dimanche 11 juillet 2010

« Métro Astrologie » et « Astrologie PPA »

Par Jacques HalBronn


Les praticiens de l’astrologie ne sont pas à confondre avec une mise en pratique de l’Astrologie et nous ne saurions assez nous prémunir contre certains rapprochements de signifiants qui ne recouvrent pas pour autant exactement le même signifié.
Pour le théoricien de l’astrologie, la pratique de la consultation ne relève pas de la complémentarité mais bien plutôt d’une certaine symbiose.
Il y a effectivement une astrologie de cabinet qu’il faudrait classer au sein de ce que nous appelons les PPS, les psychologies parallèles et/ou alternatives et qui n’a que faire de la recherche théorique en astrologie. Ce qui ne signifie aucunement que la théorie astrologique puisse faire l’économie d’une pratique. Ne jouons donc pas sur les mots !
Pour clarifier les choses, nous proposerons de recourir aux termes « Métro-Astrologie » et « Astrologie PPA ».
Mais qu’est ce que la Métro-Astrologie ? Par Métro, nous renvoyons à mètre, à mesure, à matrice, à mère, à mensuration et à menstruation. Pour nous l’astrologie a une autre histoire que celle qui l’inscrit au sein des PPA. Cette histoire première l’inscrit dans le champ de la métrologie et notamment de la chrono-métrologie, de ce qui sert à mesurer le temps. En ce sens, l’on pourra dire que la connaissance d’une telle Astrologie sert à « prendre des mesures » dans tous les sens de la formule.
La Métro Astrologie est d’abord une sociologie, une astrosophie (cf. Paul Roland, sur la Télévision Astrologique), elle a pour ambition de nous expliquer comment fonctionnent les ensembles humains, à l’aune de certaines configurations astrales. Sa validation est soumise à sa faculté à nous décrire les mesures que les hommes se sont choisies pour structurer leur existence sociale.
On est donc bien loin de l’autre Astrologie « PPA », qui, elle, nous propose une lecture « décalée » du monde, qui nous parle de la contingence individuelle, et en cela elle est une psychologie, qui s’intéresse à ce qui se situe par delà ou en deçà du général, qui veut empêcher l’individualité d’être broyée par les enjeux sociaux.
L’astrologie est actuellement en manque des « mesures ». qui sont les siennes. Elle est littéralement submergée actuellement par un grouillement de mesures et elle passe allégrement d’une mesure à une autre. On notera qu’à la Révolution, le système métrique s’imposa en France et puis, de proche en proche, dans le monde entier. Cela dit, le mètre n’est qu’une mesure aux fondements arbitraires. (Le mètre étalon, au Pavillon de Breteuil). Non pas qu’à l’origine les mesures astrologiques n’aient été elles-mêmes arbitraires mais elles ont pour elles leur ancienneté et le fait que l’étalon pour lequel il a été opté est inscrit dans le Ciel et dans nos gènes.
Sur le site de Serge Bret Morel (« l’Astrologie et la Raison »)), à la rubrique « Historia », on peut lire un texte intitulé « L’ancienneté supposée des cycles astrologiques », dans lequel cet astrologue-critique rappelle que les premiers astrologues ne disposaient pas du même savoir astronomique que nous. Dans un autre texte, sur le même site, il écrit :
« On peut dire que la pratique astrologique ne commence pas avec le calcul des positions des astres (ce qui relève de l’astronomie, voire de l’astrophysique), mais au moment de l’interprétation symbolique de ces position »
Nous ne partageons pas la même approche : l’astrologie ne se contente pas de partir des positions célestes fournies par l’astronomie et par conséquent elle n’est pas aussi tributaire que semble le suggérer SBM de l’état de l’astronomie. Certes, il aura bien fallu découvrir qu’il y avait des planètes qui se distinguaient des étoiles, tout comme, sur un autre plan, l’on prit conscience de la précession des équinoxes. Mais il aura suffi d’identifier une seule planète, à savoir Saturne, la plus lente dans l’Antiquité, pour que puisse naitre l’astrologie au sens où nous l’entendons, en tout cas. Il aura fallu également percevoir l’existence d’un quadrilatère stellaire formé par les quatre étoiles fixes royales. Ajoutons que l’importance accordée aux configurations entre Saturne et les dites étoiles est du domaine de l’astrologie même si cela se fonde sur un « matériau » astronomique brut. En fait, l’on pourrait même proposer le scénario suivant :
1 -les astronomes –voire le peuple même- remarquent l’existence d’un tel quadrilatère stellaire
2 -les astronomes s’aperçoivent qu’une certaine planète (Ninib, Shabtaï etc qui prendra bien plus tard le nom de Kronos, puis de Saturne) vient périodiquement « visiter » à tour de rôle l’un des quatre angles stellaires du dit quadrilatère.
3 -On observe qu’il faut environ 7 années pour que le dit astre passe d’un angle à l’autre
4 -Un tel dispositif finit par être considéré comme un marqueur intéressant du Temps, en ce qu’il introduit des durées sept fois plus longues que celles dues aux années « terrestres » (solaires), tout comme la semaine multiplie par sept la durée d’une journée.
5 -Une fois le dispositif bouclé, qu’importe ce que les astronomes pourront découvrir ou corriger, le rapport entre les hommes et les astres, au sens socio-astrologique- est entériné et figé pour l’éternité.



