Etudes de Critique biblique, astrologique nostradamiquej et linguistique.
vendredi 16 janvier 2026
Jacques halbronn Au sujet des deux mandats accordés par la SDN au Royaume Uni sur la Trans et la Cis jordanie.
Jacques halbronn Au sujet des deux mandats accordés par la SDN au Royaume Uni sur la Trans et la Cis jordanie
sur le web
Le contexte historique dans lequel la Jordanie a vu le jour est influencé par la période du mandat britannique. À la suite de la Première Guerre mondiale et de la défaite de l'Empire ottoman, le Conseil de la Société des Nations a attribué un mandat au Royaume-Uni sur la Palestine et la Transjordanie en 1920. Ce mandat a été établi pour guider ces territoires vers l'indépendance. Avec le temps, la Transjordanie a dû naviguer entre les complexes impératifs politiques et les aspirations nationalistes, jusqu'à obtenir son indépendance en 1946."
On peut donc dire que , dans les années 20, le Royaume Uni avait la charge de deux structures, l'une arabe, l'autre virtullement juive (selon la Déclaration Balfour de 1917) mais en fait la Cisjordanie sera revendiquée également par la population arabe locale à partir des années trente, ce dont témoigne le film "Palestine 36' où est invoquée la nécessité d'une entité juive indépendante en mesure d'accueillir sans restruction les réfugiés juifs d'Europe, en contre partie de l'aide occidentale dont les Arabes profitèrent pour s'"émanciper du joug ottoman puisque la solution de la question juive posait probléme pour l'Europe; Echange de bons procédés qui ne fut pas respecté.
Sur le web
L’émirat de Transjordanie (arabe : إمارة شرق الأردن Imārāt Sharq al-Urdun) était un protectorat britannique (1921-1946) créé en avril 1921 à la suite d'accords passés pendant la Première Guerre mondiale avec les princes arabes de la dynastie..." L'indépendance de la Jordanie en 1946 précéde de peu celle de l'Etat d'Israel de mai 1948. Entre ces deux entités, un autre Etat Arabe (Cisjordanie) déterminé par le plan de partition de l'ONU 29 novembre 1947. Cet Etat de facto (Jordanie Occidentale) sera rattaché au Royaume de Jordanie (i.E. Transjordanie, Jordanie Orientale), dont il sera séparé en 1967, à la suite de la Guerre des Six Jours..
Sur le web
Le film " Pakestine 1936"
Grâce à un film choral (Palestine 1936)l engagé tissé avec beaucoup d’habileté narrative, Annemarie Jacir revient sur une page d’histoire tristement décisive pour le peuple palestinien
Critique : Palestine 36
"Nous sommes tous, riches et pauvres, unis dans notre lutte pour l’indépendance et la liberté." Chacun peut toujours relire l’Histoire et certifier que c’est la vérité sous l’angle qui convient le mieux à ses convictions, mais il y a néanmoins des faits et des aiguillages temporels incontournables et relativement indiscutables aux lourdes conséquences à court et à long terme. C’est l’une de ces périodes cruciales qu’Annemarie Jacir (déjà apprécié entre autres avec Le Sel de la mer [+] et Wajib, l’invitation au mariage [+]) a décidé de ramener à la surface des électriques opinions contemporaines avec Palestine 36 [+], dévoilé dans la section Gala Presentations au 50e Festival de Toronto. Une plongée dans le passé que la cinéaste palestinienne opère avec une grande précision quasi documentaire, tout en la romançant afin de la rendre accessible au plus grand nombre et en ne faisant aucun mystère sur son engagement (ce qui n’altère absolument pas le côté passionnant de l’ensemble)
Si le film démarre au printemps 1936 dans une Palestine administrée par les Britanniques depuis la fin de la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman, c’est la déclaration Balfour de 1917 prônant "un foyer national pour le peuple juif" qui sous-tend tous les événements qui vont se précipiter à Jérusalem et dans le petit village de Al Basma, les deux épicentres de l’intrigue écrite par la réalisatrice. Car l’équilibre est précaire et la tension monte dangereusement entre les habitants arabes et les colons juifs de plus en plus nombreux, avec la propriété de la terre et le travail ouvrier comme enjeux immédiats, et un occupant britannique jouant un trouble jeu alimenté par des promesses (la commission Peel devrait trouver des solutions équitables…) et une fermeté policière et militaire croissante face aux débordements. Grève générale, rébellion, contre-insurrection : c’est l’escalade et la perspective d’une partition du territoire met le feu aux poudres…
Naviguant avec fluidité entre de multiples personnages, de l’univers des privilégiés de la journaliste Khulood (Yasmine Al Massri) et de son mari Amir (Dhafer L'Abidine), aux campagnes avec la famille de la jeune Afra (Wardi Eilabouni) incluant notamment sa mère Rabab (Yafa Bakri) et sa grand-mère (Hiam Abbass), mais aussi le petit cireur de chaussures Kareem (Ward Helou), en passant par les rebelles Khalid (Saleh Bakri) et Yusuf (Karim Daoud Anaya) qui relie tous les mondes, le tout sans oublier les représentants officiels britanniques (Jeremy Irons, Billy Howle, Robert Aramayo), Annemarie Jacir tisse une fresque captivante et très instructive. Naturellement passionné, engagé (il n’y a aucun contrechamp sur le point de vue juif), résistant et assez féministe, le film mêle avec le bon dosage le mélodrame et la restitution historique pour retracer un brûlant croisement de l’Histoire dont les flammes n’ont pas cessé malheureusement de croître depuis près de 90 ans. Mais pour envisager l’avenir, mieux vaut toujours savoir dans quel feu le passé a été forgé.
Palestine 36 a été produit par Philistine Films (Palestine) avec Autonomous (Royaume-Uni), Corniche Media (Royaume-Uni), MK Productions (France) et Snowglobe (Danemark). Les sociétés françaises mk2 et Lucky Number pilotent les ventes internationales."
sur ole web
« LIVRE BLANC » DE 1939 : LA GRANDE-BRETAGNE PROPOSE LE PARTAGE DE LA PALESTINE PUIS RETIRE SA PROPOSITION L’idée de partager la Palestine en deux États, l’un arabe et l’autre juif, est apparue pour la première fois en 1937, soit dix ans avant le vote par l’ONU du plan de partage de novembre 1947. La proposition émanait d’une commission royale, la com- mission Peel, envoyée en Palestine pour enquêter sur les troubles qui avaient embrasé le pays. Déclenchée par le mou- vement du Shaykh Ezzedine al-Qassam en novembre 1935, la Révolution s’était généralisée à partir d’avril 1936, en protes- tation notamment contre l’immigration juive, qui, avec l’ap- probation des Britanniques, atteignait des chiffres records. En effet, 4 565 immigrants juifs étaient arrivés en 1931, 9 553 en 1932, 30 327 en 1932, 42 359 en 1934, et 61 854 en 1935. A son arrivée, la commission trouva la Palestine en état de guerre. Les affrontements s’étaient étendus à l’ensemble du pays. Inaugurée par une grève générale et ininterrompue de six mois, la « Révolution de 36 » avait rapidement débouché sur de très nombreux incidents armés. Infiltrés à partir de la frontière syrienne, des volontaires arabes, commandés par Fawzi al-Qawouqji, prêtaient main-forte aux partisans palesti- niens. Sabotage de pipe-lines, dynamitage de convois ferroviaires, destruction des installations électriques et téléphoniques, attaques contre les colonies juives et batailles rangées avec les troupes coloniales anglaises forcèrent bientôt les armées du mandat à faire usage de l’aviation, des chars et de l’artillerie de campagne avant d’acheminer vers la Palestine des renforts à partir de l’Égypte et de Malte. Près de mille Palestiniens tombèrent durant la première phase de la Révolution, des milliers d’autres furent faits pri- sonniers et les troupes anglaises menèrent de très nombreuses opérations punitives contre les villages. Des centaines de mai- sons furent ainsi plastiquées et la majeure partie de la vieille 5 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) WALID KHALIDI ville de Jaffa, devenue une des places fortes des insurgés, fut évacuée de force puis rayée de la carte, pour l’exemple, par les unités de génie britanniques. Regroupant l’ensemble des partis palestiniens, le Haut comité arabe, dirigé par Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem et président du Haut Conseil islamique, céda alors aux pres- sions des rois Abd al-Aziz ibn Séoud, Ghazi d’Irak, et du prince Abdallah de Transjordanie. Il accepta de suspendre le soulèvement pour « donner une chance » à la commission d’enquête qui allait venir de Londres. Le séjour de la commission Peel dura de novembre 1936 à janvier 1937, et ses conclusions appelant au partage du pays furent rendues publiques en juillet 1937. Le rapport Peel La politique anglaise depuis la déclaration Balfour en vue de l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, la peur des Palestiniens de devenir une minorité dans leur propre patrie du fait de l’arrivée massive des immigrants et de leur volonté proclamée de s’emparer du pays, avaient mis le feu aux poudres. Les causes de la Révolution, telles que dégagées par le rapport,. recoupaient les analyses palestiniennes. Mais il n’en allait pas de même quant au remède prescrit. Réfutant la thèse mandataire qui prétendait que les aspirations des deux peuples pouvaient être satisfaites dans le cadre de la déclaration Balfour, Peel concluait à l’impossibilité d’une telle solution, et préconisait le partage. Cette annonce plongea les Palestiniens dans la stupeur, d’autant plus qu’à la publication du rapport, les juifs repré- sentaient moins du tiers de la population de la Palestine et détenaient moins de 5,5 % des terres. En vertu de ce plan, la Galilée, dont la plaine intérieure de Marj ibn Amir qui s’étend du golfe de Haïfa jusqu’au sud du lac de Tibériade, tout comme la majeure partie de la plaine côtière allant de la ville de Jaffa jusqu’à la frontière libanaise, au nord, seraient « cédées » à l'État juif. Par ailleurs, « le cœur » du pays, à savoir toute la région de Jérusalem, jusqu’à la côte, ainsi que les villes de Ramallah, Bethléem, Nazareth et des dizaines de villages, resteraient sous mandat britannique pour une période illimitée... Le tableau qui suit, montre la répartition des terres et des deux populations entre les deux Etats pressentis. 