entre pronostications et almanachs, les présages en vers (quatrains) devant se trouver exclusivement dans les seconds. La note de Chevignard (p. 268, note 1) n’est pas fausse, mais il faudrait éviter de la généraliser comme le fait J. Halbronn.40 A l’époque, on se servait indifféremment de l’un ou l’autre terme, et au début, Nostradamus agissait comme ses contemporains. Preuve en est la lettre que nous avons conservée de Hans Rosenberger adressée à Nostradamus, le 15 décembre 1561, où il lui demande de lui envoyer son “Ephemeridem41 de 1562 dédiée à Pie IV”, se plaignant d’ailleurs que de nombreux faux circulaient, même à Lyon. Dans son étude42, J. Halbronn doute que l’épître dédicatoire mentionnée à Joseph de Panisses figurait en tête de la Prognostication pour 1555. Il suffit pourtant de se reporter à la reproduction du frontispice pour en avoir la confirmation.43 Cette première pronostication qui nous est parvenue, et dont l’unique exemplaire était conservé dans la Bibliothèque de Daniel Ruzo, n’en contenait pas moins des quatrains, ceux de l’année 1555, à moins de mettre en doute les affirmations de Ruzo lui-même, que nous avions rencontré, il y a une vingtaine d’années et dont nous connaissions déjà l’honnêteté intellectuelle, sans partager cependant toutes les hypothèses qu’il avait formulées concernant l’œuvre de Nostradamus. Nous avons d’ailleurs un autre témoignage qui recoupe celui du chercheur péruvien. En 1870, Torné-Chavigny avait un exemplaire de ce document rarissime. Ecoutons-le : “Le 2444 janvier 1554, Nostradamus fit la Prognostication pour l’année 1555 avec ses premiers Présages pour la même année. C’est l’un deux qui renferme ces mots : “Annibal fait ses ruses… Denys n’a sceu secret et à quoy tu t’amuses ?” Cette prophétie, antérieure aux Centuries…”45 Il s’agit bien de la “Prognostication” décrite par Daniel Ruzo46 dans ses précieuses fiches bibliographiques, que nous avons largement utilisé pour l’élaboration de notre RCN.47 Cet exemplaire unique est dédiée, le 27 janvier 1554 au prévôt de Cavaillon, Joseph des Panisses. Dans le Recueil des présages prosaïques (RPP), Jean-Aimé de Chavigny scinde en deux séries de présages la Prognostication pour 1555 : “Des presages de l’an 1555” et “D’un autre presage sur la mesme année”.48 Mais il s’agit d’un seul et même ouvrage comme le montrent les extraits donnés par Torné-Chavigny.49 Dans son Nostradamus et l’Astrologie, Torné-Chavigny décrit ce même exemplaire, où nous trouvons en premier lieu les présages relatifs aux saisons, puis des chapitres sur la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, puis les “Présages des douze moys de l’an 1555”. Le RPP a découpé le contenu de cette prognostication, de la manière suivante : 1/ Présages pour le printemps, l’été, l’automne et l’hiver suivis des 12 quatrains de l’année, chacun des mois étant accompagné de quelques présages. 2/ Des présages sur chaque mois suivis de quatre chapitres : De la France, Du Royaume et terre d’Espagne, De la Romanie, De la Germanie. Dans le Janus Gallicus, nous trouvons deux quatrains pour annoncer l’année 1555, avant de passer aux quatrains mensuels. Le premier quatrain (“1555. D’un présage sur la dicte année”) qui ouvre le Recueil des Présages Prosaïques50 à l’année 1550, est le “quatrain général” de la Prognostication nouvelle pour 1555, alors que le quatrain-présage suivant (“De l’Epistre liminaire sur la dicte année”) ne semble pas devoir être attribué à Nostradamus.51 Dès 1560, Ronsard voit chez Nostradamus un poète à l’inspiration prophétique. Il est peu probable que le maître de l’Ecole de la Pléiade pensait aux seuls Almanachs de l’astrophile salonnais, mais avait vraisemblablement à l’esprit les quatrains des Centuries, lorsqu’il s’épanchait ainsi : Que par les mots douteux de sa prophete voix, Comme un oracle antique, il a dès mainte année Prédit la plus grand part de nostre destinée.52 Dans son introduction à une édition des sept premières centuries, Bruno Petey-Girard analyse assez intelligemment l’art poétique nostradamien et souligne la différence - à ses yeux, essentielle - entre les deux types de publications de Nostradamus : “Nostradamus propose : d’une part les Almanachs qui seraient destinés au grand public - ce qui ne signifie pas impérativement à un public populaire -, et d’autre part les Centuries prophétiques qui viserait un public plus restreint de lettrés et d’humanistes capables d’en décoder certains éléments savants et d’y trouver le plaisir d’une connivence cultivée.”53 Dans l’épître à son fils César, Nostradamus écrit qu’il a “rédigé par escrit, [d’]autres Propheties qui sont composées tout au long, in soluta oratione”, c’est-à-dire en prose. Et on peut légitimement se demander s’il n’a pas existé un texte, dès cette année 1555, plus accessible que les quatrains des Centuries. Nous ne savons pas si Nostradamus fait allusion au passage que nous avons cité, lorsqu’il évoque, dès 1559, une “interprétation de la seconde centurie de [ses] Propheties”54, passage qui serait interpolé, prévient J. Halbronn. Et avec le même auteur de nous interroger. Michel de Nostredame a publié ses Centuries dès 1555, mais il semble que certaines prophéties avait été conservées “par devers lui”, depuis une ou deux decennies, peut-être depuis l’époque de ses études universitaires, dans les années Trente. Ne lit-on pas dans la Lettre à César : “Combien que de longs temps par plusieurs foys j’aye prédit longtemps auparavant ce que depuis est advenu & en particulières regions, attribuant le tout estre faict par la vertu & inspiration divine etc” Michel de Nostredame serait ainsi son premier exégète en présentant certains quatrains, dont il a pu vérifier leur réalisation. Le passage cité renvoie à une époque, non cependant indiquée, où certains pronostics sont supposés avoir été composés, peut-être “dez l’an de Grace 1534” si l’on en croit la page de titre du Janus Gallicus. Nous savons que dès cette année, Michel de Nostredame venait de s’installer comme médecin en Agenais. Dès lors, on pourrait comprend l’allusion déjà citée dans les Significations de l’Eclipse qui sera le 16 septembre 1559, datée du 14 août 1558, reproduite en fac-similé dans l’ouvrage de B. Chevignard : “comme plus amplement est déclaré à l’interprétation de la seconde centurie de mes Prophéties.” Il pourrait éventuellement s’agir d’un commentaire que Nostradamus lui-même aurait composé et qui devait contenir une “interprétation” de ses quatrains prophétiques. Rappelons que la règle halbronienne du jeu prophétique voudrait que le texte à prétention prophétique, aborde toujours un futur très proche, et il serait relativement facile d’en déterminer la date de publication par l’examen du contenu, en gardant à l’esprit que la prophétie n’existe pas en ce bas-monde. Ainsi, la thèse de J. Halbronn prévoit que les centuries VIII-X annoncent la victoire du camp protestant sur le camp catholique : ce serait la raison pour laquelle les éditions de Rouen, Paris et Anvers, qui paraissent sous la Ligue ne comportent pas les dites centuries pas plus que l’Epître à Henri II, dont le caractère réformé serait “évident” ! Voici un autre exemple : si on évoque l’année 1585 dans l’épître à Henri II, c’est, nous affirme J. Halbronn, que cette fameuse lettre n’a pu paraître qu’à cette époque, et de rechercher le contexte politique qui lui est associé. Or, nous dit-il, en 1584, le duc d’Alençon décède et laisse ainsi le champ libre au réformé Henri de Navarre, un cousin du roi Henri III : CQFD ! Par alleurs, pour montrer que les centuries VIII à X sont plus crespiniennes que nostradamiennes, J. Halbronn oppose les convictions farouchement antijuives des textes de Crespin, notamment celui où il s’en prend à ces “faux juifs exécrables”55, à l’attitude de Michel de Nostredame, d’ascendance juive, et qui n’a pas exprimé une hostilité particulière à l’égard de ses ex-coreligionnaires. Crespin trouve en effet non tolérable l’existence d’une certaine “enclave juive” en Avignon et milite en faveur de la reprise de ce “territoire occupé” par le pouvoir royal : Le Roy de Bloys dans Avignon régner, vers que l’on retrouve curieusement au début de deux quatrains d’une même centurie : VIII.38 et VIII.52. Puisque le 4ème verset du quatrain 52 est incomplet, il ne fait aucun doute pour J. Halbronn que cela est le signe d’une contrefaçon. Quant aux mentions de Carpentras et de Rome dans le quatrain (IX.41), elles renvoient à des événements survenus en 1571, impliquant fortement Crespin, et notre auteur pense ainsi avoir démontré que ces textes sont postérieurs à la mort de Nostradamus, textes qu’il situerait à la veille de la St-Barthélémy ! Dans les éditions parisiennes tronquées de 1588 - 1589, la centurie VI va jusqu’au quatrain 71. La raison n’est pas qu’il n’existait, à cette époque, que 71 quatrains à la VIe centurie, mais que les éditeurs ont voulu souligner par une sorte de coupure à cet endroit un ou plusieurs quatrains. C’est donc une raison purement exégétique qui permet ainsi d’attirer l’attention sur les quatrains qui précèdent ou qui suivent la dite coupure : un précédent avec une IVe centurie qui termine au quatrain 53, également souligné dans ces éditions, avait fait somme toute jurisprudence. Si la centurie VI, dans les éditions parisiennes de la Ligue est coupée, ce serait donc pour attirer l’attention du lecteur sur le quatrain ainsi placé artificiellement en position finale. VI.71 Avant qu’il ait du tout l’ame rendue Quand viendra le grand roy parenter Celuy qui moins viendra lamenter Par lyons, d’aigles, croix, couronne vendue Selon l’interprétation de J. Halbronn, Il s’agit là en fait d’une attaque contre Henri de Navarre, auquel il est reproché de s’appuyer sur