mardi 20 janvier 2026

Claudine Sagaert, Histoire de la laideur féminine

Claudine Sagaert, Histoire de la laideur féminine, Paris, Imago, 2015, 260 p., préface de David Le Breton, postface de Georges Vigarello, ISBN : 978-2-84952-817-4. 1Parcourant les successives perceptions de la laideur féminine de l’Antiquité à nos jours, l’étude que propose Claudine Sagaert, docteur en sociologie, adopte une approche pluridisciplinaire que vient soutenir un riche corpus empruntant à la philosophie, à l’anthropologie, aux sciences médicales et encore à la littérature. Si elle circonscrit, plus qu’elle ne restreint, son examen au féminin, c’est que l’auteur entend acter une dissymétrie, jusqu’alors peu documentée, entre le jugement de la laideur féminine et celui de la laideur masculine. D’une part, les discours sur la laideur, essentiellement émis par des hommes, favorisent quantitativement la référence au féminin. D’autre part, l’appréhension de la laideur se trouve déterminée par le genre qui la supporte, condamnant de manière toujours plus martiale celui que l’on qualifie par ailleurs de beau sexe. Plus qu’un jugement esthétique, la sentence de laideur a souvent constitué pour le sujet féminin une condamnation morale déterminée par un regard masculin. 1 Aristote estime, par exemple, que la forme, condition du beau, est reliée au sujet masculin alors q (...) 2La généalogie que propose l’auteur s’organise en trois temps, constituant les trois parties de l’ouvrage. Le premier, couvrant une période allant de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge, est marqué par une définition ontologique de la laideur féminine. La nature de la femme est associée au vicié, au manque, au déficient, au péché et ainsi à la laideur1. Si une femme peut néanmoins être physiquement reconnue comme belle, elle n’en demeure pas moins perçue comme laide par essence. « La femme, du fait qu’elle est née femme, ne peut aspirer qu’à une beauté du paraître et non de l’être » (p. 29). L’abbé de Cluny, au Xe siècle, estime ainsi que « la beauté physique ne va pas au-delà de la peau. Si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, la vue des femmes leur soulèverait le cœur. Quand nous ne pouvons toucher du bout du doigt un crachat ou de la crotte, comment pouvons-nous désirer embrasser un sac de fiente ? » (p. 36). Repoussante par essence, la femme peut également être menacée par une laideur physique que définissent des critères à la fois esthétiques et sociaux. Le teint foncé est, par exemple, disqualifié car associé au labeur en extérieur des classes dites inférieures. 3Du XVIIe au XIXe siècle, la montée de l’individualisme et le recul du discours des clercs – que remplace celui des médecins – participent à modifier l’image de la femme. Si elle était considérée comme valétudinaire, on lui reconnaît désormais « une certaine santé » (p. 78). Un corps sain est un corps « bien réglé dans ses menstruations comme dans ses grossesses » (p. 78). La femme est ainsi essentiellement appréciée en tant que mère, sa beauté devenant relative à une bonne régulation, une bonne gestion de son corps et de son éducation. La belle femme est mère, mariée, docile et dépendante de l'homme. La laideur n’est dès lors plus déterminée par l’essence de la femme mais devient relative à son attitude. Dans le champ de la sexualité, la promotion du devoir conjugal ou les mises en garde contre l’onanisme, pouvant mener à l’ablation du clitoris, sont ainsi destinées à protéger les femmes d’un enlaidissement promis. Sur les comportements jugés déviants en ce qu’ils menacent les assignations de genres – célibat, exercice de l’esprit, révolte – se fixe également un verdict de laideur dont le sujet est tenu pour responsable. Kant prévient, par exemple, dans L’Observation sur le sentiment du beau et du sublime, des risques d’enlaidissement qu’encourent les intellectuelles car une « profonde réflexion, une contemplation longue et