6 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE Population Population Surface cultivable juive arabe (en dunums) tat juif : 304 900 294 700 3 098 000 Etat arabe : 7 200 485 200 3 074 000 Ainsi, si le plan Peel était appliqué, la population arabe de L’Etat juif serait quasiment égale à la population juive, alors que les terres cultivables échues à l’Etat juif dépasseraient les terres cultivables allouées à l’État arabe. Pour tourner ces dif- ficultés, Peel accompagna sa proposition de deux mesures sup- lémentaires : transfert force de la population arabe hors de ’État juif et rattachement de l’État arabe palestinien à l’émi- rat de Transjordanie ! Le mouvement sioniste ne pouvait espérer en 1937 une meilleure proposition qui lui cédait la moitié du pays, lui assu- rait une continuité territoriale, entérinait l’idée du transfert forcé de la population palestinienne hors de l’État juif et affir- mait, publiquement et pour la première fois, que le « foyer national » serait un Etat juif. Aussi le projet Peel, même s’il ne fut jamais appliqué, constitua-t-il un acquis véritable et devint la pierre angulaire de toutes les revendications sionistes ultérieures. La Grande-Bretagne réprime la Révolution puis abandonne le plan de partage La Révolution embrasa à nouveau la Palestine tout au long des années 1937-1939. Des régions importantes du pays tout comme la vieille ville de Jérusalem et la ville de Bir al-Sab" tombèrent aux mains des patriotes palestiniens. La Grande- Bretagne fut alors contrainte d’appeler à une mobilisation par- tielle des troupes de l’empire. Et l’élite de ses chefs militaires — Wavell, qui commandera plus tard le front égyptien face aux puissances de l’Axe, Montgomery, le futur vainqueur de Rommel, et Haining, chef des opérations de guerre et des ren- seignements militaires au War Office - furent dépêchés sur le terrain pour mater les insurgés. Dans ses rapports à son commandement, Montgomery décrit en détails les unités palestiniennes qu’il affronta alors en Galilée. « Elles sont constituées, écrit-il, de groupes de 50 à 150 combattants, extrêmement mobiles » et « j’ai décidé de concentrer mes efforts pour en éliminer le plus grand nombre. J’ai dispensé mes principaux adjoints de toutes les tâches administratives et je les ai lancés à la chasse aux insurgés. Nous en avons tué plus d’une centaine ces dix derniers jours. De 7 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) WALID KHALIDI nombreuses difficultés demeurent, mais commençons par le plus important, à savoir la concentration de nos efforts en vue de les éliminer physiquement ». Quant à Haining, il signale dans l’un de ses rapports cou- vrant la période du 1er novembre 1938 au 1er mars 1939 qu’il a liquidé « 19 insurgés le 9 novembre ; 24, le 10 novembre ; 34, le 28 novembre ; 38, le 2 décembre ; plus de 30, le 18 décembre ; 14, le 8 février ; plus de 19, le 27 février ; et 45, le 11 mars ». Ces chiffres donnent une idée de la cadence des affrontements entre partisans palestiniens et soldats bri- tanniques. De son côté, témoin direct de la Révolution dont il fut l’un des organisateurs, Muhammad ‘Izzat Darwaza, affirme, à propos des pertes palestiniennes : « Le nombre des détenus avoisine les 50 000, celui des martyrs, 7 000 ; celui des blessés, 20 000 ; sans compter que deux mille maisons ont été rasées [en représailles]. » Mais la puissance coloniale ne se contenta pas de cette répression féroce. Elle l’accompagna d’une série de mesures coercitives. Elle ordonna la dissolution de la totalité des organisations politiques palestiniennes, dont le Haut comité arabe, les par- tis, les clubs, les comités patriotiques, et arrêta une bonne par- tie des membres du Haut comité arabe puis les déporta aux Seychelles, dans l’océan Indien. Mais le mufti, Amin al- Husseini, tout comme son bras droit, Jamal al-Husseini, par- vinrent à s’échapper et à trouver refuge au Liban. Pour désarmer la population palestinienne, les autorités appliquèrent également une stratégie implacable, qui dura d'ailleurs jusqu’en 1945 et aboutit à ce que le peuple pales- tinien se retrouve littéralement désarmé face à ses adversaires. C’est ainsi qu’entre 1937 et 1945, les troupes coloniales saisirent 7 617 fusils, 4 891 revolvers, 1 376 grenades, 695 fusils de chasse et 347 375 balles. En revanche, les Britanniques ne se contentèrent pas de fermer les yeux sur la formation des unités sionistes sous le drapeau de la Haganah, mais fournirent à cette dernière aide et entraînement. En 1937, les effectifs de la Haganah approchaient les 20 000 hommes. Ce nombre fut doublé entre 1937 et 1939 par la constitution d’une armée juive parallèle, entraînée et équipée par l’armée anglaise, et placée sous commandement conjoint judéo-britannique. Des unités de commandos furent créées dans ce cadre, et notamment les célèbres « Night squads ». Cette nouvelle armée juive fut appelée, par mesure de « camouflage », la « Police des colonies ». Néanmoins, et malgré cette reprise en mains, la Grande- 8 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE Bretagne se rendait compte de l’ampleur de l’opposition pales- tinienne au principe meme du partage et de la contestation grandissante à laquelle elle faisait face tant dans les pays arabes que dans le monde islamique. Elle se mit alors à la recherche d’une porte de sortie. Une deuxième commission d’enquête fut dépêchée en Palestine. Cette « commission technique » - il ne fallait pas montrer que la Grande-Bretagne avait cédé — avait en prin- cipe pour mission « l’étude des modalités d’application du plan de partage ». Elle arriva en Palestine en avril 1938 et repartit en août. Son rapport fut publié au mois de novembre. A l’opposé de la commission Peel, la commission tech- nique jugea impossible de créer un Etat juif « délesté » des Palestiniens et de leurs terres. Peel avait, il est vrai, résolu le problème en préconisant le déplacement massif et forcé des Palestiniens... Mais la commission technique refusa implicite- ment le recours à ce principe du transfert et insista sur le fait que ce refus devait être pris en compte dans toute dis- cussion d’un éventuel projet de partage. La Grande-Bretagne conclut alors que la commission tech- nique avait abouti à la conclusion que le partage était « impra- ticable », et s’en servit comme alibi pour abandonner le plan Peel et annoncer simultanément son intention de convoquer un congrès sur la Palestine. Une réunion était prévue à Londres avec la participation des représentants des juifs, des Palestiniens et des pays arabes. Cette annonce eut lieu en novembre 1938. Le Congrès de Londres et le « Livre Blanc » Le congrès ouvrit ses travaux le 7 février 1939 au palais Saint James sous la présidence de Neville Chamberlain, pre- mier ministre, et de Lord Halifax et Malcolm Mac Donald, respectivement ministres des affaires étrangères et des colo- nies. Les parties arabes refusèrent de s’asseoir à la même table que les dirigeants sionistes, et les délégués britanniques firent la navette entre les délégations. Le gouvernement britannique refusa de son côté de convier le mufti Amin al-Husseini car il avait pris la tête de la Révolution armée, mais Londres libéra par contre les déportés des Seychelles. La délégation palesti- nienne était constituée de Jamal al-Husseini, Husayn Fakhri al-Khalidi, Raghib al-Nashashibi, Mousa al-Alami, Georges Antonius, Amin al-Tamimi, Alfred Rock, et Ya‘qoub al- Ghusayn. Quant aux délégations arabes, elles se présentaient 9 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) WALID KHALIDI comme suit : la délégation saoudienne était dirigée par l’émir Faysal ibn Abd al-Aziz ; la délégation égyptienne par le prince héritier, l’émir Abd al-Mun‘im ; la délégation irakienne par le premier ministre Nuri Pacha al-Said ; la délégation du Yémen par l’émir Husayn, le fils de l’Imam ; et la délégation trans- jordanienne était placée sous la direction du premier ministre, Tawfiq Abou al-Houda. Les travaux durèrent jusqu’au 17 mars 1939 mais sans aboutir au moindre résultat, ce qui amena la Grande-Bretagne à proclamer unilatéralement un « Livre Blanc » définissant la politique qu’elle allait unilatéralement mettre en oeuvre. 1 : Fondation dans un délai de dix ans d’un État palesti- nien regroupant Arabes et juifs, et lié par un traité à la Grande- Bretagne. Le mandat prendra fin au terme de ces dix ans, sauf si les conditions sur le terrain ne le permettent pas, auquel cas la Grande-Bretagne consultera les représentants palestiniens et juifs, la Société des Nations et les États arabes, en vue de défi- nir toute solution future. 2 : 75 000 immigrants juifs seront autorisés à venir en Palestine durant les cinq prochaines années. Au terme de cette période toute immigration sera soumise à « l’approbation des Arabes de Palestine ». 3 : Les transferts de propriété aux juifs seront interdits dans certaines zones, soumis à conditions dans d’autres et libres dans le reste du pays. Il est incontestable que ces dispositions allaient dans le sens des aspirations arabes. Le principe de création d'un État pales- tinien constituait en soi un rejet de l’idée du partage, et les réglementations restrictives de l'immigration et de la vente des terres allaient à l’encontre des intérêts sionistes. Les déléga- tions arabes, tout comme le parti al-Istiqlal de Raghib al- Nashashibi, opposé au mufti de Jérusalem, étaient enclins à accepter le « Livre Blanc ». Mais le mufti et ses partisans le refusèrent parce qu’il remettait sine die la proclamation de l’in- dépendance. Alors au zénith de son pouvoir, le mufti hajj Amin al- Husseini eut gain de cause, et les États arabes qui n’avaient pas encore le dernier mot concernant les affaires palesti- niennes, rejetèrent le « Livre Blanc ». Officiellement du moins. La réaction de la partie sioniste fut également négative, mais pour des raisons diamétralement opposées. Les juifs déclen- chèrent une grève générale en Palestine, et le 21e congrès sio- niste, réuni le 16 août 1939 à Genève, proclama son désaveu et son rejet de la politique du « Livre Blanc », sans pour autant 10 Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5) LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE aller jusqu’à la rupture avec la Grande-Bretagne. La Deuxième Guerre mondiale se profilait à l’horizon. Ce double refus n’empêcha pas Malcolm Mac Donald de soumettre le « Livre Blanc » aux Communes. Les débats furent houleux et Winston Churchill fut l’un des plus durs opposants au projet gouvernemental. Farouche partisan des thèses sio- nistes et du projet du foyer national depuis la Première Guerre mondiale, lorsqu’il était ministre des colonies, Churchill qua- lifia le « Livre Blanc » de « déni de la promesse » faite par son pays aux dirigeants sionistes. Mais le gouvernement persista dans sa démarche. Le « Livre Blanc » fut voté et devint la politique officielle que la Grande-Bretagne allait appliquer en Palestine, abstraction faite des positions arabes ou juives. Quelques semaines plus tard, le conflit mondial débuta, éclipsant l’ensemble de ces question"
Alors que la population juive est menacée en Europe et en Afrique du Nord (Rommel), les leaders arabes refusent le statut de refuge accordé à la Palestine par la Société de Nations, avec la GB pour mandataire. On lui explique que ce "sacrifice" créera une dette de la part des Juifs envers les Arabes. Il semble cependant que la Déclaration Balfour de 1917 lorsque les troupes franco-anglaises refoulent le pouvoir ottoman du monde arabe, ait fait l'objet d'un accord pour l'établissement d'un Foyer Juif en Palestine. Le refus arabe va contraindre les Britaniques, à partir de 1939 à réduire drastiquement l'immigration juive("Livre Blanc') alors qu'à partir de 1941-42, la Solution Finale est mise en oeuvre. Finalement, l'ONU fin 1947 approuvera la partition. De facto, la partie arabe sera rattachée à la Transjordanie, résultat d'un premier partage, pour la Palestine au delà du Jourdain, comme son nom l'indique
.https://monbalagan.com/images/sources/1917_-_Dclaration_Balfour_texte_
.pdf 10 16 01 26
JHB 16 01 26
Jacques Halbronn Le personnage de Jésus dans l’Evangile de Mathieu. Chapitres IV , V- VII X et XV
Jacques Halbronn Le personnage de Jésus dans l’Evangile de Mathieu. Chapitres IV , V- VII X et XV
L’image de Jésus est assez complexe: est il un thaumaturge ou un leader politique attaché à la réunification des 12 tribus? L’Evangile selon Mathieu est, à nos yeux, le texte central du Nouveau Testament. Son premier chapitre traite de la naissance de Jésus dans des conditions mystérieuses.