l’étranger, symbolisé par le lion, l’aigle, la croix, et de leur vendre la couronne. Mais à contrario, si l’on trouve dans les mêmes éditions ligueuses une centurie IV coupée en deux, exactement sur le modèle de la centurie VI, on peut difficilement rapporter le quatrain IV.53 à un événement qui aurait été parfaitement identifié par les lecteurs de l’époque, tant il est vague. Si nous pouvons admettre, en effet, que certaines éditions des Centuries n’ont pu paraître que dans un certain contexte qui leur donnait tout leur sens, il me paraît un peu trop téméraire de généraliser une telle hypothèse, en établissant (inconsciemment) un transfert inadéquat avec qui passe à notre époque avec les publication tapageuses et de circonstance de moult interprétations, dont nous savons qu’elles ne sont pas bien évidemment innocentes. Le but du “gang des faussaires”, en inondant le marché populaire avec de nombreuses contrefaçons, aurait été de crédibiliser des éditions centuriques antidatées, en insérant à l’intérieur de textes authentiques de Nostradamus des passages apocryphes : pour J. Halbronn, toute mention d’un passage créditant Nostradamus de ses Centuries est le résultat d’une contrefaçon. Nous pensons plutôt que toutes ces “contrefaçons” de documents non centuriques ont moins eu pour but de renforcer le crédit des Centuries que d’accréditer aujourd'hui la thèse de J. Halbronn qui voudrait que Nostradamus ne soit l’auteur d’aucun quatrain centurique, d’où cet acharnement de l’historien des textes à nous en démontrer la fuyante réalité ! L’essence même de la littérature prophétique pour J. Halbronn, est l’antidatage, et c’est pourquoi, une analyse sommaire des pièces du corpus nostradamique aboutit à la conclusion que le nostradamisme s’est mis en marche après la mort de Nostradamus seulement. La thèse de J. Halbronn met également en avant le fait que les éditions de 1588, qui ne contenaient pas les centuries VIII-X, jugées favorables à la Réforme, furent publiées dans des villes ligueuses comme Paris, et que ce second groupe de centuries ne pouvaient paraître que dans des villes favorables à la Réforme. Il faut avouer qu’en matière de propagande, les uns et les autres n’étaient pas très efficaces. Dans un article déjà cité, Gruber nous rappelle qu’un ouvrage comme Der Seher von Salon, une publication de la propagande nazie fut édité au cœur même de l’ennemi, chez “Europa-Verlag”, une maison d’édition basée notamment à Londres, et que Karl Ernst Krafft, commissionné par le département de la propagande nazie fit édité son livre Comment Nostradamus a-t-il entrevu l’Avenir de l’Europe ? à Bruxelles même.56 Et inversement, la propagande britannique utilisa les mêmes méthodes en faisant publier un livre intitulé Nostradamus prophezeit den Kriegsverlauf (“Nostradamus prévoit le développement de la guerre”) chez l’imprimeur allemand Regulus-Verlag à Görlitz. Comment pourrions-nous, en effet, juger de l’efficacité d’une propagande si elle n’est diffusée qu’auprès de gens déjà convaincus ? D’ailleurs, nous n’avons aucun écho historique sur une telle propagande qui est plutôt passé inaperçue aux yeux des contemporains de la Ligue. Un autre ouvrage gêne J. Halbronn, c’est le faux Almanach pour 1563, publié par Barbe Regnault, une libraire qui imprima le pamphlet de 1558, Le Monstre d’Abus57, d’une rare virulence contre Nostradamus et qui n’en était pas à son premier coup d’essai en matière de contrefaçon : on pourrait citer un Almanach pour l’an 156158, une Prognostication nouvelle pour 1562 et une édition des Prophéties datée de 1560.59 Ainsi, cette libraire parisienne, qui demeurait à la rue “sainct Jacques, à l’enseigne de l’Eléphant”, a produit au moins trois almanachs ou pronostication apocryphes en 1561, 1562 et 1563. Le faux Almanach pour 1563 (Barbe Regnault) serait donc une “double” contrefaçon publiée à l’époque de la Ligue, nous dit J. Halbronn.60 Or, dans son Recueil mémorable des cas merveilleux, Jean de Marconville, écrivant “c’est an present 1563”, rapporte justement un présage dont il note en marge qu’il s’agit de “Nostradamus en la prediction du mois de May” : “Aussi ilz ont escrit & pronostiqué, que c’est an present 1563 sera bien difficile à passer, pource qu’il sera plein de diversitez & adversitez : & un d’entre eulx a bien osé escrire qu’il y aura, non seulement mutation & changement de temps & d’estatz, mais aussi de religion.”61 Pierre Brind’Amour avait supposé que ce n’était pas l’Almanach de Nostradamus pour 1563 qu’avait lu Marconville, mais le faux almanach falsifié de Barbe Regnault.62 En effet, une citation semblable se trouve dans le faux almanach de Barbe Regnault, où nous lisons pour les prévisions de mai : “...temps diuers & fort variable, plusieurs & diuerses mutations tant de temps que d’estats & de religion...” (fol. Cviir) En fait, Barbe Regnault n’avait fait que reprendre, en partie, une Prognostication pour 1563, dont il nous reste la traduction italienne, en la pronostico di maggio MDLXIII : “...sara tempo diverso, & molto variabile, saranno molte, & diverse mutationi tanto del tempo quanto de gli stati & della religione...”63 Par ailleurs, nous lisons dans la dédicace des allusions à l’Excellent et moult utile Opuscule, à la Lettre à César, mais également à l’Epître à Henri II.64 Ce qui gêne en fait le plus J. Halbronn, c’est que cet almanach comporte en son frontispice le quatrain 34 de la IIIe centurie : III.34 Quand le deffault du Soleil lors sera, Sur le plain iour le monstre sera veu: Tout autrement on l’interprétera, Cherté n’a garde, nul n’y aura pourveu. L’argument que cet almanach ait paru sous le nom de “Barbe Regnault” et non “Veuve Barbe Regnault”, comme pour la Prognostication nouvelle pour 1562, ne tient pas, puisque Le Monstre d’Abus (1558) a bien paru sans la mention du veuvage de Barbe, et qu’à cette époque, cette dernière était déjà veuve, son mari étant décédé en 1553.65 Outre le quatrain III.34 sur le frontispice de ce faux almanach pour 1563, tous les quatrains dans le texte proviennent des almanachs pour 1555, 1557, et 1562. Si cette contrefaçon était postérieure, comme le souligne, à juste titre, l’étude citée de Gruber, les faussaires auraient également utilisé des quatrains des autres années. Il y avait de nombreux faux qui circulaient, du vivant même de Nostradamus et justement à cette époque. Nous avons déjà cité la lettre de Rosenberger en 1561. Nous avons encore un “Extrait du privillege (sic) du Roy” dans l’Almanach pour 1557 (fol. Aiv-Aiir), dans lequel on lit que seuls les almanachs édités et “paraphez” par Jacques Kerver et Jean Brotot sont authentiques. Examinons à présent la fameuse épître dédicatoire à Jean de Vauzelles, contenue dans la Pronostication nouvelle pour l’an 1562 par Barbe Regnault, dans laquelle Nostradamus le félicite d’avoir retrouvé le nom du meurtrier de Henri II. La même lettre au même Jean de Vauzelles a été également imprimée dans une autre pronostication de Nostradamus pour la même année, mais à Lyon, par Antoine Volant et Pierre Brotot66, les éditeurs “officiels” de Nostradamus.67 Cependant, la lettre à Jean de Vauzelles chez Barbe Regnault est loin d’être strictement identique à la version de Volant et Brotot. En effet, si nous comparons les deux textes68, il y a quand même une différence entre la lettre publiée par Chomarat69 et celle contenue dans la Pronostication de Barbe Regnault. Dans la contrefaçon du libraire parisien, il manque la citation du quatrain, lequel était d’ailleurs la justification principale de cette lettre dédicatoire. Nous lisons chez Volant et Brotot : “...comme quand j’en mis : Lors que un oeil en France regnera. Et quant le grain de Bloys son amy tuera, [... ] en infiny autres passages. Cela m’a causé une si grande amitié entre nous deux...” Version Barbe Regnault de la lettre : “...comme quand j’eu mis, Lors Cela m’a causé vne si grande amitié entre nous deux...” (fol. Aijv) La citation des deux vers du quatrain identifié a carrément disparu chez la faussaire, elle qui avait publié Le Monstre d’Abus, ne souhaitait sans doute pas augmenter la célébrité de Nostradamus en notant une possible prédiction du prophète. D’autres différences existent entre les deux lettres qui montrent que la version de Regnault est une version contrefaite basée sur le document publié par Volant et Brotot. La version piratée indique 1562 comme date de composition de l’épître, alors que la version lyonnaise indique bien 1561. La faussaire n’a prêté aucune attention à ce qu’elle avait imprimé au folio précédent (Aijr) : “Faciebat M. Nostradamus Salone Petre Provincia de mese Aprili 1561. pro anno 1562.” Enfin, on notera également la bévue de Barbe Regnault qui n’a même pas corrigé la présentation à… Pierre Brotot !70 Cette lettre nous apporte ainsi la preuve qu’un quatrain, dont Nostradamus était l’auteur, était connu avant 1561 et sans doute même dès 1559, lorsque Henri II mourut des suites de la blessure reçue à l’œil au cours du célèbre tournoi (“En l’an qu’un œil en France regnera”), puisque Jean de Vauzelles aurait écrit préalablement à Nostradamus pour lui communiquer son interprétation du dit quatrain dans lequel il avait lu, au 3ème vers (“Le grand de Bloys son ami tuera”), une allusion à l’adversaire du roi (“le grain de Bloys”), dans ce tournoi, c’est-à-dire Gabriel de Montgomery (1530 - 1574), Seigneur de Lorges. III.55 En l’an qu’un œil en France regnera La court sera à un bien fascheux trouble ; Le grand de Bloys son ami tuera Le regne mis en mal & doute double. Ce quatrain est à rapprocher du (III.51) qui dit qu’un meurtre préparé à Paris (“Paris conjure un grand meurtre commettre”), sera exécuté à Blois (“Bloys le fera sortir en plain effect”).71 César de Nostredame72 reprendra