dimanche 11 juillet 2010

Des dérives de la poésie/chanson anglophone

par Jacques HalBronn

Quelle est donc la fonction de la poésie, demandions-nous récemment à un interlocuteur
(Prénommé Nicolas) à la sortie d'un club de poésie parisien (entretien non enregistré)? Pourquoi cette pratique encore si répandue des rimes, notamment dans la chanson?
Selon nous, cela tient à une sorte de kabbale populaire, consistant à rechercher une "intelligence" d'une langue donnée et en fait de n'importe quelle langue, selon le principe que ce qui se ressemble s'assemble, ce qui est vrai au niveau du radical et de ses dérivations mais qui ne fait souvent guère sens lorsque l'on ne considère que les finales! Quel rapport entre couture et voiture? Les seuls cas significatifs consisteraient à rapprocher les variations autour d'un même radical verbal comme devenir et prévenir, souvenir et parvenir et ainsi de suite.
Mais avec l'anglais, nous atteignons à des sommets d'absurdité linguistique. C'est ainsi que nous venons de capter une rime anglaise où l'on associe "point of view " avec .... "you"! Soit view un mot d'origine française rimant avec 'you', un terme saxon.
On trouve des exemples de ce type dans Alice au Pays des Merveilles où "boy" rimait avec "enjoy", sneezes avec pleases! On fait ainsi rimer des mots d'origines différentes cohabitant au sein d'une même "langue" fondée sur l'association de deux langues :

"I speak severely for my boy
I beat him when he sneezes
For he can thoroughly enjoy
The pepper when he pleases"

Quel intérêt au demeurant de faire des rimes avec des mots appartenant à des langues différentes? Ce qui vaut pour une langue ayant préservé son homogénéité et sa cohérence ne vaut pas pour des langues hybrides.
Il est vrai qu'en anglais, les dérivations morphologiques sont bien souvent décevantes Prenons l'adjectif "brilliant", il ne renvoie à aucun verbe de même racine, à la différence du français "brillant", qui se présente comme le participe présent de briller!
Quant aux rimes qui ne tiennent qu'à des finales grammaticales, on n'en voit pas non plus l'intérêt: finales en "a" des mots au féminin et notamment des adjectifs en italien ou en espagnol. A contrario le français étant beaucoup plus discret quant à la prononciation orale de son encadrement grammatical, les rapprochements y seront généralement plus féconds. Ici les déclinaisons et les conjugaisons donnent une fausse idée de la cohérence de la langue qui ne saurait se limiter au seul plan d'une morphologie externe (terminaisons), alors même que sa morphologie interne est défectueuse (racines, radicaux). On notera que dans le cas de l'anglais, le lourd marqueur du pluriel "s" s'applique à tous les noms, quelle que soit leur origine, non seulement comme en français à l'écrit mais aussi à l'oral.
Enfin, que dire de la traduction d'un poème d'une langue vers une autre? Il semble encore une fois que ce soit là un travail assez vain car les liaisons que peut établir entre les mots d'une langue ne tiennent que rarement au niveau d'une traduction. Au mieux, le traducteur proposera de nouvelles rimes qui ne correspondront pas au maillage de l'original.
Les langues ne sont pas les structures transparentes et logiques qu’elles semblent être « sur le papier », tout comme le cosmos des astrologues est à cent lieues de celui des astronomes. Dès que des usages se mettent en place, ils sont voués inexorablement à toutes sortes de variations et de cloisonnements qui font que la cacophonie se substitue à l’harmonie, dans les cas les moins attendus et en apparence les plus évidents. C’est pourquoi même quand une langue a su préserver, peu ou prou, comme dans le cas du français des chaînes complètes de signifiants, à la différence de l’anglais (voir nos études à ce sujet sur JBA), elle n’aura pas su ou pu, en revanche, contrôler la chaîne des signifiés, la moindre variation de signifiant (passage du verbe au substantif par exemple) pouvant introduire des nuances qui vont rendre la circulation sémantique plus hasardeuse d’où des questions du genre « est-ce que cela se dit en français ? », entendant par là que même si cela pourrait se dire, du seul point de vue de la construction, cela n’implique pas nécessairement que cela se dise ou que cela dise dans le sens que l’on pensait. La prudence est de rigueur tant il est démontré qu’au sein d’une même entreprise, des cultures spécifiques à chaque département peuvent se constituer .Le cas de la BNF site François Miterrand est emblématique : les niveaux sont répartis en un certain nombre de « banques » qui sont censées fonctionner à l’identique. Or, force est de constater qu’il n’y a pas concertation entre les banques et que ce qui se fait chez l’une ne se fait pas chez l’autre, de sorte que le lecteur de la BNF – notamment au rez- de jardin chercheurs- n’a pas intérêt à changer de banque car à quelques mètres de distance, les pratiques diffèrent sur maints détails.


JHB
05. 04. 10


11(Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland, New York, Dover Publications, 1993, p.40)

1 commentaire:

Jordie Nilla a dit…

Tu touches un point sensible là en effet je pense aussi que c’est un manque de confiance en moi.
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