Chapitre IV Jésus thaumaturge
.23 Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
24 Sa renommée se répandit dans toute la Syrie. On lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés. Et il les guérit.
25 De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de l’autre côté du Jourdain. » Ces versets issus de Mathieu IV le présentent comme thaumlaturge, ce qui faisait sa renommée;
Chapitre V Les (Dix) Commandements des Anciens
21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
22 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
25 Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
26 Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
28 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
29 Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
31 Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation.
32 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
33 Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.
34 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
36 Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
37 Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.
38 Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent.
39 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
40 Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
41 Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
42 À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !
43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
44 Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
45 afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
47 Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Le Chapitre VII comporte toutes sortes de sentences célébres d’ordre moral :
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
01 « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ;
02 de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera.
03 Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ?
04 Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ?
05 Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.
06 « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ; ne jetez pas vos perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent, puis se retournent pour vous déchirer.
07 « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.
08 En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.
09 Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ?
10 ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ?
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !
12 « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.
13 « Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent.
14 Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.
15 Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces.
16 C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ?
17 C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais.
18 Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits.
19 Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu.
20 Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.
21 Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.
22 Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?”
23 Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !”
Dans Mathieu X et XV, on trouve cette formule surprenante:
Ch X Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes
et n’entrez dans aucune ville des Samaritains.
Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
Sur votre route, proclamez
que le royaume des Cieux est tout proche. »
Ch XV
24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Certains commentateurs ont voulu interprétér ce texte comme se référant aux Juifs alors que cela visait une population au ban du monde juif , les descendants du Royaume d’ Israel asservis par la maison de David et réfugiés eb Judée après la destructiib du Royaume d’Israel Selon nous, Jésus entendait unir ces deux ensembles séparés,thématique reprise par Moon à propos des deux Corées. (cf ] Ézéchiel 37.15-28 ; Jérémie 23.5-6 ; Osée 1.11 ; Amos 9.11-15,)
JHB 16 01 26
Oliviuer Rota La Déclaration Balfour, du « triomphe juif » au réveil du nationalisme arabe (1917-1920). Entre illusions et malentendus ? O
La Déclaration Balfour, du « triomphe juif » au réveil du nationalisme arabe (1917-1920). Entre illusions et malentendus ?
Olivier Rota
Cet article avance que ce sont les circonstances – mais aussi les malentendus – de l’année 1917 qui ont permis au sionisme d’obtenir des garanties du gouvernement britannique ; de la même façon que ce sont d’autres malentendus qui ont conduit à la prise en compte tardive de l’opposition arabe au projet sioniste. Le contexte confus de la Grande Guerre, le manque d’information, mais aussi les illusions, participèrent grandement à l’élaboration de la Déclaration Balfour, tout comme ils expliquent l’effondrement rapide des relations entre sionistes et Arabes après cette date.
1Le sionisme se présente comme un projet politique contesté par les élites juives britanniques avant la Première Guerre mondiale. Perçu comme un projet dangereux pouvant conduire à la remise en cause de l’émancipation juive, le sionisme inquiétait alors les Juifs nantis du West End londonien, du fait des adhésions populaires dont il bénéficiait. Ainsi, si la venue de Theodor Herzl dans l’East End, le 13 juillet 1896, suscita un réel engouement parmi les Juifs de ce quartier pauvre, elle fut en revanche accueillie avec froideur par la bourgeoisie juive. Seul le banquier – et membre du Parlement pour Whitechapel – Sir Samuel Montagu accepta de participer au meeting organisé pour l’occasion dans sa circonscription. Mais il s’abstint de soutenir publiquement le projet sioniste et refusa de présider la conférence.
1 Paul Goodman, Zionism in England 1899-1949. A Jubilee Record, Londres, Zionist Federation of Great (...)
2Tenant compte de l’opposition des élites juives assimilées, le deuxième congrès sioniste, réuni à Bâle en 1898, appela les sionistes britanniques à s’engager dans une véritable politique de conquête des instances communautaires. Cette politique commença à porter ses fruits à la veille de la guerre et conféra au sionisme un visage respectable qui lui permit de prétendre à une certaine représentativité des aspirations juives, et facilita son approche de quelques personnalités politiques britanniques. Dans le contexte d’un conflit opposant l’Allemagne à la Grande‑Bretagne, la prudence restait néanmoins de mise. Alors que le conflit éclate, l’Organisation sioniste mondiale adopte pour mot d’ordre de ne défendre aucun intérêt particulier (sectional) et repousse volontairement à l’après-guerre la question du devenir de la Palestine1. Cette décision fut motivée par la crainte que le sionisme (et par extension les Juifs) ne soit assimilé à une cinquième colonne allemande en territoire britannique.
3Afin de sauvegarder ses chances d’obtenir l’appui des gouvernements européens à son projet de restauration d’une nation juive en Palestine, le sionisme politique préférait jouer la carte de la neutralité politique – non sans continuer à approcher des personnalités susceptibles de l’aider. Ce sont les circonstances – mais aussi les malentendus – de l’année 1917 qui vont lui permettre d’obtenir des garanties du gouvernement britannique ; de la même façon que ce sont d’autres malentendus qui vont conduire à la prise en compte tardive de l’opposition arabe au projet sioniste. Le contexte confus de la Grande Guerre, le manque d’information, mais aussi les illusions participèrent grandement à l’élaboration de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917, tout comme ils expliquent l’effondrement rapide des relations entre sionistes et Arabes après cette date.
Un intérêt du gouvernement britannique pour la zone palestinienne
4Lorsque se déclenche la Première Guerre mondiale, la zone palestinienne située entre Saint-Jean d’Acre et Gaza constitue un espace largement délaissé par les puissances européennes. Territoire peu peuplé, intégré à l’Empire ottoman, sa valeur stratégique est négligeable. Il intéresse moins la France et la Grande-Bretagne que la région du Mont Liban ou le canal de Suez.
5Fut-il pour autant tout à fait négligé par les puissances européennes ? Herbert Samuel, maître des postes général du cabinet Asquith, fut le premier à avancer l’idée d’un protectorat britannique en Palestine. Il fit parvenir en janvier 1915 un premier mémorandum à ses collègues du cabinet de guerre afin de leur présenter l’intérêt que représenterait pour la Grande‑Bretagne une immigration juive d’ampleur en Palestine ; ce premier document fut suivi d’un second de même nature, en mars de la même année. Finalement écartée par le Premier ministre Asquith, l’idée d’un soutien britannique à l’immigration juive en Palestine suscita néanmoins l’intérêt du ministre de l’Armement d’alors : David Lloyd George. Lloyd George avait rencontré une dizaine d’années plus tôt Theodor Herzl et s’était informé de l’idéologie sioniste. Il estimait que sa puissance évocatrice pouvait mobiliser les consciences de nombreux chrétiens.
2 “He was only the latest in a long line of Zionists in Britain that stretched back to the Puritans”, (...)
3 “British officials, travelling along many different roads, happened to arrive at the same conclusio (...)
6Occupant différents postes ministériels à partir de 1914, Lloyd George fut finalement nommé Premier ministre en décembre 1916. À cette période, il prit conscience que la Palestine constituait un nœud stratégique entre les colonies britanniques : égyptienne, indienne et sud‑africaine. Mais ses motivations pour encourager la conquête du territoire palestinien ne furent pas uniquement d’ordre militaire : « Il n’était pas seulement le dernier d’une longue lignée de sionistes en Grande- Bretagne, qui s’étendait jusqu’aux puritains », note David Fromkin : « Au contraire de ses collègues, il était vivement conscient qu’il y avait des tendances vieilles de plusieurs siècles à prendre l’initiative d’une restauration des Juifs à Sion dans la pensée non‑conformiste et évangélique britannique »2. Lloyd George imaginait qu’une déclaration liant les Juifs et la Palestine pourrait exercer une heureuse influence sur le moral national. Lloyd George n’était alors pas le seul membre du cabinet de guerre à prendre conscience de l’importance stratégique que revêtirait pour la Grande-Bretagne le fait d’occuper le territoire palestinien. D’autres membres, poussés par le pragmatisme ou l’idéalisme, soutenaient le projet d’une campagne militaire en Palestine : « Les responsables [gouvernementaux] britanniques, empruntant différents chemins, en arrivèrent à la même conclusion : une caractéristique distinctive des évolutions de la politique britannique sur la Palestine fut qu’il n’y eut pas une seule raison à cela », analyse Fromkin3.