Nous ne souscrirons donc pas davantage à cette affirmation de SBM, pour qui « .l’histoire de l’astrologie (reste) dépendante des progrès de l’astronomie ». Tout dépend, en effet, de ce que l’on entend par « histoire » : s’il s’agit de la littérature astrologique, il est clair que celle-ci est marquée par les représentations astronomiques successives et en tant qu’historien de l’Astrologie, nous en sommes bien conscients mais nous n’avons pas le culte de l’Histoire et en connaissons les limites épistémologiques. En revanche, si l’on prend le mot Histoire dans le sens de « genèse » du phénomène astrologique, nous dirons que celui-ci une fois établi n’aura pas eu à puiser dans le vivier astronomique, tout simplement parce qu’il n’en avait pas l’usage. Est-ce que les pyramides égyptiennes dépendent de l’Histoire de l’architecture jusqu’à nos jours ? Or, pour nous, l’astrologie est un monument cosmique légué par nos prédécesseurs, construit, pourrait-on dire, tant il relève d’une logique interne qui lui est propre – ce que les progrès de l’astronomie auront précisément mis en évidence- en vue d’édifier une sorte de Temple, une Jérusalem Céleste, dotée de quatre « portes » spatiotemporelles. L’astrologie, telle que nous la percevons, est un travail d’architecte qui traverse les siècles et il nous revient non pas d’entériner les corruptions qui peuvent l’avoir affectée mais au contraire de les dénoncer ou en tout cas de les signaler afin de la restaurer, au nom d’une archéologie du savoir qui en dégage les strates accumulées.
. Ajoutons que notre scénario implique le respect de règles très simples avec un nombre très restreint de facteurs à considérer. Ce n’est déjà plus le cas de la cyclologie planétaire actuellement en vigueur, qui ne tient aucun compte des étoiles et qui fonctionne avec des configurations errantes, qui ne se reproduisent pas aux mêmes endroits du ciel, et ce en dépit des tentatives peu convaincantes de la théorie des grandes conjonctions Jupiter-Saturne, de 120° en 120°. .
Contrairement à ce que semble soutenir SBM, nous ne chercherons pas de terrain d’entente entre le théoricien et le praticien de l’Astrologie. Car d’une part, le système astrologique au repos – au sens de l’ethnologue Robert Jaulin- est syncrétique, hybride- et cela avant même toute mise en pratique. Il est déjà inacceptable sur le papier et en disant cela nous sommes dans la prévision puisque nous disons que nous savons, par avance, ce qu’il en sera. Un praticien qui se respecte ne va pas appliquer un dispositif qui ne tient pas debout !
SBM résume fort bien sa pensée ainsi ;
« Mais alors, si les « fondements » de l’astrologie ne sont pas naturels, donc n’en sont pas vraiment, comment les définir ? S’ils ne fondent pas le système technique de l’astrologie (zodiaque, aspects, maisons, etc.), les fondements visent avant tout à fonder la pratique de l’astrologie, c'est-à-dire tout ce qui concerne l’interprétation astrologique à partir des données de l’outil astrologique ».
