samedi 23 janvier 2010

De la nécessité de la centralité pour l'Astrologie

par Jacques HalBronn


Si l'on considère le mouvement diurne, l'on note que tous les astres y apparaissent comme se mouvant à vitesse égale, et ce en dépit de différences différence au niveau de leurs révolutions respectives. On a là un exemple remarquable d'une égalité produite par la centralité. Pour qu'il y ait égalité, il faut, paradoxalement, qu'il y ait centralité, c'est à dire une exception à la dite égalité. Cette idée de l'Un contrebalançant le Tout se retrouve dans le christianisme, Jésus étant présenté comme le sauveur de l'Humanité.
En revanche, en ce qui concerne le plan zodiacal, chaque planète a une révolution qui lui est propre. Où est donc la centralité qui imposerait l'unité à un tel ensemble disparate? Serait-ce le soleil qui devrait dominer sur tous les autres astres, leur imposant son cycle zodiacal? N'est ce pas le cas quand on dit de quelqu'un qu'il est né sous tel ou tel signe, dans les horoscopes des journaux.? Mais l'importance accordée au moment de la naissance ne fait pas sens à ce niveau là puisque c'est le domaine du mouvement diurne et de l'ascendant, à un rythme beaucoup plus rapide.
En fait, la révolution annuelle du soleil se trouve placé entre le temps du mouvement diurne et le temps d'une planète comme Saturne, trente fois plus lente, environ, que ne l'est la course apparente du soleil qui est en fait le temps d'une révolution de la Terre autour du dit Soleil. Un autre candidat est la Lune qui présente des chiffres identiques à ceux de Saturne, même s'ils correspondent à des grandeurs différentes.
Il est essentiel qu'une planète prédomine sur toutes les autres, ce qui n'est possible que si elle est la plus lente, englobant la course des autres planètes. Ce qui ne pouvait que revenir à Saturne, dans le monde antique. Maintenant si l'on inclut les transsaturniennes, on aurait du successivement remplacer Saturne par Uranus, Uranus par Neptune et Neptune par Pluton et ainsi de suite. Mais il nous semble aller de soi que le système astrologique s'est stabilisé bien avant la découverte de ces nouvelles planètes. On notera cependant que le recours à la mythologie pour désigner les nouvelles planètes conduit à donner l'illusion d'une continuité, d'une tradition poursuivie et restituée, au point que certains auteurs (comme Léon Lasson, Jean Carteret, Lisa Morpurgo, Olivier Peyrebrune, et nous même dans notre jeunesse (Clefs pour l'Astrologie, Paris, Seghers, 1976) et bien d'autres encore, plaident en faveur d'un nombre de planètes correspondant au nombre de signes. Planètes ou dieux? Il y a là une certaine ambigüité ou un certain amalgame (voir Françoise Bitton, " L'Homme dévoilé. Le Zodiaque et la Genèse en miroir, Paris", La Lyre Art et Dialogue, 2001, pp. 71 et seq) : quelle est la part, ici, de l'astronomie (un certain ordre des astres), quelle est celle de la mythologie (rapports entre polythéisme et monothéisme), quelle est, enfin, celle de l'astrologie dans un tel mariage symbolique (voir notre entretien avec F. Bitton, sur la télévision astrologique)?
Le couple Lune-Saturne associe l'astre le plus rapide et l'astre le plus lent du système solaire connu des Anciens en une sorte d'équilibre numérologique. Etranges coïncidences numériques, certes, que celles que nous venons de rappeler comme l'est ce quadrilatère presque parfait constitué des quatre étoiles fixes royales...Il ne saurait bien entendu y avoir de correspondance parfaite puisqu'il s'agit de repères naturels et non de projections mathématiques comme dans le cas du zodiaque tropique.
Sans une telle géométrie céleste "naturelle", peut-être l'astrologie ne serait-elle jamais constituée ou en tout cas aurait-elle pris une autre forme.
Il importe de ne pas se leurrer avec de prétendues unités comme celle du système solaire. Certes, s'agit-il d'un fait astronomique. Mais un tel système n'en organise pas moins un ensemble d'astres, soit une certaine diversité. C'est d'ailleurs le propre de tout centre que de polariser autour de lui des éléments plus ou moins disparates et qui le sont d'autant plus qu'on s'en éloigne. On peut donc être tenté de façon assez paradoxale de justifier la pluralité au nom de la centralité! S'il n'y avait pas pluralité, il n'y aurait d'ailleurs pas centralité, s'il n'y avait pas dispersion, il n'y aurait pas concentration, il n'y aurait pas de cyclicité pour restaurer périodiquement, ne serait-ce que provisoirement- une unicité.