à son compte une interprétation similaire lorsqu’il traitera de la mort d’Henri II survenue en 1559, avec le célèbre quatrain Le Lyon jeune le vieil surmontera etc, non sans ajouter “Prophétie à la vérité estrange où pour la cage d’or se void le timbre Royal dépeint au vif qui accordant merveilleusement bien avec ce qu’il en avoit dit en quelque autre endroit en ces termes courts & couverts, L’Orge estouffera le bon grain”. Comme Jean de Vauzelles, cinquante ans auparavant, César désigne ainsi l’un des titres de celui qui blessa mortellement le roi en tournoi. Pour J. Halbronn, ce dernier verset contribuerait, par sa précision suspecte, à faire dater les éditions qui le comporteraient d’après la mort du roi. Fort malheureusement pour la thèse de M. Halbronn, la dérivation n’étant pas évidente pour arriver à Gabriel de Lorges en partant du “grand de Bloys”, il n’y a aucune raison de supposer qu’il s’agisse d’un faux, d'autant que nous avons montré que le faux était la pronostication parisienne, et donc cela ne peut aucunement lui servir pour ensuite discréditer cette référence aux Centuries.73 Dans son article déjà cité, Gruber analyse pour nous un almanach contrefait pour l’année 1565, attribué à Nostradamus, et qu’il a eu la chance d’examiner, avant qu’il ne soit mis aux enchères chez Zisska et Kistner, à Munich en 2001.74 En réalité, l’imprimeur n’est pas “Thibault Berger” (Chomarat), mais “Thibault Bessault”.75 Thibault Bessault était le beau-fils de Barbe Regnault et exerça également rue Saint Jacques “à l’enseigne de l’Eléphant”, après 1563. Il resta en activité jusqu’en 1565 et il hérita en quelque sorte de la tradition familiale sur la fabrication de faux Nostradamus. Dans cet almanach, nous trouvons un quatrain sur le frontispice et des quatrains pour chaque mois de l’année. Certains de ces quatrains sont des copies des quatrains originaux des Prophéties, dont on aura parfois permuté les vers. On trouve ainsi des quatrains des centuries I, II et surtout V et VI, ce qui achève de détruire la thèse halbronienne concernant les centuries V-VII. Gruber nous dit que Thibault Bessault n’a pas utilisé le vrai almanach de Nostradamus pour 1565, édité par Benoit Odo, dont un exemplaire est conservé à la Biblioteca Augusta del Comune di Perugia.76 Puisqu’il ne s’agit pas d’une copie de l’original, Bessault a certainement publié sa contrefaçon en 1564. Ainsi Comme pour Couillard, grâce à la contrefaçon du faussaire Bessault, n’en déplaise à Halbronn qui voit sa thèse fondre comme neige au soleil, nous savons que les centuries V et VI furent publiées antérieurement à 1564. Gruber a noté une certain nombre de particularités très intéressantes, que nous reprenons, à propos de la composition de quelques mots dans l’almanach de Bessault, notamment par la comparaison avec l’édition Antoine du Rosne 1557 des Prophéties. Le mot “penultime” (Bonhomme 1555, Anvers 1590) dans le 1er vers du quatrain (II, 28) est écrit : “penultiesme” dans l’almanach de Bessault comme dans l’edition Antoine du Rosne 1557. Le 1er vers du quatrain (V, 87) est habituellement donné comme “L’an que Saturne hors de servage” dans de nombreuses éditions (notamment celle de Benoît Rigaud, 1568), excepté dans celle d’Antoine du Rosne 1557, où nous lisons : “L’an que Saturne sera hors de servage” (ex. Budapest)77, comme dans l’almanach Bessault. Ainsi, la source pour les quatrains utilisés dans l’édition contrefaite par Bessault ou son auteur anonyme pourrait être l’édition des Prophéties de 1557, ce qui montrerait que l’édition Antoine du Rosne a circulé durant la vie de Nostradamus, avant 1564, et ne peut donc être une contrefaçon datant de la Ligue. Une autre curiosité concerne la gravure sur le frontispice de l’almanach Bessault. Elle est identique à celle employée par Barbe Regnault pour la contrefaçon de l’Almanach pour l’An 1563.78 Ce n’est pas une surprise, puisque l’almanach publié chez Bessault est sorti des mêmes presses que celles de sa belle-mère. Cette gravure est inspirée de l’édition Macé Bonhomme 1555, qui a été également employée par Antoine du Rosne sur l’exemplaire d’Utrecht (6 septembre 1557). Les imprimeurs parisiens ont employé ici l’édition du Rosne 1557 comme source pour les quatrains et la gravure pour le frontispice. En effet, on remarque qu’il y a six étoiles dans la fenêtre sur les titres de Regnault et Bessault alors qu’il n’y en a que cinq chez Bonhomme et Antoine du Rosne (Utrecht). Les faussaires de la rue Saint Jacques, “à l’enseigne de l’Eléphant”, avaient ainsi trouvé une manière lucrative de produire de faux almanachs en exploitant les vers des quatrains nostradamiens. Après Barbe Regnault et Thibault Bessault, Antoine Houic leur a succédé jusqu’en 1586. Rappelons notamment que Houic a édité des almanachs établis par un certain “Florent de Croz disciple de deffunct M. Michel de Nostradamus”.79 Ainsi, plusieurs générations d’imprimeurs parisiens se sont engagées dans cette activité lucrative. A propos du manuscrit du Recueil des Présages Prosaïques80, J. Halbronn affirme qu’on n’y trouve aucune référence aux Centuries. Il nous semble que cet auteur n’a pas vraiment étudié le RPP ou même lu le livre de Chevignard assez attentivement, sinon il aurait rencontré un nombre important de références claires aux Centuries, apportées par Gruber dans son article déjà cité.81 Contrairement à ce que pense J. Halbronn, les “Présages” (quatrains des almanachs) qui figurent dans les éditions centuriques du début du XVIIe siècle n’ont pas été empruntés au RPP, mais au Janus Gallicus. En effet, dans ces éditions “troyennes”, on trouve seulement 141 présages, qui sont ceux de la Première face du Janus françois, alors qu’il y en a 154 dans le RPP. L’historien des textes s’étonne en effet de certaines anomalies dans la restitution des Présages (quatrains des almanachs), version centurique, qui proviendrait du RPP, en remarquant dans le modèle Du Ruau, par exemple, que ces présages sont au nombre de 141, une omission de 10 quatrains (en fait 13). Mais comme nous l’avions noté dans le RCN (p. 160), il s’agit tout simplement du nombre de quatrains-présages commentés par le Janus Gallicus de 1594, contrairement à ce qu’affirme l’historien des textes, au début d’une de ses études.82 Point besoin d’inventer de grandes théories, le choix de Chavigny étant purement exégétique, bien qu’il avait à sa disposition les 154 présages. J. Halbronn fait tout de même un drôle calcul, utilisant une numérologie allègrement tirée par les cheveux : “141 présages [+] 58 sixains, ce qui donne un total de 199 “articles”, ce qui n’est peut-être pas un hasard [!], l’ensemble constituant deux centuries à un article près”, le même genre de calcul qui voudrait que les 42 quatrains de la centurie VII formeraient avec les 58 sixains une centurie pleine.83 Dans l’étude déjà citée84, J. Halbronn souligne que les 141 présages comportent des lacunes et notamment le quatrain du mois de décembre 1567. Or, ce quatrain figure, nous dit-il, dans le Janus Gallicus (p. 182, n° 221). Si effectivement, il est écrit au-dessus du quatrain en question “Sur Decemb. 1567”, il s’agit ici d’une erreur d’impression, car le quatrain cité est celui de décembre 1562, lequel est inclus dans les “Présages tirez de ceux faits par Me Michel Nostradamus” et qui sont bien au nombre de 141. Ainsi, tout le raisonnement de J. Halbronn sur ce point devient caduc. On sait que le projet d’un ensemble à douze centuries est exposé à la fin du “Brief Discours sur la vie de M. Nostradamus”, placé en tête du Janus Gallicus, et Chavigny cite quelques quatrains qu’il attribue aux Centuries XI et XII. Nous lisons dans ce Brief discours : “Entre autres enfantements de son esprit fécond (...) il [Nostradamus] a escrit XII Centuries de prédictions comprinses briévement par quatrains, que du mot Grec, il a intitulées Prophéties : dont trois se trouvent imparfaites, la VII, XI & XII. Ces deux dernières ont long temps tenu prison, enfin nous leur ouvrirons la porte.” (p. 6) Nous avons des “centuries“ XI et XII qui “ont longtemps tenu prison” et qui sont donc inédites. On notera le concept de douze livres de centuries, sous forme versifiée85, et douze livres de présages, sous forme prosodique, tel qu’annoncé dans le “Brief Discours sur la Vie de Michel de Nostredame”, confirmé dans son texte “Au lecteur” : “Qui a escrit di-je en 24. livres tant en prose que vers des choses merveilleuses en style fort obscur…” (p. 19) Nous lisons dans l’Epitre de L’Androgyn : “j’ay encores riere moy toutes les oeuvres tant en oraison prose que tournee, que bien tost je mettray en lumiere.” Jean de Chevigny veut sans doute ici faire allusion aux centuries incomplètes VII, XI et XII, dont le Janus Gallicus ne nous a fait connaître qu’une petite partie. Et le passage “je mettray en lumière” concerne notamment les textes inédits que sont les “centuries” XI et XII. Jean-Aimé de Chavigny revient, à la fin du “Brief Discours sur la Vie de M. Michel de Nostredame”, sur ces divers documents qu’il a “riere” lui : “Nous avons de luy d’autres présages en prose, faits puis depuis l’an 1550 iusques à 67 qui, colligez par moy la plupart & rédigez en XII livres sont dignes d’estre recommandez à la postérité (...) Ceux-cy comprennent nostre histoire d’environ cent ans & tous nos troubles, guerres (...) Ceux-là, scavoir les Centuries, s’estendent en beaucoup plus longs siecles, dont nous avons parlé plus amplement en un autre discours de la vie de mesme Auteur.” L’auteur du Brief Discours semble donc distinguer deux ensembles : 1/ “Ceux-cy [Présages en prose parus entre 1550 et 1567] comprennent nostre histoire d’environ cent ans & tous nos troubles; guerres etc.” Il s’agit du Recueil des présages prosaïques “rédigez en XII livres”, dont le manuscrit a été récemment retrouvé et publié par B. Chevignard. 