samedi 23 janvier 2010

Sociolinguistique: usage des termes astrologie, astrologique, astrologues, astral

par Jacques HalBronn

Pour le sociologue/ethnologue du milieu astrologique, il n'est pas indifférent d'étudier la fortune de quatre mots, à savoir astrologie, astrologique, astrologues, astral.
Le nom des diverses structures respecte et révèle certains clivages.
C'est ainsi que le mot "astrologue(s)" est utilisé par la FDAF (Fédération des astrologues francophones) et le RAO (Rassemblement des Astrologues Occidentaux)signalons aussi la revue L'Astrologue et la Lettre des Astrologues-, que le mot "Astrologie" est utilisé par le CEDRA (Centre d'Etude, de Documentation et de Recherche en Astrologie) - et la SFA (Société Française d'Astrologie), le CIA (Centre International d'Astrologie), idem pour la FEA, la FFA, le GERASH, le RAH, le COMAC, la FAS, l'AFA, le RAMS, le CURA (voir notre Guide de la Vie Astrologique, Paris, O. Laurens, 1997 et sur le site du CURA.free.fr). Le terme "astral" a été préféré par le CEBESIA (Centre d'Etude belge pour l'étude scientifique des influences astrales). Rappelons, à la télévision, l'émission "Astralement vôtre" d'Elizabeth Teissier, dans les années Soixante-dix. Le belge Gustave-Lambert Brahy parlait d'une astro-dynamique mais en 1926, il avait fondé l'Institut Astrologique de Belgique, l'ancêtre du CEBESIA (voir l'"Encyclopédie du Mouvement Astrologique de Langue Française", d'Herbais de Thun, qui comporte déjà la formule chère à JHB) . Quant à Yves Lenoble, il aura préféré le terme 'cosmique " en créant dans les années Soixante-dix l'ARRC, en suivant probablement Michel Gauquelin qui avait crée le Laboratoire pour la Recherche sur les Rythmes Cosmiques. Roger Héquet adopta "Astrochronobiologie" (ACB). Jacques Vanaise, en Belgique, parle d'une Anthropocosmologie. Il est vrai que le mot '"Astrologie" fait parfois problème et dans les années Trente, il fut fortement question d'en changer. En Allemagne, Ebertin lança la Kosmobiologie. Ce sont là des synonymes qui tentent d'échapper aux stigmates du mot Astrologie, de s'en démarquer, autrement qu'en recourant à un correctif adjectival (cf infra). Mais à noter la vogue actuelle du terme "astropsychologie".
Quand on surfe sur Internet, on trouve beaucoup plus souvent "astrologie" (cours d'astrologie) et "astrologue" (astrologue conseil) qu'astrologique... Une exception de taille toutefois: le "signe astrologique", pour le grand public, qui est synonyme de signe zodiacal ou de signe solaire.
Mais, au niveau des astrologues, "astrologique" n'aura finalement connu quelque résonnance que dans le cadre des activités de JHB, depuis la création, en 1975, du MAU (Mouvement Astrologique Universitaire/puis Unifié), en passant par la Société Astrologique de France (SAF, fondée en 1909 -calquée sur la Société Astronomique de France- mais reprise en 1976 par JHB), le Guide Astrologique, la Vie astrologique jusqu'à la Télévision Astrologique (initialement Teléprovidence). JHB aime bien aussi parler de "rencontres astrologiques", du "milieu astrologique" voire de la "communauté astrologique". JHB parle également de la "pensée astrologique". Il organise dès 1974 les "Journées Internationales Astrologiques de Paris", au Méridien. Notons cependant que Néroman avait crée, dans les années trente, le CAF, le Collège Astrologique de France, qui se plaçait en alternative avec la SAF (voir notre article sur les congrès de 1937dans la présente livraison du JAB).
Nous sommes ici en présence d'un adjectif qui semble avoir fait problème en comparaison des noms Astrologue et Astrologie. (Rappelons toutefois la revue "Astrologique" de J. P. Nicola, à la fin des années soixante-dix). L'adverbe dérivé "astrologiquement" est également intéressant, il signifie "d'un point de vue astrologique", on dira astrologiquement parlant. Outre Manche, le mot "astrological" est bien attesté, au niveau des associations actuelles : Astrological Association of Great Britain, Astrological Lodge, Faculty of Astrological Studies etc. Aux Etats Unis, l'ISAR recourt également à cet adjectif: International Society for Astrological Research mais la plus connue fut l'American Federation of Astrologers.(AFA)
Cela aura conduit d'ailleurs JHB à lancer des formules qui ont pu être reprises par d'autres : on parle volontiers, bien en dehors des activités JHB, de la vie astrologique (par exemple sur le site du CEDRA) et "télévision astrologique" a d'abord été une expression qui désignait plutôt un concept qu'une structure spécifique. Idem pour la formule "mouvement astrologique" qui ne renvoie pas nécessairement à une association donnée. (MAU). Il est vrai que le mot astrologue et astrologie, quant à eux, sont souvent accompagnés d'adjectifs : astrologies karmique, sidérale, conditionaliste, scientifique, holistique, uranienne, astrologue humaniste etc. mais ils ont précisément une acception limitative à la différence du mot astrologique associé à tel ou tel nom et qui d'emblée recouvre un ensemble aussi large que possible. Fermeture d'un côté, ouverture de l'autre.
Quelque part, le mot Astrologie semble plutôt désigner un certain corpus, un certain savoir alors que le mot '"astrologique" correspondrait davantage à un concept. Quant au mot "Astrologue", il désigne bien évidemment une profession, peu ou prou marquée par une certaine image de marque.
On trouverait d'ailleurs un distinguo assez proche avec Science(s), Scientifique, si ce n'est qu'en français scientifique est à la fois un nom et un adjectif alors qu'en anglais l'on parle d'un 'Scientist", terme qui a un sens différent en français: être scientiste, c'est adopter une certaine philosophie. Le même trio existe pour Art, Artiste, artistique. On le rencontre aussi avec France/un Français, le français (comme langue). Et de fait l'on peut dire que les astrologues parlent l'astrologique....ce qui n'est pas la même chose que de "faire de l'astrologie". JHB a souvent reproché aux astrologues de ne pas pratiquer l'astrologie en dehors du contexte professionnel et il est vrai que la lourdeur de l'astrologie actuelle le permettrait difficilement. Mais ne serait-il pas possible de s'entendre sur une base minimale, celle notamment d'un supercycle reconnu par tous les astrologues, par delà toutes les variantes apportées par les uns et les autres.? Tel est l'esprit du NOA.

JHB
29. 12. 09

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