soutenue ne siéent guère à une personne dont les charmes naturels ne doivent rien manifester qu’une belle nature ». Sois belle, sois mère, sois soumise et tais-toi. C’est pourquoi Claudine Sagaert estime que « la fabrication de la laideur féminine est indissociable de la confiscation du pouvoir par les hommes » (p. 141). Les figures de la vieille fille, du bas-bleu et de la révoltée, longuement commentées par l’auteur, illustrent la violence d’une laideur que conditionne le regard masculin. Si l’appréciation physique demeure déterminée par des critères moraux, elle s’évalue également selon des canons esthétiques que documente abondamment l’auteur. 4Si Claudine Sagaert s’intéresse essentiellement, au risque d’éveiller le soupçon, aux discours chargeant lourdement la femme et sa laideur, elle note cependant l’existence d’opposants favorables à la cause féminine, à l’exemple du poète italien L’Arioste qui, au XVIe siècle, reconnut le possible génie féminin et son injuste soumission au pouvoir masculin (p. 100). Le lecteur (re)découvrira également l’ode magistrale qu’adressa Georges Sand à la vieillesse, cible séculaire des jugements de laideur (p. 126). 2 La lecture que propose l’auteur de l’anorexie mérite d’être pointée. L’extrême minceur n’est ici pa (...) 3 La pratique du blanchiment de la peau par certains Africains illustre la puissance et la portée de (...) 5Le XXe siècle marque pour l’auteur une nouvelle étape dans la perception de la laideur féminine. Gagnant en considération et en autonomie, la femme se trouve également et paradoxalement plus soumise à une apparence qu’elle est invitée à travailler, sculpter, sous peine de se rendre coupable d’un délit de laideur. Si la beauté est devenue plus qu’un plaisir, une obligation, la laideur constitue une faute, un manquement, voire une négation de soi et de l’autre. L’auteur estime ainsi que l’esthétique est devenue une éthique en vertu de laquelle l’être est réduit au paraître (p. 160). Les critères de laideur, s’ils ne sont plus attachés à la fonction maternelle, alors mise en question, demeurent en partie déterminés par le discours médical, privilégiant par exemple une silhouette mince et un teint hâlé, signes d’une santé adroitement gouvernée et d’un épanouissement du sujet2. Les nouveaux critères de beauté ne sont également pas étrangers, comme le rappelle l’auteur, à une certaine distribution du pouvoir. Des critères tant ethniques qu’économiques tiennent une série d'individus en dehors du champ du beau, notamment les populations noires3 et les classes les plus pauvres. Exclure du beau équivaut toujours à exclure du pouvoir. 6Plus qu’une généalogie de la laideur féminine, l’étude de Claudine Sagaert examine essentiellement près de trois millénaires de dépréciation, d’avilissement et de condamnation du genre féminin qu’a permis un accaparement du pouvoir et de la parole par les hommes. Son histoire est celle des exclues mais aussi des révoltées, des résistantes qui, en refusant de se soumettre aux conventions, ont payé de leur beauté la liberté de leur être

La Lune comme frontière au sein d’un monde éternel et fini chez Aristote

La Lune comme frontière au sein d’un monde éternel et fini chez Aristote ⋆ ✸ La cosmologie est l’étude scientifique du monde et de l’univers ainsi que des lois qui le gouvernent tandis que la cosmogonie est la présentation des mythes sur l’origine du monde. Aristote (384-322 av. J-C) a été, pendant des siècles, considéré comme « le Philosophe », touchant à tous les domaines de la connaissance (éthique, politique, logique, sciences naturelles, physique notamment). Comme ses prédécesseurs Platon et autres philosophes dits présocratiques, il s’est intéressé au fonctionnement de l’Univers. Pour ce philosophe, le monde est éternel et il ne peut avoir été créé par le démiurge comme le pensait Platon : au contraire, dans la conception d’Aristote, le mouvement est continu : il ne peut donc pas