2/ “Ceux-là, scavoir les Centuries, s’estendent en beaucoup plus longs siecles, dont nous avons parlé plus amplement en un autre discours de la vie de mesme Auteur.” Il pourrait s’agir ici de ce qu’on pourrait appeler, un Recueil de quatrains poétiques, introduit par “un autre discours de la vie de mesme Auteur”, “plus amplement” développé que le Brief Discours du Janus Gallicus, dont nous espérons la découverte prochaine. Dans une analyse sommaire86 de l’édition 1588, J. Halbronn note que les faussaires ont repris, pour les quatrains ajoutés à la centurie VII, les quatrains des mois de cet almanach dans l’ordre, de février à octobre, soit neuf quatrains. En fait, comme je l’avais précisé dans le RCN (p. 119), il ne s’agit pas de neuf quatrains, mais d’un quatrain centurique (VI.31) et de onze quatrains de l’almanach pour 1561, allant de février à décembre (et non octobre). Les faussaires ont inversé les versets pour le quatrain de février et d’octobre à décembre en plaçant chaque fois les vers 3 et 4 à la place des vers 1 et 2. Il convient de signaler, toujours dans la même étude de J. Halbronn, une bévue amusante où la démonstration de l’historien des textes se retourne contre lui-même, accordant par ailleurs, certainement sans le vouloir, des dons prophétiques à Nostradamus notamment en interprétant deux quatrains “assez révélateurs”, nous dit-il, qu’il pense avoir été publiés pour la première fois sous la Ligue en 1588 (numérotés 82 et 83 dans une centurie VII), alors qu’il s’agit en fait des quatrains pour les mois de novembre et décembre 1561, comme on l’a souligné plus haut, dans lequel les vers ont été inversés : notre auteur tombe ainsi dans le piège grossier tendu par les faussaires de l’édition parisienne Nicolas Roffet ! Par ailleurs, J. Halbronn cite et interprète - façon Fontbrune - le quatrain (VI.31), que les mêmes faussaires avaient insérés dans cette centurie VII incomplète à 12 quatrains, avant les numéros 73 à 83. On notera que dans la centurie VI de cette édition, le quatrain (VI.31) est remplacé par le quatrain (IV.31) et que le (VI.31) a été mis à l’emplacement du (VI.28), toujours avec la même volonté de tromper le lecteur inattentif. Ecoutons J. Halbronn : “Il nous semble que cette refonte de l’Almanach pour l’an 1561 ait trait au Duc de Guise et à son assassinat à Blois (1588), du à un stratagème : Le 1er quatrain est comme suit, le Roi et le Duc étant mentionnés : Roy trouvera ce qu’il désiroit tant Quand le Prélat sera reprins à tort Responce au Duc le rendra content Qui dans Milan mettra plusieurs à mort Quant aux deux derniers quatrains (numérotés dans les éditions 82 et 83), il comportent les versets suivants assez révélateurs : La stratagème simulte sera rare La mort en voye rebelle par contrée Par le retour du voyage Barbare Exalteront la protestante (le camp réformé) entrée Et le dernier quatrain évoque la lâche exécution du duc par les sbires du roi : De nuict au lict assailly sans les armes” En citant et interprétant pour 1588 le quatrain (VI.31), et les quatrains-présages de novembre et décembre (quatrième vers) pour l’année 1561, J. Halbronn se place dans la lignée des commentateurs, depuis Jean-Aimé de Chavigny, qui voudraient plier le texte de Nostradamus à leur convenance, dans un sens apologétique ou non, afin de soutenir des thèses étrangères à l’auteur ainsi bafoué. Un des principaux arguments de J. Halbronn concerne le témoignage d’Antoine Crespin qui, encore en 1572, soit six ans après la mort de Nostradamus, n’aurait jamais entendu parler des Centuries V à VII, alors qu’il mentionne des extraits des Centuries I à IV et VIII à X. Dès lors, l'historien disqualifie l’édition Antoine du Rosne de 1557. Conclusion hâtive basée, ne l’oublions pas, sur le témoignage d’un faussaire qui n’hésite pas, quelques années après la mort de l’astrophile provençal, à s’intituler : Maistre Antoine Crespin Nostradamus. Rappelons à J. Halbronn que ce même personnage atteste de manière univoque dans deux de ses ouvrages87 de l’existence, avant 1573, de l’épître centurique à Henri II : “Regarde à une Prophétie qui est faicte le xxvii. jour de Juin, 1558. à Lion, dediée au feu Henry grand Roy & Empereur de France, l’Autheur de laquelle Prophétie est mort & décédé.” Aucun doute n’est permis : il s’agit bien ici de l’évocation de l’Epître à Henry Second, datée du 27 juin 1558, qui servit de préface aux centuries VIII-X. Une autre évidence qui saute aux yeux et que nous devons à nouveau rappeler à J. Halbronn, c’est qu’en citant les centuries IV et VIII, Crespin devait certainement se douter, même s’il n’avait pas à portée de main une édition les comprenant à moins tout simplement qu’il n’en eu pas utilité lors de sa compilation, que les centuries V à VII avaient certainement du paraître, dans une logique de continuité ! Dans sa démarche iconoclaste, qui nous fait un peu penser à un bulldozer qui aurait mission de raser complètement une maison sous prétexte qu’une épidémie de peste s’y serait déclarée, J. Halbronn pose cependant de vraies questions : dans l’édition posthume des Prophéties en 1568, pourquoi ne signale-t-on pas quelque part, au titre par exemple, que le roi Henri II, à qui Nostradamus a dédicacé ses trois dernières centuries, est décédé depuis près de 10 ans et pourquoi ne précise t-on pas que Nostradamus est également décédé ? La réponse nous semble cependant évidente : il s’agit ici tout simplement d’une réédition de deux textes, l’un publié auparavant en 1557 et l’autre en 1558, une attitude éditoriale confirmée par le fait qu’une pagination distincte est accordée à chacun des textes présentés, avec une page de titre différente. Tout se passe comme si Benoît Rigaud avait voulu reproduire en un seul volume, dans un simple recueil, les éditions 1557 (avec la Préface à César) et 1558 (avec l’épître centurique à Henri II). Cette “carence nécrologique”, pour utiliser une expression de J. Halbronn, n’en est donc point une, l’éditeur lyonnais Benoît Rigaud n’étant pas le manipulateur parisien des éditions de la Ligue ! En ce qui concerne l’édition Macé Bonhomme de 1555 qui serait également antidatée, nous rappelons qu’une autre argumentation de J. Halbronn réside dans l’édition rouennaise de 1588, publiée par Raphaël du Petit Val, “divisées en quarte centuries”, dont le seul exemplaire connu était dans la Bibliothèque de Daniel Ruzo. Pour J. Halbronn, cette édition, dont nous avons montré dans le RCN qu’elle se rapprochait plus de la contrefaçon que des éditions “autorisées” de 1555 et 1568, rendrait inconcevable la parution en 1555 de quatre centuries alors qu’entre temps serait parue en 1557 et surtout en 1568 des éditions où la IVe centurie est englobée au sein d’un volet de sept centuries. Et effectivement, nous avons montré dans le RCN (pp. 122 - 123) que le même éditeur, pour le moins, n’était pas tellement au fait des publications antérieures des Centuries. D’ailleurs, ce que ne précise pas J. Halbronn, si dans ces éditions rouennaises, la centurie IV se termine bien par le quatrain 53, il manque cependant les quatrains 44, 45, 46 et 47, qui plus est avec une Préface à César datée du 22 juin 1555 au lieu du 1er mars 1555. Raphaël du Petit Val tentera de se rattraper l’année suivant avec la publication d’une autre édition, sous le même titre, mais augmentée, “dont il en y a (sic) trois cens qui n’ont encores iamais esté imprimées”, reprenant ainsi le titre des éditions 1557 d’Antoine du Rosne. Le seul exemplaire connu de cette dernière édition, celui de Daniel Ruzo, est malheureusement incomplet, mais il comporte au moins six centuries - le IVe centurie est complète, cette fois-ci - et l’analyse des cahiers le composant permet de supposer un contenu identique aux éditions de 1557. Selon la chronologie fantaisiste de J. Halbronn qu’on a un peu du mal à suivre, les Centuries VIII-X n’auraient pas été publiées après les sept autres centuries, puisque, nous dit-il, lorsqu’elles [les centuries VIII-X] sont apparues, il n’existait que quatre centuries (I-IV). Ainsi, les Centuries V-VII, soit 300 quatrains supplémentaires, n’ont pu apparaître que les années 1580, avec la confirmation de Du Verdier, dans sa Bibliothèque (1585), d’une édition à dix centuries publié à Lyon chez Benoist Rigaud. Quant à l’épître (remaniée) à Henri II, elle aurait justement préfacé les centuries V-VII ! J. Halbronn a tout de même une très curieuse façon de raisonner, lorsqu’il affirme avec la foi du charbonnier que les centuries V à VII ne sont pas parues avant 1572, date des Prophéties à la puissance divine. Alors qu’il nous a simplement montré que Crespin Archidamus n’a eu en sa possession, ou plus exactement n’a utilisé, que les centuries I-IV et VIII-X pour sa compilation. Tout au plus, pourrait-on ajouter, cela confirmerait plutôt que les centuries VIII-X ont certainement été publiées à part, dans un recueil dédicacé au roi de France Henri II (1558), et confirmerait par la même occasion la publication dans un précédent recueil des centuries I-IV (1555). Pour J. Halbronn, une Epître à Henri II traitant d’une “miliade” de quatrains ne peut être concevable que s’il y a une édition à dix centuries “complètes”, et ces dix centuries “complètes” n’ont pu paraître qu’entre 1572 (témoignage Crespin) et 1585 (témoignage Du Verdier) : on passa ainsi de sept centuries (I-IV & VIII-X) à dix centuries (I-X), la fonction de l’Epître “à la miliade” ayant justement été de légitimer la présence des centuries V à VII. A aucun moment, J. Halbronn n’explique cependant le “miracle” de la coupure entre IV et VIII. C’est là qu’il faut (essayer de) suivre le raisonnement de