samedi 23 janvier 2010

L'innovation en astrologie

par Jacques HalBronn

Il semble que ceux qui se donnèrent pour tâche de réformer l'astrologie tout au long du XXe siècle, de Choisnard à Néroman, d'André Barbault à Jean-Pierre Nicola, de Michel Gauquelin à Jacques Dorsan aient bâti sur du sable, c'est à dire sans s'assurer de la solidité des fondations ou si l'on préfère sans repenser les dites fondations. Ils ont donc ainsi plus réformé que révolutionné - dans tous les sens du terme- l'Astrologie.
Car quand on ne repense pas un domaine de fond en comble, on risque fort de préserver, de perpétuer des notions secondaires et qui n'étaient et ne sont défendables qu'à titre temporaire ou annexe. Comment discerner entre l'essentiel et le secondaire, c'est peut-être là une des facultés les plus précieuses et donc les plus rares de l'esprit humain...
Certes, il est des choses à conserver mais encore faut-il cerner le noyau dur de l'astrologie, sans brûler les étapes. Il est conseillé de commencer par le commencement et de ne progresser que pas à pas. Le principe sur lequel on peut dire que l'astrologie se constitua - et il ne s'agit nullement ici d'entendre ce qu'elle est devenue jusqu'à nos jours - ne confondons pas histoire et métaphysique (au sens kantien du terme)!- c'est l'idée d'une (mise en) conformité de l'homme avec certains signes célestes. Mais immédiatement, un problème se pose : est-ce que ces signes sont le fait des hommes ou sont-ils déjà dans la "nature" des astres?
Nous avons déjà expliqué, dans d'autres textes de ce journal de bord, que l'important, ce ne sont pas les astres mais leurs combinatoires, ce qu'avait fort bien compris Johannes Kepler, à la fin du XVIe siècle, en privilégiant les aspects sur tout le reste de la tradition astrologique. Or, force est de constater qu'un chercheur comme J. P. Nicola aura dépensé, assez vainement, énormément de temps et d'énergie à repréciser le sens de chaque planète, de chaque signe, de chaque maison, n'accordant, somme toute aux aspects, que la portion congrue. Nous ferons remarquer que si le nombre des astres est limité, ce qui peut encourager la gageure d'en maitriser les significations, celui des combinatoires est illimité, surtout si l'on intègre les étoiles fixes, dans la mesure où l'on peut inventer autant d'aspects que l'on veut - et Kepler ne s'en est pas privé- ce qui a, au moins, comme avantage de devoir renoncer d'entrée de jeu à en maîtriser les cas de figure. On en arrive ainsi à l'idée que les hommes ont été ceux qui décidèrent des configurations par rapport auxquelles ils se conformeraient afin de fonder leurs lois sur l'ordre cosmique mais un ordre en réalité aménagé à leur guise, selon leurs besoins et selon leurs moyens et à partir de là il importe de déterminer en quoi a pu consister un tel aménagement, en évitant tout anachronisme comme celui consistant à intégrer les planètes transsaturniennes ou à évacuer les étoiles fixes, au nom de la modernité scientifique actuelle, piège que n'a pas non plus su éviter J. P. Nicola.
Une fois ces fondements établis (niveau 1 de NOA), le reste devra être considéré avec la plus grande circonspection. Une fois le cycle central déterminé, la façon dont il sera découpé, balisé sera en effet considérée comme un épiphénomène, par delà les grands axes qui ne sauraient aller au delà du 2 et du 4. Tout passage au 12, en particulier, ne saurait être que contingent (niveau 2 de NOA), ce qui ne signifie pas qu'il soit inutile mais qu'il puisse être laissé à la liberté de chaque astrologue. C'est empiéter sur le niveau 2 de NOA que de tenter de le cristalliser comme si l'on était au niveau 1 de NOA.
Car la frontière qui passe entre NOA 1 et NOA 2 est majeure, sur le plan épistémologique. L'astrologie n'est scientifiquement défendable qu'au niveau 1 de NOA. Vouloir faire passer dans le cadre de NOA 1 des facteurs appartenant à des niveaux inférieurs, est tout à fait dommageable. Or, c'est une telle confusion entre les divers niveaux de NOA qui aura plombé l'image de l'astrologie tout au long du siècle passé.
