lundi 8 mars 2010

Deux écueils pour l'astrologie: le tout image et le tout planète.

par Jacques HalBronn


Nombre de nos entretiens pour la télévision astrologique ont fait apparaitre la place du tarot chez bien des astrologues.(voir récemment nos interviews de Catherine Anne, de Geneviève Jarnias, de Françoise Bitton, de Michéle Mazilly mais c'est aussi le cas de Françoise Colin (entretien non enregistré) et de Patricia Zeidan et Lysianne Lacombe (toutes deux sur la T.A.) sans oublier Catherine Gestas. Comment expliquer un tel phénomène, particulièrement marqué chez les praticiennes, que nous révèle-t-il? Il y a quelques années, le recours au tarot aurait été plus ou moins rédhibitoire, cela aurait été dérroger de la part d'un astrologue. Actuellement, l'on ne s'en cache plus. Cela fait-il problème pour l'image de l'astrologie? Il devient en tout cas de plus en plus difficile de distinguer nettement l'astrologie et divers arts divinatoires. Dans le récent "Guide des meilleurs astrologues et voyants" (Ed. Favre) par Christine Rappaz-Lasserre et Sandra Gaudin, on désigne tous les professionnels sous le terme général de 'parapsys". C'est dire que l'Astrologie -en dépit du lot de consolation de figurer nommément au titre et en tête- a bien du mal à se différencier, tout comme elle figure dans les pages jaunes de l'annuaire en compagnie des numérologues pour ne pas parler, sur Internet, des annuaires des voyants (Réseau des voyants, par exemple) qui regroupent indistinctement les astrologues et les autres, dans une certaine promiscuité. Ce sera un des débats du Colloque des 19-20 février 2010 du NOA (Nouvel Ordre Astrologique)
Nous montrerons qu'une telle assimilation est largement due à une dérive de l'astrologie elle-même et que l'on ne pourra y remédier que par des mesures autrement plus radicales que celles qui sont suggérées actuellement par ceux qui veulent mettre de l'ordre dans cette nébuleuse divinatoire (FDAF, INAD, RAO) dont l'astrologie semble désormais faire partie intégrante, qu'elle le veuille ou non. Force est de constater que l'astrologie n'est plus perçue aujourd'hui, dans le public, que comme une branche de l'arbre divinatoire, une option parmi d'autres, ce qui est rendu d'autant plus facile par le calcul informatique du thème. Sont -ce d'ailleurs les astrologues qui se sont rapprochés des praticiens de la divination ou l'inverse? On est en pleine équinoxialité (voir nos études à ce sujet), c'est à dire que l'on panache, que l'on mélange sans état d'âme. Bonnet blanc et blanc bonnet. On est dans le kif kif sinon dans une certaine décadence ou décrépitude, pour employer une expression à la mode.
La thèse que nous soutiendrons ici est la suivante et se situe à un niveau qui dépasse très largement le seul cas que nous traitons puisque c'est la fonction de l'image et plus généralement du livre au regard des sciences humaines et des sciences "dures". par opposition à la fonction du bruit, du son par delà la question du langage. Opposition, d'une certaine façon, entre arts plastiques à commencer par la peinture, les fresques (de Lascaut par exemple pour remonter à la préhistoire)et musique (dont les attestations sont beaucoup moins préservées culturellement sur la longue durée, quelle est la part du son dans les bibliothèques d'avant le XXe siècle? Y-a-t-un département à la BNF qui corresponde à celui des Estampes pour les périodes anciennes, à part les partitions dans certains cas, ce qui tient évidemment aux techniques d'enregistrement?). Au regard des musées et des collections, la musique semble le parent pauvre de la peinture, ne serait-ce que parce qu'elle est moins spectaculaire, sauf si elle accompagne un ballet ou dans le cadre d'un opéra... Et pourtant....
Si on demande à un astrologue ce qui distingue les planètes des signes du zodiaque, il nous expliquera doctement quelle est la fonction des unes et des autres, il est rare qu'il admette que ces deux ensembles ne relèvent pas du même ordre scientifique. Dans les deux cas, ce sont des séries de noms, plus ou moins évocateurs et que l'on doit apprendre en lisant des livres, en suivant des cours. Et qu'est ce que le Tarot, après tout, sinon une autre série de symboles tout aussi évocateurs d'ailleurs que le noms des maisons astrologiques avec lesquels d'ailleurs ils ont plus d'un point commun (voir nos "Recherches sur l'Histoire du Tarot et de l'Astrologie", Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993)? Que certains noms désignent des astres, d'autres des découpages arbitraires du ciel ou des "lames", en quoi cela pourrait-il importer? D'ailleurs, les planètes ne sont jamais que des glyphes retranscrits à partir d' éphémérides ou encore plus simplement placés sur une carte du ciel, toute tracée par un ordinateur.