J. Halbronn : ce ne sont pas les centuries VIII à X qui étaient nouvellement arrivées et qui suivaient l’Epître au Roi, mais le lot de centuries V-VII, étant donné que les centuries VIII à X, connues avant 1572 (Crespin), n’étaient point inédites en 1585, quand parut l’édition signalée par Du Verdier ! La stratégie du prophétisme, selon J. Halbronn, consiste donc en quelque sorte à reculer dans le passé la date de textes prophétiques pour transformer un présent en futur anticipé, donnant par exemple à un lot de quatrains récents (V-VII) une pseudo-antériorité et accréditant auprès du public la thèse de sept centuries publiées avant 1558, d’où les éditions “antidatées” de 1557 chez Antoine du Rosne ! J. Halbronn a noté une particularité dans la Préface à César, notamment à la fin de l’épître où une phrase qui figure dans les exemplaires de 1555, 1568 et l’exemplaire d’Utrecht de 1557 ne figure pas dans la préface à César de l’exemplaire de Budapest : “Nonobstant que soubs nuee seront comprins les intelligences : sed quando sub movenda erit ignorantia, le cas sera plus esclairci. Faisant fin, mon fils, prends donc ce don de ton père Michel Nostradamus, espérant toy declarer une chacune prophetie de quatrains icy mis.” Alors que pour nous, cette suppression serait plutôt le signe d’une édition piratée, mais cependant contemporaine de l’édition d’Utrecht, pour J. Halbronn, le passage en question serait quelque peu “redondant” avec un autre passage de la même Préface à César : “J’ay composé livres de propheties contenant chacun cent quatrains astronomiques de propheties lesquelles j’ay un peu voulu rabouter obscurément & sont perpétuelles vaticinations pour d’icy à l’année 3797” Nous avons beau chercher, mais nous ne trouvons absolument aucune redondance, car dans ce dernier passage, Nostradamus donne plutôt certaines précisions : chaque “livre de prophéties” (ces “nouvelles prophéties” dont parlera Couillard) comporte 100 quatrains (centurie) qui dureront jusqu’en 3797. Et pour conforter une thèse, déjà bien mal en point, J. Halbronn voudrait que le passage cité “Nonobstant que soubs nuee…”, comme celui d’ailleurs de l’Androgyn de 1570 - lequel fait allusion à un quatrain centurique - , soit interpolé. Il nous semble qu’on ne peut pas en permanence balayer d’un revers de plume tout texte qui gênerait l’hégémonique argumentation de notre historien des textes. Il arrive un moment où l’on doit faire face à la réalité, même si elle dérange les thèses que l’on chercherait à imposer. On imagine mal, pour notre part, des faussaires qui travailleraient servilement plus ou moins de concert afin de peaufiner l’image canonique d’un prophète dont il n’ont véritablement cure. Nous avons vu que Crespin témoigne en 1572 de sa connaissance de certains quatrains de la centurie IV, parmi les 53 premiers, sans nous donner bien entendu la moindre précision sur l’édition dont il se sert. Selon nous, trois éditions auraient existé avant cette date : une édition avec les centuries I-IV (à 53 quatrains) en 1555 (comportant pour la 1ère fois une préface à César), une édition avec les centuries I-VII (à 42 quatrains) en 1557, une édition avec les centuries VIII-X de 1558 (comportant pour la 1ère fois une préface à Henri II) - aucun exemplaire recensé à ce jour - et une édition posthume comportant les centuries I-X en 1568. Bien que dans certains cas, on pourrait supposer que l’édition utilisé par Crespin pour le 1er groupe de centurie (I-IV) soit celle de Macé Bonhomme (1555) - on donnera les seuls exemples de “proférer” pour “prospérer” (I.1) ou “secours” pour “cours” (I.89) - nous ne pensons pas qu’on doive se fier au texte fournit par Crespin. En effet, on ne peut que rester prudent face aux interprétations crespiniennes des vers centuriques. A cet égard, nous donnerons les exemples du 4ème vers du quatrain (IV.6), écrit dans toutes les éditions signalées : “Couleur Venise insidiation”, mais transcrit par Crespin à l’Adresse 10 : “couler Venise en sédition” et du 1er vers du (III.67) : “Une nouvelle secte de Philosophe” devient “En nombre sexte de philosophes” à l'Adresse 13. Mais un exemple plus frappant de déformation du texte centurique se trouve à l’Adresse 11 avec les trois derniers vers du quatrain (VIII.99) : Edition 1568 En autre lieu sera mis le saint siège : Où la substance de l’esprit corporel, Sera remys & receu pour vray siège. Voici la “paraphrase” de Crespin (1572) : “Le S. siège sera remis au corps spirituel, qui sera tenu pour vray siege” ! On ne peut pas espérer beaucoup de rigueur, lorsqu’on base son argumentation essentiellement sur le manque de documentation pour échafauder des hypothèses qui tiennent sur le fil du rasoir pour ne pas dire sur le vide. Le travail de l’historien n’est-il pas justement inverse et ne consiste-il pas à utiliser les documents tels qu’ils se présentent et non à leur faire violence en leur arrachant des aveux de circonstance, notamment par la torture du texte à l’instar des procédés inquisitoriaux du Moyen Age. On trouve quand même de bien curieuses affirmations sous la plume de J. Halbronn : “Il est clair que si la Préface à César est datée de mars 1555, c’est que nécessairement elle a été rédigée plusieurs années après.”88 Ce serait ainsi la règle du jeu prophétique : nier, afin de ne pas devoir renoncer à une profession de foi dictée par une sorte de scientisme hérité du siècle des Lumières, comme s’il fallait ignorer avec dédain et parfois avec mépris les acquis, et une méconnaissance de ceux-ci, transmis par les siècles qui nous ont précédés. J. Halbronn ajoute : “l’être humain ayant ses limites en matière de connaissance de l’avenir (…), [dès lors, le] pronostic faux [ne peut être que] la marque du vrai pronostic.” En d’autres termes, si un quatrain centurique annonce un événement historique non encore réalisé au moment de sa supposée rédaction, il ne peut s’agir que d’un “faux pronostic”, donc une prédiction antidatée, et si le quatrain centurique se trompe dans la prévision de l’événement supposé, il y a de grandes chances pour que ce “pronostic faux” soit véritablement authentique : “une prévision réussie [ne peut être] qu’une prévision arrangée après coup. Chaque fois qu’un quatrain se voit confirmé, il y a comme une épée de Damoclés qui risque de tomber puisque cette confirmation pourrait servir à repousser sa date de rédaction d’autant.” Pour nous, il est plutôt clair qu’une telle démarche est épistémologiquement et méthodologiquement en décalage avec l’esprit même de la recherche scientifique. Nier une quelconque faculté prédictive parce qu’elle ne correspond point à notre entendement, sous prétexte que cette dernière a été prise d’assaut et conquise par nombre de charlatans, n’est certainement pas une méthode pour une étude nostradamologique sereine et objective. A la fin de son étude89, J. Halbronn écrit : “il nous semble que c’est le même auteur qui rédigea l’Epître à Larcher, en tête de L’Androgyn et le Brief Discours de la vie de M. De Nostredame”, ce à quoi nous répondrons simplement que l’auteur de L’Androgyn de 1570, Jean de Chevigny, et l’auteur du Janus Gallicus, qui comporte cette “brève vie de Nostradamus”, Jean-Aimé de Chavigny, sont une seule et même personne, comme il ressort d’ailleurs, en première analyse, de l’annotation manuscrite du Recueil des présages prosaïques, relevée par B. Chevignard dans son édition de ce dernier texte. En effet, dans son édition du RPP90, B. Chevignard relève que “dans une inscription marginale de son Recueil, Chavigny note incidemment qu’il est l’auteur de l’Androgyn né à Paris le XXI Juillet MDLXX, publié à Lyon en 1570, sous le nom de Jean de Chevigny (Présages Prosaïques, Livre II, 301)”. La note, qui concerne un passage des Présages Merveilleux pour 1557 [“Seront sept qui orneront le né biparti qui les rendra confus. Et commencera Deucalion soy retirer”], est la suivante : “Le né biparti c’est l’Androgyn à mon jugement, né à Paris 1570 duquel plusieurs ont escrit & l’ont orné. J. Daurat, Belleforest & nous le représentimes dans Lyon avec quelque description. Et l’auteur mesmes en avoir parlé en ses Centuries, Trop le ciel pleure Androgyn procreé. Ce que s’accorde à ce qu’il veut dire icy : qu’après la naissance dudit monstre les pluyes cesseront.”91 Depuis le début du XVIIe siècle, la perception qu’avait le public de la 1ère édition des Prophéties était celle d’un premier volet à sept centuries, précédé d’une Préface au fils de Nostradamus. On a ainsi longtemps ignoré l’existence de édition Macé Bonhomme de 1555 et c’est pourquoi on a également considéré que l’édition Antoine du Rosne à sept centuries, datée de 1557, n’était que la réédition conforme d’une précédente édition, que l’on datait de 1555, date de la Préface à César, mais dont on sait aujourd’hui qu'elle comportait 353 quatrains. Parallèlement, un second volet de centuries était censé être paru dès 1558, date de la rédaction de l’épître canonique à Henri II. De telles mentions d’éditions se trouvaient dans plusieurs bibliographies générales et nullement réservées au corpus nostradamique. De même, l’édition lyonnaise Benoît Rigaud de 1568 est longtemps resté ignoré de nombreux bibliographes. Bareste, par exemple, qui connaissait pourtant l’existence de l’édition Macé Bonhomme, émet des doutes sur l’existence d’une édition Benoist Rigaud datée de 1568 : “Les bibliographes parlent d’une autre édition de 1568 faite par Benoist Rigaud. Mais nous ne pouvons rien dire de positif à cet égard car nous ne la connaissons point ; elle ne se trouve dans aucune bibliothèque de Paris.”92 Si nous considérons l’édition 1566, son attribution suspecte au libraire lyonnais Pierre Rigaud, par Klinckowstroem notamment93, a permis de la déclarer