7Au nombre des autres raisons qui pesèrent à un moment ou à un autre dans la balance, il faut citer le souhait de surenchérir sur la déclaration faite par la France en juin 1917 de soutenir la « renaissance de la nationalité juive » en Palestine, mais aussi la volonté de séduire les Juifs russes, dont on pensait qu’ils pourraient agir en faveur du maintien de l’effort de guerre de leur pays, ou alors l’espoir de convaincre les Juifs américains de poursuivre leur financement de l’effort de guerre.
4 “opened with the stalling of General Murray's advance at Gaza; there followed yet another round of (...)
8De fait, les motivations nées du fantasme de l’influence juive ne sont ainsi pas tout à fait absentes des calculs politiques du cabinet de guerre : certains de ses membres pensent qu’une déclaration de bonne volonté à l’égard du sionisme permettrait de rallier l’ensemble des Juifs – que l’on imagine dans leur grande majorité pro‑allemands – à la cause britannique, ce qui pourrait se révéler déterminant pour écourter la guerre. L'année 1917, résume l’historien Stuart Cohen4 :
[…] ouvrit avec le retard de l’avance du général Murray à Gaza ; s’ensuivit une autre série de carnages sur le front occidental, une mutinerie dans l’armée française, la révolution à Petrograd et, une fois que les U‑boats se déchaînèrent, des pertes alliées massives dans la navigation alliée en Atlantique. Les Juifs ne furent pas responsables de ces calamités, mais leur soutien pouvait aider à les compenser. […] La propagande juive en faveur des Alliés, se persuadèrent les experts officiels, pourrait aider à précipiter l’entrée militaire des États‑Unis et retarder la sortie de la Russie de la guerre.
9En déclarant soutenir le projet sioniste, le cabinet espérait d’une manière ou d’une autre bénéficier, en retour, de l’appui décisif des Juifs dans leur effort de guerre contre l’Allemagne.
5 “with force that the views which [he] held were the views of a minority [of] excentric individuals” (...)
10C’est dans ce contexte trouble, fait de fantasmes et de calculs, que le cabinet de guerre décide de prendre contact avec Haïm Weizmann, afin d’explorer l’impact qu’aurait une décision en faveur du projet sioniste sur les masses juives. L’idée d’une déclaration de sympathie du gouvernement britannique pour le sionisme fait son chemin. Nahum Sokolov, le secrétaire général du mouvement sioniste, rédige un premier texte en juillet 1917 et le soumet au cabinet de guerre de Lloyd George. Le texte connaît plusieurs réécritures. Il circule entre les différents membres du cabinet et du Foreign Office associés à la décision. Parmi ceux‑ci : David Lloyd George bien sûr, mais aussi Lord Arthur James Balfour, Mark Sykes ou encore Lord Robert Cecil. Chacun argue de l’intérêt stratégique, pour la Grande-Bretagne, d’une promesse faite aux Juifs. Seul Montagu exprime de fortes réserves. Il s’inquiète de la portée antisémite d’un texte associant le particularisme juif à une différence d’ordre national. Craignant qu’un tel texte puisse être utilisé par les nations européennes comme prétexte pour expulser leurs Juifs, il rédige un mémorandum intitulé « The Anti-Semitism of the Present Governement ». Le document circule auprès de ses collègues du cabinet. La position de Montagu apparaît cependant minoritaire : il lui est répondu « avec force que les points de vue qu’il tenait relevaient d’une minorité d’individus excentriques »5. Le cabinet mésestime la puissance des préjugés antijuifs.
11Après validation des membres du cabinet, une version définitive est finalement rendue publique le vendredi 2 novembre 1917. Arthur Balfour, ministre des Affaires étrangères, transmet officiellement sa déclaration à Lord Rothschild, président de la League of British Jews. La Déclaration reconnaît aux Juifs le droit d’établir un « foyer national pour le peuple juif en Palestine ». Elle exprime :
6 Sur la Déclaration Balfour, nous renvoyons, entre autres, au volume de Jean-Pierre Alem, 1917. La D (...)
[…] au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.
Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.6
7 “in spite of years of Zionist propaganda in England, both the press and by word of mouth, a leading (...)
8 “race, religion and country are inter-related, as they are inter-related in the case of no other ra (...)
9 “It is charged against them by their critics that they now employ their great gifts to exploit for (...)
10 “to promote that mutual sympathy and comprehension which is the only sure basis of toleration [he] (...)
11 “mitigate the age-long miseries created for Western civilisation by the presence in its midst of a (...)
12 “Zionism is not meant for those people who have cut themselves adrift from Jewry, it is meant for t (...)
12Weizmann a rapporté dans son autobiographie combien, « en dépit d’années de propagande sioniste en Angleterre, par voie de presse et de bouche à oreille, un chef d’État de premier plan comme Mr. Balfour n’avait qu’une simple notion tout à fait naïve et rudimentaire du mouvement »7. Balfour justifia, en 1918, sa déclaration au nom du caractère particulier du peuple juif et des menaces pesant sur lui sur le continent. Fervent sioniste depuis plus d'une décade au moment de la Déclaration, Balfour percevait les Juifs comme un peuple singulier, dans lequel « la race, la religion et le pays sont en relation étroite, d’une manière qui n’a aucun équivalent dans le cas d’une autre race, d’une autre religion ou d’un autre pays au monde »8. Reconnaissant le poids des préjugés à l’encontre des Juifs, Balfour déplorait que : « Il leur est reproché par leurs critiques qu’ils utilisent désormais leurs dons précieux pour exploiter à des fins personnelles une civilisation qu’ils n’ont pas créée, dans des communautés qu’ils contribuent peu à maintenir »9. S'appuyant sur ses convictions libérales, Balfour défendit le projet sioniste au nom de sa capacité « à promouvoir cette sympathie et compréhension mutuelles qui est le seul fondement sûr de la tolérance dans laquelle [il] croit fermement »10. S'il ne pense pas que le projet sioniste puisse résoudre la « question juive », du moins espère-t-il qu'il puisse « atténuer les misères ancestrales créées par la civilisation occidentale par la présence en son sein d’un corps qui fut trop longtemps considéré comme étranger et même hostile, mais qu’il fut également incapable d’expulser ou d’absorber »11. En un mot : devant l'inefficacité du modèle assimilationniste à réduire le particularisme juif, mais aussi en protestation contre les mesures d'expulsion qui ont pu être pratiquées contre les Juifs à tel ou tel moment de l’histoire, Balfour a cru bon de soutenir le projet sioniste afin de proposer aux Juifs qui le souhaitaient de normaliser leur situation nationale. Il rejoignait ainsi les positions de Weizmann, lequel défendait à la même période l’idée que « le sionisme n’est pas destiné à ces personnes qui se sont coupées de la judéité, il est destiné aux masses qui auront la volonté de vivre leur propre vie […] »12. En cela, le sionisme pouvait se présenter comme une solution pour les Juifs les plus pauvres, ceux‑là mêmes qui, venus d’Europe de l’Est, peinaient à trouver les voies de l’assimilation en Grande‑Bretagne.
L’accueil de la Déclaration Balfour : entre enthousiasme et illusions
13La Déclaration Balfour se présente comme une reconnaissance officielle des aspirations sionistes, par l’État britannique. Elle est célébrée comme un « triomphe juif » par le Jewish Chronicle. Le journal voit dans l’événement une validation de la légitimité du combat sioniste pour l’établissement d’un État juif :
13 “And now they [the Zionists] have obtained not merely an historic acknowledgement that their view o (...)
Et maintenant, ils [les sionistes] ont obtenu non seulement une reconnaissance historique de la justesse et de la commodité de leur point de vue sur la position juive, mais aussi que leur activité – si souvent retoquée par les sections les plus puissantes de la communauté juive – était politiquement judicieuse et éthiquement juste.13
14 “the Old Testament spirit which pervaded it and the feeling that, in the somewhat incongruous setti (...)
14Si elle suscite de vives émotions parmi les Juifs, la déclaration ne déclenche pas pour autant des vagues d’enthousiasme dans la presse nationale, du moins durant les premières semaines qui suivirent sa publication. Après tout, le territoire palestinien était encore une possession de l’Empire ottoman. C’est ainsi que le Times signala la déclaration dans ses pages avec un mois de délai. Le journal ne se félicita de la Déclaration Balfour qu’à la suite du gala organisé par la British Zionist Federation pour célébrer l'événement. Signe tout de même que la symbolique religieuse d’une déclaration faite aux Juifs n’échappait pas tout à fait au journal : du gala, le Times retient surtout « l’esprit de l’Ancien Testament qui l’envahit et le sentiment que, dans le décor quelque peu incongru d’un théâtre de Londres, la plénitude prochaine des anciennes prophéties était célébrée avec foi et ferveur »14.
15Depuis début novembre, la situation a alors radicalement changé : la conquête britannique de la Palestine est engagée. Menée par le général Allenby, elle conduit à la prise de
15 Il ne faut cependant pas exagérer le poids du sionisme chrétien en Angleterre. Voir Eitan Bar-Yosef (...)
16Jérusalem le 11 décembre. La prise de la ville, à deux semaines de Noël, réveille l'intérêt – religieux et politique – de la population britannique pour ce territoire où se situent Bethlehem, Nazareth, et bien d’autres lieux aux résonances bibliques. La perspective d’un renouveau du lien entre les enfants d’Israël et la terre de la Bible – et le fantasme d’une restauration de la royauté d’Israël en prélude à l’établissement du règne de Dieu sur Terre – capte ainsi l’imaginaire des esprits britanniques les plus nourris par la Bible. Parmi ces derniers, certains perçoivent le rétablissement du peuple juif sur sa terre comme le premier pas vers la réalisation des promesses messianiques et la seconde venue du Christ, en référence aussi à Lc 21, 24 : « Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis ». Le rétablissement anticipé des Juifs sur leur terre semble augurer, inversement, de « l’accomplissement des nations »15.