Quid des résultats Gauquelin? Ceux-ci doivent être examinés avec la plus grande attention car chacun tente de les récupérer pour sa chapelle. D'aucuns y voient évidemment la "preuve" que le thème natal est un objet pertinent puisque la date et le lieu de naissance sont à la base de la statistique gauquelinienne, oubliant en passant que cela ne concerne pas les positions planétaires en signes. D'autres - ou les mêmes, sont convaincus que Gauquelin a prouvé que chaque planète avait un rôle à jouer, et ce faisant négligeant le fait que ni Mercure, ni le Soleil, ni les transsaturniennes ne figurent dans les résultats positifs de Gauquelin. Nous avons rencontré le même problème dans le champ nostradamique avec les Prophéties (1556) d'un certain Antoine Couillard qui auraient "prouvé" la parution de la Préface de Nostradamus à son fils César (1555) et des premières Centuries alors qu'elles ne faisaient que recouper que certains points d'un texte qui servira ultérieurement à forger un faux texte adressé au dit César.(voir nos Etudes nostradamiennes). Or, pour nous, la leçon que nous tirons des résultats Gauquelin, c'est précisément qu'un choix a été opéré, ne retenant que cinq des sept "planètes" (luminaires compris), parce que Mercure et Soleil faisaient double emploi avec Vénus, ayant un parcours géocentrique d'un an environ, les uns comme les autres.
Faut-il également insister sur le fait qu'au sommet, les choses doivent être de la plus grande simplicité : des signes et des significations minimaux, en niveau 1 sur lesquels il sera loisible de broder en niveau 2 et plus. Mais scientifiquement, l'astrologie n'a que faire des broderies tout comme un architecte se moque éperdument de ce que chaque occupant de son immeuble fera de son intérieur. Au contraire, ce sera à lui de ménager un maximum de liberté au sein d'une seule et même structure.
En dépit de Gauquelin, le thème natal n'aura pas été éradiqué du niveau 1 de la pensée astrologique même chez les auteurs les plus d'avant garde, hormis au sein des activités sur lesquelles nous avons personnellement prise. Ce qui est le plus gênant, en réalité, n'est pas tant que des astrologues s'ingénient à imaginer toutes sortes de variations, à concevoir diverses fioritures mais que ceux-ci prétendent se situer au niveau 1. De la même façon que les astrologues de niveau 1 doivent alimenter ceux de niveau 2, de même ceux de niveau 2 peuvent achalander ceux de niveau 3. Mais force est de constater qu'actuellement la pyramide de la profession astrologique est une pyramide écrasée et elle l'a été notamment du fait que la plupart des astrologues ont été contraints, pour des raisons alimentaires (ce fut d'ailleurs le cas de Kepler) d'œuvrer à des niveaux inférieurs de NOA. On nous objectera que cela n'est pas si grave que cela du moment que cela leur aura permis de conduire à bien leurs recherches fondamentales. Mais l'on sait à quel point une théorie qui se "vérifie" au niveau 4 tend à se cristalliser si l'on ne fait pas suffisamment la part des choses et si l'on ne garde pas à l'esprit une stratification de type NOA. Bien pis, le chercheur de niveau 1 risque fort d'être tenté d'imposer son point de vue à des niveaux inférieurs alors que la seule unanimité doit se situer au niveau 1. En descendant dans l'arène de niveau 2 et plus, le chercheur de niveau 1 déroge et abuse tout comme le praticien de niveau 4 qui tenterait de placer son travail de consultation comme relevant du niveau 1! Il y a là confusion des genres, ce qui est pour le moins paradoxal pour un milieu comme celui des astrologues qui est tout de même censé respecter un certain ordre spatio-temporel et une certaine dualité.
Quel avenir pour l'astrologie et quelle place que celle de l'astrologie dans l'avenir de l'Humanité? Nous pensons qu'il faut absolument éviter de s'en tenir à l'astrologie "existante", celle que le public connait ou croit connaitre mais bien de considérer l'astrologie telle qu'elle se développe dans des cercles parfois très restreints. Et celui qui veut prévoir avec pertinence ne saurait se permettre d'ignorer ce qui se trame dans de tels cercles tant il est vrai que le futur est déjà en germe au sein d'une certaine élite, comme dans tous les domaines. Va-t-on étudier l'avenir de la physique dans les manuels scolaires et encore moins dans l'idée que le public s'en fait, du fait de vagues réminiscences ou d'informations glanées au petit bonheur la chance?




JHB
20.12.09

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