contrefaçon, cette même édition qui avait été jugée, jusqu’alors, pouvoir être le fondement d’éditions critiques, comme celle de Torné-Chavigny94, et d’Anatole Le Pelletier.95 Sur le plan proprement scientifique, rappelons à J. Halbronn que l’édition 1555, “incomplète” par rapport à une édition ultérieure, ne peut être qualifié que d’édition inachevée, et parler d’une addition de 53 quatrains à un ensemble centurique, c’est déjà supposer une édition antérieure à 3 centuries, non seulement qu’on a jamais retrouvé mais surtout, dont personne n’a jamais parlé ou entendu parlé.96 Ce qui pose donc problème pour J. Halbronn, c’est le fait que l’édition 1555 ne signale aucune addition ou ajout de quatrains, comme l’ont fait les éditions de 1588 - 1589. Mais la raison la plus logique, que refuse de voir notre spécialiste ès contrefaçons, c’est que ce fut la première publication de ce genre et surtout, que ce fut le choix de Nostradamus de s’arrêter, pour cette année 1555, au 53e quatrain de la IVe centurie. Dans la même étude, “Un Nostradamus schizophrène”, J. Halbronn suppose que l’édition 1555, pour être authentique, aurait du être très différente de celles qui ont existé au XVIIe siècle par exemple : “d’aucuns voudraient en même temps nous faire croire que rien n’a changé depuis le point de départ, que les textes n’ont point bougé”. Ainsi, les faussaires se seraient trahi en reproduisant une édition, dont les quatrains notamment ressemblent étonnement à ceux des éditions publiées ultérieurement ! J. Halbronn aurait souhaité, pour pouvoir admettre l’authenticité de l’édition 1555, que les quatrains y furent plus défigurés que nature. Mais quelques lignes plus loin, le même J. Halbronn constate que les textes qui nous sont parvenus sont “abîmés, adultérés, frelatés, détériorés, truffés de barbarismes - où l’on ne distingue même plus noms propres et noms communs - flétris, fanés par le temps” : La schizophrènie n’est peut-être pas du seul côté de Nostradamus ! L’astrophile provençal a maintes fois répété que ses quatrains étaient tout sauf “limpides”, et ainsi qu’il le dit dans la Préface à César, il les a “rabotés” comme ceux d’ailleurs des almanachs qu’il signa pendant une bonne dizaine d’années. Un des principes de la prophétie, n’est-il pas de cacher l’information ? Même l’Apocalyse de Saint-Jean n’est pas une “révélation” limpide ! Grosso modo, pour J. Halbronn, ce ne sont pas les Centuries qui rendirent Nostradamus célèbre, mais ce serait plutôt la réputation de l’astrophile provençal qui aurait été des plus bénéfiques pour la notoriété internationale des quatrains centuriques, lesquels n’ont pu apparaître que dans une production posthume. C’est la raison pour laquelle, si nous suivons son raisonnement, on a fait croire que les Centuries furent publiées de son vivant, en fabriquant des faux comme les éditions 1555, 1557 et 1568 ! Par ailleurs, selon J. Halbronn, Nostradamus serait un astrologue pur et dur, compositeur de pronostications ou de prophéties perpétuelles, à caractère astrologique et ne peut être un prophète, auteur de centuries. Les textes dédicatoires, à César et à Henri II, relèveraient donc de l’astrologie et furent récupérés pour encadrer et annoncer le corpus centurique. En recyclant les Epîtres annonçant des textes astrologiques pour les placer en tête de Centuries, corpus non astrologique selon J. Halbronn, les faussaires auraient commis une erreur de plus. Nostradamus aurait donc été instrumentalisé. Il n’a pu être l’auteur des Centuries marqué par l’esprit iconoclaste de la Réforme, nous dit J. Halbronn, de ce nouvel esprit exégétique, car ce n’était pas un humaniste, c’était encore un homme du Moyen Age, prisonnier d’une certaine scolastique, alors que les Centuries sont un texte foncièrement moderne : il ne s’agit ni plus ni plus que de “décenturiser” Michel de Nostredame, en un mot de le dés-humaniser. J. Halbronn nous fait de plus en plus penser à l’ésotériste Piobb qui était arrivé à une semblable conclusion par un chemin tout aussi “vaultorte”, pour employer une expression nostradamienne (IX.20). L’historien des textes devrait relire attentivement la correspondance de Nostradamus et se pencher sur les carrés astrologiques des thèmes analysés pour constater que Nostradamus était plus astrophile qu’astrologue et que l’horoscope n’était pour lui qu’un support commode pour prophétiser ! La démarche de Jacques Halbronn est certes iconoclaste lorsqu’il parle de faussaires successifs sur plusieurs décennies, mais il brandit sa profession de foi comme s’il s’agit de l’arme fatale : il ne croit pas aux prophéties ! Voilà résumé le fond de sa pensée et son combat d’ “avant garde”. Cet auteur conteste aux Centuries leur caractère prophétique du fait qu’elles seraient trop ancrées dans une certaine réalité : c'est trop beau pour être vrai. Mais c’est une profession de foi qui croît être démontré à coup d’arguments homéopathiques, mais à mon avis avec des marqueurs en nombres insuffisamment probants pour entraîner une forte adhésion. Les Archives Nationales (Paris) conservent un manuscrit du dominicain Giffré de Rechac intitulé : Nostradamus Glosé, dont seule une partie fut imprimée, en 1656, sous le nom d’Eclaircissement des Véritables Quatrains de Michel Nostradamus. J. Halbronn, à qui l’on doit la découverte de ce document, attire notre attention sur un quatrain signalé comme étant le VII.46. Or, nous savons que la centurie VII, incomplète, comportait 42 quatrains seulement dans l’édition Benoît Rigaud de 1568. Il s’agit, comme nous l’avions fait remarquer à J. Halbronn, du présage de décembre pour 1561. Giffré de Rechac, dans le Nostradamus Glosé et Etienne Jaubert, l’auteur présumé de l’Eclaircissement de 1656, s’inspirent surtout du Janus Gallicus de 1594. Or, dans ce dernier ouvrage, Jean-Aimé de Chavigny n’y avait pas inclus le présage de décembre pour 1561. On pourrait penser que Giffré de Rechac n’a pu trouvé ce quatrain que dans une édition parisienne de 1588 ou 1589, où il figure dans cette fameuse centurie VII, mais avec le numéro 83 et non 46 ! Puisque nous avons ici affaire à un commentateur et non à un libraire-imprimeur - lequel aurait moins de scrupule à produire une édition falsifiée - il est peu probable que Giffré de Rechac ait eu en mains un exemplaire de l’almanach pour 1561, sinon il n’aurait pas numéroté son quatrain : VII.46. Par contre, l’édition datée de 1560 du faussaire Barbe Regnault, signalée par Brunet97, était peut-être en sa possession, et ceci pourrait certainement expliquer le mystère des fameux “39 articles” ajoutés “à la dernière centurie”. En 1560 - 1561, cette dernière centurie - dans l’hypothèse où le libraire n’avait pas connaissance d’une autre édition postérieure à celle de 1557 - était la centurie VII, avec 40 ou 42 quatrains. Ainsi, la VIIe centurie de cette édition pirate de Barbe Regnault pouvait éventuellement comporter 79 ou 81 quatrains ! Toutes les éditions du XVIIe siècle qui reproduiront le quatrain ci-dessus (avec également les présages pour février, septembre et novembre 1561) se baseront sur les éditions parisiennes de 1588 et 1589 et surtout le Janus Gallicus. Les éditeurs, s’inspirant de la formule parisienne “Adjoustées nouvellement. Centurie septiesme” (12 quatrains numérotés 72 à 83), ajouteront les quatrains 72, 80, 82 et 83 sous une formule type du genre “Autres Quatrains tirez de 12. soubz la Centurie septiesme : dont en ont esté rejectez 8. qui se sont trouvez es Centuries précédentes”. Ils avaient en effet remarqué, en analysant le Janus Gallicus, que les quatrains numérotés 74 à 79 et 81 étaient ceux de l’Almanach pour 1561 (et que le n° 72 était en fait le quatrain VI.31). Mais, ils n’avaient certainement pas sous les yeux un exemplaire de cet almanach nostradamien, car tous les éditeurs ont conservé les quatrains non transcrits par Chavigny, sans se douter - et nous pensons que les éditeurs parisiens de la Ligue l’ignoraient également - qu’ils appartenaient au même almanach. Si effectivement, comme le souligne J. Halbronn, dans sa dernière étude98, l’édition de 1605 ne comportait pas ces quatrains supplémentaires, nous lui ferons remarquer, contrairement à ce qu’il affirme par deux fois dans cet article, que les éditions d’Amsterdam de 1667 et 1668, elles, les comportaient. Dans l’étude citée, J. Halbronn reste perplexe sur l’édition utilisé par le québécois Michel Dufresne dans la composition de son Dictionnaire Nostradamus (1989). Ce dernier nous dit dans son Avant-propos, qu’il a choisit “de recourir à une copie de l’édition de 1605 reproduite intégralement par Elisabeth Bellecour, à l’intérieur d’un ouvrage ayant pour titre Nostradamus trahi, publié en 1981, chez Robert Laffont”. Nous avons déjà donné notre opinion sur ce dernier ouvrage de E. Bellecour, préfacé par A. Slosman dans notre RCN (pp. 574 - 575), et la brève analyse ci-dessous - sans débattre bien évidemment sur le problème de l’interprétation laissée à la libre appréciation de chacun - va confirmer tout le bien que nous pensons de ce livre, en particulier sur le plan de l’honnêteté intellectuelle. En effet, on peut lire sur la page de titre : Nostradamus trahi suivi du texte original et complet des dix Centuries, édition de 1605. Il est difficile de rencontrer autant de mensonge et de cynisme dans une seule phrase ! Tout d’abord, J. Halbronn a raison, lorsqu’il dit l’édition reproduite dans l’ouvrage en question n’est nullement celle de 1605, ayant noté l’absence du quatrain 100 de la Centurie VI, quatrain qui figure bel et bien dans l’édition “authentique” datée de 1605. Nous irons cependant plus loin que J. Halbronn. L’ “édition 1605” ainsi présentée (pp. 101 - 284) est un agglomérat indigeste dont il n’est pas évident, à