17Or, la promesse britannique faite aux Juifs en novembre 1917 empiète sur une autre promesse faite en octobre 1915 aux Arabes. Les accords, signés entre le chérif de la Mecque Hussein Ben Ali et le Haut- commissaire britannique pour l’Égypte, Henry McMahon, prévoyait en effet que les Arabes obtiendraient le contrôle des territoires qu’ils auront libérés de l’Empire ottoman, à l’exception d’une portion de la Syrie. Comment rendre compatible cette double promesse, faite consécutivement aux Arabes et aux Juifs, d’un contrôle du territoire palestinien ?
18Les divergences entre intérêt sioniste et intérêt britannique n’existaient qu’à l’état latent jusque 1917. Bien au contraire, intérêt sioniste et intérêt britannique semblaient se rejoindre sur le terrain diplomatique. Le Colonel Sir Mark Sykes déclarait ainsi en 1918 au Jewish Chronicle :
16 “In Zionism lay the true solution of the Eastern Question. [...] In Zionism, then, lay the solution (...)
Dans le sionisme repose la véritable solution de la Question d’Orient. [...] Dans le sionisme, alors, repose la solution du « Moyen-Orient », qui ne devrait plus être une zone d’excès et de guerre, mais serait le lieu de ralliement de tous ceux qui désirent maintenir la paix dans le monde, non pas pour cinquante ou cent ans, mais jusqu’à la fin des temps.16
17 Il fit partie du réseau NILI qui transmettait depuis la Palestine des renseignements à la Grande Br (...)
19Catholique et orientaliste, Mark Sykes (à l’origine des accords secrets Sykes-Picot de mars 1916) s’était laissé convaincre des bien- fondés du sionisme lors de sa rencontre de 1916 avec Aaron Aaronsohn – un Juif palestinien actif dans les milieux de l’espionnage britannique en territoire ottoman17.
18 Harry Defries, Conservative Party Attitudes to Jews, op. cit., p. 54. Voir aussi Elie Kedourie, « S (...)
20L’année suivante, il avait fait la connaissance de Weizmann et de Sokolov, qu’il avait guidé dans les dédales de l’administration britannique afin de faire avancer la cause du sionisme18. Expert du Proche-Orient pour le gouvernement, Sykes misait sur l’entente des Arméniens, des Juifs et des Arabes contre les Ottomans. En cela, il était victime d’une illusion répandue parmi les officiels britanniques : il imaginait qu’une entente naturelle régnait entre les deux « peuples sémites », juif et arabe, et que cette entente pourrait servir à maintenir le statu quo dans les possessions anglaises. La même illusion était alors partagée par une part notable de sionistes.
19 “a piece of wartime propaganda”.
20 James Renton, « Flawed Foundations: The Balfour Declaration and the Palestine Mandate », dans Rory (...)
21La Déclaration Balfour, qui constitua avant tout « une sorte de propagande de guerre »19, selon les mots de l’historien James Renton, ne relevait certainement pas d’une politique cohérente de la part du cabinet de guerre20. Les informations à la disposition du gouvernement n’étaient probablement pas suffisantes, d’ailleurs, à l’établissement d’une telle politique. La population arabe de Palestine était considérée par le ministère de la Guerre comme un agrégat de communautés religieuses sans importance : elle fut négligée par les calculs britanniques, qui ne visaient qu’à rallier les sionistes et les Arabes de la Péninsule. Or, de cette négligence va naître ce que l’on appellera la « question arabe » en Palestine ; sa rencontre avec la « question juive », par le biais du sionisme, va conduire à des flambées de violence sur le territoire nouvellement conquis par la Grande‑Bretagne.
21 Comme en témoigne l’absence complète d’allusion à la situation arabe syro‑palestinienne dans les éc (...)
22 Jewish Chronicle, 13/02/ 1920.
22Alors que la « question arabe » était inexistante avant-guerre dans les milieux juifs ou sionistes britanniques21, s'affirme rapidement l'idée après 1917 que « le règlement du problème arabe [est] un préalable essentiel à tout plan de rétablissement du peuple juif en Palestine »22. Néanmoins, parmi les sionistes, deux lignes s'affrontent au sortir de la guerre quant aux mesures nécessaires à un tel règlement.
La « question arabe » et la venue de l’émir Feyçal à Londres
23Comment régler la « question arabe » ?
23 “whom he doesnt even regard as Arabs”. Norman Rose, Chaim Weizmann. A Biography, New York, Elizabet (...)
24Haïm Weizmann, tenant du « sionisme politique », soutenait l'idée que le développement de l'implantation juive en Palestine pouvait bénéficier aux Arabes. Confiant en l’amitié judéo-arabe, il fut à l'origine d'une ligne prônant la conciliation entre Arabes et Juifs en Palestine. Il rencontra l'émir Feyçal ibn Hussein, le fils du roi du Hedjaz, en 1918 dans le Sinaï, et obtint de lui des garanties quant à une possible collaboration entre Juifs et Arabes. Partageant avec l'autorité britannique un même mépris pour les Arabes palestiniens, « qu’il ne considère même pas comme des Arabes » (selon les mots rapportés par Weizmann), Feyçal manifesta un complet désintérêt pour la Palestine devant le leader sioniste23.
25Plusieurs mois après la rencontre entre Hussein et Weizmann, le Jewish Chronicle publia un article des plus chaleureux à l’occasion de la venue de l'émir en Grande-Bretagne :
24 “In common with the rest of the country our Community will extend a very hearty welcome to the Emir (...)
Notre communauté se joignit au reste du pays pour souhaiter de tout cœur la bienvenue à l’émir Feisul, qui est arrivé pour sa visite dans le pays. En tant que sujets britanniques, nous reconnaissons en lui un allié qui a rendu un service remarquable à notre cause en Orient [...]. Mais en tant que Juifs, nous nous réjouissons tout spécialement de sa venue, parce que nous saluons en lui un chaleureux ami de la cause juive [...]. L’émir a toujours manifesté une admirable largeur d’esprit en considérant les ambitions palestiniennes pour notre peuple, en réalisant leur juste besoin ainsi que leurs inévitables limitations. Tout nationaliste juif apprécie cordialement le fait que si la nouvelle Palestine doit prospérer, ce ne peut se faire qu’avec les Arabes en tant que loyaux sujets et amicaux voisins. C’est parce que nous voyons dans l’émir la figure d’une politique de constante bonne volonté que nous nous joignons avec plaisir à la bienvenue qu’il a reçue sur ces rivages.24
26Reçu par Lord Rothschild à la fin du mois de décembre, Feiçal exprima en retour des mots apparemment très encourageants pour la cause sioniste :
25 “The Arabs are the nearest relations of the Jews, and have been their constant friends from Bagdad (...)
Les Arabes constituent les relations les plus proches des Juifs et ont été leurs alliés constants depuis Bagdad jusqu’au Yémen et Cordoue – ce sont des périodes pendant lesquelles leur traitement par les nations européennes n’étaient pas tout à fait ce qu’on eût pu désirer. Aucun véritable Arabe ne peut être suspicieux ou effrayé par le nationalisme juif. [...] Des personnes se considérant elles-mêmes comme civilisées m’ont raconté que les Juifs veulent faire de notre mosquée à Jérusalem un temple, et qu’ils veulent puiser et éradiquer la paysannerie de Palestine. Pour ma part, je sais qu’aucun véritable juif ne tient ces vues. Ces insinuations n’ont aucun effet sur aucun d’entre nous. Nous réclamons la liberté pour les Arabes, et nous nous montrerions bien indignes, si nous ne disions pas maintenant, comme je le fais – bienvenue chez eux aux Juifs – et si nous ne coopérions pas avec eux dans les limites d’un État arabe. Les idéaux du Dr. Weizmann sont les nôtres, et nous attendrons de vous, sans le formuler, de nous aider en retour. Aucun État ne peut se construire au Proche‑Orient sans la bonne volonté des Grandes puissances, mais cela requiert plus que cela. Cela requiert d’emprunter aux Européens des idéaux, du matériel, des connaissances et de l’expérience. Pour les ajuster à nous, nous devons les traduire de leur forme européenne en une forme arabe – et quels meilleurs intermédiaires que vous pouvons-nous trouver ? Car vous avez toute la connaissance de l’Europe, et êtes cousins par le sang.25
27Ces quelques mots, des plus courtois, pouvaient néanmoins tout aussi bien relever de l’avertissement. Comme l’écrivit Weizmann dans son autobiographie :
26 “The Arab is a very subtle debator and controvertialist – much more so than the average educated Eu (...)
L’Arabe est un débatteur très subtil et verse dans la controverse – bien plus que l’Européen moyennement instruit – et tant qu’on n’a pas acquis la technique, on est grandement désavantagé. En particulier, l’Arabe a un talent immense pour exprimer des points de vue diamétralement opposés aux vôtres, avec une politesse si exquise et détournée que vous le pensez en complet accord avec vous et prêt à collaborer immédiatement avec vous. Les conversations et les négociations avec les Arabes sont comme chasser un mirage dans le désert : plein de promesses et agréables à regarder, mais plus probablement à vous conduire à la soif.26
27 Ce rôle de passeur entre les cultures fut probablement soufflé par Weizmann à Feyçal. Voir Ibidem, (...)
28Si Feyçal se réclame d'une proximité par le sang avec les Juifs, il n'en demeure pas moins qu'il fait appel à une longue mémoire qui fait des Juifs des protégés des musulmans tout aussi bien que des passeurs entre Europe et Orient27. Or, l’appel à cette mémoire peut être compris comme une manière subtile de prévenir les sionistes des conséquences qu’aurait toute politique de rachat des terres palestiniennes par les Juifs. Cette politique, menée timidement par le passé, dans le cadre de l'Empire ottoman, fut interdite en 1918 par l'autorité britannique. Elle reprendra à partir de 1920 – avec pour conséquence d’exacerber encore plus la peur des Arabes palestiniens.