Nous sommes d’accord, en effet, pour reconnaitre que l’astronomie des astrologues est en trompe l’œil mais cela ne la condamne pas à nos yeux et surtout cela n’a rien à voir avec une tentative de valider une « pratique » plus ou moins institutionnelle de l’Astrologie. Cette astronomie fantaisiste, arbitraire, qui est propre à l’astrologie avait pour fonction première d’organiser le temps social, de lui conférer une autre dimension spatiotemporelle. Ce qui nous distingue, moi et SBM, c’est que le phénomène astrologique qu’il décrit est celui de la demande d’astrologie de la part du citoyen alors que ce que nous décrivons, c’est la demande d’astrologie au sommet de l’Etat, au niveau des législateurs. Quant à cette relation des astrologues avec leurs clients, nous la situons dans le champ des PPA.
Nous associons le Métros au Nomos (voir notre texte dans le présent JBA), dans un processus de ressourcement de l’Astrologie autour d’une dynamique législative, normative qui se sert de la Nature non pas pour se soumettre à elle en la comprenant aussi totalement que possible mais pour y recourir selon les besoins de la cause, ni plus ni moins. On perçoit ainsi à quel point les considérations développées par SBM sont décalées par rapport à nos positions mais aussi par rapport à toute l’Histoire de l’Humanité. On bascule avec SBM dans une sorte d’hypercriticisme sapant les bases de tout ce que les hommes ont construit à travers les siècles, sous prétexte qu’ils étaient mal informés. Il y a là – et cela vaut pour le débat sur les risques de la prévision lancé à la FDAF – une démarche que nous qualifierons de dévirilisante, marquée par des influences féminines fortes. En fait, l’astrologie nous apparait aujourd’hui comme un champ de bataille où se joue une certaine idée de l’Humanité. SBM appelle à un renouveau de la critique anti-astrologique à partir de nouveaux arguments fondés sur une certaine impuissance des hommes à construire quoi que ce soit de solide, réduisant d’ailleurs le théorique à une assez vaine tentative, toujours précaire, liée à un savoir en mouvement, de conforter une pratique qui serait le seul point fort et incontournable de l’astrologie. En ce qui concerne le Nomos, il semble qu’il y ait de la part de certains, une volonté de refuser qu’il puisse se poser comme Loi face à la Nature, laquelle serait vouée à échapper constamment à toute emprise humaine. Dilemme entre un Nomos qui n’est qu’une construction arbitraire des Hommes et une Nature toujours insaisissable ! Pour notre part, nous avons opté pour le Nomos en matière d’astrologie, un Nomos anciennement établi par les Hommes et auquel les Hommes sont désormais soumis. Que les sources du Nomos soient empruntées à la Nature ne signifie aucunement que le Nomos doive évoluer avec notre connaissance de celle-ci. C’est là un piège d ans lequel tombent nombre d’historiens que de réduire leur objet d’études à ses sources et à ses emprunts. Le mot « source » est piégeant puisque l’on recourt ce faisant à une imagerie naturaliste. Il est à prendre au figuré tout comme le mot Loi.


JHB
18. 04. 10

1 commentaire:

Meera Saif a dit…

Merci pour ce billet très agréable… et souriant (pour un sujet pas évident) !
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