y avoir de moteur ou de « mouvement premier ». Pour Aristote, le mouvement est éternel et est circulaire, puisque c’est le mouvement parfait. Dans la conception d’Aristote, la Terre est au centre de l’univers, comme le montrait déjà l’astronome Eudoxe de Cnide (408-355). La limite de l’univers est une sphère sur laquelle on retrouve les étoiles dont le mouvement se fait d’est en ouest autour de l’axe de la Terre. Au-delà de cette sphère, on ne retrouve rien, pas même le vide. Pour Aristote donc, l’univers est un corps fini, ce qui est un signe de se perfection. Mais l’univers est aussi délimité en deux zones : le monde supralunaire (la région des astres) et le monde sublunaire (sous l’orbite de la Lune). Dans le monde supralunaire, les mouvements sont réguliers et circulaires et peuvent être décrits par la géométrie euclidienne. Il s’agit des « mouvements de la sphère des fixes ». Le monde supralunaire est donc composé des astres, des planètes, du soleil et de la lune. Le monde supralunaire est aussi composé d’un seul élément : l’éther. Cet élément est une substance lumineuse, céleste et divine et permet le mouvement circulaire. D’ailleurs, Aristote la reprend à d’autres philosophes, Anaximandre notamment, qui selon Aristote, la confond avec le feu. Chez Hésiode, on retrouve également l’existence de l’éther dans l’univers : dans la Théogonie, il explique notamment : Puis, du Vide, naquirent l’Erèbe et la Nuit noireaude. De la Nuit naquirent l’Ether et le Jour, deux frères Qu’elle avait conçus en s’unissant à l’Erèbe. (123-125) L’éther n’est donc pas un cinquième élément parce qu’il n’est présent que dans le monde supralunaire. Au contraire, dans le monde sublunaire – sous l’orbite de la Lune donc -, nous retrouvons les quatre éléments. Ils ont des mouvements rectilignes (en ligne droite avec une vitesse constante) : le feu monte vers le ciel, la terre est attirée par le sol… et les éléments sont composés de deux propriétés : le feu est sec et chaud (donc léger), l’air est chaud et humide, l’eau est froide et humide et la terre est sèche et froide. Les éléments peuvent également se transformer : le feu devient de l’air quand sa chaleur sèche devient humide par exemple. Selon Aristote, les corps sont tous composés des quatre éléments. Mais le monde sublunaire et supralunaire ne sont pas coupés entre eux : le déplacement du ciel et le mouvement des astres engendre les saisons et donc les phénomènes du monde sublunaire. Bibliographie : Guyomarch’h Gweltaz, La philosophie d’Aristote, Paris, Vrin, 2020 Hésiode, La Théogonie, Paris, Le Livre de Poche, 1999

jacques halbronn Bible La dialectique du semblable(domé) et de l’autre (Aher), du permis et de l’étranger (zar)

jacques halbronn Bible La dialectique du semblable(domé) et de l’autre (Aher), du permis et de l’étranger (zar) Dans cette étude, nous montrerons que la désignation de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, telle que présentée dans Genése II,III, est une formule biaisée, il faut comprendre la science du semblable et de l’autre. צְמַח יְהוָה אֱלֹהִים, מִן-הָאֲדָמָה, כָּל-עֵץ נֶחְמָד לְמַרְאֶה, וְטוֹב לְמַאֲכָל–וְעֵץ הַחַיִּים, בְּתוֹךְ הַגָּן, וְעֵץ, הַדַּעַת טוֹב וָרָע9 L’Éternel-Dieu fit surgir du sol toute espèce d’arbres, beaux à voir et propres à la nourriture; et l’arbre de vie au milieu du jardin, avec l’arbre de la science du bien et du mal (dat tov ra) Adam, dès Genése I et V, est présenté comme créé à la « ressemblance)(Demout) d’Elohim. כו וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, נַעֲשֶׂה אָדָם בְּצַלְמֵנוּ כִּדְמוּתֵנוּ; וְיִרְדּוּ בִדְגַת הַיָּם וּבְעוֹף הַשָּׁמַיִם, וּבַבְּהֵמָה וּבְכָל-הָאָרֶץ, וּבְכָל-הָרֶמֶשׂ, הָרֹמֵשׂ עַל-הָאָרֶץ. 26 Dieu dit: « Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail; enfin sur toute la terre, et sur tous les êtres qui s’y meuvent. » Genése V .