dimanche 11 juillet 2010

Apprentissage de la langue et accès à l'abstraction

par Jacques HalBronn

Apprendre à parler exige un certain sens de l'abstraction, notamment en ce qui concerne les verbes.
C'est notamment vrai pour la forme interrogative: que dis-tu?, que manges-tu?, "que veux-tu?". Une telle question s'ouvre à un nombre à peu près infini de réponses. Comment cela peut-il donc tenir à un seul et même verbe englobant, en quelque sorte, l'ensemble des dites réponses?
On peut se demander si le verbe n'arrive pas tardivement dans l'élaboration d'une langue en ce qu'il implique un progrès considérable au regard de l'abstraction.
Tant en effet que je désigne tel ou tel objet, il n'y a guère d'abstraction si ce n'est que chaque pomme se distingue d'une autre pomme, chaque garçon d'un autre garçon, ce qui ne va non plus sans une certaine faculté à généraliser.
C'est dire que l'apprentissage du langage oblige à mettre en avant, à "extraire" ce qui est semblable par delà certaines différences superficielles ou du moins dont il faut s'abstraire.
On a l'impression que certaines personnes n'ont toujours pas franchi un tel seuil d'abstraction, correspondant à un certain sevrage, qu'elles en sont encore au stade où chaque objet est perçu dans sa différence irréductible.
C'est le cas des personnes qui s'adonnent à l'astrologie et qui semblent avoir le plus grand mal à accéder au niveau du général et du collectif et qui sont fascinées par tout ce qui viserait à enfermer chaque objet, chaque être, dans une idiosyncrasie absolue, tout en n'en pratiquant pas moins le langage, se pliant à ses exigences, d'une façon quelque peu schizophrénique, sans en assumer les conséquences!
En effet, le grand apport du langage n'est pas seulement qu'il serve à communiquer mais qu'il exige pour que l'on s'en serve un certain travail de décantation sur notre perception du monde extérieur à nous-mêmes. Peut-être y aurait-il là une certaine forme d'autisme à refuser une telle discipline. Notons d'ailleurs qu'autiste est synonyme d'idiot, c'est à dire celui qui est prisonnier de lui-même. D'où le mutisme fréquent des autistes..
C'est l'occasion d'insister sur le fait que tout progrès de l'Humanité exige le développement de facultés ad hoc, dans une sorte de cercle "heureux" car ces facultés ainsi développées sont elles-mêmes un progrès, ouvrant vers de nouvelles perspectives. A contrario, ceux qui n'ont pas, en eux, ces facultés ne peuvent accéder à un tel progrès et donc sont à la traîne, c'est à dire ont besoin d'être entrainés par les autres.
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JHB
06. 04 . 10

1 commentaire:

Jordie Nilla a dit…

J’aime beaucoup les sujets que tu traites, qui semblent tellement simples et habituels pour nous blogueuses qu’on ne pense même pas à en faire un article.
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