priori, d’identifier l’origine de ses éléments constitutifs. Pour notre propos, en ce qui concerne la centurie VII, le texte proposé par nos deux charlatans est grosso modo celui de l’édition Benoît Rigaud, 1568 pour les quatrains 1 à 42. Les quatrains 43 et 44 sont tirés de l’édition Jean Didier, 1627, que l’on retrouvera dans l’édition de Leyde, 1650. Quant aux quatrains numérotés 45 à 48, ils correspondent notamment aux quatrains 73, 80, 82 et 83 de la “centurie” VII des éditions parisiennes de 1588 - 1589.99 Il est vrai qu’aucune édition connue des Centuries, du vivant de Nostradamus, ne comporte un quatrain VII.46 ou VII.48.100 Ainsi que nous l’avons supposé plus haut, la fameuse édition 1560 - 1561 de Barbe Regnault pourrait tenir ce rôle, puisque justement, nous avons ici des quatrains-présages de l’almanach pour 1561, et seule une libraire indélicate ès contrefaçons pouvait intégrer dans une édition classique un supplément frauduleux. A l’époque de l’élaboration de notre bibliographie, nous avions supposé, sans pousser plus avant l’analyse, que cette édition pouvait être identique aux éditions parisiennes de 1588 - 1589, puisque ces dernières se réclamaient d’elle, en leur page de titre : “Revues & additionnées par l’auteur pour l’an mil cinq cens soyxante & un, de trente-neuf articles à la dernière Centurie.”101 Nous suggérons aujourd’hui une autre hypothèse concernant le contenu de cette édition aujourd’hui disparue, et que nous ne désespérons pas de retrouver un jour chez un particulier chanceux ou mieux dans les cartons non inventoriés d’une bibliothèque de province. Nous avons vu plus haut que Barbe Regnault publia en 1562, un faux almanach pour l’an 1563 comportant des quatrains empruntés aux véritables almanachs nostradamiens des années 1555, 1557 et 1562. Dans la même logique, on peut supposer que Barbe Regnault aurait publié l’année précédente, en 1561, non pas un almanach mais une édition des Prophéties de Nostradamus, comportant cette fois-ci la totalité des quatrains-présages des années 1555, 1557 et 1561, soit (en comptant le quatrain de l’an)… “39 articles” qui seront ajoutés à la dernière centurie, soit à la fameuse centurie incomplète n° VII, ce qui donnerait 79 ou 81 quatrains. On pourrait ainsi expliquer la bizarre numérotation des éditions “ligueuses” de 1588 - 1589, lesquels utilisent des chiffres de même ordre : 71 (centurie VI) et 72 à 83 (pour des prophéties “adjousées nouvellement”), qui plus est en mentionnant sur leur page de titre la formule des “39 articles”. Dans l’étude déjà citée de J. Halbronn, on peut lire : “On comprend mal la formule de Benazra : “Nous ignorons pourquoi (ces quatrains) furent supprimés de l’almanach imprimé par Barbe Regnault et intégrés dans l’édition 1561 des Centuries”. En effet, l’almanach pour 1561 comporte les dits quatrains et ne parut pas chez Barbe Regnault…” Encore une fois, J. Halbronn n’a pas lu avec attention notre RCN. Notre interrogation portait justement sur les quatrains additionnels à la centurie VII, dont nous annoncions qu’ils avaient été intégrés dans l’édition frauduleuse de 1561102, imprimée par Barbe Regnault.103 Sachant que le même imprimeur avait publié l’année précédente un Almanach pour l’an 1561, pas l’authentique - lequel fut imprimé à Paris, par Guillaume le Noir104 - mais un apocryphe ne contenant pas de quatrains-présages105, nous nous demandions simplement, à l’époque, pourquoi l’éditeur indélicat ne les avait pas inclus dans sa première publication. Mais nous donnions nous-même la réponse dès la présentation de cet almanach apocryphe en supposant que ce texte avait été mis sur le marché en même temps que l’édition falsifiée des Centuries, en 1561, afin qu’ils ne fassent pas double emploi et qu’on accepte sans trop réfléchir les quatrains additionnels à la centurie VII. On peut se demander par ailleurs, pourquoi les éditions 1588 - 1589 avait une centurie VI incomplète avec 71 quatrains ? Mais comme nous l’avons noté à la fin de notre analyse d’une édition de 1588106, on peut légitimement supposer que l’éditeur parisien souhaitait maintenir un état antérieur des éditions des Prophéties, de la même manière qu’il l’avait fait pour la centurie IV, incomplète à 53 quatrains, telle qu’elle figurait dans l’édition Macé Bonhomme de 1555, et fournissant une addition des quatrains 54 à 100, précédée par la formule : “Prophéties… adjoustées outre les précédentes impressions. Centurie quatre”. Pour terminer, nous tenons à dénoncer une grossière manipulation avec la récente mise en vente aux enchères sur le Site américain Authentigraph d’un ouvrage nostradamien (500 000 dollars US !), car il s’agit pour nous d’un canular, mais le terme escroquerie semblerait ici plus approprié. Et il nous semble que J. Halbronn soit tombé dans le panneau107, quand il admet, avec l’auteur de la notice anglaise sur la fameuse édition 1566 - dont nous savons qu’elle est antidatée108 - qu’il a existé deux imprimeurs du nom de Pierre Rigaud. Avec sérieux, J. Halbronn écrit : “On peut donc raisonnablement pensé” ou encore “Il est probable” qu’il a existé “Pierre Rigaud I”, lequel aurait d’ailleurs la même adresse que “Pierre Rigaud II”, rue Mercière, à Lyon, puisque, nous dit-il, les faussaires du XVIIIe siècle qui fabriquèrent des éditions des Prophéties en les datant de 1566 n’étaient pas “des imbéciles” et qu’ils se sont référé à un libraire ayant existé à l’époque. L’histoire de l’imprimerie lyonnaise109 est suffisamment bien connu aujourd’hui pour accepter sans broncher une telle hypothèse, qui ne sert que les intérêts d’un vendeur malhonnête. Robert Benazra Feyzin, le 12 janvier 2004 Notes 1 Cette thèse a été publiée par l’Atelier National de Reproduction des Thèses (ANRT). Elle est également diffusée dans les bibliothèques universitaires, sur microfiche, sous la référence ANRT 34216, et nous-même avons commencé à la publier sur notre Site Ramkat. Retour 2 Cf. Cahiers V.-L. Saulnier, n° 15, 1998, Prophètes et prophéties au XVIe siècle, pp. 95 - 133. Retour 3 Dans les années Quatre-vingt du XXe siècle, un Jean-Charles de Fontbrune en avait fait son cheval de bataille et ce quatrain fut un de ceux qui contribua notamment à assurer une belle notoriété à l’auteur du best-seller qui sut habilement l’exploiter. Retour 4 Cf. son article sur le Site du CURA, Dr. Elmar R. Gruber, “Reconsidering the ‘Nostradamus Plot’ (New Evidence for the Critical Evaluation of the Chronology of the Editions of the ‘Prophéties’)”. Retour 5 Cf. Jean-Aimé de Chavigny, La premiere face du Ianus François, contenant sommairement les troubles, guerres civiles & autres choses memorables advenuës en la France & ailleurs dés l’an de salut M.D.XXXIIII. iusques à l’an M.D.LXXXIX..., Lyon, Héritiers Pierre Roussin, 1594, p. 254. Retour 6 Cf. RCN, pp. 51 - 52. Si nous en croyons Brunet, la mention de 39 articles à la dernière centurie devait sans doute correspondre à un ajout dans la centurie VII. Retour 7 Cf. RCN, pp. 118 - 119. Retour 8 Cf. Jacques Halbronn, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Editions Ramkat, 2002, pp. 62 - 77. Retour 9 Elles le seront effectivement au cours de la Seconde Guerre mondiale, entre les services anglais et nazis. Retour 10 Cf. Documents inexploités..., op. cit., pp. 69 et 73. Retour 11 Cf. RNC, p. 121. Retour 12 Cf. RCN, pp. 118 - 125. Retour 13 Cf. RCN, pp. 51 et 58 - 59. Retour 14 Cf. RCN, pp. 33 - 34. Retour 15 Cf. RCN, p. 52. Retour 16 Cf. Documents inexploités…, op. cit. Retour 17 La Bibliothèque Du Verdier (1585) mentionne une édition Benoist Rigaud de 1568 : “Dix Centuries de prophéties par Quatrains qui n’ont sens, rime ni langage qui vaille.” (p. 881) Retour 18 Cf. “Le Janus Gallicus comme base d’une édition critique des Centuries”, Analyse 61. Retour 19 Nous avons abordé le cas de cet imposteur dans le RCN, pp. 92 - 93 et notre édition du manuscrit de Palamède Tronc de Coudoulet, Ed. Ramkat, 2001, pp. 9 - 11. Retour 20 Cf. “Le labyrinthe des éditions centuriques Rigaud”, Analyse 54. Retour 21 Dans l’examen des arguments présentés par J. Halbronn, nous n’avons cependant pas suivi une ligne directrice, puisque du propre aveu de leur auteur, ses “idées” sont appelées à évoluer et elles ont déjà été retouchées sur certains points si on compare quelques uns des premiers et des derniers textes mis en ligne. Nous avons donné notre opinion sur toutes ces études que nous avons relus attentivement au fur et à mesure qu’elles se présentaient à nous. Retour 22 Cf. son étude “Les trois canons centuriques et leur couplage exégétique”, Analyse 50. Retour 23 Cf. La vie de Nostradamus, Aix, Veuve Charles David, 1711, p. 50. Retour 24 Cf. La vie de Nostradamus, Paris, Gallimard, 1930, p. 174. Retour 25 Cf. Nostradamus, Paris, Maillet, 1840, pp. 253 - 255, et la description fidèle de Bareste d’un exemplaire de l’édition Macé Bonhomme. Retour 26 Cf. Nostradamus, Paris, Ed. Excelsior, 1933, p. 183. Retour 27 Cf. Palinodies de Pierre de Ronsard, 1563, fol. B. Voir RCN, pp. 63 - 64. Retour 28 Cf. Les poèmes de P. de Ronsard, Paris, Gabriel Buon, 1560, tome 3, fol. 218. Voir RCN, pp. 46 - 47. Retour 29 Cf. “Réponse aux observations parues dans le n° 26 du CURA consacré à Nostradamus”, Analyse 40, volet 4. Retour 30 Cf. “Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée”, Analyse 34. Retour 31 Jean Dorat (1508 - 1588), un des membres de la Pléiade fut le maître de Ronsard et Du Bellay. Retour 32 Cf. Jean de Chevigny, L’Androgyn né à Paris…, Lyon, Michel Jove, 1570, fol. A3. Voir également Petey-Girard, p. 14. Retour 33 On notera que le Janus Gallicus a reproduit le dit quatrain avec une variante “Androgyn” au lieu de “L’Androgyn”. Retour 34 Il s’agit d’une adaptation d’un traité de Galien, d’après