29Mais pour l'heure, à la suite de la réception de Rothschild, et à quelques jours de l'ouverture de la Conférence de la paix, Feyçal semble accepter de lier le destin du sionisme à celui du nationalisme arabe. Il signe un accord avec Weizmann le 3 janvier 1919. Par cet accord, Feyçal accepte les termes de la Déclaration Balfour, à la condition que les Britanniques tiennent leur promesse d'une indépendance arabe. La communauté juive d'Angleterre, qui ne perçoit pas les menaces derrière les promesses, voit alors en Feyçal un allié providentiel.
Divisions sionistes autour d’une possible résolution de la « question arabe »
28 “attracted by the idea that this national home for the minority would be combined with freedom and (...)
30La ligne tenue par Weizmann contentait alors la grande majorité des sionistes britanniques. Elle ne faisait cependant pas l'unanimité. Israel Zangwill, ancien dirigeant de l’ITO (Jewish Territorialist Organisation, dissoute en 1917) et tenant d'un « sionisme pratique », s'était montré naturellement « attiré par l’idée que ce foyer national pour la minorité s’associerait à la liberté et un statut politique pour la majorité des habitants arabes » au moment de la Déclaration Balfour28. Avançant l'idée que le peuple juif avait pour mission d’établir un ordre social juste, il imaginait une Palestine où régnerait la fraternité entre Juifs et Arabes.
31Ses positions évoluèrent néanmoins rapidement après la guerre. À la même période que la visite de Feyçal à Londres, Zangwill inscrit sa vision d'une résolution de la « question arabe » dans le cadre défini un an plus tôt par le président des USA, Wilson, dans ses quatorze points, et plaide pour un déplacement des populations arabes vers les territoires voisins de la Palestine. Il constate :
La planète entière est sous l’emprise du droit des Alliés de reformer toutes les démarcations raciales et les relations internationales. […] Ici il n’y a pas de place pour la diplomatie secrète. Toutes les réclamations et les intérêts doivent être évidents, prouvés et publics, et c’est à la lumière de la satisfaction des peuples et non pas dans l’obscurité de l’intrigue diplomatique que la répartition doit être faite.
Livrant son sentiment, il plaide pour que :
29 Israel Zangwill, « The National Movement. The Peace Conference », Jewish Chronicle, 13/12/1918.
[…] dans certains cas, où le chaos des populations est une menace à l’installation permanente, il doit y avoir des ajustements mutuels, et même (dans les cas les plus graves) des mesures graduelles de redistribution des races.29
Et il rétorque à ses opposants :
30 “The whole planet is in the grip of Allied Right to re-shape all racial boundaries and internationa (...)
Les gens parlent de l’évacuation des Arabes de la Palestine comme d’une atrocité inimaginable, cependant la France a en ce moment même expulsé des milliers d’Allemands d’Alsace-Lorraine.30
31 “wilsonian world, equipped with a League of Nations whose preliminary task must be to re-shape the (...)
32La guerre en Europe avait conduit à des déplacements de populations sur une vaste échelle ; et certaines populations, déplacées lors du conflit, n'étaient pas revenues sur leur terre d’origine après le retour à la paix. S'inscrivant dans un « monde wilsonien, muni d’une Société des Nations dont la tâche préliminaire doit être de remodeler les terres sur des principes de nationalité », Zangwill invoquait le principe de cohérence entre nation et territoire à la manière d'un principe moral justifiant que s'opèrent des « transplantations amicales » entre la Palestine et le Hedjaz, constitué en royaume semi-indépendant depuis l'année 191631 :
32 “Its 600.000 Arabs, whose disproportionate presence is the gravest obstacle to the rise of a Jewish (...)
Ses 600.000 Arabes, dont la présence disproportionnée constitue le plus grave obstacle à l’émergence d’un État juif, n’ont créé que des ennuis là-bas pour les colonies juives, et devraient graduellement et amicalement être transplantées dans le royaume arabe, qui doit être rétabli juste à côté et avec lequel l’État juif coopérerait cordialement. La redistribution des races dans l’intérêt du bonheur mondial général est, j’en suis sûr, l’une des fonctions de la Société des Nations, et sur elle doivent être exécutées [de nombreuses décisions concernant] plusieurs parties de l’Europe.32
33 “if the Zionists are to establish themselves in Palestine, it must be on a footing of justice and f (...)
33L'un des plus vifs opposants à Zangwill fut Lucien Wolf, historien et journaliste juif, et défenseur des droits des minorités. Sans se réclamer pour autant du sionisme politique, Wolf soutenait que « si les sionistes doivent en venir à se rétablir en Palestine, cela doit se faire sur une base de justice et de fair‑play »33. Figurant parmi les rédacteurs du traité relatif aux minorités pendant la Conférence de la paix, il maintint cette position contre les saillies dévastatrices de Zangwill.
34Ces débats, qui animèrent les années 1917‑1920, témoignent du manque de connaissance de la réalité palestinienne par les sionistes britanniques. Raphale Dwek, un Juif d'Alexandrie né à Damas, le constata dans les colonnes du Jewish Chronicle, peu de temps après les accords Weizmann-Feyçal et déplorait avec raison :
34 “I believe the trouble lies in the fact that the greater number of Zionists know the Arab only by h (...)
Je crois que les ennuis reposent sur le fait qu’un grand nombre de sionistes ne connaissent les Arabes que par ouï-dire. Même nos dirigeants qui ont étudié la question sur le terrain n’ont obtenu leurs informations que de sources de seconde main, puisqu’ils étaient ignorants de la langue arabe et ne sont entrés en contact qu’avec des dirigeants arabes qui n’expriment pas toujours les sentiments des masses.34
Contre l'image simpliste que se faisait un Zangwill de la situation palestinienne, Dwek avançait :
35 “It must be understood that the Arabs of Palestine are not all Bedouins or peasants. They have an i (...)
Il doit être compris que les Arabes de Palestine ne sont pas tous des bédouins ou des paysans. Ils ont leur propre classe intellectuelle dans les grandes villes, laquelle doit être prise en considération. [...] Ils ont déjà commencé à s’organiser, et les sociétés nationales existent à présent dans toutes les villes de Palestine. Les Arabes, en fait, voient dans l’installation juive une menace pour leur existence, et il est nécessaire de leur montrer que ce n’est pas le cas, en concevant un projet qui rencontrerait leurs susceptibilités et en même temps porterait notre programme pour un foyer national en Palestine.35
36 “historic title of the Jewish people to Palestine and the right of the Jews to reconstitute in Pale (...)
35Un tel schéma fut proposé par Weizmann pendant la Conférence de la paix. Appelant à ce que soit reconnu le « droit historique du peuple juif sur la Palestine et le droit des Juifs de reconstituer en Palestine leur foyer national », Weizmann plaida aussi pour la création d’un Commonwealth dans lequel « rien ne soit fait qui puisse porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non‑juives existantes en Palestine » (en citation de la Déclaration Balfour)36. Il en allait de la paix entre Juifs et Arabes en Palestine, et de la sauvegarde des intérêts sionistes.
37 Voir l'interview que donne l'émir dans : « The Emir Faisal on Palestine and the Jews », Jewish Chro (...)
36Or, si les Arabes s'inquiètent de l'installation juive en Palestine, les sionistes, quant à eux, commencent à comprendre que le nationalisme arabe se pose en concurrence des revendications sionistes. Feyçal, roi autoproclamé de Syrie en automne 1919, change alors de discours : il commence à revendiquer la Palestine comme une partie de la Syrie et présente la Palestine comme un territoire historiquement arabe, au grand dam des partisans de Weizmann37. Le Hedjaz, reconnu comme un royaume indépendant en août 1920, pose la première pierre d'une indépendance arabe. Cependant, les sionistes n'obtiennent rien pour eux lors de la conférence de San Remo, si ce n'est l'inclusion assez vague des termes de la Déclaration Balfour dans le mandat octroyé à la Grande- Bretagne sur la Palestine.
38 “I never expected it, and even now I do not fully understand it”. G.K. Chesterton, Collected Works, (...)
39 “I have seen the whole prestige of England brought into peril, merely by the trick of talking about (...)
40 “But, above all, I have seen with my own eyes wild mobs marching through a great city, raving not o (...)
37L’illusion d’une entente naturelle entre Juifs et Arabes s’estompe pendant l’année 1920. Gilbert Keith Chesterton, alors de retour de son voyage en Palestine, témoigne de cette illusion qui se brise : il n’imaginait pas, avant son séjour, l’existence d’un antisémitisme arabe. « Je ne m’y étais jamais attendu, et même maintenant je ne le comprends pas tout à fait », déclara-t-il38. L'alliance des musulmans et des chrétiens arabes contre les sionistes le surprend, tant et si bien qu'il envisage une domination chrétienne sur le territoire comme seule solution : une sorte de nouvelle Pax Romana permettant d'imposer la paix aux musulmans et aux Juifs. La situation lui apparaît alors menaçante pour les intérêts de l'Angleterre, forcée de réviser sa compréhension de la situation. « J’ai vu tout le prestige de l’Angleterre mis en péril, simplement par l’astuce de parler de deux nations comme si elles étaient une seule », s'alarme-t-il39. « Mais, par-dessus tout, j’ai vu de mes propres yeux des foules sauvages défiler à travers une grande cité, divaguant non seulement contre les Juifs, mais aussi contre les Anglais parce qu’ils s’identifiaient aux Juifs »40.
38Le sionisme politique, animé d’un souci moral que ses leaders ne pensaient pas contradictoire avec les revendications nationales arabes, perd dès lors ses illusions quant à une issue amicale. À partir de ce point, le sionisme anglais prend largement le parti d’ignorer l’existence du monde arabe. L’affrontement entre nationalisme juif et nationalisme arabe semble inévitable, comme le confirment les premières violences antijuives en Palestine, ainsi que la mort au combat du capitaine Trumpeldor (autrefois un associé de Jabotinsky et de sa Légion juive), rapportée par le Jewish Chronicle dans son édition du 12 mars 1920.
Conclusion : la fin de l’illusion
39La situation palestinienne a rapidement évolué entre le début et la fin de la guerre. La révolution jeune-turque de 1908 provoque un phénomène de politisation accélérée de l’opinion publique arabe au moment même où le sionisme herzlien s’implante en Palestine. Les dynamiques identitaires qui s’enclenchent minent de l’intérieur l’ordre levantin.