Encore faut-il déterminer un centre autour duquel tout va s'organiser. Dans le cas des sciences humaines, ce centre est évidemment plus arbitrairement fixé que dans celui des sciences physiques, encore que le hasard joue également un rôle appréciable pour ces dernières. Il faudrait réfléchir sur la genèse du système solaire....Quant à la genèse du "système" astrologique, elle est certes fonction d'un certain état de connaissance, à une époque donnée mais la fixation de l'axe central nous semble avoir obéi à un mode de raisonnement assez cohérent, à savoir le choix de la planète dont la révolution englobait toutes les autres révolutions connues alors, à savoir Saturne. En ce sens, l'ensemble du système solaire a pu être défini comme saturnien, sur la base de l'astre connu le plus lent plutôt que comme solaire sur la base de l'astre le plus brillant, la question de l'héliocentrisme ou du géocentrisme étant somme toute assez subsidiaire historiquement. Le dispositif ptoléméen des domiciles (cancer-lion/ capricorne-verseau) -et aussi celui des exaltations (bélier/balance) qui ne figure pas dans la Tétrabible- mettent bien en évidence la polarité luminaires-Saturne. Notons que par la suite, les astrologues s'efforceront de prolonger le dit dispositif en y intégrant successivement, sur un siècle et demi environ - trois planètes trannsaturniennes.
C'est donc bien la définition du centre qui est en jeu : les critères varient. Si l'on opte pour Saturne, c'est la prime au plus long rayon d'action, à celui qui balaie le plus largement. Si l'on opte pour le soleil, c'est la prime à la visibilité la plus forte. Certes, de nos jours, nous voyons les choses autrement mais il serait tout à fait anachronique de plaquer sur l'astrologie, produit de l'Histoire de l'Humanité, des données qui furent longtemps inaccessibles. Ce serait traiter bien cavalièrement le récepteur que de croire que dès qu'un nouvel émetteur est mis en évidence, il faudrait reconsidérer immédiatement les influences subies par le dit récepteur. Pour notre part, il faut des conditions bien spécifiques pour que le récepteur puisse se reprogrammer afin de capter de nouveaux signaux. S'il n'y a pas conscience de l'émetteur, il n'y a pas réception, surtout si l'on ajoute qu'un signal astrologique est une combinatoire et qu'un même astre peut relever, dans l'absolu, d'un nombre illimité de combinatoires. Qu'est ce qu'Uranus ou Pluton, en astrologie, si l'on ne précise pas à quelle configuration l'on se réfère? Certes, l'astrologie, en se zodiacalisant, semble devoir supposer une combinatoire planète/signe zodiacal, avec 12 cas de figure pour chaque planète. Le Zodiaque astrologique apparait, de ce point de vue, comme un système global recouvrant, en continu, l'ensemble des possibles, puisque l'on passe automatiquement d'un signe dans un autre.(d'où les propos actuels, par exemple, sur l'entrée de Pluton en capricorne). Tout se passe comme si la "configuration" que nous évoquions plus haut était désormais celle de la planète et de l'un des 12 signes, successivement. Telle serait en effet la sémiotique astrologique actuelle.
Or, nous avons mis en garde contre une telle zodiacalisation venant remplacer le référentiel stellaire. Dans un cas nous avons une sémiologie "pleine", comme celle que nous venons de décrire sur la base d'une zodiacalisation et dans l'autre une sémiologie "ponctuelle", où les configurations sont l'exception et où la règle est l'absence de combinatoire.
Débat donc dramatique entre une astrologie "pleine", celle du thème astral pour chacun, d'un cosmos jamais en vacances, qui travaille pour l'Humanité 24h/24, 7 j /7, celle du zodiaque qui est un plan combinatoire ininterrompu et entre une astrologie "ponctuelle", celle du cycle central ponctué par un quartet d'étoiles fixes et ne concernant que des récepteurs triés sur le volet et privilégiés, agissant à des moments espacés.
Comment pourrait-on oublier que l'astronomie, en dépit du nombre de planètes du système solaire, nous rappelle que si nous voyons les planètes, c'est parce qu'elles reflètent la lumière du soleil, que sans le soleil ces planètes ne seraient pas ensemble. De même, dès que le soleil se couche, les activités humaines tendent à se ralentir dans la zone touchée. L'idée de l'astrologie fut, selon nous, d'instaurer un nouveau soleil - en l'occurrence Saturne, l'astre qui chapeaute les autres, y compris le soleil - dont le rayonnement ne serait pas physique mais psychique.

JHB
21. 12. 09

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