Mais l'image a-t-elle autant de force que la réalité qu'elle prétend représenter? En aucune façon : une planète dans le ciel n'est pas une planète sur un tableau ou sur une photo ou même dans un film, ou à la télé, elle est morte (et deux fois morte si l'on considérait que la planète est une chose morte). Un être humain n'est pas la même chose qu'une poupée gonflable, il ne se réduit certainement pas à une image. Le monde des images est factice, il n'est qu'un reflet, une imitation, un trompe l'oeil. Rappelons l'interdiction des images du point de vue religieux.
Celui qui ne sait plus ou ne veut plus faire la différence entre l'objet et sa représentation développe une perception artificielle et superficielle du monde.
A contrario, pour en (re)venir à l'astrologie, nous dirons qu'il nous faut impérativement tracer une ligne de démarcation entre les astres, quels qu'ils soient, pourvu qu'ils aient une réalité et tout le reste de l'astrologie qui ne sont que des usages culturels, acquis lors de notre formation et nullement reçus héréditairement car une image restera toujours une image, et le nom qui lui est donné ne laissera pas d'empreinte génétique. Car le langage est tout aussi artificiel que l'image quand il s'agit de sons dotés de telle ou telle signification conventionnelle et qui peut varier d'un contexte à un autre, tel son n'ayant pas le même sens dans une langue et dans une autre. Rien de ce qui relève du langage n'a quelque chance de se transmettre génétiquement. Ce sont là des châteaux de sable qui ne résistent pas à la marée.
Mais d'un autre côté, il ne faudrait pas non plus croire que tout ce qui a une réalité matérielle fasse obligatoirement sens pour l'Homme, comme le croient certains astrologues. Le système solaire a beau être un objet bien réel, il n'est signifiant pour l'homme que sous certaines conditions. Il ne faudrait pas aller ici trop vite en besogne en soutenant qu'automatiquement le système solaire serait tout entier dans nos génes! Il y a une procédure d'intégration du monde extérieur qui obéit à certaines lois et que certains astrologues ne respectent pas quand ils s'amourachent de planètes transsaturniennes, par exemple, invisibles à l'oeil nu.
Entre ces deux attitudes extrémes, nous pensons qu'il convient de trouver un juste milieu. On ne peut certes accorder une importance autre que culturelle, éducationnelle, à tout un bagage symbolico-mythologique, aux noms donnés aux astres et moins encore aux noms donnés aux signes et autres facteurs s'inscrivant dans des séries dues à des subdivisions aléatoires. Mais on ne peut non plus englober d'office tout ce qui tourne autour de la Terre ou autour du Soleil, comme on voudra, comme le font tant de représentants de l'astrologie contemporaine, sous prétexte qu'il s'agit là d'objets célestes bien réels.
La voie médiane que nous recommandons considère que le fait qu'un facteur astrologique ait une réalité objective est une condition nécessaire mais point suffisante, suivant en cela Gauquelin dont les statistiques ne retiennent pas toutes les planètes du septénaire (il n'en retient que 5 sur 7) à l'encontre de J.P Nicola qui consacre astrologiquement dix planètes (septénaire plus les trois transsaturniennes), tout simplement parce que le système solaire serait un tout indivisible. Nous pensons, au contraire, que l'astrologie pose la divisibilité du dit système et n'en retient que ce qui lui semble utile pour constituer un cycle dont on puisse se servir pour établir une nouvelle conception du temps. Pas question de se laisser envahir par tout ce qui traine dans le cosmos!
Selon nous, comme nous le laissions entendre plus haut, ce qui est visuel n'offre génétiquement qu'un médiocre intérêt. En revanche, nous pensons que le champ du son est plus prometteur (voir notre étude sur les audio-sciences, dans le JBA). Si l'on revient sur les résultats Gauquelin, il est clair que le foetus ne contemple pas le ciel avant de naitre mais peut-être l'entend-il du ventre de sa mère? Nous qui sommes compositeur (voir nos productions sous le nom de JHB, sur You Tube), nous tendons à considérer toute littérature comme se situant à un tout autre niveau, du fait qu'une langue ne s'apprend pas avant la naissance et que chaque langue est un monde à part, la multiplicité des langues en soulignant toute la relativité. Mélanger paroles et musique nous apparaitra donc comme une formule hybride. Les sons les plus intéressants, au regard de l'astrologie, s'apparente à une "musique des sphères", ce sont en effet des intervalles entre deux astres qui à certains moments se conjoignent et à d'autres se séparent selon certaines angularités, comme sur des cordes plus ou moins tendues.
Pour nous le langage s'apparente en réalité au visuel. C'est un procédé que les hommes ont inventé pour "lire" des signes. Le langage est un système bâtard, à cheval sur le son et l'image et c'est pourquoi il ne saurait se transmettre génétiquement pas plus que tout ce qui est de l'ordre du visuel et notamment de l'image (qui s'apparente d'ailleurs au langage des signes).





JHB
10. 01. 10

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