41 “thus unmasking the real attitude to Zionism of the Arab leader and offering a warning, to those wh (...)
40À la société levantine de compromis, succède une société palestinienne de compétition nationale fondée sur des critères ethniques et religieux. C’est dans ce contexte très précis que la Grande-Bretagne a signé les accords Hussein-McMahon, puis a promulgué la Déclaration Balfour, sans même imaginer qu’elle s’appuyait sur deux nationalismes désormais rivaux. Alors que l’idée de la création d’une Palestine juive et d’une Syrie arabe germe dans les cercles officiels britanniques depuis 1917, l’émir Feyçal exprime en 1920 son opposition à toute création d’un État juif en Palestine. Les propos de Feyçal ont l’effet d’une douche froide pour les sionistes, « démasquant ainsi la véritable attitude du dirigeant arabe face au sionisme et offrant un avertissement à ceux qui sont assez sages pour en bénéficier », commente le Jewish Chronicle41.
42 Loin d’être une « question cachée » (voir le chapitre « Formation d’une nation » dans : George Bens (...)
43 “The British government developped organisational and political structures based on the assumption (...)
41Alors que le sionisme d’avant-guerre envisageait sa participation harmonieuse au développement des populations arabes de Palestine, il prend conscience avec la dernière déclaration de l’émir Feyçal qu’il existe un nationalisme arabe concurrent42. Le gouvernement britannique arrive à la même période aux mêmes conclusions : « Le gouvernement britannique a développé des structures organisationnelles et politiques fondées sur l’hypothèse que la religion constituait le premier élément de l’identification arabe », note l’historien Noah Haiduc-Dale43. Pensant un temps jouer la carte sioniste contre des populations arabes fragmentées, la Couronne britannique découvre que chrétiens et musulmans présentent un front uni contre l’autorité britannique au lendemain de la guerre. Les Arabes palestiniens, inquiétés par l'inscription dans le texte du mandat de la promesse britannique de pourvoir à la constitution d'un « foyer national juif », perçoivent dès lors le sionisme comme une menace pour leurs droits nationaux et agissent en conséquence.
42L'année 1920 marque ainsi le point de départ d'une réelle prise de conscience par le sionisme anglais de l'étendue des réticences arabes au projet sioniste. Les réticences ne sont pas le fruit d'un malentendu, comme les leaders sionistes l'ont longtemps cru, mais bien l'expression d'une véritable opposition arabe au principe d'une installation juive en Palestine. Alors que l’Europe s’embrase d’une nouvelle flambée d’antisémitisme, que les pogroms se multiplient en Europe de l’Est, que les Protocoles des Sages de Sion sont publiés en Grande-Bretagne, un sentiment d’urgence traverse la communauté juive anglaise, qui découvre le sionisme comme le seul projet susceptible de prévenir les nouvelles persécutions. Or, ce projet suscite désormais l’hostilité d’une grande partie du public et de la classe politique britannique.
44 Toujours suspecté de parti pris pro-sioniste, Herbert Samuel était régulièrement attaqué par la pre (...)
45 “For all practical purposes, the Jewish people are as they were the day before Mr. Balfour sent his (...)
43Paradoxalement, la nomination d’Herbert Samuel à la fonction de Haut‑Commissaire pour la Palestine finit d’isoler les partisans sionistes. Animé d’une haute idée de la Grande-Bretagne, Herbert Samuel souhaitait entreprendre sa mission dans une impartialité qui favorisa dans les faits les Arabes contre les Juifs44. Le rapport de force en 1920 penche ainsi complètement en faveur du nationalisme arabe. Les intérêts des différentes forces en présence favorisent des alliances avec le monde arabe, et poussent toujours plus les sionistes dans l’isolement. Comme l’analysa Israel Zangwill dans un article de novembre 1920 : « Pour toutes fins pratiques, le peuple juif en est réduit à la situation qui était la sienne avant que Mr. Balfour envoie sa fameuse Déclaration à Lord Rothschild »45.
Haut de page
Notes
« LIVRE BLANC » DE 1939 : LA GRANDE-BRETAGNE PROPOSE LE PARTAGE DE LA PALESTINE PUIS RETIRE SA PROPOSITION
« LIVRE BLANC » DE 1939 : LA GRANDE-BRETAGNE PROPOSE LE PARTAGE DE LA PALESTINE PUIS RETIRE SA PROPOSITION
L’idée de partager la Palestine en deux États, l’un arabe et
l’autre juif, est apparue pour la première fois en 1937, soit
dix ans avant le vote par l’ONU du plan de partage de
novembre 1947.
La proposition émanait d’une commission royale, la com-
mission Peel, envoyée en Palestine pour enquêter sur les
troubles qui avaient embrasé le pays. Déclenchée par le mou-
vement du Shaykh Ezzedine al-Qassam en novembre 1935, la
Révolution s’était généralisée à partir d’avril 1936, en protes-
tation notamment contre l’immigration juive, qui, avec l’ap-
probation des Britanniques, atteignait des chiffres records. En
effet, 4 565 immigrants juifs étaient arrivés en 1931, 9 553
en 1932, 30 327 en 1932, 42 359 en 1934, et 61 854 en
1935.
A son arrivée, la commission trouva la Palestine en état de
guerre. Les affrontements s’étaient étendus à l’ensemble du
pays. Inaugurée par une grève générale et ininterrompue de
six mois, la « Révolution de 36 » avait rapidement débouché
sur de très nombreux incidents armés. Infiltrés à partir de la
frontière syrienne, des volontaires arabes, commandés par
Fawzi al-Qawouqji, prêtaient main-forte aux partisans palesti-
niens.
Sabotage de pipe-lines, dynamitage de convois ferroviaires,
destruction des installations électriques et téléphoniques,
attaques contre les colonies juives et batailles rangées avec les
troupes coloniales anglaises forcèrent bientôt les armées du
mandat à faire usage de l’aviation, des chars et de l’artillerie
de campagne avant d’acheminer vers la Palestine des renforts
à partir de l’Égypte et de Malte.
Près de mille Palestiniens tombèrent durant la première
phase de la Révolution, des milliers d’autres furent faits pri-
sonniers et les troupes anglaises menèrent de très nombreuses
opérations punitives contre les villages. Des centaines de mai-
sons furent ainsi plastiquées et la majeure partie de la vieille
5
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
WALID KHALIDI
ville de Jaffa, devenue une des places fortes des insurgés, fut
évacuée de force puis rayée de la carte, pour l’exemple, par
les unités de génie britanniques.
Regroupant l’ensemble des partis palestiniens, le Haut
comité arabe, dirigé par Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem
et président du Haut Conseil islamique, céda alors aux pres-
sions des rois Abd al-Aziz ibn Séoud, Ghazi d’Irak, et du
prince Abdallah de Transjordanie. Il accepta de suspendre le
soulèvement pour « donner une chance » à la commission
d’enquête qui allait venir de Londres.
Le séjour de la commission Peel dura de novembre 1936
à janvier 1937, et ses conclusions appelant au partage du pays
furent rendues publiques en juillet 1937.
Le rapport Peel
La politique anglaise depuis la déclaration Balfour en vue
de l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, la peur
des Palestiniens de devenir une minorité dans leur propre
patrie du fait de l’arrivée massive des immigrants et de leur
volonté proclamée de s’emparer du pays, avaient mis le feu
aux poudres. Les causes de la Révolution, telles que dégagées
par le rapport,. recoupaient les analyses palestiniennes. Mais il
n’en allait pas de même quant au remède prescrit.
Réfutant la thèse mandataire qui prétendait que les aspira-
tions des deux peuples pouvaient être satisfaites dans le cadre
de la déclaration Balfour, Peel concluait à l’impossibilité d’une
telle solution, et préconisait le partage.
Cette annonce plongea les Palestiniens dans la stupeur,
d’autant plus qu’à la publication du rapport, les juifs repré-
sentaient moins du tiers de la population de la Palestine et
détenaient moins de 5,5 % des terres.
En vertu de ce plan, la Galilée, dont la plaine intérieure de
Marj ibn Amir qui s’étend du golfe de Haïfa jusqu’au sud du
lac de Tibériade, tout comme la majeure partie de la plaine
côtière allant de la ville de Jaffa jusqu’à la frontière libanaise,
au nord, seraient « cédées » à l'État juif. Par ailleurs, « le
cœur » du pays, à savoir toute la région de Jérusalem, jusqu’à
la côte, ainsi que les villes de Ramallah, Bethléem, Nazareth
et des dizaines de villages, resteraient sous mandat britannique
pour une période illimitée...
Le tableau qui suit, montre la répartition des terres et des
deux populations entre les deux Etats pressentis.
6
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE
Population Population Surface cultivable
juive arabe (en dunums)
tat juif : 304 900 294 700 3 098 000
Etat arabe : 7 200 485 200 3 074 000
Ainsi, si le plan Peel était appliqué, la population arabe de
L’Etat juif serait quasiment égale à la population juive, alors
que les terres cultivables échues à l’Etat juif dépasseraient les
terres cultivables allouées à l’État arabe. Pour tourner ces dif-
ficultés, Peel accompagna sa proposition de deux mesures sup-
lémentaires : transfert force de la population arabe hors de
’État juif et rattachement de l’État arabe palestinien à l’émi-
rat de Transjordanie !
Le mouvement sioniste ne pouvait espérer en 1937 une
meilleure proposition qui lui cédait la moitié du pays, lui assu-
rait une continuité territoriale, entérinait l’idée du transfert
forcé de la population palestinienne hors de l’État juif et affir-
mait, publiquement et pour la première fois, que le « foyer
national » serait un Etat juif. Aussi le projet Peel, même s’il
ne fut jamais appliqué, constitua-t-il un acquis véritable et
devint la pierre angulaire de toutes les revendications sionistes
ultérieures.