une traduction latine d’Erasme. Retour 35 Le manuscrit de l’Interprétation des Hiéroglyphes de Horapollo est également signée de cette manière par Nostradamus. Voir Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, Ed. Klincksieck, 1993, p. 474. Retour 36 Le manuscrit latin fut publié par Jean Dupèbe en 1983 chez Droz. Retour 37 Cf. L’astrologie de Nostradamus, dossier présenté par Robert Amadou, Diffusion ARRC, 1992, pp. 82 - 83, traduction de Bernadette Lécureux. Retour 38 Cf. Antoine Couillard, Les Prophéties du Seigneur du Pavillon Lez Lorriz, Paris, Antoine le Clerc, 1556, fol. B1r. Voir RCN, pp. 18 - 19. Retour 39 Cf. “Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée”, Analyse 34. Retour 40 Voir son étude “Pour une relecture du RPP”, Analyse 31. Retour 41 Jean Dupèbe dans ses Lettres inédites, Droz, 1983, p. 115, traduit ce terme par “Pronostication” et Bernadette Lécureux, dans le dossier de Robert Amadou, L’Astrologie de Nostradamus, ARRC, 1992, p. 128, le traduit par “Almanach”. Il s’agit bien, en l’occurrence dans ce cas là, de l’Almanach pour 1562, imprimé à Paris, par Guillaume le Noir et Jean Bonfons. Voir RCN, pp. 47 - 50. Retour 42 Cf. “Un faux almanach de Nostradamus paru sous la Ligue”, Analyse 40, volet 1. Retour 43 Cf. Cahiers Astrologiques, n° 97, Mars - avril 1962, p. 64 et RCN, pp. 5. Voir aussi Chomarat-Laroche, Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden, 1989, p. 10. Retour 44 Dans sa lettre Nostradamus et l’Astrologie, Saint-Denis-du-Pin, 1872, p. 19, Torné-Chavigny corrige le quantième du mois en 27. Retour 45 Cf. Torné-Chavigny, Lettres du Grand Prophète, Saint-Jean-d’Angely, 1870, p. 286. Retour 46 Les vers cités par Torné-Chavigny appartiennent au quatrain-présage de septembre 1555. L’exemplaire de Daniel Ruzo était sans doute celui de l’abbé Rigaud, lequel l’hérita de son maître Torné-Chavigny. Retour 47 Cf. Daniel Ruzo, Le testament de Nostradamus, Monaco, Edition du Rocher, 1982, p. 340. Retour 48 Cf. Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus, Edition du Seuil, 1999, pp. 218 - 241 et 241 - 251. Retour 49 Cf. Torné-Chavigny, Lettres du Grand Prophète, Saint-Jean-d’Angely, 1870, p. 286 - 287. Retour 50 Ce quatrain figure en tête du RPP, au dessous du titre “Extraict d’un commentaire d’icelui sur l’an MDL, LII, LIII, LIIII et LV”, Retour 51 Cf. RCN, p. 6 et Présages de Nostradamus, op. cit., p. 113. Est-ce que le quatrain en question ne se trouvait pas dans une autre pronostication précédée d’une épître “liminaire” ? Retour 52 Cf. Les odes de P. de Ronsard, Paris, Gabriel Buon, 1560, tome 2, fol. 34v°. Retour 53 Cf. Nostradamus - Prophéties, Présentation par Bruno Petey-Girard, GF Flammarion, 2003, p. 12, note 1. Retour 54 Cf. Les Significations de l’Eclipse, qui sera le 16. Septembre 1559…, Paris, Guillaume le Noir, S. d., fol. Biir. Voir Chevignard, op. cit., p. 455. Retour 55 Cf. Documents inexploités, op. cit., p. 226. Retour 56 Cf. RCN, p. 499. Retour 57 Cf. RCN, pp. 33 - 34. Retour 58 Cf. RCN, p. 44. Retour 59 Nous avons déjà dit que cette édition est attesté par Brunet qui nous dit qu’un exemplaire avait été vendu aux enchères en 1750. Voir RCN, pp. 51 - 52. Retour 60 Cf. “Un faux almanach de Nostradamus paru sous la Ligue”, Analyse 40, volet 1. Retour 61 Cf. Jean de Marconville, Recueil mémorable des cas merveilleux advenuz de nos ans…, S.l.n.d., fol. 9r. Voir RCN, pp. 62 - 63. Retour 62 Cf. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Editions Klincksieck, 1993, p. 84. Retour 63 Cf. Bibliothèque Marciana (St Marc), Venise. Voir l’article de Jacques Halbronn, “Les fallacieux espoirs des nostradamologues à la solde des faussaires”, Analyse 40, volet 2. Retour 64 Cf. notamment Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile. Les astres et l’astrologie dans la vie et l’oeuvre de Nostradamus, Paris, 1993, p. 488. On notera que les expressions “fureur” et “naturel instinct” ne se retrouvent que dans la Lettre à Henri II. Cette dernière expression ne se retrouve d’ailleurs pas dans Les Présages merveilleux pour l’an 1557 dont J. Halbronn pense qu’elle fut employée pour fabriquer la dite Epître à Henri II. Retour 65 Cf. Philippe Renouard, Imprimeurs et libraires parisiens du XVIe siècle. Ouvrage publié d’après les manuscrits de Philippe Renouard par le service des Travaux historiques de la Ville de Paris avec le concours de la Bibliothèque nationale, t. III, Paris, 1979, p. 279 - 281. Voir l’article de Gruber, op. cit. Retour 66 Cf. Michel Chomarat (avec Jean-Paul Laroche), Bibliographie Nostradamus, XVIe-XVIIIe siècles, Baden-Baden, 1989, notice 49. Retour 67 Cf. RCN, p. 50. Retour 68 Cf. article de Gruber, op. cit., qui reproduit le texte de la Pronostication conservée à la Bayerische Staatsbibliothek à Munich. Retour 69 Cf. Chomarat, op. cit., pp. 36 - 37. Fol 22v de la Pronostication nouvelle. Voir Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, 1993, p. 268. Retour 70 Cf. Gruber, op. cit. Retour 71 Cf. Pierre Brind’Amour, Les premières Centuries ou Prophéties, Droz, 1996, p. 405. Plus tard, les quatrains 51 et 55 seront appliqués à l’assassinat du duc de Guise dit Henri le Balafré, le 23 décembre 1588. Retour 72 Cf. Histoire et Chronique de Provence, Lyon , 1614, p. 782 E. Retour 73 Cf. Pierre Brind’Amour, Nostradamus Astrophile, 1991, pp. 267 - 268. Retour 74 Chomarat (op. cit., notice 65, p. 45) cite cet ouvrage d’après Renouard (op. cit., t. III, p. 297 - 298), lequel cite un catalogue de vente. Voir notre article “Les Pronostications et Almanachs de Michel Nostradamus” sur le Site du CURA. Retour 75 Almanach Pour l’An 1565. Composé par M. Michel Nostradamus Docteur en Medecin, de Salon de Craux en Provence. A Paris Pour Thibault Bessault, demourant en la rue S. Iaques, à l’enseigne de l’Elephant. Avec permission. Retour 76 Cf. RCN, pp. 65 - 67. Par rapport à l’original comportant 163 pages, l’almanach de Bessault se compose de seulement 32 folios seulement. Retour 77 Exemplaire Utrecht : “L’an que Saturne sera hors de servaige”. Retour 78 Cf. RCN, pp. 59 & 636, gravure A2 et Chomarat, op. cit. p. 39, fig. 11. Retour 79 Cf. Benazra, op. cit., pp. 91 & 115 et Chomarat, op. cit., notices 110, 137. Retour 80 Cf. Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus. Présages en vers 1555 - 1567, présages en prose (1550 - 1559), Paris, 1999. Retour 81 (I.47) : Chavigny, PP 285, 1561 ; (I.90) : Chevignard, PP 98, 1554, p. 204 ; (II.89) : Chevignard, PP 285, 1559, p. 358 ; (III.93) : Chevignard, PP 380, 1559, p. 369 ; (III.100) : Chevignard, PP 451,1559, p. 378 ; (IV.62) : Chevignard, PP 238, 1559, p. 353 ; (VI, 2) : Chevignard, PP 359, 1555. Note omise par Chevignard ; (VI.13 & 79) : Chevignard, PP 112, 1558, p. 300 ; (X.37) : Chavigny, PP 204, 1561. Retour 82 Cf. “Le rôle des vraies Epîtres dans la datation du faux centurique”, Analyse 48. Retour 83 Nous savons, par ailleurs, que le nombre des Sixains avaient été plus important à l’origine. Voir RCN, p. 162. Retour 84 Cf. “Le rôle des vraies Epîtres dans la datation du faux centurique”. Retour 85 Cette mention de XII Centuries ne s’est pas imposé pas au niveau canonique. Retour 86 Cf. “Les trois canons centuriques et leur couplage exégétique”, Analyse 50. Retour 87 Cf. Epistre A la Royne mère du Roy Empereur de France Charles IX. Par M. Chrespin Archidamus, Seigneur de haute Ville… A Lyon, par Benoist Rigaud, 1573 et Epistre envoyée à M. Crespin Nostradamus, Seigneur de Haute Ville… A Vienne, par Nicolas Martin, 1573. Voir Documents inexploités, op. cit., pp. 50 - 53. Retour 88 Cf. “Les paradoxes du prophétisme centurique”, Analyse 59. Retour 89 Cf. son Analyse 61, op. cit. Retour 90 Cf. Présages de Nostradamus, op. cit., p. 56. Retour 91 Cf. Présages de Nostradamus, op. cit., p. 283, note 2. Retour 92 Cf. Nostradamus, Paris, Maillet, 1840, p. 255. Et de fait, aucun exemplaire ne se trouve effectivement dans les bibliothèques parisiennes, mais Paris n’est pas toute la France et le centre du monde, puisqu’ailleurs, nous en avons comptabilisé une bonne douzaine. Retour 93 Cf. son article dans Aus der Zeitschrift für Bücherfreunde, Leipzig, Mars 1913. Retour 94 Cf. Réédition du Livre de Prophéties de Nostradamus publié en 1566 chez Pierre Rigaud, Bordeaux, 1862. Retour 95 Cf. Les Oracles, Paris, 1867. Retour 96 Cf. son étude “Un Nostradamus schizophrène”, Analyse 74. Retour 97 Cf. RCN, p. 51. Le Supplément du Manuel du Libraire nous dit que cette édition contenait sept centuries. Retour 98 Cf. “Les différentes versions de la Centurie VII”, Analyse 76. Retour 99 Le Dictionnaire Nostradamus de Michel Dufresne serait donc à revoir sérieusement, si on souhaite véritablement disposer d’une base de donnée fiable ! Retour 100 Nous avons bien précisé une édition contemporaine de Nostradamus, car on a bien publié une édition comportant 48 quatrains à la VIIe centurie, mais c'était vers la fin du XVIIIe siècle. Voir RCN, p. 325. Cette édition, qu'on peut dater des années 1780 - 1790, est donc bien celle qui a été reproduite par les faussaires modernes E. Bellecour et A. Slosman. Mais le quatrain VII.46 de Giffré de Réchac est numéroté VII.48 cette édition parisienne imprimée “D'après un exemplaire trouvé dans la Bibliothèque du célèbre Pascal”. Retour 101 Cf. RCN, p. 52. Retour 102 Cf. RCN, p. 119. Retour 103 Cf. RCN, pp. 51 - 52. Retour 104 Cf. RCN, p. 42. Retour 105 Cf. RCN, p. 44. Dans Le Testament de Nostradamus, 1982, p. 261, Daniel Ruzo nous dit posséder un exemplaire de cet ouvrage. Retour 106 Cf. RCN, p. 121. Retour 107 Cf. “La question des éditions pseudo-rigaldiennes et l’édition de Cahors”, Analyse 62. Retour 108 Cf. RCN, pp. 295 - 300. Retour 109 Cf. notamment les 12 volumes de la Bibliographie lyonnaise de Baudrier. Retour