א זֶה סֵפֶר, תּוֹלְדֹת אָדָם: בְּיוֹם, בְּרֹא אֱלֹהִים אָדָם, בִּדְמוּת אֱלֹהִים, עָשָׂה אֹתוֹ 1 Ceci est l’histoire des générations de l’humanité. Lorsque Dieu créa l’être humain, il le fit à sa propre ressemblance (demouth). Dans Deutéronome XII, l’on met en garde contre l’adoption, l’imitation de cultes étrangers pratiqués par les peuple conquis. Le Goy, c’est l’étranger. Dès l’arrivée en Canaan, il faut le cotoyer et il est préférable de le diaboliser. pour renforcer l’interdit. L’astrologie sera abusivement assimilée à ces pratiques interdites. (cf notre ouvrage Le Monde Juif et l’Astrologie, 1985):l’astrologie sera englobé abusivement dans les pratiques interdites et étrangères. Sur le web « La traduction littérale de ‘Avoda Zara est « culte étranger ». Il s’agit de toute idolâtrie ou culte non reconnu par la Torah. « Servir un être ou croire en une personne qui est le fils de D.ieu (‘Hass Véchalom), croire en la trinité (‘Hass Véchalom), est également inclus dans la ‘Avoda Zara. En effet, tout ce qui va matérialiser le créateur est considéré, entre autre, par notre Torah comme idolâtrie. Idolâtrie, certes, partielle, mais idolâtrie tout de même (Chitouf). Ainsi, tout ce qui est pratiqué dans les pays asiatiques (bouddha etc.) est considéré comme de la ‘Avoda Zara. Il existe un traité tout entier (traité de ‘Avoda Zara) qui parle de ce sujet et de ces lois. ט כִּי אַתָּה בָּא אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ–לֹא-תִלְמַד לַעֲשׂוֹת, כְּתוֹעֲבֹת הַגּוֹיִם הָהֵם. 9 Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, ne t’habitue pas à imiter les abominations de ces peuples (goyim)-là. י לֹא-יִמָּצֵא בְךָ, מַעֲבִיר בְּנוֹ-וּבִתּוֹ בָּאֵשׁ, קֹסֵם קְסָמִים, מְעוֹנֵן וּמְנַחֵשׁ וּמְכַשֵּׁף. 10 Qu’il ne se trouve personne, chez toi, qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille; qui pratique des enchantements, qui s’adonne aux augures, à la divination, à la magie; יא וְחֹבֵר, חָבֶר; וְשֹׁאֵל אוֹב וְיִדְּעֹנִי, וְדֹרֵשׁ אֶל-הַמֵּתִים. 11 qui emploie des charmes, qui ait recours aux évocations ou aux sortilèges ou qui interroge les morts. יב כִּי-תוֹעֲבַת יְהוָה, כָּל-עֹשֵׂה אֵלֶּה; וּבִגְלַל, הַתּוֹעֵבֹת הָאֵלֶּה, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, מוֹרִישׁ אוֹתָם מִפָּנֶיךָ. 12 Car l’Éternel a horreur de quiconque fait pareilles choses; et c’est à cause de telles abominations que l’Éternel, ton Dieu, dépossède ces peuples à ton profit. יג תָּמִים תִּהְיֶה, עִם יְהוָה אֱלֹהֶיךָ. 13 Reste entièrement avec l’Éternel, ton Dieu! יד כִּי הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר אַתָּה יוֹרֵשׁ אוֹתָם–אֶל-מְעֹנְנִים וְאֶל-קֹסְמִים, יִשְׁמָעוּ; וְאַתָּה–לֹא כֵן, נָתַן לְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ. 14 Car ces nations que tu vas déposséder ajoutent foi à des augures et à des enchanteurs; mais toi, ce n’est pas là ce que t’a départi l’Éternel, ton Dieu. . D’ailleurs, au début des Dix Commandements on trouve la formule désignant les « autres dieux » (Elohim Aherim) 2 Exode XX ב אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים: לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים, עַל-פָּנָי. (1) « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage. (2) « Tu n’auras point d’autres dieux que moi. ט וַיַּ Le mal c’est le Aher, c’est l’hérésie (hérétique, hétérogéne). Celui qui est rejeté, c’est l’Aher: wikipedia Elisha Ben Abouya, (ou encore Elisha ben Avouya) plus connu sous le nom de ah’er (אחר) : l’autre en hébreu, fut l’un des personnages les plus célèbres du Talmud. Le Midrash rapporte qu’il sombra dans l’hérésie à la suite d’une vision spirituelle qu’il interpréta de sorte que toute sa foi en fut ébranlée, et ne se repentit qu’avant de mourir de maladie. Il est l’un des personnages hauts en couleur de la Mishna, mais c’est du fait de la tragédie qu’il incarne : il fait en quelque sorte figure de « fils prodigue », « brebis égarée », et beaucoup de lettrés Juifs se rebellant contre Israël, comme Baruch Spinoza seront tôt ou tard comparés à lui JHB 20 01 26