La Grande-Bretagne réprime la Révolution
puis abandonne le plan de partage
La Révolution embrasa à nouveau la Palestine tout au long
des années 1937-1939. Des régions importantes du pays tout
comme la vieille ville de Jérusalem et la ville de Bir al-Sab"
tombèrent aux mains des patriotes palestiniens. La Grande-
Bretagne fut alors contrainte d’appeler à une mobilisation par-
tielle des troupes de l’empire. Et l’élite de ses chefs militaires
— Wavell, qui commandera plus tard le front égyptien face aux
puissances de l’Axe, Montgomery, le futur vainqueur de
Rommel, et Haining, chef des opérations de guerre et des ren-
seignements militaires au War Office - furent dépêchés sur le
terrain pour mater les insurgés.
Dans ses rapports à son commandement, Montgomery
décrit en détails les unités palestiniennes qu’il affronta alors
en Galilée. « Elles sont constituées, écrit-il, de groupes de 50
à 150 combattants, extrêmement mobiles » et « j’ai décidé de
concentrer mes efforts pour en éliminer le plus grand nombre.
J’ai dispensé mes principaux adjoints de toutes les tâches
administratives et je les ai lancés à la chasse aux insurgés. Nous
en avons tué plus d’une centaine ces dix derniers jours. De
7
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
WALID KHALIDI
nombreuses difficultés demeurent, mais commençons par le
plus important, à savoir la concentration de nos efforts en vue
de les éliminer physiquement ».
Quant à Haining, il signale dans l’un de ses rapports cou-
vrant la période du 1er novembre 1938 au 1er mars 1939 qu’il
a liquidé « 19 insurgés le 9 novembre ; 24, le 10 novembre ;
34, le 28 novembre ; 38, le 2 décembre ; plus de 30, le
18 décembre ; 14, le 8 février ; plus de 19, le 27 février ; et
45, le 11 mars ». Ces chiffres donnent une idée de la cadence
des affrontements entre partisans palestiniens et soldats bri-
tanniques. De son côté, témoin direct de la Révolution dont
il fut l’un des organisateurs, Muhammad ‘Izzat Darwaza,
affirme, à propos des pertes palestiniennes : « Le nombre des
détenus avoisine les 50 000, celui des martyrs, 7 000 ; celui
des blessés, 20 000 ; sans compter que deux mille maisons ont
été rasées [en représailles]. »
Mais la puissance coloniale ne se contenta pas de cette
répression féroce. Elle l’accompagna d’une série de mesures
coercitives.
Elle ordonna la dissolution de la totalité des organisations
politiques palestiniennes, dont le Haut comité arabe, les par-
tis, les clubs, les comités patriotiques, et arrêta une bonne par-
tie des membres du Haut comité arabe puis les déporta aux
Seychelles, dans l’océan Indien. Mais le mufti, Amin al-
Husseini, tout comme son bras droit, Jamal al-Husseini, par-
vinrent à s’échapper et à trouver refuge au Liban.
Pour désarmer la population palestinienne, les autorités
appliquèrent également une stratégie implacable, qui dura
d'ailleurs jusqu’en 1945 et aboutit à ce que le peuple pales-
tinien se retrouve littéralement désarmé face à ses adversaires.
C’est ainsi qu’entre 1937 et 1945, les troupes coloniales
saisirent 7 617 fusils, 4 891 revolvers, 1 376 grenades, 695
fusils de chasse et 347 375 balles. En revanche, les
Britanniques ne se contentèrent pas de fermer les yeux sur la
formation des unités sionistes sous le drapeau de la Haganah,
mais fournirent à cette dernière aide et entraînement.
En 1937, les effectifs de la Haganah approchaient les
20 000 hommes. Ce nombre fut doublé entre 1937 et 1939
par la constitution d’une armée juive parallèle, entraînée et
équipée par l’armée anglaise, et placée sous commandement
conjoint judéo-britannique. Des unités de commandos furent
créées dans ce cadre, et notamment les célèbres « Night
squads ». Cette nouvelle armée juive fut appelée, par mesure
de « camouflage », la « Police des colonies ».
Néanmoins, et malgré cette reprise en mains, la Grande-
8
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE
Bretagne se rendait compte de l’ampleur de l’opposition pales-
tinienne au principe meme du partage et de la contestation
grandissante à laquelle elle faisait face tant dans les pays arabes
que dans le monde islamique. Elle se mit alors à la recherche
d’une porte de sortie.
Une deuxième commission d’enquête fut dépêchée en
Palestine. Cette « commission technique » - il ne fallait pas
montrer que la Grande-Bretagne avait cédé — avait en prin-
cipe pour mission « l’étude des modalités d’application du plan
de partage ». Elle arriva en Palestine en avril 1938 et repartit
en août. Son rapport fut publié au mois de novembre.
A l’opposé de la commission Peel, la commission tech-
nique jugea impossible de créer un Etat juif « délesté » des
Palestiniens et de leurs terres. Peel avait, il est vrai, résolu le
problème en préconisant le déplacement massif et forcé des
Palestiniens... Mais la commission technique refusa implicite-
ment le recours à ce principe du transfert et insista sur le
fait que ce refus devait être pris en compte dans toute dis-
cussion d’un éventuel projet de partage.
La Grande-Bretagne conclut alors que la commission tech-
nique avait abouti à la conclusion que le partage était « impra-
ticable », et s’en servit comme alibi pour abandonner le plan
Peel et annoncer simultanément son intention de convoquer
un congrès sur la Palestine. Une réunion était prévue à
Londres avec la participation des représentants des juifs, des
Palestiniens et des pays arabes. Cette annonce eut lieu en
novembre 1938.
Le Congrès de Londres et le « Livre Blanc »
Le congrès ouvrit ses travaux le 7 février 1939 au palais
Saint James sous la présidence de Neville Chamberlain, pre-
mier ministre, et de Lord Halifax et Malcolm Mac Donald,
respectivement ministres des affaires étrangères et des colo-
nies.
Les parties arabes refusèrent de s’asseoir à la même table
que les dirigeants sionistes, et les délégués britanniques firent
la navette entre les délégations. Le gouvernement britannique
refusa de son côté de convier le mufti Amin al-Husseini car
il avait pris la tête de la Révolution armée, mais Londres libéra
par contre les déportés des Seychelles. La délégation palesti-
nienne était constituée de Jamal al-Husseini, Husayn Fakhri
al-Khalidi, Raghib al-Nashashibi, Mousa al-Alami, Georges
Antonius, Amin al-Tamimi, Alfred Rock, et Ya‘qoub al-
Ghusayn. Quant aux délégations arabes, elles se présentaient
9
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
WALID KHALIDI
comme suit : la délégation saoudienne était dirigée par l’émir
Faysal ibn Abd al-Aziz ; la délégation égyptienne par le prince
héritier, l’émir Abd al-Mun‘im ; la délégation irakienne par le
premier ministre Nuri Pacha al-Said ; la délégation du Yémen
par l’émir Husayn, le fils de l’Imam ; et la délégation trans-
jordanienne était placée sous la direction du premier ministre,
Tawfiq Abou al-Houda.
Les travaux durèrent jusqu’au 17 mars 1939 mais sans
aboutir au moindre résultat, ce qui amena la Grande-Bretagne
à proclamer unilatéralement un « Livre Blanc » définissant la
politique qu’elle allait unilatéralement mettre en oeuvre.
1 : Fondation dans un délai de dix ans d’un État palesti-
nien regroupant Arabes et juifs, et lié par un traité à la Grande-
Bretagne. Le mandat prendra fin au terme de ces dix ans, sauf
si les conditions sur le terrain ne le permettent pas, auquel cas
la Grande-Bretagne consultera les représentants palestiniens et
juifs, la Société des Nations et les États arabes, en vue de défi-
nir toute solution future.
2 : 75 000 immigrants juifs seront autorisés à venir en
Palestine durant les cinq prochaines années. Au terme de cette
période toute immigration sera soumise à « l’approbation des
Arabes de Palestine ».
3 : Les transferts de propriété aux juifs seront interdits dans
certaines zones, soumis à conditions dans d’autres et libres
dans le reste du pays.
Il est incontestable que ces dispositions allaient dans le sens
des aspirations arabes. Le principe de création d'un État pales-
tinien constituait en soi un rejet de l’idée du partage, et les
réglementations restrictives de l'immigration et de la vente des
terres allaient à l’encontre des intérêts sionistes. Les déléga-
tions arabes, tout comme le parti al-Istiqlal de Raghib al-
Nashashibi, opposé au mufti de Jérusalem, étaient enclins à
accepter le « Livre Blanc ». Mais le mufti et ses partisans le
refusèrent parce qu’il remettait sine die la proclamation de l’in-
dépendance.
Alors au zénith de son pouvoir, le mufti hajj Amin al-
Husseini eut gain de cause, et les États arabes qui n’avaient
pas encore le dernier mot concernant les affaires palesti-
niennes, rejetèrent le « Livre Blanc ». Officiellement du
moins.
La réaction de la partie sioniste fut également négative, mais
pour des raisons diamétralement opposées. Les juifs déclen-
chèrent une grève générale en Palestine, et le 21e
congrès sio-
niste, réuni le 16 août 1939 à Genève, proclama son désaveu
et son rejet de la politique du « Livre Blanc », sans pour autant
10
Institut des etudes palestiniennes | Telecharge le 16/01/2026 sur https://shs.cairn.info via Bibliotheques specialisees de la ville de Paris (IP: 194.153.110.5)
LA CONQUÊTE DE LA PALESTINE
aller jusqu’à la rupture avec la Grande-Bretagne. La Deuxième
Guerre mondiale se profilait à l’horizon.
Ce double refus n’empêcha pas Malcolm Mac Donald de
soumettre le « Livre Blanc » aux Communes. Les débats furent
houleux et Winston Churchill fut l’un des plus durs opposants
au projet gouvernemental. Farouche partisan des thèses sio-
nistes et du projet du foyer national depuis la Première Guerre
mondiale, lorsqu’il était ministre des colonies, Churchill qua-
lifia le « Livre Blanc » de « déni de la promesse » faite par son
pays aux dirigeants sionistes. Mais le gouvernement persista
dans sa démarche. Le « Livre Blanc » fut voté et devint la poli-
tique officielle que la Grande-Bretagne allait appliquer en
Palestine, abstraction faite des positions arabes ou juives.
Quelques semaines plus tard, le conflit mondial débuta, éclip-
sant l’ensemble de ces question
Inscription à :
Commentaires (Atom)